Droit constit :
Introduction générale
POURQUOI PARLE-T-ON DE « CINQUIEME » REPUBLIQUE ?
Pourquoi on parle de Vème République ? Car il y en a eu 4 avant, sauf que c’est historiquement
qu’on sait ça. Juridiquement on peut considérer que la Vème République n’existe pas car il n’y a pas
de révolution ni de création d’un nouvel état en 1958. On peut considérer que c’est juste une
révision de la constitution.
Du point de vue normativiste on peut considérer qu’il n’y a pas de Vème République car d’un point
de vu constitutionnel on peut dire qu’il y a juste une révision.
On peut appréhender la Vème République d’un point de vue purement juridique.
I- Le prisme historico-politique
C’est à dire on doit appréhender la Vème république d’un point de vue qui n’est pas normatif, sous
l’angle politique. On va parler de science constitutionnelle, de doctrine constitutionnelle. Est-ce que
la Vème R est un régime parlementaire ? (c’est un propos juridique), ce n’est pas un régime
parlementaire comme en Espagne, comme en Allemagne, en Italie ect.. C’est un régime
parlementaire particulier car il y a la place du président. Quelle est la différence avec la IVème
République ? C'est l’idée selon laquelle on a certes garder le même régime, la nature du régime n'a
pas changer mais la nature du système n'est plus la même.
A) La numérotation de la Cinquième
On va voir la distinction entre régime et système. Pourquoi en droit on l’a ainsi numéroté ? Cette
numérotation on doit la relié avec la théorie des cycles qui est une manière pédagogique d’exposer
l’histoire constitutionnelle de rance depuis 1789. Se succèdent des régimes différents (monarchie,
empire, république).
1. La “théorie des cycles” et la distinction entre régime et système.
Elle permet de comprendre régime et système mais ça n’explique pas la Vème république. Si on
prend la théorie des cycles de manière basique (monarchie, république, empire) on a une explication
simpliste mais claire de l’histoire de France. On a là une théorie des régimes. Ce qui fait la différence
c’est les droits et libertés fondamentales et le suffrage universel (ce qui explique la régime
démocratique et non démocratique que sont les dictatures). La notion de régime c’est d’abord la
distinction entre démocratie et dictature, une distinction binaire. Quand on parle de république c’est
la république française. Ce n’est pas tout à faire la distinction république monarchie. La Vème R est
une république démocratique car la république a toujours été en France, ce n’est pas le cas partout
et il y a ailleurs aujourd’hui des républiques qui sont des démocraties.
Ce premier critère qui est celui du régime ne suffit pas à faire la différence entre la IVème et la
Vème République. Dans les deux cas, entre 1946 et 1958 on a à faire à une république et à une
démocratie mais ce ne sont pas les mêmes système politiques.
Le système politique des EU n’est pas celui de la France, il faut donc faire une distinction entre les
systèmes. On retrouve la question de régime parlementaire (c’est une expression ambiguë car à la
place on devrait parler de système parlementaire).
La différence entre la IV et la V République se fait au niveau du système.
2. La “théorie des cycles” et la durée des systèmes
En première approche, d’un point de vue historique, la V république existe depuis 1958 (on en est à
62 ans), c’est le retour de De Gaulle au printemps 1958. La IIIème république dure 70 ans, la IV dure
12 ans.
Mais la Vème république n’est pas la même, en vérité elle dure 10 ans de Gaulliste, puis un 15 ans
jusqu'à la première cohabitation et encore 15 ans à la prochaine cohabitation et aujourd’hui on est
au système ou le président gouverne en même temps qu’il préside (synchronisation des élections
présidentielles et élections des députés). Il est absurde dans la théorie des cycles de comparer des
républiques qui n’ont pas durer le même temps. On ne peut pas considérer que la III ou la Vème ont
toujours été le même système politique. Tous les 5 ans on change de président. Le système politique
actuelle, il n’a pas 62 ans.
On a trois types de “temps constitutionnels” (ou de période), on a des périodes courtes qui ne dure
jamais plus de 4 ou 5 ans (ex: le régime de Vichy). On a des périodes moyennes qui durent entre 10
et 15 ans comme la IVème république, c’est un temps constitutionnel moyen avec 24
gouvernements en 12 ans. La restauration en 1815 (jusqu’en 1830) c’est un temps moyen. Même les
temps longs n’ont jamais dépassé l’espace d’une génération, n’ont jamais dépassé une vie. La IIIème
République (qui a duré 70 ans) a d’abord une période courte puis une autre.
En gros il y a 3 types de période constitutionnelles :
- Période courte : ne durent pas plus de 4 ou 5 ans. La 2nd République
- Période moyenne : dure entre 10 et 15 ans. La 4ème République (1946-1958 avec 24
gouvernements en 12 ans)
- 70 ans : successions de temps
En vérité c’est une succession de différente période, de courte période donc ce n’est pas vraiment
70 ans, on a donc jamais dépassé une durée de vie.
Le système politique va changer avec la 1ère GM, on a un système où le pouvoir remonte à
l’exécutif, à partir de 1918, c’est un régime d’Assemblée.
B) La qualification de la Cinquième
C'est deux débats :
- Le premier consiste à savoir par quoi on va la remplacer
- Le deuxième est le retour à la 4ème ? Spectre de la 4ème, fantôme. La 4ème sert de
repoussoir
1. Le spectre de la Quatrième République
Il y a dedans trois idées :
- On ne peut pas comprendre la Vème si on ignore la IV qui est considérée comme un échec
absolu (lié à la guerre d'Algérie). Par hypothèse, quand sur une période de 12 années on a 24
gouvernements, comment on peut gouverner quand on reste que 6 mois au pouvoir ?
- La IVème c’est un repoussoir, dans le discours politique mais aussi dans le discours
constitutionnel n’est pas considéré comme un vrai régime parlementaire, elle est considérée
en réalité comme un régime d’Assemblée.
- On a renforcé les pouvoirs de l’exécutif avec la constitution de 1958, on a empêché le retour
à la IVème.
L’idée est qu’on a dans l’expression spectre la question de l’approche politique de la IV R, de
l’instabilité gouvernementale (syndrome de l’Italie actuelle), celui de l’impuissance du
gouvernement, qui ne peut pas conduire efficacement la politique.
2. Le mythe de la Sixième République
(Définir ce qu’est le mythe)
Maurice Duverger a été le premier à parler de 6 ème république dès les années 60 en envisageant que
la 6ème république soit un régime présidentiel, comme aux Etats-Unis. Le mythe ici est le sens
utopique, mélioratif, et est aussi le mythe au sens de l’illusion : il qualifie ici l’espoir mais aussi la
désillusion de la 6ème république, qui compte des partisans et des antagonistes de la 6 ème république.
Beaucoup d’acteurs ont proposé une alternative au présidentialisme actuel de la 5 ème république. On
cherche souvent à décrédibiliser ces personnes en leur reprochant qu’ils veulent un retour à la 4 ème
république, mais par définition la 6 ème serait l’avenir : la 6ème république signifierait un basculement
vers un régime présidentiel, mais elle ne serait pas seulement un régime présidentiel : il y a l’idée de
revenir sur la réforme de 1962. La thématique de la 6ème république a été formulée par le
programme de Jean-Luc Mélenchon pour revenir à la primauté de l’assemblée. Dans l’association
pour la 6ème, il y a eu une rupture car certains sont partisans de supprimer l’élection présidentielle au
suffrage universel direct pour donner l’élection au Parlement qui lui élira le président.
C’est la légitimité que le président tire de l’élection au suffrage universel direct qui lui permet de
gouverner.
Le problème de la 6ème est faut-il garder la 5 ème ou alors elle est tellement mauvaise qu’il
faudrait complétement la revoir et revoir la constitution actuelle ?
II- Le prisme juridique
Le prisme juridique consiste à analyser le droit de la 5e République. Or, tout le problème est de
savoir ce que signifie « constitution de 1958 ».
La doctrine du droit vivant est très active en Italie. L’idée est qu’on n’interprète pas toujours la
Constitution de la même manière. Il y a donc une évolution de la chose. Par exemple, arrêt Hollande
2009.
A) L’interprétation constitutionnelle
L’apport de Kelsen sur l’apport d’interprétation est essentiel. Kelsen ne se limite pas à la
pyramide des normes, c’est aussi la définition de la norme mais aussi l’interprétation. Par définition
chez Kelsen, la norme est le fruit d’une interprétation. Plusieurs idées sont importantes chez
Kelsen :
L’interprétation au sens kelsenien n’est pas l’interprétation classique au sens juridique.
L’interprétation n’est pas seulement un acte de connaissance, c’est aussi un acte de volonté
c’est à dire trouver une norme, trouver le sens pour identifier la norme.
L’interprétation de certains acteurs fait droit parce qu’elle est authentique.
1. La distinction entre interprètes
Il y a là une véritable spécifiée du droit constitutionnel. C’est un droit politique qui partage une
particularité avec le droit international public : ce que l’on appelle les acteurs institutionnels sont
aussi des sujets de droit. Les sujets du droit constitutionnel sont en même temps les acteurs (auteurs
dans une large mesure) du droit constitutionnel.
Le droit international est originellement un droit de relations entre états. Donc les états sont les
sujets de ce droit. Mais le droit international est également dit par les états. Les sujets du droit sont
aussi les auteurs du droit. En droit constitutionnel, c’est pareil.
Ex : Quand Obama a voulu nommer un nouveau juge à la Cour Suprême on lui a dit non, on est trop
près des élections. Quand Trump veut le faire, on l’accepte car il n’y a pas de règles, ce ne sont que
des arguments.
Dans le droit constitutionnel institutionnel, il faut distinguer acteurs et observateurs. Les
observateurs ne font jamais le droit, les acteurs peuvent le faire. On touche au concept de
l’interprétation authentique. On parle d’interprétation authentique de la même façon que l’on parle
d’acte authentique en droit civil, comme acte devant le notaire. Toute la difficulté est de savoir si
l’interprétation authentique est totalement libre. Chez Kelsen, l’interprétation authentique est celle
qui se situe en bout de chaine : elle fait droit parce qu’on n’y répliquera pas en droit.
L’interprétation authentique est par hypothèse celle que délivrent les juges.
Attention : L’interprétation authentique ne débouche pas sur l’arbitraire des pouvoirs publics.
Reste une vraie question : la place du peuple. Étant un concept juridique, il doit être considéré
comme un acteur institutionnel. En droit c’est l’ensemble des citoyens qui s’exprime par le biais des
scrutins : lorsqu’il vote, élit ses représentants, se prononce sur un référendum. La constitution de 58
ayant été soumise au référendum, juridiquement, l’auteur de la Constitution est le peuple. Les
acteurs font la norme mais il n’est pas une source normative du droit constitutionnel. L’auteur c’est
l’interprète authentique.
2. Le rôle des acteurs institutionnels
3 acteurs : L’exécutif, le législatif, la jurisprudence.
L’interprétation présidentielle a largement diminué. Par exemple : est-ce que le Président de la
République peut révoquer le premier ministre ? affirmatif => Edouard Philippe. Il n’y a pas de
pouvoir de révocation, il n’est pas écrit dans la Constitution. Il n’empêche qu’on a laissé dire que le
président avait révoqué Michel Debré par Pompidou. La raison de la diminution de l’interprétation
présidentielle c’est que les précédents sont acquis à partir du moment où on a étendu les pouvoirs
présidentiels.
Du côté parlementaire, le pouvoir d’interprétation s’est maintenu parce qu’il il a toujours été faible.
En effet, les parlementaires ont un faible pouvoir interprétatif.
Le pouvoir interprétatif et le pouvoir de l’acteur institutionnel que sont les juridictions ont explosé.
Arrêt Breisacher 10 octobre 2001 : interprétation de la Cour de cassation. Le Conseil constitutionnel
s’est lui-même autorisé.
B) Les changements constitutionnels
Les changements sont d’abord des changements formels.
1. La révision
On n’a pas encore révisé la Constitution depuis 2008, et jamais aucun projet de loi constitutionnelle
n’a abouti depuis François Hollande. Il y a des révisions qui n’ont jamais abouti, d’autres qui ont été
différées, et d’autres qui ont réussi et sont parvenus jusqu’à la révision de la Constitution. La révision
a un impact riche et insoupçonné. La Constitution est un système. La révision n’a pas toujours
accessible et pas toujours nécessaire.
2. La convention
La convention n’est pas invocable devant les tribunaux. La convention suppose un accord entre tout
le monde. Mais si tout le monde est d’accord pourquoi invoquer la convention ? La convention n’a
pas pour ressort les années passées, ce qui la caractérise c’est l’idée de nécessité.