Théories économiques de l'économie sociale
Théories économiques de l'économie sociale
Elles se situent aussi dans les travaux de [Link] (1992) et de B Enjolras (1995).Cependant
rappelons que l’approche du « Non Profit Organization » diffère de l’approche juridico-
institutionnelle et normative et de l’approche de l’économie sociale par la coopérative comme noyau
de référence. exclut les coopératives et mutuelles, au motif qu'elles peuvent distribuer une partie de
leurs bénéfices aux membres.
La coopérative relève t– elle du secteur des organisations à but non lucratif ?Comparativement aux
critères énoncés, on peut dire en effet que comme les OSBL, les Organisations Coopérativeset de Type
Coopératif (OCTC) sont formelles, privées, auto-dirigés, comportent un niveau de participation
volontaire de bénévoles, ne sont pas religieuses et sont non politiques (cf. Encadré n°1 ci-après pour la
définition du secteur sans but lucratif selon le courant de pensée du « Non Profit Organization »).Seul
le quatrième critère, celui de la non distribution des profits ne fait pas l’unanimité. Si la coopérative est
conçue comme une entreprise qui réalise et distribue du profit, (thèse des auteurs J.H.U) Alors, elle doit
être exclue du domaine des OSBL. Si la coopérative est classée comme une organisation dont les
fonctions premières ne sont ni la réalisation ni la distribution de profit, alors elle relève bien du secteur
des O.S.B.L.
Cette deuxième thèse est celle défendue dans la présente analyse. Il en est ainsi parce que les OCTC2
sont productrices de bien collectif, un bien ayant les caractéristiques d’un bien public. Bien qu’elles
évoluent dans une économie de marché et sont soumises à des contraintes notamment des contraintes de
2
Le concept d'Organisation Coopérative et de Type Coopératif (OCTC) comporte donc un double aspect normatif
et positif : normatif, c’est l’acceptation de la coopérative dans sa définition organique universelle ; positif, c’est
la prise en compte de la réalité telle quelle par le repérage du "type coopératif", vocable qui désigne un ensemble
d'organisations qui disposent d’un « embryon d’activités économiques » organisées selon la logique non
marchande de priorité de services aux individus ou à la collectivité. Le type coopératif dans le cas Burkinabè
désigne principalement les groupements villageois et divers groupements professionnels des milieux artisanaux,
informels et urbains, caractérisés habituellement de "pré-coopératif". Le qualificatif de "type coopératif" a été
préféré à celui de "pré-coopératif" utilisé dans la littérature officielle; cela, pour deux raisons fondamentales : en
premier lieu, le "pré-coopératif" suppose une évolution de ces types d'organisation vers les coopératives alors qu'à
l'heure actuelle, certaines "pré-coopératives" réalisent de bien meilleures performances coopératives que des
organisations classées comme coopératives par la nomenclature officielle. En deuxième lieu, le qualificatif de pré-
coopératif pose un autre problème classificatoire : celui des groupements "Naams". Ces derniers ne se considèrent
ni comme "pré" ni comme "post" coopératif; ils revendiquent leur identité propre. Ils sont
5
coûts, elles ne mettent pas au centre de leurs préoccupations la réalisation d’un profit. Ce qui les
caractérise, c’est bien « la préférence pour l’activité par comparaison avec la rentabilité d’un placement
équivalent » (C. Vienney 1994) ou encore, la préférence pour l’accessibilité du produit à faible prix
plutôt que la maximisation du profit total. Dès lors l’analyse de l’émergence des coopératives peut
s’inspirer des développements récents de l’analyse économique pour expliquer l’émergence des OSBL.
Encadré 1- la définition du secteur sans but lucratif de Salomon et Anheier, 1992( Extrait de E.
Archambault, Revue RECMA N°261, p. 39)
La définition du secteur sans but lucratif
Le secteur sans but lucratif peut être défini comme l’ensemble des organisations qui sont
simultanément :
Formelles, c’est-à-dire institutionnalisées. Dans certains pays ; l’institutionnalisation est
marquée par une longue procédure d’incorporation. Dans d’autres, comme la France, une
simple déclaration suffit. Ce critère exclut les associations non déclarées et les associations
éphémères (commémoration du Bicentenaire…) ;
Privées, c’est-à-dire distinctes de l’Etat et des collectivités territoriales. Les représentants des
pouvoirs publics ne doivent pas être majoritaires dans le conseil d’administration. En revanche,
un financement public, même très important, ou la présence minoritaire de représentants de
l’Etat ou des collectivités territoriales au conseil d’administration est admissible. Ce critère
exclut les associations visiblement para-administratives ;
Indépendantes, c’est-à-dire que les organisations doivent avoir leurs propres règles de
direction et instances de décision et qu’elles ne doivent pas être contrôlées par une entité
extérieure, que ce soit une administration publique, une entreprise ou une autre association.
L’existence d’un budget propre est un critère important d’indépendance ;
Ne doivent pas distribuer de profit à leurs membres ou à leurs administrateurs. Elles peuvent
réaliser un profit, mais celui-ci doit être réinvesti afin de mieux servir l’objet social, et non
distribué ou ristourné. En ce sens, elles ne sont pas commerciales à titre principale. Ce critère
élimine la plupart des coopératives et des mutuelles, ainsi que les associations qui sont des
entreprises lucratives déguisées ;
Elles doivent comporter un certain niveau de participation volontaire de bénévoles et/ou de
donateurs, même si celle-ci se limite au bénévolat des membres du conseil d’administration.
de même l’adhésion doit être volontaire et non obligatoire. Ce critère élimine les associations
et les caisses de sécurité sociale.
Les organisations ne doivent être ni religieuses, ni politiques à titre principal ; ce qui exclut les
associations culturelles, les congrégations et les partis politiques.
Les contributions majeures dans la catégorie des théories économiques explicatives de l’émergence du
secteur non marchand se réfèrent pour l’essentiel sur le plan théorique soit :
à l’économie publique avec notamment la théorie des biens publics ou biens collectifs de
Burton Weisbord, qui repose on le verra sur l’équilibre de Lindahl ;
aux Echecs de marché avec une insistance sur l’asymétrie de l’information et ou
l’incomplétude des marchés. C’est le cas de la théorie de la confiance de Henry Hansmann,
celle de la théorie des stakeholders et l’approche de J. Stiglitz (1988) ;
à la théorie des choix collectifs quand il est question de la thèse de l’hétérogénéité ou de
la théorie de l’entrepreneur politique de E James
à l’économie des coûts de transaction.
6
Cette explication (Weisbrod 1977) est inspirée de l’économie publique et plus particulièrement de
l’équilibre de Lindahl qui traite de la problématique du financement et de la production optimale de
biens publics. L’explication se fonde sur une certaine conception normative de l’émergence des OSBL.
Celles-ci se présentent en effet comme une réponse aux défaillances du marché et aux défaillances de
l’Etat. Puisque le marché et l’Etat sont incapables de satisfaire l’éventail des besoins des agents
économiques, ceux-ci se voient obliger dans certaines circonstances de s’organiser en OSBL pour
produire sous forme collective, les biens et services non pris en charge, ni par l’Etat, ni par le marché.
Mais quels sont ces biens que les OSBL sont-elles susceptibles de produire ? Il s’agit pour l’essentiel de
biens et services collectifs ? En quoi cela consiste-t-il et pourquoi ?
Les biens de la catégorie B1 sont les biens privés par excellence : le rationnement est désiré et désirable,
le rationnement est possible de sorte que tout utilisateur est obligé de payer le prix. Ce sont les biens
dont la production et l’acquisition sont assurées efficacement par le marché.
Les biens de la catégorie B2 sont les biens et services collectifs purs, publics : il y a non rivalité dans la
consommation, c’est à dire que la consommation simultanée par un consommateur supplémentaire
n’enlève rien au bien être des autres consommateurs ou encore, que plusieurs consommateurs peuvent
consommer simultanément le même bien sans que le bien être des uns et des autres ne s’en trouve
diminuer. Le coût marginal d’un consommateur supplémentaire est nul. En outre l’exclusion est
impossible ou trop coûteuse pour le bénéfice éventuel qu’on en tire : c’est le cas de l’éclairage public,
7
Les biens de la catégorie B3 constituent une première catégorie de biens collectifs mixtes, combinant les
caractéristiques de la non-rivalité et de la possibilité d’exclusion. Il s’agit généralement de biens et
services à capacité limitée, donc des biens pour lesquels, jusqu’à concurrence de la limite de capacité,
la consommation par les premiers utilisateurs n’empêche pas celle par d’autres personnes. C’est le cas
d’une salle de cinéma dont la capacité d’accueil est effectivement limitée mais où la consommation n’est
pas rivale tant que capacité limite n’est pas atteinte et qui présente en même temps l’avantage d’une
exclusion qui n’est pas coûteuse.
Les biens de la catégorie B4 constituent une deuxième catégorie de biens collectifs mixtes, combinant
cette fois-ci, la rivalité avec l’impossibilité d’exclusion. Il s’agit des situations d’exploitation collective
de ressources naturelles : pâturages communautaires, ressources fauniques etc. Dans ce cas
l’exploitation est rivale en effet puisque l’exploitation par une personne supplémentaire diminue la
quantité disponible pour les autres, mais malgré cet inconvénient, les premiers exploitants n’ont pas de
moyens légaux pour interdire aux autres l’accès à ces ressources. La logique économique et la rationalité
des individus voudraient que sans intervention appropriée, ce type de ressource est exploitée jusqu’à
épuisement (« la tragédie des Commons » de Hardin).
obtenir une quantité de bien collectif plus élevé. Pour éviter l’insatisfaction des usagers, il conviendrait
de pouvoir moduler le prix pour chaque individu, de façon à imposer à chaque contribuable un prix
correspondant à la satisfaction marginale qu’il retire de la quantité offerte. La solution à ce problème est
donnée précisément par le résultat théorique qui est connu en économie publique sous l’intitulé
d’équilibre de Lindahl. Avec l’équilibre de Lindahl, non seulement le bien collectif est effectivement
financé par la contribution marginale de chaque utilisateur, mais chaque utilisateur paie pour le bien
collectif le prix correspondant à la satisfaction qu’il en tire. Il résulte que tout équilibre de production
de biens collectifs qui n’est pas un équilibre de Lindahl risque de laisser des agents économiques
insatisfaits de leur situation. C’est de ce résultat théorique d’économie publique que Weisbrod (1977)
tire son explication de l’émergence des OSBL. L’explication s’inspire des caractéristiques de la
demande et met en relief la demande de bien public sous satisfaite.
Son explication envisage une économie où les agents économiques sont supposés rationnels et
maximisent donc leur utilité, dans laquelle l’état de la technologie est connu et qui dispose d’un
ensemble de possibilités de production permettant aux agents d’acquérir des biens privés et des biens
collectifs. L’utilité des agents économiques se mesure par leur consommation en biens privés et
collectifs. Il se demande quelle sera le volume de biens collectifs que le gouvernement pourra assurer ?
Ce volume est fonction de la norme qui est retenue pour mesurer l’influence de la demande des électeurs
sur le comportement du gouvernement d’une part et d’autre part du mode de financement retenu par le
gouvernement.
La théorie formule deux hypothèses d’économie publique. La première est que l’équilibre de Lindahl
(cf. encadré ci-après) ne peut être atteint quel que soit le système d’imposition mis en œuvre par le
gouvernement ; il en découle que la contribution d’un agent économique au coût du bien collectif (taux
marginal d’imposition) n’est pas égale à l’utilité marginale qu’il en retire (taux marginal de satisfaction).
En effet, un système d’imposition menant à l’équilibre de Lindahl devrait permettre au Gouvernement
d’annoncer différents taux d’imposition correspondant à des niveaux d’offre de biens collectifs jusqu’à
ce que les agents s’accordent sur le volume de consommation des biens collectif.
La seconde hypothèse, formule que le niveau de bien collectif offert par le gouvernement est fonction à
la suite d’un vote, de l’électeur médian. Il s’en suit que cette offre n’apporte pas de réponses aux
demandes spécifiques des agents.
Ces deux hypothèses ont pour conséquences que de nombreux consommateurs de biens collectifs sont
insatisfaits ; les uns étant sur-satisfaits et les autres sous-satisfaits. L’ampleur de cette insatisfaction étant
fonction du degré d’hétérogénéité des agents selon leurs goûts, leurs revenus etc.
« Les consommateurs sous satisfaits ont la possibilité parmi d’autres (migrer, créer un niveau local de
gouvernement, recourir aux organisations lucratives) de créer des organisations non lucratives afin
d’accroître l’offre de biens collectifs jusqu’à ce que leur demande soit satisfaite. La production de biens
collectifs par des organisations non lucratives apparaît alors comme une solution de second rang »
La théorie de Weisbrod explique pourquoi l’offre privée de biens public existe mais ne parvient pars à
expliquer pourquoi cette offre prend la forme d’organisations non lucratives.
Par échecs de marché, la théorique désigne, l’incapacité du marché dans certaines circonstances à
assumer avec efficacité sa fonction allocative. Dans l’analyse économique conventionnelle, le
fonctionnement des marchés repose sur le postulat de transparence et d’adéquation entre information et
prix. Autrement dit, l’information qui circule sur les marchés est homogène et accessible sans coût à
tous les agents économiques et est synthétisée par le mécanisme des prix. Les offreurs et les demandeurs
étant parfaitement informés sur les caractéristiques des biens échangés, ils peuvent différencier les biens
de bonne qualité et de ceux de mauvaise qualité, les prix de ces biens s’ajustant automatiquement pour
refléter les différences de qualités. Or d’une part, le vecteur prix, bien que jouant un rôle important dans
la transmission des informations nécessaires aux agents économiques pour la prise de décision, n’est
pas le seul vecteur d’information fondamental3 ; d’autre part le postulat de la transparence met de coté,
le fait que l’obtention de l’information sur les caractéristiques des biens peut s’avérer difficile voire
impossible sur certains marchés en raison de l’hétérogénéité de ces biens et du fait que leur acquisition
a un coût ; il occulte aussi le fait que certains agents économiques détiennent de façon consciente ou
stratégique par dévers eux, l’information dans leurs relations avec les autres (existence d’une valeur
stratégique de l’information ou la mise en œuvre tactique de l’information). Dès lors que l’information
qui circule sur les marchés est beaucoup moins homogène, incomplète et que pour les acquérir les agents
peuvent supporter des coûts, on dit qu’il y a asymétrie d’information car tous les agents économiques
ne disposent pas du même stock d’informations.
L’asymétrie d’information est à l’origine de phénomènes tels l’anti-sélection et le risque morale dans
les transactions entre agents économiques. L’anti-sélection ou sélection adverse concerne les situations
où une partie prenante à la transaction ne peut pas observer le type ou la qualité des biens disponible,
3
On peut citer à ce propos d’autres vecteurs à caractère quantitatif comme la variation des stocks, ou à caractère
qualitatif comme le salaire d’efficience
10
information qui est pourtant détenu par l’autre partie prenante de la transaction. C’est un problème de
type ou de caractéristique caché.
Le risque moral ou hasard moral, a trait aux situations où une partie prenante à la transaction peut agir
de façon à léser l’autre partie, parce que cette dernière ne peut pas observer son comportement qui a
cependant une incidence sur la valeur de la transaction. Ainsi dès lors qu’une partie dans une transaction
n’est pas inciter à respecter ses promesses parce que son comportement n’est pas observable par l’autre
partie, il y a risque moral. Le défaut d’observabilité peut provenir soit de l’incompétence de
l’observateur qui n’est pas capable de déterminer si l’autre partie adopte dans les faits le comportement
optimal.
Dans ces deux cas d’asymétrie d’information, le producteur dispose d’une information (privée et cachée)
sur la qualité du produit ou du service et comme le consommateur n’est pas en mesure d’évaluer
correctement la qualité ou la quantité du produit ou du service, le producteur est incité à tirer parti ou
avantage de la situation.
La sélection adverse et le risque moral posent des problèmes très importants pour le fonctionnement
optimal des marchés, car ils peuvent limiter la réalisation des transactions mutuellement avantageux (la
partie la moins informée peut refuser l’échange ou la signature du contrat) ou donner lieu à un
opportunisme dans les transactions (la partie la plus informée va utiliser son information privée dans on
seul intérêt ou profit). On parle alors d’échec de marché ou de défaillance du marché car la coordination
par le marché se révèle inefficace.
La thèse de la confiance, examine les conditions dans lesquelles le marché, bien que mettant en relation
des organisations lucratives c’est-à-dire des organisations dont l’objectif est la recherche de profit, en
concurrence, ne mène pas à une situation optimale. Elle se focalise sur les problèmes dus à des
différences d’informations entre agents économiques qui relèvent des situations d’asymétrie
d’information et constituent des cas d’échec de marché. Les agents économiques, compte tenu de
l’asymétrie d’information, peuvent ne pas avoir confiance en la capacité d’allocation du marché. Ils
peuvent craindre en effet que la qualité du bien ou service offert par le marché soit en dessous de ce
qu’ils sont en droit d’attendre. Comment faire pour garantir la conformité des biens aux produits et
services attendus par les consommateurs ? Guider par la contrainte de maximisation du profit, le
producteur privé ne sera-t-il pas tenter de tirer d’exploiter à son avantage l’asymétrie d’information ?
La théorie de la confiance répond par l’affirmative à cette dernière question et formule a contrario,
l’hypothèse, que la contrainte de non distribution qui caractérise les organisations sans but lucratif, réduit
l’incitation qu’aurait une organisation non lucrative à tirer profit de l’asymétrie d’information. Cette
contrainte rappelons le, traduit le fait que ces organisations ont pour règle de ne pas distribuer de profits
11
même s’il en existe mais plutôt de les réinvestir dans l’organisation. Dès lors, dans cette situation
d’asymétrie, et par rapport au marché, l’organisation sans but lucratif inspire confiance y compris
précisément dans les situations où la qualité du produit n’est pas observable. L’exemple du centre
d’accueil d’enfants handicapés ([Link] 1992) est assez illustratif : considérons « l’accueil d’enfants
handicapés dans une institution dont les responsables connaissent, bien mieux que les parents concernés,
la quantité et la qualité des services fournis aux enfants. Une telle asymétrie de l’information fera
craindre aux parents (« acheteurs » du service) que l’organisation productrice tire parti de sa situation
de supériorité et offre des services de faible qualité si son objectif est de faire un maximum de profit.
Par contre, il auront davantage confiance si le service est fourni par une NPO, car la contrainte de non-
distribution du profit éventuel fera que la NPO sera beaucoup moins incitée à adopter un tel
comportement 4».
Le bénéficiaire tout le comme le donateur sont tous les deux dans une situation d’asymétrie et dans ces
conditions les organisations sans but lucratif peuvent conduire à une situation socialement meilleure
(contrats optimaux) que dans les cas d’organisations lucratives.
Le concept de confiance se réfère ici à une situation dans laquelle les consommateurs calculent la
probabilité d’occurrence d’une comportement opportuniste de la part du producteur. Comme les
organisations sans but lucratif sont assujetties à la contrainte de non distribution des profits potentiels,
elles apparaissent comme organisation retirant peu d’avantage dans une situation d’asymétrie par un
comportement opportuniste. Elles sont de ce fait plus fiables et plus prévisibles que les organisations à
but lucratif. Elles disposent de ce fait, d’un avantage comparée sur les organisations à but lucratifdans
l’offre de biens ou de services pour laquelle, une climat de confiance est une condition nécessaire pour
la mise en œuvre de la transaction.
Hansman élargit le raisonnement aux donateurs des organisations à but non lucratif. Il suppose que le
donateur est un client qui cherche à accroître en quantité et en qualité le produit des organisations non
lucratives auxquelles il affecte ses dons. Une telle relation est caractérisée par une asymétrie
d’information concernant l’utilisation qui va être réellement faite du don par l’organisation. Ici aussi il
montrer que l’organisation sans but lucratif engendre plus de confiance entre le donateur et
l’organisation sans but lucratif qu’entre le donateur et l’organisation à but lucratif.
Fama et Jensen (1983) ont quant à eux, analysé la relation entre le donateur et l’organisation non
lucrative en termes de relation principal- agent. Ils considèrent que l’absence de prétendant résiduel
(residual claims) liée à la contrainte de non distribution permet d’éviter la relation principal-agent entre
le donateur et le prétendant résiduel ; c’est-à-dire le propriétaire, et explique la domination des
organisations non lucratives dans les activités financées par les dons . »
La thèse de la confiance ne permet de justifier que l’existence d’une portion infime des organisations
relevant du secteur sans but lucratif. Elle s’avère incapable d’expliquer pourquoi les échecs de marché
ou les échecs contractuels sont comblés par le secteur sans but lucratif plutôt que par le secteur public
et elle n’explique pas non plus selon Helmut K. Anheier (1996), la persistance et le développement de
ce secteur dans les domaines d’activités pour lesquelles des différences de confiance ne sont lus un
facteur important. Elle repose en outre sur une hypothèse très fort, la confiance a priori faite aux OSBL
à partir de la contrainte de non distribution de profit. L’hypothèse alternative tout aussi crédible,
considérer les initiateurs d’OSBL comme des entrepreneurs politiques, dans la perspective de la théorie
4
Cf. : [Link] (1992) Vers une économie politique des associations ; Rapport général préparé pour la
Commission 4 « Vie associative et fonctions collectives » du 10 ème congrès des Economistes Belges de Langue
Française sur les « fonctions collectives dans une économie de marché », Mons novembre 1992 ; p.23.
12
des choix collectifs, permet de doter ceux-ci d’une fonction objectif propre. Dans ces cas, même avec la
contrainte de non distribution du profit il n’est pas certain que les OSBL ne cherchent pas à tirer profit
de l’asymétrie d’information.
Dans cette approche, l’OSBL est définie comme « une coalition d’individus qui s’associent afin de
s’offrir et de fournir à d’autres des biens ou des services qui ne sont pas offerts de façon adéquate ni par
les organisations lucratives ni par les organisations publiques ». L’OSBL se compose de deux types de
partie-prenantes :
les partie-prenantes du côté de la demande qui paient pour la consommation d’un bien
(consommateur) ou qui subventionnent la consommation d’un bien par quelqu’un d’autre
(donateurs, financeurs)
et les partie-prenantes du côté de l’offre qui valorisent les bénéfices qu’ils peuvent tirer d’une
autre activité ou d’un comportement de « free rider ».
L’existence d’OSBL résulte alors de la confrontation d’une demande et d’une offre pour ces
organisations. Elle constitue une réponse plus appropriée à un problème que l’échange marchand
n’aurait pas pu résoudre dans les conditions d’asymétrie d’information.
L’OSBL constitue un moyen pour les parties - prenantes du côté de la demande de contrôler
l’organisation. Dans ces conditions, une organisation non lucrative sera créée s’il existe des parties -
prenantes du côté de la demande qui tirent plus d’avantage de l’existence de l’organisation que toute
autre solution. Ceux parmi les parties - prenantes, qui tirent le plus grand avantage de l’existence et du
contrôle de l’organisation vont être à l’origine de la création de l ‘organisation.
5
Le terme de stakeholderselon Helmut K. A, n’a pas d’équivalent en français ; il désigne l’ensemble des parties
prenantes autres que les dirigeants : adhérents, administrateurs, financeurs.
13
Les travaux récents de Stiglitz (1988) sont aussi un exemple des approches qui font de l'asymétrie
d'information et de l'incomplétude des marchés des facteurs explicatifs de l'émergence d'institutions.
Ces travaux s’intéressent à la question de savoir : pourquoi, des institutions en apparence inefficaces sur
le plan économique sont largement répandues dans les pays en développement ? Sans doute que parce
que le système de marché est incomplet, que ces formes de contrat (institution), apparemment inefficaces
dans un contexte de marché complet, répondent tout même à un besoin et constituent des solutions
institutionnelles économiquement rationnelles compte tenu du contexte (de marché incomplet) dans
lequel s’exerce l’activité économique dans les pays en développement. Stiglitz insiste en effet, sur les
asymétries d’information qui font qu’il est nécessaire de trouver les incitations pour que les agents
révèlent correctement leurs caractéristiques.
Le cas des marchés financiers est particulièrement instructif. Les marchés financiers sont ceux pour
lesquels le cadre institutionnel des pays en développement est le plus éloigné des conditions idéales
postulées par la théorie néoclassique standard. On pourrait formuler le modèle qui donne lieu à la
naissance d’une OSBL dans le domaine du crédit de la manière suivante :
s’il y absence d’actifs que les emprunteurs potentiels pourraient apporter en nantissement,
et
s’il y a en absence d’information sur la qualité des emprunteurs et des projets à financer,
s’il y a incomplétude des marchés du fait de l’absence ou de l’inefficacité du marché
d’assurance contre les risques de non remboursement.
Alors, le rationnement du crédit a tout lieu d’être observé dans les pays en développement, et par la
suite une partie importante des transactions financières se fait à travers des institutions informelles qui
peuvent être des OSBL de type coopératif, où le contrôle des emprunteurs repose sur des relations
interpersonnelles. Les problèmes d’asymétrie se combinent avec ceux plus généraux, de coûts de
transactions élevés.
Il faut bien comprendre ici que l'échec de marché naît d'une contrainte interne au marché liée d’une part,
à l’existence d’asymétrie de l’information entre prêteur et emprunteur et d’autre au caractère incomplet
du marché du fait de l’absence d’un marché des risques. Cela se traduit pour le prêteur à face une
clientèle potentielle qui n’est pas obligée de révéler ses préférences par une difficulté de distinguer la
nature des risques qu’il court en accordant des prêts (coût de l'information). Cela se traduit aussi dans le
cas des emprunteurs incapables de présenter des garanties par l’absence d’un marché de risques car
aucun assureur n’est prêt à couvrir le risque de non remboursement ou les aléas naturels d’une telle
transaction. L’OSBL de type coopératif est plus apte à résoudre ce type de problème.
L’explication s’inscrit dans le cadre de la théorie des choix publics, une extension du modèle néo-
classique de l’échange marchand, à l’analyse de la politique ; cette analyse économique de la politique
est une remise en cause de l’approche traditionnelle de l’Etat en terme d’intérêt général, cette approche
qui ne voyait dans le décideur politique, qu’un exécutant (passif) d’une politique définie en fonction
des préférences révélées par les usagers électeurs. Au contraire, la théorie des choix publics détecte sous
le voile du décideur politique altruiste agissant pour l’intérêt général, l’action d’un entrepreneur
14
politique doté d’une fonction-objectif spécifique. Cette approche de la théorie des choix publics est
également applicable aux administrations, aux organisations, aux associations aux institutions et toutes
autres structures susceptibles de représenter un intérêt collectif ou public. Une théorie de
l’entrepreneuriat politique appliquée aux ONG voit par exemple dans celles-ci une création des élites
ou hommes politiques nationaux en vue d’accaparer les ressources extérieures transitant désormais par
ces réseaux. L’entrepreneur politique de type ONG s’inscrit dans le double espace du village et de la
ville car il semble que, « plus que le circuit international, c’est en effet le détour par le local qui semble
être aujourd’hui la ressource la plus importante du succès de ces nouveaux types d’entrepreneurs. De
même, les Associations Locales de Développement qui connaissent une augmentation accélérée ces
dernières années peuvent être analysés aussi comme l’œuvre d’entrepreneurs politiques d’un genre
particulier : constituées sur une base territoriales variable (quartier, village, commune, district..) celles-
ci se distinguent des autres formes d’organisations actives en milieu rural en ce qu’elles sont
généralement créées et dirigées par des élites urbaines, cadres ou intellectuels souvent issus de la
fonction publique et originaires d’une même localité. Ces espaces de solidarité locale (…) vont
constituer les premiers cadres de la nouvelle société civile en émergence, mais aussi les premiers
échelons de la légitimation des intellectuels qui forgent ainsi (…) leur capital politique »6.
La théorie de l’entrepreneur appliquée aux OSBL ([Link] 1989) est fonde son explication sur les
caractéristiques de l’offre en soulignant la nécessité de la fonction entrepreneuriale propre aux
organisations sans but lucratif. C’est une analyse de l’entreprenariat non lucratif. La théorie de [Link]
est limitée toutefois à l’espace religieux : les organisations sans but lucratif, seraient le fait d’un
entrepreneur d’un genre particulier, un entrepreneur religieux, dont l’objectif n’est pas la maximisation
du profit mais la maximisation de la foi c’est-à-dire le nombre de leurs adhérents ou tout autre fonction-
objectif d’inspiration altruiste. La théorie de E. James se base en effet sur le fait que de nombreuses
organisations non lucratives sont fondées par des organisations religieuses ou idéologiques afin d’offrir
des services qui satisfont ou créent des demandes hétérogènes. L’observation des faits confirme en effet
que, historiquement, la production privée sans but lucratif de services sociaux, médicaux ou éducatifs
([Link] 1992) n’a pas été lancée par des entrepreneurs individuels mais bien par des groupes animés
par des motivations d’ordre religieux ou idéologique. « Par de tels services, ces groupes cherchaient à
vivre et à promouvoir leur foi ainsi qu’à recruter un maximum de membres. D’ailleurs, selon [Link],
on peut vérifier que ces services privés non lucratifs se sont le plus développés et sont encore aujourd’hui
concentrés dans les régions marquées par une concurrence entre des groupes religieux forts et
organisés ».
La notion de demande hétérogène recouvre le fait que chaque consommateur n’exprime pas la même
demande vis-à-vis d’un même bien. L’Etat à travers son offre ne prend en compte que les préférences
partagées par le plus grand nombre en référence à l’électeur médian. Les préférences hétérogènes
reposent sur les différences religieuses ou linguistiques ou sur l’hétérogénéité culturelle. Aussi de par
leur fonction entrepreneuriale, ces organisations, vont par conséquent se développer dans les secteurs
d’activités qui participent à la formation d’idées, des goûts et à la socialisation des individus. Ce sont
notamment les domaines de la santé, de l’éducation ; des services sociaux.
Dans cette approche, la contrainte de non distribution un est facteur secondaire et l’explication de
l’émergence des organisations sans but lucratif repose sur la présence d’entrepreneurs religieux ou
6
Cf.:[Link] 2000, in Société Civile et espace public en Afrique, Bulletin du CODESRIA, N°1, 2000 pp.40-47,
Dakar.
15
d’entrepreneurs porteurs de valeurs idéologiques qui maximisent des profits non financiers. Le motif
reste toujours le profit ; mais on a à faire ici à un profit d’une nature non monétaire.
La théorie de l’entrepreneur si elle attire l’attention sur la fonction entrepreneur spécifique des
organisations sans but lucratif, n’arrive pas clarifier le rôle du secteur public dans son explication ; de
plus elle postule que l’hétérogénéité peut générer une demande effective.
L’approche de [Link] (1987) explique l’origine des OSBL en analysant les relations en termes
d’échec philanthropique. Il observe d’abord que les explications de l’origine des OSBL fondées sur les
caractéristiques de la demande ont un caractère quasi « anhistorique », car le processus d’émergence des
OSBL qui y est décrit, repose sur une perception de la société à l’intérieur de laquelle les organisations
publiques et le marché apparaissent comme pionniers et doivent satisfaire tous les besoins par le biais
des biens marchands et non marchands. Il remet ensuite en cause le fait que dans ces approches en
particulier celle tenant aux échecs de marché, les relations entre l’Etat et le secteur non lucratif soient
forcément exclusives et ce faisant, ces théories s’avèrent incapables de justifier le recours aux OBSL
par l’Etat ou la nécessité de leur réglementation.
Dans cette optique les OSBL apparaissent comme des phénomènes résiduels. Or selon l’explication de
Salomon, comparativement à l’Etat, l’OSBL est historiquement et analytiquement premier comme
fournisseur et initiateur de biens collectifs. Ce n’est que par la suite et en raison des limites de l’initiative
privée que l’Etat providence s’est déployé. L’intervention publique n’apparaît que lorsque l’initiative
philanthropique échoue à satisfaire les besoins sociaux..
Cette approche suggère une explication de l’origine des OSBL comme fournisseurs de biens collectifs
et le développement de l’Etat comme financeur et régulateur du secteur non lucratif. L’échec de
l’initiative philanthropique provient de 4 facteurs inhérents aux OSBL:
Il indique que les faiblesses de l’action volontaire correspondent aux forces de l’action publique et
réciproquement : l’Etat est en position de générer par l’impôt des ressources stables et d’un volume
suffisant, d’établir des priorités sur la base du processus démocratique, d’offrir un accès égal à tous aux
services publics et de standardiser la qualité des services. Le secteur non lucratif est en mesure de
personnaliser les prestations, d’opérer sur une échelle plus réduite que les bureaucraties, d’ajuster les
16
services aux besoins et de générer une certaine concurrence entre les offreurs. Cette complémentarité de
l’action volontaire explique que Etat et secteur non lucratif collaborent sur un mode partenarial plutôt
que de s’exclure mutuellement.
Le développement récent(7) de l’économie des coûts de transaction remonte aux travaux précurseurs
d'auteurs différents tels que : Frank Knight (1922) sur l'opportunisme dans la nature humaine) ;
Commons (1934) sur le risque dans l'échange et la reconnaissance de la transaction comme unité de
base de l'analyse organisationnelle ; Coase (1937) sur le coût social et les droits de propriété et plus
récemment [Link] (1972) sur une réflexion relative à l'économie industrielle(8), [Link] sur les
limites de l'organisation (1974), [Link] et [Link] sur l'organisation économique et le problème
de l'information (1972) et Williamson (1975) sur les coûts de transactions. Elle traite en quelque sorte,
des coûts qu'entraînent les deux modes alternatifs de coordination des activités des agents économiques
que sont le marché et l'organisation.
Sans remettre en cause le modèle traditionnel du marché, l'Economie des Coûts de Transaction (ECT)
admet que l'organisation soit, dans certaines conditions, un mode d'allocation plus efficace que le marché
(9). Ce serait le cas dans les situations de "passager clandestin", de coûts de production décroissants,
d'externalités positives ou négatives, d'incertitude ou d'asymétrie de l'information. Nous exposerons
succinctement les fondements de l'analyse et quelques propositions théoriques utiles pour la suite de
notre analyse avant de voir en quoi, elle peut être utilisée effectivement pour expliquer l'émergence et
les performances des OCTC.
Les coûts de transaction (Kenneth Arrow 1969) sont les coûts de fonctionnement du système
économique. Ils constituent ([Link] 1985) l'équivalent économique des frictions dans les
systèmes physiques. Les coûts de transactions sont entendus ex-ante (coûts associés à la rédaction, la
7
Williamson [Link] 1985; pp.21-26.
8
: Cf. [Link], "Industrial organization : a proposal for research"; in Transaction Cost Economics, Theory
and Concepts, Vol.1; edited by [Link] and [Link]; England, The International Library of Critical
Writings in [Link] 59-73; 1995;
9
: La coexistence entre le marché et l'organisation comme modes alternatifs de coordination est traduite par cette
image humoristique de [Link], reprise par Coase (1972;[Link] p.63) :"islands of conscious power in
thisocean of unconciouscooperationlike lumps of butter coagulating in a pail of buttermilk" (traduction in
[Link]-Frois 1992 p.395 : "des îlots de pouvoir conscients dans un océan de coopération inconsciente, comme
des morceaux de beurre flottant dans le babeure").
10
: [Link] classe ces récents développement de l'analyse économique dans la Théorie Standard Etendue.
17
négociation et la garantie d'un accord) et ex-post (coûts qui interviennent pendant l'exécution du
contrat)(11). L'effet de ces coûts comme facteur explicatif des formes institutionnelles semble
définitivement établi en particulier depuis les travaux de Williamson (1975; 1985). En tenant compte
des coûts de transaction, ce dernier propose une explication nouvelle de l'intégration des firmes, une
lecture plus positive des modes contractuels non standards (monopole, restriction à la vente etc.).
L'intégration d'une firme peut relever de la recherche de l'efficacité économique et non d'un objectif de
monopole :
"Alors qu'il était généralement présumé ([Link] 1985) que les restrictions à la vente et les
restrictions territoriales ainsi que d'autres formes similaires de contractualisation non-standard étaient
anti-concurrentielles, l'économie des coûts de transaction maintient l'hypothèse réfutable que de telles
pratiques ont pour objectif de garantir les transactions. Les firmes dont les actifs sont soumis à des
risques élevés (actifs spécifiques non rédéployables sans perte de valeur importante) sont incitées à
concevoir à une gouvernance de protection, une forme d'internalisation des coûts".
Considérons à titre d'illustration une transaction particulière. Celle-ci peut être exécutée suivant
plusieurs alternatives de coordination. L'ECT cherche par une analyse institutionnelle comparée le mode
de coordination le plus efficace.
Du Marché ou de l'Organisation (entendu au sens large), quel mode de coordination est le plus approprié
pour permettre au consommateur et au producteur de maximiser leur satisfaction et leur profit ? La
théorie micro-économique démontre dans ce cas, que le marché de concurrence pure et parfaite (c'est de
cela qu'il s'agit) est le seul mode de coordination qui garantisse une allocation optimale des ressources.
Le consommateur maximise sa satisfaction en dépensant son revenu tel que l'utilité marginale procurée
par une unité supplémentaire de pain acheté soit égale à la désutilité marginale que lui cause la dépense
d'une unité monétaire. Le producteur maximise son profit en égalisant le prix au coût marginal et en
rémunérant chaque facteur de production à sa productivité marginale.
En vérité, l'économie des coûts de transactions dit la même chose mais à partir d'une démarche
analytique différente. L'explication est de nature plus institutionnelle et micro-analytique, une
explication qui considère, non pas les fonctions d'utilité et de production des agents, mais la transaction
elle même et son processus d'internalisation. Ce qui importe n'est pas tant le choix optimal que la forme
organisationnelle optimale qui garantisse la réalisation effective de la transaction. Rappelons en effet
11
Ils sont de 4 types essentiellement : a) les coûts de mauvaise adaptation occasionnée par le fait que les
transactions se désajustent, b) les coûts de marchandage occasionnés si des efforts bilatéraux sont faits pour
corriger des divergences ex-post, c) les coûts d'organisation et de fonctionnement associés aux structures de
gouvernance auxquelles les conflits s'adressent, d) les coûts d'établissement d'engagement sûrs.
12
Pas d'information cachée de type sélection adverse, pas d'asymétrie dans la distribution de l'information etc.
18
qu'une optimisation sous contrainte donne habituellement les conditions économiques et techniques de
la réalisation de l'optimum mais ne dit rien des conditions institutionnelles qui garantissent précisément
la réalisation de cet optimum. Que devient en politique économique, un optimum théoriquement
réalisable mais concrètement impossible parce que les agents économiques ne sont pas honnêtes (risque
moral, sélection adverse etc.) ou bien ne tiennent pas leur promesse (opportunisme).
Supposons que le même consommateur désire se procurer maintenant, non plus un pain banal mais un
pain très spécial (farine de blé spéciale, ingrédients spéciaux et cuisson spéciale etc.). Il s'agit
manifestement d'un produit non standard dont la production nécessite un savoir-faire particulier et sans
doute des investissements spécifiques etc. Il ne s'agit plus alors de s'adresser à un boulanger quelconque,
mais à un boulanger qui va développer un savoir-faire particulier et acquérir probablement un
équipement requis en vue de la production d'une marchandise spéciale. En achetant sur le marché
ordinaire son pain à un producteur quelconque, (contractualisation discrète du marché) le consommateur
court le risque cette fois-ci de ne pas obtenir le pain spécifique qu'il désire. De même, (autre aspect
important de la transaction bilatérale à noter), en produisant un bien spécifique, pour une clientèle
spécifique et limitée, le producteur court également de son côté un grand risque de perte au cas où le
client serait défaillant. Dans ces conditions, l'établissement de contrats et/ou l'internalisation des coûts
de transaction au sein d'une même structure productive peut devenir une nécessité économique.
La problématique de l'économie des coûts de transaction découle de ces deux situations élémentaires.
Mais elle devient encore plus évidente lorsque les transactions dont il s'agit, mettent en cause des actifs
spécifiques.
"Les parties prenantes à un échange supporté par des investissements non négligeables en actifs
spécifiques à la transaction sont effectivement engagées dans une relation mutuelle d'échange bilatéral.
Harmoniser l'interface contractuelle qui réunit les parties, pour ainsi réaliser l'adaptabilité et promouvoir
la continuité, devient source d'une réelle valeur économique" (Williamson 1985: p49).
Les actifs spécifiques, du fait de leur caractère non redéployable, supportent des risques toujours plus
importants. Les risques encourus par les détenteurs d'actifs spécifiques et les coûts de transactions
peuvent être tels que, pour se protéger contre ces risques et diminuer les coûts de transactions, les
entrepreneurs sont amenés à internaliser ces transactions au sein d'une seule entreprise en s'intégrant
vers l'amont ou vers l'aval ou horizontalement. La théorie des coûts de transaction débouche ainsi sur
celle de l'intégration des unités industrielles.
19
Dans la situation 1, les actifs en cause sont de caractère très général donc facilement rédéployable (k=0),
les transactions effectuées n'ont pas besoin de structure de gouvernance protectrices (s=0). La
contractualisation discrète du marché suffit. On se trouve, comme nous l'indiquions tantôt dans le monde
de la concurrence pure et parfaite. C'est le cas analysé ci-dessus du consommateur qui veut s'acheter une
baguette de pain ordinaire sur un marché concurrentiel. Moyennant paiement, il accède au bien "sans
protocole".
Bien que les actifs impliqués soient spécifiques (k>0), les transactions du type 2 ne nécessitent pas de
garanties (s=0). Le prix d'offre rentable est élevé (P'>P"). Toujours par rapport au cas ci-dessus du
consommateur, celui-ci désire désormais du pain spécial. Bien que cela ait nécessité de la part du
boulanger un investissement spécifique, le consommateur refuse tout système de garantie. Dans ce cas,
la transaction s'effectue à un prix P' (situation sans garantie) supérieur au prix P" (situation avec
garantie). En payant un prix supérieur P'> P", l'acheteur paie en partie l'absence de garantie à laquelle il
a refusé de se soumettre. De telles transactions (Williamson [Link]) tendent à être instables dans un
contrat. Si le bien est spécifique, l'absence de garantie crée une instabilité contractuelle. De même, si le
bien est non spécifique, l'imposition d'une garantie crée également une instabilité contractuelle. Ces
situations instables peuvent revenir au type 1 (par substitution par le boulanger, d'une technologie à
caractère général à la technologie spécifique : le boulanger redéfinit son actif) ou évoluer vers le type 3
par acceptation par le consommateur d'une garantie préalable (institution d'une garantie contractuelle
protectrice du risque encouru par le producteur : s>0).
Le résultat essentiel qui découle de cette analyse est la suivante : dès que la transaction implique des
investissements spécifiques (k>0) comme dans le type 3, il y a une tendance chez les agents
économiques rationnels à chercher à se prémunir contre les risques en mettant en place une structure de
gouvernance.
Comme les autres théories explicatives d’inspiration institutionnelle, la théorie des coûts de transaction
ne propose pas une explication spécifique aux OSBL. Elle s’applique au domaine très large des
20
organisations et peut constituer à cet égard une source d’inspiration pour l’explication de l’émergence
des OSBL de type coopératif. L'orientation micro-analytique de l'économie des coûts de transaction
permet à celle-ci de jeter un éclairage sur bien des aspects de l'analyse économique des OCTC
Toutefois, le pouvoir explicatif de l'Economie des Coûts de Transaction fait l'objet de nombreuses
critiques (13). Alors même que la théorie économique a fait la preuve de l'incomplétude de la logique
marchande pure et de l'antériorité de l'organisation et de l'institution sur le marché, la théorie des coûts
de transaction veut au contraire expliquer l'existence des organisations comme causalement postérieure
à celle du marché. Si le marché lui même est une institution, que son existence nécessite celle d'une
convention constitutive, alors l'économie néo-institutionnelle échoue à endogénéiser la création de tous
les arrangements organisationnels puisque l'analyse doit supposer au départ que le marché, forme
particulière d'institution pré-existe à l'échange. Ensuite seulement, les imperfections de marché
induiraient dans un second temps les problèmes organisationnels et de coordination. Il faut en convenir
au regard de cette critique que l'ECT échoue à être une théorie générale des institutions et des
organisations. Elle ne donne tout au plus, qu'une explication ex-post (14) de l'existence de certaines
formes institutionnelles et organisationnelles.
13
: Cf. [Link] (1993) pour une critique plus complète de l'ECT pp 79-101. Voir aussi [Link],
[Link]éans 1994.
14
: Cf. [Link] in [Link] 1993, pp 181-202.
21
Tableau 1Synthèse des principales théories sur l'émergence des organisations sans but lucratif emprunté de Helmut K. Anheier, 1996, p29 et adapté
Théorie Résumé Concepts clés Orientations Points forts Points faibles
Economie publique et Théorie Le secteur public satisfait les Ressources publiques ; demande Secteur public versus privé SBL, S’occupe de savoir pourquoi A peu de choses à dire sur la
des biens publics besoins de l’électeur médian, hétérogène les organismes ; SBL comblent certains services sont fournis par distinction entre organismes à
laissant les demandes les défaillances du le secteur public et d’autres par but lucratif et SBL ; l’existence
spécifiques sans réponses gouvernement le secteur SBL d’un esprit d’entreprise est
considérée comme allant de soi
et ne nécessite pars d’explication
Echecs de marché et théorie de la La contrainte de non distribution Contrainte de non distribution : Secteur privé à but lucratif Répond à la question de savoir Ne s’occupe pas de savoir
confiance rend les OSBL plus fiables que fiabilité ; opportunisme ; versus secteur SBL ; les pourquoi certains services sont pourquoi ces échecs sont
celles à but lucratif dans les asymétrie de l’information organismes SBL sont des sur le marché alors que d’autres comblés par le secteur SBL
conditions d’asymétrie réponses aux échecs de marchés ne le sont pas plutôt que par le secteur public
d’information qui accroissent les
coûts de surveillance et les N’explique pas pourquoi l’offre
risques d’abus privée de biens publics prend la
forme d’organisation non
lucrative
Eches de marché et Théorie des Les stakeholders contrôlent la Produits sûrs ; produits La contrainte de non distribution Considère les organismes SBL Ne s’occupe de savoir pourquoi
stakeholders délivrance des produits sûrs non concurrentiels/produits non est secondaire ; le contrôle de comme secondaires ; attire les donateurs du secteur privé
sujets à la concurrence sous les concurrentiels l’asymétrie d’information est l’attention sur l’esprit sont plus impliqués que ceux du
conditions d’asymétrie primordial ; le secteur SBL est d’entreprise secteur public
d’informations un cas particulier
Théorie des choix publics et Les associations SBL reflètent Hétérogénéité sociale ; La contrainte de non distribution Combine les facteurs d’offre et Le rôle du secteur public n’est
Thèse de l’hétérogénéité ou l’hétérogénéité observée au sein entrepreneurs ; maximisation est secondaire ; la présence de demande pas clair : la théorie présuppose
théorie de l’esprit d’entreprise de la société créée et servie par non financière d’entrepreneur religieux ou que l’hétérogénéité peut se
des entrepreneurs qui porteurs de valeurs idéologiques manifester en demande effective
maximisent des profits non est primordiale
financiers
Economie des Coûts de Les organisations sont des Rationalité limitée, Analyse comparée de l’efficacité Champ de validité très large Orientation fortement
transactions modes de coordination, Opportunisme, Spécificités des du marché et l’organisation touchant aux formes microéconomique
d’allocation des ressources actifs comme modes d’allocation des organisationnelles en général
ressources