Interview MLG
Nicolas Bodeux, professeur d'anglais pour les supérieurs à
l'Athénée Royal Nestor Outer, Virton.
Avant de commencer l'interview, j'aimerais que vous vous présentiez un
peu pour nos auditeurs. Qui êtes-vous ? Depuis combien de temps enseignez-
vous ? Quelle formation avez-vous suivie ? Avez-vous connu d'autre
établissement ?
Alors je m'appelle Nicolas Bodeux. Si tu veux je t'explique mon parcours peut être ? Depuis
combien de temps enseignez-vous ? Je commence ma 6ème année donc ça fait 5 ans que je
suis professeur . Quelle formation avez-vous suivie ? Alors j'ai fait traduction donc j'ai fait
une licence en traduction (en anglais et en danois) voilà et après mes 4 ans de traduction,
j'ai fait 2 ans de traduction littéraire. Après j'ai travaillé dans une agence de presse et puis
voilà, ça fait 5 ans que je suis prof. Avez-vous connu d'autre établissement que l'Arno ? Non,
j'ai commencé ici. Je ne connais pas d'autre.
1. Comment avez-vous su que vous vous lanciez dans des études qui vous
correspondent ?
Mes études ? Bah j'ai toujours voulu faire ça. J'ai toujours...en fait, quand j'étais plus jeune,
j'avais toujours bien aimé lire, j'ai toujours bien aimé la littérature donc j'ai toujours voulu
travailler là-dedans, et donc je voulais traducteur parce que j'aimais bien l'anglais aussi
donc je voulais un peu faire les deux donc je voulais moi...Mon but c'était de traduire des
romans en français, mais alors c'est assez compliqué de faire ça parce qu’ il faut bouger sur
Paris etc. et du coup s'est pas fait, voilà. Mais c'était mon but donc j'ai toujours su que je
voulais faire traduction.
2. Pourquoi avez-vous choisi d'enseigner cette matière et pas une autre ?
Ce n’ai pas que j'ai choisi, c'est que je ne pouvais pas…je pouvais enseigner que ça (j'avais
fait traduction). Donc j'aurais bien aimé soit l'anglais, j'adore. J'aurais bien aimé aussi
enseigner le français, mais bon voilà. Je pouvais le faire en tant que langue étrangère en
bac, mais ce que j'aurais bien aimé c'est aussi travailler peut-être... enseigner la littérature. .
Mais comme j'ai un diplôme de traduction, anglais c'était bien.
3. Etes-vous toujours aussi passionné qu'à vos débuts ?
Plus! Plus ? Ouais, je suis plus passionné ! Ça ne fait pas longtemps au début. Au début
c'était compliqué pour moi, j'ai pas mal galéré parce que j'ai pas vraiment de formation
professeur.. Donc, au début c'était compliqué ! Maintenant ouais, je me sens mieux,
maintenant j'ai envie un peu de changer pas mal des choses (comment les langues
s'enseignent...). J'ai envie de faire des nouvelles choses etc. Voilà donc je suis plus motivé.
4. Préparez-vous vos cours avec autant de patience, envie et de travail ?
Qu'au début ? Oui. Plus! Plus ? Plus, parce que j'ai envie de changer un peu plein de choses.
Je suis pas toujours très satisfait des livres qu'on sait...en fait qu'on a. Toi t'as encore eu des
bonnes livres. Maintenant qu'est-ce qu'on a ce sont les » Get up « et ils sont moins bien.
Du coup, quand je prépare, j'ai envie de changer pas mal de choses, donc je suis un peu
plus motivé pour ça.
Et passez-vous autant de temps ?
Moins. Moins ? Moins, mais je pense que je suis plus efficace. Je pense que je passe moins
de temps, mais je travaille de façon plus efficace. Avant je travaillais un peu dans le vide,
donc je passais énormément de temps à savoir tout ce que j'allais faire, tout ce que j'allais
dire, je préparais beaucoup trop et ça ne servait à rien. Maintenant je prépare moins, mais
c'est plus efficace. Je laisse plus de place à l'improvisation ou d'autres choses comme ça.
5. Comment arrivez-vous à vous adapter au niveau de chaque élève ?
Bonne question...En termes d'apprentissage ou en termes de... ? Oui. Attends, fais pause, il
faut que je réfléchisse un peu... (on a fait une pause de quelques secondes et après on a
continué avec l'interview). Et du coup je ne sais pas si j'arrive vraiment à m'adapter à tous
les élèves en même temps mais j'ai.…j’essaie d'être à l'écoute, puis j'essaie d'instaurer un
dialogue , j’essaie de montrer que on peut venir vers moi, me parler, me demander ce qu'on
veut etc.J’essaie d'être à l'écoute, comme ça je pense que des élèves qui ont envie
d'apprendre vont plus facilement venir vers moi et me demander des choses. Comme ça
j'arrive un peu à voir qui a besoin de quoi…J’essaie d'être disponible au maximum donc
voilà...J'essaie d'être sûr que tout le monde a compris et aussi d'aller peut-être vers les
élèves qui sont un peu plus timides et qui auraient plus de difficultés...J'essaie d'aller un peu
voir...C'est un équilibre, ce n’est pas sûr d'y arriver tout le temps, mais...
6. Et que mettez-vous en place pour un élève en difficulté ?
Alors ce que je mets en place...j'essaie de m'intéresser plus à eux peut-être au cours, j'essaie
de leur proposer peut-être du travail en plus... Par exemple, l'année dernière ça m'arrivait
de donner deux heures en plus par semaine avec un petit nombre d'élèves qui avaient un
peu des problèmes au niveau des bases en anglais, donc je les voyais une fois par semaine,
donc en ce temps-là en distanciel...ce n’était pas possible, mais j’essaie de revoir un peu des
bases avec quelques élèves...Parce quand on est 2-3 élèves, les gens... Ils comprennent plus
que s'ils étaient perdus dans une classe. Donc voilà c'est ce que j'essaie de faire. Surtout à
l'écoute et de donner des choses en plus s'il faut et d'envoyer peut-être les corrections.
7. Quelles relations entretenez-vous avec vos élèves et leurs parents ?
Dans quel cadre les rencontrez-vous ?
Avec les élèves, j'ai pas envie d'avoir une relation prof-élève cloisonnée. J'aime bien les
connaitre, j'aime bien avoir un dialogue facile avec eux et j'aime bien qu'ils ont un dialogue
facile avec moi. En fait, il faut trouver le juste milieu entre les 2. Sinon on se fait soit vite
dévorés. Après, il faut vite s'énerver pour reprendre le pouvoir...Donc ce n’est pas toujours
facile, mais c'est, en tout cas...L'idéal, pour moi, ça serait ça : trouver le juste milieu entre le
professeur super autoritaire et le professeur trop laïciste. . Avec les parents, je n’ai jamais
eu des soucis avec eux,, donc c'est toujours très franc, transparent et courtois forcement.
Dans quel cadre les rencontrez-vous ? Les parents ? Oui. Dans le cadre de réunions des
parents. Juste pour les réunions ? Oui... Ça m'est déjà arrivé peut-être une fois ou deux
d'avoir des rencontrées à parents en dehors du cours, mais c'était plus pour les problèmes
de discipline. Sinon, les réunions des parents suffisent. En général tout se passe bien et c'est
à chaque période… presque.
8. Est-il si important de s'entendre avec tous les professeurs de l'école ?
Hmmm...est-ce que c'est important ? Je dirais que oui, c'est important, mais c'est
impossible. C’est comme dans la société, c'est compliqué. En tout cas, je trouve ça
important. Je trouve que plus on travaille ensemble, plus on s'entend entre les professeurs
et plus on sait échanger des informations sur les élèves. Plus on est plus à l'écoute des
élèves et plus on s'entend, plus on a des idées en commun. Plus on essaie de faire des
choses en commun, on met en place des choses. Là, je prends l'exemple de ma collègue,
madame Nycknam. On s'entend très bien et on est sur la même longueur d'onde. Je trouve
qu'il y a une dynamique et qu’on arrive à être chacun diffèrent. Il y a une dynamique qui est
bien. Pour la dynamique de l'école, c'est très bien d’avoir des profs qui s'entendent..
9. Collaborez-vous avec les enseignants de mathématiques et de sciences?
Uhh..non. Non ? Non. Mais vous vous entendez tous bien ? Oui, oui on s'entend tous bien.
On ne travaille pas ensemble parce que ce sont des domaines assez différents. . J'ai déjà
travaillé avec les professeurs qui se donnent cours, par exemples en agence d'éducation ou
en animation et là on va refaire ça. On va essayer de faire des activités en commun. Mais
c'est vrai qu'avec les cours de sciences et les cours d'anglais par exemple, c'est un peu
compliqué de trouver quelque chose. Par contre, on pourrait le faire, parce que c'est vrai
que les élèves qui vont faire des sciences plus tard, il y a beaucoup de choses qui sont
écrites en anglais. Ceci pourrait être une piste.
[Link] avez-vous choisi cette école ?
Je n’ai pas choisis, c'est la designatrice qui m'y a mis. Comme je n’ai pas eu d'autres
opportunités, je suis directement venu ici. Ça m'a plu, j'adore cette école et je m'y sens très
bien..
11. Selon vous, quelle est la partie la plus frustrante ou de moins,
la plus difficile dans ce métier ?
Alors...la partie la plus frustrante est de parfois voir toute l'énergie qu'on met à expliquer
des choses etc. et de se rendre compte au final que quand on fait un test un peu plus tard
dans l'année, que tout a déjà été oublié.. Et ceci est un peu frustrant. La partie la plus
difficile...je dirais que c'est essayer de gérer toutes les individualités d'une classe, de trouver
et de savoir gérer tout le monde de la même façon, tout en étant diffèrent avec chaque
élève. On ne peut pas gérer tous les élèves de la même façon et c'est assez compliqué de
trouver le juste milieu pour que tout se passe bien. Peut-être, c'est parce que moi, j'essaye
de le faire. Maintenant, je pense que si j'étais un prof autoritaire, qui fait respecter une
discipline etc., j'aurais moins ce problème. Mais je suis comme ça. C’est pour cela que
j'aime ce métier. J’aime bien avoir un dialogue avec tous les élèves et c'est la difficulté que
je me mets moi-même : trouver un équilibre, tout en étant complètement déséquilibré,
dans la latitude que tu as avec chaque élève.
[Link] êtes-vous déjà dit que ce métier n'était pas ou plus fait pour vous ?
Oui...Oui ? Même très souvent...c'est un peu moins maintenant, mais au début oui. La
première année je me suis dit plein de fois, parce que c'était très complique...Je n’avais
jamais donné cours et je me suis retrouvé devant des élèves de rhétorique, par exemple.
C'était très compliqué, mais plus j'avance, plus je sais que c'est vraiment fait pour moi parce
que j'adore ça. Parfois,, j'ai un peu des moments de doute, parce que je me rends compte
qu'il y a des choses que je ne fais pas bien. J'ai des activités que j'essaie de faire et
finalement je me rends compte que ça n'a pas été. Il faut toujours se mettre en question et
le fait de tout le temps se mettre en question, parfois je me dit que ceci n’est peut-être pas
fait pour moi. Mais en même temps, je pense que si.
13. Etes-vous satisfait de vous-même ?
Oui, mais pas toujours. C'est un peu comme avant, parfois… mais comment expliquer ceci ?
De façon générale, je pense que je suis satisfait de moi, mais parfois, quand j'ai un retour
des élèves ou quand je vois que j'ai réussi à aider quelqu'un qui a réussi. Des fois, quand je
donne un cours et que ça c'est super bien passé ou quand il y a un retour, je suis vraiment
content de moi. Sinon, je suis toujours en train de me mettre en question et parfois, bah a
force de trop se remettre en question, on est plus vraiment content de soi. Parce qu'on
cherche autre chose.. Parfois je cherche quand même autre chose. J’aimerai bien que les
langues soient quelque chose de plus dynamique, de moins carré . Quelquefois, je me
retrouve à faire des activités extrêmement carrées, pas très intéressantes parce qu’elles
sont dans le livre. Dans ce cas, je ne suis pas content de moi. Je n'arrive pas à donner vie à
ces affaires. . C’est ce qui m'arrive maintenant, avec le cours des rhétoriques. On a un
nouveau livre, qui est le « Get up 6, » et les sujets ne sont pas motivantes. Ils le savent, ils
le disent et en cette position, je ne suis pas content de moi. Je devrais m’approprier la
matière et faire ceci plus intéressante. Au contraire, ce n’est pas facile car je ne connais pas
encore bien le cours.
[Link] considérez vous comme un bon enseignant ?
Parfois oui, parfois non. Je pense que parfois oui parce que j'ai l'impression que j'arrive à
faire passer des connaissances. De temps en temps, je vois que j'intéresse les élèves.
Parfois non,, parce que je me rends compte que justement, je n'arrive pas à faire vivre la
matière et puis je ne suis pas bon. En classe, quand je sors d'un cours je me dis : » ohlala,
qu'est-ce que j'ai galéré, ça ne devrait pas être intéressant ». Je me mets souvent à la place
des élèves. Je me regarde donner cours et parfois je me dis « : ohlala ». Il y a des moments
où je suis pas content de moi. . La question était si je me considère comme un bon
enseignant ? Oui. Je pense que je pourrais être un bon enseignant, je pense que je pourrais
l'être. Je ne suis pas encore un bon enseignant, mais je pourrais l'être. Juste si j'arrive à
jongler entre ce qu'on nous demande de faire et ce que j'ai envie de faire. Si je trouve le bon
équilibre, je pense que j'arriverai.
[Link] conseils donneriez-vous a une future enseignante de langues
germaniques ?
Quels conseils ? Il faut enseigner l'anglais bien, pour que ça devient quelque chose de
motivant. Essaie de montrer aux élèves que l’anglais est super important. En même temps,
tous les profs diront que leur cours est important, mais l'anglais ouvre tellement de
possibilités (de voyage, de rencontre...). Je vois l'anglais comme une façon de s'ouvrir aux
autres, d'être tolérant vers eux et un moyen, de communication. Je pense que c'est une
chose qui peut irradier. Ça peut juste être vraiment quelque chose de pacificateur, tu vois ce
que je veux dire ? Je pense qu’il ne faut pas que l'anglais soit comme une matière à étudier,
mais il faut que ça soit une chose qui ouvre des portes. Quand je me rends compte que
j'enseigne l'anglais comme un cours de math, je me dis que c’est vraiment dur.
C'est tout, je vous remercie beaucoup pour votre temps et réponses !
*madame Nycknam : professeure d’anglais pour le supérieur (ils sont que 2 professeurs à
enseigner l’anglais en supérieur).