0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
5 vues15 pages

Maison historique à Grand Combe, Marcillac

La maison n°290 située à Grand Combe, près de Marcillac, est un exemple représentatif des demeures des XVIe et XVIIe siècles, ayant conservé son aspect d'origine malgré des modifications au fil du temps. Elle illustre le phénomène de villégiature ruthénoise, avec des liens historiques à des propriétaires notables et une évolution sociale marquée. L'analyse architecturale révèle une structure composée de plusieurs éléments bâtis, témoignant de son histoire et des ajouts successifs.

Transféré par

ddaurat.chess
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
5 vues15 pages

Maison historique à Grand Combe, Marcillac

La maison n°290 située à Grand Combe, près de Marcillac, est un exemple représentatif des demeures des XVIe et XVIIe siècles, ayant conservé son aspect d'origine malgré des modifications au fil du temps. Elle illustre le phénomène de villégiature ruthénoise, avec des liens historiques à des propriétaires notables et une évolution sociale marquée. L'analyse architecturale révèle une structure composée de plusieurs éléments bâtis, témoignant de son histoire et des ajouts successifs.

Transféré par

ddaurat.chess
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Grand Combe, maison n°290

IA12JL0005
Commune de Marcillac
Lieu-dit de Grand Combe

IA12JL0005-4 Elévation est.

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des XVIe et XVIIe siècles, 1
Julie Lourgant, 2009
I- Situation

1- Situation actuelle

La maison qui nous intéresse se trouve dans le lieu-dit de Grand


Combe qui tient son nom de la petite vallée éponyme le long de laquelle
il s'étire selon un axe nord-sud. Le lieu-dit, situé à environ trois
kilomètres de la commune de Marcillac dont il dépend, abrite une dizaine
de maison des Temps modernes, témoignant, comme la vallée du Cruou
voisine, d'un phénomène particulier de la villégiature ruthénoise à cette
époque. La maison étudiée ici et qui occupe les parcelles n° 290 et 783
du cadastre actuel (fig. 3), se trouve au cœur de cette vallée. Nichée
auprès de l'ancien château seigneurial, elle a conservé son aspect
d'origine comme la plupart des édifices de Grand Combe. Propriété
privée, elle ne fait l'objet d'aucune protection.

2- Situation ancienne

La vallée de Grand Combe a conservé l'aspect qu'elle pouvait


avoir aux Temps modernes, la maison étudiée ici illustrant parfaitement
le phénomène. Le manoir de Curlande, tenu par le Sieur de Tullier en
1674 était le lieu du pouvoir seigneurial. Il était entouré, comme le reste
des demeures, d'exploitations agricoles, principalement de vignes, mais
également de noguarettes, de chastaignals et de bois. La maison qui nous
intéresse ici, mise à part sa partie méridionale, qui daterait de la fin du
XVIIIe siècle, apparaissant déjà sur le plan cadastral de 1812 (fig. 2),
devait avoir une configuration proche de celle d'aujourd'hui (fig. 3), sinon
qu'elle était entourée de dépendances et d'exploitations agricoles qui,
mentionnées dans les sources écrites, n'apparaissent plus actuellement,
qu'il s'agisse des vignes du petit château voisin ou de son propre patus.

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 2


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
II- Historique

La vallée de Grand Combe était aux Temps modernes l'écrin de la


villégiature ruthénoise et était déjà connue comme tel au milieu du XVIe
siècle. En effet, lors des enquêtes menées dans le cadre d'un procès
concernant les commodités du Rouergue en 1552, des témoins
rapportèrent, entre autres richesses du territoire, l'existence de petits
châteaux dans les vallées de Grand Combe et de Cruou 1 . Ainsi, nous
apprenons que ces vallées qui produisaient alors quantité de blé et étaient
pleines de vignobles, abritaient vingt-cinq ou trente châteaux 2 . Les
témoignages suivants lient ces demeures au patriciat ruthénois, tant gens
bénéficiers que gens de justice ou marchands, et relatent le phénomène
de villégiature qui caractérisait ces vallées et les maisons que les gens de
Rodez y ont fait bâtir et édiffier pour recueillir leur vin et tenir leur
vaisselle vinaire, et aussi pour le plaisir et l'habitation 3 .

Les cadastres de Marcillac des XVIe et XVIIe siècles, mettent en


évidence la continuité de ce phénomène de villégiature. Au début du
XVIe siècle, dix ruthénois sont déjà propriétaires à Grand Combe, la
moitié y possèdent une maison 4 . Parmi ces propriétés, l'on remarque
celle de Bernat Milhau qui tient deux hostals au lieu-dit, dont un "bâti à
neuf", pour lesquels il s'acquitte de la somme de sept livres et douze sols.
Les héritiers d'Hugues Viguie tiennent une propriété d'une toute autre
envergure, comprenant l'hostal mais aussi un tabernal, une étable, une
fenial, un hort et une vigne allivrée trente-deux livres. A la vue de ces
articles, ce n'est pas le bâti mais les vignes qui font la valeur des
propriétés, leurs valeurs atteignant souvent la moitié de l'allivrement total
d'une propriété. Au milieu du siècle, si les noms de propriétaires ont
changé et que sont établis à Grand Combe surtout des gens de justice et

1
Jacques Bousquet, Enquête sur les commodités du Rouergue en 1552, procès avec
l'Agenais, le Quercy et le Périgord, Toulouse, Privat, 1969, p. 159, pièce B.
2
J. Bousquet, op. cit. , 1969, p. 159, témoignage n° 44 (66).
3
J. Bousquet, op. cit. , 1969, p. 159, témoignages n° 24 II et 24 V.
4
A.D.A., 2 E 150. 17, cadastre de Marcillac, XVIe siècle.
12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 3
XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
quelques marchands ruthénois, la situation est analogue. L'on compte en
effet neuf propriétaires ruthénois à Grand Combe, cinq y tiennent une
maison et ce sont toujours les vignes qui font la valeur de leurs
propriétés. L'on remarque ici l'installation des Chartreux qui tiennent
alors le vignoble le plus important de Grand Combe, s'étendant sur une
surface de cent-quatre journées. Autres propriétaires remarquables, Johan
Dardenne, qui succédant à son oncle François Dardenne, devient
propriétaire de la maison dite de l'Annonciation, place du Bourg, à
Rodez, et prospère dans des affaires commerciales avec d'autres
propriétaires autour de cette place 5 ; enfin le notaire Guillaume Moysset
qui reçoit dans son étude toute cette bourgeoisie marchande. Voisins dans
le Bourg de Rodez au milieu du XVIe siècle, les bourgeois de Rodez se
retrouvent en leurs demeures de Grand Combe. Le cadastre de 1674 6
nous permet, par les énoncés précis des articles des propriétés,
notamment quant aux contigüités, de rétablir l'état de la vallée de Grand
Combe dans la seconde moitié du XVIIe siècle et d'attribuer les maisons
conservées aujourd'hui à leurs propriétaires d'alors (fig. 1). Se trouvaient
ainsi à Grand Combe d'est en ouest et du nord au sud : La maison des
religieuses de l'Annontiades de Rodez, la maison de Jean Foulquier,
conseiller en l'élection de Rodez, la maison du syndic du couvent des
pères Chartreux, à l'est, celle du castel de l'hospital en suivant, la maison
de l'apothicaire François Calmettes, étudiée ci-après, la maison de Jean
Boyé. Ne sont pas recensés l'édifice appelé aujourd'hui Manoir de
Curlande, son propriétaire d'alors, Jean de Tullier, seigneur du lieu,
devait être exempté de tout allivrement ; et les maisons plus au nord,
édifiées peut-être aux siècles suivants, comme leurs architectures
semblent l'indiquer. Si nombreux patronymes qui étaient apparus au
début du XVIe siècle semblent avoir disparus au siècle suivant, il faut
tenir compte du jeu des successions. Ainsi, si la famille Dardenne semble
avoir délaissé le lieu-dit, il n'en est rien. La demeure de Grand combe est
restée dans la famille puisque, comme pour la maison de l'Annonciation,
c'est Etienne Moysset, gendre de Johan Dardenne, que l'on retrouve, pour
5
A.D.A, E 1541, 18 Juin 1555.
6
A.D.A., 2 E 150 19, cadastre de Marcillac, 1674.
12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 4
XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
en payer l'allivrement 7 . Cet exemple est par ailleurs représentatif d'une
évolution sociale en deux voire en trois générations. Aux initiateurs,
bourgeois et marchands, de l'implantation ruthénoise aux champs,
succèdent des représentants de la nouvelle noblesse de robe, leurs
maisons aux champs venant asseoir dans les terres un nouveau statut
social.

Nous l'avons dit, les cadastres du XVIe siècle étant peu précis,
c'est en 1674 qu'apparaît avec certitude le propriétaire de la demeure de
la maison qui nous intéresse, François Calmettes. Cet apothicaire
ruthénois tient en effet Maison, grange et patus au repaire de Grand
Combe. La propriété confrontait alors du levant avec maison bassecour
des heritiers [dév.] de feu Me Francoys Moyssetis, conseiller en l
eslection [dév.], patus et bassecour d'Anthoine Boye, du midy verger du
dit Boye, du couchant noguarette [dév.] du Sieur De Tullier, thresorier,
du septentrion [dév.] chemin de service du dit repaire. La maison
contenait alors trente et une canes. Avec ses dépendances, elle était
allivrée pour douze sols onze deniers mailhe deux quartz 8 . La présence
d'un François Calmettes au lieu-dit de Grand Combe peut-être daté d'au
moins 1611, et pourrait bien correspondre à son implantation dans la
petite vallée. A cette date, il achète à un marchand de Marcillac,
Raymond Boularot, un près au terroir du Mas del Prat, au vignobre (sic.)
de Grand Combe 9 . La mise au jour d'autres sources écrites privées
pourrait pallier le manque laissé entre les documents fiscaux : les
cadastres du XVIe siècle et celui du XVIIe siècle et le plan cadastral
napoléonien. L'histoire de la maison peut à nouveau s'écrire à partir de
cette date. L'on sait en effet qu'en 1820 la maison appartenait à François
Charles de Vernhes qui l'acheta, enrichi par son mariage avec Hippolyte
de Montsegnat 10 . A sa mort en 1852, leur fille Rosalie de Vernhes, mère

7
A.D.A., A.C. Bourg, 2 E CC 70, 1606. Etienne Moysset apparaît à partir de cette date
dans les rôles de taille du Bourg pour payer l'allivrement de la maison dite de
l'Annonciation dont il a hérité, ayant épousé Anne Dardenne, fille de Johan Dardenne.
8
A.D.A., 2 E 150 19, cadastre de Marcillac, 1674,f. 271 - 271 v. .
9
A.D.A., E 1751, notaire Carrayron, f. 547-548.
10
A.D.A., notaire Séguret, 1853, et A.D.A., notaire Viguié, 1882-1883.
12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 5
XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
supérieure des dames du Sacré-Cœur de Leyrac, en hérite et l'aménage
pour sa communauté. En 1886, la crise du phylloxéra entraine Rosalie à
vendre la propriété à un paysan du Grand-Mas. Si l'analyse
archéologique nous a permis de retrouver dans le bâti des éléments
corroborant ces quelques données historiques, elle nous permet, au-delà,
de proposer des pistes à suivre pour combler les déficiences concernant
l'état de la propriété avant et après sa possession par François Calmettes ;
vers la seconde moitié du XVIIe siècle.

III- Analyse du bâti

1- Plan, élévation extérieure et couverture, ornement

La maison actuelle se présente comme le résultat de plusieurs


éléments bâtis assemblés (fig. 2-3). Si la maçonnerie cohérente des deux
tiers nord de la demeure donne à celle-ci l'apparence d'un plan allongé, la
présence de deux tours d'escaliers au même niveau, l'une flanquant
l'élévation est, l'autre l'élévation ouest, révèlent, avec le nivellement
courbe de l'élévation est, l'assemblage de deux anciens édifices, une
maison au plan allongé au sud, une maison au plan massé au nord. Bâti
d'un appareil de moellons de grès moyens, équarris et disposés en assises
a peu près régulières, l'ensemble constitué par les deux édifices est
agrémenté de blocs de calcaire disposés en chaînage aux angles des
élévations et autour des ouvertures, baies, portes, fenêtres, et jours. La
partie médiane de l'édifice actuelle, autrement dit la maison sud, fut bâtie
sur une source émergeant dans la cour, un système de canalisation
permet d'en drainer les eaux à l'intérieur, sous le sol des caves (fig. 22).
Des éléments bâtis aux extrémités nord et sud de la demeure semblent,
par leurs maçonneries distinctes et adossées à l'ensemble précédent, avoir
été ajoutés a posteriori. L'élévation est, donnant sur la cour et tournée
IA12JL0005-5 Elévation est, vers le chemin principal du lieu-dit, est ouverte au rez-de-chaussée par
partie sud.
12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 6
XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
une large baie, couverte par un arc segmentaire et surmontée d'un oculus
(fig. 4-5). Elle donne accès aux caves. Celles-ci sont éclairées par trois
jours. Une autre baie ouvre également le rez-de-chaussée plus au sud,
couverte d'un arc en anse de panier, elle a pu être ajoutée a posteriori,
peut être en 1775, selon la date portée sur son linteau (fig. 6). Le niveau
I, correspondant à l'étage, est ouvert par trois fenêtres qui, reposant sur
des appuis moulurés, semblent avoir perdu meneaux et croisillons. Un
petit jour, au nord, éclaire les lieux d'aisance. La tour hexagonale est
ouverte par une porte dont les piédroits, en quart de rond, et le linteau,
sont sculptés d'un large chanfrein (fig. 7). La fenêtre à demi-croisée, axée
IA12JL0005-7 Elévation est,
sur la porte, connaît un ornement plus soigné, reposant sur un appui
tour d'escalier.
richement mouluré, composé d'une doucine, d'une baguette, d'un tore et
d'un réglet, elle est couverte par un arc déprimé mouluré selon le même
profil chanfreiné que celui qui orne son chambranle et son croisillon. Au
nord de la tour, la maçonnerie diffère de l'ensemble et indique l'ajout a
posteriori d'une structure intermédiaire unifiant deux maisons antérieures
(fig. 8). Cette partie s'ouvre au rez-de-chaussée par une large baie
couverte d'un arc en plein-cintre. Elle est surmontée d'une fenêtre dont
l'appui est sculpté du même corps de moulures que celui observé sur les
autres fenêtres, notamment sur la demi-croisée de la tour. La partie nord
de l'élévation est correspond donc a une deuxième maison antérieure à
l'ensemble bâti actuel. Ouverte au niveau 0 par deux larges baies
IA12JL0005-8 Elévation est,
partie intermédiaire. couvertes d'arcs en berceau segmentaire semblables à ceux des
ouvertures des caves de la partie sud, son premier niveau est ouvert par
deux fenêtres dont les appuis et les moulures appliquées aux chambranles
indiquent un remaniement (fig. 9). De même la maçonnerie composant
l'extrémité nord de cette élévation semble avoir été ajoutée à l'ensemble
ou remontée suite à un trouble (fig. 10). L'aile qui suit, bâtie contre le
mur pignon nord de l'édifice, est composée de deux pans de murs (fig.
11). Là encore, différentes interventions apparaissent. Une ouverture
couverte par un arc en plein-cintre a été bouchée dans la partie basse du
mur, de même que la fenêtre à croisée du premier niveau (fig. 12), tandis
IA12JL0005-10 Mur
pignon nord. qu'une fenêtre couverte d'un arc segmentaire a été ouverte plus au sud.

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 7


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
Elle est similaire à celle qui, avec deux jours, ouvre, le mur pignon nord.
Enfin, deux fenêtres formées de blocs d'un grès rouge semblable à celui
employé dans l'élévation précédente, ont été ajoutées sur la même assise,
au nord. Le mur nord-ouest de cette aile est aveugle (fig. 13). L'élévation
arrière de l'édifice permet également de retrouver les deux maisons et
leurs adjonctions respectives, au sud et au nord. La partie septentrionale
ajoutée à la maison nord s'ouvre de ce côté par une porte et deux fenêtres
couvertes d'arcs segmentaires (fig. 14). La maison nord se révèle à l'ouest
par la présence de la tour circulaire qui en assurait la distribution. Celle-
ci est ouverte par des jours aux dimensions et au décor d'architecture
harmonieux, tenant aux mêmes profils de moulures appliqués à leurs
appuis, composés de deux bandeaux séparés d'un tore par un canal, et à
IA12JL0005-15 Elévation
ouest, tour d'escalier. leurs chambranles chanfreinés (fig. 16). Un four fut accolé au nord de la
tour, de même qu'un autre élément bâti au sud (fig.15, 17). La porte de la
tour a pu être obstruée par l'ajout de ces deux structures basses. Enfin,
l'on reconnaît l'élévation est de la maison sud, ouverte par de multiples
fenêtres aux chambranles chanfreinés (fig. 18). Une porte, surmontée
d'un oculus, semble postérieure aux autres ouvertures de la façade, son
oculus est par ailleurs disposé à l'envers de l'orientation d'usage.

L'ensemble de l'édifice est couvert de lauze posée en écaille sur


les deux versants des toits de la maison sud et sur ceux de la maison nord
comme sur les parties qui leurs furent ajoutées, au sud comme au nord,
formant par endroits des bardages verticaux (fig. 19). La tour hexagonale
IA12JL0005-17 Elévation sud-
ouest de la tour, au nord-ouest de la maison sud est couverte d'un toit en pavillon, la tour circulaire de la
le four, au sud-ouest, partie maison nord d'un toit conique.
ajoutée à la salle nord.

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 8


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
2- Distribution, élévation intérieure et couvrement, aménagement
et ornement

L'ensemble de l'ancienne maison sud correspond à des caves. La


cave sud est couverte d'une voûte en berceau segmentaire (fig. 20) tandis
que la cave centrale, éclairée de quelques jours, est couverte d'un plafond
à la française plus surprenant à ce niveau d'une demeure (fig. 21). Dans
le mur est de la cave centrale, un creux arrondi, aménagé dans la
maçonnerie, semble pouvoir accueillir un tinel, sorte de tonneau que l'on
trouve fréquemment dans les énoncés de vaisselle vinaire de cette
époque. Les parties nord de la demeure actuelle semblent correspondre à
des étables en raison de leurs larges ouvertures, voire à des écuries, selon
les anneaux encore présents sur ces baies (fig. 9). La grange énoncée
dans l'article d'allivrement de la propriété en 1674 devait également
occuper cette partie de la demeure notamment son adjonction à
l'extrémité nord. La partie méridionale de la demeure, aujourd'hui
ouverte, par sa voûte en berceau segmentaire et la fenêtre couverte d'un
arc en plein-cintre qui l'ouvrait, à l'ouest (fig. 23-24), témoigne de la
fonction de chapelle qui lui était dévolue, et qui est à rapprocher de l'état

IA12JL0005-23 Partie sud est,


de l'édifice aménagé pour les sœurs du Sacré-Cœur de Leyrac au milieu
voûte en berceau segmentaire. du XIXe siècle.

Le niveau I (fig. 29) est accessible à l'est par l'escalier en vis de la


tour hexagonale (fig. 25-27), à l'ouest par l'escalier similaire contenu
dans la tour circulaire (fig. 28). Chacun d'eux dessert une grande salle. Si
la partie sud bénéficie d'un éclairage optimal, grâce aux larges
ébrasements intérieurs des fenêtres, ce n'est pas le cas dans la partie nord,
où seules deux fenêtres éclairent au sud et à l'ouest le petit espace
correspondant à la cuisine. Un potager, un évier et des niches témoignent
encore de cet usage (fig. 29). Une large baie couverte d'un arc
segmentaire permet de joindre cette cuisine à la salle de la maison nord à
IA12JL0005-26 Tour est laquelle elle fut ajoutée, comme sa maçonnerie l'indiquait à l'extérieur
fenêtre à demi-croisée,
niveau intermédiaire 0/I.
(fig. 17). Des ouvertures bouchées témoignent d'un état antérieur de cette

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 9


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
partie nord, notamment une porte qui ne semble cohérente, située au
premier niveau du mur pignon nord (fig. 31), que dans le cas d'un
escalier extérieur, préalable donc à l'adjonction de la partie basse ajoutée
à l'extrémité nord, et peut être à la tour circulaire qui dessert la maison à
l'ouest. C'est donc trois états de la maison nord qui apparaissent ici et
c'est certainement au second état, couplé avec la tour au tournant des XVe
et XVIe siècles, qu'il faut rattacher la cheminée engagée dans le mur sud
IA12JL0005-32 Grande (fig. 32). Ses piédroits prennent la forme de colonnettes reposant sur des
salle nord, Cheminée
engagée dans le mur sud. bases circulaires ornées, sur les jouées, de profils de moulures
prismatiques. Le couvrement du manteau semble entourer les piédroits et
constituerait un faux manteau s'il n'était pas soutenu de l'intérieur par ces
derniers. En son centre est apposé un blason qui, reposant sur une peau
de bête, porte les lettres DC entrelacées (fig. 33) ; la deuxième lettre
pourrait correspondre à l'initiale du nom Calmettes. Cependant, nous
n'avons pas recensé de Calmettes à Grand Combe avant l'apothicaire
François Calmetttes, au début du XVIIe siècle. Les interprétations de
IA12JL0005-33 Grande salle
nord, Cheminée engagée dans cette cheminée en relation avec l'historique de la demeure sont donc
le mur sud, détail de
l'entablement : blason portant multiples. Soit un Calmettes est propriétaire de la demeure déjà dans la
les initiales DC. première moitié du XVIe siècle, selon les caractéristiques stylistiques de
la cheminée, mais il n'apparaît pas dans les cadastres. Soit entre 1565 et
1674, période sur laquelle, avant que François Calmettes n'apparaisse
comme propriétaire de la maison, nous ne sommes pas renseigné ; un
autre Calmettes aurait été propriétaire de celle-ci. L'apothicaire ruthénois
en aurait hérité dans le courant du XVIIe siècle, et peut-être autour de
1611, date à laquelle il achète un près à Grand Combe. Cependant, les
formes de la cheminée paraissent antérieures aux dates engendrées par
cette seconde hypothèse. Par ailleurs, l'acte notarié nous rapportant
l'achat par François Calmettes d'un près à Grand Combe en 1611, paraît
traduire une première implantation aux champs, aucune autre propriété
du signataire dans le lieu-dit, n'y étant mentionnée. Si cette question reste
posée et ne pourrait trouver une réponse que par la mise au jour d'écrits
du for privé, l'aménagement intérieur atteste l'hypothèse que l'analyse
extérieure nous permettait déjà de proposer, celle de la préexistence de

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 10


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
deux maisons, à peu près contemporaines, avant leur unification dans un
même bâti. En effet, s'ajoutent aux moyens de distribution autonomes
que constituent les tours d'escaliers est et ouest, les mêmes
aménagements domestiques dans chacune des parties sud et nord de
l'édifice actuel. Ainsi un potager (fig. 34), des cheminées et un évier se
retrouvent dans la partie sud. La cheminée sud, partageant le conduit de
celle de la maison nord et étant agrémentée d'un potager, indique la
IA12JL0005-34 Niveau I, grande
salle sud, le potager. présence de deux cuisines adjacentes ne laissant aucun doute quant à la
division de l'édifice actuel en deux maisons mitoyennes vers le XVIe
siècle. S'ajoutent à l'aménagement de cette salle des latrines (fig. 35),
voire un espace de toilette si l'on considère la dalle percée au sol (fig.
36), l'ensemble étant compris en retrait de la salle, à l'est, dans l'espace
ménagé par l'ébrasement de la fenêtre. Par leurs caractéristiques
stylistiques, les éléments d'aménagement de l'ancienne maison sud
témoignent également de deux états successifs de cette-dernière dont l'un
serait antérieur à l'état principal, situé autour du XVIe siècle. La

IA12JL0005-37 Niveau I, cheminée sud (fig. 37) semble contemporaine de celle de la salle nord,
grande salle sud, cheminée tant leurs caractéristiques stylistiques sont proches. Ses piédroits
engagée dans le mur nord.
également formés de colonnettes reposent sur des bases circulaires. Ils
soutiennent des chapiteaux campaniformes stylisés. Ces-derniers
supportent de l'intérieur un couronnement qui semble entourer les
piédroits. Les moulures prismatiques adoptent ici des angles plus
saillants que ceux de la cheminée nord. La partie haute du manteau a été
en partie restaurée. La cheminée qui se trouve dans la pièce sud, séparée
de la pièce médiane par une simple cloison, présente des formes
différentes de celles des deux autres cheminées (fig. 38). De dimensions
plus modestes, notamment au niveau de la largeur de son foyer, son
manteau se compose de piédroits flanqués de colonnettes, reposant sur
des bases cubiques et soutenant des petits chapiteaux à épannelages
également cubiques. Ces formes font davantage référence aux cheminées
médiévales antérieures à celles que nous connaissons dans les autres
IA12JL0005-38 Niveau I, maisons du Vallon et que nous situons entre la fin du XVe et le milieu du
pièce sud, cheminée engagée
dans le mur sud. XVIe siècle. Cette cheminée pourrait être antérieure au milieu du XVe

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 11


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
siècle et correspondrait à la cheminée d'une cuisine, puisque un évier se
trouve tout proche, dans le mur ouest.

Au niveau II, aménagé sous la charpente, une porte bouchée est


visible, comme au niveau I, dans le mur nord (fig.39).

L'analyse intérieure ne laisse aucun doute quant à l'existence de


deux maisons mitoyennes au tournant du XVIe siècle. Le fait que les deux
salles centrales disposent de cheminées semblables, caractéristiques de la
fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle et d'éléments mobiliers
appartenant à des cuisines, par ailleurs la distribution autonome de
chacune de ces salles, induisent bien deux propriétés mitoyennes et
distinctes au tournant du XVIe siècle. Cependant les maisons n'ont pas
toujours été mitoyennes au regard de l'analyse extérieure, notamment de
la maçonnerie et de la couverture de la partie médiane. Avant la fin du
XVe siècle donc, deux maisons séparées pouvaient exister. De cet état
ancien témoigneraient la cheminée méridionale et les portes bouchées du
mur nord de la maison septentrionale. C'est à l'unification des deux
maisons, au tournant du XVIe siècle, que l'on aurait ajouté dans la partie
médiane de l'édifice allongé, tours et cheminées. Cette distribution
double d'un édifice d'un seul tenant n'a de sens que dans le cas du partage
d'une même propriété entre deux membres, voire entre deux héritiers
d'une même famille. Les maisons ne correspondent plus qu'à une
demeure, celle de François Calmettes, apothicaire de Rodez, dans la
seconde moitié du XVIIe siècle.

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 12


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
Conclusion

Cette maison aux champs ruthénoise, appartenant à un apothicaire


de Rodez, François Calmettes, témoigne de la traduction foncière d'une
ascension sociale. A une première implantation aux champs succède
l'établissement en une demeure. Comme les autres maisons de Grand
Combe et de la vallée du Cruou voisine, à un phénomène statutaire,
s'ajoute une motivation de l'ordre du rapport, l'on parlera ici plus
spécifiquement d'une "maison de vignes" 11 . Agréable pour le séjour, la
propriété tire surtout sa valeur de la surface de parcelles plantées du
mansois 12 qui l'entourent. Ainsi les caves tiennent dans le bâti une place
considérable, l'aménagement et l'ornement étant réservés à quelques
éléments à l'intérieur de la demeure, aux cheminées notamment. A
l'extérieur, point d'allusion aux formes nouvelles de la Renaissance
pourtant affichées sur les façades des demeures urbaines de ces mêmes
propriétaires de maisons aux champs. Les tours, qui abritent les escaliers
en vis, semblent ici se jouer de leur fonction pour traduire, en adéquation
avec l'établissement aux champs et selon leurs formes particulières, une
certaine réminiscence seigneuriale.

11
Le terme fut employé distinctement par Raymond Noël pour un groupe de maisons du
Vallon de Marcillac composé principalement des demeures de Grands Combe et de
Cruou, et qui présentent les mêmes caractéristiques architecturales, définies par une
exploitation viticole dominante.
Raymond Noël, Les châteaux de l’Aveyron, Rodez, Subervie, 1978, 146 p. .
Le terme est lié à la bourgeoisie ruthénoise et à un phénomène de villégiature
particulier, lié aux vendanges auxquelles celle-ci s'adonnait et qui se poursuivait encore
au XIXe siècle, donnant lieu au souvenir sensible d'Alexis Monteil.
Amans-Alexis Monteil, Description du département de l'Aveyron, Rodez, 1802, tome 1,
p. 47-48.
12
Le monastère de Conques possède alors différentes terres en Europe, notamment au
nord de l’Espagne, en pays basque, d’où vient le cépage de Marcillac, que l’on retrouve
à Gaillac, à Madiran, et qui est appelé seulement dans le Vallon, mansois, signifiant en
occitan saumancé.
12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 13
XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
IV- Sources et Bibliographie

1- Sources

Sources manuscrites

Cadastres
A.D.A., 2 E 150 17, cadastre de Marcillac, XVIe siècle.
A.D.A., 2 E 150 18, cadastre de Marcillac, 1565.
A.D.A., 2 E 150 19, cadastre de Marcillac, 1674.
A.D.A., 21 P 1 1807 150, cadastre de Marcillac, états de sections, 1812.

Actes notariés
A.D.A, E 1541, 18 Juin1555.
A.D.A., E 1751, notaire Carrayron, 1611-1614.
A.D.A., notaire Séguret, 1853.
A.D.A., notaire Viguié, 1882-1883.

Sources graphiques

A.D.A. 22 P 150, plan cadastral de Marcillac, 1812.


Ministère du budget, plan cadastral de Marcillac, 2008.
J.-M. Jullian, plan au sol, niveau I.

2- Bibliographie

Noël Raymond, Dictionnaire des châteaux de l’Aveyron, Rodez,


Subervie, 1971-1972, t. I, 665 p., t. II, 680 p. .
Noël Raymond, Les châteaux de l’Aveyron, Rodez, Subervie, 1978,146
p. .

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 14


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009
Noël Raymond, Etat statistique des châteaux de L’Aveyron, Rodez,
Subervie, 1978, 140 p. .

Mouysset Sylvie, Le pouvoir dans la bonne ville, les consuls de Rodez


sous l’ancien régime, Rodez, S.L.S.A.A. ; Toulouse, Université de
Toulouse II-Le Mirail, 2000, 645 p. .

12 Marcillac, Grand Combe, Le vallon de Marcillac, demeures des 15


XVIe et XVIIe siècles, Julie Lourgant, 2009

Vous aimerez peut-être aussi