Systèmes Différentiels en Mathématiques
Systèmes Différentiels en Mathématiques
Mourad ABOUZAID
ISABTP 4e année
2019-2020
version enseignant
1 Systèmes différentiels 5
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.1.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.1.2 Courbes intégrales et portrait de phase . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.3 Problème de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2 Systèmes différentiels linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.1 Définitions et représentation matricielle . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.2 Structure de l’ensemble des solutions . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.3 Matrice résolvante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.4 Système linéaires à coefficients constants . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.2.5 Classification des portraits de phases (systèmes linéaires 2 × 2) . . . 15
1.3 Étude qualitative des systèmes autonomes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3.1 Systèmes autonomes et champs de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3.2 Points d’équilibre est stabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.3.3 Linéarisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.3.4 Cycles limites et attracteurs étranges . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3
4 TABLE DES MATIÈRES
Systèmes différentiels
Introduction
Les équations différentielles et les équations aux dérivées partielles sont au cœur de la
modélisation des phénomènes physiques.
L’étude théorique et pratique de ces équations et des systèmes associés a pour cela
rapidement constitué une part importantes des mathématiques modernes. Ces études on
en particulier produit de nombreuses méthodes d’études qualitatives et quantitatives pour
ce type de problèmes, ainsi que des méthodes de résolution approchées, spécifiquement
développées pour pouvoir être confiées à un ordinateur.
Dans les années précédentes, nous avons étudié différentes méthodes d’études pour les
équations différentielles (méthodes avant tout basées sur une classification rigoureuse de
ce type d’équations).
Le but de ce chapitre est de présenter les résultats spécifiques aux systèmes différen-
tiel, i.e. aux systèmes de plusieurs équations différentielles, portant sur un ensemble de
fonctions d’une même variable.
Nous verrons en particulier que de nombreux résultats théoriques vus pour les équa-
tions seules restent valables pour les systèmes différentiels.
Dans un second temps, nous présenterons des méthodes d’étude qualitative de sys-
tèmes plus généraux : les systèmes autonomes.
5
6 CHAPITRE 1. SYSTÈMES DIFFÉRENTIELS
1.1 Généralités
1.1.1 Définitions
Formellement, une équations différentielle est une équation liant une fonction d’une
variable réelle à ses dérivées. D’autre part, on appelle système différentiel la donnée d’un
ensemble d’équations différentielles, liant entre elles différentes fonctions d’une même va-
riable réelle et leurs dérivées. Précisément,
Soit n ∈ N∗ .
1. On appelle équation différentielle d’ordre n, portant sur une fonction y d’une va-
riable t, toute équations de la forme
Dans le cas d’un système linéaire, il s’agit précisément de déterminer l’ensemble des
p-uplets de fonctions (y1 , . . . , yp ) qui vérifient l’ensemble des équations différentielles du
système.
Comme dans le cas d’une équations seule, la première étape permettant la mise en
place de méthodes d’étude consiste en une classification des différents types de systèmes
différentiels.
1.1. GÉNÉRALITÉS 7
Ainsi, comme dans le cas d’une seule équation, on peut distinguer les systèmes diffé-
rentiels en fonction de leur ordre, i.e. la plus haute dérivée intervenant dans ses équations.
Cependant, la proposition ci-dessous permet de transformer n’importe quel système diffé-
rentiel en un système d’ordre 1, quitte à augmenter le nombre d’équations et d’inconnues :
Proposition
En posant
y1 = y
y2 = y 0
..
.
y = y (n−1)
n
toute solution de (E) peut être associée à une et une seule solution du système
0
y1
= y2
0
y2 = y3
(S) : ..
.
y0
= yn
yn−1
0
n = ϕ(y1 , y2 , . . . , yn , t)
Ce résultat s’étendant aux équations d’ordre n > 1 issues d’un système, nous pourrons
nous contenter, dans la suite, d’étudier les systèmes différentiels d’ordre 1 :
y10 = ϕ1 (y1 , . . . , yp , t)
y 0 = ϕ2 (y1 , . . . , yp , t)
2
(S) : ..
.
y 0 = ϕ (y , . . . , y , t)
p p 1 p
Y : R −→ Rp
t 7−→ (y1 (t), . . . , yp (t)
on peut construire une forme vectorielle pour le système (S) ci-dessus sous la forme
(S) ⇐⇒ Y 0 = F (Y, t)
8 CHAPITRE 1. SYSTÈMES DIFFÉRENTIELS
Toute solution de (S) est alors un couple de fonctions (x, y) dépendant d’une même
variable t et définie sur un intervalle I ⊂ R. En se plaçant dans le plan muni d’un repère
(orthonormé), on peut alors représenter une telle solution par l’ensemble
Les fonctions x et y étant continues, cet ensemble est une courbe du plan appelée
courbe intégrale du système (S) ou trajectoire de (S).
Enfin, dans ce cas, l’ensemble des solutions de (S) peut être représenté par une famille
de courbes formant le portrait de phase du système (S).
Note : dans le cas p = 3, chaque solution de (S) peut être associée à une courbe
de l’espace muni d’un repère. L’ensemble de ces courbes forme, là encore, le portrait de
phase de (S). Enfin, bien que l’on n’ait plus accès à l’outil géométrique, il est formelle-
ment possible de définir les courbes intégrales et le portrait de phase pour des systèmes
différentiels de toutes tailles.
Note : via l’écriture vectoriel du système (S), l’ensemble des conditions initiales
peuvent se donner sous la forme Y (t0 ) = Y0 ∈ Rp fixé.
Théorème
D’un point de vue géométrique, cela signifie qu’en chaque point Y0 ∈ Rp passe une
et une seule courbe intégrale. Autrement dit, dans le portrait de phase d’un système
différentiel, les courbes intégrales ne peuvent se couper.
Définition
1. Un système différentiel est dit linéaire si chacune des fonctions ϕi qui le définie est
linéaire :
0
y1 = a11 (t)y1 + a12 (t)y2 + . . . + a1n (t)yn + b1 (t)
(S) : .. .. ..
. . .
y 0 = a (t)y + a (t)y + . . . + a (t)y + b (t)
p p1 1 p2 2 pp p p
Le caractère linéaire d’un tel système permet alors d’en donner une représentation
sous la forme d’une matricielle. Précisément, avec les notations ci-dessus, en notant
a11 (t) a12 (t) · · · a1p (t)
y1 (t) b 1 (t)
.. , A(t) = a21 (t) a22 (t) · · · a2n (t) .
Y (t) = , B(t) = ..
. .. ..
. .
yp (t) bp (t)
ap1 (t) ap2 (t) · · · app (t)
on a
10 CHAPITRE 1. SYSTÈMES DIFFÉRENTIELS
Soient
(S) : Y 0 = A(t)Y + B(t) et (H) : Y 0 = A(t)Y
un système différentiel linéaire et son système homogène associé.
2. Si Yp est une solution de (S), pour toute solution Yh de (H), la fonction vectorielle
Exercice : à démontrer.
2. L’ensemble Σ des solutions d’un système différentiel quelconque est un espace af-
fine, dirigé par l’ensemble Σh des solutions du système homogène associé.
On peut en outre montrer que ces espaces sont de dimension p, soit le nombre d’in-
connue du système. En pratique cela signifie que
p
( )
X
= Y : t 7−→ αk .Yk (t), αk ∈ R
k=1
2. Si Yp est solution d’un système différentiel linéaire (H), l’ensemble Σ des solutions
de (S) est
Autrement dit,
1. Pour résoudre un système différentiel linéaire et homogène à p inconnues, on doit
déterminer p solutions vectorielles Y1 , . . . , Yp indépendantes.
On va voir dans la suite comment, dans le cas d’un système linéaire homogène à co-
efficients constants Y 0 = AY (avec A ∈ Mn (R)), il peut être possible de construire p
solutions d’un système homogène à l’aide des éléments propres (i.e. valeurs propres et
vecteurs propres) de la matrice A.
Dans le cas d’un système non homogène, la recherche d’une solution particulière Yp
est, en général, un problème compliqué. Bien qu’il existe quelques méthodes spécifiques à
certains types de second membre, la détermination d’une solution particulière s’appuie le
plus souvent sur le problème physique dont est issue le système étudié.
on a
α1
.. p
Σh = Y : t 7−→ M (t) × C, C = . ∈ R
αp
On peut montrer qu’il existe alors une unique matrice R(t) carrée à p lignes telle que
l’unique solution du problème de Cauchy (H) + (C.I.) soit
Y : t 7−→ R(t) × Y0
En pratique, on peut montrer que si M (t) est une matrice de solutions de base, alors
Y (0) = Y0 ⇐⇒ M (0) × C = Y0
⇐⇒ C = M (0)−1 × Y0
On a alors
La matrice A de ce système est alors une matrice à coefficients réels (ou complexes) et,
comme annoncé plus haut, il est possible de construire des solutions de (H) en s’appuyant
sur les éléments propres de A.
Rappels : soit A une matrice carrée à p lignes. On appelle vecteur propre de A tout
vecteur V ∈ Rp tel que
V 6= 0 et ∃λ ∈ R / A × V = λ.V
Mais alors, si A est la matrice d’un système différentiel linéaire, homogène à coefficients
constants, pour tout vecteur propre V ∈ Rp de A, en notant λ la valeur propre associée à
V , la fonction vectorielle
Y : t 7−→ eλt .V
Y 0 (t) = λ.eλt .V
et
p
( )
X
Σh = Y : t 7−→ αk .eλk t Vk , αk ∈ R
k=1
Note : avec les notations du paragraphe précédent, la matrice M (t) est ici
λt λp t
e V1 · · · e Vp
M (t) = 1
Y1 : t 7→ eλt Z et Y2 : t 7→ eλt Z
Cependant, on peut montrer que dans la base de solutions, on peut remplacer ces deux
solutions par
dont les coefficients sont réels et s’expriment à l’aide des fonctions trigonométriques
sinus et cosinus.
0 −1
A=
1 0
1.2. SYSTÈMES DIFFÉRENTIELS LINÉAIRES 15
Y : t 7→ eλt X
est encore une solution du système, mais A ne possède pas assez de vecteurs propres in-
dépendants pour pouvoir extraire n fonctions vectorielles de base.
• L’algèbre linéaire montre qu’il est possible d’associer à A une matrice triangulaire
supérieure dont les termes diagonaux sont les valeurs propres de A et dont seuls
quelques coefficient de la surdiagonale sont non nuls et peuvent être pris égaux à
1. Il est alors possible de calculer directement la résolvante R(t) = eAt du système
en généralisant la notion d’exponentielle aux matrices à l’aide de la formule
+∞
M
X 1 n
e = M
n=0
n!
Ainsi,
λ1 , λ2 > 0 λ1 , λ2 < 0
y y
x x
phénomènes tournants :
y y y
x x x
(S) : Y 0 = F (Y )
F : Rp −→ Rp
X = (x1 , . . . , xp ) 7−→ F (X) = (f1 (X), . . . , fp (X))
18 CHAPITRE 1. SYSTÈMES DIFFÉRENTIELS
On peut alors montrer que, d’un point de vue géométrique, il existe un lien fort entre
les vecteurs du champ F et les courbes intégrales du portrait de phase de l’équation (S).
Précisément, en chaque point X = (x1 , . . . , xp ) ∈ Rp , le vecteur F (X) est tangent à la
courbe intégrale de (S) passant par X.
F : Rp −→ Rp
X 7−→ (f1 (X) . . . , fp (X))
On appelle point d’équilibre de (S), ou point fixe de (S) tout vecteur X ∗ ∈ Rp tel que
D’un point de vue théorique, il est clair que les points d’équilibre d’un système auto-
nome (S) correspondent à ses solutions constantes.
Nous verrons en particulier qu’il est possible d’établir une classification des points
d’équilibre d’un système différentiel autonome en fonction du comportement asympto-
tique des solutions voisines de ces points fixes.
1.3. ÉTUDE QUALITATIVE DES SYSTÈMES AUTONOMES 19
1. X ∗ est dit stable si toute solution de (S) passant “proche” de X ∗ reste proche de X ∗ .
Notes :
• Un point d’équilibre X ∗ qui n’est pas stable est dit instable. Dans ce cas, les solu-
tions de (S) passant proche de X ∗ ont tendance à s’éloigner de X ∗ .
• Il existe une définition plus rigoureuse de la notion de stabilité, basée sur la notion
de voisinage dans Rp .
1.3.3 Linéarisation
Si (S) : Y 0 = F (Y ) n’est pas un système linéaire, il n’est en général pas possible de
déterminer de façon explicite les solutions de (S). Cependant, si l’on parvient à détermi-
ner les points d’équilibre de (S), il est possible (comme cela a été annoncé) d’effectuer
une étude qualitative des solutions de (S) en étudiant de prêt le champ de vecteurs F au
voisinage de ses points fixes.
∂fi ∗
∇(F )(X ∗ ) =
(X )
∂xj
Au voisinage de X ∗ (i.e. tant que Y (t) − X ∗ reste petit), les courbes intégrales de (S)
sont proches des courbes intégrales du système linéaire à coefficients constants
Exemple : soit
x0 = (1 − y)x
(S) :
y 0 = −(1 − x)y
Le champ de vecteurs F associé à (S) est
F : R2 −→ R2
(x, y) 7−→ ((1 − y)x, −(1 − x)y)
Introduction
Formellement, il n’existe que peu d’équations différentielles que l’on sait résoudre de
façon exacte. Elles sont en général issue de problèmes simplifiés, qui permettent une pre-
mière approche du problème étudié.
Pour une étude plus poussée, on doit se rabattre sur des méthodes de résolution ap-
prochée.
Les méthodes que l’on va exposer ici ont été étudiées et développées au XVIIIième
siècle (par Euler, notamment) mais ont connu un essor important depuis l’apparition des
calculateurs.
L’étude théorique de ces méthodes consiste d’abord à déterminer les processus mathé-
matiques permettant d’aboutir au résultat voulu puis à déterminer des critères permettant
d’évaluer la qualité de ces méthodes.
21
22CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Il est alors possible d’approcher la solution y cherchée, sous la forme d’un nuage de
points (ti , yi ) ∈ R2 tels que
On a alors
h2 00 hn
y(t + h) = y(t) + h.y 0 (t) + y (t) + ... + y (n) (t) + O(hn+1 )
2 n!
y(t + h) − f (t)
⇒ y 0 (t) = + O(h)
h
Cette formule est donc appelée différence finie d’ordre 1, décentrée à droite.
y(t + h) − y(t)
y 0 (t) ≈
h
f (x) − f (x − h)
⇒ f 0 (x) = + O(h)
h
24CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
h2 00
(1) : f (x + h) = f (x) + h.f 0 (x) + .f (x) + O(h3 )
2
h2 00
(2) : f (x − h) = f (x) − h.f 0 (x) + .f (x) + O(h3 )
2
f (x + h) − f (x − h)
(1) − (2) ⇒ f 0 (x) = + O(h2 )
2h
On obtient ainsi une approximation plus précise de la dérivée f 0 (x), que l’on peut là
encore illustrer graphiquement :
2.3. APPLICATION À LA RÉSOLUTION DES EDO 25
Enfin, les formules (1) et (2) ci-dessus permettent également d’obtenir une approxi-
mation pour la dérivée seconde f 00 (x) :
f (x + h) − 2f (x) + f (x − h)
(1) + (2) ⇒ f 00 (x) = + O(h2 )
h2
Note : d’un point de vue théorique, il est bien entendu possible de généraliser ces
approximation à tous ordre. Cependant, il est rare que l’on ait besoin d’appliquer ces
méthodes aux ordres supérieurs à 2.
y(ti+1 ) − y(ti )
≈ f (ti , y(ti )) ⇐⇒ y(ti+1 ) ≈ y(ti ) + h.f (ti , y(ti ))
h
26CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Exemples :
1. Soit
y 0 = 2y
(P1 ) :
y(0) = 1
dont l’unique solution est
y : t 7−→ e2t
La méthode d’Euler, appliqué sur l’intervalle [0, 2], découpé en n = 10 intervalles
réguliers donne le graphe ci-dessous.
40
30
20
10
0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2 1.4 1.6 1.8 2.0
2. Soit
y 0 = 2(1 − y)
(P2 ) :
y(0) = 0
dont l’unique solution est
y : t 7−→ 1 − e−2t
La méthode d’Euler, appliqué sur l’intervalle [0, 2], découpé en n = 10 intervalles
réguliers donne le graphe ci-dessous.
2.3. APPLICATION À LA RÉSOLUTION DES EDO 27
0.8
0.6
0.4
0.2
Solution exacte
0.0 Solution approchee
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2 1.4 1.6 1.8 2.0
3. Soit
y 0 = −2ty
(P3 ) :
y(0) = 1
dont l’unique solution est
2
y : t 7−→ e−t
0.8
0.6
0.4
0.2
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2 1.4 1.6 1.8 2.0
• la suite
yi+1 = yi + h.ϕ(ti , yi , h)
vérifie
Convergence
Sur les exemples ci-dessus, on constate que, bien que l’allure de la courbe soit glo-
balement respectée, certaines approximations sont meilleures que d’autres, pour le même
intervalle et le même pas de temps.
À l’aide des outils de l’analyse, il est alors possible d’étudier la qualité des approxi-
mations obtenues.
2.3. APPLICATION À LA RÉSOLUTION DES EDO 29
Définition (convergence)
lim ε(n) = 0
n → +∞
h→0
Exemple : soit
y 0 = 2y
(P1 ) :
y(0) = 1
Le schéma d’Euler explicite appliqué pour différentes valeurs de n produit les approxi-
mations suivantes :
Methode d'Euler à différents pas de temps
Solution exacte
25 n = 10, h = 0.2
n = 20, h = 0.1
n = 50, h = 0.04
20 n = 100, h = 0.02
15
10
0
0.00 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00
Consistance et stabilité
D’un point de vue pratique, les erreurs locales apparaissant dans un schéma numérique
(i.e. la différence entre les valeurs calculées yi et les valeurs souhaitées y(ti )) sont issues
30CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
de deux sources :
2. Les erreurs numériques, issues de l’incertitude inhérente à tout calcul effectué par
un ordinateur.
Définition (Consistance)
yi+1 = yi + h.ϕ(ti , yi , h)
3. Le schéma numérique est alors dit consistant si, pour toute solution y de l’équation
différentielle y 0 = f (t, y), on a
Par ailleurs, un schéma numérique est dit stable si une petite perturbation dans lors
des calculs successifs ne conduit pas à une divergence de la méthode, malgré son caractère
consistant. Précisément,
2.3. APPLICATION À LA RÉSOLUTION DES EDO 31
Définition (stabilité)
Un schéma numérique, associé à une fonction ϕ, est dit stable s’il existe une constante
S (appelée constante de stabilité) telle que pour toutes suites (yn ) et (ỹn ) vérifiant les
relations
yi+1 = yi + h.ϕ(ti , yi , h)
ỹi+1 = ỹi + h.ϕ(ti , ỹi , h) + δi
on a !
Xn
max |yi − ỹi | 6 S |y0 − ỹ0 | + |δi |
i∈{0,...,n}
i=0
Conditions de convergence
Considérons un schéma numérique construit sur une relation de récurrence de la forme
yi+1 = yi + h.ϕ(ti , yi , h)
appliqué à une équation différentielle
(E) : y 0 = f (t, y)
On peut montrer qu’un tel schéma, appliqué à la résolution de (E) est consistant si et
seulement si
ϕ(t, y, 0) = f (t, y)
C’est en particulier le cas pour le schéma d’Euler explicite puisque dans ce schéma,
on a
ϕ(t, y, h) = f (t, y) ∀h > 0
On peut également montrer qu’un tel schéma, appliqué à (E) est stable sur l’inter-
valle [0, Tmax ] si ϕ est lipschitzienne en y, i.e. il existe une constante L > 0, dite constante
de Lipschitz telle que
∀(x, y), |ϕ(t, x, h) − ϕ(t, y, h| 6 L.|x − y|
Dans ce cas, la constante de stabilité est
S = [Link]
Note : le caractère lipschitzien induit, en pratique, une contrainte sur les variations
de la fonction ϕ, relativement à la variable y. Cette condition est en réalité la condition
principale à l’existence et l’unicité d’une solution au problème de Cauchy. Cette condition
n’apporte donc pas de contrainte supplémentaire dans le cadre qui nous occupe.
D’autre part on peut noter que si ϕ est continue par rapport à chacune de ses variables,
le fait de travailler sur un intervalle fermé borné de la forme [0, Tmax ] induit automatique-
ment le caractère lipschitzien de ϕ.
32CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
Enfin, notons que toutes ces notions sont bien cohérentes avec la notion de convergence
(qui est en définitive la seule condition qui importe) via le théorème suivant :
Théorème (Convergence d’un schéma numérique)
L’un des rôles des mathématiques dans cette modélisation consiste à donner des outils
de résolution pour ce type d’équations.
Cela passe, comme à chaque fois, par une étude théorique des EDP, permettant dans
un premier temps d’établir différentes classifications, correspondant aux différents types
d’équations que l’on peut obtenir grâce aux lois de la physique.
Dans le cas des équations aux dérivées partielles, il n’existe en réalité que très peu
d’équations que l’on sait résoudre de façon exacte. Cependant, les efforts de classification
ont tout de même permis de mettre en évidence certains liens théorique existant entre
différents phénomènes physiques à priori indépendants.
Par ailleurs, cette classification se retrouve également dans les méthodes de résolution
approchée, qui font l’objet principal de ce cours.
Notation : soit u une fonction dépendant des variables (x, y, z, t, ...). Pour alléger les
notations, on notera
33
34CHAPITRE 3. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES
∂u ∂ 2u ∂ 2u ∂ 2u
ux = , utt = , uxy = = ,...
∂x ∂t2 ∂x∂y ∂y∂x
Parmi les caractéristiques principales d’une EDP, on appelle ordre d’une EDP la plus
haute dérivée partielle intervenant dans l’équation. Les lois de la physique produisent en
général des équations d’ordre 2 (via notamment le Laplacien).
Comme dans le cas des équations différentielles ordinaires (EDO), on distingue éga-
lement les EDP linéaires, i.e. linéaires en l’inconnue u et ses dérivées. Une EDP linéaire
sera de plus dite à coefficients constants si les coefficients de la combinaison linéaire (qui
en toute généralité peuvent dépendre des inconnues du problème) sont des réels fixés.
On a vu dans les années précédentes qu’il existait des méthodes de résolution spéci-
fiques aux EDP linéaires d’ordre 1 à coefficients constants. Il est parfois possible d’étendre
ces techniques à certaines EDP linéaires (toujours d’ordre 1) à coefficients non constants.
Dans la suite, on verra que le caractère linéaire des EDP auxquelles on appliquera les
méthodes de résolution approchée est fondamental pour la mise en œuvre de ces méthodes.
uxx + uyy = 0 ⇐⇒ ∆u = 0
Elle apparaît dans tous les domaines de la physique. Ainsi, si u représente une
distribution de chaleur dans un domaine 2D, cette équation régit par exemple la
répartition de chaleur dans le domaine, une fois l’équilibre atteint.
1D : ut = α2 uxx
2D : ut = α2 (uxx + uyy )
ut = ∆u
∆u = f (x, y, z)
Notes :
• Hormis la dernières, toutes les équations ci-dessus sont homogènes. Le terme f (x, y, z)
de l’équation de Poisson est appelé second membre de l’équation. Dans la modé-
lisation, il correspond en général à un apport extérieur au système, au cours de
l’expérience.
• Bien que formellement, toutes les variables d’un problème soient équivalentes, on
peut, d’un point de vue physique, distinguer les variables d’espace (x, y, z) de la
variable de temps (t). Cette distinction permet en particulier de distinguer deux
types de problèmes :
On verra dans la suite que l’on retrouve cette distinction dans les différentes mé-
thodes de résolution approchée. On verra également réapparaître cette distinction
lorsque l’on évoquera les notions de conditions limites et/ou conditions initiales.
Par analogie avec les polynômes de degré 2 en deux variable et la classification des
formes quadratiques, on peut classer ces équations aux dérivées partielles en fonction des
coefficients A, B et C. Précisément,
Outre qu’il existe différentes méthodes de résolution liées à cette classification, chaque
type d’équation peut également être associé à une classe de problèmes physiques ana-
logues :
Ces conditions limites peuvent être de trois types différents selon le problème étudié :
∂u
(t, L) = vL (t) ∀t > 0
∂x
∂u
∀X0 ∈ ∂D, ∀t > 0, a.u(t, X0 ) + b. (t, X0 ) = u0 (t)
∂n
38CHAPITRE 3. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES
Par ailleurs, dans le cas d’un problème dynamique (i.e. dépendant du temps t), on peut
également ajouter des conditions initiales, donnant l’état général du système au début de
l’expérience (i.e. à t = 0).
Dans ce cas, la nature de ces conditions initiales dépendent alors de l’ordre de la plus
haute dérivée temporelle (ut , utt , etc) intervenant dans l’équation :
L’objectif est ici de présenter la méthode des différences finies, permettant de trans-
former une EDP donnée en un ensemble de systèmes d’équations algébriques.
Le cœur de la méthode est basé sur une approximation de la notion de dérivée à l’aide
de la formule de Taylor : soient
• un “décalage” h > 0.
On a alors
h2 00 hn
f (x + h) = f (x) + h.f 0 (x) + f (x) + ... + f (n) (x) + O(hn+1 )
2 n!
f (x + h) − f (x)
⇒ Dérivée première décentrée à droite : f 0 (x) = + O(h)
h
f (x) − f (x − h)
⇒ Dérivée première décentrée à gauche : f 0 (x) = + O(h)
h
40CHAPITRE 3. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES
h2 00
(1) : f (x + h) = f (x) + h.f 0 (x) + .f (x) + O(h3 )
2
h2 00
(2) : f (x − h) = f (x) − h.f 0 (x) + .f (x) + O(h3 )
2
f (x + h) − f (x − h)
(1) − (2) ⇒ f 0 (x) = + O(h2 )
2h
On obtient ainsi une approximation plus précise de la dérivée f 0 (x), que l’on peut là
encore illustrer graphiquement :
Enfin, les formules (1) et (2) ci-dessus permettent également d’obtenir une approxi-
mation pour la dérivée seconde f 00 (x) :
3.3. ILLUSTRATIONS DE LA MÉTHODE DES DIFFÉRENCES FINIES 41
f (x + h) − 2f (x) + f (x − h)
(1) + (2) ⇒ f 00 (x) = + O(h2 )
h2
D’autre part, il est également possible d’adapter rapidement ces formules aux dérivées
partielles de fonctions de plusieurs variables. Ainsi, si u est une fonction de deux variables
(x, y), on a
∂u u(x + h, y) − u(x, y)
(x, y) = ux (x, y) ≈
∂x h
u(x, y + k) − u(x, y)
uy (x, y) ≈
k
u(x + h, y) − 2u(x, y) + u(x − h, y)
uxx (x, y) ≈
h2
u(x, y + k) − 2u(x, y) + u(x, y + k)
uyy (x, y) ≈
k2
etc...
On souhaite dans cet exemple résoudre l’équation de la chaleur stationnaire sur un do-
maine carré D du plan, sous des conditions limites de Dirichlet. Précisément, considérons
le carré [0, 1]2 du plan muni d’un repère (xOy).
42CHAPITRE 3. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES
y
u(x, 1) = 0
1
u(1, y) = 0
u(0, y) = 0
∆u(x, y) = 0
0 x
0 u(x, 0) = sin(πx) 1
On souhaite connaître la température u(x, y) en tout point (x, y) ∈ D une fois l’équi-
libre atteint. Cette distribution de température est déterminée par
Discrétisation du problème
Faute de pouvoir obtenir explicitement la fonction u, on remplace le calcul exacte en
chaque point du domaine D par un calcul (approché) en un nombre fini de points (xj , yi ).
1
h =
p
(p ∈ N∗ fixé).
M = {(xj , yi ), 0 6 i 6 n, 0 6 j 6 p}
44CHAPITRE 3. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES
y
yn
(xj , yi )
yi
(x1 , y1 )
y1
y0 x
x0 x1 xj xp
y
un0
ui + 1, j
ui − 1, j
u11
u10
x
u00 u01 u0j u0p
Les conditions limites donnent les valeurs exactes de la température en chacun des 2n + 2p
points situés aux bords de D :
3.3. ILLUSTRATIONS DE LA MÉTHODE DES DIFFÉRENCES FINIES 45
y
un1 unj unp
un0
ui0 uip
u10 u1p
x
u00 u01 u0j u0p
Par ailleurs, les approximations des différentes dérivées partielles de u à l’aide des
formules de différences divisées permettent de traduire l’équation ∆u = 0 en un système
d’équations linéaire portant sur les valeurs uij cherchées. En effet, en tout point (x, y) ∈ D,
on a
u(x + h, y) − 2u(x, y) + u(x − h, y)
uxx (x, y) ≈
h2
u(x, y + k) − 2u(x, y) + u(x, y − k)
uyy (x, y) ≈
k2
Aux points du maillage intérieurs au domaine D, on a donc, pour tout i ∈ {1, . . . , n − 1}
et pour tout j ∈ {1, . . . , p − 1} :
uxx (xj , yi ) ≈ ui,j+1 − 2uij + ui,j−1
h2
u − 2uij + ui−1,j
uyy (xj , yi ) ≈ i+1,j
k2
46CHAPITRE 3. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES
et
Dans la suite, on prendra n = p (et donc h = k) afin de simplifier les formules. Les
équations du système linéaires sont donc
Note : dans le système ci-dessus, on note que chaque équation (Eij ) peut être associée
au point (xj , yi ) du maillage et fait intervenir la température uij en ce point ainsi que les
températures aux quatre points les plus proches. On peut alors noter que
Cela traduit le fait qu’à l’équilibre, la température en chaque point du maillage est
égale à la moyenne des températures aux quatre points du maillage les plus proches.
3.3. ILLUSTRATIONS DE LA MÉTHODE DES DIFFÉRENCES FINIES 47
y
un1 unj unp
un0
ui + 1, j
ui − 1, j
u10 u1p
x
u00 u01 u0j u0p
Pour terminer la résolution approchée du problème étudié, il reste à déterminer les ma-
trices du système linéaire (S) : M U = B correspondant aux équations (Eij ) obtenues lors
de la discrétisation. Le système portant sur (n − 1)2 inconnues liées par (n − 1)2 équations,
2
la matrice M est carrée à (n−1)2 lignes et les vecteurs U et B sont des vecteurs de R(n−1) .
y
u31 u32 u33
u30
u21 u22
u20 u23
u11 u12
u10 u13
x
u00 u01 u02 u03
• En (x1 , y1 ) :
• En (x2 , y1 ) :
• En (x1 , y2 ) :
• En (x2 , y2 ) :
On peut alors trier ce système linéaire de quatre équations portant sur les quatre
inconnues (u11 , u12 , u21 , u22 ) :
−4u11 + u12 + u21 = −u01 − u10
u11 − 4u12 + u22 = −u02 − u13
(S) ⇔
u11 − 4u21 + u22 = −u20 − u31
u12 + u21 − 4u22 = −u23 − u32
sin π3
−4 1 1 0 u11
1 −4 2π
0 1 u12 = − sin 3
⇔
forme matricielle 1 0 −4 1 u21 0
0 1 1 −4 u22 0
| {z }| {z } | {z }
M U B
y
u31 u32 u33
u30
u21 u22
u20 u23
u11 u12
u10 u13
x
u00 u01 u02 u03
Dans le cas général (i.e. pour n ∈ N>2 quelconque), le même procédé produit un sys-
tème linéaire M U = B similaire, de taille (n − 1)2 où
u11
u12
..
.
u1,n−1
u21
u22
..
2
U = − . ∈ R(n−1)
u2,n−1
..
.
un−1,1
un−1,2
..
.
un−1,n−1
Notes :
• La matrice M du système à inverser est creuse (i.e. elle contient de très nombreux
zéros). L’utilisation d’algorithmes de résolution spécifique à ce type de matrice per-
met de réduire considérablement le nombre d’opérations nécessaires à son inversion
et permet ainsi de gagner en précision.
• Si l’on remplace les conditions limites de Dirichlet par des conditions de Neumann
3.3. ILLUSTRATIONS DE LA MÉTHODE DES DIFFÉRENCES FINIES 51
∂u
de la forme ∂n = Cste, on doit approcher ces dérivées normales par des diffé-
rences finies (décentrée) faisant là encore intervenir les températures aux points
du maillage. On ajoute ainsi au système autant d’équations que nécessaires ; ce
qui modifie quelque peut la matrice M , le second membre B ainsi que le vecteur
inconnue U .
∆u = f (x, y)
Les valeurs de f aux points du maillage (i.e. les valeurs fij = f (xj , yi ) connues)
apparaissent alors dans le second membre B du système ci-dessus.
52CHAPITRE 3. RÉSOLUTION NUMÉRIQUES D’ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES
t
• L’équation de la chaleur 1D :
u(1, t) = 1
u(0, t) = 1
∀t > 0, u(0, t) = u(1, t) = 1 ut (x, t) = ∆u(x, y)
• Les conditions initiales :
0 x
0 u(x, 0) = 0 1
Discrétisation du domaine
Là encore, la résolution approchée à l’aide des différences finies commence par une
discrétisation du domaine de résolution. Pour cela, on commence par découper l’inter-
valle [0, 1] en n intervalles de même longueur h = n1 . On obtient ainsi n + 1 abscisses
distinctes
xj = j.h, j ∈ {0, . . . , n}
ti = i.k, k∈N
ui0 uin
h
©
©
k
u10 u1n
x
u00 u01 u0j u0n
∀i ∈ N, ui0 = uin = 1
En exprimant les dérivées partielles de u à l’aide des différences finies, on peut alors
discrétiser l’équation de la chaleur, à l’image de ce que l’on a fait dans le cas stationnaire.
Cependant, dans le cas instationnaire, il existe différentes méthodes de discrétisation.
La méthode explicite est basée sur une approximation de la dérivée première ut par
une différence finie décentrée à droite (et la différence finie d’ordre 2 pour uxx ) :
u(x, t + k) − u(x, t)
∀(x, t), ut (x, t) ≈
k
u(x − h, t) − 2u(x, t) + u(x + h, t)
uxx (x, t) ≈
h2
k
⇐⇒ ui+1,j = uij + (ui,j−1 − 2uij + ui,j+1 )
h2
k
où δ= .
h2
Cette mise en équation permet de montrer que la température en un point xj au
temps ti+1 = ti + ∆t dépend de la température aux points xj−1 , xj et xj+1 au temps ti :
t
ui + 1, j
u10 u1n
x
u00 u01 u0j u0n
Les conditions initiales donnant la température en chaque point à l’instant t = 0, on
peut ainsi calculer, par récurrence, la température en tout point en tout temps.
Formellement, on peut alors représenter l’ensemble des équations (Eij ) sous la forme
d’équations vectorielles. Précisément, à i ∈ N fixé, on note
ui1
Ui = ... ∈ Rn−1
ui,n−1
3.3. ILLUSTRATIONS DE LA MÉTHODE DES DIFFÉRENCES FINIES 55
Les conditions initiales donnent alors la valeur du vecteur U0 et l’ensemble des équa-
tions {(Eij ), j ∈ {1, . . . , n − 1}} se traduit alors sous la forme d’une relation de récur-
rence matricielle, à l’aide de laquelle on peut calculer les vecteurs Ui de proche en proche :
Ui+1 = Mδ × Ui + Vi
où
1 − 2δ δ 0 ··· 0
ui0
.. ..
δ 1 − 2δ δ . . 0
Mδ = ... ... ...
et Vi = δ.
..
0 0
.
.. .. .. ..
. . .
0
. δ
0 ··· 0 δ 1 − 2δ uin
D’un point de vue qualitatif, la méthode ci-dessus étant issue des différences finies, on
peut l’erreur théorique εij à chaque pas de temps ti , au point xj vérifie
εij = O(k + h2 )
• D’ordre 2 en espace.
Cependant, bien que naturelle et relativement simple à mettre en œuvre, elle peut être
particulièrement instable.
Précisément, on peut montrer que, pour éviter que les erreurs de calculs issus des
approximations numériques, le paramètre δ vérifie δ 6 12 . Ainsi, il faut que
1
Condition CFL : k 6 h2
2
ui0
ui1
0
En posant comme dans la méthode explicite Ui = .. ..
et Vi = δ. , on
. .
u1,n−1 0
uin
rassemble l’ensemble de ces équations en un système vectoriel
où
1 + 2δ −δ 0 ··· 0
. ..
−δ 1 + 2δ −δ . . .
M−δ
= ... ...
0 −δ 0
.. .. .. ..
. . . . −δ
0 ··· 0 −δ 1 + 2δ
On peut alors, comme dans le cas explicite, déterminer les températures au temps ti+1
à partir des températures au temps ti et des conditions limites, au prix ici de l’inversion
de la matrice M−δ . Du point de vue de l’efficacité, le coup de cette matrice est largement
compensé par la possibilité d’augmenter le pas de temps k (pour un même pas d’espace
h). On peut en particulier s’affranchir de la contrainte k 6 12 h2 .
Notons que là encore, la méthode est, d’un point de vue théorique, d’ordre 1 en temps
3.3. ILLUSTRATIONS DE LA MÉTHODE DES DIFFÉRENCES FINIES 57
et d’ordre 2 en espace.
δ δ δ δ
− .ui+1,j+1 + (1 + δ)ui+1,j − .ui+1,j−1 = .ui,j+1 + (1 − δ) .uij + .ui,j−1
2 2 2 2
1
M− δ × Ui+1 = M δ × Ui + (Vi + Vi+1 )
2 2 2
où les matrices Mδ et Vi ont été définies aux paragraphes précédents.
L’une d’entre elle (dite par séparation des variable), basée sur la recherche de solutions
de la forme
u(x, t) = X(x).T (t)
permet par exemple de résoudre l’équation de la chaleur 1D instationnaire sous des condi-
tions limites linéaires et homogènes, i.e. de la forme
[Link] (0, t) + b.u(0, t) = 0 et [Link] (1, t) + d.u(1, t) = 0, a, b, c, d ∈ R
Ainsi, considérons le problème de diffusion de chaleur 1D suivant :
(E) : ut = α2 uxx ∀x ∈]0, 1[, ∀t > 0
(C.L.) : u(0, t) = u(1, t) = 0 ∀t > 0
(C.I.) : u(x, 0) = Φ(x) ∀x ∈ [0, 1]
1. Montrer que si u est une solution de (E) de la forme u : (x, t) 7→ X(x).T (t), alors
les fonctions X et T vérifient des équations différentielles (ordinaires !) de la forme
(EX ) : X 00 − kX = 0 et (ET ) : T 0 − k.α2 .T = 0
pour une certaine constante k.
2. On pose k = −λ2 < 0. Résoudre les équations (EX ) et (ET ).
3. En déduire une expression de u(x, t) en fonction de λ, α et deux constantes A, B ∈
R.
4. Montrer que pour tout n ∈ N, il existe une fonction un de la forme
2 π 2 α2 t
un (x, t) = e−n .An . sin(nπx)
vérifiant à la fois l’équation (E) et les conditions initiales (C.L.).
5. Montrer que la fonction
+∞
X
u : (x, t) 7−→ un (x, t)
n=1
est également une solution de (E) vérifiant les conditions initiales (C.L.).
6. En exploitant la condition limite (C.I.) établir un lien entre les coefficients An
obtenus à la question précédente et la fonction Φ.
7. Détermine les coefficients An dans le cas ou Φ(x) = sin(πx) pour tout x ∈ [0, 1].
8. Même chose pour Φ(x) = 1 pour tout x ∈ [0, 1].