Avancées des cellules souches dentaires
Avancées des cellules souches dentaires
THESE
par
CUISINIER Raphaëlle
1
SOMMAIRE
2
3. Les cellules souches adipeuses, une alternative envisageable aux cellules
souches dentaires ? .................................................................................................... 44
3.1 La valeur de ces cellules souches .................................................................. 44
3.2 L’utilisation des ASCs en dentisterie ............................................................. 45
3
TABLE DES ABBREVIATIONS
4
TABLE DES ILLUSTRATIONS
5
Illustration 13 : Schémas représentant en A la cytométrie de flux et en B le tri cellulaire
magnétique ............................................................................................................. 38
Illustration 14 : Schéma représentant la fixation de la molécule fluorescente sur la
cellule souche ......................................................................................................... 39
Illustration 15 : Photos montrant les cuves d'azote de l'unité de Thérapie Cellulaire du
CHRU de Montpellier.............................................................................................. 42
Illustration 16 : Cartographie de la recherche mondiale sur la médecine régénérative en
2016........................................................................................................................ 53
Illustration 17 : Cartographie Européenne de la recherche sur la médecine régénérative
en 2016................................................................................................................... 53
6
INTRODUCTION
Toutefois, dans l’objectif d’un usage autologue hypothétique, ces cellules ont le gros
inconvénient de nécessiter une cryoconservation. Actuellement, le développement des
banques de stockage, couramment appelées biobanques, met les cellules souches face
à une nouvelle problématique industrielle et commerciale qui divise les états.
Par exemple, la législation française n’autorise pas le développement de biobanques à
usage autologue, les seules existantes étant réservées à la recherche scientifique ou
éventuellement à une utilisation allogénique non lucrative. Tandis qu’en Suisse, ces
banques de stockage sont déjà effectives.
Ce manque d’homogénéité entre les pays entraine une absence d’uniformité des
données et des échantillons, nuisant ainsi à la collaboration internationale.
Il est nécessaire de préciser que les applications cliniques chez l’homme restent
limitées et sont loin d’être arrivées à maturité, ce qui impose de rester prudent vis à vis
du stockage systématique de ces cellules. Les risques observés, lors d’études sur des
animaux, ne sont pas anodins et portent sur la formation de tumeurs, de réponses
immunitaires non désirées et la transmission accidentelle d’agents pathogènes.
7
En outre, le stockage à long terme est relativement onéreux, risquant de conduire à une
forte discrimination entre ceux pouvant s’acquitter des frais de prestations et les autres.
En l’état actuel des choses, peut-on fonder un échange à but commercial sur une
perspective thérapeutique encore incertaine ?
Dans un premier temps, nous présenterons ce que sont les cellules souches et en
particulier celles d’origine dentaire.
Nous aborderons ensuite les procédés utilisés pour les isoler, les trier et les conserver.
Dans une troisième partie, nous évoquerons les cellules souches adipeuses comme
une autre source cellulaire prometteuse.
Enfin, nous exposerons synthétiquement ce qu’est la médecine régénérative, ainsi que
le rôle des biobanques sur l’avancée des recherches et la nécessité de les réformer.
Effectivement, tandis que la réglementation des biobanques demeure nationale, la
recherche est, quant à elle, de plus en plus mondiale, entrainant un nombre important
d’échanges de données et d’échantillons. Ainsi, la création de mécanismes globaux
pour les encadrer du mieux possible, tant sur le plan éthique que réglementaire, est de
plus en plus recommandée par divers institutions, telle que la commission européenne.
Il est important que les règles éthiques relatives à la recherche soient appliquées de
manière claire et cohérente afin de promouvoir un savoir-faire équitable et pertinent.
8
1. Qu’est ce qu’une cellule souche ? et en particulier une cellule
souche d’origine dentaire ?
Une cellule souche peut-être décrite comme une cellule indifférenciée, caractérisée par
deux propriétés fondamentales : l’auto renouvellement permettant d’assurer la
prolifération cellulaire et la différenciation en lignée cellulaire.
Lors de la division cellulaire asymétrique, une cellule souche donnera deux cellules
filles :
- L’une non spécialisée dont le rôle est d’éviter le tarissement du réservoir de
cellules souches grâce à une capacité d’auto renouvellement quasi illimitée et
permanente.
- L’autre capable de se différencier de façon irréversible en un type cellulaire
spécifique selon les conditions physiologiques ou expérimentales appliquées.
Précisons que leur capacité de mise en culture et de prolifération in vitro n’est pas
prédictive de leur potentiel de prolifération in vivo mais est essentielle pour leur
manipulation dans un but thérapeutique.
En préambule, les cellules souches embryonnaires (ou ES pour Embryonic Stem cells)
proviennent de la masse interne du blastocyte. Cette structure de 16-40 cellules, issues
des divisions de l’ovocyte fécondé, est à l’origine de l’épiblaste ; lui même initiateur des
trois feuillets embryonnaires (ectoderme, endoderme, mésoderme). Ces trois feuillets
9
précéderont la formation de tous les tissus du fœtus en cours de développement, tandis
que le feuillet externe du blastocyte sera à l’origine du placenta.
Par ailleurs, les ES sont l’unique population cellulaire possédant la capacité de s’auto
renouveler tout en maintenant une pluripotentialité, pouvant ainsi se différencier en tout
type cellulaire d’un organisme.
Néanmoins elles ont perdu la capacité de se développer en un embryon à moins d’être
réintroduite dans un blastocyte appelé hôte. En effet, à elles seules, elles ne peuvent
former un embryon viable (1).
Qui plus est, dans un cadre juridique bien défini, ces cellules peuvent être prélevées
après la dissociation du blastocyte et placées en culture pour les travaux de
recherches.
En effet, les scientifiques ont obtenu en France l’autorisation de travailler à partir de :
- ES prélevées sur des embryons surnuméraires obtenus par fécondation in vitro
suite à un projet de parenté non abouti. Ce procédé est plutôt rare et réservé à
des recherches sur de nouvelles lignées cellulaires afin d’étudier une pathologie
spécifique à partir d’un embryon diagnostiqué porteur de la maladie en question
lors d’un diagnostic préimplantaire (DPI). Les parents biologiques doivent donner
un consentement écrit pour céder l’embryon à la recherche.
- Lignées cellulaires détenues et commercialisées par des laboratoires, procédé le
plus souvent utilisé.
Ajoutons également que dans des conditions adéquates de cultures, elles se multiplient
spontanément tout en conservant leur état indifférencié, leur caractère pluripotent ainsi
qu’un génome intact. Autrement dit, leur prolifération quasi illimitée permet d’accumuler
un grand nombre de cellules et ainsi de multiplier les recherches. D’ailleurs, en
modifiant les conditions de culture, il est possible d’induire et d’orienter leur
différentiation en cellules spécialisées correspondant à tous les tissus de l’organisme
(cœur, neurones, sang..) y compris celle de la lignée germinale (2).
Toutefois, le degré de plasticité de ces cellules décroit au fur et à mesure du
développement et de l’apparition des tissus et des organes. Ainsi, on observe une
spécialisation des cellules corrélée à une déperdition de l’information.
10
Les cellules embryonnaires pluripotentes représentent donc une source idéale de
cellules tant sur le plan médical que sur celui de la recherche.
Néanmoins, malgré leur intérêt scientifique majeur, de nombreuses questions éthiques
font obstacles à leur utilisation à des fins thérapeutiques. En effet, leur prélèvement
nécessite la destruction de l’embryon dont elles proviennent (3).
Actuellement il n’existe ni thérapeutiques ni essais clinique appliqués à l’homme basés
sur l’utilisation de cellules souches embryonnaires.
11
[Link].2 Les cellules souches amniotiques
Les cellules souches adultes somatiques peuvent être définies par leur fonction.
Théoriquement, elles sont présentes dans tous les tissus d’un organisme après la
naissance (10). En effet, leur rôle est d’assurer l’homéostasie tissulaire c’est à dire de
permettre le maintient physiologique d’un organe ou d’un tissu en remplaçant les
cellules mortes, que ce soit naturellement ou après lésion. Ainsi, elles permettent aux
tissus de rester fonctionnels.
Elles remplissent cette fonction de par :
- leur capacité d’auto renouvellement, évitant le tarissement du réservoir de
cellules souches
- leur différentiation, acquérant ainsi les caractéristiques du tissu à réparer.
Par ailleurs, les cellules souches adultes se différencient des cellules souches
embryonnaires par les propriétés suivantes :
- ne sont pas considérées comme pluripotentes et sont généralement
programmées pour un tissu donné
- ne se multiplient pas à l’infini à l’état indifférencié
- population cellulaire hétérogène compte tenu de la diversité des tissus de
l’organisme auxquels elles appartiennent.
12
En outre, elles représentent le plus souvent un pourcentage infime de la population
cellulaire du tissu considéré et sont donc plus difficiles à détecter et à étudier. En plus
de leur rareté, elles n’expriment en général aucun marqueur de surface spécifique mais
partagent plutôt une combinaison de certains antigènes qui ne leur sont pas
spécifiques. C’est cet arrangement qui permet tout de même de les distinguer des
autres types cellulaires.
Enfin, l’hétérogénéité des différentes populations cellulaires a été établit (11). En effet,
au sein d’une même source de cellules souches adultes, il peut exister différentes sous-
populations possédant des potentialités spécifiques. Une lignée cellulaire deviendrait
prédominante grâce à une réponse à des signaux inductifs environnementaux.
Les cellules souches peuvent être classées selon leur potentiel de différenciation,
reconnaissable par la modification de la morphologie cellulaire et/ou par l’expression de
protéines spécifiques à un tissu.
Les cellules souches totipotentes s’autosuffisent pour générer un être vivant entier et
normal. En effet, elles ont la capacité de se différencier en tous tissus de l’organisme
autant embryonnaires que extra embryonnaires.
Ces cellules composent l’embryon dans les 4 premiers jours de son développement
jusqu’au stade blastocyste.
Les cellules souches pluripotentes ont déjà subit une première étape de différenciation
et peuvent donner naissance à la plupart, voire à tous les tissus de l’organisme adulte.
13
Néanmoins, ils ne peuvent pas générer les tissus extra embryonnaires tels que le
placenta ou le cordon ombilical. Ces cellules sont donc dans l’incapacité de fournir
l’environnement propice au développement de l’organisme.
On les retrouve au stade blastocyste (40 cellules) après le cinquième jour du
développement embryonnaire.
Les précurseurs ont, quant à eux, perdu toute capacité d’auto renouvellement mais
continuent leur division ainsi que leur maturation. Ils représentent les premières cellules
morphologiquement identifiables de chaque lignée.
On observe des modifications spécifiques au niveau :
- noyau : polylobulation
- cytoplasme : granulations
- membranes : expression de marqueurs de surface
14
La faculté de division et de différenciation in vivo des cellules souches leur permet de
conserver le potentiel de reconstituer à long terme la fonction d’un tissu de manière
efficace.
Cela les distingue des cellules progénitrices qui présentent des capacités plus limitées.
Cellule
adulte iPS
prélevée Modification
génétique 3
c-Myc, Klf4,
3
Oct4 & Sox2
Différenciation
contrôlée
Autres 3
types
cellulaires
Cardiomyocyte
Neurone
Hépatocyte
15
Non seulement les iPS sont semblables aux cellules ES en terme de morphologie, de
prolifération, d’antigènes de surfaces, d’expression génique et de statut épigénétique
des gènes spécifiques de la pluripotence. Mais elles peuvent également se différencier
en chaque type cellulaire issu des trois feuillets embryonnaires.
Cependant, l’utilisation de gènes hautement prolifératifs, comme c-Myc, augmente le
risque de développement de cancer. De même, l’intégration de transgènes dans le
génome peut aussi favoriser le « réveil » d’autres oncogènes (16).
Finalement, la découverte des iPS a ouvert des perspectives sans précédent pour la
recherche et l’industrie pharmaceutique. Néanmoins, l’innocuité de la manipulation
génétique nécessaire à la genèse des iPS n’étant pas encore établit, les autorités de
santé en France refusent l’utilisation chez l’homme de cellules manipulées
génétiquement.
Après l’étude des différentes niches, une liste de leurs particularités peut être
constituée. En effet, elles se composent :
- des cellules souches elles-mêmes
- de cellules stromales de support qui interagissent directement avec les cellules
souches par l’intermédiaire de récepteurs membranaires, de gap junctions ou de
facteurs solubles
- d’une matrice extracellulaire qui procure une structure, une organisation et des
signaux mécaniques
- de vaisseaux sanguins qui amènent des signaux systémiques et permettent le
recrutement de cellules inflammatoires ou d’autres cellules circulantes dans la
16
niche mais aussi l’entrée et la sortie des cellules souches (nichage et
mobilisation)
- de fibres nerveuses communiquant de lointains messages physiologiques aux
cellules souches dans leur microenvironnement.
Par ailleurs, au sein de la pulpe dentaire, les cellules souches d’origine pulpaire
(DPSCs) semblent localisées autour des zones périvasculaires et des gaines
périneurales (18). Ceci laisse entrevoir ainsi, l’éventuelle présence de niches cellulaires
dans ces zones.
De surcroît, Laino et son équipe ont affirmé que l’expression du marqueur CD34+
associé à l’expression des marqueurs c-Kit et STRO-1 pourraient permettre
l’identification des niches de DPSCs dérivées de la crête neurale (19).
Initialement, les MSCs ont été isolées dans le compartiment stromal de la moëlle
osseuse par Friedenstein, en 1966 (20). Puis, les scientifiques ont découvert leur
présence dans les tissus conjonctifs post-nataux comme par exemple le cordon
ombilical, le tissu adipeux ou les tissus dentaires…
Ces sources permettent de limiter l’usage de MSCs issues de la moelle osseuse. Car
outre leur prélèvement invasif, elles ne sont récupérées qu’en nombre réduit puis
doivent subir une expansion cellulaire à long terme risquant d’engendrer des
aberrations chromosomiques (21).
En définitive, les MSCs possèdent toutes des caractéristiques biologiques similaires,
mais du fait de leur origine variée, elles peuvent diverger dans leur potentiel de
différenciation et de prolifération. De surcroît, elles sont caractérisées par un ensemble
de marqueurs de surface servant à les identifier, les caractériser et à les isoler.
17
Embryologiquement, elle est issue d’une dualité tissulaire. Elle dérive d’une part, de
l’ectoderme situé au niveau du premier arc facial mais provient également de
l’ectomésenchyme, originaire de la crête neurale.
Sa formation est donc contrôlée par des interactions épithélio-mésenchymateuses
durant lesquelles l’épithélium oral s’épaissit, bourgeonne et se développe sous forme
de cupule puis de cloche afin d’aboutir à la formation de l’organe dentaire.
Illustration 2 : Schéma représentant les différents stades de formation d'une dent. Tout d'abord
à gauche, la placode dentaire puis le bourgeon, la cupule, la cloche et enfin l'organe dentaire
18
Ainsi, la dent et les structures qui l’entourent représentent un organe riche en cellules
souches mésenchymateuses appelées DSCs (Dental Stem Cells) dont la localisation et
la nature varient tout au long de la vie de l’individu.
Il est important de souligner que ces différentes sources de DSCs ne se réfèrent pas à
une population pure de cellules souches mais qu’il s’agit d’un mélange hétérogène de
cellules pouvant contenir à la fois des progéniteurs et des cellules souches.
Illustration
Figure 4 : Localisation
4 : Localisation des cellules
des cellules souches
souches d'origines
d’origine dentairedentaire en fonction
en fonction du
des différents stades de
développement de la dent, d'après Egusa et al (8)
19
En outre, les cellules souches d’origine dentaire présentent des caractéristiques
semblables à toutes les cellules souches mésenchymateuses (MSCs) (29).
20
Enfin, dans des conditions de cultures standards, elles doivent être capables in vitro de
se différencier en lignée mésodermique c’est à dire au moins en ostéoblastes,
chondrocytes et adipocytes (34).
Cependant, selon leur origine, les MSCs diffèrent en fonction de leur potentiel de
différenciation et de leur profil d’expression génique (35).
Cette différence est à prendre en considération lors du choix de la source de cellules
souches mésenchymateuses. Effectivement, elles semblent présentes dans tous les
tissus conjonctifs mais en quantité et potentialité variables selon le tissu, l’âge et l’état
de santé général du patient.
Par ailleurs, elles ont des effets positifs sur la trophicité tissulaire et pourraient jouer un
rôle significatif dans la régénération. Il a été observé qu’après leur transplantation, les
MSCs participeraient à la réparation tissulaire par la sécrétion de molécules impliquées
dans l’homéostasie comme par exemple des glycoprotéines solubles de la MEC, des
cytokines et des facteurs de croissance (37). Ainsi, elles seraient responsables de la
réduction de l’inflammation ainsi que de la stimulation de la régénération tissulaire (38).
Somme toute, la différenciation des MSCs in vivo est beaucoup plus complexe du fait
de sa régulation par un micro-environnement tissulaire. De ce fait, aucun consensus
concernant les marqueurs ne permet d’identifier de manière fiable les MSCs in vivo
(39). En outre, lors de l’adhérence au plastique des cellules, l’expression des
marqueurs de surfaces et des propriétés biologiques en est inévitablement modifiée.
De ce fait, cela participe à une méconnaissance encore actuelle des phénotypes
originaux. Ainsi, les recherches se basent principalement à partir des marqueurs
découverts lors de la différenciation in vitro.
21
1.3.3 Les MSCs issues de la moëlle osseuse : BMMSCs (Bone Marrow
Mesenchymal Stem Cells)
22
lors d’une intervention chirurgicale comme la pose d’un implant ou l’extraction de dents
de sagesse. (44). Le scientifique Park et son équipe y voient un grand avantage par
rapport aux autres techniques plus invasives (45). D’autre part, l’accès à des sources
non osseuses peuvent être envisagées (46).
1.3.4 Les cellules souches de la pulpe dentaire : DPSCs (Dental Pulp Stem
Cells)
La pulpe dentaire est un tissu conjonctif mou richement vascularisé et innervé. Elle est
localisée au centre de la dent, entourée par trois tissus minéralisés : l’émail, la dentine
et le cément. Tout au long de la vie, une calcification lente et progressive réduit son
volume.
En outre, elle est composée d’une population cellulaire hétérogène visant à maintenir,
défendre et réparer la structure tissulaire en cas d’agression. Par exemple, si des
odontoblastes sont détruits lors d’une attaque de type mécanique, chimique ou
microbienne, la pulpe est capable de régénérer une dentine cicatricielle de défense.
Ce processus de réparation laisse supposer l’existence de cellules souches
mésenchymateuses. Elles sont susceptibles de proliférer, de migrer vers le site atteint
et de se différencier en « odontoblastes-like » afin de créer une barrière de protection
(23)(24)(48). Il est important de souligner que ces populations cellulaires représentent
moins de 1% de la totalité des cellules de la pulpe dentaire.
Les cellules souches pulpaires ont été découvertes en 1990, par Fitzgerald, lors de ses
travaux de recherches sur les cellules de type fibroblastiques (49).
Cependant, Gronthos et son équipe furent les premiers a les avoir identifiées et
nommées en tant que DPSCs, après une étude comparative avec des BMMSCs.
23
Elles représentent un stock important et accessible de cellules souches adultes et
possèdent un potentiel thérapeutique similaire à celui des BMMSCs.
Les pulpes saines ou les dents incluses sont des sources potentielles de DPSCs.
Cependant, il est nécessaire d’ajouter que la pulpe se rétracte avec les années et
présente parfois des signes de dégénérescence. Cela rendrait cette source inutilisable
chez une personne adulte d’un âge avancé.
Physiologiquement, les DPSCs seraient à l’état quiescent dans la pulpe dentaire, mais
lors d’une agression ou d’une lésion, elles peuvent être activées pour permettre une
cicatrisation pulpaire.
En effet, elles possèdent une haute capacité proliférative et se différencient
immédiatement en odontoblastes, ostéoblastes et chondrocytes pour produire
respectivement de la dentine, de l’os et du cartilage. Ces cellules spécialisées seront
ensuite acheminées jusqu’au lieu de l’agression pour prendre le relais des cellules
détruites.
Autrement dit, les DPSCs sont des cellules souches multipotentes, auto-renouvelables,
hautement prolifératives et possédant de grandes capacités de différenciation (24)(48).
Par modulation des facteurs de croissance, des facteurs de transcription, des protéines
de la matrice extracellulaire et des récepteurs moléculaires, les DPSCs peuvent se
24
différencier in vivo et in vitro en odontoblastes, ostéoblastes, cellules endothéliales,
myoblastes, adipocytes, chondrocytes, neurones et hépatocytes (31).
Enfin, il est intéressant de souligner que, in vitro, le taux de prolifération des DPSCs est
supérieur à celui des BMMSCs (48). Ceci peut s’expliquer par la différence du stade de
développement des tissus prélevés. En effet, les DPSCs, collectées dans la pulpe de
dents de sagesse, proviennent d’un tissu en cours de développement contrairement
aux BMMSCs issues de la moëlle osseuse adulte (54).
En outre, les DPSCs ont également une activité immunosuppressive supérieures à
celles des BMMSCs (55). Ces propriétés immunomodulatrices accroit leur intérêt
thérapeutique pour de nouvelles approches des maladies immunes (56). Les DPSCs
semblent induire l’inhibition de la prolifération des lymphocytes et moduler la production
de cytokines in vitro.
1.3.5 Les dents déciduales exfoliées : SHED (Stem Cells from Human
exfoliated deciduous teeth)
Elles se distinguent des cellules souches de la pulpe dentaire adulte par (58) :
- un plus grand potentiel de prolifération
25
- une vitesse de doublement de population cellulaire plus élevée que les DPSCs et
que les BMMSCs (SHED > DPSC > BMMSCs) (21)
- un recueillement uniquement chez l’enfant
- la formation de clusters cellulaires sphériques
- la capacité d’induire une différenciation ostéogénique voire dentinogénique lors
d’une implantation in vivo. Elles possèdent un très fort potentiel d’ostéoinduction
in vivo, dans les expériences chez la souris (59).
- le recrutement de cellules ostéogéniques. En effet, les dents de lait ne sont pas
seulement un guide pour les dents définitives, mais elles sont aussi impliquées
dans l’induction de la formation osseuse lors de leur éruption
- la difficulté à reconstruire un tissu semblable au complexe dentino-pulpaire in
vivo si elles ne sont pas associées à d’autres cellules souches
Le ligament parodontal est un tissu conjonctif, riche en fibres de collagène, situé entre
le cément radiculaire et l’os alvéolaire.
Il se développe autour du germe au moment de l’éruption et permettra d’amortir les
forces occlusales lors de la mise en fonction de la dent.
Il contient des cellules souches répondant aux critères des MSCs avec un potentiel de
formation des structures parodontales comme le cément, l’os alvéolaire et le
desmodonte (26). Ceci laisse suggérer la présence, au sein du ligament, de
progéniteurs cellulaires capables de maintenir l’homéostasie tissulaire et d’assurer la
régénération du parodonte.
Selon certaines études, deux sous populations peuvent être distinguées (60) :
- Cellules souches du ligament parodontal provenant de la surface radiculaire de
la dent : r-PDLSC
- Cellules souches du ligament parodontal issues de la surface osseuse de
l’alvéole dentaire : a-PDLSC
Les niches de PDLScs semblent être périvasculaires et extravasculaires
26
A
Illustration 6 : Photo représentant une dent de sagesse
humaine ainsi que le ligament périodontal attaché à la surface
radiculaire. Photo prise par l'équipe de recherche du Pr Séo
(26).
Selon les conditions de culture, il est possible d’observer in vitro, leur différenciation en
odontoblastes, cémentoblastes, adipocytes, chondrocytes, ostéoblastes (61).
In vivo, une structure cément/ligament parodontal peut être régénérée après
transplantation de PDLSCs chez des souris immunocompromises. En effet, les fibres
collagéniques de type I générées par les PDLSCs transplantées in vivo, se connectent
avec le cément néo-formé. Elles miment ainsi, la façon dont s’attachent
physiologiquement les fibres de Sharpey. Leur implication dans la régénération osseuse
alvéolaire a également été évoquée.
Ces cellules peuvent être récupérées à la surface des racines des dents avulsées.
Elles possèdent des marqueurs de surface (MSC STRO-1), des caractéristiques et un
potentiel de différenciation similaires aux cellules souches de la moëlle osseuse et de la
pulpe dentaire (26) (62).
1.3.7 La zone de la papille dentaire apicale : SCAPs (Stem Cells From Apical
Papilla)
27
La papille apicale correspond au tissu conjonctif localisé au niveau de l’apex ouvert des
racines immatures. Histologiquement, elle est différenciable de la pulpe par la présence
d’ une zone apicale intermédiaire riche en cellules, appelée « apical cell rich zone » (23)
Pour toutes ces raisons, elle représente une zone essentielle au développement du
canal et constitue un précieux réservoir de cellules souches stromales toujours en
activité chez l’enfant puis le jeune adulte.
D’ailleurs, les SCAPs semblent tenir une place prépondérante dans la formation de ces
structures dentaires (63), et en particulier dans le développement, la maturation et
l’apexogénèse des racines. Ainsi qu’en témoigne une étude réalisée sur des porcins,
l’ablation de la papille apicale sur une seule racine d’une dent pluriradiculée, engendre
un arrêt de la radiculogenèse sur cette dernière, tandis qu’un développement complet
des autres racines est observé.
Autrement dit, les SCAPs sont la source des odontoblastes primaires établissant la
dentine radiculaire tandis que les DPSCs sont plutôt à l’origine d’odontoblastes
producteurs de dentine tertiaire réactionnelle (21). Et elles peuvent être définis comme
des précurseurs de la pulpe radiculaire.
Toutefois, il s’agit d’une source cellulaire éphémère et limitée aux dents en cours de
développement comme par exemple les germes des troisièmes molaires.
Si l’on considère leur plus grande immaturité, on peut supposer qu’elles possèdent des
capacités plus importantes de différenciation, de prolifération et d’auto-renouvellement
28
(28)(64). Plusieurs études ont notamment mis en évidence leurs capacités supérieures
de prolifération et d’auto renouvellement par rapport aux DPSCs, SHED et PDLSCs.
In vitro, selon les conditions de cultures, les SCAPs peuvent se différencier en cellules
odontoblastiques, ostéoblastiques, neuronales, musculaires et adipeuses (29).
In vivo, lors d’une transplantation dans une matrice adéquate
(hydroxyapatite/phosphate tricalcique) elles peuvent recréer un complexe dentino-
pulpaire fonctionnel.
29
De fait, les cellules progénitrices folliculaires, tout comme les SCAPs, constituent une
population issue des tissus en développement. De part, une très grande plasticité et
une bonne capacité de prolifération, elles représentent une alternative à l’utilisation des
cellules souches pulpaires et desmodontales (67).
Néanmoins, un bémol est à souligner : ces sources cellulaires sont plus limitées dans le
temps que celles de la pulpe dentaire. En effet, l’évolution des dents permanentes
engendre la disparition du follicule et de la papille apicale.
Illustration 9 Tableau récapitulatif des capacités de différenciations in vitro et in vivo des cellules
souches dentaires d’après les travaux de Liu et son équipe (69)
30
Synthétiquement, les cellules souches mésenchymateuses d’origine orale peuvent se
différencier in vitro en : ostéoblastes, chondrocytes, adipocytes, myoblastes et
neurones.
Les DPSCs, les SCAPs et les SHEDs peuvent en plus synthétiser une matrice
dentinaire tandis que les PDLSCs et les DFPCs sont susceptibles, quant à eux, de se
différencier préférentiellement en cémentoblastes.
On observe une prévalence des recherches sur les DPSCs dans la littérature. En effet,
elles représentent une source très accessible de cellules souches, notamment au
niveau des germes de dents de sagesse qui sont extraites et jetées quotidiennement
dans les cabinets dentaires.
De même, dans le tableau ci-dessus, on constate qu’elles présentent le plus de
formations tissulaires différentes in vivo. Cela est-il du uniquement à l’important
potentiel de ces cellules ou bien également au fait qu’elles ont, à ce jour, été les plus
étudiées parmi les sources dentaires ?
Toutefois, il est important de ne pas négliger le potentiel des autres sources de cellules
souches dentaires.
Dans la suite de ce papier, nous allons nous intéresser au processus d’isolation et de
culture des cellules souches issues de la pulpe dentaire d’une dent permanente,
employé par les équipes de recherches.
31
2. Extraction, isolation des cellules souches de la pulpe dentaire
(DPSCs)
Les pulpes sont issues essentiellement de dents saines pour lesquelles une indication
d‘avulsion a été posée selon des critères médicaux. En effet, une étude réalisée par
Gnanasegara et son équipe a permis de montrer la diminution du potentiel de
différenciation des DPSCs provenant de dents cariées(70).
Habituellement, les pulpes sont extraites de dents définitives incluses, sous muqueuse
ou sur arcade.
En préambule à tout prélèvement, le statut sanitaire du patient est vérifié par une
anamnèse médicale poussée.
De plus, si la récolte de pulpes est effectuée dans un but de recherches scientifiques, le
patient signera un consentement éclairé l’informant que les dents serviront à la
recherche biomédicale mais qu’aucun bénéfice commercial, industriel ou
pharmaceutique n’en sera tiré. Il paraphera également le contrat de cryopréservation.
Suite à la réception du contrat et du consentement signés, le patient sera enregistré
dans la base de données de la biobanque. Le kit de collecte sera alors expédié au
praticien. Généralement il est reçu dans la semaine avant l’intervention et comporte les
nom-prénom, date de naissance et numéro de traçabilité du patient.
Par ailleurs, selon la complexité de l’avulsion, le praticien s’assurera de la faisabilité à
conserver la dent intacte et entière. En effet, la collecte est sous sa responsabilité.
32
Dès la dent extraite, elle sera nettoyée puis mise dans un tube, contenant une solution
stérile d’antibiotiques (pénicillines et streptomycines) afin d’éviter toute contamination
pulpaire.
Enfin, le tout sera conditionné dans un container les maintenant à température
constante de 4 degrés pendant 24 heures puis acheminé au laboratoire de recherche
ou de la biobanque.
Dans un second temps, l’isolation de la pulpe et à fortiori des DPSCs sera réalisée par
l’équipe scientifique du laboratoire.
Précisons que la dent peut être prélevée à différents moment de son embryogénèse
d’après la classification de Nolla (71). Cela impactera le procédé d’isolement pulpaire.
Par exemple, si l’avulsion se fait à un stade tardif de son évolution (Stade 8 à 10), il
sera nécessaire de la couper au disque diamanté ou avec une turbine à la limite
émail/cément, pour parvenir à récupérer la pulpe. Cependant, la production de chaleur
et de contraintes mécaniques risquera d’endommager une partie de la pulpe.
Au contraire, si la dent est récupérée à un stade précoce de son évolution (stade 4 à 7),
avant l’achèvement de l’édification radiculaire, l’extirpation pulpaire s’en trouvera
simplifiée.
33
2.2 Isolation des cellules souches
34
[Link] La méthode de digestion enzymatique
Au préalable, les fragments de tissus sont rincés minimum deux fois avec une solution
stérile de PBS.
Ils sont ensuite placés dans une solution enzymatique pendant 30 à 45 minutes à 37
degrés Celsius. L’incubation de la pulpe à 37°C permet non seulement la digestion du
tissu mais également la libération des cellules.
Puis, la suspension cellulaire peut être obtenue en passant le mélange précédent au
travers d’un tamis de 70 microns, ou en centrifugeant l’homogénat.
Le culot récupéré sera alors remis en suspension dans un milieu de culture afin de
poursuivre son expansion. L’ajout au volume final d’un milieu de culture permet de
neutraliser la digestion enzymatique.
Ajoutons que d’ailleurs, les DPSCs furent isolées la première fois par Gronthos et son
équipe au cours de l’année 2000.
La méthode originale qu’ils utilisèrent consistait en une digestion enzymatique de la
pulpe déjà fragmentée, avec 3 mg/ml de collagénase type I et 4 mg/ml de dispase
pendant 90 minutes à 37 degrés. Cette méthode fût reprise par de nombreux
scientifiques lors de l’isolation des DPSCs.
Néanmoins, d’autres protocoles firent leur apparition, variant les proportions et les
agents de digestions utilisés.
Entre autre, Vina-almunia et son équipe (79) ont élaboré une méthode permettant de
diminuer de la durée nécessaire à l’isolement des DPSCs.
35
Pour cela, ils ont combiné la fragmentation mécanique à divers agents de
désagrégation (EDTA) et de digestion (collagénase, dispase, termolysine).
Ils utilisèrent successivement :
- 2 mg/ML EDTA pendant dix minutes
- 4mg/ml de collagénase de type I
- 4 mg/ml de dispase de type II pendant quarante minutes
- 13 mg/ml de termolysine pendant quarante minutes
- la sonication de la culture pendant une minute
Les premières celles souches apparurent dès 8h d’incubation. De surcroit, la
combinaison de différents agents ne sembla pas avoir compromis le pourcentage de
DPSCs obtenu.
Dans cette méthode, le tissu pulpaire est fragmenté en explants puis directement
placés dans une boite de Pétri contenant un milieu de culture enrichi en antibiotiques,
en antifongiques, et en sérum.
L’ensemble est ensuite placé dans un incubateur à 37°C sous 5% de CO2, et associé à
un renouvellement régulier du milieu de culture.
Illustration 12 : Culture d'explants dans le processus d'isolation des DPSCs dans un milieu de
culture contenant de la streptomycine, de la pénicilline et de l'amphotéricine B. Photos réalisées
par une équipe de recherche sous la direction de M. Guzman-Uribe (80)
36
Les nuances les plus significatives entre les deux procédés se rapportent au nombre de
cellules ainsi qu’à leur homogénéité (81). Tandis que le taux cellulaire est toujours plus
important lors de la digestion enzymatique, la méthode de l’explant permet l’expansion
de cellules fibroblastiques-like lors de la culture de pulpes dentaires.
Après leur dissociation, les cellules récemment individualisées sont ensemencées dans
les boites de culture.
Cela permet d’éliminer des contaminants cellulaires restés en suspension comme
certains précurseurs ou cellules souches hématopoïétiques présents dans la pulpe.
Les DPSCs / cellules progéniteurs se multiplient afin d’engendrer des unités formant
des colonies de fibroblastes (UFC-Fs) adhérentes au plastique.
Néanmoins, l’adhésion change inévitablement l’expression des marqueurs de surface et
les propriétés biologiques des cellules.
37
[Link] Immunosélection : Par tri cellulaire par action magnétique /
fluorescente
38
Dans la sélection négative, la population d’intérêt reste intacte mais les autres cellules
sont marquées. Cette méthode est effectuée lorsqu’il y a un risque de modification de la
fonction cellulaire par l’anticorps où quand il n’existe pas de marqueurs spécifiques.
Dans cette technique, l’anticorps n’est pas directement fixé à la particule magnétique,
mais nécessite la présence d’un second anticorps, dirigé contre le premier, lui-même
fixé à la particule magnétique.
Une fois la population cellulaire à isoler marquée, elle est retenue par le courant
magnétique d’un aimant, permettant d’évacuer les cellules non marquées.
La population cellulaire est ensuite passée devant un laser qui peut analyser,
dénombrer et même trier physiquement les cellules marquées, en fonction de leur
morphologie, de leurs organites intracellulaires ou de leur fluorescence. Ce tri est
permis par la lumière réémise par le fluorochrome après absorption de la lumière laser.
39
Ainsi, la cytométrie en flux permet non seulement d’évaluer le niveau relatif
d’expression d’une protéine dans différentes cellules, mais également d’identifier des
populations ou sous-populations cellulaires et de les quantifier en taux relatifs
Par ailleurs, les conditions de cultures influencent les caractéristiques des cellules.
Ainsi, le bio-milieu choisi peut modifier non seulement la manipulation et les techniques
de cultures mais également la morphologie et les potentiels de différenciation des
cellules. Cela est d’autant plus vrai, lors de la culture d’une population cellulaire
40
hétérogène contenant des éléments à différentes étapes de différenciation comme la
pulpe dentaire.
41
L’utilisation conjointe d’un agent de cryoprotection est
nécessaire pour minimiser ou empêcher les détériorations
associées à une congélation lente.
En effet, si elle est trop ralenti, elle risque de provoquer
des effets de déshydratations graves entrainant une perte
de membrane irréparable et une perturbation du
cytosquelette et des organelles.
Une grande variété de produits chimiques assure une
cryoprotection adéquate. Cependant, le diméthylsulfoxyde
(DMSO) et le glycérol sont les plus largement utilisés (89).
Ils sont mélangés à la suspension cellulaire puis le tout est
Unité de Thérapie Cellulaire (UTC)
du CHRU de Montpellier placé dans un récipient de stockage adapté à des
températures très basses.
Les cultures cellulaires congelées nécessitent peu de
temps et d’efforts. Cependant, une maintenance régulière
du congélateur ultra-froid est requise.
42
- La méthode de dissociation : trypsinisation, raclage mécanique ou culture en
suspension
- La combinaison des différents marqueurs
- Le procédé d’identification : par adhérence au plastique, par perles magnétiques
ou par FACS
- Les autres facteurs
o la lignée cellulaire ou ex vivo
o l’âge du donneur
o le sexe du donneur
o l’état de santé du donneur
o la composition du milieu de culture
o les cellules nourricières utilisées
o les conditions de cultures (températures, mouvements, etc)
o l’agent de différenciation utilisé
o la fréquence de changement du milieu de culture
o le premier changement de milieu.
43
3. Les cellules souches adipeuses, une alternative envisageable
aux cellules souches dentaires ?
Les ASCs (Adipose Stem Cells) présentent des intérêts qui ont su éveiller la curiosité
des scientifiques.
Tout d’abord comme leurs homologues (cellules souches adultes), elles ne soulèvent
aucun problème éthique.
De plus le tissu adipeux blanc est très abondant dans l’organisme, soit 10 à 20% du
poids corporel chez l’homme adulte.
Les dépôts adipeux sous-cutanés sont facilement accessibles avec une procédure peu
invasive, la lipoaspiration. Néanmoins, ces cellules subissent différentes agressions tout
au long du processus et peuvent être plus ou moins malmenées au cours des
différentes étapes.
Cette source abondante et quasi inépuisable, n’oblige pas la culture longue des cellules
et permet une réinjection extemporanée, directement après purification (91). Ainsi, le
risque d’altération génomique est diminué. Toutefois, une surveillance génomique est
recommandée avant toute utilisation lors d’applications cliniques (92).
44
temporaires. D’autre part, notons que toute cellule souche dentaire doit provenir d’une
dent saine, chose éminemment plus répandue chez les individus jeunes. Cela implique
la nécessité de les conserver pendant des années avant leur probable utilisation.
Les ASCs sont des cellules souches mésenchymateuses multipotentes au même titre
que les DPSCs et les BMMSCs.
Bien que les caractéristiques intrinsèques des ASCs semblent différentes de celles des
BMMSCs, elles exhibent une robuste ostéogenèse leur permettant d’être une
alternative aux cellules souches mésenchymateuses lors de régénération osseuse en
dentisterie. Par exemple, Pieri et son équipe utilisèrent des ASCs autologues lors d’une
régénération osseuse orofaciale et de la mise en place d’implants sur le lapin.(93) De
fait, les ASCs paraissent utiles à l’augmentation osseuse alvéolaire verticale lors de
traitements implantaires.
De plus, il fut également démontré qu’à partir d’ASCs :
- la régénération du tissu parodontal sur la rat est possible (94)
- leur transplantation dans une cavité pulpaire après une pulpectomie sur le chien
induit une régénération pulpaire (95)
La communauté scientifique s’accorde sur le fait que les ASCs sont bel et bien des
cellules souches mésenchymateuses à fort potentiel. De plus, leur fréquence dans le
tissu adipeux est de 100 à 500 fois supérieure à celle des BMMSCs dans la moelle
osseuse (96).
L’isolement des ASCs est facilité car elles sont à la fois plus nombreuses et plus
accessibles que les BMMSCs.
Toutefois, un bémol a été posé par de récentes études. Elles ont montré que le nombre
de cellules souches mésenchymateuses décroit avec l’âge du donneur.
45
Une diminution du potentiel global d’expansion associée à la réduction de la longueur
du télomère entrainerait une inhibition de la mobilisation des cellules souches hors de
leur niche (97).
Par exemple, la comparaison de DPSCs issues d’un donneur âgé à celles issues d’un
donneur jeune a démontré un léger déclin lié à l’âge dans leurs propriétés incluant la
migration. En outre, elle a révélé une augmentation âge-dépendant dans leur
46
sénescence, associée à la production de beta-galactosidase et des marqueurs de la
sénescence en culture à long terme (100).
De même que lors d’expériences in vitro, les cellules ont été mises dans des conditions
d’hypoxie tissulaire (3% 02, 5% CO2, 92% N2), simulant les conditions réelles dans la
pulpe d’une personne vieillissante. Les DPSCs ont crû même sous les 3% d’apport en
oxygène dans le milieu, et ont réussit à surmonter cette carence, indiquant la possibilité
d‘obtenir un nombre optimal de DPSCs chez des patients plus âgés. Cependant, leur
capacité de différenciation fût enrayée.
Par ailleurs, la pulpe dentaire réduit avec le vieillissement, de part l’étroitesse des
canaux radiculaires mais également par la diminution des volumes tissulaires pulpaires
due à la formation ainsi qu’à la minéralisation de dentine secondaire physiologique et
tertiaire pathologique. On observe donc un amoindrissement de l’apport de DPSCs
autologues lors du vieillissement.
Ainsi, même si les DPSCs issues de dents âgées conservent leur propriété de
multiplication, elles perdent leur capacité de différenciation totalement ou partiellement
(101).
D’autre part, la pulpe d’une dent permanente provenant d’un patient âgé montre
certaines limitations lors de l’isolation de ses DPSCs. En effet, la présence de sous-
populations de cellules souches peut être très restreinte. Il a été émis l’hypothèse que
les anciennes niches possèdent un effet délétère sur les nouvelles cellules qui
acquerraient des altérations de leurs antigènes (102) .
Ainsi, pour un usage optimal des cellules souches dentaires, il est important de les
prélever au moment adéquat comme lors de l’avulsion de dents de sagesse à l’état de
germe.
Les préserver pour un éventuel usage autologue est possible par leur cryoconservation
dans des biobanques privée. Cependant, la thérapie cellulaire autologue apparaît
comme difficile à industrialiser, très coûteuse et n’est pas encore établi.
Notamment, cela introduit le paramètre d’une médecine à deux vitesses entre ceux qui
ont les moyens de s’acquitter des frais de cryopréservation assez onéreux et les autres.
Par ailleurs, les banques de cellules souches autologues sont encore proscrites en
France, même si elles se sont développées dans les pays voisins comme la Suisse et
la Grande-Bretagne.
47
Les cellules souches dentaires ne serait-elles pas plutôt destinées à un usage
allogénique ?
La thérapie cellulaire désigne l’apport de cellules visant à rétablir les fonctions d’un tissu
ou d’un organe altéré par un accident, une pathologie ou le vieillissement (103).
Néanmoins, des études ont révélé que le rôle de certains progéniteurs pourrait être
potentialisé en les associant à un microenvironnement adéquat (104). C’est l’essence
même de l’ingénierie tissulaire. En effet, dans cette approche les cellules souches sont
incorporées dans des biomatériaux de supports, associées ou non à des facteurs
moléculaires. Le but est de permettre la formation artificielle d’un tissu ou d’un organe
en guidant l’expansion et la différenciation des cellules.
48
Actuellement les travaux de médecine régénérative restent majoritairement centrés sur
les solutions autologues, seules 30% des études en cours portent sur la voie
allogénique.
Ceci s’explique par la crainte de problèmes d’immunotolérance plus prononcés avec la
voie allogénique et l’absence jusqu’à présent d’une source de cellules souches
mésenchymateuses suffisamment disponible, stable et présentant des capacités de
multiplication intéressantes. L’utilisation de la pulpe dentaire dans des applications de
médecine régénérative pourrait inverser la tendance.
De nos jours, les modèles exploités ou proposés pour répondre aux besoins de la
thérapie cellulaire sont les suivants :
- les cellules souches hématopoïétiques, le plus souvent utilisées pour traiter des
maladies sanguines (comme les leucémies)
- les cellules souches embryonnaires et les cellules induites (iPS) posent des
problèmes d’éthiques et de sécurisation (stabilité génomique des iPS)
- les cellules souches mésenchymateuses, utilisées en médecine régénérative
mais dont la multipotence peut être limitée selon la source utilisée
Parmi les cellules souches mésenchymateuses disponibles pour répondre aux besoins
thérapeutiques et pharmaceutiques, toutes sont multipotentes, mais certaines
présentent des limites quant à leur utilisation (105) :
- les cellules souches mésenchymateuses de la moelle osseuse imposent un
prélèvement invasif et une hospitalisation
- la lipoaspiration lors du prélèvement des ASCs peut être traumatisant pour les
cellules et risque de les léser.
- les cellules souches mésenchymateuses du sang du cordon ont un champ
d’application ciblé et sont peu nombreuses
- les cellules souches mésenchymateuses dentaires sont disponibles
ponctuellement lors d’avulsions de germes de dents de sagesse et nécessitent
une cryoconservation
49
Toutefois, les cellules souches dentaires offrent l’avantage d’être (85) (51):
- Multipotentes, ces cellules souches d’origine post-embryonnaire possèdent les
caractéristiques des cellules souches mésenchymateuses à savoir une capacité
d’auto renouvellement et celles de se différencier en plusieurs types cellulaires
comme les ostéoblastes et les chondrocytes, et tissulaires comme adipeux,
endothélial et neural
- Disponibles avec 80% des adolescents et jeunes adultes subissant une avulsion
dentaire pour des raisons orthodontiques dans les pays occidentaux. Les cellules
conservées chez un enfant ou un jeune adulte seront d’une meilleure qualité que
celles collectées chez un adulte (capacité de réplications, nombre de cellules..)
- Naturellement protégées au sein d’échantillons stériles car issues de la pulpe
dentaire située dans la cavité centrale que sont la chambre pulpaire associée
aux canaux radiculaires.
- Accessibles
- Capable d’une forte capacité de multiplication cellulaire
Les cellules souches autologues proviennent du patient lui même. Elles sont bien
tolérées et n’entrainent pas de réponse immunitaire. De plus, elles soulèvent moins de
questions éthiques et peuvent être multipliées in vitro.
Par contre leur approvisionnement est limité et fait appel à des techniques plus ou
moins invasives, allant du prélèvement de moëlle osseuse, à l’extraction dentaire en
passant par la lipoaspiration, selon la source de cellules souches que l’on souhaite
utiliser.
La médecine régénératrice sous forme autologue présente les gros désavantages
d’être particulièrement difficile à industrialiser, en raison de la variabilité cellulaire inter
individuelle, et d’être très onéreuse. D’autant plus qu’elle nécessite la formation de deux
sites opératoires sur le patient.
Les cellules souches allogéniques sont quant à elles originaires d’un individu différent.
Cependant le typage HLA (phénotype antigénique leuco plaquettaire humain) permet
d’assurer la compatibilité entre donneur et receveur (106).
50
Elles ont l’avantage d’être immédiatement disponibles et de ne pas nécessiter de
procédures invasives supplémentaires. Ces cellules ont été prélevées chez des jeunes
donneurs en bonne santé et sont conservées dans des biobanques. Ainsi, elles sont
utilisables immédiatement et en plus grand nombre que les cellules autologues.
Néanmoins, elles initient fréquemment des réactions immunitaires et risquent
potentiellement de transmettre des pathologies entre donneur et receveur.
En outre, Boyle et son équipe ont attesté qu’une instabilité chromosomique de cellules
souches dentaires est la cause de l’augmentation de leur prolifération tout en
empêchant leur différenciation et ainsi diminue les capacités de transplantation de ces
cellules. C’est pourquoi elles ne sont plus aptes aux applications thérapeutiques.
51
4.2.5 Les modèles animaux de la recherche en médecine régénérative : un
souci pour l’extrapolation à l’Homme ?
Il est important de souligner que la taille des animaux entraine une difficulté
d’extrapolation à l’homme. En effet, plus les modèles sont petits, plus la dose de
cellules souches mésenchymateuses injectées sera importante en comparaison des
doses couramment utilisées en thérapies cellulaires chez l’homme.
A titre d’exemple, afin d’éviter une embolie pulmonaire chez la souris lors d’études in
vivo (110), il faut se limiter à injecter entre 0,5 et 2 millions de cellules souches
mésenchymateuses en intraveineuse (soit une dose de 20 à 80 millions de cellules par
kilos). En comparaison, lors d’un essai clinique sur l’injection de MSCs en intraveineuse
post AVC, les patients reçurent entre 100 à 300 millions de cellules d’un coup. Cela
représentait une dose d’1 à 4 million de cellules par kilos. Il existe donc bien un biais de
dose thérapeutique, d’autant plus lorsque l’on sait que la concentration de cellules
injectées influe sur leurs effets.
Par ailleurs, il est établi que les niches cellulaires sont à la base des mécanismes
régénératifs des cellules souches (17). Toutefois, il existe des différences entre les
milieux tissulaires humains et animaliers, pouvant induire des déviations dans le
comportement des MSCs injectées. Le comportement des cellules souches humaines
dans le milieu animal produit-elle des données suffisamment fiables pour permettre une
extrapolation en milieu humain ?
52
Pour toutes ces raisons, les modèles animaliers aussi divers soient-ils, présentent des
avantages et des inconvénients devant être pris en considération.
La diversité des méthodes d’investigation sur les cellules souches mésenchymateuses
illustre l’importance de ce champ d’étude.
Le site américain
« [Link] »
de l’U.S National
Institutes of Health
recense en 2016,
33714 études dans le
monde portant sur les
médecines
régénératives, toute
origine cellulaire
confondue.
Illustration 16 : Cartographie de la recherche mondiale sur la médecine
régénérative en 2016
De tout temps, les cellules souches ont suscité de l’intérêt de la part de la communauté
scientifique mais également des populations et des gouvernements. Cela a débuté par
les cellules souches embryonnaires. Effectivement, pendant des années, elles ont fait
l’objet d’un intense débat soulevant des questions complexes sur les plans moraux,
juridiques, éthiques et politiques. Alors que l’embryon disposait encore d’un statut
juridique mal défini, il était nécessaire de prévoir un encadrement strict de la recherche
sur les cellules souches embryonnaires humaines.
En 1994, la France se dote pour la première fois d’une loi dite de « bioéthique », afin
d’établir des normes dans la pratique des sciences du vivant.
Elle permet également de garantir le respect du corps humain dans le cadre des
pratiques médicales et d’encadrer le don et l’utilisation des éléments issus d’un individu
(organes, tissus, cellules souches hématopoïétiques).
54
Néanmoins, 10 ans plus tard, la plupart des articles fûrent révisés du fait de l’évolution
scientifique engendré par les progrès technologiques. Ainsi, l’agence de la biomédecine
(ABM) fût créée en même temps que la loi de bioéthique de 2004. Elle réside sous la
tutelle du Ministère de la Santé (111).
Jusqu’en 2004, l’utilisation des embryons surnuméraires était interdite. Pourtant,
l’établissement de lignées de cellules souches à partir d’embryons ou de fœtus issus
d’avortements naturels ou provoqués était autorisé.
Ce n’est qu’en juillet 2004 que le Parlement autorisera les chercheurs à utiliser des
embryons surnuméraires ne faisant plus l’objet d’un projet parental. Mais cela était
possible uniquement dans un cadre très réglementé, pour une période probatoire de
cinq ans et sous des conditions strictes (accord des deux parents, seulement pour des
recherches « susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs »).
D’autres pays d’Europe disposaient déjà de ce droit (Belgique, Danemark, Finlande,
Hollande, Suède, Grèce et Grande-Bretagne) ce qui leur a permis un certain essor dans
ce domaine en permanente évolution.
Aux États-Unis, la complexité de la situation persiste. En effet, la législation diffère si le
financement des recherches est réalisé par des fonds publiques ou privés. Mais elle
diverge également, si elles sont menées sous l’égide d’institutions fédérales, locales et
enfin selon le gouvernement élu (112).
Alors que les recherches sur les cellules souches embryonnaires font toujours débat,
celle sur les cellules souches adultes a débouché sur un plus grand nombre d’essais
cliniques et de traitements. Ceci s’explique en partie par la facilité de les obtenir et de
les manipuler en laboratoire mais également par la dissuasion des investisseurs due à
leur stigmatisation associée à la recherche embryonnaire.
En 2011, une deuxième révision des lois de bioéthique françaises est effectuée. Elle
modifie notamment les modalités du don d’organes, et de l’assistance médicale à la
procréation.
Récemment, le projet de la loi santé voté fin 2015 sous l’égide du Ministre de la santé,
Marisol Touraine, autorise la recherche sur les gamètes et les embryons transférables.
Toutefois, l’utilisation des cellules souches adultes chez l’homme est l’objet d’un
encadrement rigoureux et doit faire ses preuves avant d’obtenir l’approbation des
55
autorités compétentes (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits
de santé ou ANSM en France ; la Foot and Drug Administration ou FDA aux États-
Unis).
L’application clinique des MSCs peut, quant à elle, être soumise à des contrôles stricts.
En effet, les autorités de santé française sont particulièrement vigilantes à la mise en
œuvre d’une thérapie cellulaire. Deux cas de figures sont à distinguer (113).
Tout d’abord, si le produit cellulaire est destiné à être fabriqué industriellement, il sera
régulé par une approche plus de type médicament que de type greffe. Il appartiendra
donc au champ de la pharmacovigilance.
Préalablement à sa commercialisation, il sera soumis à l’obtention d’une mise sous le
marché et devra répondre à l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires
s’appliquant aux médicaments.
D’autre part, si le produit n’est pas destiné à une fabrication industrielle, il devra
respecter les principes de la biovigilance et sera qualifié de « préparations de thérapie
cellulaire ». Avant de délivrer toute autorisation, l’ANSM recueillera l’avis de l’Agence de
biomédecine (ABM) (114). Ils évalueront les procédés de préparation, de conservation
ainsi que leurs indications thérapeutiques (article L.1243-5).
En effet, la biovigilance consiste en une veille sanitaire sur l’ensemble des étapes de la
chaîne, du prélèvement à la greffe, jusqu’au suivi médical des patients, donneurs
vivants et/ou receveurs (115).
Toute demande d’essai clinique doit passer par l’ANSM et l’instigateur de cet essai a le
devoir de notifier tout effet ou événement indésirable grave lié à l’essai clinique.
Ainsi, l’ANSM reprend les activités d’évaluation et d’inspection des produits de santé
autrefois réalisés par l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de
santé).
Dans les deux cas, la mise en œuvre doit s’assurer de la qualité, de la sécurité et de
l’efficacité des produits administrés aux patients.
56
Enfin, alors que les premiers textes de la législation française datent de 1996, la
réglementation européenne est plus récente (directives de 2004 et règlement
N°1394/2007/CE sur les « Médicaments de Thérapie Innovante » de 2007) et impose
de revoir certains termes.
Effectivement, dans un désir d’harmonisation de la Commission européenne et de
l’EMA (European Medicines Agency) , les « préparations de thérapies cellulaires »
changent de statut pour devenir des « médicaments de thérapie innovante » (116). En
outre, les bonnes pratiques de laboratoire (BPL) pour la manipulation des cellules et/ou
des tissus évoluent vers les bonnes pratiques de fabrication (BPF) applicables aux
médicaments.
Notons que le législateur français n’utilise pas les termes de biobanque ou de biothèque
mais celui de collection, « collection d’échantillons biologiques d’origine humaine ». Le
Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE) retient, quant à lui, les termes de
collection, biobanque et biothèque.
57
La définition d’une biobanque est formulée différemment entre les auteurs d’articles
scientifiques, les institutions, les sociétés et les organisations.
Globalement, une biobanque se compose de trois groupes d’informations relativement
distincts :
- Le matériel biologique humain
- Les informations attachées ou connectées à l’échantillon
- Les questions juridiques comme le consentement, la sécurité des données et la
protection des individus
Enfin, les biobanques peuvent être classées en fonction de la nature du matériel stocké
(tissus, cellules, sang, ADN), du type de gestionnaire (privé - firme pharmaceutique,
hôpital académique - ou public - ou géré en coopération avec le gouvernement), de la
présence de participants sains ou de la taille de l’échantillon (régional, national) (120).
Il existe une multitude de biobanques, chacune d’entre elles étant singulière, ce qui
rend l’aspect éthique de ce domaine particulièrement complexe car mouvant.
L’industrialisation des biobanques tend-elle vers une inégalité d’accès aux soins ?
58
vivante elle-même, telle qu’elle existe dans la nature. En revanche, le fait d’extraire ces
cellules, de les purifier puis de les multiplier en dehors du corps humain nécessite des
procédés techniques extrêmement pointus qui peuvent quant à eux être brevetés (121).
La plupart des dépôts s’effectue directement auprès de l’office européen des brevets
(OEB) (115).
Toutefois, le dépôt de certains brevets peut avoir des répercussions sur la recherche.
En effet, le secteur privé peut être tenté de privilégier les secteurs les plus rentables à
court terme, alors que tant d’inconnues persistent encore dans la connaissance des
cellules souches.
La mise en place de biobanques nationales et internationales avec un partage des
ressources permet d’éviter cela, tout comme la nécessité de conserver des politiques
publiques de recherche.
59
(ESTO) réalisa une enquête sur les biobanques européennes. Les résultats attestèrent
de la fragmentation des pratiques et de la dispersion des activités de ces dernières.
Ils ont alors suggéré la création d’une organisation internationale, ou du moins
l’organisation d’un réseau, permettant de favoriser l’harmonisation et la standardisation
des pratiques (123).
Toutefois, un tel travail est actuellement encore impossible en raison des variabilités
culturelles, législatives et institutionnelles entre les différents pays.
60
L’accroissement important du nombre d’échanges de données et d’échantillons crée de
nouveaux défis éthiques et règlementaires. A ce jour, il semble établi que la
gouvernance des biobanques doit être revue. En effet, la multiplicité des sources
normatives et des pratiques locales entraine la création d’un système fragmenté et non
harmonisé.
Bien qu’il n’existe aucun modèle unique de gestion pour l’ensemble des biobanques, et
que les processus de gouvernance doivent être constamment contextualisés, la
Commission Européenne a émis certaines recommandations en 2012 (128):
- développer un système cohérent de normes et de lois protégeant les droits
fondamentaux des participants (vie privée, protection des données, usage des
tissus humains)
- améliorer la coordination et la collaboration entre les comités de surveillance
nationaux et assurer la reconnaissance mutuelle des décisions étrangères pour
éviter la duplication des efforts
- créer des mécanismes de gouvernance durables
o Engageant le public pou assurer leur participation, leur appui et leur
confiance
o Assurant la réciprocité entre la société et les biobanques
- intégrer les nouvelles entités émergentes dans les systèmes actuels afin de
développer une méta-gouvernance des biobanques
- intégrer les biobanques au système de santé public, car elles constituent une
ressource importante pour la médecine personnalisée, les soins cliniques et la
recherche
- investir dans le développement de la gouvernance électronique pour faciliter le
partage
61
Enfin, BBMRI (Biobanking and Biomolecular Resources Research Infrastructure) est la
première infrastructure Européenne fondée en 2013 a agir comme une interface entre
la recherche médicale de pointe et la population de l’Union Européenne. Elle vise à
former un réseau dynamique de plate-formes dans lequel chacune coordonne de
nombreuses activités. Il s’agit non seulement d’harmoniser les pratiques relatives à la
collecte, le stockage et l’analyse des échantillons et des données associées mais
également d’assurer le transfert efficace de connaissance et des technologies
(informatiques) et enfin de définir un cadre légal, éthique et financier de référence (129).
A l’heure actuelle, il n’existe pas de modèle de gouvernance qui convienne à tous, elle
doit plutôt être orienté vers les besoins particuliers de la biobanque. Il est important de
rappeler que le but d’une gouvernance est de faciliter le progrès et la recherche.
La France est un des rares pays à avoir opté pour une conservation uniquement
allogénique. Elle autorise l’archivage de lignées cellulaires de qualité clinique, ayant un
phénotype antigénique leuco plaquettaire humain compatible avec les patients à traiter.
Le typage HLA permet effectivement d’assurer la compatibilité entre donneur et
receveur.
D’autre part, conformément au principe de non patrimonialité (l’article 16-1 du Code
civil), le don de cellules souches d’origine humaine ne peut engendrer une
rémunération du donneur et nécessite son consentement.
Entre autres, les pays tels que l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la Pologne, le
Royaume-Uni, le Canada et les États-Unis autorisent une coexistence de banques
publiques et privées.
Quant à la Belgique, l’Espagne et l’Italie, ils ont dans un premier temps légiféré sur
l’interdiction des banques privées. Cependant, une évolution progressive de la loi a
autorisé leur installation sous contrainte de respecter certaines obligations.
Par exemple en Belgique, un vide juridique a permis à une banque privée de
s’implanter. Effectivement, l’arrêté royal du 23 décembre 2002 interdisant les banques
privées et le stockage en vue d’une utilisation personnelle a été annulé par la juridiction
62
administrative. Afin de clarifier la situation, une nouvelle loi fût adoptée en juillet 2008
autorisant les établissements privés, à conditions qu’ils soient rattachés à une banque
publique. De plus, l’état Belge subordonne tout stockage au bénéfice d’un receveur
identifié du fait que le greffon reste à la disposition des banques publiques (130).
63
coûteux. Elle doit impérativement réunir des normes de qualité, de sécurité et
d’efficacité inscrites dans une réglementation afin d’atteindre la norme « qualité
clinique » permettant ainsi l’administration au patient.
Des réflexions émergent suite à ce débat ; l’activité des biobanques doit-elle évoluer
dans un cadre public ou privé ? Doit-on l’aménager en laissant ouvertes les deux
options ?
Sur le plan éthique, peut-on fonder un commerce sur une perspective thérapeutique
encore incertaine ?
4.5 Éthique
Initié par le corpus hippocratique et le primum non nocere « avant tout ne pas nuire », la
relation médicale est basée sur le fait de soigner en étant bienfaisant, donc bénéfique.
64
Les avancées médicales récentes posent clairement la question de la médecine de
demain : une médecine personnalisée au détriment d’une médecine pour tous ? Cette
interrogation est au centre du projet social d’une médecine respectueuse de la santé
publique. En effet, comment évaluer l’efficacité des nouvelles thérapies sans favoriser
un petit nombre de citoyens ?
La bioéthique est considérée comme l’étude des problèmes moraux que posent les
sciences de la vie. Les débats relatifs à la bioéthique et les règles qui s’en dégagent
visent à expliciter les objectifs des scientifiques.
Les principes d’égal accès aux soins et de non patrimonialité des parties du corps
humain restent deux principes essentiels des lois de bioéthique française, garantissant
la mutualisation des greffons à travers des dons anonymes et gratuits.
4.5.1 Le consentement
65
toutes les informations appropriées visées à l’annexe. » (Directive 2004/23/CE
du parlement européen de mars 2004)
En France, le consentement doit être libre et éclairé. Il est donné pour un programme
précis et peut être refusé.
L‘article L1211-2 du code de la santé publique français détaille le principe du
consentement éclairé : « Le prélèvement d’éléments du corps humain et la collecte de
ses produits ne peuvent être pratiqués sans le consentement préalable du donneur. Ce
consentement est révocable à tout moment ».
La finalité du consentement est de veiller à la protection de l’intégrité du donneur, avant
tout prélèvement d’échantillons du corps humain à des fins scientifiques ou
thérapeutiques (136).
Quelle est la limite actuelle de l’information qui peut être fournie aux donneurs de
cellules souches dentaires ? Peuvent-ils consentir à une information encore imprécise ?
66
[Link] Le consentement éclairé général
67
4.5.2 Confidentialité, intimité et protection des données
68
peut se révéler élevé. Actuellement, la conservation de cellules souches dentaires dans
des biobanques privées étrangères localisées par exemple en Suisse tourne autour de
2500 euros pour une vingtaine d’années.
69
Conclusion
Les thérapies basées sur l’utilisation des MSCs en médecine régénérative, suscitent
l’enthousiasme dans la communauté scientifique.
Malgré des résultats plus que positifs sur l’animal, il reste très difficile d’extrapoler ces
études à nos patients. La difficulté en est accrue lorsqu’ils sont porteurs de
polypathologies, de polymédications ou ont des comportements addictifs modifiant
l’environnement tissulaire (tabac, alcool). De plus, la transposition des protocoles, de
l’animal à l’homme, se heurte à de nombreux obstacles comme par exemple le devenir
et le comportement des cellules à long terme, le système de délivrance adéquat ou le
choix de la source cellulaire optimale.
Les MSCs d’origine dentaire sont favorablement disponibles pendant la jeunesse d’un
individu, lors d’avulsion de dents retenues ou de germes.
Dans l’objectif d’un usage autologue, elles peuvent être cryoconservées dans des
banques de stockage prévues à cet effet. Actuellement, ces structures sont interdites
en France.
La législation française doit-elle tenir sa position à l’encontre de leur développement sur
le territoire?
La création de biobanques à visée autologue, de statut privé à but lucratif, introduit un
nouveau paramètre d’injustice. Ces infrastructures favoriseraient les plus fortunés,
capables de s’acquitter des frais de prestations du stockage, dans l’attente de
perspectives thérapeutiques. Tandis que le développement de biobanques à statut
public, alors ouvertes à tous, risqueraient de devenir une lourde charge pour la société
et accentueraient l’inégalité entre les collectivités, tant nationales que locales.
70
Les scientifiques se penchent plutôt vers un usage allogénique des cellules souches
dentaires, permettant le développement de thérapies disponibles à un nombre plus
étendu de patients grâce au typage HLA. Les sources extra orales de MSCs, comme le
tissu adipeux, semblent constituer une bonne alternative à de futures applications
autologues.
Notons que comme toute nouvelle technologie, les questions surgissent plus vite que
les réponses. D’autant plus que les enjeux outrepassent les cadres scientifiques,
juridiques, éthiques et concernent également les domaines industriels et économiques.
Ces multiples interrogations sur le grand espoir créé conduisent à espérer une
démarche scientifique mondiale pour valider ou infirmer la pertinence de l’usage des
cellules souches dentaires. Espérons que la France, techniquement en pointe dans ce
domaine, en soit un moteur déterminant.
71
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Les cellules souches amniotiques présentent des propriétés anti-inflammatoires similaires aux cellules dérivées de la moëlle osseuse, mais elles sont considérées comme multipotentes et avec une faible immunogénicité, ce qui les rend potentiellement plus assimilables par l'organisme. De plus, leur obtention ne nécessite pas de prélèvement invasif contrairement aux cellules mésenchymateuses de la moelle osseuse, qui imposent parfois une hospitalisation .
Les cellules souches mésenchymateuses de la pulpe dentaire se distinguent par leur facilité d'accès et leur forte capacité de prolifération et de différenciation en cellules semblables à des odontoblastes, essentielles pour la régénération dentaire. Contrairement aux cellules de moelle osseuse qui nécessitent des procédures invasives, les cellules de la pulpe dentaire sont plus accessibles et protégées, mais elles doivent être collectées lors d'avulsions dentaires, limitant leur disponibilité .
Le principal défi lié à l'utilisation des cellules souches mésenchymateuses du sang de cordon est leur nombre limité, ce qui restreint leur champ d'application à des cas particuliers. Par ailleurs, bien que le prélèvement de ces cellules soit moins invasif, l'étape de cryoconservation pose des problèmes fonctionnels et éthiques. Ces cellules restent toutefois plus faciles à traiter par l'organisme en raison de leur immaturité, réduisant ainsi le risque de rejet .
Les cellules souches pulpaires dentaires, ou DPSCs, sont multipotentes, capables de se différencier en différents types cellulaires, et ont un potentiel thérapeutique élevé pour la régénération de tissus durs comme la dentine et l'os. Cependant, leur disponibilité diminue avec l'âge en raison de la rétraction de la pulpe, ce qui limite leur utilité chez les personnes âgées .
Les cellules souches dentaires ont l'avantage d'être facilement accessibles lors d'avulsions dentaires, notamment chez les jeunes adultes. Elles sont multipotentes, protégées de manière naturelle contre les contaminants extérieurs, et ont une forte capacité de multiplication. Ces caractéristiques les rendent particulièrement attrayantes pour la médecine régénérative, surtout comparées aux sources nécessitant des procédures invasives comme la moelle osseuse .
L'alternative aux cellules souches embryonnaires est l'utilisation des cellules souches adultes, notamment celles recueillies à partir de tissus spécialisés ou grâce à la reprogrammation de cellules somatiques en cellules pluripotentes. Ces alternatives posent moins de problèmes éthiques et ne nécessitent pas la destruction d'embryons. Les cellules souches adultes ont aussi un faible taux de rejet par l'organisme et sont généralement plus sûres en termes de contamination par des agents infectieux .
L'utilisation des cellules souches embryonnaires est freinée par des questions éthiques majeures, principalement parce que leur prélèvement nécessite la destruction d'embryons, ce qui soulève des débats sur la moralité et les notions de vie et de droits des embryons. En dépit de leur fort potentiel thérapeutique, l'absence de protocoles thérapeutiques et d'essais cliniques sur l'homme à ce jour renforce ces préoccupations éthiques .
Les thérapies utilisant des cellules souches autologues, issues du patient lui-même, sont mieux tolérées et n'entraînent pas de réponse immunitaire, mais leur approvisionnement est souvent limité et nécessite des techniques invasives. En revanche, les cellules souches allogéniques, provenant d'un autre individu, sont immédiatement disponibles en plus grand nombre et nécessitent des biobanques pour leur stockage, mais elles présentent un risque de rejet moindre grâce à un typage HLA compatible .
La dédifférenciation des cellules souches somatiques peut être influencée par divers facteurs comme l'âge de l'individu, les conditions de prélèvement, et le milieu de culture. Ces facteurs affectent leur potentiel thérapeutique, car une capacité réduite à redifférencier ou à maintenir une multipotence limite les applications régénératives, augmentant aussi le potentiel que ces cellules développent des anomalies chromosomiques lors de cultures prolongées .
La cryoconservation est essentielle pour préserver la viabilité des cellules souches périnatales sur le long terme, mais elle pose des défis en termes de maintien des propriétés cellulaires intactes et de la maîtrise de la contamination. Les problématiques fonctionnelles incluent également la potentialité de perte de viabilité ou de différentiation après décongélation. Ces risques rendent le processus délicat et imposent des standards éthiques et techniques élevés .