Économie informelle et analyse relationnelle
Économie informelle et analyse relationnelle
Par
Bululu Kabatakaka
Title of Thesis
Titre de la these ÉCONOMIE INFORMELLE ET L’ANALYSE REALATIONNELLE
Name of Candidate
Nom du candidat Kabatakaka, Bululu
Department/Program
Département/Programme Sciences humaines
APPROVED/APPROUVÉ
M. Osée Kamga
M. Rachid Bagaoui
(Co-Supervisor/Codirecteur de thèse)
M. Simon Laflamme Approved for the School of Graduate Studies
(Co-Supervisor/Codirecteur de thèse) Approuvé pour l’École des études supérieures
M. Moustapha Soumahoro M. David Lesbarrères
(Internal Examiner/Examinateur interne Director, School of Graduate Studies
M. Jean-Marc Fontan Directeur, École des études supérieures
(External Examiner/Examinateur externe)
Je, Bululu Kabatakaka, accorde à l’Université Laurentienne et à ses agents l’autorisation non exclusive
d’archiver ma thèse ou mon rapport de projet et d’en permettre l’accès, en tout ou en partie et dans toute forme
de média, maintenant ou pour la durée de mon droit de propriété du droit d’auteur. Je conserve tous les autres
droits de propriété du droit d’auteur de la thèse ou du rapport de projet. Je me réserve également le droit
d’utiliser dans de futurs travaux (comme des articles ou des livres) l’ensemble ou des parties de ma thèse ou de
mon rapport de projet. J’accepte en outre que la permission de reproduire cette thèse de quelque manière que
ce soit, en tout ou en partie à des fins savantes, soit accordée par le ou les membres du corps professoral qui
ont supervisé mes travaux de thèse ou, en leur absence, par le directeur ou la directrice de l’unité dans lequel
mes travaux de thèse ont été effectués. Il est entendu que toute reproduction ou publication ou utilisation de
cette thèse ou de parties de celles-ci à des fins lucratives ne doit pas être autorisée sans ma permission écrite. Il
est également entendu que toute utilisation à des fins savantes du contenu de ma thèse doit s’accompagner
d’une mention de reconnaissance en bonne et due forme à mon égard et à l’égard de l’Université Laurentienne.
ii
RÉSUMÉ
Cette thèse de doctorat a pour objet la connaissance du processus de formation d’une culture de
l’économie informelle et sa reproduction chez l’élite dans les pays en développement. Son
questionnement de base est : comment étudier l’économie informelle dans les pays en
développement dans une perspective relationnelle ? Elle a mis à profit la complémentarité des
et non rationnelles des comportements et attitudes de l’élite dans les pays en développement face à
cette économie. Nous avons considéré les fonctionnaires comme indicateurs de l’élite.
l’identification de quelques éléments porteurs de l’économie informelle sur lesquels il faut asseoir la
dynamique de la réduction de la pauvreté. Cette contribution doit être inscrite dans les limites
iii
REMERCIEMENTS
Entreprendre des études de doctorat tout en étant parent, époux et employé à temps
plein est un exercice difficile. En effet, cette entreprise exige que soit maintenu, à tout
monde du travail. Pour moi, cette entreprise a été possible grâce à la contribution de
plusieurs personnes. Elles se reconnaîtront dans cette thèse. Les mots ne pourraient suffire
pour leur exprimer toute ma gratitude. Ainsi, à tous les membres de ma famille (frères,
sœurs, oncles, tantes, cousins, cousines, neveux, nièces, beaux-frères, belles-sœurs, beaux
fils, belles-filles, gendre…), à tous mes amis ainsi qu’à tous mes collègues, je dis, le plus
pour avoir accepté de codiriger cette thèse. Tout le long de ce processus, vous m’avez non
seulement aiguillé sur le plan de la démarche scientifique, mais aussi, et surtout, transmis la
Osée Kamga, troisième membre de mon comité de thèse, pour sa générosité et ses
maman, Thérèse Kanku wa Dikengu, pour m’avoir transmis les valeurs de respect, de
justice ainsi que le sens des responsabilités. C’est de vous que je retiens ce principe vital de
de mon épouse, Véronique, et de mes enfants, Joyce et Maxim. Je vous remercie du fond de
iv
TABLE DES MATIÈRES
REMERCIEMENTS .............................................................................................................. iv
LISTE DES TABLEAUX ...................................................................................................... ix
LISTE DES FIGURES ............................................................................................................ x
0. CADRE DE L’ÉTUDE ....................................................................................................... 1
0.1. Objectif de la recherche ................................................................................................ 1
0.2. Domaine de recherche .................................................................................................. 1
0.3. Utilité d’une recherche interdisciplinaire ..................................................................... 2
0.4. Intérêt du sujet .............................................................................................................. 5
CHAPITRE 1. ÉCONOMIE INFORMELLE DANS LES PAYS EN
DEVELOPPEMENT: ETAT DE LA QUESTION ................................................................. 7
1.1. Origine du concept.................................................................................................... 7
1.2. Multiplicité de définitions ........................................................................................ 9
1.3. Multiplicité de termes utilisés................................................................................. 12
1.4. Économie informelle et l’État................................................................................. 13
1.5. Concept de l’emploi informel ................................................................................. 14
1.6. Mesure de l’économie informelle ........................................................................... 17
1.6.1. Enquête 1-2-3 .......................................................................................................... 19
1.6.2. Recherche de l’exhaustivité du PIB (Économie non observée) .............................. 20
1.7. Économie informelle et l’approche genre .............................................................. 22
1.7.1. Particularités des femmes ........................................................................................ 22
1.7.2. Explications des différences entre les sexes ............................................................ 23
1.8. Caractéristiques de l’économie informelle et diverses opinions ............................ 24
1.8.1. Caractéristiques de l’économie informelle .............................................................. 25
1.8.2. Opinions sur l’économie informelle ........................................................................ 27
[Link]. Combattre l’économie informelle ......................................................................... 28
[Link]. Favoriser la croissance de l’économie informelle ............................................... 29
Conclusion ......................................................................................................................... 32
CHAPITRE 2. LES SCIENCES ÉCONOMIQUES ET LA NOUVELLE
SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ........................................................................................... 34
2.1. Sciences économiques : (l’utilitarisme) ...................................................................... 36
v
2.1.1. L’analyse microéconomique.................................................................................... 36
[Link]. Le consommateur et la demande .......................................................................... 37
[Link]. L’entreprise et l’offre............................................................................................ 39
2.1.2. Nouvelle microéconomie ........................................................................................ 41
2.1.3. Macroéconomie ....................................................................................................... 41
2.1.4. Nouveaux courants de la macroéconomie classique et keynésienne ....................... 42
2.2. Nouvelle sociologie économique................................................................................ 42
2.2.1. Quelques classiques anti-utilitaristes ....................................................................... 43
[Link]. Max Weber ........................................................................................................... 43
[Link]. Karl Polanyi .......................................................................................................... 46
[Link]. Émile Durkheim ................................................................................................... 48
2.2.2. Le Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales ...................................... 52
2.2.3. Économie sociale, économie solidaire et économie plurielle .................................. 56
2.2.4. Régulation et convention ......................................................................................... 57
2.2.5. New Economic Sociologie (NES) ........................................................................... 58
2.3. L’échange des biens des idées et des personnes en contexte d’économie informelle 59
Conclusion ......................................................................................................................... 60
CHAPITRE 3. ÉCONOMIE INFORMELLE, UN PHÉNOMÈNE SOCIAL : SON
PROCESSUS DE DÉVELOPPEMENT ET DE REPRODUCTION ................................... 61
3.1. Limites des connaissances actuelles ........................................................................... 61
3.1.1. Écoles de pensée et explications d’un phénomène complexe ................................. 61
3.1.2. Études monodisciplinaires et vision parcellaire d’une réalité complexe ................ 62
3.1.3. Croissance de l’économie informelle : des explications mitigées ........................... 64
3.1.4. Dilemme entre les théoriciens du développement et les approches des
institutions financières internationales (IFI) ...................................................................... 65
3.2. Groupe étudié : l’élite dans l’économie informelle ................................................... 66
3.4. Cadre théorique d’analyse .......................................................................................... 72
3.4.1. Approche relationnelle et communicationnelle de Simon Laflamme ..................... 74
3.4.2. Rapport entre le modèle de Simon Laflamme et l’économie informelle ................ 77
3.4.3. Rapport entre le modèle de Simon Laflamme et les fonctionnaires ........................ 78
3.4.4. Question de recherche et hypothèses ....................................................................... 79
vi
3.5. Contribution et originalité de la recherche ................................................................. 82
CHAPITRE 4. MÉTHODOLOGIE ...................................................................................... 85
4.1. Protocole d’entretien................................................................................................... 87
4.2. Terrain de recherche ................................................................................................... 89
4.2.1. Brève description du contexte sociopolitique .......................................................... 90
4.2.2. Recrutement des participants ................................................................................... 93
Conclusion ......................................................................................................................... 95
CHAPITRE 5. DESCRIPTION ET ANALYSE DES RÉSULTATS................................... 96
5.1. Attitude et perception face à l’économie informelle .................................................. 97
5.1.1. Liaisons entre les variables ...................................................................................... 97
5.1.2. Catégorisation ........................................................................................................ 100
[Link]. Vérification des distinctions entre les groupes ................................................... 107
[Link]. L’existence d’une supercatégorie ....................................................................... 113
5.1.3. Lexique de l’étude des perceptions et attitudes des fonctionnaires ....................... 115
[Link]. Description des classes ....................................................................................... 115
[Link]. Analyse factorielle des correspondances en coordonnées .................................. 120
5.1.4. Liens entre les catégories sémantiques générales et les classes ............................ 121
5.2. Exposition à l’économie informelle ......................................................................... 122
5.2.1. Liaisons entre les deux groupes de répondants ..................................................... 123
5.2.2. Catégorisation ........................................................................................................ 126
[Link]. Vérification des distinctions entre les groupes ................................................... 130
[Link]. Existence d’une supercatégorie .......................................................................... 136
5.2.3. Lexique de l’étude reproduction de l’économie informelle .................................. 137
[Link]. Description des classes ....................................................................................... 137
[Link]. Analyse factorielle des correspondances en coordonnées ................................. 142
5.2.4. Liens entre les catégories sémantiques et les classes ............................................ 143
5.3. Reproduction de l’économie informelle ................................................................... 145
Conclusion ....................................................................................................................... 148
vii
CHAPITRE 6. L’APPROCHE RELATIONNELLE COMME PERSPECTIVE
D’ÉTUDE DE L’ÉCONOMIE INFORMELLE DANS LES PAYS EN
DÉVELOPPEMENT ....................................................................................................... 150
6.1. Économie informelle : croyance et attitudes des fonctionnaires et reproduction
à travers les relations ...................................................................................................... 150
6.2. L’utilitarisme et l’anti-utilitarisme comme doctrines d’analyse du comportement
informel des fonctionnaires ............................................................................................. 154
6.2.1. L’utilitarisme ......................................................................................................... 154
6.2.2. L’antiutilitarisme ................................................................................................... 157
[Link]. Le don, l’intérêt et le désintéressement .............................................................. 157
[Link]. L’économie informelle et l’économie sociale .................................................... 158
[Link]. Les fonctionnaires et l’économie informelle : une simultanéité des solidarités
mécanique et organique ................................................................................................... 159
[Link] L’économie informelle et les perspectives de la grande transformation ............. 160
[Link]. L’économie informelle et le développement ...................................................... 161
[Link].1. Mentalité de développement ............................................................................ 162
[Link].2. La formation et le développement ................................................................... 164
CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................................................. 168
BIBLIOGRAPHIE .............................................................................................................. 172
viii
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 2. Distance par rapport à l’économie informelle et groupe d’âge des répondants
Tableau 3. Comparaison entre les deux groupes de participants au niveau des énoncés
Tableau 7. Répartition des individus dans les catégories selon le rapport à l’économie
Tableau 8. Répartition des individus dans les catégories selon les sexes
Tableau 10. Comparaison entre les deux groupes de participant au niveau des énoncés
Tableau 11. Répartition des individus dans les catégories selon le rapport à l’économie
Tableau 12. Répartition des individus dans les catégories selon les sexes
Tableau 14. Les catégories sémantiques et univers de référence correspondants aux deux
volets de l’analyse
ix
LISTE DES FIGURES
Figure 15. Liens entre les catégories sémantiques générales et les classes
x
0. CADRE DE L’ÉTUDE
reproduction chez l’élite dans les pays en développement est l’objectif poursuivi par notre
recherche.
Cette recherche s’inscrit dans le domaine des sciences humaines. Elle a pour champ le
ne se limite plus aux catégories sociales de la vie économique. Elle s’étend désormais, à
des faits, des processus et des dynamiques socioéconomiques (Fontan & Pineault, 2006).
Nous nous inscrivons dans une démarche interdisciplinaire 1 parce que l’objet de notre
étude exige la mobilisation de plus d’une discipline. En effet, nous considérons comme
interdisciplinaire toute recherche qui recourt aux outils, concepts, paradigme, etc., de plus
d’isoler un ou quelques aspects d’un phénomène pour l’expliquer, consiste plutôt à puiser
dans les capacités de plusieurs disciplines afin d’appréhender ledit phénomène dans sa
interreliés. C’est un phénomène qui a des causalités multiples, qui prend diverses formes
dans différents pays, de sorte qu’il n’a ni définition universelle ni appellation unique.
Nous soutenons que c’est la complexité des phénomènes qui commande la recherche
méthode qui commande le discours, mais bien le discours qui commande la méthode ».
1
La littérature sur la recherche interdisciplinaire contient plusieurs définitions et typologies. Au niveau des
définitions, Van Dusseldorp (1992) considère qu’une telle recherche passe par un processus en étapes qui
consistent : 1) en l’étude d’un même objet, 2) simultanément, 3) par des représentants de disciplines
différentes, 4) qui travaillent en étroite collaboration et 5) qui échangent constamment des informations, 6)
en vue d'aboutir à une analyse intégrée de l'objet en question. Pour Germain (1992, p.3), elle doit satisfaire
à deux conditions « l’existence d’au moins deux disciplines de référence et présence d’une action
réciproque ». Pour Nicolescu (1995), elle repose sur trois principes : l’intégration de plusieurs champs
disciplinaires, la collaboration entre représentants de champs disciplinaires et l’élaboration d’une synthèse
suite aux rencontres des disciplines. Pour Hamel (2002), une telle recherche fait appel à différentes
disciplines au regard d'un objet d’étude ou d'un problème qu'on espère clarifier.
2
Nous considérons que le paradigme de la complexité s’applique bien à l’économie
Notre parti pris pour l’approche morinienne dans cet argumentaire en faveur de
l’utilisation de l’approche interdisciplinaire est fondé, entre autres, sur deux facteurs : 1)
notre adhésion aux thèses de Edgar Morin sur les méfaits de la spécialisation à outrance et
production, systèmes rural et urbain, système administratif, économie formelle, etc. Ces
Les sept cercles de la figure ci-après représentent des systèmes (ou des sous-systèmes
selon la perspective de l’analyse) qui interagissent. L’économie informelle (au centre) est
3
Figure 1 : Économie informelle et théorie de système
Cette figure permet d’envisager l’existence des boucles causales 2 entre les différents
paramètres de l’économie informelle. Elles sont représentées par des flèches en deux
que Serge Latouche (1991, p. 81) décrit de la manière suivante : « L’économie informelle
apparaît comme une énorme nébuleuse qui traduit le bouillonnement de la vie dans toutes
ses dimensions avec ses horreurs et ses merveilles ». L’analyse de la figure 1 permettrait
2
Il faut souligner que ces boucles causales sous-entendent l’existence des chaînes de causalités qui sont
difficiles à établir au niveau empirique. L’objectif poursuivi par ce graphique est de démontrer que ces
chaînes de causalité existent théoriquement.
4
(récursion) ainsi que l’existence des systèmes dans lesquels la partie est dans tout et le
Précisons que notre prise de conscience de l’existence de ces trois principes dans le
développement des sociétés dans les pays en développement, et ce, tant sur le plan
économique que sur le plan social. L’étude de la formation d’une culture de l’économie
informelle auprès de l’élite permettrait de mieux saisir la réalité de ces sociétés en vue de
leur trouver des mécanismes qui permettent de résoudre les problèmes spécifiques à ces
sociétés et non en fonction des critères dictés par des sociétés dites développées. En effet,
À côté de ces motifs scientifiques, il y a des raisons subjectives qui justifient le choix de
ce sujet. Nous nous intéressons à l’élite impliquée dans l’économie informelle parce que
nous l’avons côtoyée de très prêt dans le cadre de notre travail. Nous avons recueilli les
données nécessaires à notre recherche avec une certaine facilité. En effet, de 1996 à 2008,
nous avons coordonné les activités du Collège Boréal à l’échelle internationale. Cette
partenaires outre-mer à tous les niveaux. Chacun des nos projets comprenaient des
l’État. Cette composante entrepreneuriale qui était ajoutée à tous nos projets s’inscrivait
dans une démarche qui aboutissait à l’élaboration des plans d’affaires par les partenaires
outre-mer avec l’assistance technique canadienne. Nous avons ainsi côtoyé, sur une base
et discuter avec elle sur, entre autres, le rôle de l’économie informelle dans le
a donné une connaissance intime de la façon de travailler de cette élite avec laquelle nous
pays.
6
CHAPITRE 1. ÉCONOMIE INFORMELLE DANS LES PAYS EN
DEVELOPPEMENT: ETAT DE LA QUESTION
scientifique. Dans bien des cas, la thématique que l’on désire étudier est souvent balisée
par des études antérieures. L’économie informelle ne fait pas exception à cette règle.
Le but de cette section est de présenter l’économie informelle de manière générale tout en
mettant en évidence l’état des connaissances actuelles. Cette présentation est appuyée par
1973, dans lequel le terme a été employé pour la première fois (Lautier, 2004, p. 9).
Dans la littérature, les termes « économie informelle » et « secteur informel » sont utilisés
d’illégalité (Lautier, 2004). C’est un magma confus dans lequel on peut identifier divers
(Latouche, 1998). Ces activités témoignent d’un éclatement des situations empiriques qui
ne permet pas d’en faire un inventaire exhaustif ni d’en faire un secteur particulier (le
7
secteur informel). L’usage du terme « économie informelle », qui semble s’être imposé à
celui du « secteur informel », est de plus en plus considéré comme recouvrant une
isolent et les excluent des logiques de l’économie formelle, ces caractéristiques incarnent
les luttes quotidiennes, la pérennité d’une activité traditionnelle, le recours ultime pour la
Selon les mêmes auteurs, dans les pays développés, l’économie informelle se présente
sociales. Elle existe aux dépens de l’économie officielle. Dans les pays de l’Est où
rigidité, planification et standardisation ont longtemps régné, c’est par le biais d’une
demande insatisfaite que les marchés parallèles se sont développés et ont permis une
mode de production dominant et, de surcroît, le moyen de survie d’une large part de la
population. Dans ces pays, la sociologie du travail n’obéit à aucun des modes
travail plus extensive qui intègre le concept de l’activité. Le travail se confond à la vie et
vaut plus que l’emploi et la promotion sociale des travailleurs (Méda, 1999).
8
1.2. Multiplicité de définitions
• Les entreprises informelles de personnes travaillant pour leur propre compte sont
travaillant pour leur propre compte et gérées par elles seules ou en association
appartenant à des employeurs et gérées par eux, seuls ou en association avec des
juridique) et à toutes les situations locales. Toutefois, l’approche la plus utilisée consiste à
retenir des critères qui définissent les établissements modernes et à considérer comme
informels les établissements ne répondant pas à ces critères. Ainsi, par économie
9
informelle on entend : « L’ensemble hétérologue de pratiques marchandes répondant à
Les définitions pratiques sont de trois ordres : juridique, quantitatif (ou statistique) et
qui n’est pas inscrite au registre de commerce ou auprès d’une autorité locale ou dont le
fonctionnement n’a été agréé, est par définition une entreprise informelle. Cependant, il
« l’informalité partielle ».
• Les entreprises à « informalité totale » sont celles qui exercent leurs fonctions de
contribution sociale. On cite, par exemple, une entreprise qui ne fait que louer à la
• Par contre, les entreprises à « informalité partielle » sont celles qui, bien
qu’illégales au sens strict du terme, sont largement tolérées. C’est le cas des
commerçants ambulants.
La définition quantitative concerne les caractéristiques non juridiques des entreprises. Son
utilité principale est de pouvoir distinguer les entreprises en fonction de leur taille. Ainsi,
une entreprise informelle, d’un point de vue statistique, peut être définie sur la base de
10
annuel et valeur ajoutée par employé. Loin d’être universelle, cette définition est donc
relative et varie selon différents critères qui changent en fonction de chaque pays.
Quant à la définition qualitative, elle permet d’obtenir une description détaillée des
• vieille technologie ;
• répugnance à l’innovation ;
Tenant compte de ces éléments, nous estimons que les entreprises informelles sont celles
qui sont exploitées par des patrons qui risquent dans leurs affaires leurs propres capitaux,
qui exercent sur les affaires une direction administrative et technique effective et qui ont
des contacts directs avec leurs consommateurs et leur personnel. Cette définition est
d’une très grande utilité pour les responsables des programmes d’appui à l’économie
employeurs (2001, p. 3) considère que l’économie informelle peut être caractérisée par
11
• au niveau le plus bas se retrouvent généralement les travailleurs indépendants
spécialisés dans les biens et services de base tels que l'alimentation ou le transport
à petite échelle ;
• au niveau moyen se situent ceux qui sont engagés dans un commerce plus
organisé et dans la fabrication des biens de consommation de base simples,
destinés à l’économie informelle et qui emploient essentiellement des membres de
leurs familles ;
• au niveau le plus élevé opèrent ceux qui fabriquent, à petite échelle, avec des
moyens technologiques peu évolués ou qui fournissent des services comme la
réparation de machines et de véhicules, qui emploient tant des membres de leurs
familles que d'autres personnes et prennent souvent la forme de microentreprises.
Selon Williard (1989, p. 36), vingt-six termes ci-après sont utilisés pour désigner les
Ce relevé, non exhaustif selon l’auteur, montre que l’économie informelle est un
ses fonctions. Ces termes ont en commun le caractère éminemment négatif, et à la limite
péjoratif, si l’on tient compte des qualificatifs qui sont attribués à cette économie.
12
Nous ajoutons à ce relevé le terme « économie traditionnelle ». Ce dernier est souvent
utilisé pour identifier les activités paysannes dans les pays en développement. Il ne fait
pas toujours référence au non-respect de la loi. En effet, une personne qui, depuis des
générations, produit et échange sa production avec d’autres biens sur un marché et qui ne
Cette personne ne refuse pas de tenir une comptabilité ni de payer les impôts ; mais la
impôts. Cette personne se trouve dans les mêmes conditions que les vendeurs des bluets
qui sont au bord des autoroutes du Canada pendant l’été. Elle est également dans les
mêmes conditions que les organisateurs des ventes de garage ou des marchés aux puces
Les trois critères de définition de l’économie informelle font référence au rapport à l’État.
En effet, les acteurs de cette économie vivent en marge du cadre légal, mais dans une
suivante :
13
Figure 2 : Essai de modélisation théorique de l’économie avec ses
composantes formelles et informelles
Dans ce modèle graphique l’État est la variable indépendante alors que l’économie, qui a
composantes existent dans tous les pays du monde 3 et s’alimentent l’une de l’autre. La
différence entre les pays du Nord (pays développés) et ceux du Sud (pays en
Le concept d’« emploi informel » renvoie à des emplois ou des activités de production et
de vente de biens et de services légaux, mais qui ne sont pas régulés ou protégés par
l’État. Il tend à désigner aussi l’ensemble de relations de travail très variées, dans la
14
de ces économies reposent, entre autres, sur l’absence de contrat écrit et la protection
La perspective qu’aborde Verna (2011) est particulièrement intéressante. Pour cet auteur,
l’illégalité. Il s’agit
d’un ensemble des actions illégales qui jouissent cependant de la part de la plupart
des citoyens d’un pays d’une certaine légitimité qui fait que rares sont ceux qui
s’y opposeront spontanément, comme cela pourrait être le cas face aux crimes
(illégaux et illégitimes), mais aussi face à certaines actions de « violence légale »,
légales, certes, mais considérées comme illégitimes par une forte proportion de la
population.
Dans un autre registre, l’informalité réfère à l’emploi informel, lequel comprend des
15
(2009, p. 20) identifie quatre écoles de pensée pour expliquer la persistance de cette
croissance :
Diverses raisons appartenant à chacune de ces quatre écoles, sont invoquées pour
(Kanté, 2002 ; Kamga 2006), d’autres parlent de choix délibérés (théorie de la sortie) des
travailleurs (Azuma et al., 2008, Perry et al., 2007 ; Maloney, 2004), quelques-uns
(Field, 2005). Pour Bugnicourt (2000), cette croissance est attribuable au meilleur rapport
qualité/prix des biens et services produits et offerts par les acteurs de l’économie
les théories explicatives de l’emploi informel sont de deux natures : les unes
mettent l’accent sur la croissance et sur les modèles économiques, les autres
se concentrent sur les institutions. Pour les premières, la croissance de la
production dans le secteur formel étant insuffisante, l’emploi a progressé dans
le secteur informel au fur et à mesure que la main-d’œuvre a augmenté (c’est
l’hypothèse de l’« absence de croissance » de Betcherman [2002]. Par
ailleurs, la croissance dans le secteur formel peut ne générer qu’un faible
nombre d’emplois, soit à cause de la technologie utilisée dans un secteur, soit
parce qu’elle est le fait d’industries plus capitalistiques. Enfin, la raison peut
simplement tenir au plus grand dynamisme du secteur informel, qui conduit à
une augmentation disproportionnée de l’emploi dans ce secteur.
Quand elles se rapportent aux pays en développement, toutes ces explications sont
remises en question par Lautier (2003, p. 211), pour qui l’économie informelle est avant
tout affaire de choix politique. En substance, il affirme que
l’économie informelle est une création de l’État même si c’est par défaut. Ce sont
des choix politiques qui l’ont engendrée, et non une tradition séculaire pervertie
par le développement. Qu’il s’agisse du petit forgeron sénégalais ou du cacique de
la drogue mexicain, leur informalité est connue, voulue et instrumentalisée. Ce
n’est que dans les très rares cas que l’argument « technique » [policier, militaire et
judiciaire] est pertinent pour faire valoir la permanence de l’informalité [d’ailleurs,
quand on enjoint aux municipalités de se financer elles-mêmes, elles trouvent
brusquement, de Niamey à Calcutta, le moyen de percevoir taxes de place et de
patentes].
Bref, l’État est bien le lieu où est créé l’informel, y compris les formes d’informel
qui apparaissent comme les plus an-étatiques.
17
Économique et Statistique de l’Afrique Subsaharienne [AFRISTAT], le Système de
Cette réflexion est suffisamment avancée, notamment grâce aux travaux du « Groupe de
Delhi », mis en place en 1997 et coordonné par la DSNU et le BIT. Constitué d’experts
orientent le travail des services de statistiques des pays en développement. Cependant, les
qui est nécessaire, mais ne saurait suffire. Il est rare de trouver des informations sur les
18
1.6.1. Enquête 1-2-3
L’enquête 1-2-3 est fondée sur le principe de greffe. Elle a été développée au Mexique
2002).
l’économie, du côté aussi bien de l’offre que de la demande. Elle se fait, comme son nom
l’indique, en trois phases qui touchent des populations statistiques différentes : individus,
enquête spécifique auprès des chefs d’UTI, sur leurs conditions d’activité, leurs
19
le poids des composantes formelle et informelle dans la consommation des
ménages. Elle permet d’estimer les montants des dépenses des différentes
Le PIB est un des indicateurs de performance économique les plus utilisés pour comparer
les pays. Cependant, il fait l’objet de nombreuses critiques depuis quelques années parce
qu’il est considéré comme superficiel (Méda, 1999). On lui préfère l’indice de
(IPH), auquel s’attache le déficit en espérance de vie, l’éducation et les services essentiels
dans les calculs des PIB a conduit l’OCDE (2002) à introduire un nouveau concept
d’Économie non observée. Cette économie comprend les quatre composantes (OECD et
• la production illégale ;
La production souterraine – sous ses aspects productifs – fait référence aux activités qui
se dissimulent afin d’échapper au paiement des impôts (TVA, revenu…), des charges
sociales, ou aux aspects des législations telles que le salaire minimum, le nombre
d’heures maximum, les normes d’hygiène et de sécurité et, d’une façon générale, à toutes
L’économie illégale, par complément, recouvre toutes les activités productives qui
contreviennent au Code pénal, soit parce que ces activités sont interdites par la loi
(drogue, prostitution…) soit parce qu’elles sont exercées par des personnes non autorisées
contrefaçon, etc.
La production du secteur informel est le fait d’activités qui ne cherchent pas délibérément
à se cacher et à se soustraire aux obligations légales, mais qui ne sont pas enregistrées ou
sont mal enregistrées du fait de l’incapacité des pouvoirs publics à faire appliquer leurs
4
Nous considérons que la production du secteur informel est synonyme de production de l’économie
informelle.
21
La production pour usage final propre (à des fins de consommation finale ou de formation
de capital) est enfin une composante non marchande importante de la production de biens
par les ménages. Les services de cette catégorie sont les loyers imputés et les services
domestiques rémunérés.
monde (OIT, 2008). Dans les pays en développement, elles sont surreprésentées dans des
emplois informels, occupant des emplois mal payés et étant plus dépendantes et plus
• Il n’existe pas de disparité entre les sexes en termes d’accès à des emplois
• Les revenus des femmes sont moins élevés que ceux des hommes, et ce, au
• La proportion des femmes est plus forte dans les emplois informels les
• Les écarts de revenu entre travail formel et informel sont plus importants
pour les femmes que pour les hommes (Chen et al., 2004 ; Galli et
Kuceucera, 2003) ;
est plus faible pour les femmes que pour les hommes (Chen et al., 2004 ;
Les débats scientifiques identifient les déterminants ci-après pour expliquer les
différences entre les sexes. L’ordre de présentation est fortuit et ne signifie nullement que
• Les institutions informelles déterminent les types d’emplois disponibles pour les
23
• L’accès aux ressources comme l’éducation, la terre, le crédit et le réseau
les femmes représentent les deux tiers de tous les illettrés du monde (UNESCO,
2002). Elles ont peu ou pas accès à la terre (Banque Mondiale, 2008 ; Lastarria-
• Les structures économiques expliquent les positions des femmes sur le marché du
2000).
informelle ainsi que les opinions les plus émises à son sujet.
24
1.8.1. Caractéristiques de l’économie informelle
manière suivante :
l’emploi urbain ;
• elle est en croissance 5 constante, voire accélérée, dans la plupart des villes ;
satisfaction des besoins des ménages dont la consommation des biens et services
revenu s’accroît ;
indépendants qui parfois font appel à des aides familiales ou à quelques apprentis ;
5
L’économie informelle croît dans les pays en développement en général et plus particulièrement en
Afrique où elle absorbe 61 % de la main d’œuvre urbaine. Elle a probablement été à l’origine de plus de
93 % des nouveaux emplois créés au cours des années quatre-vingt-dix (Maldonaldo, 2001). En effet,
considérée comme une étape de transition dans le processus de construction d’une économie moderne
(formelle) dans les pays en développement, l’économie informelle a pris de l’ampleur. Elle occupe une part
de plus en plus importante de la population active (Charmes, 1987 ; OCDE, 2009 ; BIT, 2007). Son taux de
croissance moyenne annuelle est de 7 % (Karl 2004, p.53). Cette économie génère 40 % du PNB (Farrel,
2007 ; Schneider, 2002) et occupe deux tiers des emplois en milieu urbain (Karl, 2004).
25
• l’économie informelle est hétérogène et recèle de multiples formes d’activités et
très inégal.
Cette économie souffre, par contre, de graves carences qui tiennent, d’une part, à la nature
économique et institutionnel dans lequel elles évoluent. Ces carences, qui constituent
Cette position défavorable par rapport aux entreprises modernes agit au détriment
26
1.8.2. Opinions sur l’économie informelle
récente. En effet, Lautier (2004) la situe au milieu des années quatre-vingt. Cette période
d’entrepreneurs capitalistes.
Avant cette époque, Abrokwaa (2000) identifie trois périodes importantes. La première
période (entre les années 50 et 60) est centrée sur l’application du paradigme de
modernisation. L’augmentation, et à plus court terme possible, du revenu national brut est
le principal objectif poursuivi. La deuxième période (milieu des années 60) est
intégré dans les analyses économiques. La troisième période (fin des années 70) concerne
les programmes d’ajustement structurel (PAS). Ces programmes, imposés par le Fonds
Monétaire international, avaient pour principal but d’établir les équilibres macro-
6
Selon Azouley (2002, p.33), le champ du concept de développement est une totalité complexe qui inclut
des approches économiques sociales, politiques, institutionnelles et culturelles. Ces approches agissent les
unes sur les autres de façon dialectique, contradictoire. Le processus de développement est alors une
transformation sociale globale d’une société, au sens où tous les aspects de la vie sociale sont concernés.
« L’amélioration des conditions d’existence, la croissance des revenus, leur juste répartition, un haut niveau
d’emploi représentent des objectifs économiques. Mais à eux seuls, de stricts facteurs économiques ne
peuvent permettre d’atteindre ces objectifs. Les comportements individuels et sociaux, les fondements
culturels d’une société, ses valeurs, ses structures sociales, institutionnelles et politiques, le degré
d’influence de l’économie mondiale sur la société considérée constituent des éléments qui influencent et
sont modifiés par lui. »
27
économiques afin de faciliter la sortie de la crise économique. C’est plutôt le contraire qui
s’est produit : l’exécution des PAS a contribué à détériorer les secteurs sociaux comme
Pour l’essentiel, le débat sur cette périodisation porte non pas sur les contenus de
porte sur les voies empruntées pour accéder à la modernisation et pour établir les
équilibres macro-économiques. Plus globalement, on rejoint les voies que doit emprunter
modernisation. Cette théorie stipule que, dans un pays en développement, les activités
7
La remise en question de cette théorie porte, entre autres, sur trois registres : 1) la croissance de
l’économie informelle plutôt que sa disparition progressive en faveur de l’économie formelle, 2) l’appui des
acteurs de l’économie informelle par les organisations internationales et 3) la dynamique politique des États
qui n’est pas toujours favorable au développement.
28
informelles finissent par être absorbées par le secteur moderne. Dans cette perspective, le
processus de développement doit être appuyé par des politiques économiques qui visent à
consommation des masses dans les pays en développement, on réduit les inégalités et on
Selon Lautier (2004, p. 17), cet objectif est basé sur un double postulat : « D’une part
moderniser, puis – parce qu’elles y trouveront avantage – à entrer dans le cadre légal.
D’autre part, leur situation actuelle provient de manques, et non d’un choix : manque de
Par ailleurs, depuis les échecs des Programmes d’ajustement structurel (PAS 8), il existe,
l’intervention de l’État dans d’autres domaines que ceux de l’économie, ne serait-ce que le respect
de l’ordre public.
3) La théorie du développement sous-estime la dynamique de l’État. En effet, elle suppose que l’État
est intéressé au bien-être de la population et est disposé à stimuler la génération d’un surplus
économique transférable à une économie formelle, considérée comme moteur de développement.
Cette hypothèse est fausse parce que, dans la plupart des pays en développement, l’État est faible
ou inexistant (exemple guerre civile) ou est dirigé par un despote (dictature, États voyous et
bandits).
8
Les PAS ont été imposés aux pays en développement par les institutions financières internationales (Fond
Monétaire International, Banque Mondiale…) au début des années 80. Ils visaient avant tout la réduction
29
l’économie informelle, de manière à faire reculer la pauvreté et à rapprocher les
(Kanté, 2004). Dès lors, l’appui à l’économie informelle est imaginé comme stratégie de
stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) ». Il comprend des plans de lutte contre
la pauvreté conçus et préparés par les gouvernements après avoir consulté la société
civile. Depuis 2002, la Banque Mondiale a assujetti son appui à la production d’un DSRP.
Nations Unies (PNUD, UNICEF…) ont décidé de l'encourager et, dorénavant, d'insérer
ses activités dans les stratégies de développement (Paquette, 1997). Les arguments
utilisés en faveur de cette stratégie pour les petites unités de production de l’économie
développer l’entreprise ;
du marché ;
des dépenses des États en vue d’assurer des équilibres macroéconomiques. Ils sont aussi considérés comme
étant une des principales causes de la croissance de l’économie informelle dans les pays en développement
(Kamga, 2006).
30
L’implantation des unités de production à l’échelle nationale confère à celles-ci un rôle
que dans la configuration d’un tissu industriel dense. De plus, la coopération entre petites
également justifiable par le fait que ses acteurs sont surreprésentés au sein des « pauvres »
(Lautier, 2004, p. 35). C’est aussi le point de vue du BIT (2001) lorsqu’il met l’accent sur
les aspects positifs de ce secteur qui s’avère rentable, productif et créatif. En effet, la
contribution du secteur informel au PIB des pays africains est évaluée en moyenne à 20 %
d’utiliser le secteur informel parce qu’il est source de créativité, d’esprit d’entreprise et
terrain fertile d’apparition d’une éthique du travail fondée sur une forme nouvelle
C’est dans cette perspective que s’inscrivent les recherches qui ont été appuyées par les
Conclusion
Nous retenons, toutefois, que l’économie informelle mérite d’être saisie comme un
phénomène social qui met en jeu un ensemble très complexe de variables. Son
les plus récentes études sur ce phénomène s’articulent autour des quatre écoles de
pensée : l’école dualiste, l’école structuraliste, l’école légaliste et l’école parasitaire. Deux
32
l’économie informelle ; c’est-à-dire la « formaliser » ou favoriser sa croissance comme
33
CHAPITRE 2. LES SCIENCES ÉCONOMIQUES ET LA NOUVELLE
SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE
Ce chapitre présente deux doctrines importantes dans l’analyse des phénomènes sociaux :
théories qui sont souvent mobilisés pour analyser l’économie informelle. Nous y
sujet d’analyse et l’utilitarisme 11 comme doctrine. Elles sont conçues à partir des
9
Le terme « nouvelle sociologie économique (NSE) » est souvent utilisé pour souligner le renouveau que
connaît cette discipline. Deux conditions ont contribué à ce renouveau : 1) l’incapacité du marxisme et du
keynésianisme comme remède à la crise des années 70 et 2) le recours aux sources historiques et
l’importance du social et du politique au bon fonctionnement de l’économie. Ce renouveau permet au
sociologue de revendiquer la légitimité de rendre aussi compte de l’économique et de fournir une
explication alternative à la science économique. La NSE vient combler le vide créé par
l’hyperspécialisation de la sociologie économique en ne se concentrant qu’à l’évaluation en amont et en
aval de l’activité économique, perdant ainsi toute sa capacité de rendre compte de l’activité économique
dans sa totalité. Au lieu de se limiter aux catégories sociales de la vie économique, la NSE s’étendrait
désormais aux cinq champs de recherche suivants : 1) la notion d’acteur économique et ses motifs d’action,
2) la structure sociale de l’économie, 3) les modes de réglementation et de législation, 4) les effets de
l’économie sur la société et 5) les interactions entre le développement économique et le changement social.
(Levesque, 2001).
10
Il s’agit d’un consommateur rationnel, c’est-à-dire qui cherche à maximiser son utilité et donc à acheter
au meilleur prix les produits qui lui apportent le plus de satisfaction.
11
L’utilitarisme est connu comme philosophie de Jeremy Benthan (1748-1832) qui soutenait que ne sont
justes, désirables et rationnelles que des institutions qui permettent de produire le Plus Grand Bonheur du
Plus Grand Nombre. En effet, selon Caillé (1998, p.18), Jeremy Bentthan « est peut-être le premier à
affirmer clairement que, dans le calcul de l’utilité collective, tous les individus doivent être tenus pour
égaux. “Chacun compte pour un, personne ne compte pour plus d’un”. D’où la conclusion utilitariste
intéressante : l’égalisation des richesses accroît le bonheur collectif puisque l’augmentation du revenu des
plus pauvres leur procure plus de plaisir que la diminution du leur ne suscite de peine chez les plus riches ».
C’est de cette philosophie que découlerait la loi fondamentale de l’économique. Cette dernière, qui est la
« toile de fonds » des travaux classiques en économie, stipule que les individus et les sociétés vont allouer
les ressources disponibles, de manière à réaliser tout avantage anticipé au coût le plus bas. Elle avance que
lorsqu’il s’agit de choisir entre des choses, des biens, des techniques de production, ou entre tout ce qui
procure une satisfaction égale, la rationalité suggère de prendre la voie la moins chère. Comme corolaire,
34
différents courants 12 de la pensée économique. Quant aux courants de la sociologie
(Laflamme, 2008).
considère qu’il s’agit d’une discipline qui étudie les faits économiques en y apportant un
des réseaux. Pour J-M. Fontan et S. Laflamme (2008), la sociologie économique consiste
parmi les choses qui coûtent la même chose, on choisira les meilleures. C’est la théorie du choix rationnel
(rational choice).
12
La dénomination de ces courants varie selon les auteurs. Pour Flouzar et Pondaven (2004), il existe 4
courants de pensée économique : 1) les écoles classiques (A. Smith, Malthus, D. Ricardo, J.S. Mill), 2) la
contestation de l’analyse classique (Karl Max), 3) le renouvellement de l’analyse classique (3 écoles :
Lausanne, Vienne et Cambridge) et 4) les trois courants de pensée du XX e siècle (1. J.M. Keynes, 2. le
courant de synthèse et 3. Néolibéralisme et monétarisme). Pour Montoussé (2002), il existe, plutôt, 4
courants de la théorie économique : 1) les fondements du libéralisme, 2) Keynes et les keynésiens, 3) le
rejet du capitalisme, 4) le renouveau de la théorie libérale. Dans les deux cas (courants de pensée ou
courants de la théorie), les auteurs clés sont souvent les mêmes.
35
la sociologie économique un statut de discipline autonome au sein de la sociologie et 3)
autant aux profondes divergences qui existent au niveau des frontières disciplinaires entre
interdisciplinaires. Quant à la troisième difficulté, elle porte, entre autres, sur la question
Le contenu de cette section est une synthèse de trois sources : Montoussé (2002), Flouzart
La microéconomie est, selon Montoussé (2002), inspirée par les travaux de Adam
Smith 13. Ce dernier est considéré comme le père du libéralisme, une idéologie qui
soutient que l’intérêt personnel est à la base de toutes les transactions. En ne cherchant
que son propre intérêt, l’individu travaille nécessairement à rendre aussi grand que
possible le revenu annuel de la société. Il est conduit par « une main invisible » pour
remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions. L’intérêt personnel pourrait
profiter aux uns et au détriment des autres. Mais, grâce à la libre concurrence, les intérêts
13
Son ouvrage – intitulé : « La recherche sur la nature et les causes des richesses des nations » en cinq
volumes est considéré comme un classique en économie politique.
36
privés et les passions des individus les portent naturellement à diriger leurs capitaux vers
les emplois qui, dans les circonstances ordinaires, sont plus avantageux à la société.
commence par s’enrichir. Mais la concurrence fait baisser les prix, donc les profits. Alors
toujours plus nombreux et des réseaux commerciaux plus développés, une plus grande
richesse collective. Selon cette idéologie, l’État doit intervenir le moins possible dans
publics.
son utilité marginale ; c’est-à-dire selon le degré de satisfaction apportée par la dernière
unité consommée.
14
Le prix est considéré en économie comme le principal mécanisme de coordination de la demande et de
l’offre. Il transmet l’information sur les conditions de la demande et de l’offre et sur les besoins et la rareté.
37
devant deux possibilités, il choisira celle qui lui procure le plus de satisfactions. Le
Ainsi, le consommateur rationnel consomme tant que l’utilité marginale du produit est
supérieure à la désutilité du prix. Cette théorie suppose que le consommateur n’est jamais
saturé d’un bien que l’utilité marginale est toujours positive, que les produits sont
face à une modification de prix n’est pas équivalente pour tous les produits. C’est
demande lorsque le prix varie. Cette élasticité est fonction du degré de nécessité d’un bien
modifie la structure de la consommation dans la direction des biens collectifs. Selon la loi
Il a donc pour fonction de coordonner les actions des individus dans l’économie. Cette fonction suppose
que les prix sont conformes aux préférences individuelles et qu’ils se forment librement sur le marché. Le
système de prix permet de saisir l’efficacité économique qui est une notion fondamentale en économie.
Cette efficacité est atteinte lorsqu’aucune organisation des ressources productives dans l’économie ne peut
accroître la satisfaction des besoins humains dans cette économie.
38
de Wagner, la croissance des économies et des revenus per capita produit une
modification dans l’intensité des besoins des individus en faveur des collectifs et services
publics.
Les limites suivantes, relatives à la variation de la demande par rapport au prix, sont à
retenir :
• Le consommateur préfère parfois acheter des produits chers plutôt que des
L’offre tire ultimement son existence de la production. Ainsi, les analyses économiques
aucune souplesse parce que l’offre existe déjà ; 2) intervalle de courte période, pendant
lequel l’offre peut être augmentée ou diminuée grâce à l’emploi des facteurs variables de
production et, 3) l’intervalle d’une longue période, pendant lequel les transformations
39
Alors que les consommateurs visent généralement à accroître leur satisfaction, les
vendeurs et les producteurs désirent, plutôt, éviter les pertes et réaliser, dans la mesure du
possible, des bénéfices. Ainsi, l’offre d’un produit n’est pas seulement fonction du prix,
elle est aussi guidée par d’autres éléments, notamment, les buts et objectifs des
entreprises, la technologie disponible, les prix des autres produits, les coûts des facteurs
de production, les anticipations des producteurs quant aux prix futurs de leurs produits, et
Selon la théorie de la production, il existe des relations précises entre l’emploi des
facteurs de production et le produit qui résulte de leur combinaison. Cette théorie permet
technologique. Il faut, pour cela que chaque producteur se spécialise dans l’usage intensif
du ou des facteurs de production qui sont les plus productifs dans l’activité économique
c’est-à-dire lorsque chaque producteur ne peut agir que très marginalement sur le prix et
les quantités produites. Le prix est donc fixé par le marché. La situation opposée à la
L’équilibre de marché
une situation économique dans laquelle il n’est pas possible d’améliorer la satisfaction
40
d’un individu sans détériorer celle d’au moins un autre individu dans une proportion égale
ou supérieure.
La nouvelle micro-économie remet en question, entre autres, les hypothèses suivantes sur
marché. Elles intègrent, toutefois, le pouvoir qu’exercent sur le marché les imperfections
2.1.3. Macroéconomie
le marché tend vers l’équilibre et que les déséquilibres et autres perturbations ne peuvent
41
être que temporaires. Cette façon de concevoir la macroéconomie a été modifiée à partir
de la théorie de la demande développée par Keynes. Cette théorie stipule que c’est l’offre
qui procède à la demande et non l’inverse. Ainsi, l’analyse keynésienne est une théorie de
Pour Keynes, les déséquilibres économiques sont possibles et l’État doit intervenir pour
leurs déterminants.
montre au contraire que les déséquilibres sont possibles et que le chômage peut être
involontaire.
42
• la régulation-convention-grandeurs ;
Nous considérons trois auteurs ci-après comme étant auteurs-clés de ce courant : Max
comme le seul facteur causal dont tous les autres phénomènes sociaux sont des
l’esprit capitaliste (Freund, 1983). En effet, les protestants sont contraints à ne pas
s’adonner au plaisir de la vie (plaisir du luxe par exemple) parce que celui-ci est contraire
à la volonté divine. Ils ne doivent dépenser leur argent que pour ce qui est absolument
constamment parce que la religion dit que la richesse est une manifestation de la
personne est déterminé par Dieu. Ainsi, les personnes pauvres considèrent
43
qu’ils le sont par la volonté de Dieu et qu’ils ne peuvent s’en prendre aux riches ou lutter
Par ailleurs, Weber identifie quatre types de déterminants de l’action humaine sans
exclure que cette typologie soit enrichie ou améliorée : i) l’action traditionnelle par
rapport à une fin ii) l’action rationnelle en valeur, iii) l’action traditionnelle et iv)
économique pour la société (Laflamme, 2000). Pour lui, la tâche du sociologue — qu’il
comportements des individus. L’action sociale n’est pas réductible à des relations de
causalité. Elle est plutôt l’expression de l’intention consciente des individus et doit, de ce
fait, être expliquée par le modèle de la compréhension par l’interprétation et non par le
avec des objets qui s'imposent à la conscience comme des données extérieures alors que
la sociologie (science de l'esprit) travaille sur l'expérience vécue des individus. Weber
(1971, p. 73) soutient, entre autres, que « l’échange peut être conditionné par la tradition
et, de ce fait, se dérouler selon des règles conventionnelles, ou bien il peut être déterminé
Pour Weber, que son objet d’étude soit rationnel ou irrationnel, la sociologie s’éloigne de
d’intégrer cet événement. C’est dans ce sens qu’il préconise l’usage de l‘idéaltype, un
concept qui permet d’appréhender les actions sociales en accentuant délibérément certains
44
traits de la réalité. Il se sert de types idéaux pour identifier les trois manières qui
empreinte et la croyance rationnelle sont fondées soit sur des valeurs soit sur la légalité
d’un cosmos de règles abstraites. À ces trois, M. Weber associe une forme typique de
Max Weber stipule, au niveau de l’organisation et les puissances de la société dans leur
rapport avec l’économie, que le travail du juriste est très différent de celui du sociologue.
En effet, le juriste vérifie la conformité des pratiques aux règles alors que la
sur des individus, les règles contribuent à des régularités sociales. Le droit assure les
conditions est soit fonction des habitus, soit du laxisme de l’État. C’est dans cette
45
[Link]. Karl Polanyi
Cet auteur se sert des faits historiques pour comprendre les problèmes actuels. Son
analyse sociohistorique porte sur trois points (Polanyi, 1992) : 1) l’équilibre du système
international, 2) les facteurs qui ont favorisé la grandeur de l’économie de marché et ceux
La période 1814 -1915 est qualifiée de 100 ans de paix parce qu’elle ne connaît que des
conflits de courte durée, très localisés et souvent de nature coloniale. L’équilibre est
Les années vingt sont considérées comme conservatrices. En effet, les puissances
Pendant les années 1930, les États prennent des mesures pour protéger leurs économies et
deviennent autarciques. L’étalon d’or est abandonné et l’autorégulation des marchés est
46
Grandeur et décadence de l’économie de marché
Selon Karl Polanyi, l’écroulement de la civilisation du 19e siècle a été déclenché par
autorégulateur est une utopie parce qu’il reposait sur des hypothèses extraordinaires
suivantes :
• des marchés sur lesquels l’offre des biens disponibles à un prix donné est égale à
• la présence de la monnaie, qui fonctionne comme pouvoir d’achat entre les mains
de ses possesseurs ;
• l’État qui ne doit rien permettre qui empêche la formation des marchés.
Processus de transformation
suivants :
• La nouvelle loi sur les pauvres réduit les chômeurs à la misère et pousse à
• En Angleterre, la fin des hungry forties (la décennie de disette qui suit 1840)
permet aux classes supérieures des ouvriers spécialisés d’accéder au droit de vote ;
47
• Dans les années 20, le rétablissement du système monétaire international est vital,
car c’est la seule façon d’assurer la pérennité du marché, et surtout de faire face au
crédit international qui se développe rapidement pour permettre aux pays vaincus
de payer les réparations et pour permettre plus largement de rétablir la stabilité des
prix mondiaux.
Polanyi souligne le fait que le libéralisme économique a imprimé une fausse direction à
de la solidarité sociale. Il s’agit pour lui de savoir : « Comment se fait-il que, tout en
peut-il être à la fois plus personnel et plus solidaire ? » (Durkeim 1973, p. 432)
effet, celle-ci rend les individus interdépendants (et donc complémentaires) et les
Durkeim préfère le terme de fonction à celui de rôle (ou but), parce que la division du
travail n’existe pas en vue des résultats à déterminer. Elle correspond plutôt à un besoin
48
social. Ce qui importe, « c’est de savoir si elle existe et en quoi elle consiste, et non si elle
rendement des fonctions divisées et les rend solidaires. Cependant, étant donné que la
mesure, il recourt au droit. Il arrive ainsi à caractériser deux types de solidarités, et ce, à
partir de deux types de sanctions (répressives et restitutives) qui correspondent aux deux
types de droits (droit pénal et droit coopératif). Il s’agit de la solidarité mécanique (ou par
La solidarité mécanique est propre aux sociétés dites traditionnelles. Elle vient de ce que
l’auteur appelle conscience collective ou commune. Cette dernière est diffuse dans toute
La solidarité organique est propre aux sociétés dites modernes. Elle repose sur la
différence des individus. Ses fondements sont la division du travail social. Les individus
sont interdépendants et sont ainsi contraints à coopérer pour survivre. Cette solidarité est
spontanée. Elle n’a pas besoin d’un appareil coercitif pour la produire ou la maintenir. En
effet, « il suffit que chaque individu se consacre à une fonction spéciale pour se trouver,
49
Causes et conditions de la division du travail
Selon Durkheim, il n’est pas possible de trouver une formule unique qui puisse rendre
compte de toutes les modalités de la division du travail. Chaque cas particulier dépend
des causes particulières qui ne peuvent être déterminées que par un examen spécial.
bonheur qui pousserait l’individu à se spécialiser de plus en plus. Sans doute, comme
concours, elle n’est pas possible sans une société. Mais au lieu d’en être la cause
déterminante, la société serait seulement le moyen par lequel elle se réalise, la matière
Durkheim soutient par ailleurs que la division du travail sociale s’explique par la
d’individus) ;
du moment que le nombre des individus entre lesquels les relations sociales sont
établies est plus considérable, ils ne peuvent se maintenir que s’ils se spécialisent
50
davantage, travaillent davantage, surexcitent leurs facultés ; et de cette stimulation
générale résulte inévitablement un plus haut degré de culture. De ce point de vue, la
civilisation apparaît donc, non comme un but qui meut les peuples par l’attrait qu’il
exerce sur eux, non comme un bien entrevu et désiré par avance, dont ils cherchent à
s’assurer par tous les moyens la part la plus large possible, mais comme l’effet d’une
cause, comme la résultante nécessaire d’un état donné.
Il s’agit ici des formes de la division du travail que Durkheim appelle anomiques ou
la solidarité même si elles sont constituées par autant d’activités spéciales. Sur un autre
registre, les crises industrielles et les faillites illustrent cette négation de la solidarité.
Elles résultent, entre autres, d’une spécialisation accrue entre les individus et d’une
la cohésion sociale.
C’est dans cette perspective que Durkheim considère comme important le rôle des
groupes professionnels. Ces derniers ont un pouvoir moral capable de contenir les
égoïsmes individuels, d’entretenir dans les cœurs des travailleurs un vif sentiment de leur
solidarité commune, d’empêcher la loi du plus fort de s’appliquer aussi brutalement aux
51
2.2.2. Le Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales
économie qui est liée à celle de besoin. L’utilité consiste, à toute fin pratique, à mesurer le
bien-être obtenu par un individu suite à la consommation d’un bien ou l’obtention d’un
service. Le principal reproche qui est fait aux utilitaristes (économiques classiques et néo-
comportement complexe.
Mauss 15, cette revue est animée par Alain Caillé, sociologue d’origine française,
comme utilitarisme, « toute doctrine qui repose sur l’affirmation que les sujets humains
sont régis par la logique égoïste du calcul des plaisirs et des peines, ou encore par leur
seul intérêt et qu’il est bon qu’il en soit ainsi parce qu’il n’existe pas d’autre fondement
possible aux normes éthiques que la loi du bonheur des individus » (Caillé, 1988, p. 17).
15
Anthropologue d’origine française, Marcel MAUSS est surtout connu pour ses théories sur le don et le
contre-don et son concept de « fait social total ».
52
tourne à vide et il est loin de contribuer au foisonnement de l’invention
démocratique et au progrès du savoir. Rationnel et démocratique, au départ,
l’utilitarisme réduit la Raison en rationalisme, la science en scientisme et la
démocratie en technocratisme. Il est donc temps de renverser la vapeur, de rompre
avec le paradigme qui a fait son temps et de contempler d’un œil neuf et
gigantesque continent obscur de ce qui reste à penser et à édifier.
De plus, ajoute l’auteur, l’imaginaire utilitariste, « ne représente pas un système
dans les sociétés modernes, mais qu’il est plutôt l’imaginaire même ».
Déterminant de l’utilitarisme
montée des classes sociales (Caillé, 1988). Sans entrer dans les détails d’explication de
chacun à s’enrichir en fonction de ses moyens et de ses capacités. La montée des classes
sociales est devenue synonyme de lutte et de conquête des Droits de l’homme et des
Le don
Le don est un paradigme qui appuie les thèses anti-utilitaristes. Il n’existe pas au sens de
don gratuit (Godbout et Caillé 1992). Toutefois, il exige trois formes d’obligation : celles
53
dans la mesure où il engendre une incertitude d’échange (donner et recevoir). En effet, est
« qualifié de don toute prestation de bien ou de service effectuée, sans garantie de retour,
en vue de créer, nourrir ou recréer le lien social entre les personnes » (Caillé, 1994,
gestes non posés pour le retour, ou en tout cas non posés principalement pour le retour,
sans que les acteurs considèrent pour autant être des sujets irrationnels » (Godbout, 1995,
p. 7). Dans ce contexte, les personnes impliquées dans le don s’exposent « à la possibilité
que ce qui revient diffère de ce qui est parti, revienne à une échéance inconnue, peut-être
jamais, soit donné en retour à d’autres que ceux qui avaient reçu ou ne fasse pas retour du
L’habitus
sujet consciemment et rationnellement calculateur. Pierre Bourdieu, (cité par Caillé 1994)
oppose le sujet de la pratique, infiniment complexe, qui est le produit des habitus de
perception, de pensée et d’action, présentant une unité qui est celle d’un style plutôt que
d’une organisation, obéissant à une logique qui est celle de la pratique plutôt que de
L’utilitarisme et l’économisme
Selon Caillé (1982), la raison utilitariste porte des germes d’économisme, dans la mesure
où elle prône le triomphe à l’échelle mondiale des valeurs associées au marché. Il se sert
54
pour cela de deux exemples : 1) la vision utilitariste de l’histoire et 2) le développement
dans la diversité des croyances et des formes de pouvoir qui se sont succédé au long de
l’histoire de l’homme. Cette vision est explicable par trois considérations : 1) l’ignorance,
physique par des prêtres ou des guerriers sans scrupules. Tout cela est révolu grâce à
l’autonomisation des marchés. Cette vision économiciste est fondée sur les bienfaits de la
Pour ce qui est du développement du Tiers-monde, Caillé estime que toutes les recettes
plus ou moins savantes proposées par les experts depuis plus de trente ans à ses dirigeants
n’ont pas donné les résultats escomptés. Il s’agit, entre autres ; du développement par
paraît simple. En effet, les sociétés sont avant tout des organismes productifs qui n’ont
défini comme tel par rapport à la norme de croissance occidentale, ne peut résulter que de
deux types de causes. Selon la variante marxiste, la cause principale est à chercher dans
ce sont l’ignorance des dirigeants et des masses et leur attachement à des croyances
traditionnelles. Plus que cela, ils indexent aussi la philosophie politique marxiste, celle-là
55
Certes, les thèses stéréotypées de la paresse des « indigènes » si souvent évoquées
idéologique, sont massivement discrédités. Reste la voie libérale qui se définit en peu de
mots : partout où le marché est libre, ça va bien ; partout où il est dans les chaînes
Cet argumentaire est faible. En effet, il oublie que les marchés ne fonctionnent pas tout
s’autonomiser ne peut s’actualiser que si la logique contextuelle des autres ordres n’y fait
pas obstacle. Aussi, les ferments de la croissance économique ne sont pas d’abord
L’économie sociale constitue non seulement le courant de pensée le plus ancien et le plus
important de la nouvelle sociologie économique, mais aussi, et surtout celle qui offre plus
empiriques réalisées par les auteurs de l’économie sociale touchent aux activités relevant
de « services de proximité. Il s’agit des services tels que les gardes d’enfants, l’insertion,
p. 62).
56
Pour Levesque (2006, p.28), l’économie est donc constituée d'entreprises ayant, entre
autres, une gestion démocratique et une socialisation des excédents. Pour Beitone (2004,
système économique. En tant que doctrine économique, l’économie sociale est un courant
Par ailleurs, le terme économie solitaire, plus récent, est utilisé pour souligner la pluralité
des formes de l’activité économique. Il désigne, selon notre interprétation des plusieurs
évolution culmine avec l’économie plurielle (Levesque, 2001). Les termes économie
sociale et économie solitaire sont souvent utilisés indifféremment et sont, à toute fin
pratique, des synonymes. Pour cet auteur, les entreprises qui se réclament de l’économie
économique, parce qu’il porte sur le rôle et l’influence des institutions sur le
57
comportement des acteurs économiques. Il consiste à analyser les activités économiques
par le biais d’institutions, considérées comme des constructions sociales. Pour être
efficaces, celles-ci, doivent, d’une part, bénéficier de l’intervention de l’État pour la mise
œuvre des règles (la régulation) du jeu, et d’autre part, avoir recourt à une variété de
mode de gouvernance (les conventions) et des rapports (les grandeurs) entre les individus
et les entreprises.
des travailleurs et les normes de consommation. Elles sont incapables d’expliquer les
de celle que fournissent les sciences économiques. C’est un courant de pensée qui se
sont non seulement diversifiées par leur finalité, mais aussi encastrées dans la société. En
58
pouvoir, de statut et de socialité. Leurs actions sont donc encastrées dans des réseaux des
relations qui les mettent en contact les uns avec les autres.
cependant, remplir deux conditions suivantes pour être prises en compte : 1) influencer le
(Levesque, 2001).
2.3. L’échange des biens des idées et des personnes en contexte d’économie informelle
l’économie informelle dans les pays en développement. En effet, cette théorie permet de
comprendre comment circulent les biens, les idées et les personnes dans la société. Elle
contribue à la compréhension sociologique plus intégrée. Elle est également une réponse
Les biens (ou les services), les idées et les personnes sont plus ou moins
concentrés et ils circulent de diverses façons. L’état de cette concentration et de
celui de cette circulation dépend des relations entre les trois sphères et de celles
qui sont inhérentes à chacune d’elles. Ces relations sont forcément dialectiques et
leur nature peut être comprise par référence à la notion d’échange. Dans chacune
des trois sphères et entre elles s’échangent plus ou moins librement des éléments.
On peut ainsi étudier la situation de l’échange des idées et des biens entre les
personnes. C’est là le phénomène le plus couramment observé. Mais on peut aussi
analyser la manière dont s’échangent ou non les biens et les personnes entre les
idées ou encore celle dont s’échangent ou non les personnes et les idées entre les
biens. Car dans ce modèle à trois dimensions, l’échange n’est pas le propre de
l’acteur empirique ; il caractérise aussi, et non passivement, les idées et les biens.
59
Cette théorie cadre bien avec la démarche interdisciplinaire que nous souhaitons pour
l’économie informelle, dans la mesure où elle met l’accent sur la nécessité de combiner
diverses dimensions pour mieux comprendre les objets d’études. En effet, la théorie de la
société intégrée met en évidence l’importance de la mise en commun (la synthèse) des
échanges des biens, des idées et des personnes. Cette compréhension comprend le social
Conclusion
Ce chapitre a permis de présenter les outils d’analyse des phénomènes sociaux selon deux
doctrines : l’utilitarisme et l’anti-utilitarisme. Pour les économistes, ces outils sont centrés
sur deux concepts principaux : rationalité et utilité. Pour les socio-économistes, les
économistes hétérodoxes et des experts d’autres disciplines, les limites de ces outils
exigent de considérer certains actes comme étant non marchands et faisant partie de la
totalité sociale.
60
CHAPITRE 3. ÉCONOMIE INFORMELLE, UN PHÉNOMÈNE SOCIAL : SON
PROCESSUS DE DÉVELOPPEMENT ET DE REPRODUCTION
thème. Dans bien des cas, la thématique que l’on désire étudier est balisée par des études
antérieures. C’est ce que les deux premières parties de ce travail ont permis d’établir.
Ce chapitre vise deux objectifs. Dans un premier temps, nous présentons quelques limites
observées dans les connaissances actuelles sur l’économie informelle. Ces limites
représentent des pistes de recherche qui méritent d’être exploitées afin d’élargir l’analyse
recherche, les hypothèses autour desquelles nous effectuons nos analyses ainsi que la
Jusqu’à présent, de nombreuses études ont porté essentiellement sur les causes de
groupes spécifiques comme les femmes, les jeunes, les cireurs, les travailleurs ambulants,
les maraîchers, les vendeurs à la sauvette, etc. C’est le cas des travaux réalisés
simultanément dans plusieurs pays et sur différents continents par des organisations
61
internationales comme le Bureau international du Travail, le Programme des Nations
chacune de ces écoles a essayé de construire les objets et les arguments, d’en définir la
nature, la portée et la signification. Si l’on convient que les analyses sont pertinentes, de
manière générale, il faut souligner aussi qu’elles comportent des lacunes sur un
phénomène complexe qu’est l’économie informelle. À titre d’exemple, toutes ces écoles
supposent, entre autres, l’absence des relations entre les divers secteurs, l’homogénéité
coexistent sans s’intégrer. Elles s’inscrivent toutes dans une perspective utilitariste,
réfutée par Alejandro Portes (1994), cité par David Vallat (2003, p. 8), lorsqu’il identifie
un paradoxe en affirmant que « the first paradox of the informal economy is that the more
it approaches the model of the true market, the more it is dependent on social ties for its
effective functioning ».
L’économie informelle ayant accaparé de nombreux aspects de la vie dans les pays en
par des activités qui ne se rangent pas toujours à l’intérieur d’un cadre théorique
comprendre l’économie informelle. Ainsi, les outils du domaine du droit ont été mobilisés
pour étudier cette économie dans une perspective axée sur le caractère non légal des
activités. Ils ont permis d’établir des corrélations entre le respect de la loi et le taux
d’expression et des caractéristiques des sociétés étudiées. Les sciences économiques ont
consommation des biens et services. Toutes ces études sont pertinentes parce qu’elles ont
Aujourd’hui, il est attesté que les grandeurs de l’économie informelle peuvent être
mesurées même si ses carences ne permettent pas d’améliorer les conditions de vie des
gens. Par ailleurs, ces études ont toutes mis en relief la nécessité de rapprocher les
connaissances générées par chacune d’entre elles bien qu’elles soient caractérisées par un
que leur coffre à outils permet d’investiguer. Dans ce sens, elles ont produit un savoir
parcellaire, compartimenté qualifié par Morin (1999) comme étant à la fois « myope,
presbyte, borgne et daltonienne ». Aussi, plusieurs de ces études sont-elles réalisées dans
éradication. Cette perspective nous paraît très limitative. L’économie informelle n’est pas
nécessairement une tare 16 dont il faut se débarrasser pour accéder au développement. Elle
doit être considérée comme un phénomène social. Dans ce sens, il est important de
connaître le processus qui permet autant sa mise en place que sa reproduction. Les
l’économie formelle et informelle, ce qui fait qu’on ne peut voir dans cette dernière
Plusieurs études démontrent que l’économie informelle croît partout. Cette croissance est
indépassable 17 ». Elle est observée dans les pays à forte ou à faible croissance
économique. Cela signifie qu’aucune des deux situations (forte ou faible croissance) n’a
16
Notre intention n’est pas de porter un jugement de valeur sur l’économie informelle. Nous questionnons
ici la perspective de la plupart des recherches menées jusqu’à ce jour dans les pays en développement. Cette
économie souffre des stéréotypes vis-à-vis de l’économie classique sous prétexte qu’elle ne peut être
évaluée qu’avec les outils de l’économie classique. Elle souffre aussi des préjugés liés au fait qu’on
l’attribue aux pays en développement et par conséquent jugée bonne à disparaître. Nous sommes d’accord
avec Frédéric Lesemann (2010, p. 18) lorsqu’il soutient que « l’informalité est aussi à l’œuvre au Nord.
C’est grâce aux indices qu’offre le Sud, où ces pratiques sont visibles, reconnues et acceptées, apprendre à
les voir au Nord aussi, constater que le processus de formalisation des pratiques sociales ne l’a pas
définitivement emporté, qu’il a simplement réussi provisoirement à écarter la réalité des pratiques
informelles du champ de vision des intellectuels – et de leurs thèmes de recherche — à cause de la force du
déploiement des idéologies et des politiques de la rationalité et de la formalisation au cours du dernier
demi-siècle. »
17
Titre d’un rapport d’étude sur l’emploi informel publié par l’OCDE en 2009.
64
C’est ainsi que Maloney (2008) en est venu à se demander si la croissance économique
encourage l’informalité ou si cette relation est inverse. La prise en compte des rationalités
diverses débouche sur des analyses multifactorielles qui apportent des réponses à cette
question. Menées autant dans les pays en développement que dans les pays développés,
développement, une discipline scientifique qui applique des outils d’analyse économique
du développement. Les débats les plus récents posent cette problématique de la manière
suivante : « Comment une société peut-elle quitter un état de pauvreté et mettre en œuvre
un changement social profond afin d’assurer aux individus qui la composent des
conditions d’existence dignes, par des emplois en plus grand nombre, une répartition
équitable d’un revenu national en croissance, une meilleure éducation et santé, une
65
Les théoriciens du développement recommandent des mesures pour réduire l’importance
de l’économie informelle alors que les IFI proposent l’inverse depuis quelques années.
Pour aller plus loin, il n’est pas inutile de prendre en compte les caractéristiques de
l’économie informelle, d’y adjoindre une question subsidiaire. Cette démarche se justifie
être envisagé sans tenir compte de la performance de cette économie. En clair, la question
À ce jour, la plupart des études portent sur la description des personnes qui travaillent de
façon informelle et sur leur motivation, les outils de mesure, les dimensions
sexospécifiques, etc.
Le terme élite est très général. Il désigne plusieurs groupes sociaux : élite religieuse, élite
intellectuelle, élite commerciale, etc. Dans les pays en développement, comme ailleurs au
monde, il désigne un groupe des privilégiés qui ont beaucoup d’influence parce qu’ils
Pour les besoins de notre recherche, nous considérons les fonctionnaires comme
indicateurs de l’élite. En effet, les fonctionnaires constituent un des groupes sociaux les
plus importants dans les pays en développement. Ils représentent, dans bien des cas, plus
de 70 pourcents des emplois. Leur comportement atypique doit être analysé au regard des
illégale des biens publics et la participation aux activités criminelles. 2) Ensuite, ils sont
comme le démontre le graphique ci-dessous. De par leur fonction d’employé de l’État, ils
doivent appliquer la loi et agir dans l’intérêt supérieur des citoyens. Or, dans la réalité, ils
sont non seulement actifs dans la composante formelle, mais contribuent à la persistance
en pratiquant des activités informelles licites 18. Ils vivent le dilemme d’être juges et
parties. 3) Enfin, nous considérons que l’économie informelle doit être abordée comme
un phénomène social, et qu’à ce titre, une meilleure connaissance des processus, des
nécessaire.
conscients ; s’ils en ont des remords. Cet ensemble de questions permettrait de savoir
perspective plus ciblée, différente de schémas d’analyses normatifs fournis par les écoles
de pensées et les études monodisciplinaires. Notre travail sera interdisciplinaire parce que
18
L’informalité est abordée ici en tant que cadre d’activité regroupant la
légitimité et l’illégalité.
67
nous analyserons l’économie informelle à travers les filtres d’une approche relationnelle
systémique et échangiste.
Dans ce modèle, les fonctionnaires interviennent à tous les niveaux. Dans ces conditions,
comme dans bien d’autres, la conception du travail comme mesure de la valeur (Smith,
1973) est très limitative parce qu’elle réfère uniquement à la dimension échangiste
(valeur-objet) et exclut les dimensions psychologiques, les rôles des perceptions et des
croyances (valeur-qualité) ainsi que les jugements personnels (valeur-jugement). Or, ces
exemple, de comprendre les attitudes des fonctionnaires face à l’utilisation des notions
production, dans les activités informelles. À titre d’exemple, la plupart des études
(tenue de livres, évaluation de la rentabilité). Or, dans le cas qui nous concerne, les
68
acteurs (fonctionnaires) sont instruits et supposés appliquer les notions suscitées dans
ne suffit pas pour comprendre certains comportements des fonctionnaires. Ces thèses et
paradigmes ne sont pas non plus suffisants pour expliquer, entre autres, la propension
premier guide dans la perception de la réalité. Ils sont superstitieux et leur discours sur la
magie, bien que discret, est très présent (Majambu, 2005). Par exemple, plusieurs croient
que la maladie et la mort peuvent être expliquées par des causes occultes. Cette
conception de la réalité crée une psychose qui supprime, dans certaines circonstances,
laquelle certains comportements des acteurs sociaux ne peuvent être analysés qu’à l’aide
d’éléments antérieurs. Cette hypothèse ouvre sur l’alternative d’une interprétation qui fait
que ces éléments antérieurs sont le produit du processus de socialisation. Dans le cas qui
19
Il est important de bien circonscrire l’interprétation culturelle dans le fonctionnement de l’informel afin
d’éviter de tomber dans les clichés.
69
de Weber inciterait à penser que le comportement de ces acteurs n’est pas un habitus et
qu’il serait tout simplement la réaction face au laxisme de l’État. En effet, dans les pays
en développement, le désordre persiste tellement que les gens honnêtes perdent le respect
des lois et des règlements. Pour Dambisa Moyo (2009), ce désordre serait causé par l’aide
internationale qu’elle qualifie de fatale. En effet, cette auteure soutient que « dans un
environnement dominé par l’aide internationale, les gens de talent, les gens qui ont reçu
une bonne éducation, ont des principes, et devraient poser les fondations de la prospérité
économique, perdent leurs principes et se laissent entraîner scélérates qui sapent les
perspectives de croissance de leur pays ». Cela signifie que les tentations d’agir
illégalement deviennent plus fortes, si cela paraît nécessaire ou si les forces de la loi et de
Le concept d’encastrement pourrait également être appelé en renfort parce qu’il est
possible que certaines activités informelles des fonctionnaires soient encastrées dans la
société. Ces activités viseraient entre autres la quête du pouvoir, de statut et de socialité.
développement (NYambal, 2007). Ces pesanteurs sont soulignées, entre autres, dans les
(2003). Ces auteurs se réfugient derrière les arguments culturels alors que les activités à
ou mauvaise pour les pays en développement, nous voulons tout simplement connaître les
Plusieurs études ont déjà démontré les limites de l’explication du comportement humain
par la logique marchande, par l’intériorisation des normes ou par le modèle. C’est pour
cela que depuis quelques années la sociologie considère que tout acte humain ne peut
termes :
l’humain n’est jamais pure réplique d’un déterminant social : ces déterminants
sont nombreux et peuvent être contradictoires. Le phénomène de la socialisation
n’est pas qu’intériorisation ; il est aussi action, synthèse d’information, réaction ;
les acteurs socialisés agissent sur les structures qui les déterminent. Mais il n’y a
pas d’humanité non socialisée. Il n’y a pas non plus, parmi les actes sociaux,
d’acte naturel, dissocié de toute socialité, d’humain non socialisé. Faut-il revenir
sur des notions aussi fondamentales qui posent comme essentiel chez l’humain le
lien entre culture et alimentation, lien compris déjà par Marx, et combien de fois
souligné par Baudrillard ? Le comportement intéressé ou le comportement
désintéressé ne sont pas antérieurs à la socialisation. Et si nécessairement socialisé
qu’il soit, l’humain n’est jamais l’« exécutant passif des normes sociales », car il
n’y a de socialisation que dans un cadre social et historique, donc forcément
dynamique. Si les humains ne faisaient que subir les influences des normes
sociales, il n’y aurait pas d’histoire, ils ne pourraient pas former des sociétés
humaines.
71
Enfin, les limites de l’homo oeconomucus, du holisme et du donor dans l’appréhension du
des sciences politiques serait-elle appropriée ? Ces questions et bien d’autres soulevées
pistes des recherches susceptibles d’être exploitées pour combler les lacunes
L’objectif de cette section est de présenter le cadre d’analyse à l’intérieur duquel nous
cadre constitue le socle sur lequel repose notre méthodologie de recherche qui est
20
Cette classification distingue 4 buts de l’action humaine : 1) le plaisir (karma), 2) l’intérêt (artha)
subdivisible en intérêt économique, intérêt de pouvoir et intérêt de prestige, 3) l’observation du devoir
(artha), qui incombe à chacun en fonction de la place qu’il occupe dans l’ordre cosmique et social et 4) la
libération (moksha) de l’obligation d’avoir des buts (Caillé, 1989).
72
multiplicité de ses causes rendent inadéquates les solutions basées sur l’appréhension de
ce phénomène avec les paradigmes susmentionnés. Nous optons pour un cadre qui permet
connaissance que celles de l’action : la praxis. Par ailleurs, nous prenons une certaine
weberienne examine quatre motifs d’actions mutuellement exclusifs et n’en fait pas
d’analyse. De plus, elle établit une relation dialectique entre le religieux et l’économique
par lequel les individus intériorisent codes, normes et valeurs d’une société » (Akoun et
lequel une société se dote d’acteurs capables d’assurer son intégration, et d’individus, de
sujets, susceptibles de produire une action autonome ». Ces deux auteurs affirment qu’
73
Nous optons plutôt pour une approche relationnelle parce qu’elle « ne réduit pas le social
comme cadre d’analyse. Cette approche ne postule pas le rational choice de l’action
humaine ; elle considère que l’acteur, en tant qu’acteur, est toujours en situation
Les avantages de cette approche par rapport aux modèles établis sont à double niveau. Sur
le plan micrologique, l’approche relationnelle représente l’une des seules voies où il est
permis d’aborder les rapports entre les personnes en dehors d’une logique
niveau macrologique, elle constitue l’une des façons de comprendre les phénomènes
74
même si les concepts systémiques n’y sont pas utilisés. C’est une systématique
abstraites : les idées, les biens et les personnes. Bagaoui (2007, p. 171) explique les
Pour Vautier (2008), le modèle relationnel construit par Laflamme a comme point de
communication et d’en déduire les configurations. Le modèle comprend trois niveaux que
À un premier niveau, l’approche relationnelle, pour nous, est celle qui reconnaît
que les objets sociaux agissent les uns par rapport aux autres et que l’autonomie
de chacun d’eux ne peut être que relative. C’est aussi celle qui soutient que les
individus doivent être compris dans les relations qu’ils entretiennent avec les
autres et avec leur environnement social et historique. À un second niveau,
l’approche relationnelle admet la possibilité de causalité unilatérale, mais elle est
ouverte aux phénomènes de la réciprocité où peuvent interagir plusieurs objets
plus ou moins abstraits dont tous n’appartiennent pas forcément à une logique
monodisciplinaire. C’est aussi celle qui refuse que l’esprit humain soit réduit à
une modélisation phénoménologique qui dissout toute la psyché dans un
appareillage conceptuel fait d’intention, de conscience, d’autonomie et de raison ;
pour elle, l’humain est parfois intentionnel, parfois non, parfois conscient, parfois
non et, si l’on tient à la catégorie, parfois libre, parfois non ; dans sa
quotidienneté, il n’est pas purement relationnel parce que sa raison cohabite avec
l’émotion, il est simultanément rationnel et émotif, c’est pourquoi nous avons
75
proposé la catégorie d’« émoraison 22 ». À un troisième niveau, l’approche
relationnelle que nous préconisons privilégie l’abstraction, car c’est à travers
l’abstraction que les sciences sociales peuvent effectivement devenir des sciences
et non des plaidoiries ou des outils militants, c’est à travers l’abstraction que les
sciences peuvent construire des modèles qui acceptent réellement de se soumettre
à l’évidence de l’empirie.
Cette longue citation nous paraît utile pour pouvoir comprendre le modèle à partir des
Par ailleurs, Laflamme (2009, p. 85) évacue l’objet de son modèle. Il l’explique comme
suit :
L’approche relationnelle à laquelle nous souscrivons met aussi l’accent sur le lien
plutôt que sur les objets qui sont reliés ; car tout objet n’existe qu’à travers sa
relation aux autres : elle ne nie pas, dans le cadre des relations entre les personnes,
par exemple, que ces personnes puissent agir les unes sur les autres ou qu’on
puisse les étudier séparément ; mais elle met l’accent sur la dynamique puisqu’il
n’y a pas de subjectivité qui ne soit pas informée et que la circulation de
l’information procède des relations humaines ; il n’y a pas d’humanité en dehors
du champ symbolique, donc de l’information et de la communication, et la
communication procède des relations humaines ; l’interprétation à laquelle
procède une subjectivité est elle-même un mouvement qui est indéfinissable en
dehors des champs des dynamiques sociales ; les valeurs, les normes viennent
toutes à la personne à travers les relations humaines. L’action humaine est
incompréhensible en dehors de l’interaction. L’acteur social est actif dans le
champ des relations, mais son action procède de relations.
socialisé dans un univers de communication. Dans cet univers, il parle avec les autres qui
remettre aux relations humaines plutôt que de travailler les individus comme s’il
22
Un concept créé par Simon Laflamme. Il correspond à l’association de deux mots : émotion et rationnel.
76
s’agissait d’entités psychologiques autonomes. Le modèle met donc l’accent sur le fait
que ce qu’une personne vit et pense lui vient de sa relation au monde, de sa relation avec
1986). En effet, selon Ravault, la communication se fait généralement sous deux angles :
Nous soutenons que l’économie informelle est un phénomène social qui est plus souvent
qu’autrement expliqué par ses causes. En effet, les écoles de pensée ainsi que les théories
phénomène pour le rendre compréhensible. Cette explication par les causes n’est qu’une
option parce que les relations de cause à effet sont toujours circonstancielles et dépendent
mis sur l’abstraction. Il permet d’appréhender l’économie informelle dans les pays en
dans l’économie informelle, le modèle permet de lire cette économie à partir de ce qu’elle
est, c’est-à-dire à partir des liens qui existent entre ses différentes composantes. Le
Nous considérons que l’économie informelle est une des deux composantes de
la section 3.2. : figure 2, montre que les fonctionnaires sont présents et actifs dans les
permet d’examiner non pas le comportement des fonctionnaires, mais plutôt le système de
relation que ceux-ci entretiennent avec les autres et avec leur environnement social et
sur ce système qu’il faut intervenir si l’on veut changer les proportions des composantes
78
formelle et informelle dans une économie. Au second niveau, nous admettons que les
Par ailleurs, en recourant au modèle de Simon Laflamme, nous admettons que l’économie
informelle peut être comprise si nous nous plaçons du point de vue des fonctionnaires. En
effet, comme acteurs, les fonctionnaires ne se comprennent pas eux-mêmes dans une
l’économie informelle.
dans les pays en développement dans une perspective relationnelle ? Pour y trouver
quelques réponses, nous portons notre attention sur les attitudes et croyances des
fonctionnaires en rapport avec cette économie. Ce choix est basé sur les trois raisons
suivantes :
• le fait que les analyses ont jusqu’à présent porté essentiellement sur les activités
79
• la nécessité de placer les fonctionnaires au centre de toutes les analyses sur
l’économie informelle étant donné qu’ils interviennent dans toutes les étapes du
modèle théorique ;
• la nécessité d’aller au-delà des motivations des fonctionnaires afin d’identifier des
Nous incluons la dimension relationnelle dans la lecture des activités quotidiennes des
fonctionnaires, mais aussi les filtres du modèle de Simon Laflamme pour analyser le
La réponse à cette question sera guidée par des analyses autour des deux hypothèses
suivantes :
Si cette affirmation est vraie, nous devrions, en interrogeant les fonctionnaires qui sont
origine davantage dans leur histoire que dans le seul exercice de leur
profession ;
80
• qu’ils ont été exposés à l’informalité pendant leur enfance, au cours de leur
Si notre affirmation est erronée, nous devrions alors découvrir dans les discours des
• des propos qui invoquent des situations particulières dans l’exercice de leur
Questionner les fonctionnaires sur leurs valeurs et sur la manière dont ils pensent
que ces valeurs leur ont été transmises documenterait sur les opinions, le sens
(conviction, apprentissage, etc.), les sensations (émotions, raisons, etc.) ainsi que
sur les raisons qui les poussent à admettre ces idées. Si tout cela est vrai, en
• un sens moral.
81
Si ces affirmations sont erronées, nous devrons alors découvrir uniquement des positions
rationnelles.
En tant que phénomène social, l’économie informelle met en jeu un ensemble très
complexe de variables qui font qu’on ne peut pas accréditer l’idée selon laquelle « toute
chose est égale par ailleurs ». Isoler une variable et en mesurer l’impact pourrait être une
entreprise certes difficile, mais pas impossible. Notre grille d’analyse interroge une
gagneraient à être vérifiés en dehors du contexte nord-américain. C’est pour cette raison
que notre démarche scientifique va au-delà de la vérification des hypothèses. Elle porte
également sur une construction théorique qui soit explicative et logique. En effet, notre
de Weber. En effet, elle rend opérationnel le concept de socialisation qui est évoqué dans
82
Par ailleurs, notre recherche incorpore dans une même analyse les quatre déterminants de
l’action de la typologie de Max Weber. En effet, selon Weber ces actions sont séparées et
donc mutuellement exclusives. Notre recherche se propose plutôt de les intégrer et de les
contradiction avec les quatre déterminants de l’action de Max Weber. En effet, nous
deux des quatre déterminants de Max Weber, à savoir l’action affectuelle et l’action
rationnelle en finalité. Notre recherche se propose d’intégrer dans une seule analyse les
l’« émoraison ».
Au niveau de l’objet, nous nous servons d’un modèle relationnel systémique pour rendre
quelques groupes spécifiques comme les femmes, les jeunes, les cireurs, les commerçants
ambulants, etc., et non sur les fonctionnaires alors que ces derniers interviennent à toutes
83
Conclusion
effet, nous y avons présenté les angles les plus récents sous lesquels la problématique de
l’économie informelle dans les pays en développement est traitée, décrit l’objet de notre
84
CHAPITRE 4. MÉTHODOLOGIE
qu’on veut mesurer. Dans le cas qui nous concerne, nous voulions que les fonctionnaires
expliquent dans leurs propres termes ce qu’ils pensent de l’économie informelle. Nous
nous intéressions à la manière dont les fonctionnaires vivent subjectivement leur rapport à
l’économie informelle. Pour ce faire, ils ont été conviés à répondre, librement, à un
avons choisi l’entretien comme technique de collecte d’information. Mieux indiquée pour
permet d’expliciter des réalités sociales qui ne sont pas directement perceptibles telles les
motivations, les attitudes, les représentations imaginaires, les croyances, les valeurs, etc.
Ce sont des éléments d’autobiographies orales centrées sur le thème de l’« économie
informelle » et qui partent de la jeunesse des fonctionnaires jusqu’au moment où ils les
l’économie informelle à partir de leur propre point de vue. Nous concevons ce rapport
comme un tout non décomposable. C’est principalement pour cette raison que nous avons
Laperrière, Mayer, & Pires, 1997). Notre corpus a été constitué de manière non
probabiliste et sa validité a été obtenue par saturation empirique. Pour Pires (1997, p.
85
156-157), « La saturation empirique désigne alors le phénomène par lequel le chercheur
matériel empirique ». Laflamme (2007, p. 144) l’exprime dans ces termes : « L'analyse
qualitative […] n'emploie pas de test d'inférence - à moins qu'elle ne quantifie ses
observations. Mais elle est bien armée pour vérifier si un échantillon a quelque
représentativité ; elle vérifie l'effet de saturation. Elle est ainsi à même de déclarer que les
ajoutant d'autres individus à l'ensemble de ceux qui font partie de l'analyse, elle n'accroît
pas le nombre des informations par rapport à celles qu'elle a déjà obtenues ».
La notion d’échantillon représentatif au sens strict est absente. En effet, notre démarche
qualitative suppose que l’univers général, qui est l’équivalent de la notion opérationnelle
résultats sont, pour paraphraser Pires (1997, p. 161), des « éclaireurs théoriques,
qu’elle s’inscrit dans une structure ouverte et éclatée. Elle présente l’avantage d’accorder
plus d’importance à la construction théorique qu’au contexte dans lequel les informations
sont recueillies.
86
4.1. Protocole d’entretien
groupe était composé de fonctionnaires dont les activités professionnelles sont très
l’application des lois qui régissent l’activité économique. Il s’agit des fonctionnaires des
Pour chacun des deux groupes, l’entretien s’est déroulé en deux phases. La première
phase a fourni l’information générale sur l’économie informelle telle qu’elle est comprise
et perçue par les fonctionnaires. La deuxième phase a permis, grâce aux questions semi-
fermées et fermées, de recueillir les informations plus précises sur les différentes
Nous avons utilisé une stratégie récursive afin de faire participer les fonctionnaires à la
cueillette des données. Cet entretien s’est déroulé en deux étapes. La première étape a
informelle. Nous avons demandé à ces derniers de nous dire ce qui leur venait à l’esprit
mots. Ils ont été encouragés à citer le plus de mots possible et à prendre le temps
nécessaire pour y parvenir. La deuxième étape a consisté à revenir sur chacun des mots
évoqués et à demander aux fonctionnaires de discourir sur chacun d’eux. Si, pendant
l’explication, les fonctionnaires ajoutaient des mots à la liste fournie à la première étape,
nous les encouragions à le faire, quitte à revenir sur les explications plus tard. Plus
Les encouragements des fonctionnaires à s’exprimer se sont faits, entre autres, selon les
formules suivantes :
— pendant la première phase : « prenez votre temps… est-ce qu’il vous vient
— pendant la deuxième phase : « s’il vous arrive des choses pendant que vous
Nous avons d’abord questionné les fonctionnaires sur leur choix de carrière. En effet,
nous leur avons demandé, entre autres, de décrire leur travail, c’est-à-dire d’expliquer
ensuite, porté notre attention sur les autres activités professionnelles des fonctionnaires.
Nous leur avons demandé de s’exprimer sur le caractère informel ou non de ces activités,
88
sur ce que l’économie représente pour eux et pour leur entourage (amis, famille et
collègues) ainsi que sur le rôle de cette économie sur le développement du pays. Nous
avons, enfin, centré nos entretiens avec les fonctionnaires sur leur exposition à
l’économie informelle pendant leur enfance, au cours de leurs études et pendant leur vie
professionnelle.
Ce protocole d’entretien a été approuvé 23 par le comité d’éthique de la recherche avec des
En effet, l’économie informelle en RDC occupe une importante place dans l’ensemble
des activités économiques du pays, même si son apport au produit intérieur brut n’est pas
Kinshasa est estimée à 9 millions 25 d’habitants. Le pays est, dans ce contexte, considéré
23
Cette approbation a été obtenue le 9 juin 2011.
89
comme étant le deuxième plus grand pays francophone du monde, après la France, et le
L’accessibilité constitue la raison pratique de notre choix. La RDC est notre pays de
familiaux. Nous avons considéré que l’accès aux fonctionnaires était beaucoup plus facile
La RDC est considérée comme un État fragile, « défaillant » (failling state) ou presque
Dans l’avant-propos d’un livre collectif sur la RDC qu’elle a dirigé, Mme Philomène
Ntumba Makolo (2012, p. 19) décrit le contexte sociopolitique de ce pays comme suit :
24
Estimation du Programme des Nations Unies pour le Développement.
25
Estimation du département de démographie de l’Université de Kinshasa.
90
qu’elles entretiennent des familles entières, et réussissent parfois à scolariser leurs
enfants jusqu’à l’université.
présenté ce que pourrait être le bilan de la RDC en 2010 en insistant sur le passif en ces
termes :
En 2010, la RDC fêtait ses cinquante ans d’indépendance. Kä Mana voit le bilan de
26
. Le Potentiel du mardi 10 février 2009 (édition 4557).
91
pays un royaume divisé contre lui-même. Si l’on s’adonne à faire une sociologie
de la vie quotidienne au Congo, pour parler comme Michel Maffesoli, on se
rendra compte que nos identifications ethniques négatives détruisent nos capacités
de maintenir notre nation unie en profondeur : en cinquante (années)
d’indépendance, nous avons assisté au pillage du pays par des pouvoirs tribalisés
qui ont imposé sur notre territoire les modes de gouvernance les plus aberrantes.
Nous avons assisté à la décomposition morale de la nation au nom de l’ethnie :
nous avons tué et nous tuons au nom de l’ethnie, nous volons les richesses de
notre propre pays au nom de l’ethnie, nous violons les femmes de notre propre
pays au nom de l’ethnie. Nous anéantissons l’État, toujours au nom de l’ethnie.
Les mentalités de prédation, nous les avons instituées comme mode d’être en
nous, toujours au nom de l’ethnie. Au nom de l’ethnie, la violence est devenue
notre vision fondamentale du monde. Nous nous sommes ainsi affaiblis nous-
mêmes dans un monde où, quand un pays aussi riche que le nôtre devient faible,
toutes les forces extérieures carnassières comprennent que l’heure a sonné pour
piller, disséquer, dominer et ruiner un tel pays. On peut le faire par les armes.
Mais on peut aussi le faire en mettant à profit l’idiotie d’un peuple et d’un
leadership qui ne savent ni comment s’organiser, ni comment se défendre, ni
comment inventer un avenir de grandeur…
Demandez à n’importe quel Congolais de vous dire qui a gouverné notre pays tout
au long de l’ère de Mobutu. Il vous désignera une région précise de notre pays.
Demandez-lui qui dirige le pays actuellement, il vous désignera une autre région.
Il ne vous dira jamais que la région tribalisée qui a dirigé ou qui dirige
effectivement maintenant la nation le fait au service de toutes les populations. Il
affirmera plutôt que les richesses sont accaparées par des individus au sein des
régions et ethnies régnantes, au service des intérêts individuels ou collectivement
tribaux. Avec la complicité de quelques membres d’autres tribus qui ne sont que
des « faire-valoir »… Il n’est pas possible, dans ces conditions, que d’autres
régions ne se sentent pas lésées, pillées et humiliées dans le contexte d’une
gouvernance prédatrice, d’un leadership-gangster. Gouvernance connue de tous et
que tout le jeu politique essaie de masquer par des mensonges idéologiques sur un
pseudo destin national commun. Que dans une telle situation les identités
deviennent meurtrières et les violences chroniques, cela n’est nullement étonnant.
Contre cette dimension de la balkanisation intérieure du pays, dimension sur
laquelle nous pouvons et nous devons agir vigoureusement au Congo, les
Congolais ne se mobilisent pas radicalement. Ils préfèrent aboyer contre la
caravane de la balkanisation qui vient de l’extérieur comme une caravane à la
recherche des richesses… Mais comme tout le monde le sait : le chien aboie la
caravane passe. Aujourd’hui, je ne pense pas qu’il existe une force intérieure au
Congo qui peut, de par sa propre énergie, empêcher que le pays ne soit l’objet de
toutes les prédations. Pour que cela soit possible, il faut qu’il y ait une unité
intérieure autour d’un État fiable, ayant une gouvernance fiable et disposant d’un
capital de confiance qui pourrait le conduire à mobiliser le peuple contre les
prédateurs extérieurs. Au Congo, les prédateurs extérieurs et les prédateurs
intérieurs se donnent plutôt la main et œuvrent ensemble à leur propre
92
enrichissement, pendant que le pays s’appauvrit et qu’une immense majorité de la
population vit dans les conditions infrahumaines 27.
Ces trois passages sont une illustration de la fragilité de la RDC. Il est souhaitable que le
État, qui, dans tous ses rouages régaliens (que ce soit la justice, la sécurité et les grands
services étatiques), soit encore mieux géré qu’il ne l’a été. Mieux, nous dirions qu’il
appartient au Congolais, particulièrement à l’élite, de faire en sorte que les règles de base
Les participants ont été choisis au hasard dans le réseau d’amis et des membres de leur
nous présenter et, d’autre part, d’expliquer brièvement les objectifs de notre
recherche ainsi que les raisons qui motivent le choix que nous avons porté sur eux
• élaboration d’une liste provisoire des participants à partir des réponses obtenues
au téléphone. Seuls les noms des personnes ayant accepté de participer se sont
27
Le Potentiel du 14 octobre 2011.
93
• Utilisation des participants déjà confirmés pour identifier et recruter des nouveaux
Les entretiens ont été enregistrés sur clé USB puis transcrits dans deux fichiers : celui des
La lecture des verbatim a permis de repérer des énoncés et d’en faire trois types
d’analyses. La première analyse a porté sur le comptage des énoncés et leur classification
d’indépendance entre les variables. Elle a été faite à l’aide du logiciel SPSS. La troisième
travers lesquelles ils appréhendent leur expérience face à l’économie informelle. Elle a
28
Nous parlons ici d’absence pour des raisons de congé (congé de maladie, de maternité, de
perfectionnement, etc.) ou de suspension.
94
Conclusion
Nous avons choisi l’entretien comme méthode de cueillette de données parce qu’elle est
la mieux indiquée pour recueillir les croyances, perceptions et attitudes des fonctionnaires
robustesse des outils informatiques utilisés (Alceste et SPSS) donnent du poids à notre
95
CHAPITRE 5. DESCRIPTION ET ANALYSE DES RÉSULTATS
Ce chapitre vise à dégager des informations qui permettent de valider ou de rejeter nos
obtenus après la compilation des entretiens que nous avons réalisés à Kinshasa.
Nous avons recueilli et enregistré au total 56 entretiens. Ces derniers ont été transcrits
dans deux fichiers : celui des attitudes, croyances et perceptions des fonctionnaires face à
économie. Les tableaux ci-après présentent la répartition des 56 entretiens selon les sexes,
Sexe du répondant
Distance par rapport à Féminin Masculin Total
l’économie informelle
Loin 21 (63,0 %) 13 (56,0 %) 34 (60,7 %)
Proche 12 (36,4 %) 10 (43,5 %) 22 (39,3 %)
Total 33 (100 %) 23 (100 %) 56 (100 %)
96
5.1. Attitude et perception face à l’économie informelle
Une première lecture des verbatim permet de dégager au total 44 énoncés. Chacun des
participants s’inscrit en moyenne dans 5,5 (s = 2,13) énoncés. Ainsi, demander aux
6 énoncés. L’écart type est faible, ce qui signifie que les chiffres qui correspondent à
écarts entre participants comme en témoigne l’étendue : le nombre le plus petit est de
deux, le plus élevé, de onze (E = 11 – 2 = 9). Certains énoncés apparaissent une seule
fois, alors que d’autres sont cités plus de 10 fois. Ces chiffres signifient que l’économie
informelle est un sujet qui anime les participants. C’est un sujet pluriel. Il fait partie de
différence entre les hommes et les femmes parce que leurs moyennes sont respectivement
de 5,85 (s = 1,96) et 5,53 (s = 2,13). Le même constat est valable pour les deux groupes
de participants, celui des personnes proches de l’économie et celui des personnes loin de
test de khi-deux. En effet, chacun des 44 énoncés a été croisé avec les 3 variables
suivantes : le sexe du répondant, les groupes d’âge et le rapport à l’informel. Cet exercice
97
a permis de calculer des statistiques (khi-deux, degré liberté et signification asymptotique
Tableau 3. Comparaison entre les deux groupes de participants au niveau des énoncés
29
Énoncé # 1 : (khi-deux = 0,047, ddl = 1, p = 0,828) ; Énoncé # 2 : (khi-deux = 0,335, ddl = 1, p = 0,463) ;
Énoncé # 3 : (khi-deux = 1,342, ddl = 1, p = 0,247) ; Énoncé # 4 : (khi-deux = 0,828, ddl = 1, p = 0,363) ;
Énoncé # 5 : (khi-deux = 0,856, ddl = 1, p = 0,355) ; Énoncé # 6 : (khi-deux = 0,856, ddl = 1, p = 0,355) ;
Énoncé #7 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ; Énoncé # 8 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ;
Énoncé # 9 : (khi-deux = 0,988, ddl = 1, p = 0,320) ; Énoncé #10 : (khi-deux =1,774, ddl = 1, p = 1,187) ;
Énoncé #12 : (khi-deux = 0,04, ddl = 1, p = 0,947) ; Énoncé # 13 : (khi-deux = 0,449, ddl = 1, p = 0,503) ;
Énoncé # 14 : (khi-deux = 1,342, ddl = 1, p = 0,247) Énoncé # 16 : (khi-deux = 0,988, ddl = 1, p = 0,320) ;
Énoncé # 17 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ; Énoncé # 18 : (khi-deux = 0,659, ddl=1, p = 0,659) ;
Énoncé # 19 (khi-deux =0,659, ddl=1 , p=0,417).
98
L’analyse de ces données démontre qu’il existe une différence significative entre les deux
Dans les deux cas, il appert que les personnes qui sont loin de l’économie informelle sont
L’analyse des données de la présente recherche indique qu’il n’y a pas de différence
significative entre les sexes pour ce qui est de la distance par rapport à l’économie
99
Tableau 5. Comparaison entre le sexe du répondant et le groupe d’âge
des répondants
L’analyse de ces données démontre qu’il n’y a pas de différences significatives entre les
L’analyse de ces données démontre qu’il n’y a pas de différence significative entre les
groupes d’âge pour ce qui est de la distance par rapport à l’économie informelle (khi-deux
5.1.2. Catégorisation
regroupement est basé sur deux critères principaux : la récurrence (ce qui apparaît
100
plusieurs fois) et la similitude (ce qui se ressemble). Pour désigner les catégories, nous
avons choisi l’énoncé le plus représentatif dans la catégorie ou le terme dont la définition
La première catégorie est composée de huit (18 %) énoncés qui sont centrés sur les
revenus des fonctionnaires. Six (75 %) de ces énoncés expriment un désespoir qui est
insignifiants ou salaires non payés) et ses conséquences autant sur la satisfaction des
besoins élémentaires des fonctionnaires et de leurs familles (pauvreté et misère) que sur
catégorie.
C’est grâce à ça que nous persistons surtout ici au CONGO. Si on y mettait fin, je
crois que la misère ici chez nous augmenterait (0028 *sexe_m *grage_50+
*dist_loin).
Le gouvernement ne peut pas interdire ces activités parce que les gens n’ont pas
vraiment de choix. C’est avec ça qu’ils arrivent à faire vivre leur famille. Si on
doit interdire ça, il y aura plus de pauvreté (0023 *sexe_f *grage_30-39
*dist_proche).
101
Figure 4. Catégorie 1 : le désespoir
29. Pauvreté
Le désespoir 1. Sous-développement
33. Misère
La deuxième catégorie s’articule autour des conditions de vie de ceux qui sont actifs dans
l’économie informelle. Elle est composée de 9 (20 %) énoncés qui expriment la précarité
(77 %) proches, sont dans cette catégorie. Les deux extraits ci-après sont représentatifs de
cette catégorie.
L’informel est pour la protection, mais pas à une grande échelle. Le gagne petit.
Constatation de survie. C’est l’incertitude, il n y a pas de garantie sur le plan de
l’assurance. On ne peut absolument pas interdire l’informel. Ce n’est pas
mécanique, si on l’interdit les gens vont être bloqués (0048 *sexe_m *grage_40-
49 *dist_loin).
102
Figure 5. Catégorie 2 : la précarité
La précarité
31. Survie 13. Quelque chose en privé
La troisième catégorie est basée sur les neuf énoncés qui définissent l’économie
informelle comme moyen de vivre pour ceux qui ont choisi de se prendre en charge afin
cette catégorie soutiennent qu’il ne faut pas interdire l’économie informelle et qu’il faut,
au contraire, l’encourager. Sinon, la population pourrait se révolter. Les deux passages ci-
après sont représentatifs de cette catégorie qui compte 35 (63 %) individus, dont 10
L’économie informelle, c’est bon pour ceux qui le font car ils n’aboutiront pas à la
mendicité par exemple. Ils deviennent indépendants et il faut les respecter parce qu’ils se
prennent en charge. Je vois que ce sont des débrouillards. Ils se débrouillent seuls. … Il
faut encourager l’informel. Mais surtout, il faut que l’État soit responsable (0002 *sexe_f
*grage_40-49 *dist_loin).
Oui, j’ai une idée sur l’économie informelle. C’est lorsque les individus ou la population
se débrouillent de leur façon, ils créent leur propre entreprise pour se nourrir. C’est la
débrouillardise. C’est la création d’entreprises et un moyen de survie. La débrouillardise,
c’est lorsqu’un individu ne travaille pas, pour se nourrir ou satisfaire ses besoins, il doit
créer une unité à part. Il peut devenir un commerçant ambulant. Il se débrouille d’une
manière ou d’une autre ne fut-ce que pour attraper un rien, pour satisfaire ses besoins,
satisfaire sa famille. La création d’entreprise consiste à créer quelque chose ou vous
pouvez embaucher les gens, soit vous pour vous-même pourvu que ça puisse vous
103
profiter. Moyen de survie, c’est presque la même chose c'est-à-dire l’individu crée un
emploi pourvu qu’il puisse avoir les moyens pour se nourrir, satisfaire ses besoins. Au
Congo, c’est ça. Le gouvernement ne peut pas interdire ces activités sinon ça sera une
mutinerie ou la révolte. Les gens vont vivre comment alors que les salaires sont
modiques ; je dirais même insignifiants. Les Congolais ne vivent que de ça. C’est la base
de tout parce que la majorité des Congolais ne travaillent pas. Ils doivent être encouragés
parce qu’au lieu de croiser les bras, ces gens ont préféré travailler. C’est quand même
bien sinon je ne sais pas ce que ça va devenir si la population croisait les bras. Ça serait
grave parce que rien ne pourra marcher et même ceux qui gouvernent ne sauront pas
gouverner. Le Congolais a réussi quand même à vivre de sa façon (0047 *sexe_m
*grage_30-39 *dist_proche).
18. S’autofinancer
16 Éviter la mendicité
La quatrième catégorie est centrée sur la responsabilité de l’État face à la satisfaction des
informelle parce qu’elle la considère comme temporaire. Elle observe, toutefois, qu’en
attendant que l’État prenne ses responsabilités, l’économie informelle ne devait pas être
interdite.
Modeste Mutinga Mutuishayi (2010, p. 19), sénateur et journaliste, justifie le titre de son livre : RD la
République des inconscients dans ces termes : le titre de cette réflexion a donc été choisi exprès, afin
d’exprimer notre déception face au comportement irresponsable de bon nombre de décideurs congolais
face aux défis majeurs qui se posent au pays depuis son accession à l’indépendance.
104
Trente-sept individus (66 %), dont 14 (64 %) proches de l’économie et 23 (68 %) loin de
Si notre gouvernement prenait ses responsabilités (de la nation). Il n’y a même pas d’État,
c’est le manque de conscience. D’ailleurs la conscience est très importante. Si je suis bien
payée, je n’irai pas au coin pour vendre des petites choses. Je dois aller au service à 7
heures 30 ou 8 heures. Pour moi, c’est l’État qui veut cela (0001 *sexe_f *grage_40-49
*dist_loin).
Le gouvernement ne peut pas interdire ces activités aussi longtemps qu’il n’a pas créé les
emplois. S’il interdit cela, les gens ne vont pas vivre. Il y a de ceux-là qui n’ont pas de
travail, mais exercent les activités clairement. Si l’État interdit ça, ça sera difficile pour
ces gens-là. Ces gens doivent être encouragés parce que l’État n’arrive pas à prendre la
population en charge. Il n’a pas à interdire ça. L’État n’aura pas raison d’interdire ça pour
l’instant jusqu’à ce jour. Il n’y a pas d’emplois dans ce pays. Même ceux qui travaillent
ne se retrouvent pas. C’est une économie que les gens créent. J’ai créé moi-même. Ça n’a
rien à avoir avec la patente. En tout cas, pour le cas de notre pays, pour l’instant il n’y a
rien de mieux. Si jamais, on organisait mieux le pays, là on va voir si, on pouvait interdire
ou pas (0014 *sexe_f *grage_30-40 *dist_proche).
La cinquième catégorie est basée sur la légalité de l’économie informelle. Les définitions
des énoncés réfèrent aux conditions d’existence des deux composantes de l’économie :
105
officielle, etc. La deuxième, qui est tout à fait le contraire de la première, ne doit pas être
encouragée. Elle doit, plutôt, être interdite parce qu’elle ne fait pas progresser la société.
Trente (54 %) individus, dont 14 (64 %) proches de l’économie et 16 (47 %) loin de celle-
L’économie informelle, c’est ce qui n’est pas conforme. Je peux dire, hors la loi ou
quelque chose qui ne répond pas à ce qui est prévu comme tel. Je suis pour et contre
l’économie informelle. Pour, parce que cela permet d’éviter les cas d’accidents. Je suis
contre parce que si on interdit ces activités, comment vont survivre ces gens. Il faut
étudier les deux cas. Cette économie ne peut pas faire avancer la société. Le peu que les
gens gagnent, c’est pour survivre. En tout cas, tous ceux qui essaient de recourir à
l’économie informelle, c’est pour la survie (0016 *sexe_f *grage_50+ *dist_loin).
L’économie informelle est une économie hors la loi. Une économie en dehors de la loi.
Qui ne respecte pas la loi ou ce que la loi veut. Par exemple pour faire le commerce, il
faut avoir un registre de commerce. Mais les gens qui font l’informel ne veulent pas. Ils
ne respectent pas ce que la loi demande. Ils sont en dehors de la loi. Il faut que l’État
puisse encadrer ces gens pour qu’ils puissent revenir au formel afin que l’État gagne
quelque chose à travers les taxes comme j’avais dit auparavant. Mais avant que
l’économie informelle soit découragée ou interdite, il faudra que l’État puisse créer de
l’emploi. Si l’État arrive à créer de l’emploi, il y aura un effet d’entraînement. Au cas où
l’État les décourage, eux-mêmes vont prendre l’initiative de quitter ce secteur informel
106
pour être versés dans d’autres activités plus formelles. Il y aura donc un effet
d’entraînement, comme je l’ai dit auparavant. Il faut qu’il y ait création d’emploi après, il
y aura effet d’entrainement (0031 *sexe_m *grage_40-49 *dist_proche).
Nous voulons identifier l’appartenance des participants à chacune des 5 catégories, le but
poursuivi ici étant de vérifier la répartition des croyances, des perceptions et des attitudes
selon la distance par rapport à l’économie informelle et le sexe. Pour y parvenir, nous
avons regroupé les participants dans 3 tableaux correspondant aux 3 groupes précités. Le
107
Tableau 7. Répartition des individus dans les catégories selon le rapport à l’économie
4 F 40-49 PROCHE 0
8 F 40-49 PROCHE 0 0
14 F 30-40 PROCHE 0
15 F 30-39 PROCHE
22 F 30-39 PROCHE
23 F 30-39 PROCHE 0 0
24 F 40-49 PROCHE 0
25 F 50+ PROCHE
26 M 40-49 PROCHE 0
31 M 40-49 PROCHE 0
34 M 40-49 PROCHE 0
36 M 40-49 PROCHE 0
38 M 50+ PROCHE
39 M 40-49 PROCHE 0
40 M 50+ PROCHE
44 M 30-39 PROCHE 0
46 F 40-49 PROCHE
47 M 30-39 PROCHE
51 M 30-39 PROCHE
54 F 50+ PROCHE
55 F 50+ PROCHE
56 F 40-49 PROCHE
Total (%) 100 % 100 % 100 % 68 % 59 %
108
Tableau 7 (suite). Répartition des individus dans les catégories selon le rapport
à l’économie
No S Groupe Rapport à Catégories
e d'âge l'informel
x Désespoir Précarité Moyen de Responsabilité Légalité
e vivre de l’État
1 F 40-49 LOIN
2 F 40-49 LOIN
3 F 30-39 LOIN 0 0
5 F 40-49 LOIN
6 F 30-39 LOIN 0
7 F 30-39 LOIN 0 0
9 F 30-39 LOIN 0
10 F 30-39 LOIN 0
11 F 40-49 LOIN 0
12 F -30 LOIN 0
13 F 40-49 LOIN 0
16 F 50+ LOIN 0 0
17 F 40-49 LOIN 0
18 F 50+ LOIN 0
19 F 50+ LOIN 0
20 F 30-39 LOIN 0
21 F 30-39 LOIN 0 0
27 M 50+ LOIN 0
28 M 50+ LOIN
29 M 40-49 LOIN
30 M 40-49 LOIN 0
32 M 40-49 LOIN 0
33 M 30-39 LOIN 0
35 M 40-49 LOIN 0 0
37 M 30-39 LOIN
41 F 50+ LOIN 0 0
42 F 30-39 LOIN 0
43 M 40-49 LOIN 0
45 M 40-49 LOIN 0
48 M 40-49 LOIN
49 M 50+ LOIN
50 F 30-39 LOIN 0 0
52 M -30 LOIN 0
53 F 40-49 LOIN 0
Total (%) 100 % 100 % 88 % 68 % 47 %
109
Le nombre de fois où les individus appartiennent à chacune des catégories est presque le
même pour les deux groupes de participants (loin et proche de l’économie). En effet, les
écarts sont nuls (0 %) pour les deux premières catégories et de moins de 15 % pour les 3
dernières catégories. Pour le groupe proche de l’économie, tous les individus (100 %)
Du point de vue de l’inscription des groupes aux catégories, la moyenne chez les
chez les individus loin de l’économie. Vu sous cet angle, on peut considérer les deux
moyennes comme égales et conclure que les deux groupes ont des perceptions, croyances
110
Tableau 8. Répartition des individus dans les catégories selon les sexes
111
Tableau 8 (suite). Répartition des individus dans les catégories selon les sexes
femmes) est presque le même. Les 2 premières catégories se présentent de la même façon,
soit 100 % catégories et les 3 dernières ont des écarts très faibles, soit 12 % entre les
112
Du point de vue de l’inscription des groupes aux catégories, la moyenne chez les hommes
est de 4,35 catégories (s = 0,57) et de 4,06 catégories (s = 0,75) chez les femmes. Vu sous
cet angle, on peut considérer les deux moyennes comme égales et conclure que les
hommes et les femmes ont des perceptions, des croyances et des attitudes qui s’inscrivent
Les analyses de la section précédente permettent d’identifier des individus dont les
évocations se distribuent dans chacune des 5 catégories. Ces individus sont au nombre de
19, soit 34 % du corpus analysé. Ils appartiennent aux 2 groupes (loin de l’économie : 8 et
proche de celle-ci : 11) et aux deux sexes (10 femmes et 9 hommes) à presque tous les
groupes d’âge. La liste des participants qui appartiennent à cette supercatégorie est
113
Tableau 9. Participants présents dans les 5 catégories
Il semble y avoir une certaine transcendance 31 entre les catégories. Nous remarquons que
plus on regroupe les énoncés (par récurrence et similitude), plus on rassemble les
principales dimensions auxquelles les évocations des 5 catégories peuvent être associées :
réfèrent aux conditions de vie des fonctionnaires dans les pays en développement. Les
verbatim représentatifs des catégories évoquent des préoccupations qui ont rapport à la
31
L’inverse aurait conduit à une sectorisation.
32
Nous préférons utiliser le concept de besoins essentiels parce qu’il vise autant la satisfaction des besoins
matériels et que l’épanouissement de la personne humaine.
114
satisfaction des besoins essentiels alors que les deux dernières renvoient aux rapports que
Le formatage du texte pour faciliter l’analyse assistée par le logiciel Alceste a produit un
corpus de 178 pages où chaque tour de parole a été saisi à interligne simple et séparé des
autres par un double interligne. Ce corpus comprend, entre autres, 56 entretiens, 15 526
dans l’ensemble du corpus. Cette information est répartie en 4 classes, soit 4 univers de
l’économie informelle. À la lumière des khi-deux du lexique, nous avons dégagé une
enfants en particulier. En effet, une attention particulière est accordée aux besoins de
33
Ce qui signifie que le logiciel laisse échapper 33 % d’information. Les analyses effectuées dans les
sections précédentes permettent de capter la totalité des informations.
115
scolarité des enfants auxquels le fonctionnaire doit répondre en tant que parent. Il semble
que cette préoccupation soit plus féminine (*sexe_f : khi2 = 19) que masculine. On trouve
en haut de la hiérarchie les mots : enfant (khi2 = 34), acheter (khi2 = 28), salaire (khi2 =
25), mois (khi2 = 20), chercher (khi2 = 20), fonctionnaire (khi2 = 18), manger (khi2 =
16), minerval (khi2 = 14), problème (khi2 = 12) et école (khi2 = 9). Un peu plus loin, on
trouve des termes : se débrouiller (khi2 = 6), attendre (khi2 = 5), boulot (khi2 = 3),
chacun (khi2 = 3), revenu (khi2 = 3) et difficile (khi2 = 3). Il y a dans cette classe une
absence significative des termes liés à l’existence de l’État et de son action : informelle,
action, État, économie, travail, pays, devoir, taxe, formelle, exercer, contrôle, emploi,
interdire officiel 34. Il n’y a pas de remord d’être dans l’informel tout en étant employé de
l’État parce que la présence significative du terme fonctionnaire et donc du statut d’un
termes qui y sont associés. Les phrases suivantes sont tirées des unités de contexte
34
Informelle (khi2 = -13), action (khi2 = — 10), État (khi2 = -7), économie (khi2 = -7), pays (khi2 = -5),
devoir (khi2 = -5), taxe (khi2 = -4), formelle (khi2 = -4), exercer (khi2 = -4), contrôler (khi2 = -4), loi
(khi2=-3), emploi (khi2 = -3), interdire (khi2 = -3), officiel (khi2 = -2).
116
Classe nº 2 : Reconnaissance de l’initiative privée comme moyen de survie
individuelle
La deuxième classe comprend 53 % des données qui sont prises en considération. Les
propos qui y sont tenus s’articulent autour de l’initiative privée comme stratégie de
survie. Il semble qu’ici les personnes expriment leur position sur la différence entre
l’économie formelle et l’économie informelle. Les phrases suivantes sont tirées des unités
Le lexique de cette classe est émaillé des termes suivants : formel (khi2 = 22), individu
(khi2 = 16), informel (khi2 = 12), organisation (khi2 = 10), besoin (khi2 = 9), économie
(khi2 = 9), développement (khi2 = 9), survie (khi2 = 8), seul (khi2 = 5), responsabilité
(khi2 = 5), commerçant (khi2 = 5), autosubsistance (khi2 = 5), et privé (khi2 = 4). Les
hommes (*sexe_m : khi2 = 24) et les personnes âgées entre 40 et 49 (*grage 40-49 : khi2
= 23) ans y sont plus représentés. Les propos de cette classe se distinguent de ceux de la
première par le fait que le fonctionnaire s’y exprime comme individu, et non comme
117
Classe nº 3 : Reconnaissance partielle des pouvoirs publics
considérations relatives à l’État et à son devoir. Son lexique comprend, entre autres, les
termes suivants : public (khi2 = 55), fonction (khi2 = 44), gouvernement (khi2 = 32),
travail (khi2 = 28), action (khi2 = 22), pauvre (khi2 = 22), engager (khi2 = 16), vivre
(khi2 = 9), faim (khi2 = 6), maison (khi2 = 6), boulot (khi2 = 4), manager (khi2 = 2) et
pouvoir (khi2 = 2). Le vocabulaire est plus prégnant chez les personnes âgées entre 30 et
39 ans (*grage 30-99 khi2 = 18). La reconnaissance partielle des pouvoirs publics est liée
organiser, loi, État, privé, encadrer et décourager 35. Le discours reconnaît l’importance
de l’action des pouvoirs publics sur la création d’emploi, mais ignore ses prérogatives
judiciaires. Il y a des préoccupations d’ordre moral. Les phrases suivantes sont tirées des
uce no 23 khi2 = 14
Le gouvernement ne devrait pas interdire l’économie informelle parce que pour le
moment on est en train de traverser des moments difficiles et si le gouvernement
interdit ces activités au niveau de la fonction publique avec les paiements
insuffisants, que faire ?
35
Contrôler (khi2 = -3), organiser (khi2=-3), loi (khi2 = -2), État (khi2 = -2), privé (khi2 = -2), encadrer
(khi2 = -22), décourager (khi2 = -2).
118
uce no 28 khi2 = 10
Je vois la pauvreté qui traîne sur notre territoire. Je vois les difficultés qui
traînent dans le foyer. Si le gouvernement interdit de faire le petit commerce, je
resterai dans la fonction publique.
par la présence significative du vocabulaire lié au rôle régulateur des pouvoirs publics :
règle (khi2 = 42), registre (khi2 = 36), identifier (khi2 = 36), légal (khi2 = 30), en-dehors
(khi2 = 19), texte (khi2 = 18), commerce (khi2 = 13), perte (khi2 = 12), État (khi2 = 11),
impôt (khi2 = 9), norme (khi2 = 9), recette (khi2 = 9), respect (khi2 = 7), service
(khi2 = 6), document (khi2 = 5), contrôler (khi2 = 3) et officiel (khi2 = 2). Les
priment. Il n’y a pas de préoccupations morales. Les phrases suivantes sont tirées des
119
[Link]. Analyse factorielle des correspondances en coordonnées
comporte une zone qui est détachée des 3 autres. Son autonomie relative est confirmée
par le fait que le vocabulaire représentatif est dans un cadran séparé. Les classes no 1,
no 2 et no 3 ont une assez grande proximité. Elles ont en commun l’absence des
120
La classe no 3 est presque incluse dans la classe no 1. En effet, les préoccupations pour
les besoins de la famille qui caractérisent la classe no 1 comprennent, dans une certaine
mesure, les dimensions morales de la classe no 3. Même si les centres des classes no 2 et
no 4 sont à une certaine distance, il n’en demeure pas moins que la classe 4 comprend le
deux tiers de la classe 2, ce qui confirme, du moins en partie, la proximité entre les
no 4.
Il existe des liens entre les cinq catégories sémantiques identifiées à partir des énoncés
repérés dans les 56 entretiens et les quatre classes obtenues par le biais de l’analyse
assistées par le programme Alceste. Les deux classifications s’inscrivent dans deux
ensembles. Il y a, d’une part, la satisfaction des besoins essentiels des fonctionnaires, qui
rapport entre ces fonctionnaires et l’État, leur employeur, auquel s’associent les
d’éléments qui structurent les attitudes, perceptions et croyances des fonctionnaires face à
l’économie informelle.
121
Figure 10. Liens entre les 5 catégories et les 4 classes
2. Précarité 2. Reconnaissance de
Satisfaction des
Rapport à l’initiative privée
besoins comme moyen de
l’État
3. Moyen de essentiels survie personnelle
vivre
4. Responsabilité de
3. Reconnaissance
l’État
partielle des pouvoirs
publics
moyenne dans 5,4 (s = 1,41) énoncés. Cela signifie que questionner les participants à
l’égard de leur exposition à l’informel dans leur enfance et adolescence, pendant les
études, et pendant leur vie professionnelle, c’est faire apparaître en moyenne 6 énoncés.
moyenne parce que l’écart type est faible. L’étendue est relativement grande. Elle est de 7
122
(E = 9 – 2 = 7) pour les deux groupes de participant et pour les femmes et de 5 (E = 7- 3 =
Parmi les 34 participants loin de l’économie, 10 indiquent qu’ils n’ont pas d’autres
progressent et 8 révèlent que leurs activités informelles stagnent. Ces chiffres sont
Cet ensemble de chiffres enseigne que tous les participants ont été et baignent encore
dans l’économie informelle. En effet, les fonctionnaires ont toujours grandi et vivent dans
majoritairement pratiquées.
Nous nous sommes servis du programme SPSS pour vérifier l’indépendance entre les
deux groupes de répondant. Il n’y a pas de différence significative entre ces deux groupes.
à l’économie informelle.
123
Tableau 10. Comparaison entre les deux groupes de participant au niveau des énoncés
124
Distance par rapport à
Énoncés l’économie informelle Khi-deux Valeur de p
Loin Proche
17. Quand j'étais jeune, 2,9 % 0% 0,659 0,417
mon amie m'a appris à faire
des beignets
18. Quand j'étais jeune, j'ai 2,9 % 0% 0,659 0,417
vendu des beignets
L’analyse de ces données montre qu’il n’y a pas de différences significatives entre les
36
Énoncé # 1 : (khi-deux = 1,42, ddl = 1, p = 0,247) ; Énoncé # 2 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ;
Énoncé # 3 : (khi-deux = 1,505, ddl = 1, p = 0,220) ; Énoncé # 4 : (khi-deux = 0,385, ddl = 1, p = 0,535) ;
Énoncé # 5 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ; Énoncé # 6 : (khi-deux = 0,037, ddl = 1, p = 0,848) ;
Énoncé #7 : (khi-deux = 0,096, ddl = 1, p = 0,757) ; Énoncé # 8 : (khi-deux = 6,039, ddl = 1, p = 0,014) ;
125
• le nombre d’énoncés est le même pour les deux groupes
5.2.2. Catégorisation
informelles par les participants. Les énoncés qui sont associés au fait que les participants
connaissent ou ont connu des personnes qui pratiquent les activités informelles sont
exclus de la catégorisation. En effet, ils ont été évoqués par tous les participants, ils
informelle et, conséquemment et ils ne semblent pas enrichir notre réflexion au stade
11. Je connais des gens de mon entourage qui font l’informel (100 % de
participants).
12. Les gens de mon entourage font l’informel depuis longtemps. (100 % de
participants).
Énoncé # 11 : (khi-deux = 9,10, ddl = 1, p = 0,992) ; Énoncé #12 : (khi-deux = 0,774, ddl = 1, p = 0,379)
Énoncé #13 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) Énoncé # 14 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ;
Énoncé # 15 : (khi-deux = 0,00, ddl = 1, p = 0,984) ; Énoncé # 16 : (khi-deux = 2,051, ddl = 1, p = 0,152)
Énoncé # 17 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ; Énoncé # 18 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ;
Énoncé # 19 : (khi-deux = 0,01, ddl = 1, p = 0,973) ; Énoncé # 20 : (khi-deux = 0,323, ddl = 1, p = 0,570) ;
Énoncé # 21 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ; Énoncé # 22 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417) ;
Énoncé # 23 : (khi-deux = 0,120, ddl = 1, p = 0,729) ; Énoncé # 24 : (khi-deux = 1,342, ddl = 1, p = 0,47) ;
Énoncé # 25 : (khi-deux = 0,996, ddl = 1, p = 0,318) Énoncé # 26 : (khi-deux = 0,369, ddl = 1, p = 0,544) ;
Énoncé # 27 : (khi-deux = 0,100, ddl = 1, p = 0,752) ; Énoncé # 28 : (khi-deux = 2,112, ddl = 1, p = 0,146) ;
Énoncé # 29 : (khi-deux = 2,112, ddl = 1, p = 0,146) ; Énoncé # 30 : (khi-deux = 0,659, ddl = 1, p = 0,417).
37
Nous réunissons, pour des raisons de commodité, l’enfance et la jeunesse sous le mot jeunesse. Ce
dernier est plus global.
126
Sont également exclus de la catégorisation les énoncés 6 et 15 :
deuxième concerne les gens de l’entourage qui sont déjà inclus dans les deux énoncés
évoqués par tous les participants. Nous avons retenu 26 énoncés sur les 30 de départ pour
informelle.
La première catégorie est composée de 9 (35 %) énoncés qui évoquent l’exposition des
127
Figure 11 : Exposition à l’économie informelle pendant la jeunesse
21. Quand j'étais jeune, ma 28. J'ai commencé à 17. Quand j'étais jeune j'aidais ma
mère vendait des beignets. vendre depuis ma tante à vendre les pagnes/et autres
jeunesse. biens.
Pendant leur jeunesse, les participants ont été, passivement et activement, exposés aux
activités informelles. En effet, ils en ont été des témoins oculaires (1, 2). Ils ont
accompagné et aidé leurs parents et leur entourage (3, 4, 5 et 8). Ils ont appris (6), de
L’exposition pendant les études est la deuxième catégorie. Sur les 56 participants, 36
l’économie, y font expressément référence. Un seul (1,8 %) participant dit n’avoir jamais
travaillé pendant ses études. La représentativité des hommes et des femmes dans cette
128
Figure 12 : Exposition à l’économie informelle pendant les études
15. Quand j'étais étudiant, il y avait 13. Quand j'étais étudiant (e), mes
des petits commerçants sur le collègues vendaient des biens de
campus. première nécessité.
Exposition à l’économie
informelle pendant les 26. Quand j'étais
23. Quand j'étais
étudiante, je vendais études. étudiant, mon père
du bois. avait une boutique.
catégorie. Cette dernière est la plus élaborée. Elle comprend 11 (42 %) énoncés et 36
(58 %) loin de l’économie, considèrent que leurs activités informelles progressent. Huit
diminuent.
129
Figure 13 : Exposition à l’économie informelle pendant la vie professionnelle
Cette section vise à vérifier la répartition des 3 catégories d’exposition selon la distance
par rapport à l’économie informelle et le sexe. Pour y parvenir, nous avons regroupé les
participants dans 3 tableaux correspondant aux 3 groupes précités. Le chiffre zéro indique
130
Tableau 11. Répartition des individus dans les catégories selon le rapport à l’économie
4 F 40-49 PROCHE
8 F 40-49 PROCHE 0
14 F 30-40 PROCHE 0
15 F 30-39 PROCHE 0 0 0
22 F 30-39 PROCHE 0 0 0
23 F 30-39 PROCHE 0 0
24 F 40-49 PROCHE 0
25 F 50+ PROCHE 0 0
26 M 40-49 PROCHE
31 M 40-49 PROCHE 0 0
34 M 40-49 PROCHE
36 M 40-49 PROCHE
38 M 50+ PROCHE
39 M 40-49 PROCHE 0 0 0
40 M 50+ PROCHE 0
44 M 30-39 PROCHE
46 F 40-49 PROCHE
47 M 30-39 PROCHE 0
51 M 30-39 PROCHE 0 0
54 F 50+ PROCHE 0
55 F 50+ PROCHE
56 F 40-49 PROCHE 0 0
Total (%) 73 % 59 % 55 %
131
Tableau 11 (suite) Répartition des individus dans les catégories selon le rapport à
l’économie
132
Le nombre de fois où les individus appartiennent aux catégories 1 et 2 est presque le
même pour les deux groupes de participants (loin et près de l’économie). Pour le groupe
est, par contre, relativement grand (16 %) pour la catégorie 3. En effet, l’appartenance des
71 % pour les participants loin de l’économie. Ces derniers sont donc plus exposés à
l’économie informelle pendant la vie professionnelle que leurs homologues qui sont
proches de l’économie.
Du point de vue de l’inscription des groupes dans les catégories, la moyenne chez les
chez les individus loin de l’économie. Vu sous cet angle, on peut considérer les deux
moyennes comme égales, et donc conclure que les deux groupes s’inscrivent dans le
133
Tableau 12. Répartition des individus dans les catégories selon les sexes
No Sexe Groupe Rapport à Catégories
d'âge l'informel
Exposition à Exposition à l’économie Exposition à l’économie
l’économie informelle pendant les pendant la vie
informelle pendant études professionnelle
l’enfance
1 F 40-49 LOIN
2 F 40-49 LOIN
3 F 30-39 LOIN 0 0
4 F 40-49 PROCHE
5 F 40-49 LOIN 0
6 F 30-39 LOIN
7 F 30-39 LOIN 0 0
8 F 40-49 PROCHE 0
9 F 30-39 LOIN 0
10 F 30-39 LOIN 0
11 F 40-49 LOIN 0
12 F -30 LOIN
13 F 40-49 LOIN 0 0
14 F 30-40 PROCHE 0
15 F 30-39 PROCHE 0 0 0
16 F 50+ LOIN 0 0
17 F 40-49 LOIN 0 0
18 F 50+ LOIN 0
19 F 50+ LOIN 0
20 F 30-39 LOIN 0
21 F 30-39 LOIN
22 F 30-39 PROCHE 0 0 0
23 F 30-39 PROCHE 0
24 F 40-49 PROCHE 0
25 F 50+ PROCHE 0 0
41 F 50+ LOIN 0
42 F 30-39 LOIN 0
46 F 40-49 PROCHE
50 F 30-39 LOIN 0
53 F 40-49 LOIN 0 0 0
54 F 50+ PROCHE 0
55 F 50+ PROCHE
56 F 40-49 PROCHE 0 0
Total (%) 64 % 64 % 58 %
134
Tableau 12 (suite). Répartition des individus dans les catégories selon les sexes
26 M 40-49 PROCHE
27 M 50+ LOIN 0 0
28 M 50+ LOIN 0
29 M 40-49 LOIN 0
30 M 40-49 LOIN 0 0
31 M 40-49 PROCHE 0 0
32 M 40-49 LOIN
33 M 30-39 LOIN 0
34 M 40-49 PROCHE
35 M 40-49 LOIN
36 M 40-49 PROCHE
37 M 30-39 LOIN
38 M 50+ PROCHE
39 M 40-49 PROCHE 0 0 0
40 M 50+ PROCHE 0
43 M 40-49 LOIN 0
44 M 30-39 PROCHE
45 M 40-49 LOIN 0
47 M 30-39 PROCHE 0
48 M 40-49 LOIN
49 M 50+ LOIN 0 0
51 M 30-39 PROCHE 0 0
52 M -30 LOIN 0
Total (%) 83 % 52 % 74 %
La moyenne des inscriptions aux 3 catégories est de 2,1 (s = 0,85) pour les hommes et de
1,95 (s = 085) pour les femmes. Il n’y a donc pas de différence entre les hommes et les
des hommes qui s’inscrivent dans les catégories 1 et 3 sont plus élevés que ceux des
sexe permet de repérer des participants qui appartiennent à toutes les 3 catégories. Ces
participants, qui sont au nombre de 17 (30 %), se répartissent comme suit : 8 (47 %)
(43 %).
136
5.2.3. Lexique de l’étude reproduction de l’économie informelle
corpus. Cette information est répartie en 5 classes, soit 5 univers de pensée qui réfèrent,
d’une part, à la façon dont les fonctionnaires ont été exposés à l’économie informelle et
expliquent, d’autre part, dans une certaine mesure, la manière dont la pratique de cette
des 5 classes. Le vocabulaire le plus dominant réfère à l’exposition des participants aux
activités informelles pendant leur jeunesse. Ils ont vu, de leurs propres yeux, leur
entourage immédiat s’adonner aux activités de vente, informelle, des produits de première
nécessité. Ils sont donc des témoins oculaires d’activités de vente de produits de première
nécessité qui étaient couramment pratiquées par leurs propres parents, les parents de leurs
amis et la plupart des gens dans leur quartier. En effet, on y trouve des termes comme
pain (khi2 = 17), vendre (khi2 = 17), boutique (khi2 = 10), sac (khi2 = 8) et sucre (khi2 =
137
6). Les jeunes (khi2 = 15) voient (khi2 = 13) ces activités, de manière quotidienne, parce
qu’elles sont pratiquées dans la famille par leur maman (khi2 = 13), dans leur quartier
(khi2 = 8) et par leurs voisins (khi2 = 10). Cette classe est plus féminine (sexe_f) (khi2 =
5) que masculine. Les phrases suivantes sont tirées des unités du contexte élémentaire
uce no 11 khi2 = 15
Quand j’étais jeune, je voyais des mamans qui vendaient les pains et les beignets.
Je voyais les mamans qui vendaient des petits articles de consommation courante
comme du pain, des arachides, du sel, etc.
uce no 3 khi2 = 12
Je voyais mes amis vendre les gâteaux et du sucre pour gagner la vie. Nos
voisines du quartier, leurs mamans vendaient les pains, du sucre et du lait pour
des raisons que je ne connais pas.
uce no 3 khi2 = 12
À ma jeunesse, ma maman vendait au port de l’Onatra des sacs de maïs.
prégnant est économie (khi2 = 36), mère (khi2 = 23), elle (khi2 = 22) père (khi2 = 11),
tante (khi2 = 11), fonctionnaire (khi2 = 11), toujours (khi2 = 10), plusieurs (khi2 = 7) et
famille (khi2 = 6). Cette classe est plus féminine que masculine (sex_f : khi2 = 4). Les
participants proches de l’économie y sont plus représentés (dist_proche : khi2 = 5). Elle
évoque des souvenirs généralement positifs des pratiques informelles. Ces dernières sont
considérées comme ayant toujours (khi2 = 7) existé. Les phases ci-après sont tirées des
138
uce no 190 khi2 = 25
L’informel a toujours existé. Quelqu’un qui a grandi au Congo qui ne vient pas
d’une famille extrêmement aisée a dû d’une façon ou d’une autre être confronté à
cette économie informelle.
uce no 25 khi2 = 16
Mes sœurs vendaient des boissons sucrées. Ma mère vendait aussi du pain ; ce qui
me permettait de payer les frais scolaires, car mon père était aussi fonctionnaire.
Le salaire des fonctionnaires a toujours été insuffisant.
Cette classe regroupe 10 % de l’information analysée. Elle renvoie à l’aide accordée par
les participants, pendant leur jeunesse, à leurs parents dans la pratique des activités
informelles. Elle se distingue essentiellement de deux précédentes par le fait que les
participants sont impliqués dans les activités informelles de leurs parents. Ils cessent
manière très générale (classe 2). Ils passent plutôt à l’action par, entre autres, le biais de
l’aide (khi2 = 20) qu’ils accordent à leurs tantes (khi2 = 11) en vendant (khi2 = 2) du
poisson (khi2 = 19) et de l’argent (khi2 = 7) qu’ils donnent à leur entourage. Ils
considèrent que cette aide pourrait être consolidée grâce à l’octroi de crédit (khi2 = 19).
Les participants âgés entre 30 et 39 ans (khi2 = 6) sont plus représentatifs de cette classe.
uce no 23 khi2 = 27
J’aidais ma mère quand j’étais étudiant. Je l’aidais souvent.
139
uce no 71 khi2 = 26
J’aidais une de mes tantes. Elles avaient des restaurants. Je l’aidais à griller du
poisson et à nettoyer les chaises. Je vendais aussi pour elle.
Cette classe représente 11 % de l’information analysée. Elle est représentée par les
personnes âgées de 50 ans et plus (khi2 = 21) et proches de l’économie (khi2 = 7). On y
fait référence, entre autres, aux conditions de travail des fonctionnaires, à la façon dont ils
pratiquaient les activités informelles pendant leurs études, à leurs activités informelles
actuelles ainsi qu’aux sollicitations auxquelles ils font face à la fin de chaque mois de la
après est parmi le plus représentatif de cette classe : fin (khi2 = 42), mois (khi2 = 42),
surtout (khi2 = 25), chose (khi2 = 20), donner (khi2 = 18), chaque (khi2 = 13), acheter
(khi2 = 13) et maison (khi2 = 8). Les verbatim ci-près, provenant des unités de contexte
uce no 92 khi2 = 8
Chaque grande vacance, ma mère me remettait un petit capital qui me permettait
d’acheter les articles scolaires même pour mes petites sœurs. Chaque grande
140
vacance, vers la fin du mois de juin, ma mère économisait un peu d’argent, un
capital. À la rentrée scolaire, je contribuais à la reprise des activités de presque
tout le monde à la maison.
conditions sociales des fonctionnaires qui est imputée à l’instabilité politique que connaît
le pays depuis une trentaine d’années. Plusieurs fonctionnaires se sont mis à quelque
chose d’autre pour survivre. Elle est plus masculine (sexe_m : khi2 = 15) que féminine.
Les participants qui sont loin de l’économie (dist_loin : khi2 = 14) et ceux qui sont âgés
de moins trente ans (grage_-30 : khi2 = 15) y sont plus représentés. Le vocabulaire
suivant est représentatif de cette classe : vivre (khi2 = 15), pays (khi2 = 13), formel
(khi2 = 13), public (khi2 = 13), fonction (khi2 = 13), informel (khi2 = 12), État (khi2 =
11) et exercer (khi2 = 10). Les verbatim ci-après sont tirés des unités de contexte
uce no 55 khi2 = 12
J’ai vu plus des gens travailler dans les champs, dans les entreprises et dans la
fonction publique. D’autres exerçaient le commerce dans le formel. C’était
l’informel qui commençait déjà à se développer. Beaucoup avaient déjà perdu
l’emploi suite aux pillages et aux guerres d’agression.
uce no 55 khi2 = 12
C’est presque tout le monde qui pratique l’informel. Cette histoire s’est
développée il y a une trentaine d’années.
uce no 99 khi2 = 12
Depuis que le pays est tombé dans la crise, depuis la ZAÏRIANISATION, des
pillages, depuis la deuxième république. J’ai vu des enseignants et des ingénieurs
agronomes faire de l’agriculture en dehors de leur travail.
141
L’informel est considéré comme temporaire et nuisible au développement. L’intervention
de l’État est nécessaire pour que les gens passent au formel. Cette perspective est
uce no 72 khi2 = 8
Je pense que l’État doit prendre les choses en mains. Il doit créer des emplois
pour que ces gens abandonnent l’informel.
relativement autonomes. La classe 3 est presque incluse dans la classe 4. Cela corrobore
le fait que la façon de vivre (classe 4) est généralement apprise sur le tas (classe 3). La
classe 2 s’étale de manière plus ou moins égale à travers toutes les 3 autres classes. Elle
142
Figure 14 : Analyse factorielle de correspondance en coordonnée : exposition
à l’économie informelle
Il existe des liens étroits entre les 3 catégories sémantiques élaborées à partir des énoncés
repérés dans les propos des participants et les classes obtenues à l’aide de l’analyse de ces
mêmes propos par le biais du logiciel Alceste. En effet, les 3 catégories s’inscrivent dans
un processus qui commence dès le bas âge (la jeunesse : enfance et adolescence), grâce à
une imprégnation visuelle. Les jeunes vivent dans une sorte « d’immersion dans
générale, payées grâce aux pratiques informelles des parents qui sont aidés, directement
ou indirectement, par leurs enfants (étudiants). Ces derniers sont ou bien bénéficiaires, ou
143
bien apprentis ou alors les deux à la fois. Dans ces conditions, les pratiques informelles
font partie des réflexes des fonctionnaires. Autant pour ces derniers que pour la
population en général, les activités informelles sont inévitables. C’est une forme de
seconde nature. C’est une façon de vivre, et ce, quelle que soit leur distance face à
l’économie. L’instabilité politique n’en est pas la cause. Elle jouerait plutôt le rôle
d’amplificateur de leur reproduction. C’est pour cette raison qu’elle est représentée dans
la figure ci-après comme base qui influence autant les catégories sémantiques que les
classes.
1. Pratiques informelles :
une imprégnation visuelle.
1. Exposition à l’économie
informelle pendant la jeunesse. 2. Pratiques informelles :
une inévitabilité.
2. Exposition à l’économie
informelle pendant les 3. Pratiques informelles : un
études. apprentissage sur le tas.
3. Exposition à l’économie 4. Pratiques informelles :
informelle pendant la vie une façon de vivre.
professionnelle
144
5.3. Reproduction de l’économie informelle
Nous pensons qu’il y a lieu d’identifier dans les attitudes, les perceptions, les croyances et
permettraient de jeter les bases d’une structure de pensée et aideraient à mieux saisir les
mécanismes de la circulation des biens, des idées et des personnes dans un environnement
Les deux volets de l’analyse permettent d’identifier les participants qui s’inscrivent dans
les deux supercatégories. Il s’agit des six participants qui se trouvent dans les deux
supercatégories que nous avons décrites aux sections 5.1.4. et 5.2.4. (tableaux 5 et 9). De
ces six participants, 2 sont des hommes (# 38 et # 48), 4 sont des femmes (# 1, # 2, # 46 et
48). Il est question ici d’une sectorisation parce que le regroupement des supercatégories
Par contre, notre analyse démontre que tous les participants ont été, au moins à une
époque de leur vie, exposés à l’économie informelle. En effet, dès leur tendre enfance, les
quelconque. La mère de famille jouait un rôle déterminant, car généralement elle vendait
145
les produits qu’elle préparait, comme des beignets. Le père s’orientait à l’ouverture d’une
petite boutique. Les enfants aidaient les parents : les filles dans les activités de leurs
mères et les garçons dans celles de leurs pères. Étant donné que toutes ces activités
permettaient à la famille de bien boucler la fin du mois, on ne pensait pas à une l’illégalité
quelconque. Et une fois à l’université, les enfants continuaient de faire un petit commerce
dans l’espoir de se dépanner et même de payer leurs études. Devant ce qu’ils considèrent
pensent le faire de la manière la plus naturelle possible, car cet État lui-même n’en fait
Cela laisse entrevoir la possibilité que certaines catégories soient toujours présentes dans
l’esprit des tous les fonctionnaires, et ce, quels que soient le sexe et le groupe d’âge. Cette
informelle.
146
Figure 16 : Reproduction de l’économie informelle
147
Conclusion
La description et l’analyse des résultats confirment que l’économie informelle peut être
étudiée dans une perspective relationnelle. Pour y parvenir, les 56 entretiens recueillis,
enregistrés et transcrits ont fait l’objet d’une analyse en deux volets : 1) l’attitude, les
Le premier volet a permis de constater que l’économie informelle est un sujet qui fait
En effet, à partir des 44 énoncés que nous avons repérés dans les récits des fonctionnaires,
nous avons identifié cinq catégories sémantiques (le désespoir, la précarité, le moyen de
significative n’a été identifiée entre les variables (distance par rapport à l’économie
permis d’identifier cinq classes qui correspondent aux univers de référence des
fonctionnaires face à cette économie. Les cinq catégories sémantiques et les cinq classes
s’inscrivent dans deux ensembles (la satisfaction des besoins essentiels et le rapport à
attitudes, les perceptions les croyances des fonctionnaires face à cette économie.
Nous avons identifié, dans le deuxième volet, 30 énoncés qui s’inscrivent dans 3
sont pas le fruit d’une situation particulière survenue pendant la vie professionnelle. Elles
sont, d’après notre analyse, le fruit d’une exposition qui commencé depuis la jeunesse et
qui se poursuit jusqu’à ce jour. Elles sont, à toute fin pratique, le résultat d’une
socialisation.
149
CHAPITRE 6. L’APPROCHE RELATIONNELLE COMME PERSPECTIVE
D’ÉTUDE DE L’ÉCONOMIE INFORMELLE DANS LES
PAYS EN DÉVELOPPEMENT
Ce chapitre porte sur l’interprétation des résultats qui sont décrits dans le chapitre 5, et ce,
au regard des hypothèses ainsi que des choix théoriques et méthodologiques. Nous y
La deuxième partie porte sur l’interprétation des résultats au regard de deux doctrines
développement.
Les résultats démontrent qu’il est possible de recourir à l’approche relationnelle pour
rendre compte des croyances des attitudes et perceptions des fonctionnaires face à
l’économie informelle ainsi que de la manière dont se reproduit cette économie. En effet,
permet de valider les deux hypothèses de notre recherche qu’il convient ici de rappeler :
La validation de ces hypothèses est appuyée, entre autres, par deux arguments.
Premièrement, l’analyse de nos résultats démontre que les fonctionnaires ont été exposés
150
à cette économie pendant toute leur vie. Ils ont été ainsi associés de près ou de loin aux
pratiques informelles et, de ce fait, n’expriment aucun remords à l’égard de celles-ci. Les
surtout soutenu tant de leur existence que de leur reproduction. Pour les fonctionnaires,
l’économie informelle, c’est plus que le désespoir et la précarité. C’est aussi une façon de
vivre acceptée de tous et même par l’État implicitement. Ce dernier essaie sans succès de
contrer les activités informelles. Il n’y parvient pas parce que ses employés (les
fonctionnaires) pratiquent les activités informelles alors qu’ils sont censés appliquer les
lois fiscales qui les interdisent. Ce comportement, qui pourrait être qualifié d’incivique si
on le comprend dans une perspective judiciaire, n’est pas seulement la conséquence des
l’inadéquation entre les lois fiscales et le sens moral des fonctionnaires. Dans ce contexte,
le principe utilitariste de l’élaboration d’une loi qui vise le respect de la morale du plus
grand nombre de personnes est mis en mal. Durkheim (1893, p. 64) explique ce
Une règle ne paraît plus aussi respectable, quand elle cesse d'être respectée, et cela
impunément ; on ne trouve plus la même évidence à un article de foi qu'on a trop
laissé contester. D'autre part, une fois que nous avons usé d'une liberté, nous en
contractons le besoin ; elle nous devient aussi nécessaire et nous paraît aussi
sacrée que les autres. Nous jugeons intolérable un contrôle dont nous avons perdu
l'habitude. Un droit acquis à une plus grande autonomie se fonde. C'est ainsi que
les empiétements que commet la personnalité individuelle, quand elle est moins
fortement contenue du dehors, finissent par recevoir la consécration des mœurs.
particulières. Par contre, le contexte social dans lequel ils sont nés et ont grandi leur a
151
les individus ne sont pas de simples caisses de résonance des forces collectives. Ils
ne sont pas des simples pages blanches sur lesquelles la société écrit son histoire.
Chaque individu est unique, dispose d’une pensée personnelle, etc. Toutefois, les
contextes sociaux dans lesquels les individus se trouvent exercent des contraintes
sur les décisions qu’ils sont susceptibles de prendre.
L’analyse du corpus démontre que la distance des fonctionnaires par rapport à l’économie
informelle n’a aucune influence sur leur comportement face à celle-ci. Plusieurs d’entre
eux soutiennent qu’il ne faut pas interdire les activités informelles et qu’il faut, au
Deuxièmement, les positions et des évocations des fonctionnaires ne sont pas que
rationnelles ; elles sont très diversifiées. Le corpus permet de repérer des positions
morales et émotives ainsi que des évocations des mystiques. Ces évocations et positions
sont exprimées autant dans les catégories sémantiques qu’au sein des classes. Les
positions d’ordre moral et émotif des fonctionnaires sont repérables, entre autres, dans
leur rapport à l’État et dans les reproches relatifs au manque de conscience des dirigeants.
Ils perçoivent l’État comme un cadre (ou système) qui doit garantir et favoriser leur
sécurité sociale. En effet, le concept d’État-providence, très présent dans l’esprit des
celui-ci. Ainsi, le souci de se prendre en charge par le biais des activités informelles qu’ils
considèrent-ils comme un but ou un moyen pour gagner leur vie ? Comment valoriser le
comme des chômeurs payés, des corrompus ou des détourneurs impunis des deniers
152
publics ? Quel que soit le bout par lequel le travail des fonctionnaires peut être étudié, il y
a une constante qui doit être prise en compte : la connaissance de la perception qu’ont les
Des évocations des mystiques sont très sournoises. Elles sont repérables, entre autres,
dans les discours et attitudes des fonctionnaires à l’égard des dirigeants politiques. Si les
conditions de vie (désespoir, précarité, pauvreté, etc.) et qu’ils n’envisagent que rarement
des actions radicales pour s’en défaire, c’est, en partie, parce qu’ils leur confèrent
également des pouvoirs surnaturels (la magie, les fétiches, l’appartenance à des groupes
mystiques, etc.). En effet, une abondante littérature existe sur la propension magique de
magique est de moins en moins discret. Pour plusieurs membres de cette élite, la magie
est encore le premier guide dans la perception de la réalité. Ils ont un attachement
croient pouvoir réussir sans effort et en comptant sur des pouvoirs surnaturels. Lambert
suivant :
N’est-ce pas aberrant de rencontrer parfois au sein des Sectes des soi-disant
intellectuels (l’élite) de haut niveau (professeurs d’Université, avocats, médecins,
entrepreneurs, fonctionnaires, anciens prêtres, etc.) totalement immergés dans cet
ésotérisme et occultisme entretenant l’irrationnel au détriment du rationnel et qui
sont aussi prêts que n’importe quel ignare villageois à se laisser dépouiller de leurs
biens pour l’enrichissement personnel de leur pasteur, avec l’espoir ‒ jamais
vérifié ‒ de recevoir, en retour le centuple du ciel ?
153
Ces pasteurs, auxquels Museka Ntumba fait allusion, sont communément appelés
au Congo, constitue un vrai fléau pour ce pays et seules des mesures radicales
les adeptes afin de parvenir à leurs buts qui sont essentiellement matériels. Mubamza
des pasteurs puissants dans leur ministère se livrent tout simplement aux pratiques
magiques sous couvert des rites de délivrance. Tel est également le cas pour les
Églises nouvelles ou les mouvements philosophiques et religieux qui initient les
adeptes aux pratiques magiques, sans leur dire clairement. C’est aussi le cas pour
les Églises chrétiennes qui prêchent la prospérité et conditionnent l’obtention
instantanée de telle ou telle faveur (guérison corporelle, voyage d’études ou
d’affaires à l’étranger, mariage avec un homme riche) par le versement d’une
importante somme d’argent.
Les bénédictions et miracles sollicités et attendus par la population, en général, et les
d’argent payée. Ces miracles ne se produisent que pour les gestionnaires des finances
publiques et les « hommes de Dieu ». Pour tous les autres, le mot d’ordre est : « il faut
6.2.1. L’utilitarisme
Notre analyse nous a permis de démontrer que les attitudes, la perception, les croyances et
154
On peut soutenir que l’appartenance des fonctionnaires au premier pôle est une preuve de
précarité et de moyen de vivre et, au niveau des classes, par les préoccupations des
personnelle. Cet état de fait imposerait, ipso facto, une obligation de faire plus de profit
possible pour combler le manque à gagner (mauvais salaire, salaire insuffisant, salaire
non payé…). Cet argument engendre ses propres faiblesses : les activités informelles des
Par ailleurs, l’absence du jargon utilitariste dans le corpus mérite d’être notée. En effet,
et efficacité n’ont presque pas été employés par les fonctionnaires. Ce constat est d’autant
plus important qu’un des groupes consultés est composé des fonctionnaires qui travaillent
dans les ministères à caractère économique. Il s’agit des ministères de finances, du plan et
principale préoccupation, celle qui consiste à attirer et à retenir des capitaux à l’intérieur
néolibérale considère que la concurrence est un outil puissant de la vie économique. Elle
est utilisée pour exploiter efficacement les ressources naturelles et trouver de nouvelles
155
façons de satisfaire, à des coûts moindres et avec une qualité accrue, les besoins
personnels et collectifs. Il en est de même pour l’innovation qui est la source de tout
développement.
Dans cette perspective, on devrait s’attendre à ce que ces fonctionnaires, de par leur
informelles. C’est bien le contraire : le jargon utilitariste est soit très faiblement utilisé
pour les fonctionnaires proches de l’économie et totalement absent dans les propos des
fonctionnaires qui sont loin de l’économie. Cette situation pourrait être interprétée de
deux façons : ou bien les fonctionnaires n’utilisent ce jargon ni dans leur travail ni dans
leurs activités personnelles (informelles) parce qu’il ne leur est pas familiers, ou bien, il
leur est familier, mais ne ils ne l’utilisent pas parce qu’ils sont porteurs d’idéologies
auxquelles ils n’adhèrent pas. La nature des activités informelles et le rapport à l’État des
probable. Nous reviendrons sur cette hypothèse dans la section réservée à l’interprétation
des résultats au regard des théories de développement. Retenons, pour l’instant, que,
uniquement sur la maximisation de profit qui impose une évaluation quantitative et,
Pour ce qui est du rapport à l’État, nous souscrivons aux propos de Kennedy (1995, p.
Cette posture, qui ne devrait pas être interprétée comme un appui inconditionnel au néo-
libéralisme, mérite d’être précisée. En effet, nous croyons que les fonctionnaires, quelle
que soit leur distance vis-à-vis de l’économie, ont des devoirs et responsabilités vis-à-vis
marché et montée de classe sociale) ne sont pas encore présents dans les environnements
6.2.2. L’antiutilitarisme
mobiliser les gens pour leur propre progrès. Il consiste à inciter les gens à donner de leur
temps et de leur travail, en dehors de leurs heures ouvrables normales, pour promouvoir
une solution à leurs problèmes locaux. Autrement dit, les gens organisent, librement et de
leur propre initiative, les travaux qui sont utiles non seulement pour eux-mêmes, mais
157
aussi, et surtout pour les autres membres de la communauté. Ainsi, l’intérêt à participer à
ce genre de travaux, parce qu’il procure un avantage (ou un intérêt) pour l’acteur,
En RDC, les dons et les échanges sont faits dans plusieurs circonstances (deuil, mariage,
naissances, fêtes religieuses, honneurs faits aux chefs, etc.). Ils font donc partie des
informelle rend difficile (et non impossible) toute tentative de les typifier, de les
structurer et d’en dégager des éléments susceptibles d’être intégrés dans une stratégie de
développement communautaire. Notre analyse nous indique que c’est la réponse aux
besoins élémentaires des fonctionnaires et de ceux de leurs familles qui reste la principale
motivation de leurs activités informelles. Ces dernières sont dépourvues de toute intention
d’associer les catégories sémantiques et les classes à une telle dynamique. Dans cette
158
de la réciprocité et de l’intérêt commun que sous-tendent les actions qui se réclament de
l’économie sociale.
Nous considérons, de prime à bord, que les fonctionnaires sont en situation de solidarité
mécanique. En effet, leurs activités informelles couvrent plusieurs sphères de la vie active
font partie de la mémoire collective de ce groupe qui a fait l’apprentissage des activités
laquelle ils ont appris les outils et principes utilitaristes et ont été évalués sur la base de
travail dans les ministères comme les finances, l’économie, le portefeuille, etc., ni le
règlement de la fonction publique qui interdit les activités commerciales à ses employés,
l’économie. Nous soutenons que les sociétés modernes n’ont pas le monopole de la
solidarité organique et que les individualités peuvent s’exprimer par d’autres canaux que
159
la division du travail. Un de ces canaux est bien l’omniprésence de la mentalité
communautaire. Cette dernière est une des caractéristiques de l’économie informelle. Elle
impose aux acteurs de cette économie des obligations mutuelles qui s’expriment, entre
tendances de longue durée. Elles ne peuvent rendre compte des attitudes et croyances des
fonctionnaires face à l’économie informelle. Cette dernière est abordée dans cette section
sous l’angle macroéconomique. Nous inscrivons ainsi notre réflexion sur l’économie
par des repères historiques en Europe et en Amérique, c’est-à-dire dans un contexte socio-
ce pays se serait comportée de la même façon face aux situations économiques (abolition
pays, plutôt qu’en économisant. On adopta une politique de dépenses jusqu’à un niveau
160
fixé au-dessus des moyens du pays, afin de remettre les gens au travail, de créer des
revenus et, par conséquent, de fournir des marchés à d’autres produits. L’exemple n’est
avaient été réalisés pendant le siècle précédent et des injections de monnaie étaient tout ce
qu’il fallait pour activer les facteurs de production. Tel n’est pas le cas de la RDC où les
capitaux font défaut, et où la monnaie à elle seule ne peut apporter la solution. L’injection
de l’argent dans cette économie qui n’a ni capital suffisant ni demande locale solvable
provoque une inflation galopante parce qu’il y a une plus grande dépendance à l’égard
des importations et une insuffisance des exportations destinées à les payer. Ce qui
implique une dévaluation et, finalement, aucun bénéfice. Ce qu’il faut pour cette
questions concernant la stratégie à adopter pour améliorer le bien-être des populations qui
sont de plus en plus nombreuses en situation de pauvreté. Mentionnons, entre autres, les
questions suivantes :
réduction de la pauvreté ?
161
Ces questions apparemment simples portent sur une réalité complexe. Elles requièrent,
ipso facto, des réponses aussi complexes. Des recherches interdisciplinaires, comme celle
qui fait l’objet des présents écrits, jettent des regards croisés et fournissent des résultats
qui restaurent cette réalité mouvante. Nous nous proposons d’apporter quelques éléments
de réponse en portant notre attention sur deux éléments importants, à savoir la mentalité
du développement et la formation.
Nous affirmons que le développement est d’abord et avant tout un problème de mentalité
du corpus ne permet pas d’identifier, de manière explicite, des énoncés qui expliquent
expérience dans la gestion des activités internationales. Les activités de formation que
et de les adapter à leur condition de travail. Il faut s’inspirer des armes qui ont fait
162
Il y a quelques années, nous avons reçu au Canada une délégation de dix formateurs.
ce diplômé d’une université canadienne, qui avait fait ses preuves sur place, était basée
Canada, nous lui confions, en présence de tous ses collaborateurs, un lot d’équipements
aux formateurs qui ne s’étaient pas déplacés au Canada. Cela permettait d’assurer une
bonne restitution et, conséquemment, une bonne démultiplication. Six mois après ce
séjour au Canada, nous nous rendons sur place dans le cadre d’une mission d’évaluation
restitution a eu lieu. Toutefois, la documentation n’a été remise qu’à quelques formateurs
nous avoue, indirectement, qu’il n’a remis la documentation qu’aux formateurs de son
ethnie. Cette raison est également évoquée par les formateurs lésés. Après avoir essayé,
formateurs, nous recourons aux moyens de dissuasion plus contraignants. C’est ainsi
Cet exemple montre que la mentalité était la condition critique du succès de ce projet.
Elle doit donc être le socle sur lequel il faut asseoir le succès de tout projet de
163
développement. En effet, tous les éléments nécessaires à la réussite de ce projet étaient
réunis. La formation des formateurs, qui répondait à un besoin identifié par les
tout le personnel, était complétée. Il ne restait plus que la restitution pour terminer ce
projet. Cette restitution n’a pu se faire dans les conditions attendues à cause d’une
ethniques.
pilier d’une structure dont le premier est le changement de mentalité. Les deux piliers ont
développement endogène et autocentré qui est le deuxième niveau d’une structure dont le
professionnelle et le travail dans les économies à forte composante informelle est un réel
par exemple, en plus de faire l’objet d’un examen à la fin de chaque année d’études, les
des domaines concernés pour s’assurer que les nouvelles compétences requises sur le
marché du travail y soient rapidement intégrées. Ces professionnels sont recrutés par les
collèges sur la base de leur connaissance pratique et actuelle. Ils font partie des comités
composante formelle n’existent pas, en principe, parce qu’il n’y a pas de nouvelles
entreprises. Celles qui sont anciennes sont saturées et n’embauchent presque plus. La
situation actuelle est telle que les établissements de formation professionnelle offrent des
programmes qui ne répondent à aucun besoin. Ils larguent sur le marché du travail des
milliers de diplômés sans se soucier de leur avenir. Pour rompre avec ce cercle vicieux, il
faut procéder à une refonte de l’ensemble du système d’enseignement. Cette refonte doit
conduire, entre autres, à l’offre des programmes axés sur l’amélioration d’outils de
d’être des centres de répétition des leçons enseignées depuis des années et devenir de
expliquer que les outils actuels de production des paysans (houes, machettes, hache…)
soient encore les mêmes que ceux que les arrières grands-parents ont utilisés ? Pour
innover, les centres de formation doivent débarrasser les étudiants du démon de la peur.
sémantiques (précarité, désespoir, façon de vivre,…) que dans les classes (préoccupation
survie personnelle,…) des éléments sur lesquels une dynamique d’innovation 38 peut
émerger.
L’innovation dans cette perspective, se résume pour les acteurs à leur capacité de
proposer des nouvelles combinaisons ou des nouvelles façons de rendre plus
38
Il s’agit ici de l’innovation dont la dimension culturelle constitue le niveau intégrateur des dimensions
technologique, économique, sociale et politique (Fontan, 2011).
165
efficace le vivre–ensemble. Pour que cette nouvelle façon prenne racine dans les
comportements humains, pour qu’elle se culturalise, elle doit être reconnue,
acceptée/ou imposée ou adoptée par un nombre significatif d’individus. Elle doit
prendre la forme légitime d’un lé, d’un layon, d’un sentier, d’un chemin ou d’une
voie à suivre.( Fontan 2011, p. 14).
l’humilité. Ils sont à différencier de l’ingéniosité des acteurs de l’économie informelle qui
Bien-être
Collectif
Environnement Environnement
socio-économique socio-économique
Développement
endogène et
autocentré
Éducation,
formation et Changement
travail de mentalité
ÉLITE ÉLITE
166
Dans cette figure, les composantes et les niveaux sont interreliés et baignent dans un
environnement socio-économique complexe. L’élite est partie prenante dans les deux
piliers. L’appréhension d’une telle structure n’est possible qu’à l’intérieur du paradigme
de la complexité.
167
CONCLUSION GÉNÉRALE
Arrivé au terme de ce travail, voyons maintenant les résultats auxquels nous sommes
L’économie informelle occupe aujourd'hui une place importante dans les économies des
phénomène social qui fait l’objet d’une attention accrue de la recherche et des politiques
les plus récentes études sur cette économie s’articulent autour des quatre écoles de
pensée : l’école dualiste, l’école structuraliste, l’école légaliste et l’école parasitaire. Deux
pauvreté. Elle est l’objet d’études de plusieurs disciplines. Ces dernières mobilisent, plus
l’anti-utilitarisme.
de l’économie informelle auprès de l’élite dans les pays en développement. Ses résultats
permettront de mieux saisir la réalité de ces sociétés en vue de trouver des mécanismes
susceptibles de résoudre les problèmes spécifiques à ces sociétés et non en fonction des
168
critères dictés par des sociétés dites développées. Elles contribueront plus spécifiquement
Pour y parvenir, nous avons procédé en trois étapes. La première étape a porté sur le
identifier le cadre théorique le mieux indiqué pour atteindre les résultats escomptés. La
réalisation des entretiens, la compilation des données et l’interprétation des résultats ont
Le choix des fonctionnaires comme indicateurs était justifié, entre autres, par les trois
raisons suivantes :
• les fonctionnaires sont présents dans toutes les composantes du modèle classique
• ils sont juges et parties dans l’application de la législation qui interdit l’économie
informelle ;
Dans la deuxième étape de notre démarche, nous avons opté pour l’approche relationnelle
humaine, mais plutôt il rappelle que l’être humain est nécessairement socialisé dans un
est l’« émoraison ». Cette catégorie n’est pas en contradiction avec les quatre
l’originalité d’avoir inclus dans une seule analyse l’approche compréhensive de Weber
République démocratique du Congo, et ce, pour les trois principales raisons suivantes :
francophonie internationale ;
les activités professionnelles sont très proches de l’application des lois qui
économique ;
170
• et de faire trois types d’analyse : la classification des énoncés en catégories, la
Ces analyses ont démontré, entre autres, que l’approche relationnelle peut être utilisée
Cette contribution mérite, toutefois, d’être inscrite dans les limites géographiques de
171
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