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Simulation numérique du champ électrique

Ce mémoire de fin d'études présente une simulation numérique du champ électrique dans une décharge couronne, utilisant la méthode des éléments finis. Il aborde les mécanismes physiques des décharges électriques, les méthodes numériques en électromagnétisme, ainsi que les propriétés électriques des particules. L'étude se concentre sur la modélisation mathématique et numérique de la décharge couronne dans un système fil-plan, en analysant la distribution du champ électrique et de la densité de courant.

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Simulation numérique du champ électrique

Ce mémoire de fin d'études présente une simulation numérique du champ électrique dans une décharge couronne, utilisant la méthode des éléments finis. Il aborde les mécanismes physiques des décharges électriques, les méthodes numériques en électromagnétisme, ainsi que les propriétés électriques des particules. L'étude se concentre sur la modélisation mathématique et numérique de la décharge couronne dans un système fil-plan, en analysant la distribution du champ électrique et de la densité de courant.

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REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE

MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE


SCIENTIFIQUE

UNIVERSITE DE M'SILA
FACULTE DE TECHNOLOGIE

DEPARTEMENT DE GENIE ELECTRIQUE

MEMOIRE DE FIN D'ETUDES EN VUE DE L'OBTENTION DU DIPLÔME

DE MASTER EN GENIE ELECTRIQUE

OPTION: AUTOMATIQUE

THEME

Simulation numérique du champ électrique


dans une décharge couronne par la méthode
des éléments finis

Proposé et dirigé par : Présenté par :

Monsieur: NOURI Hamou BAALI Aissa

Année Universitaire : 2011 / 2012


Remerciements
Sommaire
Sommaire

Introduction générale ………………………………………………………………..1

Chapitre I
Approche physique de la décharge couronne

I.1 Introduction ..….……………………………………………………..…...…..................3


I.2 Mécanismes de formation et processus physiques des décharges électriques ……..... .3
I.3 Processus élémentaire dans les gaz ionisés ..….... ………………………….…………...5
I.3.1 Excitation atomique ………………………………………...…………………..…6
I.3.2 L’ionisation par collision électronique ………… ..………...…………………..…6
I.3.3 La photo ionisation (ionisation par photon)………………....…………………..…7
I.3.4 La recombinaison ………………...........................................…………………..…7
I.3.5 L’attachement………………………………………………….…………….…….7
I.3.6 Le détachement ……………………………………………………………………8
I.4 Avalanche électronique …………………………………………………...………..……8
I.4.1 La décharge de Townsend ……………………………………….....………..……8
I.4.2 Notion du Streamers …………………………………...……….....………..……12
I.4.3 Champ seuil de l’effet couronne ……………………….……….....………..……13
I.5 Les différents types de décharges couronne …………….……………………..….….15
I.5.1 Décharge couronne positive …………………………………………………….17
I.5.2 Décharge couronne négative ..………………………………………………..…..18
I.5.3 Décharge couronne en régime alternatif ………………….………………….…..19
I.6 Conclusion ……………………………………………………………………………..21

Chapitre II
Les méthodes numériques en électromagnétisme

III.1 Introduction ……………………….……………………………………………...….22


III.2 La Méthode des différences finies (MDF) ………………………………………….22
III.2.1 Principe de la méthode ………………………………………………………...23
III.2.2 Transformation de l'équation différentielle …………………………………….24

i
Sommaire

III.2.3 Avantages de la MDF ………………………………………………………....26


III.2.4 Inconvénients de la MDF ……………………………………………………..26
III.3 La méthode des éléments finis (MEF) …………………..………………..………..26
III.3.1 Principe de la méthode ……………………………………………………..…27
III.3.2 Définition des mailles de référence ……………………………………..……..31
III.3.3 Interpolation polynomiale sur les mailles de référence ………………….....…35
III.3.4 Avantages de la MEF ………………………………………………….....……36
III.4.5 Inconvénients de la MEF …………………………………………..……...….37
III.4 La méthode des éléments finis de frontière (MEFF) ………………………………37
III.4.1 Formulation indirecte de la MEFF ……………………………………………..37
III.4.2 Formulation directe de la MEFF ……………………………………………....39
III.4.3 Avantages de la MEFF ………………………………………………………...39
III.4.4 Inconvénients de la MEFF …………………………………………………....40
III.5 La méthode de Simulation de Charges (MSC) …………………...……………….40
III.5.1 Le principe de la MSC ........................................................................................40
III.5.2 Avantages de la MSC …………………...………………………….…………41
III.5.3 Inconvénients de la MSC ……..………………………………….……………42
III.6 Conclusion ………………………………………………………...……………..…..42

Chapitre III
Les propriétés électriques de fines particules
III.1 Introduction…….…………………………………………………………..................43
III.2 Mouvement des charges libres ………………………………………….…...............44
III.2.1 La mobilité dynamique ……..………………………………………...………….44
III.2.2 La mobilité électrique …………...………………………………………………46
III.2.3 Diffusion des particules dans un gaz ……………………………………………..48
III.3 Eléments théoriques sur les propriétés des ions …............………………………...49
III.3.1 La classification des ions……………………..…………….…………………...49
III.3.1.1 Les petits ions ……………...…….……………………………………...49
III.3.1.2 Les particules chargées…………...………………………...…………...50
III.3.2 Les méthodes de productions des petits ions………………….………………...50
III.3.2.1 Les rayonnements ionisants……….…………...………………………...50

ii
Sommaire

III.3.2.2 L’effet couronne ………………………………..………………………53


III.3.2.3 Les autres moyens de production ……………..………………………...54
III.3.3 L’évolution des ions dans le gaz …………………….……………..…………...54
III.3.3.1 La recombinaison ……………....……………………………..………...55
III.3.3.2 La fixations des petits ions sur les aérosols …………………..………...55
III.3.3.3 La diffusions sur les parois …………………………………………....57
III.3.4 Le vieillissement des ions ………………………………………………….…..57
III.3.5 La durée de vie des ions ……………………………………….………………..57
III.4 Théorie de la charge électrique des aérosols par diffusion d’ions bipolaires……..58
III.4.1 Le coefficient de fixation ion – aérosol ………………………………..……….58
III.4.1.1 Calcul du coefficient de fixation en régime continu ………………..…..59
III.4.1.2 Calcul du coefficient de fixation en régime intermédiaire et moléculaire60
III.4.1.3 Evolution de la charge moyenne de l’aérosol …….…………………...62
III.4.1.4 Equation générale de l’évolution de la distribution des charges …...…. 62
III.4.2 L’état stationnaire de la charge électrique d’un aérosol (équilibre de Boltzmann)….64
III.4.3 La durée de mise à l’état stationnaire ……………………………..…………....66
III.5 Mécanismes de charge des particules …...……………………….………………...67
III.5.1 Charge naturelle par attachement ……………………………......………….…68
III.5.2 Triboélectrisation …………………………………………….………………..69
III.5.3 Charge par charge d’espace ionique …………………………….…………….69
III.5.3.1 Charge par champ ………………………………………….……….…70
III.5.3.2 Charge par diffusion …………………………………………..……….73
III.5.3.3 Charge mixte ……………………………...……………………….…..75
III.6 Conclusion …………………………………….……………………………………..77

Chapitre IV
Modélisation de la décharge couronne

IV.1 Introduction…….…………………………………………………....……................. 78
IV.2 Description mathématique de la décharge couronne bipolaire.................................78
IV. 3 Hypothèse et approximation ....................................................................................81
IV.3.1 Mobilité ionique ……......................…………………………………..………..81

iii
Sommaire

IV.3.2 Approximation de Deutsch et Popkov ……...………..……...………………..81


IV.4 Conditions aux limites...................................................................................................81
IV.4.1 Les conditions aux limites de Townsend et Kaptzov …………...…………..….81
IV.4.2. Domaine d’étude et limites artificielles………………………………...………82
IV.5 Différentes étapes de la résolution numérique ……………….…………………….83
IV.5.1 Tracé des lignes de champ et du maillage électrostatique………...…………….83
IV.5.2 L’évaluation d’erreur ……...……………………………...………………...…87
IV.5.3 Première estimation de la charge d’espace………………………………….….87
IV.5.4 Estimation du potentiel électrique…………………………...……………...…..89
IV.5.5 Correction de la densité de la charge d’espace…………...……………………..89
IV.5.6 Reconstruire le maillage orthogonal……...………………………...………..….89
IV.6 Résolution de l’équation de Poisson par la MEF…………..…………………....…..91
IV.6.1 Formulations matricielles de la MEF ………………………..………………….91
IV.6.2 Assemblage……………………………………………………….……………..93
IV.7 Résultats et discussion ………………………………………....................................94
IV.7.1 Le maillage…………………………………………………………...…...……94
IV.7.2 Densité de la charge d’espace ……………………………………....……...…95
IV.7.3 Densité de courant ……………………………...………………...…………..97
IV.7.4 Le champ électrique ……………………………..…...…………...…………98
IV.7.5 La vitesse théorique de migration……………………........................…………99
IV.8 Conclusion ………………..………………………………………………………...100

Conclusion générale …………………………………………………………….…..101

Références bibliographiques …………………………………………………...……….. 103

iv
Introduction
générale
Introduction générale

Bien que les forces électriques et magnétiques aient été observées depuis plusieurs
siècles, la plupart des lois gouvernant ces forces ne furent découvertes qu’au XIXème siècle. À
ce jour, l’étude des implications théoriques de ces lois remarquables et le développement de
leurs applications pratique restent des domaines de recherche très actifs. Nous avons
différentes raisons d’étudier les propriétés des forces électriques et magnétiques en détail. Ces
forces représentent des lois naturelles fondamentales et elles sont responsables de la structure
et, en fait, de l’existence des atomes et des molécules. En conséquence, toute tentative
sérieuse de comprendre les propriétés d’atomes ou d’agrégats d’atomes dépend de la
connaissance de ces forces. Depuis prés d’un siècle de nombreux travaux ont été consacrés à
l’étude des décharges électriques dans l’air atmosphérique. Parmi celles-ci, on distingue des
décharges à interactions locales (décharge couronne) et des décharges à interactions non
locales (décharge de Townsend).
On peut considérer que le véritable pionnier de l’étude scientifique de l’effet couronne
est un chercheur américain, R. W. Peek, qui vers 1929, établit une loi empirique exprimant le
seuil d’apparition de la lueur, loi célèbre encore en usage de nos jours. Mais si la curiosité
scientifique fut sans doute la motivation originale des chercheurs, les premiers transports
d’énergie à haute tension montrèrent rapidement que l’effet de couronne était une source de
pertes, et ce furent alors des préoccupations d’ordre économique qui incitèrent à poursuivre
les recherches et approfondir les mécanismes liés à l’apparition d’une conductivité d’un gaz
dans l’environnement d’un conducteur porté à une haute tension ; c’est l’importance du
champ électrique à proximité de ce conducteur qui est à l’origine de l’ionisation du gaz, en
particulier au voisinage des régions de forte courbure ( effet de pointe ) .
La décharge couronne apparaît dans de nombreux phénomènes naturels tels que la
propagation de la foudre. Elle présente un aspect utile et recherché pour ses nombreuses
applications (dépôt de charge en reprographie, traitement de surfaces métalliques et isolantes,
textiles, physico-chimie, applications biologiques, dépoussiéreur électrique, …..) et un aspect
nuisible (pertes d’énergie sur les lignes de transmission, perturbations radioélectriques, défaut
d’isolement, …..).
Le travail que nous présentons dans ce mémoire fait partie d’un projet de recherche sur
les décharges électriques bipolaire. La géométrie la plus répondue dans la conception est le
système fil - plan. Le principe de fonctionnement est basé sur la décharge couronne. Cette
décharge est caractérisée par des champs électriques intenses mais non disruptifs. L’intervalle

1
Introduction générale

d’air inter électrodes commence à s’ioniser à partir d’une certaine valeur de la tension
appliquée à la nappe, dite tension seuil d’apparition de la décharge couronne.
Ce mémoire étudie et développe les modèles mathématiques et numériques destinés à
l’analyse de problèmes liés à la décharge électrique bipolaire. Ces modèles permettent de
calculer la distribution du champ électrique et de la densité de courant électrique dans la
configuration fil – plan. Nous nous sommes donc intéressés à l’étude de ce type de
configuration d’électrodes.
Le modèle numérique est basé sur la discrétisation du domaine de calcul en appliquant
la méthode des charges fictives pour déterminer la distribution du champ électrique et du
potentiel en absence de la charge d’espace. Pour l’estimation de la charge d’espace on utilise
la méthode simplifiée des caractéristiques. L’application de la méthode des éléments finis
nous permet de résoudre l’équation de Poisson en utilisant les éléments triangulaires. La
résolution se ramène à la minimisation d’une fonctionnelle liée à l’énergie emmagasinée dans
ces éléments.
Notre étude est présentée par quatre chapitres :
• Le premier est consacré aux rappels des phénomènes qui conditionnent le
processus de la décharge couronne notamment les mécanismes gouvernant la
formation des ions dans les gaz, le phénomène de la décharge couronne en
polarités positive et négative en géométrie non uniformes et les champs seuils et
critique.
• Le deuxième chapitre est réservé est consacré aux méthodes numériques
utilisées pour la résolution des équations aux dérivées partielles gouvernant la
décharge couronne. Nous présentons essentiellement la méthode des éléments
finis et la méthode de simulation de charges. Ces deux méthodes sont utilisées
pour les calculs du champ électrique et de la distribution de la charge d’espace.
• Le troisième chapitre est réservé à l’étude des propriétés électriques des
particules en étudiant la théorie de la décharge et les différents mécanismes de
migration.
• L’objet du quatrième chapitre est centré sur la résolution de l’équation de
poisson en utilisant la méthode des éléments finis en tenant compte de la
tension appliquée.
En fin, on termine par une conclusion générale où sera mise en évidence l’importance
du modèle numérique élaboré.

2
Chapitre I
Approche physique de la
décharge couronne
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

I.1. Introduction

La décharge couronne désigne l’ensemble des phénomènes évoluant aux voisinages du


conducteurs de faibles rayons de courbure lorsqu’ils sont soumis à des champs électriques
intenses mais non disruptifs. Les phénomènes observés durant la décharge sont de nature
optique, acoustique et électrique, ils dépendent de trois classes de paramètres :

1- Paramètres électrique (nature et polarité de la tension appliquée).


2- Paramètres du gaz interélectrodes (nature, température, pression et
humidité).
3- Paramètres géométriques (forme et dimension des électrodes, distance inter-
électrodes).
La décharge couronne est auto-entretenue (autonome), car elle ne nécessite aucune
source extérieure pour se développer. Cependant, la présence d’un électron germe au
voisinage de l’électrode active, est indispensable pour l’amorçage de la décharge.
Pour expliquer le mécanisme du développement de la décharge couronne les recherches
ont abouti à distinguer deux processus de développement. Le premier fait intervenir
l’intervalle inter-électrodes tout entier, c’est le cas de la décharge de Townsend [1]. Le second
correspond à l’apparition dans l’intervalle de lueurs prenant l’aspect de filaments, c’est le
streamers [2].
Dans ce chapitre, nous allons présenter, dans le cas des décharges couronnes, les
processus physiques qui conduisent à la production d’espèces réactives et à leur dispersion.
Ces phénomènes, qui ont largement été décrits pour des géométries pointe-plan, peuvent être
généralisés à la configuration fil-cylindre, fil-plan et nappe de fils-deux plans que nous avons
utilisée dans notre étude. Tout d’abord, les conditions d’obtention de la décharge couronne,
ses différents régimes ou le mode de propagation de la décharge seront décrits. Ensuite, la
caractérisation physique des différentes évolutions des réacteurs utilisés sera accompagnée
d’une caractérisation électrique et mathématique.

I.2 Mécanismes de formation et processus physiques des décharges électriques


Un électron placé dans un champ électrique uniforme par exemple est accéléré et peut
ioniser des atomes ou des molécules. L’ionisation d’une espèce conduit donc à la formation
d’une particule chargée et à la libération d’un électron supplémentaire, qui à son tour va être
accéléré et acquérir une énergie suffisante pour ioniser une seconde particule. Ce mécanisme

3
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

d’ionisation successive est connu sous le nom « d’avalanche électronique » ou « décharge de


Townsend ».
Pour que la décharge soit auto-entretenue, il est nécessaire que tout électron qui quitte la
zone d’ionisation soit remplacé. Chaque électron doit créer suffisamment d’ions positifs, de
photons et d’espèces métastables pour qu’au moins l’un d’eux puisse produire un nouvel
électron.
Sous l’influence du champ électrique appliqué, toutes les particules ainsi créées vont se
déplacer dans l’espace interélectrodes et générer un courant électrique de décharge. La figure
(1.1) décrit le comportement du courant en fonction de la valeur de la tension appliquée [3].

I (A)

10-2 (IV) Disruption

10-4
(III) Décharge couronne
10-6

10-8
Multiplication électronique
(II) Sans auto-entretien
De la décharge
10-10

10-12
Simple collecte
(I)
de charge
10-14
V0 VR U (kV)
0
4 8 12 16 20

Figure 1.1 Caractéristique courant-tension des décharges à moyennes et faibles


pression

La courbe permet de distinguer quatre régimes [4 - 6]:

ƒ Régime I : Le courant est très faible (≈ 10-12 A/cm2), dû à la présence d’ions issus de
la radioactivité naturelle ou rayonnement cosmique. Dans ce cas, le champ électrique
est trop faible pour assurer l’avalanche électronique.

4
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

ƒ Régime II : Lorsque la tension atteint une valeur seuil Vs , le champ est assez intense

pour qu’un électron puisse ioniser une particule environnante. Le processus


d’avalanche se déclenche alors sans que le critère d’auto-entretient soit pour autant
satisfait. La décharge a besoin d’une source externe complémentaire : on parle de
régime de Townsend non entretenu. Le courant reste faible (≈ 10-9 A/cm2).

ƒ Régime III : Ici la décharge ne s’éteint plus car la condition d’auto-entretient est
atteinte. La composante continue (représentative de la charge d’espace) augmente avec
la tension.

ƒ Régime IV : Les courants de décharges deviennent très importants car toute l’énergie
passe par un même canal préférentiel dans l’espace interélectrodes. C’est le régime des
décharges disruptives tel que les arcs électriques.

I.3. Processus élémentaire dans les gaz ionisés


Les phénomènes qui ont lieu dans les milieux gazeux sont représentés par des
mécanismes de collisions entre les particules du gaz. Lorsque l’énergie cinétique de ces
particules, avant et après une collision, obéit au principe de conservation de l’énergie, on parle

de collisions élastiques, dans le cas contraire où le bilan énergétique est retrouvé en faisant
intervenir des changements d’énergie interne d’une ou plusieurs particules, on parle de
collisions inélastiques.
Ce sont ces dernières qui expliquent les phénomènes se produisant dans l’effet
couronne, le tableau suivant résume les principales collisions inélastiques intervenants dans
les mécanismes d’effet couronne (Tableau 1.1):

Processus Partenaires initiaux Particules Processus inverse


résultantes
Excitation A , e- A* , e- - Collision super-
atomique A,P A* élastique
- Emission d’un photon
A , e- A+ , e-, e-,
Ionisation A, B A+ , e-, B Recombinaison à
par collision A, B+ A+ , e-, B+ trois corps

5
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

Photo-ionisation A, P A+, e- Recombinaison


avec Emission d’un
photon
Attachement A , e- A- Détachement
électronique

A, B: Atomes neutres ; A*: Atome excite; A+, A- : ions positifs ou négatifs ; e- : électrons ; P: Photon.
Tableau 1.1 : Processus élémentaire dans les gaz.

I.3.1 Excitation atomique


• Si un atome est excité par collision avec un électron, la réaction s’écrit :
A + e- → A* + e- (1.1)
Cette réaction n’est possible que si l’énergie cinétique de l’électron incident

C = 1 ⋅me ⋅ve2 ≥e⋅v* (V : potentiel d’excitation).


2

• Si un atome est excité par absorption d’un photon la réaction s’écrit :


A + h ∂ → A* (1.2)
avec h : constante de Plank : h= 6.635 10-34 j.s et ∂ : fréquence
e⋅v*
• Cette réaction n’a lieu que sur une plage de fréquence étroite : ∂=
h
• La désexcitation peut se produire spontanément lorsque l’électron d’un atome excité
revient sur son orbite fondamentale, la perte d’énergie est compensée par l’émission
d’un photon ayant une énergie égale au potentiel de désexcitation : A*→ A + h ∂ .

La désexcitation peut résulter du choc avec une particule, celle-ci bénéficie alors, sous forme
d’énergie cinétique de la perte d’énergie interne subit par l’atome (Collision super-élastique).
A* + e- → A + e- + h ∂ (1.3)

I.3.2 L’ionisation par collision électronique


L’ionisation d’un gaz par les électrons libres accélérés dans le champ électrique est le
processus essentiel de la formation des ions positifs, ce phénomène est appelé processus α ou
avalanche.
e- + A → A+ + e- + e – (1.4)

6
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

Cette ionisation n’est possible que si l’énergie cinétique de l’électron incident est au
moins égale à l’énergie d’ionisation de l’atome :
1 ⋅me ⋅ve2 ≥e⋅vi (1.5)
2
où vi est le potentiel d’ionisations.

I.3.3 La photo ionisation (ionisation par photon)


Les électrons accélérés par le champ électrique excitent par collision des molécules
neutres qui reviennent à leur état fondamental avec émissions d’un photon.
h ∂ +A → A+ + e- (1.6)

Cette réaction n’est possible que si : 1 ⋅me ⋅ve2 =h⋅∂ −wi


2

I.3.4 La recombinaison
a) La recombinaison entre ions
Ce phénomène est caractérisé par la présence de particules chargées différemment
(ions positifs et négatifs) qui échangent leurs charges pour y revenir à l’état neutre. Ces
réactions inverses des réactions d’ionisation, libèrent une certaine énergie, soit sous forme
d’énergie cinétique cédée à une molécule de gaz voisine
A+ + B-→ A B+ h ∂ (1.7)
Dans l’effet couronne, ces réactions se produiront dans les régions de champ électrique faible.

b) La combinaison ion+ - électron


Lorsqu’un électron se recombine avec un ion positif pour redonner un atome neutre, la
réaction libère une énergie égale à l’énergie d’ionisation sous forme d’un photon.
A+ + e-→ A + h ∂
Les photons émis peuvent à leur tour ioniser le gaz à une certaine distance ce qui
expliquerait le développement des streamers.

I.3.5 L’attachement
L’attachement d’un électron par un atome ou une molécule neutre conduit à la
formation d’un ion négatif. Ce processus ne peut avoir lieu si les électrons sont trop
énergétiques. Il s’avère qu’en champ électrique très faible et dans les conditions normales de
l’air, que l’attachement des électrons est alors extrêmement rapide et que le nombre

7
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

d’électrons libres par unité de volume diminue de moitié en quelques 10-10 secondes. Ce
mécanisme est exprimé par le coefficient d’attachement η.
Ces processus sont régis par les réactions suivantes :
A + e-→ A + h ∂
A + B + e-→ A + B*

I.3.6 Le détachement
C’est le processus inverse du précédent, l’énergie nécessaire pour provoquer le

détachement est relativement faible : θ− = ωd = 2.2ev


Dans le cas du phénomène couronne, ce processus ne joue qu’un rôle négligeable.

I.4 Avalanche électronique


I.4.1 La décharge de Townsend
Soit un diélectrique gazeux contenu entre deux électrodes planes distantes de « d ».
Figure (1.2). En absence de tout champ électrique, un certain nombre de particules chargés
peuvent exister dans l’intervalle inter-électrodes. Ces particules sont produites, soit par des
mécanismes naturels, soit par des mécanismes artificiels.

Photon

- N0 +
i V

Cathode x dx Anode
Vs

Figure 1.2: Tube à décharge.

En présence d’un champ électrique, l’existence de telle charge entraînera la circulation


dans le circuit extérieur d’un courant de faible intensité. Dans le vide ou un gaz sous faible
pression, la densité du courant est donnée par la formule de CHILD:

R
8
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

0.5
4 ⎛ 2⋅e⎞ v1.5
J= ε0 ⎜ ⎟ ⋅ (1.8)
9 ⎝ m ⎠ d2
avec ε0 : permittivité du vide,
e : charge de l’électron,
m : masse de l’électron,
v : tension appliquée,
d : densité interélectrodes

Cette formule n’est valable que pour J< Js, tel que Js est la densité du courant de
saturation. Dans un gaz sous pression moyenne ou élevée, le mouvement de l’électron est
freiné par la présence des molécules. En admettant qu’il n’y a pas création de nouvelles
charges, la densité de courant devient :
v2
J = 4 ⋅ε ⋅μ ⋅ 3 (1.9)
9 d

où ε : la permittivité absolue ;
μ : la mobilité des électrons.

Dans les deux cas, les électrons émis par la cathode n’ont pas d’énergie pour arracher
un électron aux molécules de gaz. Au début, le courant croit quasi-linéairement avec la
tension appliquée aux électrodes, avant de se stabiliser à la valeur I0 qui correspond au
courant de saturation. Au delà d’une valeur V2 de la tension appliquée, le courant croit
rapidement (figure 1.1).
+ Anode

dx Les électrons à la
tête de l’avalanche
d + + + + +
+ + + +
++ + + Emission des
+ + + photons
x + + +
++ + Les ions positifs
++
+
+
- Cathode

Figure 1.3 : Développement d’une avalanche en électrodes


parallèles.

9
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

Townsend attribue cette croissance à l’ionisation du gaz par collision d’électrons. En


effet, sous un champ électrique suffisamment élevé, les électrons libres quittant la cathode,
sont accélérés et acquièrent une énergie cinétique supérieure à l’énergie d’ionisation,
suffisante pour provoquer l’ionisation des molécules ou d’atomes neutres du gaz par choc. De
nouveaux électrons libres sont ainsi crées, lesquels soumis au même champ, vont également
ioniser d’autres molécules et ainsi de suite. Le processus prend une allure d’avalanche dite
avalanche électronique.

Pour expliquer la croissance du courant, Townsend a introduit le coefficient


d’ionisation α. Soit N le nombre d’électrons produit à une distance x de la cathode, alors
entre x et x+dx ils donnent naissance à dN électrons tel que :

dN = N ⋅ α ⋅ dx (1.10)

α est le nombre moyen de paires d’ion – électron formés par un électron sur un parcours de
1cm. α est appelé aussi le premier coefficient de Townsend. Il dépend de la nature et de la
pression du gaz et du champ local E. En intégrant l’équation (1.10) nous obtenons :

N = N 0 ⋅ eα ⋅ x (1.11)

Le courant mesuré à la cathode est donné par :

I = I 0 ⋅ eα ⋅d (1.12)

Les mesures effectuées par Townsend ont montré qu’en réalité le courant électronique
croit plus rapidement que celui prévu par la formule précédente. Les travaux qu’il a entrepris,
dans ce sens l’ont amené à considérer et à tenir compte de plusieurs effets secondaires. Il
explique alors le phénomène par l’émission d’électrons secondaires résultants du
bombardement de la cathode par les ions positifs. En effet, l’expérience a montré que la
densité de courant de décharge dépend de la nature de la cathode. Townsend définit alors un
nouveau coefficient « γ », appelé deuxième coefficient de Townsend. Il est égal au rapport
du flux d’électrons secondaires au flux d’ions positifs incidents.
Les N0 électrons primaires, émis par la cathode donnent naissance à N 0 (eα ⋅d − 1) paires

d’ions électrons sur leur parcours. Les N 0 (eα ⋅d − 1) ions correspondants arrivent à leur tour

10
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

( )
sur la cathode et en extraient γ ⋅ N 0 eα ⋅d − 1 nouveaux électrons qui subiront le même sort que
les électrons primaires, le nombre d’électrons parvenant à l’anode devient :

N 0eα ⋅d
N= (1.13)
1 − γ (eα ⋅d − 1)

Et le courant collecté à l’anode s’obtient par la relation suivante :

eα ⋅d
I = I0 (1.14)
1 − γ (eα ⋅d − 1)

Le coefficient d’amplification de l’avalanche électronique M s’écrit :

N I eα ⋅d
M = = = (1.15)
N 0 I 0 1 − γ (eα ⋅d − 1)

Le critère de claquage de Townsend se traduit par l’existence d’une distance critique dc pour
laquelle M tend vers l’infini. Ce critère s’écrit :

(
1 − γ eα ⋅d c − 1 = 0 ) (1.16)

α ⋅d c
Comme e >> 1 , l’équation (1.16) devient :

γ ⋅ eα ⋅d = 1 c
(1.17)

Dans le cas où le champ électrique dans l’intervalle interélectrodes n’est pas uniforme, le
coefficient α n’est plus constant et le critère de claquage de Townsend s’exprime alors par la
relation :
⎛ c α ⋅ dx ⎞
d

⎜ ∫0 ⎟
γ ⎜e − 1⎟ = 1 (1.18)
⎜ ⎟
⎝ ⎠
Il y a lieu de noter dans les régions à faibles champ, l’attachement électronique ne peut
plus être négligé. Ce phénomène est caractérisé par le coefficient η qui s’oppose au processus
α. En présence de l’attachement, on définit un coefficient effectif d’ionisation α qui s’écrit
sous la forme suivante :

α = α −η (1.19)

11
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

La décharge de Townsend fait intervenir tout l’espace inter électrode. Cette théorie perd
sa validité pour des pressions élevées telle que la pression atmosphérique. En effet, les
travaux de Fletcher [7] ont montré qu’à des pressions élevées le temps de formation de la
décharge est très inférieur au temps de transit des ions positifs entre les électrodes. Ceci
permet donc d’écarter le processus γ du à la cathode. Cependant cette théorie garde sa
validité pour des valeurs du produit (P.d) inférieures à 200 [Link] [8].
Dans le cas des fortes pressions, les processus mis en jeu ne sont plus ceux de la
décharge de Townsend. Des études utilisant des techniques de photographie ultra-rapide ont
conduit à invoquer un nouveau mécanisme de claquage lié à l’existence de dards lumineux ou
Streamers.

I.4.2. Notion du Streamers


Un streamer ou dard est un fin canal ionisé qui se forme a partir de l’avalanche
primaire, qui va croître vers les deux électrodes. Lorsque la jonction de plasma est faite entre
les électrodes, le degré d’ionisation augmente considérablement, ainsi que l’intensité du
courant, pour former la décharge étincelle qui a les propriétés physiques d’un arc
électronique. Le processus fondamental est donc la transformation de l’avalanche primaire en
traceur.
Le streamer ainsi formé se dirige vers la cathode et est dit cathode-directed ou positif.
Dans le cas contraire, correspondant à des très fortes tensions et grandes distances inter
électrodes on parle d’anode-dircted streamer, la situation intermédiaire restant possible. On
considère le cas d’une cathode-directed steamer. Lorsque l’avalanche a atteint l’anode, les
électrons commencent à plonger dans le métal de l’électrode, les ions positifs forment une
charge d’espace importante qui renforce l’effet du champ résultant. On émet alors l’hypothèse
que le mécanisme prédominant réside dans la photo-ionisation par des photons énergétiques
produits dans l’avalanche par des atomes excités. Les électrons ainsi formés au voisinage de
l’avalanche génèrent des avalanches secondaires se dirigeant vers le sillon du nuage sous
l’effet du champ résultant décrit précédemment.
Ces nouvelles avalanches rejoignent l’avalanche primaire pour former un plasma quasi-
neutre de plus grande étendue dans la direction de la cathode. A cet endroit, des atomes sont
excités et les mêmes processus peuvent avoir lieu à nouveau et le steamer croit. Lorsqu’il
atteint la cathode un canal de plasma neutre reliant les électrodes s‘est formé, se comportant
électrostatiquement comme un fils métallique, ce qui a pour effet de diminuer le champ
électrique entre les électrodes par polarisation du conducteur. Les avalanches secondaires

12
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

dues à la photo-ionisation sont attirées par le canal, ce qui limite sa croissance. Ainsi, la
formation du steamer est possible lorsque le champ électrique E’ du a la charge d’espace est
plus importante que le champ extérieur, afin que les avalanches secondaires se dirigent vers le
sillon, on déduit un critère de formation s’écrivant :
e α ( E 0 )− x
E′ = e = E0 (1.20)
R2

Où R : est le rayon de la tête d’avalanche. Pour x = d c’est la distance interélectrode on a le


champ E’ minimal. En calculant explicitement R, on peut ensuite écrire une forme simplifiée
du critère dit condition de claquage de Meek :
α ⋅ d = 20 ; N e = eα ⋅d = 108
Ces critères sont vérifiés en particulier dans l’air à pression atmosphérique avec d
compris entre 1cm et 10cm. Lorsque la photo-ionisation est assez importante, le facteur
limitant de la croissance du streamer est la neutralisation de la charge d’espace positive au
niveau du sillon. En effet, à cet endroit, l’amplitude du champ est considérablement plus
grande que celle du champ extérieur et les électrons se déplacent alors vers l’anode plus
rapidement a la vitesse de dérive correspondante. La vitesse de croissante du streamer est de
l’onde de 106 m/s, par contre la vitesse de déplacement des électrons sous le champ extérieur
est de 105 m/s.

I.4.3. Champ seuil de l’effet couronne


Le seuil d’effet couronne est la valeur du champ électrique pour laquelle il y a
apparition brusque d’une conductivité de l’air au voisinage immédiat d’un conducteur soumis
a une tension croissante pendant longtemps. La loi de Peek de 1929 [9] a été généralement
employée pour l’évolution du champ seuil d’effet couronne Es. Peek observa que l’apparition
de la couronne était une fonction du champ superficiel, du rayon du conducteur et de la
densité de l’air. Il donna à sa loi la forme empirique suivante :
⎛ 0.308 ⎞
ES = 3.1 ⋅ m ⋅ δ ⋅ ⎜1 + ⎟ (kV/cm) (1.21)
⎝ δ ⋅R ⎠
avec m : est un facteur dépendant de l’état de surface de l’électrode active .En particulier
m = 1 pour une électrode bien polie ;
R : rayon du conducteur en cm ;
P 298
δ= ⋅ est la densité de l’air ;
760 273 + T

13
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

P : pression de l’air en [Link] ;


T : la température de l’air ambiant en °C.

Depuis, de nombreuses formules empiriques est semi-empiriques du champ seuil de


l’effet couronne ont été établie par divers auteurs. L’expression du champ seuil ES est donnée
sous la forme générale suivante :
⎛ G ⎞
E s = F ⋅ ⎜1 + ⎟ (1.22)
⎝ Rβ ⎠
où F, G et β : sont des constantes qui différents d’un auteur à l’autre et R est le rayon de
l’électrode active.
Un modèle physico-mathématique généralisant la loi de Peek a été établie [9, 10]. Il
repose d’une part sur la notion de longueur d‘avalanche Lc définie pour la première fois par
Nasser et d’autre part sur le critère de Meek [9] et amélioré ultérieurement par Hartmans et
Zebboudj [10, 11]. Ces derniers ont supposé qu’à la tête de l’avalanche prés de l’anode, les
électrons ne peuvent se multiplier en raison des champs E s et Eρ du à la charge d’espace qui

s’opposent et dont la somme algébrique est égale au champ critique de minimum d’ionisation
E c tel que :

Es + Eρ = E c (1.23)

L’expression du champ seuil à la surface de l’anode est donnée par :

⎛ L ⎞
E s = E c ⋅ ⎜⎜1 + c ⎟⎟ (1.24)
⎝ R0 ⎠
Les expressions de Ec et de Lc en fonction de la pression P, de la température T et de
l’humidité absolu Ha sont données respectivement par les équations suivantes :
(
E c (δ, H a ) = E c (1,0).δ. 1 + α H H a ) (1.25)

Lc (2R 0 , δ, H a ) = L(2R ,1,0).δB0 .f (H a ) (1.26)

(
avec : α H = 16,03.10−3 g / m3 )−1 / 2
À partir des équations (1.24), (1.25) et (1.26), l’expression du champ seuil sera sous forme :

14
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

⎡ ⎛ a0 B
⎞ 0 ⎤
⎢ ⎜ + Z0 ⎟ ⎥
⎢ A 0 ⎜ 2 Re 2R ⎟ .F(H )⎥
E s (2R , δ, H a ) = E c (δ, H a ). 1 + a ⎥ (1.27)
⎢ 2R ⎜ δ ⎟
⎢ ⎜ ⎟ ⎥
⎢⎣ ⎝ ⎠ ⎥⎦

⎡⎛ ⎤
avec : f (H a ) = 1 − ⎢⎜⎜1 +
1 ⎞
(
⎟⎟. α H − βH.(2R ) ⎥. H a ) (1.28)
⎣⎝ Δ(2R ) ⎠ ⎦

E(1,0) et Lc(2R,1,0) sont respectivement les valeurs du champ critique du minimum


d’ionisation et de la longueur critique de l’avalanche dans les conditions de température et de
pression normale (T = 20 °C et P = 760 [Link] ) et dans l’air sec (Ha = 0) :
Ec(1.0) = 24,68 kV/cm
B0
A0 ⎛⎜ ⎞
⎛ a0 ⎞
⎜⎜ ⎟⎟
Lc (2 R,1,0) = 2 ⋅ R ⋅ e⎝ 2 R ⎠ + Z 0 ⎟
2 ⎜ ⎟
⎝ ⎠
B0
A0 ⎛⎜ ⎞
⎛ a0 ⎞
⎜⎜ ⎟⎟
Δ(2 R ) = 2 ⋅ R ⋅ e⎝ 2 R ⎠ + Z 0 ⎟
2R ⎜ ⎟
⎝ ⎠
1

A0 = 0.1088 , B0 = 0.59 , a0 = 3.10 m , Z 0 = 17.10 m , α H = 16.03.10 ( g / m )
−6 −6 −3 3 2

Le coefficient β H dépend du diamètre de l’électrode active utilisée.

I.5 Les différents types de décharges couronne


En raison de la différence de rayons de courbure des électrodes, le champ électrique dans
l’espace interélectrode est fortement non-uniforme, de sorte que l’ionisation de l’air et la
génération de particules chargées s’effectuent seulement dans une zone proche de l'électrode
de plus faible rayon de courbure. L’évolution spatio-temporelle du champ électrique au sein
de l’espace interélectrode montre que cet espace peut être divisé en deux zones distinctes.
Chacune d’entre elles est caractérisée par un type d’interactions prépondérant entre les
particules chargées et neutres du gaz ionisé (figure 1.4).

Dans la première zone, dite "d’ionisation", localisée près de la pointe et assimilée à une
sphère de rayon de quelques dizaines de micromètres, le champ électrique présente une
amplitude et un gradient élevé ce qui favorise les processus d’ionisation. Les particules
formées, en particulier les électrons qui sont plus légers et plus rapides, s’échauffent sous

15
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

l’action du champ électrique, et transfèrent de la chaleur aux molécules d’air lors des
collisions. Les particules neutres de l'air diffusent alors cette quantité de chaleur sous l'effet de
leur agitation thermique.

La seconde zone, dite de "dérive", occupe le reste de l’espace interélectrode et le champ


électrique y est plus faible et relativement uniforme. Certains électrons issus des processus
d’ionisation possèdent une énergie suffisamment élevée pour être éjectés de la zone
d’ionisation et traverser l’espace interélectrode. En ce qui concerne les autres électrons, moins
énergétiques, la création d’ions négatifs résulte de leur attachement sur les particules neutres.
Le terme de "zone unipolaire" peut également être employé car les particules chargées qui
circulent dans cette zone sont uniquement de polarité négative. Ces particules dérivent le long
des lignes de champ électrique en direction de l’anode plane. En raison de leur inertie, ce sont
majoritairement les ions négatifs qui cèdent une quantité de mouvement aux particules neutres
lors des nombreuses collisions. Ce phénomène est responsable d’un écoulement global du
gaz, qualifié de "vent électrique", dont la vitesse est de l’ordre de quelques mètres par
seconde. La zone de dérive peut être assimilée à un volume tronconique. Cette forme en
portion de cône s’approche approximativement de celle des lignes de champ électrique sur
lesquelles dérivent les particules chargées responsables de l’émission acoustique.

Figure 1.4 Mécanisme de la décharge couronne bipolaire [12]

16
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

Dans l’espace interélectrode, les particules chargées (électrons et ions négatifs


principalement) interagissent donc avec les molécules neutres de l’air et leur imposent un
mouvement (ordonné ou désordonné) par l'intermédiaire de collisions. En modulant
électriquement ces interactions, soit par l’intermédiaire d'un courant alternatif qui traverse
l’espace interélectrode, soit par une tension alternative appliquée entre les électrodes, il est
possible de perturber l’air, et par conséquent de créer une onde acoustique. Pour une
configuration géométrique d’électrodes pointe- plan, les deux zones distinctes de l'espace
interélectrode précédemment définies sont respectivement associées aux deux différents types
d’interactions entre particules chargées et particules neutres responsables de l’émission
acoustique (transfert de chaleur et transfert de quantité de mouvement respectivement). Il est
alors possible de considérer un mécanisme de transduction propre à chacune des deux régions
: une source acoustique de chaleur associée à la zone d’ionisation, d’une part, et une source
acoustique de force associée à la zone de dérive, d’autre part.

I.5.1 Décharge couronne positive


La décharge couronne positive est celle qui se produit quand la pointe est portée à un
potentiel positif et la plaque à la terre. Dans ce cas, dans la zone de champ intense autour de la
pointe, des électrons sont produits par photo-ionisation et sont accélérés vers l’anode (la
pointe). Autour de celle-ci, se développe alors une région de forte ionisation : zone en
pointillé à la figure (1.5).

Zone d’ionisation Zone de dérive


r = Rc r > Rc
r0 < r < R c

Attachement
Électrode haute

e +
tension (fil)

-
e
Plan collecteur

r0
+ + e +
e + +
e
+
+ e
+ +
e + e
Nouveau e e +
électron e e Ionisation
+ +

Condition aux limites:


E/N = 120 Td

Figure 1.5 Descriptif de la décharge couronne positive [13]

17
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

Les ions positifs ainsi créés sont repoussés par l’anode, sous l’effet des forces de
Coulomb, jusqu’à une distance de la pointe (inférieur au millimètre) au de là de laquelle le
champ électrique trop faible (< 30 kV/cm dans l’air à pression atmosphérique) ne permet plus
la création d’ions positifs.
Les ions positifs migrent donc vers la cathode (la plaque). Cette zone unipolaire,
puisqu’il n’y a que des ions positifs, est appelée région de « dérive ». Pour cette décharge, il
y’a avancement de streamers, qui se propage en quelque sorte comme une extension de
l’anode. D’après les modélisations de Loiseau et al. [14], la décharge est composée d’une
phase de propagation du streamer (durée de la propagation de 50 ns à la vitesse de 210 m/s) et
d’une phase de restauration pendant laquelle les ions dérivent. Ces deux phases forment un
cycle de fréquence de 10 kHz. Le courant de décharge n’est donc pas continu, mais
correspond à une succession de phénomènes transitoires.
Goldman et al. en 1985 [15] indique qu’un courant positif de 50 μA se décomposerait en un
courant unipolaire continu de 20 μA, distribué uniformément à la surface de la cathode, et de
streamers contribuant à 30 μA percutant la cathode à une fréquence de 10 kHz.

I.5.2 Décharge couronne négative


Dans le cas où la pointe est portée à un potentiel négatif, il y a toujours création
d’électrons par photo-ionisation et apparition de la zone d’ionisation autour de la pointe.
Goldman et Sigmond en 1982 [16] expliquent que les ions positifs alors créés reviennent
rapidement à la cathode (figure 1.6).
Seuls les ions négatifs créés par attachement dans une zone où le champ est plus faible
peuvent migrer vers la plaque. De plus, lorsque la haute tension dépasse un seuil, il y a
passage à l’arc. Le courant de cette décharge est du à des impulsions de Trichel où la
fréquence qui dépend de la tension appliquée.
Ces impulsions sont régulières et sont dues au champ électrique qui s’affaiblit au
voisinage de la cathode. Les ions négatifs empêchent en effet la multiplication des avalanches
électroniques. Une fois ces ions migrés vers l’anode, de nouvelles avalanches apparaissent.
L’intervalle entre deux pics de courant, impulsions de Trichel, dépend donc du temps
nécessaire aux ions négatifs à atteindre l’anode.
Les mécanismes physico-chimiques au sein des décharges couronnes sont assez
complexes et sont actuellement étudiés par les physiciens des plasmas, car ils ne sont pas
encore totalement connus.

18
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

Zone d’ionisation Zone de dérive


r = Rc r > Rc
r0 < r < Rc
t
en
Molécule du gaz e m
ch Ions négatifs
e ta
Électrode haute

At
e -
tension (fil)

e -

Plan collecteur
r e -
- e
0
-
n

e
tio

+
e

e
sa

+ - - -
ni

+
e
Io

+ Attachement -
-

Électron -
secondaire Ion positive

E/N = 120 Td Condition aux limites

Figure 1.6 Descriptif de la décharge couronne négative [13].

I.5.3 Décharge couronne en régime alternatif


A la place d’un potentiel continu appliqué à la pointe, on peut également y appliquer un
signal sinusoïdal à valeur moyenne nulle. Dans ce cas, les processus de la décharge soumise à
une excitation alternative sont identiques à ceux décrits pour une excitation continue, dans la
mesure où l’intervalle de temps entre les inversions de polarité est suffisamment long pour
que toutes les charges résiduelles de l’alternance précédente soient écoulées. Ceci implique
l’existence d’une fréquence f et d’une distance inter-électrodes d limites reliées par
l’expression suivante [3]:
μE μE
d max = ⇔ f = (1.29)
πf πd max
avec μ la mobilité des ions et E l’amplitude du champ électrique. Si l’excitation est supérieure
à cette fréquence f, la charge d’espace va osciller et augmenter à chaque période entre les
électrodes. Cet effet cumulatif aura pour conséquence des passages à l’arc pour des potentiels
plus faible qu’en continu [5].
Si l’on applique un champ alternatif au gaz plasmagène, alors le comportement du
système dépend de la distance interélectrode et de la fréquence de l’alimentation électrique.
En effet, si le temps de parcours du gap par le gaz est inférieur au temps d’inversion de la

19
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

polarité, alors les charges d’espace créées par une décharge auront quitté l’espace
interélectrode avant l’apparition de la décharge suivante. Le comportement élémentaire du
système consistera donc en une alternance de décharges positives puis négatives
indépendantes.
Si l’on augmente la fréquence du signal électrique, une charge d’espace résiduelle
persistera dans l’espace interélectrode, favorisant le déclenchement de la décharge suivante.
Ce phénomène peut se traduire par le maintien de la décharge avec une tension d’alimentation
légèrement inférieure à la tension de claquage de la décharge. Cette accumulation de charges
entraîne aussi une baisse de la tension de passage en régime d’arc.
Le courant de décharge présente trois composantes distinctes : le courant capacitif, le
courant synchrone et le courant impulsionnel (figure 1.7). Le courant capacitif est observé
lorsque le canal conducteur n’est pas établi. Le gaz qui se trouve dans l’espace interélectrode
se comporte alors comme un condensateur (ou “capacité” d’où le nom de ce courant).

Figure 1.7 : Différentes composantes du courant pour une alimentation électrique


alternative en géométrie pointe-plan à pression atmosphérique [4]

Ce courant est proportionnel à la tension appliquée avec laquelle il est déphasé de


π/2 :(Ic = [Link]/dt, où C désigne la capacité du gaz dans l’espace interélectrode). Le courant
synchrone est, comme son nom l’indique, en phase avec la tension. Cette composante,

20
Chapitre I Approche physique de la décharge couronne

continue et fluctuante, est due à l’afflux d’espèces chargées contre l’électrode lorsque le
champ électrique est élevé. Elle peut représenter, suivant la tension appliquée, la moitié du
courant total pendant la demi-période positive et pratiquement la totalité du courant pendant
la demi-période négative.
Nous pouvons aussi utiliser des décharges couronnes pulsées. Elles consistent à
appliquer des pics de forte tension mais pendant un très court instant (< 1 µs) pour limiter le
passage à l’arc. Dans ce cas, la valeur moyenne de la tension n’est pas nulle.

I.6 Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons présenté les phénomènes liés aux décharges électriques.
L’étude de ces décharges dans des intervalles d’air présente un intérêt de point de vue
technologique. Cette étude des mécanismes de la décharge électrique a montré que le
phénomène était d’une très grande complexité. Malgré les grandes avancées effectuées dans
les applications, beaucoup de processus physiques fondamentaux sont toujours sujets à des
investigations. Les mécanismes de développement de l’avalanche électronique et de
propagation des décharges ont été décrits.
Pour rendre compte des aspects de la décharge couronne, on a évoqué le champ seuil
déterminé la première fois par Peek et le champ critique du minimum d’ionisation. Un
modèle général incluant les paramètres physiques de l’air détermine ses champs, il est
applicable en polarité positive. L’étude de ces champs est nécessaire dans le calcul
numérique pour déterminer le potentiel à la frontière d’ionisation, mais le modèle décrit n’a
pas été vérifié dans le cas de la polarité négative ce qui nous a amené à effectuer des essais
de la tension seuil. Le champ critique étant considéré le même pour les deux polarités.

21
Chapitre II
Les méthodes numériques en
électromagnétisme
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

II.1 Introduction
Les progrès de l’informatique ont permis de développer des méthodes numériques de
calcul afin de déterminer de façon précise la distribution du champ et du potentiel électrique
[88]. Les méthodes numériques les plus connues et les plus utilisées dans ce type de problème
sont donc la méthode des différences finies (MDF), la méthode des éléments finis (MEF), la
méthode de simulation de charges (MSC) et la méthode des éléments finis de frontière
(MEFF), la méthode des volumes finis (MVF), … etc.
Dans ce chapitre, nous allons rappeler quelques méthodes numériques qui permettent de
résoudre les équations différentielles gouvernant les phénomènes de l’électrostatique. Nous
présenterons en particulier, la méthode des différences finies, la méthode des éléments finis,
la méthode de simulation de charges et la méthode des éléments finis de frontière.

II.2 La Méthode des différences finies (MDF)


La méthode des différences finies a été, historiquement, la première méthode connue
pour calculer sur ordinateur, la solution d'une équation différentielle. Elle consiste à remplacer
dans les équations aux dérivées partielles et dans les conditions aux limites, les dérivées par
des différences finies calculées sur les noeuds d'un maillage.
Selon l’utilisation des différences à gauche, à droite ou centrée, on obtient différents schémas
de discrétisation aux différences [Link] ne sont pas équivalents, et une étude fine est
nécessaire pour choisir le schéma représentant le meilleur compromis.
La générale de la méthode va nous permettre d’aborder les notions de consistance, de
stabilité et de convergence.
• Consistance : une méthode numérique est consistante si l’erreur de discrétisation de
l’équation tend vers zéros lorsque le pas de discrétisation tend vers zéros.
• Stabilité : une fois le schéma discret choisi, il va être nécessaire de la résoudre. Le
processus de résolution, à la vue des équations sera la plupart du temps itératif. On
calculera les valeurs de « Φ » de proche en proche : une valeur donnée de « Φ » sera
donc calculée en utilisant le résultat du calcul d’autres valeurs de « Φ ».Les erreurs
d’arrondi être inévitables sur machine, la méthode sera stable si ces erreurs ne
s’amplifient pas (trop) au cours du calcul.
• Convergence : après s’être assuré que le schéma discret tend vers l’équation, que ce
schéma conduit à un calcul stable, on dispose d’une solution. Le schéma utilise est

22
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

dit convergence si sa solution ainsi obtenue tend vers la solution de l’équation de


départ, lorsque les pas de discrétisation tendent vers zéros.
Donc, la consistance et la stabilité sont nécessaires et suffisantes pour assurer la convergence.

II.2.1 Principe de la méthode


La méthode des différences finies a d'abord été appliquée pour résoudre les équations
d'élasticité et de mécanique des structures [17]. Plus tard elle a été adaptée à
l'électromagnétisme [18]. L'idée de la méthode est de chercher une solution approchée à une
équation différentielle. La complexité des géométries fait qu'il est très difficile, le plus
souvent impossible de trouver une approximation de la solution dans tout un domaine d'étude.
Pour contourner cette difficulté on subdivise le domaine en sous domaines, appelés éléments,
sur lesquels il est plus facile de faire l'approximation.
L’idée principale de la MDF est de fournir une approximation des dérivées partielles qui
régissent les problèmes par des « différences » entre les valeurs nodales qui sont séparées par
une distance finie. Elle est, historiquement, la première méthode connue pour calculer, sur
ordinateur, la solution d’une équation différentielle.
La résolution d'une équation par la méthode des différences finies revient à remplacer la
recherche d'une solution continue par la solution en un certain nombre de points. Toute
distribution de points dans l'espace peut être utilisée. Elle consiste à décomposer le domaine
d’étude en une grille rectangulaire uniforme dont chaque nœud est à équidistance de son
voisin suivant les axes x et y et en chaque nœud, le système différentiel est satisfait.
L’utilisation d’un maillage régulier permet d’avoir, en tout point, la même forme pour les
équations. Le plus simple de ces maillages réguliers est le maillage carré, figure (3.1).
L’équation aux dérivées partielles est alors remplacée par un système d’équations algébriques
pour les valeurs nodales. Dans le calcul du potentiel et du champ électrique, ces équations
sont linéaires et la solution de chaque valeur nodale est obtenue par itération ou inversion de
matrice.
Une illustration de cette présentation est donnée en prenant l’équation de Laplace (2.1)
en deux dimensions définie dans le domaine donné sur la figure (2.1).
∂ 2Φ ∂ 2Φ
+ =0 (2.1)
∂x 2 ∂y 2
Chaque point est situé sur un des sommets d'un carré. Il existe d'autres maillages réguliers
comme le maillage en triangles équilatéraux et en hexagones équi-angulaires [19].

23
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

Δy

Δx
Figure 2.1 Maillage carré

La méthode des différences finies exploite un maillage à pas constant (quelque soit
le type de coordonnées utilisées) et propose deux types de solutions : le premier est explicite,
c’est à dire que les inconnues aux nœuds du maillage sont données explicitement par les
équations. Le deuxième type est implicite, c’est – à – dire les inconnues constituent un
système linéaire qu’il convient d’inverser, ce dernier est basé sur une forme matricielle
« creuse ». Donc, on peut faire une approximation des opérateurs d’une équation différentielle
par des différences finies calculées aux nœuds d’un maillage. Aussi on peut faire une
approximation de la fonction inconnue d’une équation différentielle. Cette méthode est
connue sous l’appellation de Méthode des Eléments Finis (MEF).

II.2.2 Transformation de l'équation différentielle


Soit les indices i et j, les coordonnées de la position d’un nœud quelconque (figure 2.2) avec
Δx = Δy = h dans le cas d’un maillage carré, et Φ i, j la valeur du potentiel en ce nœud qui est

donné par :
Φ i , j = Φ ( x0 + i ⋅ Δx, y 0 + j ⋅ Δy ) (2.2)

où x 0 et y 0 représentent les conditions initiales.

∂Φ
Comme sur la figure (2.2), l’approximation algébrique de la dérivée est donnée par :
∂x
∂Φ
⋅ (Φ i +1, j − Φ i , j )
1
≅ (2.3)
∂x Δx

Une approximation similaire donne :

24
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

∂ 2Φ
⋅ (Φ i +1, j − 2.Φ i , j − Φ i −1, j )
1
≅ (2.4)
∂x 2
Δx 2

Φ i , j +1

O
Φ i −1, j Φ i +1, j
Δx
Δy

Φi, j −1

Figure 2.2 Point central et ses voisins

Les expressions (2.3) et (2.4) sont exactes lorsque Δx tend vers 0. Mais dans l’analyse
numérique, Δx et Δy sont finis (d’où le terme de différences finies). De manière identique,
nous pouvons écrire les expressions équivalentes suivant la direction y, ce qui donne :
∂Φ
.(Φ i , j +1 − Φ i , j )
1
≅ (2.5)
∂y Δy

∂ 2Φ
.(Φ i , j +1 − 2.Φ i , j − Φ i , j −1 )
1
≅ (2.6)
∂y 2
Δy 2
L’utilisation de la notation indicielle permet une programmation et une évaluation
directe des expressions ainsi obtenues. Lorsque les équations (2.4) et (2.6) sont substituées
dans l’équation de Laplace, nous obtenons la formulation algébrique suivante :
⎛ ⎛ Δx ⎞ 2 ⎞ ⎛ Δx ⎞
2

2. 1 + ⎜⎜ ⎟⎟ Φ i , j ≅ Φ i −1, j + Φ i +1, j + ⎜⎜ ⎟⎟ .(Φ i , j −1 + Φ i , j +1 )


⎜ ⎟ (2.7)
⎜ ⎝ Δy ⎠ ⎟ ⎝ Δy ⎠
⎝ ⎠
Δx
où dépend du choix de la taille du maillage.
Δy

25
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

Pour un maillage carré (Δx= Δy), l’équation (2.7) se simplifie comme suit :
Φ i , j ≅ .(Φ i , j +1 + Φ i , j −1 + Φ i −1, j + Φ i +1, j )
1
(2.8)
4

On obtient ainsi un système d’équations linéaires implicites lorsque les formulations


analytiques sont considérées à chaque nœud. À partir du système d’équations, on obtient un
système algébrique qui peut s’écrire sous forme matricielle :
[A]{Φ} = {B} (3.9)
où {Φ} est le vecteur forme par les inconnues en potentiel de tous points intérieurs au
domaine et {B} le vecteur des conditions aux limites. La résolution du système (2.9) permet
ainsi d’évaluer le potentiel en chacun des nœuds.

II.2.3 Avantages de la MDF


™ La méthode des différences finies est une méthode simple à appliquer lorsque la
géométrie le permet et c’est une méthode raisonnablement exacte.
™ De plus, elle se programme facilement et nécessite peu de mémoire pour le stockage
des données.

II.2.4 Inconvénients de la MDF :


™ Lorsque la géométrie est de frontière courbe, le schéma ne peut s’applique près des
frontières irrégulières et donc cette méthode devient difficilement applicable. On doit
alors rechercher à la place une méthode qui est valide indépendamment de la
géométrie.
™ Elle n’est pas applicable pour des problèmes en 3 dimensions.
™ Cette méthode nécessite la connaissance, sur toute la frontière entourant le domaine
étudié, du potentiel, ce qui n’est pas toujours le cas en général.

II.3 La méthode des éléments finis (MEF)


La MEF, outil numérique très puissant, est beaucoup utilisé dans la résolution des
problèmes à domaine spatial fini, surtout en mécanique où elle a connu son plus fort
développement. Cette méthode a été appliquée avec succès dans les problèmes de calcul de
potentiel et de champs électriques [20].
L’idée de cette méthode est de chercher une solution approchée à une équation
différentielle après une reformulation sous forme d’identité intégrale appelée forme faible ou

26
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

variationnelle. Au lieu de rechercher à satisfaire l’équation aux nœuds, nous décomposons ici
le domaine en sous domaines appelés éléments finis, et nous imposons la satisfaction des
équations par sous domaine. L’introduction d’une approximation locale par sous domaine (dit
élément fini), permet de contourner le problème de complexité des géométries car il suffit
alors de choisir une approximation ou une décomposition (maillage) qui respecte la
géométrie.

II.3.1 Principe de la méthode


La MEF repose sur deux principes : d’une part, la formulation d’un problème approché
par la méthode de Galerkin, qui permet de remplacer un problème posé en dimension infinie
par un système linéaire. D’autre part, la construction d’un espace d’approximation (de
dimension finie) à l’aide d’un maillage, de fonctions polynomiales par morceaux et de degré
de liberté sur chaque maille.
La première étape dans la construction de l’espace d’approximation S b , consiste à mailler

l’intervalle Ω en une dimension d’espace (figure 2.3). Un maillage Ω = ]ak , bk [ est une

collection indexée d’intervalle {I i = [x1,i , x 2,i ]}1≤i ≤ N tous de mesure non nulle et formant une
ma

partition de Ω .

Figure 2.3 Le maillage en éléments finis triangulaires

27
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

En d’autres termes nous avons :

]ak , bk [ = U [x1,i , x2,i ] ] [


et ]x1,i , x 2,i [ I x1, j , x 2, j = Φ pour i ≠ j
N ma
(2.10)
i =1

Les intervalles I i sont appelés les mailles (ou les éléments ou les cellules de maillage), et

l’entier N ma désigné le nombre totale de mailles.

La façon la plus simple de construire un maillage est de choisir ( N ma + 1) points distincts de


Ω tels que :
ak = x1 < x2 < ... < xN ma < xN ma +1 = bi (2.11)

{
et de poser x1,i = xi et x1, j = x j pour tout i ∈ {1....N ma }. Les points de l’ensemble xi ...x N ma +1 }
sont appelés les sommets du maillage. Nous désignons par N s 0 le nombre de sommets du
maillage en une dimension d’espace. On a donc :
N s 0 = N ma + 1 (2.12)

Le maillage est à priori de pas variable, on pose pour tout i ∈ {1....N ma } :

bi = xN ma +1 − xi et bk = MAX bi (2.13)
1≤ i ≤ N ma

On dit que le maillage est uniforme lorsque bk = bi pour tout i ∈ {1....N ma } par la suite, le

maillage est désigné sous la forme Tb = {I i }1≤i ≤ N ma .

La deuxième étape dans la construction de l’espace d’approximation consiste à choisir des


fonctions de forme sur chaque maille, en d’autre termes, les fonctions de S b sont telles que

leur restriction à chaque maille I i ∈ Tb et dans tel espace polynomial.


Ces fonctions d’interpolation permettent alors de donner une approximation du potentiel Φ ,
~
notée Φ , sur chaque élément en fonction de ses valeurs aux nœuds de l’élément comme suit :
~
Φ = ∑i =e1 N i Φ i
N
(2.14)

Avec N e le nombre de nœuds d’interpolation, N i les fonctions d’interpolation et Φ i les


valeurs nodales du potentiel.
Pour illustrer le principe de la MEF, on reprend l’exemple de l’équation de Laplace (2.1) en
deux dimensions définie dans le domaine donné. Et on recherche à minimiser la quantité RM
telle que :

28
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

~
RM = ∇ 2 Φ( ) (2.15)
Parmi toutes les méthodes qui permettent d’annuler une grandeur dans un domaine Ω , la
méthode des résidus pondérés est bien connue et souvent utilisée. Elle consiste à choisir un
ensemble de fonctions linéairement indépendantes Wn , appelées fonctions de projection, et
annuler ainsi toutes les intégrales (2.15) sur chacun des éléments finis [21].
I n = ∫ Wn RdΩ (2.16)
Ω

L’intégration par partie de l’équation (2.16) donne :

∫ (gradΦ.n)W dS
~ ~
I n = − ∫ gradΦ.gradWn dΩ + n e (2.17)
Ωe Se

Pour chaque élément, on annule les n intégrales I n (2.17) qui correspondent aux n

fonctions de projection. On obtient un ensemble de n équations à n inconnues formant ainsi


un système élémentaire pouvant s’écrire sous la forme matricielle suivante :
[Ae ]{Φ e } = {be } (2.18)

avec [ Ae ] : est la matrice associée à l’élément considéré ;

{Φ e } : ses composantes sont les inconnues du potentiel aux nœuds du même élément ;
{be } : est le vecteur qui tient compte des éventuelles conditions aux limites présentées
sur certains nœuds de l’élément considéré.

La résolution du système final est simple puisque les équations obtenues sont linéaires et
les matrices ainsi formées sont symétriques. Pour déterminer la distribution du champ
électrique, il faut calculer la dérivée du potentiel par une méthode numérique adaptée. Pour
résoudre un problème par la méthode des éléments finis, on procède donc par les étapes
successives suivantes (figure 2.4) :

1. On pose un problème physique sous la forme d'une équation différentielle ou aux


dérivés partielles à satisfaire en tout point d'un domaineΩ, avec des conditions aux
limites sur le bord ∂Ω nécessaires et suffisantes pour que la solution soit unique.

2. On construit une formulation intégrale du système différentiel à résoudre et de ses


conditions aux limites : C'est la formulation variationnelle du problème.

29
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

3. On divise Ω en sous domaines : C'est le maillage. Les sous domaines sont appelés
mailles.

4. On choisit la famille de champs locaux, c'est à dire à la fois la position des nœuds
dans les sous domaines et les polynômes (ou autres fonctions) qui définissent le champ
local en fonction des valeurs aux nœuds (et éventuellement des dérivées). La maille
complétée par ces informations est alors appelée élément.

5. On ramène le problème à un problème discret : C'est la discrétisation. En effet, toute


solution approchée est complètement déterminée par les valeurs aux noeuds des
éléments. Il suffit donc de trouver les valeurs à attribuer aux nœuds pour décrire une
solution approchée.

6. On résout le problème discret: C'est la résolution

7. On peut alors construire la solution approchée à partir des valeurs trouvées aux
nœuds et en déduire d'autres grandeurs : C'est le post-traitement.

8. On visualise et on exploite la solution pour juger de sa qualité numérique et juger si


elle satisfait les critères du cahier des charges : C'est l'exploitation des résultats.

Les étapes 1, 2, 3,4 et 5 sont souvent rassemblées sous le nom de prétraitement.

La méthode des éléments finis utilise des approximations simples à variables inconnues
dans chaque élément pour transformer les équations aux dérivées partielles en équations
algébriques. Les noeuds et les éléments n’ont pas forcement de signification physique
particulière, mais sont basés sur des considérations de précision de l’approximation.
L’approximation peut fournir une solution approchée en tout point (x, y) d'une fonction
difficile à évaluer ou connue seulement en certains points et une solution approchée d'une
équation différentielle ou aux dérivées partielles. Lorsque la frontière du domaine est
constituée par des courbes ou des surfaces plus complexes que celles qui définissent les
frontières des éléments, une erreur est inévitable. Cette erreur est appelée "erreur de
discrétisation géométrique". Elle peut être réduite en diminuant la taille des éléments.

30
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

Système Physique

Modélisation par Eléments Finis

Caractéristique Elémentaires Bibliothèque d’éléments

Ke , Fe

Assemblage

K , F

Résolution du système linéaire

Conditions aux limites

E, J, I

Figure 2.4 Organigramme simplifié de l’analyse par la méthode des éléments finis.

II.3.2 Définition des mailles de référence


De manière à simplifier la définition analytique des éléments de forme complexe,
introduisons la notion d’élément de référence (fig.2.5) : un élément de référence Ω r est un
élément de forme très simple, repéré dans un espace de référence, qui peut être transformé en
chaque élément réel Ω e par une transformation géométrique. Cette transformation dépend de
la forme et de la position de l’élément réel.

31
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

η y x2

x1
Ω1
Ω2 x3

0,1
3
x5 Ω3

x4
Ωr
1 2
x
0,0 1,0
ξ

(a) Eléments de références (b) Eléments réels

Figure 2. 5 Relation entre l’élément réel et l’élément de référence

Chaque transformation est choisie de manière à présenter les propriétés suivantes :


• Elle est bijective en tout point situé sur l’élément de référence ou sur sa
frontière : à tout point de Ω r .
• Les nœuds géométriques de l’élément de référence correspondent aux nœuds
de l’élément réel.
• Chaque portion de frontière de l’élément de référence, définie par les
nœuds géométriques de cette frontière, correspond à la portion de frontière
de l’élément réel définie par nœuds correspondants.

Soulignons que même l’élément de référence Ω r (par exemple un triangle à 3 nœuds) se


transforme en éléments réels Ω e de même type par des transformations différentes (fig. 2.5).
Nous présentons ci- dessous la forme et la définition analytique des éléments de référence
correspondant aux éléments classiques. Dans un maillage, toutes les mailles ont des formes et
des dimensions différentes. On trouve des mailles linéiques, des mailles surfaciques et des
mailles volumiques de toutes formes et de toutes tailles. Dans le but d'uniformiser et
d'automatiser les calculs, on introduit la notion de maille de référence. Nous ne donnons ici
que les mailles les plus classiques. Par convention généralement admise.

32
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

La maille de référence linéique est le segment (figure 2.6) :

x1 ∈ [-1,1]

0 1 -1 0 1 -1 -1/2 0 1/2 1
Linéaire (2 nœuds) quadratique (3 nœuds) cubique (4 nœuds).

Figure 2.6 Eléments de referens à une dimension

La maille de référence surfacique triangulaire est le triangle (figure 2.7):

x1 ≥ 0 ; x 2 ≥ 0 ; x1 + x 2 ≤ 1

0,1 0,1 0,1

0,2/3 1/3,2/3

0,1/2 1/2,1/2
0,1/3 2/3,1/3

0,0 1,0 ξ 0,0 1/2,0 1,0 ξ 0,0 1/3,0 2/3,0 1,0 ξ

Linéaire quadratique cubique

Figure 2.7 Eléments de referens triangulaires

La maille de référence surfacique quadrangulaire est le carré (figure 2.8):

x1 ∈ [−1,1] ; x 2 ∈ [−1,1]

33
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

η η
η -1/3,1 1/3,1
0,1
-1,1 -1,1 1,1 -1,1 1,1

-1,1/3 1,1/3
1,0
-1,0
ξ ξ ξ
1,-1 -1,-1/3 1,-1/3
-1,-1 -1,-1 -1,-1
0,-1 -1/3,-1 1/3,-1
1,-1 1,-1
1,1

Linéaire quadratique cubique

Figure 2.8 Eléments de références carrés

La maille de référence volumique tétraédrique est le tétraèdre (figure 2.9):

x1 ≥ 0 ; x 2 ≥ 0 ; x3 ≥ 0 ; x1 + x 2 + x3 ≤ 1.
ξ
ξ ξ
0,0,1

0,1,0
0,0,0 η η η
1,0,0
ε ε ε
Linéaire quadratique cubique

Figure 2.9 Eléments de référence tétraédrique

La maille de référence volumique hexaédrique est le cube (figure 2.10):

x1 ∈ [−1,1] ; x 2 ∈ [−1,1] ; x3 ∈ [−1,1]

Où x1, x2 et x3 sont les coordonnées d'un point courant m de la maille de référence.

34
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

-1,-1,1
1,1,1
1,-1,1
η η η
-1,-1,-1 -1,1,-1 ε ε ε
1,1,-1
1,-1,-1

Hexaédrique - linéaire Hexaédrique - quadratique Hexaédrique -cubique

ξ ξ ξ
0,0,1
0,1,1

1,0,1

η η η
0,0,-1 0,1,-1

ε ε ε
1,0,-1

Prismatique- linéaire Prismatique- quadratique Prismatique- cubique

Figure 2.10 La maille de référence volumique hexaédrique

II.3.3 Interpolation polynomiale sur les mailles de référence


Les concepts de transformation géométrique et d’élément de référence simplifient la
construction des fonctions d’interpolation pour des éléments de formes compliquées. Les
fonctions Ф(x, y, a1 , a 2 ,……., a n ) sont souvent choisies de manière à être faciles à évoluer sur
ordinateur, à intégrer ou dériver explicitement. Ainsi l’approximation peut fournir :

- Une expression approchée en tout point (x, y) d’une fonction difficile à évaluer ou

connue seulement en certains points ;

- Une solution approchée d’une équation différentielle ou aux dérivées partielles.

Le polynôme d’interpolation d’ordre n à deux dimensions, est donné sous la forme [22]:

φ ( x, y ) = a1 + a 2 x + a3 y + a 4 x 2 + a5 y 2 + a 6 xy + ..... + a 2 n +1 y n (2.19)

Pour n=1, nous avons l’équation d’interpolation linéaire suivante (fig. 2.11) :

35
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

φ ( x, y ) = a1 + a 2 x + a3 y (2.20)

Φ1
Φ = α1 + α 2 x + α 3 y
Φ
Φ2

Φ3

X
P ( xp , y p ) t
( xt , yt )
Y

q
( xq , yq )

Figure 2.11 Paramètres de l’élément triangulaire linéaire

Pour n=2, nous avons l’équation d’interpolation quadratique sous la forme :

φ ( x, y ) = a1 + a 2 x + a3 y + a 4 x 2 + a5 y 2 + a 6 xy. (2.21)

Pour notre cas, nous utilisons l’élément triangulaire comme élément de référence.
Alors nous pouvons utiliser une équation d’interpolation linéaire de premier ordre.

II.3.4 Avantages de la MEF

™ La flexibilité est l’un des plus importants avantages de la MEF. Les éléments peuvent
avoir plusieurs formes variées et peuvent donc s’adapter facilement à n’importe
quelles formes géométriques complexes et aussi tenir compte des propriétés
inhomogènes et non linéaires des matériaux.

36
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

™ La programmation de la méthode est assez simple surtout lorsqu’il s’agit de tenir


compte de l’introduction des conditions aux limites.
™ La MEF a fait ses preuves dans beaucoup de domaine en ingénierie. De plus, avec son
développement important, il existe de très bons logiciels commerciaux qui sont basés
sur cette méthode et qui la rendent très accessible. Et par conséquent, elle est
applicable à beaucoup de problèmes sans que nous connaissions nécessairement la
MEF en détail.
™ Les matrices formant le système final d’équations sont symétriques ce qui simplifie
grandement la résolution de celui ci.

II.3.5 Inconvénients de la MEF


™ L’utilisation de la MEF pour la résolution d’un problème donné, nécessite la
connaissance parfaite de la géométrie du problème mais aussi des conditions aux
limites, ce qui n’est pas toujours le cas.
™ Une fois le potentiel connu en chaque nœud, il faut procéder à un autre calcul
numérique pour déterminer le champ électrique en tout point. Ce qui peut engendrer
d’autres erreurs.
™ Il a été dit que la MEF était une méthode flexible car elle s’adapte facilement aux
différentes géométries, mais ce n’est pas le cas du maillage car celui ci doit être
entièrement refait si une modification sur une partie de la géométrie du problème
considéré intervient.

II.4 La méthode des éléments finis de frontière (MEFF)


On utilise cette méthode dans les problèmes de calcul de potentiel et de champ
électrique. On trouve deux formulations différentes pour la MEFF : la formulation indirecte et
la formulation directe. Pour la formulation directe, on évalue directement le potentiel et le
champ électrique normal. Pour la formulation indirecte, la distribution de charges est évaluée
dans un premier temps et en déduit ensuite le potentiel et le champ électrique [23].

II.4.1 Formulation indirecte de la MEFF :


Une expression par formulation indirecte peut être obtenue si les conditions aux
frontières peuvent s’exprime sous forme de potentiel de simple couche en tout point. Pour la
formulation indirecte, nous avons l’équation suivante :

37
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

ρs
Φ=∫ GdS (2.22)
s
ε0

où ρ s est la distribution de charges surfaciques et G la fonction de Green.

En prenant la dérivée de l’équation (2.22) suivant la normale n, nous obtenons:


∂Φ ρ ∂G
=∫ s dS (2.23)
∂n s ε 0 ∂n

Soit un point situé sur une surface diélectrique – diélectrique Γij où la normale n est

dirigée du diélectrique (i) vers le diélectrique (j). En considérant un point appartement au


diélectrique (j) et approchant la surface Γij le long de la normale n, nous obtenons :

⎛ ∂Φ ⎞ 1 ∂G
ε0⎜ ⎟ = − ρs + ∫ ρs dΓ (2.24)
⎝ ∂n ⎠ j 2 Γ
∂n

En répétant le procédé pour un point appartenant au diélectrique (i), on obtient :

⎛ ∂Φ ⎞ 1 ∂G
ε0⎜ ⎟ = + ρs + ∫ ρs dΓ (2.25)
⎝ ∂n ⎠i 2 Γ
∂n
1
Le terme ± ρ s de (2.24) et (2.25) est dû à la discontinuité de la composante normale du
2
∂Φ
champ électrique à travers l’interface Γij à cause de la présence des charges de
∂n
polarisation.

En multipliant (2.24) par ε j et (2.25) par ε i ( ε j et ε i : permittivités respectives), en les

additionnant, on obtient donc :


⎛ εi + ε j ⎞
ρ s = −2⎜ ⎟ ρ s ∂G dΓ
⎜ ε − ε ⎟ ∫ ∂n
(2.26)
⎝ i j ⎠Γ

L’équation (2.26) est valide pour tous les points situés sur l’interface diélectrique –
diélectrique. Donc, pour les points situés sur les électrodes, on utilise l’équation suivante :
ρs
Vi = ∫ GdΓ (2.27)
ε
Γ 0

Les équations (2.26) et (2.27) permettent de calculer la densité de charges équivalentes à la


surface des conducteurs et du diélectrique.

38
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

En fin, nous pouvons dire que la résolution des équations intégrales (formulation directe
ou indirecte) se fait par la méthode des éléments finis sur la frontière du domaine étudie. La
frontière est discrétisée en éléments géométriques par une méthode numérique, en général par
quadrature de Gauss.

II.4.2 Formulation directe de la MEFF :


Résoudre l’équation (2.1) revient à inverser l’opérateur Laplacien. Cette inversion se
fait en utilisant la méthode de l’identité de Green. On transforme l’équation de Laplace en une
équation intégrale qui lie la valeur du potentiel Φ (P ) en un point P à l’intérieur du domaine
∂Φ
Ω, à la valeur du potentiel Ф et sa dérivée normale sur l’ensemble des points de sa
∂n
frontière Γ .

Le potentiel Φ ∗ (P ) créé en un point p appartenant à un domaine Ω par une charge unitaire


placée en un point M est solution de l’équation :
∇ 2 Φ ∗ (P ) = δ (M , P ) (2.28)
avec δ (M , P ) défini comme suit :

⎧1: P = M
δ ( M , P) = ⎨ (2.29)
⎩0 : P ≠ M .
C’est la solution de l’équation (2.28) qu’on appelle fonction de Green G (=G (M, P)) de
1 1 ⎛1⎞
l’équation de Laplace. Sa valeur est égale à G = en 3D et G = ln⎜ ⎟ en 2D avec
4Π R 2Π ⎝ R ⎠
R la distance entre les points M et P (R = |PM|).

II.4.3 Avantages de la MEFF:


™ La transformation des équations aux dérivées partielles en équations intégrales réduit
la dimension du problème en un ou en deux si le problème présente une symétrie de
révolution.
™ La discrétisation du milieu infini ne cause plus de problème puisque tout est ramené
sur la frontière du milieu étudié.
™ Les inconnues du problème (c’est à dire le potentiel et sa dérivée normale) peuvent
être évaluées soit sur la frontière du domaine, soit à l’intérieur de celui ci, et de plus,
elles sont calculées avec le même niveau d’erreur. Cette méthode donne plus grande
précision par rapport aux autres méthodes.

39
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

™ La modification au niveau de la géométrie intervient, il n’est pas nécessaire de


reconsidérer tout le maillage comme pour la MEF. Il suffit de modifier les paramètres
de la portion de la frontière considérée.

II.4.4 Inconvénients de la MEFF :


™ La méthode indirecte ne permet pas de calculer directement le potentiel et le champ
électrique. Cela nécessite donc des calculs supplémentaires qui peuvent s’avérer
coûteux pour des problèmes de grandes tailles.
™ L’extension de la MEFF aux problèmes non linéaires est difficile car dans ces
conditions, on doit discrétiser la totalité du domaine où se produit la non linéarité
matérielle ou géométrique, perdant ainsi l’avantage de la MEFF d’une discrétisation
de la frontière uniquement.

II.5 La méthode de Simulation de Charges (MSC)


II.5.1 Le principe de la MSC
Dans la MSC, le champ électrique est simulé par un champ électrique engendré par un
nombre de charges discrètes, qui sont placées en dehors de la région dans laquelle le champ
électrique doit être calculé. Les valeurs affectées aux charges discrètes sont déterminées par la
satisfaction des conditions aux limites à des points de contour bien déterminés [24].
Donc, le principe de base de cette méthode est simple. Il y a plusieurs charges discrètes de
formes différentes sont présentés dans une région, le potentiel électrostatique, à n’importe
quel point (xi , yi ) appartenant à cette région, peut être déterminé par la sommation des

potentiel résultant des charges ponctuelles tant que le point ( xi , yi ) n’est pas situé sur aucune
charge ponctuelle. L’équation prend la forme suivante :
n
Φ i = ∑ Cij .QJ (2.30)
j =1

où : C ij : représente le coefficient de potentiel, dépendant du type de charges utilisées et qui

peut être évalué analytiquement par résolution de l’équation de Laplace ou de Poisson ;


Q J : représente la charge ponctuelle au point (x j , y j ) .

Dans la MSC, les charges de simulation sont placées à l’extérieur de l’espace dans
lequel on veut connaître le champ électrique. Si le point ( xi , yi ) est situé sur la surface d’un

40
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

conducteur, alors Φ i en ce point sera égal au potentiel du conducteur. Lorsque cette procédure
est appliquée à m point situés sur le contour de l’espace considéré, nous obtenons un système
de m équations linéaires pour n charges connues, c’est - à - dire :
⎡ C11 C11 . . C1n ⎤ ⎡ Q1 ⎤ ⎡ Φ1 ⎤
⎢ . . . . . ⎥⎥ × ⎢⎢ . ⎥⎥ = ⎢⎢ . ⎥⎥ (2.31)

⎢⎣C m1 C m 2 . . C mn ⎥⎦ ⎢⎣QM ⎥⎦ ⎢⎣Φ m ⎥⎦

Le choix du type de charges dans l’utilisation de la MSC est un facteur très important.
De manière générale, les types de charges les plus couramment utilisés sont les charges
ponctuelles, les lignes chargées de longueur infinie ou semi – finie et les charges en anneau.
Ces nouveaux types de charges de simulation incluent des cylindres elliptiques, des charges
sphéroïdales, des disques chargés, des charges de volume, etc. Dans le but d’utiliser les
différents types de charge de simulation, il est essentiel de déterminer les coefficients de
champ et de potentiel associés à chaque type de charges. Donc, pour des configurations de
charges plus compliquées, les différents coefficients doivent être déterminés numériquement.
Il est possible d’utiliser une configuration de charges complexes afin de réduire le nombre
de charges utilisées pour un problème donné et ainsi diminuer le temps de calcul. L’utilisation
de charges complexes peut être recommandée pour :

¾ Calculer le champ électrique dans des problèmes à plusieurs diélectriques ;

¾ Réduire le nombre de charges de simulation et la taille du système d’équations ;

¾ Modéliser des problèmes à trois dimensions présentant des symétries ou non;

¾ Modéliser des systèmes avec des électrodes fines.

II.5.2 Avantages de la MSC

™ La MSC permet de calculer le champ électrique et le potentiel pour des problèmes à


plusieurs diélectriques présentant des formes géométriques complexes (comme par
exemple les isolateurs haute tension) ;
™ Elle n’est nécessite aucune discrétisation du domaine d’étude, c’est à dire, on travaille
au voisinage de la frontière de cette dernière ;
™ Le grand intérêt porté à cette méthode pour les problèmes de calcul de champ
électrique a permis à celle ci d’acquérir une grande notoriété, ce qui lui permet d’être
soumise à diverses améliorations pour la rendre encore plus efficace et précise.

41
Chapitre II Les méthodes numériques en électromagnétisme

II.5.3 Inconvénients de la MSC

™ La MSC est une méthode numérique d’expression simple, mais leur application est
très difficile. La précision requise dépend de nombreux paramètres (type de charges,
leur localisation, …etc.). Il est donc nécessaire d’effectuer un nombre assez
important d’essais par itération ou d’utiliser des procédés d’optimisation afin
d’atteindre la précision désirée. Ceci agit par conséquent sur le temps de calcul qui
devient de plus en plus long en fonction de la complexité du problème à traiter ;
™ Lorsque le problème à étudier présente plus de deux diélectriques, l’utilisation de
MSC devient alors complexe et la programmation d’un tel modèle s’en trouve
détériorée.

II.6 Conclusion

Le calcul des différents paramètres de la décharge couronne dans un précipitateur


électrostatique d’aérosols passe par la résolution de l'équation de Poisson ou de Laplace. Il
s'agit donc de la détermination de la répartition spatiale du champ électrostatique (E) du
potentiel (Φ), de la densité de charge (ρ) et de la densité de courant (J) en fonction de la
répartition connue des charges et des conditions aux limites, c'est à dire de la répartition
donnée du potentiel sur les surfaces limitant le volume pour lequel le champ est calculé. Le
calcul du champ peut être effectué par plusieurs méthodes: analytiques, graphiques,
expérimentales et numériques. Le choix de la méthode pour résoudre les équations de
Maxwell (équation de Poisson) dépend de la complexité du problème et des conditions aux
limites, le but étant d'obtenir les résultats les plus précis en un minimum de temps de calcul.

Le développement des méthodes numériques a ouvert des champs d'applications très divers
et plus particulièrement celui de la détermination des caractéristiques des précipitateurs
électrostatiques. La performance de ces méthodes numériques a été démontrée par plusieurs
chercheurs [102-106]. Les progrès de l’informatique ont permis de développer des méthodes
numériques de calcul afin de déterminer de façon précise la distribution du champ et du
potentiel électrique.
Pour notre étude, nous avons choisi la méthode des éléments finis et la méthode de
simulation de charges. Les deux méthodes sont associées à la méthode des caractéristiques.
Ces méthodes sont nécessaires et largement suffisantes pour résoudre les problèmes
d’électrostatique avec une grande précision.

42
Chapitre III
Les propriétés électriques
de fines particules
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.1 Introduction
Les aérosols jouent un rôle essentiel dans l’atmosphère et dans des processus
techniques. Souvent il est souhaitable d’extraire de l’aérosol des particules d’une grandeur
variable déterminée.
Les poussières fines en suspension dans les gaz sont formées par la désintégration de
liquides ou de solides ou par la conversion des gaz en particules. Ils peuvent aussi résulter de
la mise en suspension de poudre ou de désagrégation d’agglomérats. Ces particules en
suspension dans l’air, encore appelées aérosols, sont donc constituées de substances solides
et/ou liquides, présentant une vitesse de chute le plus sauvant négligeable. Les particules en
suspension constituent un ensemble extrême hétérogène de polluants divers, minéraux ou
organiques et ont une taille variant de quelques nanomètres à une centaine de micromètres. La
taille de particules est le paramètre le plus important pour caractériser le comportement des
aérosols.
Le problème de la charge acquise par une particule dans un champ électrique ionisé a
été en effet posé par la précipitation industrielle des poussières et des fumés. Mais il est
intéressant de l’étudier à un point de vue plus théorique en se plaçant dans des conditions
expérimentales qui permettent de pousser les calculs jusqu’au bout et de faire des contrôles
précis.
La charge électrique portée par des particules d’un aérosol est un paramètre important,
car elle peut fortement influencer son évolution. En effet, les forces électrostatiques sont
souvent largement supérieures aux autres forces exercées sur les particules. Or la plupart des
aérosols d’origines naturelle ou artificielle sont électriquement chargés, les mécanismes de
chargement étant très diversifiés. On peut citer, par exemple : la friction, la pulvérisation, la
diffusion d’ions, l’émission thermo-ionique ou photoélectrique ou bien l’émission de
fragments chargés dans le cas des aérosols radioactifs [25].
Dans ce chapitre, nous présentons essentiellement les caractéristiques électriques des
particules en suspension dans l’air. Nous étudierons particulièrement la situation dans laquelle
la diffusion des petits ions positifs et négatifs conditionne la charge électrique des aérosols.
Cette partie concerne l’état de charge électrique des aérosols en milieu fortement ionisé. Dans
ce cas, les propriétés des petits ions présents dans le gaz vont jouer un rôle important, et leur
étude est indissociable de celle des charges électriques portées par les particules d’aérosols.
C’est pourquoi, nous consacrons également une partie de ce chapitre à l’étude des petits ions.

43
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.2 Mouvement des charges libres


Les phénomènes de mobilité et de diffusion sont des effets macroscopiques résultant
plus ou moins directement de l’action d’agents extérieurs (champ électrique, inhomogénéité).
Les effets de mobilité et de la diffusion étant fondamentaux dans la compréhension des
mécanismes de production et d’entretien des décharges.
Les particules chargées subissent normalement un mouvement désordonné d’agitation
thermique et de diffusion. En présence d’un champ électrique, ces particules sont soumises de

plus à une force unidirectionnelle de valeur Q E qui leurs communique une accélération
dans la direction du champ ; mais sous l’effet des collisions élastiques, cette accélération est
constamment contrariée.
Sous l’effet de cet ensemble de forces, les particules acquièrent en définitive une

composante de vitesse moyenne v , proportionnelle à l’intensité du champ électrique et
inversement proportionnelle à la fréquence des collisions. Cette description reste valable, à
pression et température normales, dans tout le domaine des champs utilisés en physique des
décharges.

III.2.1 La mobilité dynamique


La mobilité dynamique des particules est un paramètre permettant de caractériser le
mouvement d’un aérosol soumis à un champ de forces extérieures. Ce paramètre est utilisé
lorsque la vitesse de la particule est proportionnelle à la force qui agit sur elle, suivant la
relation :
→ →
V p = μd . F (3.1)

où V p représente la vitesse de la particule en m.s-1, μ d mobilité dynamique de la particule

exprimée en m.s-1.N -1et F la force en N.


La mobilité dynamique est couramment utilisée pour caractériser la sédimentation d’un
aérosol dans une enceinte. En effet, lorsque les particules sont soumisses à la force de
pesanteur, elles atteignent rapidement une vitesse limite de chute dans le gaz. Pour un nombre
de Reynolds faible ( Re < 1 ), en utilisant la loi Stokes, l’expression de la mobilité dynamique

est la suivante:
Cu
μd = , avec Cu = 1 + K n .(1,142 + 0,558. exp(−0,999 / K n )) (3.2)
3π .μ v .d p

où Cu représente le coefficient de correction de Cuningham, μ v la viscosité dynamique du

44
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

fluide ( μ v = 1,832 × 10 −5 Pa.s pour l’air dans les conditions STP), d p le diamètre de la

particule (m) et K n le nombre de Knudsen.

Le nombre de Knudsen est défini par le rapport entre le libre parcours moyen des
molécules du gaz et le rayon des particules. Ce nombre permet de caractériser le régime
continu ou moléculaire des interactions entre le gaz et les particules. La figure 3.1 montre les
variations du nombre de Knudsen en fonction du diamètre dp des aérosols.

0.35

0.3

0.25
Nom bre de k nuds en

0.2

0.15

0.1

0.05

0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
Diamètre des particules (m) -6
x 10

Figure 3.1 Variation du nombre de Knudsen en fonction du diamètre des particules

45
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.2.2 La mobilité électrique


La mobilité électrique est utilisée pour caractériser le mouvement d’un ion ou d’une
particule chargée dans un champ électrique. La vitesse de dérive de la particule dans le champ
électrique est donnée par la relation :
→ →
qn .[Link]
V p = μ. E avec μ = j.e.B , soit μ = (3.3)
3π .μv .d p

où V p représente la vitesse de la particule (ms −1 ) , μ sa mobilité électrique (m 2V −1 s −1 ) , E le

champ électrique (Vm −1 ) , qn le nombre de charges élémentaires portées par la particule et e la

charge élémentaire (1,6 × 10 −19 C ) . La figure 3.2 montre les variations de la mobilité électrique
en fonction du diamètre dp des aérosols.

-14
x 10
9
Mobilité électrique(m 2.V - 1.s - 1)

6
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
Diamètre des particules (m) -6
x 10

Figure 3.2 Mobilité des aérosols en fonction de leur diamètre

L’expression (3.3) qui définit la mobilité µ n’a de sens que si l’énergie acquise par l’ion

entre deux chocs sous l’effet du champ électrique E est négligeable devant l’énergie

46
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

moyenne d’agitation thermique, ce qui est réalisé si le module E du champ électrique est tel
que :
1
⎛ m ⎞ 2
qd .k B .T + ⎜1 + + ⎟
E ⎝ M ⎠
≤ (3.4)
n ⎛m M⎞
e⎜⎜ + + ⎟⎟
⎝ M m+ ⎠
avec n : nombre par unité de volume, des molécules du gaz porteur à la température T(K),
k B : constante de Boltzmann,
m+ : masse d’un ion,
M : masse d’une molécule du gaz,
qd : section droite de collisions ion- molécules [26].

On suppose également que la concentration ionique est suffisamment faible pour


qu’on puisse négliger les interactions entre les ions, soit du fait de la charge d’espace, soit
du fait des fluctuations statistiques de la densité ionique. Cela n’est possible si :
E
n< (3.5)
4π .[Link]
avec La : dimension caractéristique de l’appareillage.

La mobilité d’un ion varie en raison inverse de la masse volumique du gaz porteur
et, à température constante, en raison inverse de la pression. De la sorte, on définit la
mobilité réduite μ0 qui correspond à une température T = 273 K sous la pression de 760
mm de Hg par la relation :
760 T
μ = μ0 (3.6)
P 273
avec µ : mobilité à T(K),
P : pression (mm de Hg).

Généralement, les forces d’origines électriques sont bien supérieures aux forces de
pesanteur, de diffusion ou bien de thermophorèse. Le tableau 1.1 montre l’importance de
la force électrique par rapport à la sédimentation d’un aérosol.

47
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

d p ( μm ) vs (ms −1 ) μ (m 2V −1 s −1 ) Nombre de charges élémentaires (e)


−1
120 Vm 300 kVm −1
0,01 3,78 10-7 9,43 10-8 3,3 10-2 1,3 10-5
0,1 8,71 10-7 2,71 10-8 2,7 10-1 1,1 10-4
0,5 1,00 10-5 2,50 10-9 33,3 1,3 10-2
1 3,51 10-5 1,10 10-9 267 1,1 10-1
2 1,31 10-4 5,07 10-10 2,15 103 8,6 10-1
10 0.31 10-2 9,57 10-11 2,67 105 1,1 102

Tableau 3.1 Comparaison des effets dynamique et électrique [25].

Nous avons calculé pour chaque diamètre de particule, la vitesse limite de chute dans l’air
(vs ) ainsi que le nombre de charges électriques nécessaire pour obtenir la même vitesse dans
un champ électrique égal à 300 kVm-1. Dans ce calcul, la particule est supposée sphérique et
de densité unité, les conditions de pression et de température sont standard (STP : P=1013
hPa, T=293,15 °K). Les valeurs des champs électriques utilisées sont des moyennes
respectives du champ électrique terrestre par beau temps au niveau du sol, ou du champ
électrique de rupture rencontré pendant un orage.

III.2.3 Diffusion des particules dans un gaz


Dans leur mouvement au hasard, les particules entrent continuellement en collision et
échangent de l’impulsion. Si la densité du gaz de particules n’est pas uniforme, les particules
situées dans les régions de forte densité (n), en plus grand nombre, échangent plus
d’impulsion dans la direction orientée vers les faibles densités que dans la direction contraire.
Il en résulte une force moyenne, appliquée aux particules vers les régions à faible densité,

C’est- à-dire dans le sens de - ∇n . On exprime que la densité du flux de particules dans la
direction x, Γx = nv x , est proportionnelle à ∂n / ∂x.

∂n
Γx = − D (3.7)
∂x
Le coefficient de proportionnalité D est le coefficient de diffusion, et la vitesse Γ / n , la vitesse
de diffusion.

48
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

La théorie cinétique conduit à Γe = k BTe / me vc pour les électrons. La même expression,


écrite pour les ions, avec une vitesse thermique beaucoup plus faible, donne une contribution
ionique beaucoup plus faible aussi ; il résulte d’après les relations d’Einstein :
μ e n.e
= = (3.8)
D k B .T pc

où pc = n.k .T est la pression cinétique et μ est la mobilité des ions.

Puisque μ ~ T / p il en résulte que, à température constante, D et μ sont

proportionnelles : ils varient donc d’une manière comparable.


Le coefficient de diffusion d’un ion peut être déterminé à partir de sa mobilité électrique, en
utilisant la relation d’Einstein :
D = μ.k B .T / qn .e (3.9)

où D représente le coefficient de diffusion ( m 2 s −1 ), T la température (K), k B la constante de

Boltzmann ( k B = 1,38 × 10 −23 JK −1 ) , qn le nombre de charges élémentaires portées par l’ion et


e la charge élémentaire.

III.3 Eléments théoriques sur les propriétés des ions


III.3.1 La classification des ions
Généralement, les ions sont classés dans plusieurs catégories suivant leur dimension.
Ces différentes catégories sont également le reflet des différents modes de formation des ions
dans l’atmosphère. On distingue les cinq catégories suivantes : les petits ions, les petits ions
intermédiaires, les gros ions intermédiaires, les ions de Langevin et les ultra gros ions.
Cependant dans le cadre de notre étude et par analogie avec d’autres auteurs nous
distinguerons seulement deux catégories d’ions : les petits ions et les particules chargées. Afin
de marquer cette distribution, nous utiliserons par la suite la lettre μ pour désigner la mobilité
électrique des petits ions.

III.3.1.1 Les petits ions


Les petits ions sont constitués par des molécules ou des agrégats moléculaires portant
une seule charge et dont la mobilité électrique est supérieure à 0,1 × 10 −4 m 2V −1 s −1 . Cette limite

de mobilité correspond à un diamètre d’environ 1,5 × 10 −9 m . Ces petits ions sont également
appelés petits ions primaires, car ils sont formés par excitation des molécules gazeuses.

49
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

Plusieurs auteurs ont étudies en détail les mécanismes de formation des petits ions positifs et
négatifs [27].
Les ions positifs se forment lorsqu’un électron est arraché d’une molécule tandis que les
ions négatifs résultent de la diffusion d’électrons libres sur des molécules neutres, qui ont des
affinités électronégatives. La taille et la mobilité des ions peuvent évoluer en fonction des
conditions environnantes, par exemple, la nature du gaz porteur, la présence de vapeur d’eau
ou bien la présence d’impuretés gazeuses. Dans le cas des petits ions créés dans l’atmosphère,
la mobilité moyenne des ions positifs est μ + = 1,14 × 10 −4 m 2V −1s −1 et celle des ions négatifs est

μ − = 1,25 ×10 −4 m 2V −1s −1 , dans le cas des ions produits dans l’air « pur » les mobilités
moyennes sont respectivement μ + = 1,33 ×10 −4 m 2V −1s −1 pour les ions positifs et

μ − = 1,84 ×10 −4 m 2V −1s −1 pour les ions négatifs.

III.3.1.2 Les particules chargées


Les gros ions ou les ions de Langevin sont en effet des particules chargées dont la
mobilité est inférieure à 0,001× 10 −4 m 2V −1s −1 . Ces particules chargées naissent de la collision
entre les petits ions et les particules neutres présentes dans le gaz. Le domaine intermédiaire
comprend des ions dont la mobilité dépend de la formation de clusters ou bien de
l’agglomération avec d’autres molécules.

III.3.2 Les méthodes de productions des petits ions


III.3.2.1 Les rayonnements ionisants
Dans l’air, la méthode la plus commune pour créer des petits ions d’une désintégration
α, β ou γ le transfert d’énergie du rayonnement dans le gaz, permet l’ionisation d’un nombre
considérable de molécules. L’énergie absorbée pour créer une paire d’ions correspond au
potentiel d’ionisation des molécules. Dans l’air, ce potentiel est environ wi = 35,5 eV pour les

émissions α et wi = 34 eV pour les émissions β.

. Le rayonnement alpha
Les parcours des rayonnements alpha dans l’air sont très faibles (quelques centimètres),
plusieurs relations donnent le parcours du rayonnement alpha en fonction de son énergie.
Morgan et Turner [28] proposent les relations suivantes pour les conditions standards de
pression et de température :

50
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

Rα = 0,[Link] pour Ei < 4 Mev,

Rα = 1,[Link] − 2,62 pour 4 < Ei < 8 Mev, (3.10)

où Rα représente le parcours du noyau d’hélium dans l’air (cm) et Ei l’énergie du


rayonnement (Mev).
On trouve également la relation empirique suivante :
3
Rα = 0,[Link] 2
(3.11)
La procédure des ions varie le long de la trajectoire des émissions α. Cependant, nous
pouvons estimer l’ionisation spécifique globale lors d’une désintégration en utilisant la
relation suivante :
Ni = Ei / wi (3.12)

où Ni représente le nombre de paires d’ions créés pendant une désintégration, Ei l’énergie

du rayonnement (eV) et wi le potentiel d’ionisation de l’air pour les émetteurs α ( wi = 35,5


eV).

. Le rayonnement bêta
Le processus d’ionisation de l’air par les émetteurs bêta est plus complexe que celui des
émetteurs alpha. En effet, les émissions bêta ne sont pas mono-énergitiques, mais il existe un
spectre d’énergie de l’émission pour chaque radioélément. Le parcours des électrons bêta est
également plus complexe que celui des alpha, l’électron étant dévié de sa trajectoire lors des
chocs avec les molécules du gaz.
Le parcours du rayonnement bêta est caractérisé par le coefficient d’absorption linéaire
μ a définit par :

μ a = 1,7.ρ g .Emax
−1,14
(3.13)

où μ a représente le coefficient d’absorption linéaire (m-1), ρ g la masse volumique du gaz

(kgm-3) et Emax l’énergie maximale du rayonnement (Mev).

Le flux d’électron à une distance x de la source est alors déterminé par la relation :
ψ e ( x) = ψ e 0 . exp(− μ a .x) (3.14)

où ψ e représente le flux d’électrons en un point (m-2.s-1), ψ e 0 le flux à la source et x la distance


entre le point est la source (m).

51
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

Il existe des relations empiriques permettant de déterminer le parcours maximal d’un


rayonnement bêta. Nous citerons ici les expressions du parcours correspondant à une
atténuation d’un facteur 103 du flux d’électrons, le parcours des électrons dans la matière étant
exprimé en masse par unité de surface (kg m2):
Rβ = [Link]
1, 38
pour Emax < 0,8 Mev,

Rβ = 5,[Link] − 2,62 pour Emax > 0,8 Mev, (3.15)

où Rβ représente le parcours de l’électron (kg m2), défini par le produit de l’épaisseur du

milieu par sa masse volumique et Emax l’énergie maximale du rayonnement bêta (Mev).

Pendant le parcours d’un électron bêta dans un matériau, il peut céder son énergie par
l’ionisation des molécules rencontrées ou bien par la création de rayonnement de freinage. Le
transfert d’énergie par rayonnement de freinage entraîne la production de photons, ce
phénomène étant négligeable pour les électrons de faibles énergies ( Ei < 1 Mev) ou pour les
matériaux de faibles nombres atomiques.

Par ailleurs, comme le spectre d’énergie des émetteurs bêta est continu, nous devons
utiliser une valeur moyenne de l’énergie des émissions bêta afin de pouvoir calculer le
nombre moyen de paires d’ions créées à chaque désintégration. Si on néglige la perte
d’énergie par rayonnement de freinage, l’énergie moyenne disponible Ei (eV) pour
l’ionisation du matériau est définie par la relation:
1
Ei ≅ Emax (3.16)
3
où Emax représente l’énergie maximale du spectre d’émission du radioélément (eV).

Le nombre moyen de paires d’ions créés à chaque désintégration est donc :


Ni = Ei / wi (1.17)

où wi est le potentiel d’ionisation de l’air pour les émetteurs bêta ( wi = 34 eV).

52
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

. Le rayonnement gamma
Le processus d’ionisation de l’air par un rayonnement gamma est lui aussi complexe. En
effet, le rayonnement gamma est indirectement ionisant : les photons incidents vont produire
des électrons énergétiques capables d’ioniser le milieu. Il existe trois principaux types
d’interactions entre les photons incidents et la matière : l’effet photo-électrique, l’effet c
ompton et la création de paires. Selon l’énergie du rayonnement incident et le numéro
atomique du matériau, un des trois effets peut prédominer les interactions.
Il est possible de définir de façon analogue aux émetteurs bêta un coefficient
d’absorption linéaire ( μ a ). Cependant, l’expression d’un tel coefficient est complexe car il
faut tenir compte de l’importance relative des trois types d’interactions. De plus, le calcul
analytique de la production d’ions dans un gaz sous l’action d’un rayonnement gamma est
difficile, et nécessaire l’utilisation d’un logiciel de calcul de débit de dose.

L’unité de dose est le Gray (Gy) correspondant à des [Link]-1. Toutefois, afin de calculer le
taux d’ionisation dans un gaz, il est plus commode d’utiliser une ancienne unité historique
appelée Roentgen (R). Cette unité représente la quantité de charges électriques positives ou
négatives produites par unité de masse ( 1R = 2,58 × 10 −4 [Link] −1 ).
La correspondance entre le Gray et le Roentgen, s’exprime à l’aide de la relation
suivante : [Link] −1 ⇔ 33,8Gy . L’intensité d’ionisation dans l’air I γ ( p.i.m −3 s −1 ) en fonction du

débit de dose Dd (Gy.h-1) s’exprime donc à l’aide de la relation :


ρg
Iγ = .Dd ,
33,8.1,6 × 10 −19.3600
Or ρ g = 1,205 kgm-3 pour l’air dans les conditions STP d’où, (3.18)

Iγ = 6,189 × [Link] .

III.3.2.2 L’effet couronne


Les décharges de type couronne sont caractérisées par la dissymétrie des électrodes, l’une au
moins des deux électrodes présentant une forte courbure. Le champ électrique réduit produit
dans l’espace inter-électrodes (gap) lors de l’application d’une haute tension est fortement
inhomogène.

53
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

L’appellation de décharge couronne vient du halo lumineux en forme de couronne qui


apparaît autour de l’électrode à forte courbure lors de l'initiation de la décharge. La haute
tension appliquée à l’électrode à forte courbure peut être positive ou négative.
L'une des difficultés principales rencontrées avec les décharges de type couronne est la
transition à l’arc électrique. Ce phénomène est caractérisé par une forte élévation du courant
circulant dans la décharge et une hausse importante de la température du gaz. Le plasma gé-
néré est alors proche de l'équilibre thermodynamique, avec une énergie moyenne des
électrons de l'ordre de 1 eV. La puissance injectée dans le gaz est alors majoritairement
dissipée par effet Joule, l’énergie cinétique moyenne des électrons étant insuffisante pour
permettre l’ionisation, l'excitation ou la dissociation des molécules du milieu.

La quantité d’ions produits dépend de la géométrie des électrodes, du champ électrique


et des caractéristiques du gaz.
Soulignons ici que l’utilisation de deux systèmes à effet couronne fonctionnant en
courant continu, ou bien un système fonctionnant en courant alternatif, permettent de
contrôler la production d’ions positifs et négatifs en quantités différentes. En revanche,
l’utilisation des sources radioactives implique une production d’ions positifs et négatifs en
quantités égale.

III.3.2.3 Les autres moyens de production


Il est possible de produire des ions dans un gaz par effet photoélectrique en utilisant un
rayonnement ultra violet. Celui-ci provoque l’excitation et l’émission d’électrons appartenant
à des molécules gazeuses. Il est également possible de produire des ions à l’aide de la flamme.
En effet, dans une combustion, des ions sont produits par réactions chimiques entre le
carburant et l’oxygène au niveau de la flamme [29].

III.3.3 L’évolution des ions dans le gaz


Après leur création dans le gaz, les ions vont évoluer de différentes façons. La
concentration des ions résulte de plusieurs processus physiques comme leur recombinaison,
leur fixation sur l’aérosol ou bien leur diffusion sur des parois. De plus, la mobilité et donc la
diffusion peuvent évoluer suivant « l’âge » des ions ou bien suivant les conditions de
pression, de température et d’humidité.

54
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.3.3.1 La recombinaison
Le processus de recombinaison des ions s’apparente à la coagulation d’un aérosol. Les
petits ions de signes opposés peuvent se rencontrer sous l’action de la diffusion ou bien des
attractions électrostatiques. Dès lors, leurs charges électriques se neutralisent et ils
disparaissent en tant qu’ions. La variation des concentrations en ions positifs et négatifs due à
la recombinaison est symétrique, puisque les ions se recombinent par paires. Ce processus est
décrit par la relation:
dn±
= −α .n+ .n− (3.19)
dt
où n± représentent les concentrations en ions positifs ou négatifs (m-3) et α le coefficient de
recombinaison (m3 s-1).
En présence d’un taux de production de paires d’ions τ q (m-3 s-1), si la recombinaison est

le seul mécanisme à intervenir dans la disparition des ions, la concentration en ions positifs
est égale à celle des négatifs, et atteint un équilibre déterminé par la relation :
τq
n∞ = (3.20)
α
où n∞ représente la concentration en ions positifs ou négatifs à l’équilibre (m-3). Cette

concentration d’équilibre est atteinte pour un temps t >> 1 .


α .τ q

Le calcul du coefficient de recombinaison et sa mesure ont été effectués par plusieurs


auteurs dans l’air et à pression atmosphérique, ils ont mesuré des valeurs de α comprises
entre 1,2 × 10 −12 et 2,1× 10 −12 m3 s-1. Malgré cette dispersion des résultats, la valeur

α = 1,6 ×10 −12 m3 s-1 est couramment employée.

III.3.3.2 La fixations des petits ions sur les aérosols


Les petits ions peuvent se fixer sur les particules d’aérosols et ainsi les charger
électriquement. Cette fixation peut être fonction de différents types d’interactions entre les
ions et les particules : la diffusion brownienne, l’attraction électrostatique ou bien la force due
à l’image électrique de l’ion.
Ces phénomènes sont décrits par un coefficient de fixation β (m3 s-1) des ions sur
l’aérosol, défini par le rapport entre le flux d’ions sur la particule et la concentration ionique
dans le milieu :

55
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

β =ψ i n (3.21)

où ψ i représente le flux d’ions sur la surface d’une particule (s-1) et n∞ la concentration


d’équilibre en ions dans le milieu (m-3).

En présence d’un aérosol fortement concentré, la fixation des ions sur les particules peut
devenir le mécanisme dominant leur disparition. Ce mécanisme intervient par exemple dans la
détermination des concentrations des petits ions atmosphériques. Si on néglige la
recombinaison des ions, la concentration en ions positifs ou négatifs à l’équilibre s’exprime
alors par :
τq
n∞ = (3.22)
β .Ct
où n∞ représente la concentration en ions positifs ou négatifs à l’équilibre (m-3), q le taux de
production de paires d’ions (p.i.m-3.s-1) et Ct la concentration de l’aérosol (m-3).

Les méthodes de calcul du coefficient de fixation dépendent du rapport entre le libre


parcours moyen des ions et la dimension de l’aérosol. Nous pouvons distinguer différents
régimes à l’aide du nombre de Knudsen, défini par la relation :
λi
Kn = (3.23)
rp

où λi représente le libre parcours moyen des ions dans l’air (pour les petits ions

atmosphériques, λi = 1,3 ×10 −8 m et rp le rayon de la particule (m).

Ainsi, lorsque K n > 0,25 : le régime est dit continu et la particule est considérée comme
immobile par rapport aux ions environnants. Dans ce cas, nous pouvons appliquer l’équation
classique de diffusion (loi de Fick).
Lorsque K n << 1 : le régime est moléculaire et la vitesse d’agitation thermique de la

particule n’est plus négligeable devant celle des ions. Entre ces deux valeurs de K n nous se
trouvons dans le régime intermédiaire.
Nous expliciterons par la suite le calcul du coefficient de fixation dans le régime
continu, pour déterminer la distribution des charges électriques d’un aérosol en milieu
bipolaire.

56
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.3.3.3 La diffusions sur les parois


La diffusion des ions sur les parois d’une enceinte est un phénomène important, qui peut
influencer leur évolution dans le milieu. Les effets de la diffusion sont souvent étudiés et
utilisés en métrologie, que ce soit pour la conception de systèmes de mesures (batteries de
diffusion) ou bien pour l’interprétation des résultats expérimentaux.
Il faut distinguer deux types de diffusion : la diffusion turbulente qui caractérise le
transfert global d’une quantité vers la paroi (l’intensité de cette diffusion va dépendre des
écoulements aérauliques dans l’enceinte), et la diffusion moléculaire (mouvement brownien).
Plusieurs auteurs [30] montrent que la diffusion moléculaire des ions sur les parois peut jouer
un rôle important dans la réalisation et dans l’interprétation d’études expérimentales.

III.3.4 Le vieillissement des ions


Plusieurs études montrent que le spectre de mobilité des petits ions dans l’air peut varier
en fonction de leur « âge ». En effet, Bricard et al. [31] constatent une telle variation, ils
supposent alors que les ions ne sont pas à l’équilibre thermodynamique au moment de leur
création, et qu’ils peuvent grossir par condensation de vapeur pour atteindre cet équilibre. Par
la suite, il y a des études qui montrent qu’il faut également tenir compte de la présence
d’impuretés gazeuses pour décrire la mobilité des ions.
Il existe également de nombreuses études sur l’évolution de la mobilité des petits ions
atmosphériques, ces études montrent que la fixation de molécules gazeuses ainsi que des
réactions chimiques entraînent un grossissement des ions atmosphériques.

III.3.5 La durée de vie des ions


A partir de leur création, la durée de vie des ions dépend principalement, du mécanisme
qui domine leur évolution. Par exemple, lorsque la concentration en ions est élevée, leur
recombinaison est le mécanisme déterminant l’évolution de leur concentration. La constante
de temps permettant de caractériser le processus de recombinaison s’exprime par [32] :

τ r ≅ 1α .n (3.24)

où τ r représente la constante de temps pour la recombinaison (s), α le coefficient de


recombinaison des petits ions (m3 s-1) et n la concentration en ions positifs ou négatifs dans le
milieu (m-3).

57
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

En revanche, lorsque la fixation des petits ions sur l’aérosol est prépondérante sur leur
recombinaison, la constante de temps du processus est déterminée par la relation:

τ f = ε 0 4π .e.(μ .n + μ .n ) ≅ k B .T .ε 0 4π .D.n (3.25)


+ + − − t

où τ f représente la constante de temps caractéristique de la fixation des petits ions positifs et

négatifs (m2 V-1 s-1), n+ et n− les concentrations respectives en ions positifs et négatifs (m-3), D

le coefficient de diffusion des ions (m2 s-1) et nt leur concentration totale (m −3 ).

Dans le cas de la diffusion sur les parois, la constante de temps du processus est
déterminée par :
Sp
τD = D
(3.26)

où τ D représente la constante de temps de la diffusion sur les parois (s), S p la surface de la

paroi (m2) et D le coefficient de diffusion des ions (m2 s-1).

Dans l’atmosphère, la durée de vie moyenne d’un petit ion varie en fonction de la
pollution, donc en fonction de la concentration de l’aérosol. Cette durée de vie peut aussi
varier entre 10 s (forte pollution) et 10 min (faible concentration).

III.4 Théorie de la charge électrique des aérosols par diffusion d’ions bipolaires
Considérons maintenant un aérosol constitué par un ensemble de particules, initialement
chargées ou neutres, soumises à l’action des petits ions des deux signes. On suppose, pour
établir la théorie, que les particules sont immobiles par rapport aux petits ions qui, eux, sont
animés du mouvement brownien, et on admet que leur nombre est suffisamment faible pour
que la concentration ionique au voisinage d’une particule ne soit pas perturbée par la présence
des autres.
Ce phénomène est important du point de vue pratique, puisqu’il intervient toutes les fois
qu’on charge un aérosol avec une source radioactive, technique utilisée dans un certain
nombre d’appareils permettant d’obtenir la granulométrie des aérosols.

III.4.1 Le coefficient de fixation ion – aérosol


Nous avons vu dans la partie précédente que la fixation des ions sur les aérosols peut
être un mécanisme important vis-à-vis de leur disparition. C’est également ce mécanisme qui

58
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

détermine l’état de charge électrique des aérosols en milieu bipolaire. Nous nous intéressons
ici surtout au cas du régime contenu pour lequel le mouvement brownien des particules est
négligeable devant la vitesse d’agitation thermique des ions.

III.4.1.1 Calcul du coefficient de fixation en régime continu


Lorsque le régime continu (Kn < 0,25), nous pouvons utiliser l’équation classique de la
diffusion. Il est alors possible de calculer le coefficient de fixation des petits ions sur les
particules en fonction de leur coefficient de diffusion et du rayon des particules supposées
sphériques. Le calcul du flux d’ions sur une sphère électriquement neutre de rayon rp , permet

d’exprimer le coefficient de fixation par la relation:


β ± = 4.π .D± .rp (1.27)

où β ± représentent le coefficient de fixation des petits ions positifs ou négatifs (m3 s-1) sur
une particule neutre, D± le coefficient de diffusion des ions positifs ou négatifs (m2 s-1) et rp le

rayon de la particule d’aérosol (m).

Lorsque la particule est conductrice et électriquement chargée, il faut alors tenir compte
de l’image électrique de l’ion et de l’action du champ électrostatique. Si nous supposons que
la particule est sphérique, de rayon ( rp ) supérieur au libre parcours moyen des ions dans l’air,

plusieurs auteurs [33, 34], ont montré qu’on peut écrire les coefficients de fixation sous la
forme :
4π .D+ .rp 4π .D− .rp
β1q = et β −1q n = (3.28)
n
ς ( D+ , rp , qn ) ς ( D− , rp , qn )

où β1qn et β −1qn représentent respectivement le coefficient de fixation (m3 s-1) d’un ion positif

sur une particule portant qn charges élémentaires positives ou négatives et le coefficient de

fixation d’un ion négatifs sur une particule portant j charges, D+ et D− représentent
respectivement les coefficients de diffusion des ions positifs et négatifs (m2 s-1) et rp le rayon

des particules (m). ς ( D, rp , qn ) est une intégrale qu’on peut calculer graphiquement ou

numériquement, elle exprime l’effet de la force coulombienne et de la force image sur les flux
d’ions à la surface d’une particule.

59
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

Lorsque l’action de l’image électrique est négligeable, Gunn [35] établit une expression
analytique des coefficients de fixation qui est fonction des coefficients de diffusion.
Toutefois, les formules couramment utilisées sont exprimées en fonction des mobilités
électriques des ions positifs et négatifs et sont définies par les relations :
qn .e.μ + qn .e.μ −
β1q = et β −1q n = (3.29)
n
ε 0 .[exp(2λ.qn ) − 1] ε 0 .[1 − exp(−2λ.qn )]

e2
Avec λa = (3.30)
8π .ε 0 .rp .k B .T

où μ + et μ − représentent respectivement les mobilités électriques des petits ions positifs et

négatifs (m2 V-1 s-1), ε 0 la permittivité du vide ( ε 0 = 8,85 × 10 −12 Fm-1) et λa un paramètre
adimensionnel de l’aérosol correspondant au rapport entre l’énergie électrostatique de la
particule et le facteur d’énergie de Boltzmann ( k B .T ).

Les expressions précédentes sont valables seulement dans le régime continu, c'est-à-dire
pour des particules de diamètres supérieurs à 0,1μm. Pour des diamètres inférieurs, nous ne
pouvons pas utiliser la théorie de la diffusion en milieu continu.

III.4.1.2 Calcul du coefficient de fixation en régime intermédiaire et moléculaire


Lorsque le nombre de Knudsen augmente, on passe successivement dans le régime
intermédiaire puis dans le régime moléculaire. Dans ces cas, plusieurs auteurs montrent que la
fraction chargée des particules ultra-fines est sous-estimée lorsqu’on utilise la théorie du
régime continu ou bien la répartition statistique de Boltzmann.
Dans le régime moléculaire, le coefficient de fixation s’exprime en fonction de la vitesse
moyenne d’agitation thermique des ions et de leur répartition statistique au voisinage de la
particule. Plusieurs théories et validations expérimentales sont disponibles dans la littérature.
Nous pouvons citer, les travaux théoriques de Bricard, de Fuchs, ou bien de Gentry et Brock.
Les différentes théories se distinguent les unes des autres par les approximations effectuées.
Par exemple, Gentry et Brock négligent l’action de l’image électrique dans leur calcul, tandis
que Fuchs en tient compte au voisinage de la particule.
De nombreux travaux expérimentaux existent, et sont toujours en développement
conjointement avec les nouvelles techniques de métrologie des aérosols. Nous pouvons citer,
par exemple, les premiers travaux de Nolan et Kennan [36] sur la mesure de la fraction
chargée des particules en fonction de leurs diamètres. Plus récemment, Adachi et al. [37] ont

60
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

montré que le rapport entre les fractions chargées positivement et négativement dépend des
propriétés des ions bipolaires. Toutefois, les auteurs indiquent que la théorie de Fuchs décrit
correctement les résultats expérimentaux si on tient compte des différences des propriétés
entre les ions positifs et négatifs.

Pour déterminer le coefficient de fixation dans le régime intermédiaire, il est nécessaire


de coupler les deux approches (continu et moléculaire). La méthode consiste à décomposer
l’espace environnant la particule en deux zones. La limite entre ces deux zones,
communément appelée sphère limite, correspond à la distance entre la surface de la particule
et le lieu de la dernière collision entre un ion et une molécule gazeuse. A l’extérieur de la
sphère limite le flux d’ions s’exprime de façon classique, à l’aide de la diffusion et des forces
électrostatiques. En revanche, l’intérieur de la sphère limite étant considéré comme un espace
vide, on suppose que les ions ne subissent plus de collisions avec les molécules du gaz.

Bricard [33] a calculé les coefficients de fixation en supposant que le trajet des ions est
rectiligne à l’intérieur de la sphère limite, tandis que Fuchs a pris en compte la courbure de la
trajectoire de l’ion due à la force image. Plus récemment, Hoppel et Frick [38] ont introduit
un processus de capture par rencontre avec un troisième corps ("three-body trapping") dans le
calcul des coefficients de fixation, leurs calculs tenant compte également de la force image.
Cependant, ces auteurs soulignent le fait qu’il existe peu de résultats expérimentaux où la
métrologie est suffisamment précise pour permettre la validation des différentes théories.

Il existe plusieurs façons de décrire l’évolution de la charge électrique d’un aérosol lorsqu’il
est en présence d’ions bipolaires. Nous pouvons considérer, en première approximation, que
toutes les particules portent le même nombre moyen de charges électrique ( qm ), et calculer
les flux d’ions positifs et négatifs sur ces particules. Cette approche peut être affinée en tenant
compte des l’évolution des concentrations en ions positifs et négatifs dans le milieu. Une
deuxième approche plus réaliste, consiste à décrire de façon individuelle l’évolution des
fractions de particules portant un nombre donné ( qn ) de charges élémentaires. Nous obtenons
alors un système d’équations d’autant plus important que le nombre maximum de charges
rencontré est grand

61
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.4.1.3 Evolution de la charge moyenne de l’aérosol


Liu et Pui [39] ont modélisé de façon simple l’évolution de la charge électrique d’un
aérosol en milieu bipolaire. Afin d’étudier la cinétique du processus de neutralisation d’un
aérosol, ils utilisent la relation :
dqm
= ψ + −ψ − (3.31)
dt
où qm représente le nombre moyen de charges élémentaires de particules, ψ + et ψ − les flux
d’ions respectivement positifs et négatifs sur la surfaces des particules (nombre de charges par
seconde) et t le temps (s).
Si nous supposons que les ions positifs et négatifs ont la même mobilité ( μ + = μ − = μ )
et la même concentration ( n+ = n− = n ), nous obtenons, dans le régime continu, en utilisant
les relations 3.21 et 3.29:
dqm 4πe
=− .μ .[Link] (3.32)
dt ε0

Cependant, dès 1954, Gunn propose déjà une modélisation plus générale de l’évolution
de la charge moyenne d’un aérosol monodispersé. En effet, son modèle prend en compte une
asymétrie entre les mobilités et les concentrations des petits ions positifs et négatifs. L’auteur
exprime ainsi l’évolution du nombre moyen de charges électriques en fonction des
coefficients de fixation et obtient donc la relation suivante :
dqm
= β1qm .n+ − β −1qm .n− (3.33)
dt
où β1qm et β −1qm représentent respectivement les coefficients de fixation des petits ions

positifs et négatifs sur des particules portant un nombre de charges moyen qm (m3 s-1) et n+

puis n− les concentrations respectives des ions positifs et négatifs (m-3).


− −
Signalons que la charge électrique moyenne ( qm ) de l’aérosol s’écrit: qm = qm × e .

III.4.1.4 Equation générale de l’évolution de la distribution des charges


Certains auteurs ont proposé un système d’équations permettant de modéliser
l’évolution de la distribution des charges d’un aérosol monodispersé. Ce système prend en
compte l’évolution de la charge d’une particule en fonction de l’évolution de la charge des
autres particules constituant l’aérosol.

62
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

L’équation 3.34 détermine alors l’évolution de la concentration des particules portant qn


charges élémentaires (positives ou négatives) en fonction de la concentration des particules
portant qn − 1 et qn + 1 charges.

dCqn
= β1qn −1.n+ .Cqn −1 + β −1qn +1.n− .Cqn +1 − β −1,qn .n− .Cqn (3.34)
dt
où Cqn représente la concentration de particules portant qn charges élémentaires (m-3), β1q n −1

le coefficient de fixation d’un ion positif sur une particule portant qn − 1 charges (m3 s-1),

β −1q +1 le coefficient de fixation d’un ion négatif sur une particule portant qn + 1 charges
n

(m3.s1) et n+ puis n− les concentrations respectives des ions positifs et négatifs (m-3).

Les deux premiers termes de l’équation correspondent à la source des particules


portant qn charges par fixation de petits ions positifs ou négatifs, respectivement sur des

particules portant qn − 1 et qn + 1 charges. Les deux derniers termes de l’équation décrivent la

disparition des particules portant qn charges par fixation d’un ion positif ou négatif.

dCqn
Lorsque qn varie entre − ∞ et + ∞ , le système d’équations ( ) obtenu permet de
dt
décrire complètement l’évolution de la distribution des charges d’un aérosol monodispersé.
En fait, la modélisation correcte des flux d’ions positifs et négatifs sur les particules nécessite
de coupler le système d’équations précédent avec l’évolution des concentrations en ions
positifs et négatifs dans le milieu. Si nous supposons qu’il existe un terme source pour les
ions égal à si , et que la disparition des ions est seulement due à leurs recombinaison ou à la
fixation sur l’aérosol, les équations d’évolution des concentrations en ions positifs et négatifs
dans le milieu sont alors:
+∞
dn+
= si − α .n+ .n− − ∑ β1qn .n+ .Cqn (3.35)
dt qn =−∞

+∞
dn+
= si − α .n+ .n− − ∑ β1qn .n− .Cqn (3.36)
dt qn =−∞

où si représente la source d’ions ( m-3 s-1) et α le coefficient de recombinaison des petits ions
(m3 s-1).
Si nous voulons déterminer la fraction de particules portant qn charges, il est nécessaire
de résoudre simultanément l’ensemble des équations. Cependant, il n’existe pas de solution

63
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

analytique de l’ensemble de ces équations en fonction du temps. Leur résolution a été étudiée
numériquement par plusieurs auteurs.

III.4.2 L’état stationnaire de la charge électrique d’un aérosol (équilibre de Boltzmann)


Lorsqu’un aérosol se trouve en présence d’une source constante d’ions bipolaires, il est
possible de montrer que la charge électrique de l’aérosol, ainsi que les concentrations en ions
atteignent un état stationnaire. A cet égard, il existe plusieurs approches différentes pour
déterminer la répartition des charges électriques sur un aérosol à l’état stationnaire.
™ La première approche est basée sur la théorie de la diffusion des ions positifs et
négatifs, dont nous avons présenté les éléments dans le paragraphe précédent.
Cette approche est utilisée dans les travaux de Gunn [35] et Poluektov et al. [40].
™ Une seconde approche est basée sur le principe d’équipartition de l’énergie de
Boltzmann, le fondement de cette approche repose sur la fréquence des
collisions entres les ions et les particules [36]. Cette deuxième approche est très
largement utilisée en physique des aérosols du fait de sa simplicité, on parle
alors de la loi "d’équilibre de Boltzmann".

Dès 1940, Lissowski [37] suggère que la répartition des charges d’un aérosol exposé à
des ions bipolaires s’effectue suivant une loi normale, en s’appuyant sur ses mesures de la
charge électrique d’un nuage de gouttelettes d’huile exposées à des ions bipolaires. C’est en
1959 que Keefe et al. [36] évoquent la loi de distribution de Boltzmann pour décrire la
répartition exponentielle des charges électriques sur un aérosol. En supposant que l’aérosol est
en équilibre électrique et thermodynamique avec les ions, les auteurs proposent d’inclure
l’énergie électrique des particules dans la loi de distribution de Boltzmann.

Si nous appelons δE la différence entre l’énergie potentielle d’une particule neutre et


celle d’une particule portant qn charges élémentaires (cette énergie correspond en fait à
l’énergie électrostatique de la particule chargée), le principe d’équipartition de l’énergie de
Boltzmann permet d’écrire le rapport entre la fraction de particules neutres, et la fraction de
particules portant qn charges électriques :

Cj ⎛ δE ⎞ j 2 .e 2
= exp⎜⎜ − ⎟⎟ , avec δE = (1.37)
C0 p ⎝ k B .T ⎠ 8π .ε 0 .rp

où Cqn représente la concentration de particules portant qn charges élémentaires (m-3), C0 p la

64
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

concentration de particules neutres (m-3), k B la constante de Boltzmann, T la température (k),


rp le rayon de la particule (m), e la charge élémentaire (C) et δE l’énergie électrostatique de

la particule (J).
Nous pouvons mettre la relation précédente sous la forme d’une loi normale centrée sur
zéro et d’écart type σ , ce qui donne :
Cqn 1 ⎛ − q2 ⎞ k .T .r
= . exp⎜⎜ n2 ⎟⎟ , avec σ d2 = 4πε 0 . B 2 p (3.38)
Ct 2π .σ d ⎝ 2σ d ⎠ e
2

où Ct = ∑ C j représente la concentration totale de l’aérosol (m-3) et σ d l’écart type de la


j

distribution (nombre de charges élémentaires).


Nous remarquons que cette loi ne tient pas compte des différences de propriétés des ions
bipolaires. Elle décrit une répartition symétrique des charges sur l’aérosol, conduisant à une
charge électrique globalement nulle. Toutefois, Keefe et al. (1959) ont montré que cette loi est
en bon accord avec les résultats expérimentaux obtenus par Nolan et Kennan [41].
Cette forme de la loi de Boltzmann est pourtant critiquée par Fuchs [39], qui remet en
question l’hypothèse d’équilibre thermodynamique. En effet, Fuchs considère que la charge
électrique de l’aérosol en milieu bipolaire ne résulte pas d’un état d’équilibre, mais d’un état
stationnaire des flux des ions sur les particules. Puisque les ions fixés sur l’aérosol ne peuvent
pas être ensuite arrachés. A la même époque, Pollak et Metnieks [38] ont montré que la loi de
Boltzmann n’est pas applicable pour les particules de très petits diamètres ( d p < 0,03 μm). Ils

suggèrent alors, que l’énergie électrostatique de ces particules ne peut pas être exprimée à
partir de l’énergie électrostatique d’une sphère chargée de diamètre équivalent. Dés lors, de
nombreuses études ont été conduites en physique des aérosols pour rechercher le fondement
de cet équilibre.
Matsoukas [42] a argumenté la validité de l’équilibre de Boltzmann par des
considérations énergétiques. Il montre que, lorsque le régime est continu, le travail nécessaire
à la désorption d’un ion de la surface de la particule est équivalent au travail de la force
électrostatique nécessaire pour capture d’un ion de signe opposé à celui de la particule.
En revanche, dans le cas du régime moléculaire, l’approche à partir du travail de la force
électrostatique n’est plus valable, car les effets électrostatiques sont négligeables devant la
vitesse d’agitation thermique (sauf au voisinage de la surface de particule où la force image
est importante). Matsoukas a également établi un critère afin de délimiter un domaine
d’application de l’équilibre de Boltzmann. D’après ce critère, l’équilibre de Boltzmann peut

65
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

être utilisé pour des particules de diamètre supérieur à 0,12 μm (dans les conditions standard
de pression et de température).
Malgré ces controverses, la loi de Boltzmann reste très utilisée du fait de sa simplicité.
Plusieurs études montrent qu’il est également d’utiliser cette loi pour décrire la distribution
des charges sur des aérosols composés de fibres ou bien d’agglomérats de particules, pourvu
que nous utilisons un diamètre équivalent approprié.
Cqn
La figure 3.3 illustre les variations de en fonction de rp . Nous obtenons des
Ct

courbes symétriques, d’autant plus aplaties que rp est plus grand.

1.5

rp=0,1 µm
rp=0,3 µm
rp=0,9 µm
rp=1,2 µm
rp=2,5 µm
1
rp=5 µm

Cq n
Ct
C j/ / C t

0.5

0
-5 -4 -3 Nombre
-2 -1de charges
0 élémentaires
1 2 q
n
3 4 5
Nombre de charges élémentaires j(C)

Figure 3.3 Courbes représentatives de l’équilibre de Boltzmann pour différentes


dimensions d’aérosols.

III.4.3 La durée de mise à l’état stationnaire


Nous avons vu précédemment que la distribution des charges d’un aérosol évolue en
fonction des caractéristiques ioniques du milieu rencontré. Néanmoins, lorsque la
concentration en ions dans un milieu est stable (présence d’un terme source), l’aérosol
acquiert une distribution des charges électriques stationnaire. Le temps mis pour atteindre cet

66
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

état stationnaire dépend de l’état de charge initial de l’aérosol et de la concentration en ions à


l’équilibre. La connaissance de ce temps d’évolution est particulièrement importante en
métrologie des aérosols.

Gunn [35] a montré que le temps nécessaire pour atteindre l’équilibre de Boltzmann
dans le cas d’un aérosol dont toutes les particules sont initialement neutres, s’exprime par la
relation :
ε0
τe = _
(3.39)
4π .[Link] . μ

où τ e représente le temps de mise en équilibre (s), nt la concentration totale en ions (m-3) et


_
μ la mobilité moyenne des ions positifs et négatifs (m2 V-1 s-1).

Par la suite, Cooper et Reist [43] montrent que ce temps de mis à l’équilibre peut être
considéré comme un temps caractéristique de charge ou de neutralisation d’un aérosol par
diffusion des ions. En effectuant une analogie avec les propriétés dynamiques des aérosols, ce
temps peut de définir comme un temps de relaxation électrique.

L’utilisation pratique de ce paramètre nécessite la connaissance des propriétés des petits


ions présents dans le milieu. En se reposant sur des valeurs indiquées par Whitby et Clark,
Cooper et Reist ont utilisé l’expression suivante du temps de mise à l’équilibre, afin de
caractériser différents neutraliseurs :

τ e = 0,28 × 1012 / nt (3.40)

où nt représente la concentration totale en ions (m-3).

III.5 Mécanismes de charge des particules


Les fines particules en suspension dans l’air peuvent recueillir des charges
électriques grâce à plusieurs mécanismes qui sont : la charge naturelle par attachement des
ions existant dans l’atmosphère et la triboélectrisation (les ions gazeux étant produit dans ce
cas principalement à l’aide d’une source radioactive ou d’une décharge électrique). La densité
d’ions peut être unipolaire (positive ou négative utilisée pour la charge des particules) ou
bipolaire (utilisée pour la neutralisation de l’aérosol).

67
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.5.1 Charge naturelle par attachement


Dans l’atmosphère terrestre, il existe des ions positifs et négatifs générés sans
interruption par l’action des radiations cosmiques et des gaz radioactifs émanant du sol.
Comme présenté par Hinds [44], l’air contient environ 1000 ions/cm2 avec en première
approximation un nombre égal d’ions positifs et négatifs. Les particules d’aérosol qui sont
initialement neutres, peuvent acquérir une charge par collision (due à leur mouvement
thermique aléatoire) avec des ions. Les particules chargées vont avoir tendance à perdre leur
charge lentement en attirant des ions de signe opposé. Donc, ce processus tend vers un état
d’équilibre appelé « distribution de charge en équilibre de Boltzmann ». Cet équilibre de
Boltzmann représente la distribution de charge d’un aérosol en présence d’ions bipolaires.
Pour des concentrations égales d’ions positifs et négatifs dans l’air, en première
approximation la fraction des particules f n de taille donnée ayant n charges élémentaires
positives ou négatives est donnée par :
1
⎛ K E .e 2 ⎞ 2 ⎛ 2 2 ⎞
fn = ⎜ ⎟ . exp⎜ − K E .n .e ⎟ (3.41)
⎜ πd .k .T ⎟ ⎜ d .k .T ⎟
⎝ p B ⎠ ⎝ p B ⎠
où K E , constante proportionnalité électrique ; e, charge élémentaire ; d p , diamètre de la

particule ; k B , constante de Boltzmann ; T, température.


Le tableau 3.2 montre le pourcentage de particules de taille donnée ayant la charge
indiquée. La distribution est symétrique ; la fraction des particules avec n charges positives
étant égale à la fraction avec n charges négatives.
Pourcentage des particules portant le nombre indiqué de charges
d p (μm) <-3 -3 -2 -1 0 +1 +2 +3 >+3

0,01 0,3 99,3 0,3


0,02 5,2 89,6 5,2
0,05 0,6 19,3 60,2 19,3 0,6
0,1 0,3 4,4 24,1 42,6 24,1 4,4 0,3
0,2 0,3 2,3 9,6 22,6 30,1 22,6 9,6 2,3 0,3
0,5 4,6 6,8 12,1 17,0 19,0 17,0 12,1 6,8 4,6
1,0 11,8 8,1 10,7 12,7 13,5 12,7 10,7 8,1 11,8
2,0 20,1 7,4 8,5 9,3 9,5 9,3 8,5 7,4 20,1
5,0 29,8 5,4 5,8 6,0 6,0 6,0 5,8 5,4 29,8
10,0 35,4 4,0 4,2 4,2 4,3 4,2 4,2 4,0 35,4
Tableau 3.2 Distribution de charge sur une particule en équilibre de Boltzmann [44].

68
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.5.2 Triboélectrisation
La triboélectrisation regroupe deux causes d’électrisation : le frottement et le contact.
Dans la charge par frottement, c'est-à-dire quand deux particules différentes frottent l’une
contre l’autre, il y a un transfert d’électrons (charges) à partir de la surface d’une particule
vers celle de l’autre. Ce processus utilise la différence de structure électronique des deux
surfaces en fonction desquelles une des particules devient positivement chargée et l’autre
négativement chargée. Ce phénomène fait que dans les nuages de particules entraînées par un
flux d’air, une forte proportion des particules est chargée par contact avec les parois ou par
collisions.
La charge par contact se produit pendant la séparation de particules sèches et non
conductrices de surfaces solides [44, 45]. Dans ce processus, quand une particule touche une
surface, des charges sont transférées, si bien que la particule acquiert une charge nette positive
ou négative quand elle se sépare de la surface. La polarité de la particule chargée et le nombre
de charges sur celle-ci dépendent des matériaux et de leurs positions relatives dans les séries
triboélectriques. Le frottement augmente le nombre de charges acquises. Parce qu’il requiert
des surfaces sèches, le phénomène de charge par contact devient inefficace en conditions
d’humidité relative plus grande que 65% environ.

III.5.3 Charge par charge d’espace ionique


Nous présentons dans cette section la phénoménologie de la charge des particules dans
un champ électrique affecté par une charge d’espace ionique. Les mécanismes de charge sont
expliqués et nous présentons, d’une manière critique, les modèles théoriques de charge les
plus souvent utilisés dans l’étude de la précipitation électrostatique.
La principale cause de mise en mouvement des particules dans les filtres électrostatiques
est la force de coulomb. Une augmentation de la charge des particules est donc nécessaire afin
de produire leur migration vers les électrodes collectrices du précipitateur. Cela peut être
provoqué par une forte densité d’ions due à une décharge couronne dans l’espace
interélectrodes. Ce mécanisme de décharge sera décrit par la suite dans le deuxième chapitre.
Le processus de décharge dépend alors de plusieurs facteurs parmi lesquels les plus
importants sont la densité de charge ionique, l’intensité du champ électrique local, ainsi que la
taille des particules. De nombreuses études ont montré que le procédé de charge peut être
principalement attribué aux mécanismes :
ƒ la charge par champ
ƒ la charge par diffusion

69
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

ƒ la charge mixte

Quel que soit le mécanisme, la charge électrique acquise par une particule est le résultat
des interactions entre celle-ci et les ions résultant de la décharge couronne. Les deux
mécanismes de décharge interviennent ensemble et leur importance relative est déterminée
principalement par les dimensions des particules et l’intensité du champ électrique.

III.5.3.1 Charge par champ


Comme le suggère son nom, ce mécanisme de charge est relié à l’action du champ
électrique. Une particule présente dans un gaz provoque une distorsion locale du champ
électrique et les lignes de champ aboutissent à la surface de celle-ci. Cette distorsion locale
du champ dépend de la nature de la particule: Lorsque la particule est conductrice la
distorsion du champ est maximale. Pour une particule non-conductrice (isolante), la
perturbation du champ dépend de sa permittivité. Ainsi, l’intensité du champ électrique
augmente à la surface de la particule. Dans ce cas, les ions présents qui se déplacent le long
des lignes de champ électrique, peuvent atteindre la surface de la particule. Chaque ion qui
atteint la particule change la distribution locale du champ électrique. Tant que le champ
électrique crée par la charge de la particule est inférieur au champ électrique maximum qui
existe à la surface de celle-ci. Lorsque la charge acquise est suffisante, les lignes de champ
contournent la particule, on dit que la particule a acquis la charge de saturation par champ q sp

(figure 3.4).
Une première théorie concernant la charge par champ a été développée en 1923 par
Rohmann et elle a été complétée par Pauthenier en 1932. Ces deux auteurs montrent que les
ions arrivent sur une particule tant que la charge de celle-ci n’est pas suffisante pour les
repousser, on parle alors d’une charge limite par champ qs . Pauthenier a montré qu’à cause du
phénomène de répulsion électrostatique, seule une partie réduite de la surface des particules
est atteinte par les ions. Continuant dans le même esprit, d’autres auteurs ont apporté des
contributions complémentaires. D’après McDonald [46], ce mécanisme de charge acquise par
les particules dépend de leur diamètre, du champ électrique, de la densité d’ions présents, du
temps de présence des particules dans le champ électrique, de la mobilité des ions et de la
constante diélectrique ε r de la matière constituant les particules. Ce processus de charge par
champ cesse lorsque la particule porte une charge de saturation qui s’écrit [47]:

70
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

εr
q sp = 3πε 0 d p2 .E (3.42)
εr + 2
où ε 0 la permittivité du vide ( ≈ 8.85 × 10−12 F/m), ε r la permittivité relative de la matière

constituant la particule, d p le diamètre de la particule (m) et E le champ électrique (V/m).

-19
x 10
1.2
Charge de saturation par champ (C)

0.8

0.6

0.4

0.2

0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
Diamètre de la particule (m) x 10
-6

Figure 3.4 Variation de la charge de saturation en fonction du diamètre des particules.


(T = 293 K, ε r = 4,5 ).

La quantité de charge d’une particule sphérique est donnée par l’équation de la charge
par champ de Pauthenier [48] :
t
τc
q pc (t ) = q s
p (3.43)
1+ t
τc
4ε 0 4ε 0 4ε .E
avec : τ c = = = 0 (3.44)
ρi .μi [Link] .μ J

où q sp est la charge de saturation (C), t le temps de charge (s), τ c la constante de temps de

charge par champ (s), J la densité de courant (A/m2), ρ i la densité de charges (C/m3), μ la

mobilité ionique (m2/V .s), e la charge électronique élémentaire (≈ 1,6 × 10−19 C) et ni la


concentration des ions dans l’espace (m−3).

La charge dépend de la charge de saturation, du temps de charge et des propriétés physiques


des particules (figure 3.5).

71
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

-19
x 10
1.2

C h a rg e d e la p a rtic u le p a r c h a m p (C )
1

0.8

0.6

0.4

0.2

0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de charge (s)

Figure 3.5 Variation de la charge de la particule par champ dans l’air atmosphérique

Nous constatons que la charge de particules par champ peut atteindre la charge
maximale de saturation pour un temps de charge suffisamment grand (figure 3.6)

1
Charge de la particule /Charge de saturation

0.95

0.9

0.85

0.8

0.75

0.7

0.65

0.6

0.55

0.5
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Rapport: temps de charge / constante du temps de la charge par champ

Figure 3.6 Caractéristique du rapport de charge sur le rapport du temps pour la charge
des particules par champ

72
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

III.5.3.2 Charge par diffusion


Le processus de charge par diffusion a été imaginé pour expliquer la charge des
particules lorsque le champ électrique appliqué est faible (ou même nul) et lorsque la taille
des particules est suffisamment petite (figures 3.7 et 3.8). Il est alors nécessaire de prendre en
compte le phénomène de diffusion des ions dans le processus de charge. Ce mécanisme mis
en jeu la probabilité de collision entre les particules et les ions animés d’un mouvement
aléatoire d’agitation thermique. Dans une zone où le champ électrique appliqué est nul, les
ions ont une répartition uniforme autour des particules. Dans ces conditions, tous les éléments
de surface d’une particule ont la même probabilité de choc avec les ions et la particule peut
accumuler une certaine charge électrique. Ce mécanisme de charge par diffusion a une
importance plus grande pour les particules très fines, d’un diamètre inférieur à 0,5μm. Dans la
charge par diffusion, la quantité de charge accumulée dépend de la taille des particules, de la
densité des ions, de la vitesse moyenne d’agitation thermique des ions, de la constante
diélectrique de la particule, de la température absolue du gaz, du temps de présence des
particules au sein du champ. Selon Friedlander, l’expression de la charge d’une particule en
fonction du temps s’écrit :

d p .k B .T ⎡ ⎛ 2π ⎞ 12 ⎤
q(t ) = ln ⎢1 + ⎜⎜ ⎟⎟ .d p .e 2 .n+ .t ⎥ (3.45)
2e 2 ⎢ ⎝ m+ .k B .T ⎠ ⎥
⎣ ⎦

où n+ est la concentration des ions, k B est la constante de Boltzmann, m+ est la masse des
ions, T est la température et t est le temps de charge.
La charge acquise est proportionnelle à d p2 pour le mécanisme de charge par champ et à

d p pour la charge par diffusion. La charge par champ est le phénomène dominant pour les

particules plus grandes que 1μm, et la charge par diffusion est le mécanisme dominant pour
les particules plus petites que 1μm, même en présence d’un champ électrique. Entre 0,1 et
1μm, ces deux mécanismes fonctionnent en même temps et la situation est beaucoup plus
compliquée.
L’expression de la charge par diffusion q pd (t ) d’une particule donnée par White [49]

est :

q pd (t ) = qds . ln(1 + t
τd ) (1.46)

2π .ε 0 .d p .k B .T
avec qds = (1.47)
e

73
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

1
8ε 0 .k B .T ⎡ mi .k B .T ⎤ 2 ⎡ μ .E ⎤
τd = = 8ε .
0 ⎢ .⎢ ⎥ (3.48)
d p .vth .ni .e 2 ⎣ 3 ⎥⎦ ⎢⎣ d p .J .e ⎥⎦

Où qds est la charge maximale par diffusion ou constante de charge (C), τ d la constante de

temps de charge par diffusion (s), k B la constante de Boltzmann (≈ 1, 38 × 10−23 J/K) , T la


température (K), e la charge électronique élémentaire (≈ 1, 6 × 10−19 C), vth la vitesse

d’agitation thermique des ions (m/s), ni la concentration des ions dans l’espace (m−3), mi la
masse d’un ion (kg) et μ la mobilité d’un ion (m2/V .s).
-18
x 10
1.6

1.4
Charge maximale par diffusion (C)

1.2

0.8

0.6

0.4

0.2

0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
Diamètre de la particule (m) x 10
-6

Figure 3.7 Variation de la charge maximale par diffusion en fonction du diamètre des
particules (T = 293 K, ε r = 4,5 )
-18
x 10
7
Charge de la particule par diffusion (C)

0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Temps de charge (s)

Figure 3.8 Variation de la charge par diffusion dans l’air atmosphérique


(T = 293 K, ε p = 4,5 )

74
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

Nous constatons que la charge de particules par diffusion n’est pas limité par une charge
maximale de saturation quelque soit le temps de charge. C’est le cas inverse pour la charge
par champ (figure 3.9).

5
Charge de la particule /Charge de saturation

4.5

3.5

2.5

1.5

0.5
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Rapport: temps de charge/ constante du temps de la charge par diffusion

Figure 3.9 Caractéristique du rapport de charge sur le rapport du temps pour la charge
des particules par diffusion

III.5.3.3 Charge mixte


Pratiquement, les deux mécanismes agissent ensemble pour les particules de taille
comprise entre 0,5 et 1μm dans l’air. Cependant, la charge totale acquise par une particule
n’est pas simplement la somme de la charge par champ et de la charge par diffusion. Les deux
mécanismes interagissent et plusieurs traitements approchés ont été proposés pour résoudre ce
problème très complexe.
Smith et McDonald [50] ont développé un modèle de charges de particules basé sur la
théorie cinétique et qui tient compte simultanément des mécanismes de charge par champ et
de charge par diffusion. En considérant que la charge des particules est très largement due au
mouvement d’agitation thermique des ions, le champ électrique externe ne représente qu’un
facteur perturbateur du phénomène de charge par diffusion. Ces auteurs considèrent qu’au
voisinage d’une particule chargée, la distribution des ions est modifiée par le champ
électrique.
Des travaux plus récents sur le processus de charge ont été développés par Fjeld [51] en
1989. L’auteur considère qu’une particule peut accumuler une certaine charge sous l’effet du
champ électrique ou par diffusion, suivant l’importance des deux mécanismes. Il établit des
relations pour la charge par champ et par diffusion en tenant compte du couplage entre les

75
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

deux mécanismes. Pour cela il distingue deux régimes de charge : un régime où la charge par
champ et la charge par diffusion sont présentes en même temps. Un autre où la particule a
atteint la charge limite par champ et où seule la charge par diffusion intervient. Les relations
établis par Fjeld conduisent à des valeurs de charges cohérentes avec les résultats
expérimentaux obtenues en 1957 par Hewitt mais seulement dans le cas où le champ
électrique extérieur est faible.
Lawless et Altman [52] ont amélioré le modèle de Fjeld en modifiant les lois de charge
qui, cette fois-ci, conduisent à de bons résultats même dans le cas où le champ électrique
extérieur est important. A partir d’arguments physiques, ils obtiennent des relations assez
simples qui prennent en comptent les interactions des mécanismes de charge.
En définitive, pour relier la vitesse de migration wE à la taille des particules on utilise
la relation (3.44). Elle donne la charge limite d’une particule qui se trouve dans un champ
électrique d’intensité E en tenant compte de manière indirecte de l’effet de la charge par
diffusion (elle offre une bonne corrélation avec les résultats expérimentaux pour d p > 0,3 μm :

⎡ 2 ⎛ ⎞ ⎤
⎢⎛⎜ 2λ ⎞⎟ ⎜ 2 ⎟⎛ ε p − 1 ⎞⎥
⎜ ⎟ πε .d 2 .E
q = ⎢ 1+
l
+ (3.44)
p ⎜ d ⎟ ⎜ 1 + 2λ ⎟⎜ ε + 2 ⎟⎥ 0 p
⎢⎝ p ⎠ ⎜ d p ⎟⎠⎝ p ⎠⎥
⎣ ⎝ ⎦
avec λ le libre parcours moyen des molécules et ε 0 la permittivité du vide. La figure 3.10

présente les variations de la charge limite en fonction du diamètre des particules ( ε p = 4,5 ) en

considérant plusieurs valeurs de l’intensité du champ électrique E.


-18
x 10
1
E = 2 kV
0.9 E = 4 kV
E = 8 kV
0.8
Charge de saturation mixte (C)

E = 16 kV
0.7

0.6

0.5

0.4

0.3

0.2

0.1

0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
Diamètre de la particule (m) x 10
-6

76
Chapitre III Les propriétés électriques de fines particules

Figure 3.10 Variation de la charge de saturation des particules en fonction du diamètre


d p Pour différentes valeurs du champ électrique

( λ = 0,065μm, ε r = 4,5 , T = 20°C).

III.6 Conclusion
Nous avons vu qu’il existe beaucoup d’études sur les petits ions, que ce soit sur les ions
atmosphériques, ou sur ceux créés artificiellement et utilisés en métrologie des aérosols. Nous
remarquons de plus, qu’il existe une assez grande variabilité des résultats, donc des
caractéristiques des petits ions. Cette variabilité provient des divers mécanismes complexes,
intervenant dans la création et dans l’évolution des ions, ces mécanismes étant sensibles aux
conditions environnementales.
En revanche, nous avons trouvé très peu d’études expérimentales où les propriétés des
ions sont étudiées conjointement avec la charge électrique des aérosols. Pourtant, les études
théoriques montrent que la charge électrique d’un aérosol est sensible aux propriétés des ions
présents dans le milieu et que cette sensibilité peut être importante lors de la métrologie fine
de la charge d’un aérosol.
Nous pouvons remarquer que le nombre moyen de charges est fonction d’un "paramètre
d’asymétrie des ions". Ce paramètre représente le rapport entre les conductibilités électriques
unipolaires dues aux ions positifs et négatifs, et donc l’asymétrie entre les flux d’ions positifs
et négatifs sur une particule. Signalons que lorsque ce rapport est égal à 1, nous retrouvons la
distribution définie par l’équilibre de boltzmann.
L’équilibre de Boltzmann peut décrire la distribution des charges électriques d’un
aérosol en milieu bipolaire. Toutefois cette loi ne tient pas compte des propriétés physiques
des petits ions présents dans le gaz (coefficients de diffusion, mobilités électriques,
concentrations).
A l’heure actuelle, les principaux développements des moyens de métrologie des
particules ultrafines concernant notamment les mesures de granulométrie en temps réel, les
mesures de surfaces et la détection de particules de natures spécifiques (chimique,
biologique).
Quoiqu’il en soit, l’augmentation des connaissances au sujet des propriétés électriques
des aérosols tend à confirmer leur rôle majeur dans la précipitation électrostatique et une
meilleure connaissance de leurs propriétés électriques paraît aujourd’hui indispensable.

77
Chapitre IV
Modélisation de la décharge
couronne
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

IV.1 Introduction
L’usage des ordinateurs de toutes puissances a conduit à l’émergence d’une discipline
nouvelle : la modélisation. Elle consiste à représenter l’évolution des paramètres les plus
importants d’un système par un ensemble d’équations n’admettant généralement pas de
solution analytique mais pouvant être résolues numériquement. L’intérêt considérable de ces
modèles est qu’ils permettent de simuler le fonctionnement d’un système dans une très vaste
plage de conditions expérimentales à un coût très inférieur à celui des expériences en
vraie grandeur.
En vue du passage d’un problème exact et continu au problème discret et approché,
nous disposons de plusieurs techniques concurrentes. A priori, nous allons susciter un aperçu
général sur les techniques numériques largement utilisées soit pour le calcul du potentiel
électrique soit pour l’évaluation de la densité de la charge d’espace, par la suite, nous
présenterons une étude détaillée de la méthode des éléments finis et son application aux
calculs de la répartition du potentiel électrique et de la distribution de la charge d’espace.

IV.2. Description mathématique de la décharge couronne bipolaire


La configuration bipolaire étudiée consiste en deux électrodes cylindriques de rayon R,
suspendues horizontalement à une hauteur H au dessus d’un plan mis à la terre, et distantes
d’une distance D (figure 4.1).

-V +V

R R

Figure 4.1 : Configuration d’une ligne bipolaire


78
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

Les équations mathématiques décrivant le problème dans l’intervalle d’air inter-


électrodes lors de la décharge couronne bipolaire sont [53]:

r (ρ − ρ − )
∇.E = + (4.1)
ε0
r − R i ⋅ ρ+ ⋅ ρ−
∇.J + = (4.2)
qe
r R ⋅ρ ⋅ρ
∇.J − = i + − (4.3)
qe
r r
J + = ρ + .μ + .E − D + ⋅ ∇ ⋅ ρ + (4.4)
r r
J − = ρ − .μ − .E + D − ⋅ ∇ ⋅ ρ − (4.5)

L’espace inter-électrodes est rempli d’ions des deux polarités positive et négative tel
que : ρ = ρ + − ρ −
Avec : ρ + et ρ − sont respectivement, les densités de charge d’espace des ions positifs et
des ions négatifs;
qe : la charge de l’électron;
E : est le champ électrique ;
ε 0 : est la permittivité de l’air ;

R i : est le coefficient de recombinaison des ions;


J : est le vecteur de la densité du courant.
μ + et μ − sont respectivement, les mobilités moyennes des ions positifs et des ions
négatifs;
D + et D − sont respectivement, les coefficients de diffusion des ions positifs et des
ions négatifs.

L’équation de Poisson s’écrit :


⎛ (ρ − ρ − ) ⎞
∇ 2 ϕ = −⎜⎜ + ⎟⎟ (4.9)
⎝ ε 0 ⎠

Dans le cas de la décharge couronne monopolaire, l’effet couronne est gouverné par un
ensemble d’équations qui représentent une forme réduite des équations de Maxwell [53, 54] :

79
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

r ρ
∇.E = ± (4.10)
ε0
r
∇.J = 0 (4.11)
r r
J = ±ρ.μ.E + D ⋅ ∇ρ (4.12)
r
E = −∇φ (4.13)
où ρ : est la densité de la charge d’espace;
μ : est la mobilité moyenne des ions;
D : coefficient de diffusion ionique ici nous ne tenons pas compte de diffusion (D = 0).

En remplaçant (4.13) dans (4.10), nous obtenons l’équation de poisson dans le cas de la
décharge couronne monopolaire sous la forme suivante :
ρ
∇ 2φ = m (4.14)
ε0
En remplaçant (4.13) et (4.12) dans (4.11), nous obtenons l’équation aux dérivées partielles
suivante :
− ∇(ρ ⋅ ∇ϕ) = 0 (4.15)

Cette équation peut être écrite sous la forme suivante :

( )
− ∇(ρ ⋅ ∇ϕ) = − ∇ρ ⋅ ∇ϕ + ρ ⋅ ∇ 2ϕ = 0 (4.16)
En remplaçant (4.14) dans (4.16), nous obtenons :

ρ2
∇ρ ⋅ ∇ϕ = (4.17)
ε0
Les équations aux dérivées partielles couplées doivent être résolues par rapport au
potentiel électrique ϕ et la densité de charge ρ , qui sont fonctions de la position dans
l’espace inter- électrodes.
La substitution de ρ dans l’équation (4.15) nous conduit à décrire le problème par l’équation
générale des champs ionisés suivante :

( )
∇((∇∇ϕ∇ϕ)) = ∇ ∇ 2 ϕ + ∇ 2 ϕ = 0 (4.18)

La résolution de cette équation non-linéaire aux dérivées partielles du troisième ordre,


nécessite la connaissance des conditions aux limites. En déterminant le potentiel électrique,
nous pouvons déduire facilement les autres grandeurs intéressantes.

80
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

IV.3. Hypothèse et approximation


IV.3.1. mobilité ionique
Dans la résolution du problème de la décharge couronne, la mobilité des ions est une
grandeur physique importante. Pour cela sa valeur moyenne pour les ions positifs de l’air reste
difficile à évaluer. Les valeurs attribuées par divers auteurs sont diversifiées. La valeur la plus
élevée est voisine de 2,5 cm2/Vs. Elle dépend de la chute de tension dans la zone de dérive et
de l’humidité absolue.

IV.3.2. Approximation de Deutsch et Popkov


L’analyse approximative de Deutsh date de 1933 [55], elle inclut deux hypothèses
simplificatrices :
• La présence de la charge d’espace modifie l’amplitude du champ électrique laplacien
et non sa direction;
• La densité de la charge d’espace est constante dans l’espace inter-électrodes;

En 1949, Popkov a apporté d’autres suppositions supplémentaires [56]:


¾ La zone d’ionisation est négligeable, l’espace inter-électrodes est constitué
uniquement de la zone de dérive caractérisée par une charge d’espace
monopolaire;
¾ La mobilité des ions est constante;
¾ La diffusion thermique des ions est négligeable ;
¾ Le champ électrique à la surface de l’électrode active est égal au champ seuil
lorsque la tension appliquée est supérieure ou égale à la tension seuil.

IV.4 Conditions aux limites


IV.4.1 Les conditions aux limites de Townsend et Kaptzov
Townsend suppose que le champ électrique sur l’électrode active (fil) demeure constant
partout égal à la valeur seuil. Kaptzov suppose que la distribution du champ à la surface du
conducteur couronné reste constante et est égale à sa valeur seuil même si la tension appliquée
augmente [56].

81
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

IV.4.2. Domaine d’étude et limites artificielles


Le choix des frontières qui doivent délimiter le domaine de calcul n’est pas évident si
nous considérons des conditions aux limites de Dirichlet c’est-à-dire, les valeurs du potentiel
sur ces frontières doivent être connues (figure 4.2). Le potentiel ne peut être considérer égal à
zéro que si ces frontière représentent l’infinie. Dans notre cas nous délimitons le domaine de
calcul de la manière suivante :
• La longueur du plan mis à la terre est prise égale à la longueur du plan utilisé au
laboratoire;
• La frontière au dessus des électrodes actives est prise égale à une hauteur bien
déterminée;
• La configuration étudiée est ramenée à deux dimensions dans le plan (ox, oy);
• Le domaine d’étude est ramené à la moitie du plan d’où la construction du maillage
autour d’un seul conducteur (conducteur à couronne positive).

Y
Frontières artificielles
Y1

Ligne de symétrie
+V

D/2

X1 X
O

Figure 4.2 : Domaine d’étude et limites artificielles

La résolution des équations gouvernant la décharge couronne dans le domaine d’étude,


peut donner plusieurs solutions ; cependant, seulement une d’elle est la solution réelle du
problème. Pour trouver cette solution, nous devons connaître les conditions aux limites

82
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

associées au domaine pour le potentiel électrique ϕ et la densité de charge d’espace ρ , ces


conditions sont les suivantes :
i - La valeur du potentiel sur l’électrode active est égale à la tension appliquée Vapp ;
ii - Le potentiel à la surface du plan est nul ;
iii - Le champ électrique sur le conducteur est égal au champ seuil Es (critère de Peeck
[37]et l’approximation de Kaptzov [57]) ;
iv - Les valeurs du potentiel aux points qui se situent sur les frontières artificielles sont
relevées et utilisées par la suite dans la formulation par élément finis.

IV.5 Différentes étapes de la résolution numérique


Le maillage utilisé pour la discrétisation du domaine de résolution est obtenu à partir
d’une distribution d’un certain nombre de nœuds définis par l’intersection des contours avec
les lignes de champ électrique. Les éléments triangulaires linéaires sont obtenus par la
division en deux de chaque quadrilatère formé par l’intersection de deux contours consécutifs
avec deux lignes de champ consécutives.
La procédure de résolution du maillage électrostatique est décrite dans les étapes suivantes :

IV.5.1 Tracé des lignes de champ et du maillage électrostatique


Les lignes de champ prennent naissance à la surface de l’électrode et se terminent sur la
frontière artificielle ou sur le plan mis à la terre.
Le traçage de ces lignes se fait a l’aide de la méthode des images électrique, qui est
décrite comme suit figure (4.3) :
Pour un point P1(x1,y1) sur la surface du conducteur, le potentiel ϕ en ce point est donné par :

q ⎛R R ⎞
ϕ= ln⎜⎜ 2 3 ⎟⎟ (4.19)
2πε 0 ⎝ R1R4 ⎠

Avec :

R1 = (xq − x1) 2 + (yq − y1) 2 (4.20)

R2 = (xq + x1)2 +(yq − y1)2 (4.21)

R3 = ( xq − x1 ) 2 + ( yq + y1 ) 2 (4.22)

R4 = ( xq + x1 ) 2 + ( yq + y1 ) 2 (4.23)

83
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

Où xq et yq sont les coordonnées de la charge linéique q. P1(x1,y1) est le point sur la surface

pour R1 = R ; R2 = D ; R3 = 2H et R4 = (2H ) + D 2 avec R est le rayon des électrodes.


2

Avec : R est le rayon des électrodes ;


D est la distance inter-électrodes ;
H est la hauteur des électrodes par rapport au plan.

Y
+V
-V
-q +q

R3 R1

Pi (xi,yi)

R4
R2

+q -q

Figure 4.3 : Représentation par des charges et de leurs images des


conducteurs de la ligne de transmission bipolaire.

La charge d’espace est donnée par :


⎛ ⎞
± q = 2πε 0V ln⎜ 2 HD ⎟ (4.24)
⎜ R (2 H ) 2 + D 2 ⎟
⎝ ⎠

Les composantes Ex1 et Ey1 , du champ électrique sont données par la relation suivante :

q ⎡ (xq − x1) (xq + x1) (xq − x1) (xq + x1) ⎤ v


E x1 = − − + + .a x (4.25)
2πε 0 ⎢⎣ R12 R22 R32 R42 ⎥⎦

84
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

q ⎡ (yq − y1) (yq − y1) (yq + y1) (yq + y1) ⎤ v


E y1 = − + − + .a y (4.26)
2πε 0 ⎢⎣ R12 R22 R32 R42 ⎥⎦

E r1 = ( E x21 + E y21 ) (4.27)

Une fois que nous avons determiner le potentiel et le champ électrique au point P1(x1,y1)
considéré comme point de depart, nous cherchons les coordonnées du point P2(x2 ,y2), à un
incrément de distance Δr du point P1(x1,y1), et cela se fait par itération jusqu’à l’atteinte de la
frontiere figure(4.4).

Y1

Δr
1

2 (x1,y1)
N (x2,y2)
on (x3,y3)

X
-X1 X1

Figure 4.4: Tracé d’une ligne de champ.

La méthode est décrite comme suit :


Choisir le point de depart P1(x1,y1) ;
Calcul du potentiel et du champ électrique Ex et Ey en ce point ;
Fixé un incrément de distance Δr ;
Calcul des coordonnées du nouveau point P2(x2 ,y2) de la ligne de champ par :

85
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

E x1
x2 = x1 + Δr (4.28)
Er1
E y1
y 2 = y1 + Δr (4.29)
E r1

La meme procédure pour le calcul des coordonnées du point P3(x3,y3), et ainsi


de suite jusqu’à le tracé complet de la ligne de champ.

Cette démarche est répetée selon le nombre de lignes de champ que nous désirons à tracer.
Les lignes de champ émanent de N nœuds de la circonférence du conducteur, sont localisés
chacune par l’angle θ j (figure 4.5):

θj θ2
1
j
θN R
N

D/2
H

Figure 4.5: Localisation des nœuds sur la surface du conducteur d’où


émanent les lignes de champ.

Pour la ieme ligne de champ qui a son jeme nœud équipotentiel à l’extérieur des limites
artificielles (figure 4.6), une interpolation linéaire entre les coordonnées des nœuds (i , j-1) et
(i , j) est effectué pour déterminer les coordonnées appropriées du nouveau nœud sur cette
frontière [58].

86
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

ancien
Y nouveau nœud (i,j)
nœud (i,j)
Y1
nœud (i-1,j)
Contours
équipotentiels

Axe de
référence
θ-

Lignes de
champ

X1 X

Figure 4.6: interpolation linéaire entre nœuds et Construction de


quelques lignes de champ et contours équipotentiels.

IV.5.2 L’évaluation d’erreur


Les résultats obtenus de ϕ(1) et E (1) dans l’étape (1) seront comparés à ceux que l’on
obtiendra en utilisant la méthode des éléments finis (MEF).

Pour commettre moins d’erreurs, on est amené à réestimer le champ électrique Ei(1, j) aux

nœuds du maillage par la méthode d’interpolation/extrapolation, et ce résultat sera utilisé pour


estimer la densité de la charge d’espace.

IV.5.3 Première estimation de la charge d’espace


L’estimation initiale des densités positive et négative de la charge d’espace localisées,
au nœud (i, j) autour de la périphérie du conducteur à couronne positive est donné par :

⎛ π − θi ⎞
ρ+1, j = ρe . cos⎜ ⎟, j=1 :N (4.30)
⎝ 2 ⎠

ρ−1, j = 0.01.ρ+1, j , j=1 :NC (4.31)

87
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

Sachant que N est le nombre total de lignes de champ, et Nc le nombre de lignes de champ
dans la région bipolaire. ρe est la valeur de ρ+ (1, j) à θ j = π .

La valeur de ρe est estimée en utilisant une expression approximative de la densité de


la charge d’espace sur l’axe y.

E yD
ρe = 8ε0 V0 (V - V0 ) [D 2V(5 - 4V0 V)] (4.32)
E crit R

ou Ey est le champ électrique Laplacien au point se trouvant sur l’axe y à une distance H du
plan, V0 et Ecrit sont respectivement la tension seuil et le champ critique de l’apparition de
l’effet couronne.
En remplaçant les équations (4.4) et (4.5) respectivement, dans les équations (4.2) et
(4.3) et après réarrangement nous obtenons en chaque nœud (i, j) :

∂ρ+i, j
=−
(
ρ+ i, j ⎡ ρ−i, j ρ+i, j − ρ−i, j ⎤
+
) (4.33)
⎢R i ⎥
∂l E ⎣ ek + ε0 ⎦
∂ρ −i, j
=
(
ρ −i, j ⎡ ρ + i, j ρ + i, j − ρ −i, j ⎤

)
⎢R i ⎥ (4.34)
∂l E ⎣ ek − ε0 ⎦
où ℓ est la longueur mesurée le long de l’axe du tube de flux.
Pour la résolution des équations (4.33) et (4.34), nous avons utilisé la méthode d’Euler
corrigé qui est décrite par l’organigramme suivant :
• Donner ρe ;

• Calculer h ;
• Pour i allant de o à n-1 ;
⎡ ρ (i, j) ⎛ ρ− (i, j) ρ+ (i, j) − ρ− (i, j) ⎞⎤
ρ+ (i + 1, j) = ρ+ (i, j) + h ⎢− + ⎜ Ri
⎜ + ⎟⎥
⎟ (4.35)
⎣⎢ E(i, j) ⎝ ek + ε0 ⎠⎦⎥
• Les valeurs corrigées :
⎡ ρ + (i, j ) ⎛ ρ − (i, j ) ρ + (i, j ) − ρ − (i, j ) ⎞⎤
ρ + (i + 1, j ) = ρ + (i, j ) + h ⎢ ⎜⎜ Ri + ⎟⎟⎥ −
⎢⎣ E (i, j ) ⎝ ek + ε0 ⎠⎥⎦

⎡ ρ (i + 1, j ) ⎛ ρ − (i + 1, j ) ρ + (i + 1, j ) − ρ − (i + 1, j ) ⎞⎤
h⎢ + ⎜⎜ Ri + ⎟⎟⎥ (4.36)
⎣⎢ E (i + 1, j ) ⎝ ek + ε0 ⎠⎦⎥

88
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

• Fin.

IV.5.4 Estimation du potentiel électrique


Dans l’étape précédente, un estimé initial de la densité de la charge d’espace est donné
en tout nœud du maillage. Le premier calcul du potentiel Laplacien est donné en absence de la
charge d’espace. La deuxième estimation du potentiel électrique en présence de la charge
d’espace est donnée en utilisant la technique des éléments finis.

IV.5.5 Correction de la densité de la charge d’espace

Comparant les deux dernières estimations du potentiel aux nœuds ϕi(,mj ) et ϕi(,mj +1) , en

est l’erreur relative du potentiel qui est donné par :

( nm +1)
e n = ϕi(,nm )
j − ϕi, j ϕmoy (4.37)

(
avec : ϕmoy = ϕi(,nm ) ( nm +1)
j + ϕi, j 2) (4.38)

Si le maximum de en le long de l’axe du jéme tube de flux excède la valeur spécifiée, une
correction de la densité de la charge d’espace positive et négative sur la surface du conducteur
sera effectuée.

[
ρ±1, jnew = ρ±1, jold 1 + ω. max(ϕi(,nm
j
+1)
− ϕi(,nm )
]
j ) / ϕmoy , i =1, M (4.39)

où ω est un facteur d’accélération de la convergence.

IV.5.6 Reconstruire le maillage orthogonal


Les étapes nécessaires à la génération du second maillage sont les mêmes que dans le
cas précédent. Il faut noter que dans ce cas le tracé des lignes de champ et des équipotentielles
n’est pas du seulement à la tension appliquée, mais aussi à toutes les charges estimées
précédemment.
Les étapes (3) à (6) sont répétées jusqu’à ce que la différence en valeur de la densité de
la charge d’espace entre deux maillages successifs soit inférieure à une erreur définie au
préalable.
La procédure de résolution est résumée dans l’organigramme de la figure (4.7).

89
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

Début

Génération du maillage électrostatique Δφ =0

Calcul du champ Laplacien E = −∇φ

Fixer les valeurs initiales de ρ sur la périphérie du


conducteur ρ e

⎛ π −θ j ⎞
ρ + = ρ e cos⎜⎜ ⎟⎟ ; ρ − = 0 .1 ρ +
⎝ 2 ⎠

Résolution de l’équation de poisson


ρ
Δφ + = 0
ε

Calcul de ρ en tous les nœuds du maillage par :

∂ρ + ρ ⎡ ρ− ρ+ − ρ− ⎤
= − + ⎢ Ri +
∂l E ⎣ ek + ε 0 ⎥⎦
∂ρ − ρ − ⎡ ρ + ρ + − ρ − ⎤
= Ri −
∂l E ⎢⎣ ek − ε 0 ⎥⎦

φ k −φ k +1 NON
pε 1
φ moy
Oui

Non ρ NV − ρ AN pε 2 Oui

Calcul du champ électrique


E

Figure 4.7: Organigramme des étapes de Fin


résolution numérique.

90
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

IV.6 Résolution de l’équation de Poisson par la MEF


Cette étape constitue l’étape de résolution de l’équation de Poisson par la MEF dont la
procédure d’exécution est donnée ci-dessous [21, 59, 60].

IV.6.1 Formulations matricielles de la MEF


Lorsque nous utilisons les techniques matricielles, nous sommes amenés
successivement à s’intéresser à deux niveaux de formulation :
- La formulation élémentaire au niveau de l’élément fini ;
- La formulation globale au niveau de la structure complète.
L’équation de Poisson pour deux dimensions, est donnée sous la forme:

∂ 2 Φ ( x, y ) ∂ 2 Φ ( x, y ) ρ ( x, y )
+ +
∂x 2 ∂y 2 ε0 = 0 (4.40)

D’après le théorème d’Euler, la résolution de cette équation différentielle est


équivalente à minimiser la fonctionnelle d’énergie W qui s’écrit :

1 ∂ 2Φ ∂ 2Φ
W = ∫∫ [ [ 2 + 2 ] − ρ ]dxdy (4.41)
2 ∂x ∂y ε0
Ω

L’intégrale est étendu à un ensemble du domaine de calcul, que l’on subdivise en petits
éléments par maillage triangulaire où chaque triangle est repéré par ses trois sommets (nœuds)
Les polynômes d’interpolations du potentiel aux sommets du triangle sont donnés par le
système d’équations suivant :

φ1 = α 1 + α 2 x1 + α 3 y1
φ 2 = α1 + α 2 x2 + α 3 y 2 (4.42)
φ 3 = α 1 + α 2 x3 + α 3 y 3

La résolution du système (4.42), nous donne les coefficients α i :


1
α1 = [ a 1 .φ 1 + a 2 .φ 2 + a 3 .φ 3 ]
2Δ e
1 (4.43)
α2 = [ b 1 .φ 1 + b 2 .φ 2 + b 3 .φ 3 ]
2Δ e

1
α3 = [ c1 .φ 1 + c 2 .φ 2 + c 3 .φ 3 ]
2Δ e

91
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

Avec : a1 = x 2 . y 3 − x3 y 2 b1 = y 2 − y 3 c1 = x3 − x 2

a 2 = x3 . y1 − x1 y 3 ; b2 = y 3 − y1 ; c 2 = x1 − x3 (4.44)

a3 = x1 . y 2 − x 2 y1 b3 = y1 − y 2 c3 = x 2 − x1

1 x1 y1
2.Δ e = 1 x 2 y 2 = b1c 2 − b2 c1 : L’aire de l’élément triangulaire. (4.45)
1 x3 y3

Le potentiel en tout point d’un élément (e) est exprimé par la relation:

3
⎡φ1 ⎤
Φ ( x, y ) = ∑ φ i .N i ( x, y ) = [ N 1 N 2 N 3 ] ⎢⎢φ 2 ⎥⎥ (4.46)
i =1
⎢⎣φ 3 ⎥⎦

1
Avec: N i ( x, y ) = (ai + bi x + ci y ) ; i=1, 2, 3 . (4.47)
2.Δ e
Les fonctions N i sont appelées fonctions de formes. Elles doivent vérifier la condition
suivante :
0 Si i ≠ j
N i ( x j , y j ) = δ ij = (4.48)
1 si i= j
La minimisation de la fonctionnelle W est réalisée quand les dérivées partielles par
∂W
rapport à tous les potentiels des nœuds sont nulles, c'est-à-dire : = 0 . Avec {φ } est le
∂{φ }
vecteur potentiel pour tous les nœuds du système.

L’équation (4.41) montre que nous pouvons restreindre l’intégrale double au domaine
formé des n éléments (ei ) n comportant le sommet i. Nous déduisons:

∂W ⎡⎛ ∂φ ∂ ⎛ ∂φ( e ) ⎞ ∂φ( e ) ∂ ⎛ ∂φ( e ) ⎞ ⎞ ρ ∂φ( e ) ⎤


= ∑ ∫∫ ⎢⎜⎜ ( e ) ⎜⎜ ⎟⎟ + ⎜⎜ ⎟⎟ ⎟ −
⎟ ⎥ [Link] (4.49)
∂φi ⎢⎝
n ( ei ) n ⎣ ∂x ∂φi ⎝ ∂x ⎠ ∂y ∂φi ⎝ ∂y ⎠ ⎠ ε 0 ∂φi ⎥⎦

Ce qui devient, compte tenu de (4.41) à (4.49) :

∂W ⎡⎛ b b jφ j ci c jφ j ⎞ ρ ⎤
= ∑ ∫∫ ⎢⎜⎜ i ∑ + ∑ ⎟ − N i ⎥ [Link]
⎟ ε (4.50)
∂φi n ( ei ) n ⎢
⎣⎝ 2 Δ j 2 Δ 2 Δ j 2 Δ ⎠ 0 ⎥⎦

Nous aboutissons à un système linéaire de forme matricielle :

92
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

K .Φ = F (4.51)
avec : K : Matrice de raideur ;

Φ : Matrice des potentiels aux nœuds ;

F : Second membre du système.

Le terme K ij se calcule par intégration sur les triangles comportant les nœuds i et j, soit :

bi b j + ci c j 1 ∂N ∂N j ∂N i ∂N j
K ij = ∑ ∫∫ [Link] = ∑ (bi b j + ci c j ) = ∫∫ [ i + ]dxdy (4.52)
n ( ei ) n 4Δ2 4Δ n Δe
∂x ∂y ∂y ∂x

Tandis que le second membre Fi est déterminé par :

ρ ρ Δ
Fi = ∑ ∫∫ ε N i [Link] = ∑ (4.53)
n ( ei ) n 0 n ε0 3

La matrice K comporte un fort pourcentage de termes nuls, car K ij n’est calculé que si le

nœud i est relié au nœud j.

Pour le calcul de ces intégrales, nous utilisons la transformation suivante:

l!m!n!
∫∫Δe
( N 1 ) l ( N 2 ) m ( N 3 ) n dxdy =
(l + m + n + 2)
; i,j = 1, 2, 3. (4.54)

IV.6.2 Assemblage
La phase d’assemblage consiste à construire la matrice globale K et le vecteur global F
de la structure complète à partir de la matrice et de vecteur caractéristiques des différents
éléments Ke, Fe préalablement calculés. L’assemblage s’effectue en additionnant bloc à bloc
les sous – matrices nodales de chaque élément, les indices de ligne et colonne correspondant à
la numérotation des nœuds de cet élément dans la matrice globale [K] et le vecteur
global {F }. Avec :

N = nbre. d ' éléments


[K]= ∑ [K ]
e =1
e (4.55)

N = nbre.d ' éléments


{F } = ∑ {F } e
e =1

Une fois K et F construites, les potentiels inconnus sont obtenus en multipliant


l’inverse de K par F. Dans le cas de l’équation de Laplace la même procédure est à suivre en
prenant ρ = 0 .

93
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

IV.7 Résultats et discussion


En absence de la charge d’espace, le champ électrique est obtenu à partir de l’équation
de Laplace. Ce champ (Laplacien) est alors utilisé pour le calcul de la distribution initiale de
la densité de la charge d’espace, nécessaire pour la résolution de l’équation de Poisson.

IV.7.1 Le maillage

La figure (4.8) illustre un exemple du premier maillage par éléments finis de la


configuration étudiée. La charge d’espace affecte la direction des lignes de champ, ce qui met
en doute l’hypothèse de Deutsch. Le nœud (i, j) est obtenu par l’intersection de la i ième ligne
avec le j ième contour. Le maillage est plus fin au fur et à mesure qu’on s’approche du fil. Dans
la zone de dérive, les aires des éléments triangulaires augmentent en fonction des
déplacements selon X et Y.

0.25

0.2

0.15

0.1

0.05

0
-0.2 -0.15 -0.1 -0.05 0 0.05 0.1 0.15 0.2

Figure 4.8: Le maillage électrostatique

IV.7.2 La densité de la charge d’espace


Nous avons adapté la méthode des caractéristiques pour résoudre des problèmes de
convection-diffusion et de déterminer les variations de la charge d’espace. L’avantage de cette
méthode est la transformation de l’équation aux dérivées partielles, gouvernant l’écoulement

94
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

de la charge d’espace, en une équation différentielle ordinaire dans le temps et le long d’une
ligue caractéristique qui correspond à la trajectoire d’une charge électrique. La loi du
mouvement d’une charge (ion lourd) dans un gaz neutre s’écrit :

v = μ⋅E (4.56)

où v : est la vitesse de l’ion;


E : est le champ électrique;
μ : est le mobilité de l’ion.
Si nous prenons la variable r comme étant la coordonnée rectiligne qui présente la position de
la charge par rapport à l’axe du conducteur, alors la loi présente s’écrit :
Si nous prenons la variable r comme étant la coordonnée rectiligne qui présente la position de
la charge par rapport à l’axe du conducteur, alors la loi présente s’écrit :
dr
= μ⋅E (4.57)
dt
La résolution de cette équation donne les trajectoires des charges. La méthode des
caractéristiques nomme ces trajectoires « les lignes caractéristiques ».
La combinaison des équations (4.10), (4.11) et (4.12) conduit à une équation non linéaire
gouvernant l’évolution de la densité de charge :

ρ2
E ⋅ ∇ρ = − (4.58)
ε0
Les résultats de la résolution numérique de l’équation (4.58) sont représentés sur les
figures (4.9 et 4.10).

5,0
Densitédelacharged'espace(.10 C/m)
3

4,5
-5

4,0

3,5

3,0

2,5

2,0

1,5
10 15 20 25

Tension appliquée ( kV )

Figure 4.9 : Variation de la densité de la charge d’espace en fonction de la tension


appliquée.

95
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

-4
x 10

1.2

0.8

0.6

0.4

0.2

0
0.4
0.3 0.2
0.2 0.15
0.1
0.1 0.05
0 0

Figure 4.10 : Distribution spatiale de la densité de la charge d’espace

À partir des équations (4.57) et (4.58) nous pouvons écrire :

dρ ρ2
= −μ ⋅ (4.59)
dt ε0

La solution analytique de cette équation est :


1
ρ(t ) = (4.60)
1 μ⋅t
+
ρ0 ε 0

où ρ 0 : est la valeur de la densité de charge au point de départ de la ligne caractéristique.

L’évolution de la densité de la charge d’espace en fonction du temps est représenté a


partir de la solution analytique (Fig. 4.11). La densité maximale est dans la frontière ZI/ZD et
pour une valeur de t qui tend à l’infinie, elle est égale à zéro.

La méthode des caractéristiques n’est pas limitée aux problèmes stationnaires


seulement. Elle peut être appliquée aux systèmes dynamiques puisqu’elle décrit l’évolution de
la densité de charge pour un observateur mouvant le long de la ligne caractéristique.

96
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

-5
x 10
2
Densité de charge au plan (C/m3)

U = 15 kV
1.8 U = 20 kV
U = 25 kV
1.6 U = 30 kV
1.4

1.2

0.8

0.6

0.4

0.2

0 -3 -2 -1 0
10 10 10 10
Temps (s)

Figure 4.11 Variation de la densité de la charge d’espace en fonction du temps et en


fonction de la tension appliquée.

IV.7.3 La densité de courant


Les figures (4.11 et 4.12) montrent les variations au plan de la densité du courant J
comparées aux valeurs mesurées par Aissou [53]. Nous remarquons que la densité de courant
varie avec la variation de la mobilité ionique. Cela peut être expliqué par l’augmentation de la
vitesse de dérive des ions positifs ou négatifs dans la direction du champ électrique. La
mobilité ionique varie en fonction de la tension appliquée, elle prend des valeurs plus élevées
dans la partie de la polarité négative.

6
Densité de courant (mA/m)
2

0
10 15 20 25

Tension appliquée (kV)

Figure 4.11 Variation de la densité du courant en fonction de la tension appliquée

97
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

-3
x 10
2
Numerical
1.5 Experimental [53]
1

0.5

J (A/m2)
0

-0.5

-1

-1.5

-2

-2.5

-3
-0.2 -0.15 -0.1 -0.05 0 0.05 0.1 0.15 0.2

X (m)

Figure 4.12 : Variation de la densité du courant au plan en bipolaire.

IV.7.4 Le champ électrique

Nous remarquons que le champ électrique sur le plan n’est pas sensible à la variation de
la mobilité ionique. Les distributions du champ électrique sont représentées sur les figures
(4.13 – 4.15).

7
x 10

1.5

0.5

0
0.4
0.3 0.2
0.2 0.15
0.1
0.1 0.05
0 0

Figure 4.13: Distribution spatiale du champ électrique.

98
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

1,5
Mesuré [53]
1
Calculé
0,5
E(Kv/m)x10²
0
-30 -20 -10 0 10 20 30
-0,5

-1

-1,5
X(cm )

Figure 4.14 : Distribution du champ électrique sur le plan

7
x 10
12

11
Champ électrique (V/m)

10

2
1.2 1.4 1.6 1.8 2 2.2 2.4 2.6 2.8 3
4
Tension appliquée (V) x 10

Figure 4.15 Variation du champ électrique en fonction de la tension appliquée.

IV.7.5 La vitesse théorique de migration


Une étude de la vitesse théorique de migration nécessite la connaissance de la charge
électrique des particules en fonction de leur taille (figure 4.16). Pour montrer la variation de
wth en fonction de la taille des particules, on utilise une relation simple de calcul de la charge,
établie par Cochet (voir chapitre 3). Cette relation donne la charge limite par champ d’une
particule qui se trouve dans un champ électrique d’intensité E.

99
Chapitre IV Modélisation de la décharge couronne

Vitesse de migration théorique (m/s)


2
10
E = 2 kV/cm
E = 4 kV/cm
E = 6 kV/cm
1 E = 8 kV/cm
10

0
10

-1
10

-2
10

-3
10
-8 -7 -6 -5 -4
10 10 10 10 10

Diamètre de la particule (m)

Figure 4.16 Variations de la vitesse de migration théorique wth en fonction de la taille


des particules.

La variation de la vitesse wth en fonction du diamètre des particules passe par une
valeur minimale pour dp ≅ 0, 25 μm. Une faible vitesse de migration diminue le transport des
particules vers les plaques collectrices et par conséquent l’efficacité de collecte. Ainsi donc, la
vitesse de migration des particules étant à son plus bas niveau pour les tailles de particules
comprises entre 0,1 μm et 1μm, il en est de même en ce qui concerne l’efficacité de collecte.

IV.8 Conclusion
Le calcul numérique que nous avons proposé élimine la boucle permettant de vérifier
la constance du champ électrique à la limite de la zone d’ionisation (équivaut au champ
critique du minimum d’ionisation). En effet cette condition a été illustrée par la grandeur du
potentiel électrique correspondant et est introduite dans la formulation en éléments finis et les
résultats sont d’autant plus fiables que les contours équipotentiels sont tracés avec une bonne
précision.
Bien que ce modèle nous a épargné d’une étape de résolution, mais l’estimation de la
densité de la charge d’espace sur la frontière de la zone d’ionisation reste à vérifier. En effet,
pour le premier de cette dernière, nous l’avons pris au hasard et nous l’avons ajusté en
comparant aux travaux antérieurs. Une fois, l’erreur est acceptable, l’estimé est ajusté, il sera
utilisé dans les procédures qui suivent et est maintenu constant.
A vrai dire, la résolution numérique de la décharge couronne n’est qu’à son premier
âge et beaucoup de travail reste à faire pour améliorer les modèles.

100
Conclusion
générale
Conclusion générale

Théoriquement, un gaz constitue un isolant parfait puisqu’il ne contient que des atomes
ou des molécules neutres. Pour qu’il puisse devenir conducteur, il est donc nécessaire
qu’apparaisse, à l’intérieur, un certain nombre de particules chargées. En pratique, un gaz
contient toujours un certain nombre de particules chargées. Celles-ci proviennent
principalement des cascades d’électrons et d’ions résultant du rayonnement cosmique ou bien
de la désintégration des gaz radioactifs émis par le sol. L’application d’une tension, même très
faible, aux bornes d’électrodes plongées dans le gaz se traduit par l’apparition d’un courant
dans le circuit extérieur consécutif au déplacement des charges à l’intérieur du gaz. Une
augmentation importante de la tension appliquée entraîne une croissance rapide de ce courant,
le gaz passant ainsi d’un état quasi isolant à un état plus ou moins conducteur. Le gaz est alors
le siége d’une décharge électrique.
Le travail numérique développé dans ce mémoire a donné des résultats satisfaisants pour
des tensions supérieures aux tensions seuil d’apparition de la décharge couronne sur la
distribution du champ électrique, de la densité de courant et de la densité de charges d’espace.
Nous avons utilisé une méthode hybride basée sur la technique des éléments finis et la
méthode des charges fictives. Les conditions aux limites considérées dans ces algorithmes
sont de deux types : conditions de Neumann homogènes sur les frontières de symétries et
conditions de Dirichlet sur les autres limites. Dans ces dernières, en plus de la tension
appliquée sur le fil et la mise à la terre de l’électrode passive, nous avons considéré le champ
critique du minimum d’ionisation, dont la valeur est bien connue dans l’air, comme condition
aux limites indirectes sur la convergence de la charge d’espace sur la frontière séparant la
zone d’ionisation de la zone de dérive.
Notre étude numérique est basée sur un modèle séparant le domaine de calcul en deux
zones : la zone d’ionisation où la charge d’espace est considérée nulle et la zone de dérive des
ions positifs produits par les divers mécanismes de développement de la décharge couronne.
La précision dans les calculs peut être améliorée si on arrive à déterminer avec une
grande précision la frontière séparant la zone d’ionisation de la zone de dérive ainsi que la
mobilité moyenne des ions positifs. Les résultats que nous avons obtenus peuvent constituer
un solide support pour les recherches futures.
Ce modèle peut être adapté non seulement dans le transport d’énergie en bipolaire, mais
aussi dans les différents cas très utiles en pratique notamment pour traitement des surfaces, le
fonctionnement des électrofiltres et peinture électrostatique. Le calcul numérique par
ordinateur offre la possibilité de limiter les expériences. Cette étude est consacrée à la
résolution numérique des équations gouvernant la décharge couronne bipolaire. Nous avons

101
Conclusion générale

vu que cette décharge peut être décrite mathématiquement par un ensemble d’équations
dérivant de celles de Maxwell, sont calculés par la résolution de l’équation de poisson, par la
technique des éléments finis, et de l’équation de la continuité du courant à l’aide de la
méthode des caractéristiques.
L’évolution spatio-temporelle du champ électrique au sein de l’espace inter-électrode
montre prépondérant d’interactions entre les particules chargées et neutres du gaz ionisé.
Dans la première zone dite « d’ionisation » localisée prés de l’électrode active la où le champ
électrique présente une amplitude et un gradient élevé favorisant le processus d’ionisation. La
seconde zone, dite zone de « dérive », occupe le reste de l’espace inter-électrode et le champ
électrique y est plus faible.
L’hypothèse de Deutsch n’a pas été retenue. En effet, la comparaison entre les lignes de
champ tracées en absence de la charge d’espace (champ Laplacien) et les lignes de champ
tracées en présence de celle-ci (champ Poissonnien), montre clairement que la charge
d’espace affecte réellement la direction des lignes de champ, ce qui démontre que cette
hypothèse n’est pas vérifiée.

Finalement, Nous espérons que d’autres travaux pratiques et numériques soient


poursuivis pour améliorer la précision de calcul, en déterminant la zone d’ionisation avec
précision ainsi que la charge d’espace.

102
Références
bibliographiques
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Bibliographie

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MEMOIRE DE FIN D'ETUDES EN VUE DE L'OBTENTION DU DIPLÔME
DE MASTER EN GENIE ELECTRIQUE

OPTION: AUTOMATIQUE

Proposé et dirigé par : Monsieur: H. NOURI

Présenté par : BAALI Aissa

Thème :
Simulation numérique du champ électrique dans une décharge couronne par la
méthode des éléments finis

Résumé :
Un certain nombre d’applications électrostatiques, notamment les dépoussiéreurs électrostatiques,
mettent en œuvre le phénomène de décharge couronne dans les gaz à partir d’électrodes ayant une forte
courbure. Ces électrodes injectent des charges dans le gaz et la charge d’espace qui en résulte modifie la
distribution du champ électrique.
Le but de ce travail est de développer un code numérique pour déterminer les distributions du
champ électrique et de la densité de courant. La validation du modèle se réalise par la comparaison à des
travaux réalisés.
L’utilisation de la méthode des éléments finis permet de résoudre l’équation de Poisson et la
méthode des caractéristiques pour résoudre l’équation de la conservation de charges. La redéfinition du
maillage est la partie la plus importante du travail.

Mots Clés: Simulation, densité de courant, champ électrique, potentiel électrique, méthode des
éléments finis.

2011/2012

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