Article RH
Article RH
Pour citer cet article : GHAZI .S & OUBRAHIMI .M (2024) « La Gestion des Ressources Humaines au
service de la Performance Sociale : Une revue de littérature », African Scientific Journal « Volume 03,
Numéro 26 » pp: 0811– 0841.
DOI : 10.5281/zenodo.14028210
Copyright © 2024 – ASJ
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African Scientific Journal
ISSN : 2658-9311
Vol : 03, Numéro 26, Octobre 2024
Résumé
Dans un environnement économique marqué par l’innovation et la concurrence, la compétence,
la motivation et la capacité d’adaptation des ressources humaines sont devenues des enjeux
essentiels pour les entreprises en quête de performance. Dans cette optique, le rôle de la gestion
des ressources humaines est fondamental pour l’amélioration de la performance.
Si plusieurs études examinant le lien entre la GRH et la performance ont été conduites par les
chercheurs, le lien de causalité entre ces deux concepts demeure jusqu’alors ambigu. Ce lien,
entre la gestion des ressources humaines et la performance sociale, constitue le noyau de notre
article. Dans cette optique, nous allons présenter les résultats d’une revue de littérature des
théories et travaux existants. Les résultats de notre recherche montrent l’existence de plusieurs
approches et modèles théoriques prouvant un lien positif entre la GRH et la performance ; nous
citerons alors les plus évoqués par la littérature, en l’occurrence l’approche universaliste,
l’approche contingente et l’approche configurationnelle.
Mots clés : La gestion des ressources humaines, la performance sociale, GRH-Performance.
Abstract
In an economic environment marked by innovation and competition, the skills, motivation and
adaptability of human resources have become essential issues for companies seeking
performance. In this context, the role of human resources management is considered
fundamental for improving performance.
While several studies examining the link between HRM and performance have been conducted
by researchers, the causal link between these two concepts remains ambiguous. This link
between human resources management and social performance is the core of our article. In this
regard, we will present the result of a literature review of existing theories and works. The
results of our research show the existence of several approaches and theoretical models
demonstrating a positive link between HRM and performance, we will present the most
mentioned in the literature; namely the universalist approach, the contingent approach, and the
configurational approach.
Keywords: Human resources management, social performance, HRM-Performance.
Introduction
Dans un contexte économique en évolution permanente, marqué notamment par une
concurrence acharnée et des changements technologiques, la gestion des ressources humaines
(désormais GRH) joue un rôle crucial pour la réalisation de l'avantage concurrentiel des
entreprises. Considérée aujourd’hui comme l’un des piliers de la performance et de la
compétitivité des entreprises, la GRH a pris un grand essor. Passant par plusieurs étapes
marquant l’histoire de son développement, elle est passée d’une simple fonction au sein de
l’organisation à une fonction stratégique considérant le capital humain comme étant une
ressource rare pour les organisations.
Dans ce cadre, Pfeffer (1994) stipule que « la gestion des ressources humaines représente un
facteur essentiel dans la stratégie des entreprises. En effet, une bonne gestion des ressources
humaines s’avère primordiale pour accroitre la performance d’une entreprise ». La performance
des entreprises est donc un concept multidimensionnel, mesuré à partir de plusieurs critères,
social en l’occurrence. La performance sociale est une dimension qui découle de l’école des
relations humaines et traduit la capacité d’une entreprise à gérer ses ressources humaines, et à
améliorer, par conséquent, l’environnement social au sein de l’entreprise.
Dans cette perspective, depuis le milieu des années 1990, les études s’intéressant au lien entre
les pratiques de la gestion des ressources humaines et la performance des entreprises ont dominé
une grande partie des débat scientifiques sur la GRH. En effet, plusieurs approches et modèles
ont été testés et validés par les chercheurs, afin de montrer l’existence de la relation GRH-
PERFORMANCE. Cependant, en dépit de l’existence de plusieurs théories et approches
confirmant le lien GRH-PERFORMANCE, plusieurs critiques ont été adressées par les
chercheurs, considérant que ces recherches demeurent toujours une « boite noire », ceci est bien
expliqué par la rareté des études analysant le lien de causalité GRH-PERFORMANCE.
L’objectif de notre article est d’étudier le cadre théorique de la gestion des ressources humaines
et de la performance sociale des entreprises, et ensuite mettre en lumière la relation expliquant
l’impact de la GRH sur la performance sociale des entreprises. Nous poserons alors la question
suivante : Comment la gestion des ressources humaines peut-elle améliorer la performance
sociale des entreprises ?
Pour répondre à notre problématique de recherche, nous proposons de présenter, dans un
premier temps, une revue de littérature sur la gestion des ressources humaines ( section 1). Nous
présentons, subséquemment, le cadre théorique de la performance sociale des entreprises
(section 2) pour discuter, en troisième et dernier lieu, les résultats de l’état de l’art sur la relation
existante entre la Gestion des Ressources Humaines et la Performance Sociale et des entreprises
(section 3).
1. La gestion des ressources humaines : Une revue de littérature
1.1. La gestion des ressources humaines : Définitions et pratiques
La gestion des ressources humaines GRH est un concept qui a évolué dans le temps. Il trouve
ses origines dans les années 90, et a été adopté pour la première fois par Drucker (1945) dans
son ouvrage intitulé The practice of management (Marciano 1995).
En effet, en se basant sur la littérature, nous présenterons ci-après les trois grandes familles de
définitions du concept GRH, citées par Marciano (1995) :
• La première famille de définitions soutenue principalement par Drucker (1945) et Bakke
(1958) considèrent que les employés d’une entreprise sont « des ressources
organisationnelles précieuses, plutôt que des dépenses que le service du personnel
devrait réduire au minimum ». De ce fait, la GRH consiste à assurer le développement
et l’intégration des ressources humaines au sein de leurs organisations.
• La deuxième famille définit la GRH comme synonyme de « gestion des salariés par un
personnel spécialisé », considérant alors un ensemble de pratiques pouvant assurer une
utilisation efficace des travailleurs.
• La troisième famille, évoquée par Marciano (1995), définit la GRH comme « une façon
sophistiqué d’évitement des syndicats et une méthode camouflée du contrôle
managérial ».
Dans une autre optique, Autissier et Simonin (2009) définissent la gestion des ressources
humaines comme étant un ensemble de savoir-faire qui permettent de lier les hommes, les
organisations, l’environnement et le cadre de travail avec les finalités de la réalisation de la
performance d’une entreprise ainsi que de ses salariés. Dans sa définition Cadin. L , Guérin. F,
Pigeyre. F et Pralong. J, (2012) stipulent que la GRH est « l’ensemble des activités qui
permettent à une organisation de disposer des ressources humaines correspondant à ses besoins
en quantité et en qualité ». Pour Martory et Crozet (2016), la gestion des ressources humaines
« c’est la gestion des hommes au travail dans des organisations ».
Dans ce sens, la gestion des ressources humaines s’appuie sur un ensemble de pratiques de
GRH, désignant ainsi un ensemble d’activités et de politiques visant d’une part, une meilleure
gestion des ressources humaines au sein des organisations, et d’autre part leurs développements
et leurs motivations, dont le but primordial est de réaliser un avantage concurrentiel.
Par ailleurs, les pratiques de la fonction RH ont été définies selon plusieurs auteurs. Schuler et
Jackson (1987) ont défini les pratiques de GRH comme étant un système qui a pour objectif
d’attirer, détenir, développer et motiver les employés, dont le but est d’assurer la survie de
l’organisation ainsi que de ses membres. Dans ce sens, les pratiques de GRH sont des activités
d’investissement envers les ressources humaines (Snell, Dean,1992). De sa part, Armstrong
(2012) stipule que les pratiques de GRH « concernent tous les aspects de la façon dont les
individus sont employés et gérés au sein des organisations ».
Plusieurs pratiques de gestion des ressources humaines ont été identifiées par la littérature. En
effet, Lawler (1986) propose dans son ouvrage de s’intéresser aux pratiques de partage
d’informations, le partage du pouvoir, la gestion des compétences, les récompenses
économiques ainsi que la reconnaissance non monétaire. Parmi les pratiques de GRH les plus
citées également, la rémunération initiative, la formation, la participation des employés, le
développement de la main d’œuvre et la sécurité d’emploi. (Becker, Gerhart (1996), Delery,
Doty (1996), Pfeffer, Veiga (1999)).
Anantharaman et Paul (2003), désignent comme pratiques de GRH : le recrutement, la
formation, l’environnement de travail, l’évaluation du rendement, la description des tâches ainsi
que le développement des carrières. Par ailleurs, la dotation, la présence d’équipe de travail,
l’organisations du travail et la sécurité d’emploi et le partage d’informations sont des pratiques
identifiées par Arcand, Bayad, et Fabi, (2004). Ce sont alors entre autres les pratiques de GRH
identifiées par les chercheurs, cependant, « Recruter, former, rémunérer et administrer sont des
pratiques qui peuvent être définies comme des pratiques de base de la fonction ressources
humaines et qui sont le reflet historique de celle-ci. Les évolutions économiques et juridiques,
mais aussi le rôle joué par l’entreprise en tant qu’acteur de la société, ont amené la fonction
ressource humaines à élargir le périmètre de ses activités ». (Autissier, Simonin, 2009,
pp.52,53).
À partir de cette définition, nous allons identifier les pratiques de GRH proposées par Autissier
et Simonin (2009), du fait que c’est la définition qui semble la plus pertinente et la plus
exhaustive :
collaborateurs. Selon Ulrich et al. (2010), actuellement, il est vivement recommandé aux
professionnels RH de participer à la compétitivité des entreprises, en suivant cette vague
d’évolution et en s’adaptant aux nouvelles tendances.
Selon cette vision, la transformation de la fonction RH ainsi que la digitalisation de cette
dernière nécessite et exige de nouvelles compétences et de nouveaux postes au sein des
entreprises ; Autissier et Simonin (2009) présentent comme suit les nouveaux profils RH :
• Spécialistes SIRH : Le rôle des spécialistes RH s’est accru avec l’évolution du
numérique, leur mission est de définir avec les RH les besoins de l’entreprise en termes
de développement et de projets, dans le but de les mettre en œuvre sur des systèmes
d’information développés et dédiés aux ressources humaines.
• Compensation & Benefits manager : dite également « Comp&Ben », ce profil est créé
au sein des entreprises afin d’étudier les modalités de rémunération innovantes et
attractives, pour les collaborateurs cibles, tout en respectant le rapport conditions
coûts/attractivité optimisée. Leurs missions consistent également à mener des études
comparatives en termes de fourchette de rémunération par rapport aux concurrents.
• Responsables d’universités d’entreprise : Ce concept est apparu pour la première fois
aux États-Unis et au Japon. Nommé également campus manager, ayant pour but de créer
des cursus de formation qualifiant et reconnus au sein d’un groupe.
• Marketing RH : Ayant pour mission principal de mener des réflexions sur le rôle des
responsables RH dans la conduite d’une politique de développement durable de
l’entreprise.
D’autre part, Scouarnec, Payre, Tissioui et Vincent (2019) ont récemment établi un référentiel
de compétences en relation avec les métiers de gestion notamment la fonction RH, en se basant
sur une recherche qui a duré deux ans. Le résultat de cette étude leurs a permis d’identifier les
nouvelles compétences ou les nouveaux métiers dans le domaine de la GRH :
• Le métier de responsable/chargé de recrutement, gestion des talents et carrières ;
• Le métier de chargé de mission : formation et emploi ;
• Le métier de chargé de relation sociales ;
• Le métier de chargé de communication RH ;
• Le métier de contrôleur de gestion sociale ;
• Le métier de Data analyst ;
• L’auditeur social ;
Ultérieurement, Stéphanie et Sutter (2013), dans le cadre de leur ouvrage, stipulent que la
performance sociale peut être mesurée selon deux dimensions qui relèvent du bien-être des
salariés au travail :
• La première dimension « Hédonique » : ce concept suggère que les salariés sont
toujours amenés à chercher le plaisir, l’amusement, la satisfaction, la joie et les émotions
positives au sein de l’entreprise, et éviter en contrepartie la douleur ou toute autre
émotion négative.
• La deuxième dimension «Eudémonique» : Quant à cette dimension, concerne
particulièrement la croissance, le développement et l’épanouissement de l’individu au
sein de l’organisation.
Plus récemment, et en s’inspirant des travaux de Liouville et Bayad (1995), une étude a été
réalisée par Bandibeno et Awomo (2017), qui porte sur l’impact des pratiques de gestion des
ressources humaines sur la performance sociale des collectivités territoriales décentralisée au
Cameroun. Ainsi pour mesurer la performance sociale, ils ont retenu deux indicateurs de
mesure :
Tableau 3 : Indicateurs de performance sociale ( Bandibeno et Ndongo)
Variables Indicateurs de mesure
La qualité des relations entre exécutif et agents
Conditions de
La qualité des relations entre exécutif et délégué du personnel
travail
La qualité des relations sociales entre les services
La qualité des relations sociales entre les agents
Climat social La qualité de la circulation des informations
La qualité de la communication
Source : K. Bandibeno et A. Ndongo (2017, page 143)
D’autres dimensions de mesure ont été citées par la littérature, Harrate et El menzhi (2017),
dans le cadre d’une recherche empirique ayant pour objectif d’évaluer l’influence de la gestion
internationale des ressources humaines sur la performance sociale, ont choisi les trois variables
suivantes :
▪ La qualité de vie au travail ;
▪ La santé au travail ;
▪ Et le dialogue social.
Dans la perspective de la continuité des recherches sur les mesures de la performance sociale,
et en vue d’analyser la performance sociale dans les établissements d’enseignement secondaire
au Cameroun, Tamghe (2019) a retenu pour son étude quatre variables :
▪ L’engagement organisationnel,
▪ La satisfaction au travail,
▪ L’absentéisme,
▪ L’état d’esprit de l’employé.
Les résultats de cette étude montrent que mesurer la performance sociale permet de contribuer
à la performance organisationnelle, en contribuant à la gestion et au contrôle de la fonction
ressources humaines.
Dans une autre optique, Omar Rajâa (2021) a mené une étude comparative entre deux secteurs
différents, à savoir le secteur agro-pêche et le secteur touristique dans le dessein d’analyser la
place de la culture dans la relation entre les pratiques de gestion des ressources humaines et la
performance sociale. Pour cela, l’auteur a utilisé les indicateurs suivants pour mesurer la
performance sociale :
▪ La satisfaction ;
▪ La justice organisationnelle ;
▪ L’implication et l'engagement ;
▪ Ainsi que la valeur et le sens du travail.
Guerraou (2021), quant à elle, dans le cadre de sa thèse de doctorat, traitant la problématique
de la pratique du contrôle de gestion sociale et l’amélioration de la performance, s’est basée sur
un référentiels d’indicateurs de la performance sociale publié en (2015) par le « Global
Reporting Initiative », et a retenu les indicateurs suivants de performance sociale :
• Heures de formation par an, par salarié, par catégorie professionnelle ;
• Budget de formation comparé au budget d’exploitation ;
• Programme de gestion des compétences et de formation continue destiné à assurer
l’employabilité du personnel et à gérer les fins de carrières ;
• Évaluation des rendements et développement de carrière ;
• Taux de roulement ;
• Participation dans les décisions managériales ;
• Accident de travail, absentéisme, maladie professionnelle ;
• Salaire concurrentiel ;
• Climat social.
Plus récemment, Mhenna (2023) a examiné l’effet du développement des ressources humaines
sur la performance sociale dans le contexte des organisations publiques au Maroc. Il a retenu
trois variables :
▪ Le taux de satisfaction des salariés ;
▪ Le taux d'absentéisme ;
▪ Et le climat social.
En résumé, les recherches en matière de la problématique de mesure de la performance sociale,
en tant que concept difficile à mesurer, ne cessent jamais et continuent toujours à progresser.
Aujourd’hui, la mesure la performance des ressources humaines est un défi pour les
organisations. Les entreprises sont amenées à prendre en considération tous les éléments qui
peuvent influencer la performance sociale (notamment la taille, les traditions, la culture et
l’activité).
3. La gestion des ressources humaines et la performance sociale : quel lien
théorique ?
Depuis plusieurs années, les recherches sur le lien entre la gestion des ressources humaines et
la performance ont intéressé plusieurs chercheurs en science de gestion. En effet, plusieurs
approches et courants théoriques affirment l’existence d’un lien entre les pratiques de GRH et
la performance des organisations. Ce lien existant, démontre concrètement que la manière dont
les ressources humaines sont gérées au sein de l’organisation aura un impact considérable sur
la performance de cette dernière.
3.1. Les approches théoriques de la relation GRH-Performance
À partir des travaux théoriques et empiriques sur le lien entre la GRH et la performance, se
déclinent trois approches reliant les pratiques de GRH et la performance, en l’occurrence ;
l’approche universaliste, contingente et configurationnelle (Delery et Doty 1996) :
• L’approche universaliste :
Cette approche suppose que, indépendamment du contexte, elles existent certaines pratiques de
GRH qui ont un impact positif sur la performance des organisations. Selon Pfeffer et Veiga
(1999) : « Pour les tenants de la perspective universaliste, certaines pratiques de GRH
constituent des éléments essentiels de l’équation stratégique de l'entreprise et contribueraient à
accroitre la performance organisationnelle ».
Dans ce sens, Delery et Doty (1996) stipulent que l’approche universaliste est basée sur le
postulat selon lequel certaines pratiques de GRH sont considérées toujours meilleures et
universelles que d’autres, et que toutes les organisations peuvent adopter ces meilleures
pratiques, quel que soit le contexte d’affaires.
Appelée également « one best way » ou « best practice », qui veut dire l’existence de meilleurs
pratiques RH conduisant ainsi à accroître le niveau de performance de l’organisation.
En somme, selon Elbaqqaly (2017, page 98), l’approche universaliste s’articule autour de trois
principes :
• « Supériorité et universalité de certaines pratiques de GRH » : Ce premier postulat fait
allusion à la supériorité de certaines pratiques par rapport à d’autres, sans pour autant
qu’il ait une condition quant à leurs applications au sein de l’organisation.
• « Sélectivité et supériorité de la lecture financière de la performance » : Les pratiques
RH conduisant à une meilleure performance financière sont toujours plus estimées que
les autres.
• « Autonomie et additivité » : Ce principe soutient l’idée selon laquelle chaque pratique
RH mise en place au sein de l’organisation, a un effet individuel sur la performance de
celle-ci.
Dans cette optique, la logique défendue par l’approche universaliste est illustrée par la figure
suivante :
Figure 3 : Modèle de l’approche universaliste
Dans la même lignée, Osterman et Kochan (1994) ont montré que les meilleures pratiques de
GRH sont celles qualifiées d’« innovantes », notamment, le travail d’équipe, la rotation des
postes, les cercles de qualités, et qui conduisent l’entreprise à réaliser une meilleure
performance.
• L’approche de contingence :
À la différence de l’approche universaliste, l’approche contingente stipule que l’efficacité des
pratiques de GRH est conditionnée par l’alignement à d’autres facteurs de contingence de
l’organisation. À ce niveau, la stratégie d’affaire adoptée par l’organisation est considérée
comme le premier facteur de contingence. En effet, la conformité des pratiques de GRH à la
stratégie globale de l’organisation s’avère primordiale pour la réalisation de la performance de
l’organisation.
S’ajoutant à cela un autre facteur élémentaire, à savoir l’environnement ou le contexte externe
de l’entreprise, à titre indicatif les variables macro-économiques, le cadre technologique, le
climat de travail, les concurrents, etc. En outre, les variables de l’organisation peuvent présenter
au même titre un facteur de contingence, cela concerne la structure, la taille, la technologie, etc.
Figure 4 : Modèle de l’approche contingente
absolue d'une pratique ou d'un ensemble de pratiques de GRH sur d'autres est complètement
rejetée parce que toutes les organisations opèrent dans un contexte de contingence ».
Bien que l’apport de l’approche de contingence soit crucial, notamment pour l’amélioration des
propositions émanant de la vision universaliste, nonobstant, différentes critiques ont été
formulées par les auteurs. En se basant sur ce constat, plusieurs études empiriques ont testé et
validé les apports de l’approche de la contingence, en soutenant l’idée de l’alignement des
pratiques de GRH à la stratégie et au contexte de l’organisation, cependant, la première limite
se résume dans le fait que certains chercheurs pensent que les pratiques de GRH sont toujours
intégrées par évidence aux stratégies de l’entreprise (Ulrich 1997, Brown et al 2009). Ceci
s’oppose à la logique contingente et mène à une logique identique à celle de l’universaliste.
D’autre part, une autre limite concerne précisément l’orientation « micro » de la dite approche.
En effet, selon Becker et Gerhart (1996), la mise en place d’un système de gestion adapté
concernant essentiellement l’ajustement des pratiques de GRH et la stratégie conduit à une
structure inflexible qui ne réponds pas, par conséquent, aux besoins d’adaptation au contexte
économique actuel.
• L’approche configurationnelle :
Delery et Doty (1996) considèrent l’approche configurationnelle comme le raisonnement le
plus complet mais le plus complexe par rapport aux autres approches. L’approche
configurationnelle stipule que l’ensemble des parties de l’entité ne doivent pas être analysées
d’une manière isolée, mais doivent être regroupées dans un regroupement harmonieux.
Selon Karim et Komat (2018), les pratiques de GRH ont un effet significatif et élevé sur la
performance de l’organisation si elles font partie d’un système cohérent. Dans la même
perspective, « Selon l’approche configurationnelle, il importe que les pratiques de GRH soient
non seulement alignées avec les facteurs environnants (cohérence externe ou alignement
vertical) mais également que ces pratiques soient alignées les unes avec les autres, c’est-à-dire
complémentaires (cohérence interne ou alignement horizontal).» (Gosselin, 2009, page 28).
Le raisonnement configurationnel se fonde désormais sur trois principes fondamentaux :
• Le principe holistique : Cela signifie que les éléments de l’organisations sont organisés
sous forme de synergies, en formant ainsi des relations multivariées plutôt qu’une
logique univariées.
• Le principe de type idéaux ou l’idéal-type : Cette logique implique que les
configurations identifiées, doivent formées des types idéaux. Dans ce sens, Ait Razouk
(2007) précise que ce principe signifie : « Tandis que l’idéal-type, considéré comme une
dérivée conceptuelle qui relève d’une typologie, suit la notion de résultats qui lui sont
fixés. Autrement dit, c’est la déviation par rapport à l’idéal-type et non l’appartenance
à une catégorie qui maximisera les résultats organisationnels ».
• Le principe d’équifinalité : Ce principe fait référence à la possibilité d’obtenir des
résultats identiques à partir de configurations différentes. Katz et Kahn (1978)
considèrent que le principe de l’équifinalité est « un système qui peut atteindre le même
résultat final en partant de conditions initiales différentes ».
L’approche configurationnelle met en relief l’intérêt de s’appuyer sur un système de pratiques
de GRH, tout en veillant à avoir une cohérence entre ces pratiques les unes avec les autres, et
ainsi avec la stratégie d’affaires de l’organisation :
Figure 5 : Modèle de l’approche configurationnelle
notamment l’absence de lien de causalité entre les variables, ou encore la manière dont laquelle
ces relations et liaisons se produisent.
3.2. Les modèles théoriques de lien GRH-Performance
De considérables efforts ont été déployés par les chercheurs pour mieux comprendre la relation
entre les pratiques RH et la performance. Afin d’illustrer la manière avec laquelle les ressources
humaines sont gérées aura un impact sur la performance de l’organisation, plusieurs modèles
ont été ressortis par la littérature :
• Le modèle de Huselid (1995)
Le premier modèle qui nous a inspiré lors de notre recherche est le modèle de Huselid (1995).
Mettant en exergue une relation indirecte entre les pratiques RH et la performance, ce modèle
précise que les pratiques de GRH n’affectent pas directement la performance financière de
l’entreprise, mais à travers des résultats intermédiaires :
Figure 6: Modèle de la relation GRH-Performance selon Huselid (1995)
Légende :
Influence modérée :
Influence élevée :
Source : Bayad et Liouville (2001)
En effet, ce modèle souligne l’importance de mettre le point sur les relations existantes entre
les pratiques de GRH et les facteurs intermédiaires de la performance. Dans le même ordre
d’idées, l’intérêt du modèle est d’éclairer les conditions requises pour qu’un système de GRH
puisse influencer la performance économique : « Le modèle en cascade aide à mieux
comprendre sous quelles conditions un système de HRM spécifique exerce une influence
positive ou négative sur les performances économiques (incluant celles financières) ». (Bayad
et Liouville 2001, page 26).
Conclusion
Dans le cadre de cet article, nous avons passé en revue l’ensemble des théories, approches et
modèles théoriques, afin de monter comment et dans quelle mesure la gestion des ressources
humaines est susceptible d’améliorer la performance sociale au sein des entreprises. À partir de
ces approches, nous avons conclu l’existence des pratiques de GRH qui influencent
positivement la performance des organisations, notamment la performance sociale.
Au niveau de la première section, nous nous sommes focalisés sur la conceptualisation de la
gestion des ressources humaines pour identifier les pratiques de GRH citées par les chercheurs.
La deuxième section a fait l’objet du cadre théorique de la performance. Nous avons, ensuite,
mis l’accent sur la dimension sociale et sur les indicateurs utilisés pour mesurer la performance
sociale.
En dernier lieu, nous nous sommes focalisés sur la revue de littérature traitant le lien GRH-
Performance, nous avons ainsi identifié les approches existantes selon la classification effectuée
par Delery et Doty (1996) : l’approche universaliste, l’approche contingente et l’approche
configurationnelle.
Les modèles théoriques développés ont démontré les liens existants entre la gestion des
ressources humaines et la performance de l’organisation, à travers trois niveaux : le premier
représente un lien direct entre les deux variables, tandis que le deuxième traduit un lien indirect,
en expliquant à cet effet la nécessité de passage par des variables intermédiaires. S’agissant du
dernier niveau, il concerne notamment une causalité inverse à différents niveaux.
Dans cette lignée, la GRH est considérée ainsi comme étant une composante essentielle de la
stratégie de l’entreprise. Cependant, malgré la richesse des contributions, il s’avère encore
difficile de statuer définitivement sur le lien GRH-Performance. En effet, les auteurs sont loin
d’être unanimes sur ce lien de causalité ainsi que sur la supériorité d’une approche ou d’un
modèle par rapport à un autre.
En conclusion, nous pouvons avancer que notre article constitue une contribution à
l’amélioration de la connaissance des liens GRH-Performance. Ainsi, plusieurs perspectives de
recherches peuvent être mises en place ultérieurement afin de démontrer la validité de ces
approches dans le cadre du contexte marocain.
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Les facteurs clés influençant l'approche contingente incluent l'alignement des pratiques de GRH avec la stratégie d'affaire de l'organisation, l'environnement externe tels que les variables macro-économiques, la technologie, et le climat de travail, ainsi que les caractéristiques internes de l'entreprise comme sa structure et sa taille .
L'approche configurationnelle améliore la vision contingente en intégrant la nécessité d'une synergie et cohérence interne au sein des pratiques de GRH, en plus de leur alignement externe avec la stratégie de l'organisation . Elle propose ainsi un cadre plus holistique en insistant sur le regroupement cohérent des pratiques pour converger vers des objectifs de performance, contrairement à la simple adaptation à des facteurs contingents prônée par l'approche contingente .
Les trois principes de base de l'approche universaliste sont : la supériorité et l'universalité de certaines pratiques de GRH, la sélectivité et supériorité de la lecture financière de la performance, et l'autonomie et l'additivité des pratiques RH ayant un effet individuel sur la performance .
Le principe d'équifinalité suggère que des résultats similaires peuvent être atteints à partir de configurations différentes de pratiques de GRH . Cela signifie qu'il n'existe pas un unique ensemble de pratiques garantissant la performance, mais plusieurs combinaisons possibles, impliquant une flexibilité dans la gestion stratégique des ressources humaines pour s'adapter à des conditions variées .
Le modèle de Huselid souligne un lien indirect entre les pratiques RH et la performance financière, mettant en avant l'effet des résultats intermédiaires . Il permet ainsi d'appréhender la complexité des impacts RH au-delà de la performance purement financière. Cependant, il présente la limite de ne pas établir de relation causale claire entre les variables et peut sous-estimer la diversification des pratiques RH en fonction des contextes .
Établir une configuration idéale est difficile car cela nécessite une synergie parfaite et interne entre les diverses pratiques de GRH, qui doit également être cohérente avec la stratégie d'affaires de l'organisation . De plus, la multiplicité des facteurs contingents et l'absence de théorie précise sur la composition des configurations idéales complexifient davantage cette tâche .
Le modèle configurationnel se distingue en mettant l'accent sur les systèmes de pratiques de GRH qui doivent être cohérents entre elles et alignés avec la stratégie d'affaires de l'organisation afin de converger vers l'objectif de performance organisationnelle . Contrairement à l'approche contingente qui dépend de l'alignement à des facteurs de contingence, le modèle configurationnel valorise la synergie interne des pratiques de GRH .
L'approche de la contingence remet en question la vision universaliste en affirmant qu'il n'y a pas de meilleures pratiques GRH qui fonctionnent universellement dans tous les contextes . Elle soutient que l'efficacité des pratiques dépend de leur alignement avec une variété de facteurs contingents, tels que la stratégie de l'organisation et son environnement, réfutant ainsi l'idée de pratiques 'one best way' prônée par la vision universaliste .
Les 'High Performance Work Practices', telles que la sécurité d'emploi, le recrutement sélectif, et la formation, influencent la performance organisationnelle en optimisant l'engagement et le développement des compétences des employés, ainsi qu'en améliorant la productivité et l'efficacité à long terme . Elles favorisent un environnement de travail engagé et innovant, contribuant ainsi directement à l'amélioration des résultats organisationnels .