Chapitre 3: Réduction des endomorphismes
Dans tout le chapitre K = R ou K = C et E désigne un K−ev.
I) Eléments propres
1) Eléments propres d’un endomorphisme:
Déf: Soit u ∈ L(E) et λ ∈ K.
1) On dit que λ est une valeur propre de u s’il existe x ∈ E non nul tel que u(x) = λx.
Ce vecteur non nul est appelé un vecteur propre de u associé à λ.
2) Un vecteur x ∈ E est dit un vecteur propre de u s’il est un vecteur propre de u associé à une valeur
propre de u.
x x+y
Ex1: Soit f : R3 −→ R3 , y 7→ x + y .
z z
1) Montrer que 1 et 2 sont des
vp de
f et donner des vecteurs propres a et b associés resp à 1 et 2.
1
2) Les vecteurs a + b et c = −1 sont ils des − → de f .
vp
0
Réponse:
0 0 0
1)Soit a = 0 , f (a) = 0 = 1a et a = 0 6= 0 donc 1 est une vp de f et a est un − → de f
vp
1 1 1
associé à 1.
1 2 1
*)Soit b = 1 , f (b) = 2 = 2b et b = 1 6= 0 donc 2 est une vp de f et b est un − → de
vp
0 0 0
f associé à 2.
1 2
2) a + b = 1 , f (a + b) =
2 6= λ(a + b) pour tout λ ∈ R donc a + b n’est pas un − → de f .
vp
1 1
0
f (c) = 0 = 0c. De plus c 6= 0 donc c est un − → de f (associé à la vp 0 ).
vp
0
Ex2: Soit g : K[X] −→ K[X], P 7→ XP . L’endomorphisme g admet-il des valeurs propres?
Réponse: On suppose que g admet une vp λ. Alors ∃P ∈ K[X] non nul tel que g(P ) = λP .
On a XP = λP donc deg(P ) + 1 = deg(λP ) ≤ deg(P ). Absurde car deg(P ) ∈ N puisque P 6= 0.
D’où g n’admet pas des vp.
Ex3: Soit u ∈ L(E) et λ une vp de u. Montrer que ∀k ∈ N∗ , λk est une vp de uk .
Réponse: λ est une vp de u donc il existe x ∈ E non nul tel que u(x) = λx.
Montrons par récurrence que ∀k ∈ N∗ , uk (x) = λk x.
Pour k = 1 vrai.
Supposons que uk (x) = λk x.
uk+1 (x) = u(uk (x)) = u(λk x) = λk u(x) = λk+1 x.
Donc ∀k ∈ N, uk (x) = λk x.
1
et comme x 6= 0 alors ∀k ∈ N∗ , λk est une vp de uk .
Proposition: Soit u ∈ L(E) et λ ∈ K. Alors
λ est une vp de u si et ssi Ker(u − λid) 6= {0} si et sssi u − λid n’est pas injectif.
Lorsque ,E est de dimension finie, on a aussi
λ est une vp de u si et ssi u − λid n’est pas inversible si et ssi rg(u − λid) < dim E si et ssi
det(u − λid) = 0.
Déf: Soit u ∈ L(E) et λ une vp de u. Le sous espace Ker(u − λid) est appelé le sous espace propre
de u associé à λ. On le note Eλ (u).
Ex: Soit E = C +∞ (R, R) , ∀λ ∈ R, fλ : t 7→ eλt
et D :E −→ E,
f 7→ f 0
1) Soit λ ∈ R. Donner Ker(D − λid).
2) En déduire les éléments propres de D.
Réponse: 1) Ker(D − λid) = {f ∈ E, D(f ) = λf } = {f ∈ E, f 0 = λf } = V ect(fλ ).
2) On a ∀λ ∈ R, Ker(D − λid) 6= {0} donc λ est une vp de D.
D’où l’ensemble des vp de D est R.
Pour λ ∈ R, Eλ (D) = Ker(D − λid) = V ect(fλ ).
2) Propriétés des éléments propres:
p
P
Proposition 1: Soit u ∈ L(E) et λ1 , ..., λp des vp deux à deux distinctes de u. Alors Eλk (u)
k=1
est directe.
Preuve: On utilise le théorème de décomposition des noyaux (à voir).
Conséquence: Soit λ etβ deux vp distinctes de u alors Eλ (u) ∩ Eβ (u) = {0}.
Proposition 2: Soit u ∈ L(E). Toute famille (x1 , ..., xp ) des − → de u associés à des vp deux à deux
vp
distinctes est libre.
Preuve:
Soit (x1 , .., xp ) une famille des −
→ de u associés à des vp deux à deux distinctes.
vp
Pour chaque 1 ≤ i ≤ p, soit λi la vp associé à xi .
Pp
Soit α1 , .., αp ∈ K tel que αk xk = 0.
k=1
On pose yi = αi xi . Alors yi ∈ Eλi (u) ∀1 ≤ i ≤ p.
Pp Pp
yk = 0 et Eλk (u) est directe.
k=1 k=1
Donc yi = 0 ∀1 ≤ i ≤ p autrement αi xi = 0.
Or xi 6= 0 ∀1 ≤ i ≤ p et donc αi = 0 ∀1 ≤ i ≤ p.
Ex: Soit E = C +∞ (R, R) , ∀k ∈ N, fk : t 7→ cos(kt)
et D :E −→ E,
f 7→ f 00
1) Montrer que∀k ∈ N, D(fk ) = −k 2 fk .
2) En déduire que ∀n ∈ N, la famille (f0 , ..., fn ) est libre.
2
Réponse:
1) fk0 (t) = −ksin(kt), fk00 (t) = −k 2 cos(kt) donc fk00 = −k 2 fk et donc D(fk ) = −k 2 fk .
2) Soit n ∈ N.
On a ∀k ∈ N, D(fk ) = −k 2 fk et fk 6= 0E donc fk est un − → de D associé à la vp −k 2 .
vp
Donc la famille (f0 , ..., fn ) est libre car famille des −
→ de D associés à des vp deux à deux distinctes.
vp
3) Eléments propres des endomorphismes particuliers
*) Cas d’une homothétie:
Soit h = α id avec α ∈ K.
∀x ∈ E, h(x) = αx. Donc α est l’unique vp de h et Eα (h) = E.
*) Cas d’un projecteur et d’une symétrie:
L
Soit F et G deux sev de E tel que E = F G.
a) On note p le projecteur sur F parallèlement à G.
F = Im(p) = Ker(p − id) et G = Ker(p).
1er cas: Si F 6= {0} et F 6= E.
Ker(p − id) = F 6= {0} et Ker(p) = G 6= {0} donc 0 et 1 sont des vp de p.
E1 (p)F et E0 (p)L= G.
Comme E = F G, il n y a pas des autres vp.
2ème cas: Si F = E ( autrement p = id ) alors 1 est l’unique vp de p.
3ème cas: Si F = {0} alors G = E (autrement p = 0) et donc 0 est l’unique vp de p.
b) On note s la symétrie par rapport à F parallèlement à G.
F = Ker(s − id) et G = Ker(s + id).
1er cas : Si F 6= {0} et F 6= E.
Ker(s − id) 6= {0} et Ker(s + id) = G 6= {0} donc 1 et −1 sont des vp de s.
E1 (s) = F et E−1 (s) = G.
Il n y a pas des autres vp.
Ex: Soit n ≥ 2
ϕ :Mn (K) −→ Mn (K)
et .
M 7→t M
Montrer que ϕ est une symétrie et déduire ses vp.
Réponse: Soit M ∈ Mn (K), ϕ2 (M ) = ϕ(t M ) =t (t M ) = M donc ϕ2 = id et ϕ est une symétrie.
Comme ϕ est une symétrie alors les vp possibles de ϕ sont 1, −1.
Ker(ϕ − id) = {M ∈ Mn (K),t M = M } = Sn (K) 6= {0} donc 1 est une vp.
Ker(ϕ + id) = An (K) 6= {0} car n ≥ 2 donc −1 est une vp.
Conclusion: Les vp de ϕ sont 1 et −1.
4) Eléments propres d’une matrice carrée
Déf: Soit A ∈ Mn (K) et λ ∈ K.
1) On dit que λ est une valeur propre de A s’il existe X ∈ Mn,1 (K) non nul tel que AX = λX.
Dans ce cas,
*)le vecteur X est appelé un vecteur propre de A associé à λ.
*) le sous espace Ker(A − λIn ) = {X ∈ Mn,1 (K), AX = λX} est appelé le sous espace propre de A
associé à λ.
2) L’ensemble des vp de A est appelé le spectre de A. On le note Sp(A).
Propriétés: Soit A ∈ Mn (K) et λ ∈ K.
λ ∈ Sp(A) si et ssi Ker(A − λIn ) 6= {0}
si et ssi rg(A − λIn ) < n
3
si et ssi A − λIn ∈ / GLn (K)
si et ssi det(A − λIn ) = 0.
1 ... 1
.. .. 1
Ex1 Soit J = . .
∈ Mn (R) avec n ≥ 2 et U = . . . ∈ Mn,1 (R).
(1)
1
1 ... 1
1) Calculer JU et déduire que n est une vp de J.
2) Montrer que 0 ∈ Sp(J) et préciser dim E0 (J).
3) Vérifier que J 2 = nJ et déduire que Sp(J) = {0, n}.
1 ... 1
.. .. 1 n
Réponse: JU = . .
. . . = . . . = nU .
(1)
1 n
1 ... 1
On a JU = nU et U 6= 0 donc n ∈ Sp(J).
2) On a rg(J) = 1 < 2 ≤ n donc 0 ∈ Sp(J).
dim E0 (J) = dim Ker(J) =n− rg(J) = n − 1.
1 ... 1 1 ... 1 n ... n
.. .. .. .. .. ..
3) J 2 = . .
. . = . .
= nJ.
(1) (1) (n)
1 ... 1 1 ... 1 n ... n
On a d’après 1), {0, n} ⊂ Sp(J).
Soit λ ∈ Sp(J) alors il existe X ∈ Mn,1 (R) non nul tel que JX = λX.
J 2 X = JλX = λJX = λ2 X.
Or J 2 = nJ donc nJX = λ2 X c-à-d nλX = λ2 X ou encore λ(λ − n)X = 0.
Or X 6= 0 donc λ(λ − n) = 0.
D’où Sp(J) ⊂ {0, n}.
On déduit que Sp(J) = {0, n}.
Ex2 Soit A ∈ Mn (K) tel que (A − In )(A − In )2 = 0 (∗) et A 6= In .
Montrer que 2 ∈ Sp(A).
Réponse: Par absurde.
On suppose que 2 ∈/ Sp(A). Alors A − 2In ∈ GLn (K) et donc (A − 2In )2 ∈ GLn (K).
On multiplie par ((A − 2In )2 )−1 dans (*), alors A − In = 0 Absurde.
D’où 2 ∈ Sp(A).
P
Ex3: Soit A = (aij ) ∈ Mn (K) tel que ∀1 ≤ j ≤ n, |ajk | = 1,
k=1
x1
λ ∈ Sp(A) et X = ... un − → de A associé à λ.
vp
xn P
Montrer que ∀1 ≤ i ≤ n, |λxi | ≤ |aik ||xk | puis déduire que |λ| ≤ 1.
k=1
Réponse:
n
P
a1k xk
a11 . . . a1n x1
k=1
AX = ... .. .. .. = ..
.
. . . .
n
an1 . . . ann xn P
ank xk
k=1
Pn n
P
On a AX = λX donc ∀1 ≤ i ≤ n, |λxi | = | aik xk | ≤ |aik ||xk |.
k=1 k=1
4
L’ensemble {|x1 |, ..., |xn |} est fini non vide donc il existe 1 ≤ i0 ≤ n tel que |xi0 | = max1≤i≤n |xi |.
Pn
Pour i = i0 , |λxi0 | ≤ | |ai0 k ||xk |.
k=1
n n
P |xk | P
De plus |xi0 | > 0 car X 6= 0 donc |λ| ≤ |ai0 k | |x i |
≤ |ai0 k | = 1.
0
k=1 k=1
Remarque: Soit A ∈ Mn (K). Les éléments propres de A sont ceux de l’endomorphisme fA :
Mn,1 (K) −→ Mn,1 (K), X 7→ AX (c’est l’endomorphisme de Mn,1 (K) canoniquement associé à A).
Déf: Si E est de dimension finie et u ∈ L(E), l’ensemble des vp de u est appelé spectre de u. On
le note Sp(u).