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Cours sur le Chèque en Droit Ivoirien

Le chèque est un instrument de paiement qui permet à un tireur d'ordonner à une banque de payer une somme d'argent à un bénéficiaire. En Côte d'Ivoire, il est régi par le Règlement communautaire N°15/2002 et nécessite des conditions d'émission, de circulation et de paiement. L'émission d'un chèque requiert un compte bancaire et des aptitudes spécifiques, ainsi que des conditions de forme et de fond pour sa validité.

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Cours sur le Chèque en Droit Ivoirien

Le chèque est un instrument de paiement qui permet à un tireur d'ordonner à une banque de payer une somme d'argent à un bénéficiaire. En Côte d'Ivoire, il est régi par le Règlement communautaire N°15/2002 et nécessite des conditions d'émission, de circulation et de paiement. L'émission d'un chèque requiert un compte bancaire et des aptitudes spécifiques, ainsi que des conditions de forme et de fond pour sa validité.

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COURS DE DROIT

DES INSTRUMENTS
DE PAIEMENT ET DE CRÉDIT

1
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
LE CHÈQUE

2
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
CHAPITRE I : LE CHEQUE

Le chèque n’a pas de définition légale, toutefois, il peut être appréhendé comme un
titre écrit par lequel une personne, le tireur, donne l’ordre à un établissement bancaire
ou à un organisme qui lui est assimilé, le tiré, de payer à vue une somme d’argent
disponible au profit d’une troisième personne déterminée, le bénéficiaire ou le porteur.
Auparavant, le chèque était considéré comme un simple mandat de paiement,
donné sous une forme particulière, mais qui pouvait s’adresser à une personne quelconque.
Mais aujourd’hui, il constitue un titre délivré exclusivement sur un banquier ou sur un
organisme assimilé à la banque.
Le chèque est régit en Côte d’ivoire par le Règlement communautaire N°15/2002
du 19 septembre 2002 relatif aux systèmes de paiement dans les états membres de l’union
économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), en remplacement de la loi ivoirienne
du 4 septembre 1997 relative aux instruments de paiement, abrogée.
Ce Règlement présente le régime juridique du chèque à travers 87 articles 1. Toutefois,
la loi ivoirienne en la matière, reste en vigueur dans certaines de ses dispositions notamment
celles régissant les sanctions pénales2 en matière d’infractions relatives aux chèques.
Etudier le chèque revient à retracer son existence, c’est-à-dire à présenter les règles organisant
:
 l’émission (Section I) du chèque, qui passe par sa création soumise à différentes
conditions ;
 la circulation (Section II) du chèque, qui se matérialise par sa transmission d’une
personne à une autre ;
 les garanties (Section III) du chèque, pour faciliter son paiement ;
 le paiement (Section IV) du chèque et ses différentes modalités qui marquent sa
disparition.

1
De l’art. 43 à l’art.130 du Règlement relatif aux systèmes de paiement dans les états membres de l’union économique et
monétaire ouest africaine (UEMOA)
2
Art. 83 à 90 et 106 à 108 de la loi ivoirienne relative aux instruments de paiements

3
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION I : L’EMISSION DU CHEQUE
L’émission du chèque est soumise à un ensemble de règles. Ainsi existe-il des
exigences préalables (§ I) à son émission, accompagné de ses conditions de création (§ II). Le
chèque une fois émis créé des effets (§ III), quels sont-ils ?

§ I : Les exigences préalables à l’émission du chèque


Les exigences préalables à l’émission du chèque doivent s’entendre des conditions qui
doivent être auparavant remplies, pour obtenir le droit d’émettre un chèque. Ces exigences
résultent des articles 10, 43 et 45 du Règlement. Une lecture combinée de ses articles nous
enseigne qu’il faudrait d’une part, avoir nécessairement un compte bancaire (A) et d’autre
part, avoir les aptitudes requises à l’émission du chèque (B).

A- La nécessité d’avoir un compte bancaire


Pour émettre un chèque, il faut nécessairement avoir un compte bancaire. C’est en fait, ce
qui ressort de l’article 10 du Règlement qui dispose que : « la mise à la disposition d’au
moins un instrument de paiement entouré des sécurités nécessaires », fait partir des services
minimum de l’ouverture d’un compte bancaire. Pour mieux cerner cette exigence, il faut
savoir ce que renferme la notion de compte bancaire. En effet, il peut être appréhendé de deux
manières. Matériellement et juridiquement.
Matériellement, « un compte bancaire est un document comptable retraçant des
opérations, chaque opération étant considérée comme un article du compte. Plus
précisément, le compte bancaire est un tableau récapitulatif des créances et des dettes
réciproques entre deux personnes. Ainsi, le compte bancaire constate les opérations réalisées
par un banquier pour son client pendant une période déterminée et les exprime par des
valeurs inscrites, soit au crédit, soit au débit du compte. Au crédit, à droite, on inscrit toutes
les sommes dont le client est propriétaire : il s’agit des créances du client sur le banquier. Au
débit, à gauche, on inscrit les sommes dont le banquier est propriétaire : il s’agit des dettes
du client à l’égard de la banque. La troisième colonne est pour le solde. »3

Juridiquement, « le compte bancaire est la manifestation de la convention entre le


banquier et son client. Cette convention a un double objet : d’une part, elle fixe le cadre
des relations liant les parties ; d’autre part, elle est un instrument réglant des opérations

3
KAKALY Jean Didier, Cours de droit Bancaire dans l’espace UEMOA, p.66

4
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
multiples effectuées entre le banquier et son client.4». Selon la doctrine, « les comptes en
banque sont d’abord des conventions tendant à simplifier le règlement des créances qui
naissent entre les correspondants. Au lieu que ces créances soient réglées une par une, au
fur et à mesure de leur apparition, les comptes en font masse pour dégager leur somme
algébrique, qui seule sera exigible à la clôture.5»
Il existe différents types de comptes bancaires. Il y a les comptes de dépôts et les
comptes courants ; les comptes à vue et les comptes à termes ; les comptes individuels et
les comptes collectifs. Cependant, le Règlement précise la nature du compte qui donne
droit au service minimum dont fait partie la mise à disposition d’au moins un instrument de
paiement. La question qui mérite d’être posée à ce propos est la suivante : Seul le compte
de dépôt donne droit à un service minimum de mise à disposition d’instruments de
paiement ?
Une interprétation stricte et exégétique du Règlement prônerait une réponse
affirmative. En revanche, une interprétation téléologique appuyée par la pratique bancaire
nous impose d’avoir une réponse plutôt négative. Ainsi, contrairement à ce que l’on peut
croire, il est possible de créer des chéquiers à partir d’autres types de comptes bancaires.

B- L’aptitude à émettre un chèque


Toute personne titulaire d’un compte bancaire doit en principe avoir le droit de
demander un chéquier à son banquier et avoir également le droit d’émettre des chèques.
S’il pèse sur le banquier l’obligation de délivrer un chéquier à son client qui lui en fait la
demande, il lui incombe l’obligation de consulter les fichiers des incidents de paiement
avant de satisfaire à ladite demande. Car, il existe des hypothèses dans lesquelles certaines
personnes, même possédant un compte bancaire, sont privées d’émettre des chèques.
C’est le cas notamment des personnes qui sont frappées d’interdictions bancaires.
Cette autre exigence est l’œuvre de l’article 45 du Règlement. Ainsi, les personnes sous le
coup d’une interdiction bancaire ou judiciaire d’émettre un chèque, ne font pas parties de
celles dont la banque se doit de délivrer des chéquiers. La banque doit refuser
systématiquement de délivrer un chéquier à cette catégorie de client.
Cette exigence vise en effet un objectif, celui de la sécurisation de l’instrument de
paiement que constitue le chèque. Cet objectif se fait remarquer davantage au niveau des

4
Ibid.
5
Grua, « Qu’est-ce qu’un compte en banque ? », Rec. Dalloz, 1999, chronique, n°1, p.255, cité par KAKALY Jean Didier,
Cours de droit Bancaire dans l’espace UEMOA, p.66.

5
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
conditions de forme et de fond strictement organisées à laquelle est soumise la création ou
de l’émission du chèque.
§ II : L’émission du chèque

L’émission ou la création du chèque est soumise à différentes conditions. Il y a


d’un côté les conditions de forme (A) et de l’autre les conditions de fond (B).

A- Les conditions de forme du chèque


Le chèque est un document écrit (1) qui comporte certaines mentions (2). Elles
peuvent avoir un caractère obligatoire ou facultatif.
1- Le chèque, un écrit
Le chèque est un document écrit. L’art. 44 du Règlement prescrit que l’on doit se
servir uniquement que d’une formule déterminée ; soumise à une normalisation définit par
instruction de la BCEAO ou le cas échant par arrêté ministériel. Ainsi, un chèque établi sur
papier libre, sur une feuille quelconque, voire sur un autre support n’est pas valable. En
effet, les chéquiers sont établis sur des papiers standardisés comportant des lignes
magnétiques facilitant leur identification et leur traitement.
Cependant, il faut rappeler qu’en France et contrairement aux Etats de la zone
UEMOA, les chèques n’ont pas toujours été des écrits prédéfinis, imposés par les
institutions bancaires, et distribués par celles-ci. Il fut une période où les chèques sur
papier quelconque étaient valables6, à conditions de contenir toutes les mentions
importantes. Mais depuis que les banques en France ont eu la police de la délivrance des
formules, de moins en moins ils acceptent les chèques sur papier libre et se retrouvent de
plus en plus confinées dans la technique de formules standardisées.
Sur le terrain de la preuve, le chèque est un écrit pouvant valoir un commencement de
preuve par écrit à l’égard d’un non commerçant lors d’un litige commercial au profit du
commerçant. Le chèque n’est pas un écrit comme les autres. Il doit en effet, contenir un
certain nombre de mentions ayant le caractère soit obligatoire, soit facultatif.

6
Voir Com. 9 Février 1993, D. 1993, Somm. 316, obs. M. Cabrillac.

6
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
2- Les mentions du chèque
Le chèque est un titre formel. Il comporte des mentions prescrites par l’article 48 du
Règlement. Il indique les mentions sans lesquelles le document ne vaut pas comme chèque.
Ces mentions sont dites obligatoires (a). Aussi, existe-il des mentions qui peuvent
simplement figurer ou non sur le titre, elles sont dites mentions facultatives (b), car leur
absence n’entache en rien la validité du titre.
a- Les mentions obligatoires du chèque
Les mentions ou énonciations qui doivent figurer sur un chèque sont exhaustivement
énumérés par l’article 48 du Règlement. Ils sont au nombre de 6 (six), et sont les suivants :
 La dénomination du chèque, insérée dans le texte même du titre et exprimée
dans la langue employée pour sa rédaction ;
La « dénomination de chèque » doit être obligatoirement insérée dans le corps du titre.
En effet, elle permet d’éviter toute ambiguïté sur la nature du titre. En outre, cette
dénomination doit être exprimée dans la langue employée pour la rédaction du titre. Dans
le cas contraire, ce titre ne vaudra pas comme chèque mais pourra être admis comme une
simple reconnaissance de dette.
 le mandat pur et simple de payer une somme déterminée ;
Le « mandat pur et simple de payer une somme déterminée » et fixe, interdit la
stipulation d’intérêts, de conditions résolutoires ou suspensives qui annulent le titre. Ainsi,
un paiement soumis à une condition ou un terme est inopérant. Par ailleurs, la somme
déterminée signifie que cette somme doit être énoncée sur le titre de manière précise. Pour
respecter cette exigence, le Règlement en son article 56 indique que la somme déterminée
doit être écrite à la fois en toute lettres et aussi en chiffres ; en cas de différence entre ces
deux indications, le chèque vaut pour la somme écrite en toute lettre.
 le nom de celui qui doit payer (tiré) ;
 l'indication du lieu où le paiement doit s'effectuer ;
 l'indication de la date et du lieu où le chèque est créé ;
La « date d’émission » et le « lieu d’émission » ont une importance capitale. C’est à
partir du premier que la computation des délais de présentation au paiement et des recours
commence à courir. Elle permet d’apprécier la capacité du tireur, l’existence de provision
et les pouvoirs de celui qui émet le titre. Le second quant à lui, présente un double intérêt.
D’une part la détermination la loi applicable et d’autre part, dans la détermination du délai
de présentation qui varie en fonction du lieu d’émission du titre.
 la signature manuscrite de celui qui émet le chèque (tireur).

7
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
La « signature du tireur doit être manuscrite » ce qui signifie que tout procédé non
manuscrit tel que la signature à la griffe, les cachets et les timbres sont interdits par le
Règlement. Cette technique permet de se rassurer qu’il s’agit bien du client et du titulaire
du compte chèque. En fait, une confrontation de cette signature manuscrite est opérée avec
le spécimen de signature que le banquier recueille auprès de ce client à l’ouverture de son
compte.
b- Les mentions facultatives
Le chèque peut comporter des mentions non imposées par l’article 48 du Règlement ;
elles émanent exclusivement de la volonté des parties, (le banquier, son client et les
endosseurs). Il faut faire remarquer que, ces mentions dites facultatives trouvent leur siège
dans divers articles du Règlement et peuvent se rapporter à d’autres opérations telles que la
domiciliation, l’aval... A ce propos, les clauses les plus fréquemment admises sont les
suivantes :
 Les mentions relatives à la désignation du bénéficiaire ;
 Les mentions relatives à l’avalisation ;
 Les mentions relatives aux clauses contre document ;
 Les mentions relatives aux clauses non à ordre ou interdisant l’endossement ;
 Les mentions relatives aux clauses de retour sans frais ou clause sans protêt ;
 Les mentions relatives aux clauses de domiciliation ;
 Les mentions relatives aux clauses attributives de compétence ;
 Les mentions relatives aux clauses contre documents par laquelle on crée un
chèque documentaire, analogue à la traite documentaire, et qui est également
rare.
Mais, il existe certaines mentions facultatives qui demeurent interdites. Il en ait
notamment d’une clause inscrite par le tireur qui lui permettrait de s’exonérer de sa
garantie de paiement. Une clause qui exclurait cette garantie est réputée non écrite. Par
ailleurs, l’acceptation du tiré est interdite et non écrite.

8
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
B- Les conditions de fond
Les conditions de fond à respecter à l’occasion de l’émission du chèque se résument
aux exigences de fond qui incombent aux parties (1) et à celle de liée à l’existence de
provision (2) avant ou au moment de l’émission.

1- Les exigences de fond


Le chèque étant une opération mettant en rapport trois parties, il convient d’analyser
ses différentes conditions de fond à leurs égards. Ainsi, nous étudierons celle du tireur (a),
du tiré (b) et du bénéficiaire (c).

a- Le tireur
A l’instar de tous les actes juridiques, l’émission du chèque requiert la présence d’un
consentement valable, d’une capacité, et d’une cause licite.

 Ainsi, le tireur qui souhaite émettre un chèque doit le prouver en manifestant son
consentement par l’apposition de sa signature manuscrite sur le titre. Ce consentement doit
être exempt de vice (erreur, dol et violence). En cas de fausse signature apposée sur un
chèque volé ou perdu, le tiré dépositaire des fond n’est pas libérée à l’égard du tireur s’il
s’en dessaisi sur présentation d’un titre qui ne contient pas un consentement conforme à
celui de ce dernier. Toutefois, la banque pourra invoquer pour sa défense, la faute du
tireur, qui n’a pas surveillé son chéquier et n’a pas eu la diligence de signaler sa perte, son
vol ou son détournement.

 Le chèque n’étant pas un acte de commerce par la forme, la capacité


commerciale n’est pas requise pour son émission, à la différence de la lettre de change et le
billet à ordre.
Les mineurs non émancipés, frappés d’interdiction générale d’exercice mais ayant la
capacité de jouissance, ne peuvent ni émettre un chèque, ni l’encaisser. Les mineurs
émancipés par contre peuvent tirer des chèques, car ils sont assimilés aux majeurs. Pour les
majeurs incapables, ils sont privés d’émettre un chèque à condition d’être soit assisté (en
cas de curatelle), autorisé par justice (en cas de tutelle) ou représenté. En matière
d’incapacité, même le porteur de bonne foi n’est pas protégé par la règle de
l’inopposabilité des exceptions. Aussi, la signature d’une personne incapable ne l’engage

9
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
pas cambiairement, ce qui est sans conséquence sur les autres signatures des personnes
capables apposées sur le titre, ici prévaut la règle de l’indépendance des signatures.

La femme mariée est devenue pleinement capable depuis la loi N° 83-800 du 2 Aout
1983 modifiant la loi N° 64 -375 du 7 octobre 1964 relative au mariage en Côte d’ivoire.
Conséquemment, elle a acquis une autonomie financière7. Elle peut donc accomplir
librement toutes les opérations liées à son compte chèque.
Le chèque peut être tiré pour le propre compte du tireur. Aussi arrive-t-il des
hypothèses où il est tiré pour le compte d’un tiers. C’est généralement le cas des chèques
émis par les personnes morales. Il est toujours tiré par des mandataires, en cas de
dépassement ou absence de pouvoir, le mandataire signataire du chèque est
personnellement engagé cambiairement. La banque peut agir contre ce mandataire
indélicat sur la base de l’action de l’enrichissement sans cause et ou de la répétition de
l’indu. Et cela sans préjudice de sa responsabilité civile et pénale.
 L’engagement du tireur doit avoir une cause et cette dernière doit être licite.
Celle-ci est constituée par la valeur fournie par la créance du bénéficiaire sur le tireur.
Toutefois, il peut arriver qu’un chèque soit émis pour une cause illicite. Dans ces cas, le
chèque doit être en principe nul. Un tel chèque est cependant valable à l’égard du porteur
de bonne foi. Ainsi, nous devons conclure que l’exception d’absence de cause ou de cause
illicite est opposable qu’au porteur de mauvaise foi.
b- Le tiré
Dans notre législation, seuls les banquiers ou les organismes qui leurs sont
assimilés sont aptes à avoir la qualité de tiré. Cet impératif est posé par l’art. 42 du
Règlement. En plus, l’art. 50 al.2 renchérie en affirmant que « Les titres tirés, et payables
dans l’un des Etats membres de l’UEMOA sous forme de chèques, sur toute autre
personne que celles visées au premier alinéa du présent article ne sont pas valables
comme chèques. »
c- Le bénéficiaire
Le chèque est émis signifie que celui-ci est créé et son créateur, le tireur, s’en ait
dessaisi au profit du bénéficiaire. Le bénéficiaire, c’est celui au profit duquel le chèque est
créé. La désignation de ce dernier lors de la création du chèque peut prendre divers
modalités.

7
Voir l’art.66 de la loi N°64-375 du 7 oct.1964 relative sur le mariage modifié par les lois N° 83- 800 du 2 aout 1983 et du
25 janvier 2013.

10
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Ainsi avons-nous les chèques à ordre, qui sont des chèques qui sont à personne
dénommée ou à l’ordre de ce dernier. Les chèques nominatif, qui sont des chèques à
personne dénommée ou au porteur ne comportant pas de clause à ordre ou comportant des
clauses non à ordre. Les chèques au porteur ou chèques en blanc. Les chèques au porteur
sont ceux sur lesquels cette clause y figure (les chèques au porteur), ou soit que le titre
porte le nom d’une personne précise. Les chèques en blanc quant à eux, sont ceux qui ne
portent aucune mention relativement au bénéficiaire et appartient par voie de conséquence
à la personne détentrice qui peut en réclamer le paiement.
Le bénéficiaire doit avoir la capacité et la qualité de recevoir un chèque. Les
incapables, c’est-à-dire les mineurs non émancipés et les majeurs incapables sont en
principe inapte à recevoir le paiement que le chèque est destiné à réaliser.
Mais ici, pour le cas du mineur non émancipé, il faut s’interroger sur la nature de
l’acte de réception du chèque. Est-il un acte conservatoire, d’administration ou de
disposition ? C’est évidemment pas un acte de disposition car ne permettant pas la sortie
d’un bien du patrimoine de ce dernier. Or, selon l’art.33 de la loi N°70-483 du 3 Aout 1970
sur la minorité, le mineur peut accomplir tout seul tous les actes que son représentant légal
aurait pu lui-même faire seul. En la matière, les actes de disposition sont opposés aux actes
d’administration. Ainsi, si les premiers appauvrissent le patrimoine du mineur, les seconds
l’enrichissent. Un mineur peut donc valablement recevoir le paiement du chèque. Encore
que, le droit ivoirien autorise le mineur de 18 ans révolu à conclure seul et rompre ses
contrats de travail. S’il reçoit son salaire par un chèque, il doit normalement pouvoir le
présenter au paiement.
En ce qui concerne les majeurs incapables, seul les prodigues et les faibles d’esprit
peuvent valablement recevoir un chèque et le présenter au paiement. Les interdits
judiciaires et aliénés internés, doivent être représenté par un tuteur. Ils sont par conséquent
inaptes à recevoir un chèque. La femme mariée quant à elle, peut être bénéficiaire d’un
chèque.
Une même personne peut cumuler les qualités de tireur et de bénéficiaire. Tel est le
cas du titulaire d’un compte qui tire un chèque sur son compte pour s’en faire remettre le
montant. C’est l’hypothèse des chèques de dépannages ou quand le client de la banque à
une dette envers elle et, décide de la payer par chèque. Si ces chèques demeurent valables,
ils posent le problème de savoir si l’on peut leur appliquer les sanctions prévues pour les
cas de chèques sans provision. Les sanctions en la matière qu’ils soient civiles, ou pénales

11
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
sont transposables à cette situation. C’est la position de la jurisprudence 8 française. Motif
pris de ce que, le chèque en question a été émis et que, systématiquement la provision a été
transmise au bénéficiaire. Et qu’en outre, la présentation du titre au banquier tiré est
suffisante à constituer l’élément matériel de l’infraction de chèque sans provision.
Nous ne partageons pas cette solution. Car, s’il y a la réalisation de l’élément matériel, il
semble évident que l’élément moral de cette infraction soit très difficile à établir. Aussi
pensons-nous que l’analyse de la mauvaise ou bonne foi devrait en principe être prise en
compte. En fait, le plus souvent le client ne connait pas exactement le solde de son compte.
Il pourra émettre des chèques au profit de son banquier qui peuvent être à l’occasion
insuffisamment fournis ou dont il n’y a tout simplement pas de provision.

2- Les exigences liées à la provision


La provision est nécessaire (b) à l’émission d’un chèque, même si elle n’a pas de
conséquence sur sa validité. Survient la question de sa propriété (c) dès que le chèque est
émis. Mais qu’est-ce que la provision en elle-même (a) ?
a- La notion de provision
La provision est définit comme une créance de somme d’argent du tireur du chèque
sur le banquier tiré. C’est ce que l’on peut déduire de l’art.50 du Règlement. Le tiré étant
nécessairement un banquier ou un organisme qui lui est assimilé, la créance est la somme
d’argent que le client a sur son banquier. Il s’agit donc des fonds dont le tireur peut
disposer à partir de son compte en banque. La provision peut être constituée par la remise
d’espèce auprès du banquier, par dépôt de monnaie métallique, fiduciaire ou virement.
La remise d’un chèque ne suffit pas à constituer une provision. C’est pareil pour les
cas de remise d’effet de commerce. Bien que l’art.50 du Règlement ne le précise pas, la
constitution de la provision doit être préalable ou concomitant à l’émission du chèque. Cela
fait savoir que la provision est nécessaire à l’émission du chèque.
b- La nécessité de la provision
Le chèque étant payable à vue, la provision doit exister pendant que le chèque est en
train d’être tiré. En fait, le bénéficiaire peut le présenter systématiquement au paiement
après qu’il ait reçu.
La provision en plus d’exister doit être certaine, liquide et exigible. Elle doit être
disponible en d’autres termes. Aussi, les fonds disponibles doivent être supérieurs ou
égaux au montant inscrit sur le titre. Ici, la question de l’intégralité ou la partialité de la
8
Cass. Crim., 4 novembre 1972, D.1973, 224, note CREMIEUX, JCP, 1973, II, 17336, note GAVALDA.

12
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
provision se pose. Le tiré doit-il dans ce cas payer le titre tiré sur un compte
insuffisamment fourni ?
En effet, une provision insuffisante est sanctionnée en principe de la même manière
qu’une provision absente. En réalité, l’existence de la provision ne constitue pas une
condition de validité du titre. C’est une obligation qui ne conduit pas à la nullité du chèque,
mais plutôt à des sanctions civiles et pénales. La provision doit être maintenue sur le
compte tant que celui-ci n’a pas été encaissé. A qui revient la propriété de la provision une
fois le chèque émis ?
c- La propriété de la provision
Il est interdit au tireur de retirer ou de bloquer les fonds après l’émission du chèque.
Ainsi, s’il a le devoir d’approvisionner le compte, il en a le droit d’en disposer selon les
clauses du contrat de compte qui lie le tireur et le tiré. Dès l’émission du chèque, le tireur
perd la propriété du montant inscrit sur le titre. Le bénéficiaire devient immédiatement
créancier du banquier pour le montant du chèque. Conséquemment, en cas de redressement
judiciaire du tireur, le chèque tiré par lui n’en subira aucune conséquence. Les créanciers
du tireur ne peuvent donc plus appréhender ces fonds. Ils ne peuvent plus bloquer la
provision.
Toutefois, il peut demander au tiré de ne pas payer le bénéficiaire par le
mécanisme de l’opposition. Pour faire cette opposition, il faut respecter les conditions de
formation d’une opposition entre les mains du tiré.

13
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION II : LA CIRCULATION DU CHEQUE
Le chèque une fois émis peut faire l’objet de présentation pour paiement ou peut faire
l’objet de circulation, c’est-à-dire une transmission de personne à personne. Cependant, s’il
existe des chèques qui ne sont pas transmissibles mais cessibles (§ I). Ceux qui sont
transmissibles peuvent l’être selon différents modes (§ II).

§ I : Les différents formes de transmission du chèque


Selon l’art. 62 du Règlement, les clauses que comportent les chèques ont une
importance capitale dans la détermination de la transmissibilité (A) et la cessibilité (B).

A- Les chèques transmissibles par endossement


En l’absence de définition légale de l’endossement, on peut l’appréhender comme
le mode de transmission par excellence des effets de commerce. C’est une technique de
transmission commerciale qui s’oppose à la transmission civile caractérisée par un
formalisme exigent. C’est un mode de transmission par remise du titre avec mention
inscrite à son dos.
L’art.65 du Règlement dispose que « L'endossement doit être inscrit sur le chèque
ou sur une feuille qui y est attachée (allonge). Il doit être signé par l'endosseur. La
signature de celui-ci est apposée, soit à la main, soit par tout procédé non manuscrit. »
Un chèque transmissible par endossement est donc un chèque qui peut être transmis
par simple tradition matérielle, c’est-à-dire par une simple remise précédée d’inscription
préalable au dos du chèque. Les chèques transmissibles par endossement sont ceux qui
ne comportent pas une clause « non à ordre », « non endossable » et ou toute autre
mention analogue. Ainsi, un chèque estampié de l’une de ces mentions sus-énumérées
serait intransmissible par endossement.
Toutefois, ceux qui portent la mention du nom du bénéficiaire sont transmissibles
même si la mention « à ordre » ou toutes autres mentions analogues n’y figurent. Etant
malgré tout un titre de créance, il peut être céder par le mécanisme orthodoxe de la cession
civile de créance s’il comporte les clauses « non à ordre », « non endossable » et ou toute
autre mention analogue.
B- Les chèques transmissibles par la voie de cession de créance
Au terme de l’art. 62 du Règlement l’ensemble des chèques stipulés payables au
profit d'une personne dénommée avec la clause « non à ordre », « non endossable » ou une
clause équivalente n'est transmissible que dans la forme et avec les effets d'une cession

14
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
ordinaire. Cette forme de cession obéit aux règles de l’art.1690 du code civil. Ainsi, il est
obligatoire que le cessionnaire et le cédant du titre satisfassent aux règles de procédure, de
publicité et d’opposabilité prescrites par le code civil en la matière.
Les chèques qui peuvent être transmis peuvent l’être à travers divers techniques
d’endossements. Quelles sont les différentes modalités de l’endossement ? Quelles sont les
conditions à réunir pour entreprendre un endossement ? Quelles en sont ses effets ?
§ II : L’endossement du chèque
Il y a plusieurs types d’endossement. Nous avons les endossements translatifs (A)
qui transfert la propriété du titre, et les endossements de procuration (B), les
endossements pignoratifs (C) qui ne transfert pas la propriété.
A- L’endossement translatif du chèque
L’endossement translatif est un endossement qui permet le transfert en pleine propriété
du titre. Dans un tels cas, l’endosseur transmet le titre à l’endossataire. La transmission
d’un chèque par endossement translatif obéit à des conditions (1) et créé des effets (2) à
l’égard de ses deux parties.
1- Les conditions requises pour l’endossement translatif
Les exigences à respecter pour transmettre un chèque par endossement translatif se
divisent en conditions de fond (a) et de forme (b).
a- Les conditions de fond
Les conditions de fond sont relatives aux parties à la convention d’endossement et à
l’étendue de ce type d’endossement.
 Le tireur, le bénéficiaire et tiré
Le tireur, le bénéficiaire peuvent être endosseur d’un chèque. Contrairement au tiré qui
peut avoir cette qualité qu’à certaines conditions. En effet, l’art.64 du Règlement précise
les cas où le tiré peut utiliser la technique de l’endossement translatif.
 L’étendue de l’endossement
L’endossement ne doit ni être partiel, ni soumis à conditions. Il doit être pur et simple
selon les termes de l’art. 64 du Règlement. Ainsi, toutes clauses qui prêteraient à confusion
et qui rendraient l’endossement translatif partiel ou soumise à une condition quelconque est
réputée non écrite
b- Les conditions de forme
Les conditions de forme sont régit par l’art.65 du Règlement. Il dispose en effet
que : « L'endossement doit être inscrit sur le chèque ou sur une feuille qui y est attachée

15
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
(allonge). Il doit être signé par l'endosseur. La signature de celui-ci est apposée, soit à la
main, soit par tout procédé non manuscrit. L'endossement peut ne pas désigner le
bénéficiaire ou consister simplement dans la signature de l'endosseur (endossement en
blanc). Dans ce dernier cas, l'endossement, pour être valable, doit être inscrit au dos du
chèque ou sur l'allonge. ». Il ressort de cet article que l’endossement translatif peut être :

 A personne déterminée, l’endosseur remplit le blanc avec le nom du


bénéficiaire ;

 En blanc, l’endosseur ne désigne pas le bénéficiaire et signe simplement sur le


titre ;

 Au porteur, l’endosseur remet le titre à un tiers sans remplir le blanc et sans


l’endosser.

2- Les effets de l’endossement translatif


Les effets de l’endossement translatif sont multiples. Ils sont relatifs au transfert des
droits émanant du chèque (a), à la solidarité des différents endosseurs ou signataires (b), et
à l’inopposabilité des exceptions (c).
a- Le transfert des droits émanant du chèque
Au terme de l’art. 66 de Règlement, dispose que : « l’endossement transmet tous les
droits résultant du chèque et notamment le transfert de la provision ». En d’autres termes,
l’endossataire et ou le dernier porteur du chèque dévient le propriétaire de la provision
entre les mains du tiré et celui-ci devient donc son créancier. Il faut rappeler que
l’endossement partiel est interdit et que le transfert de la provision est immédiat.
En conséquence, le banquier doit payer le porteur même si le tireur venait à décéder ou
s’il devenait incapable. Aussi admettons-nous que le chèque doit être payé par le tiré même
si le tireur est soumis à une procédure collective d’apurement du passif et cela même si ce
dernier chèque est présenté après le jugement d’ouverture de ladite procédure. Enfin, le
principe du transfert systématique de la provision devrait permettre à l’endossataire de se
faire payer en premier s’il venait à être en concours avec d’autres créanciers sur le montant
de la dite provision.
Cependant, le banquier ne sachant pas dans la majeure partie des cas qu’un chèque a
été tiré sur lui à une période précise, ne pourra pas bloquer une provision au profit du plus
ancien détenteur d’un chèque. Le porteur ne pourra donc pas reprocher au banquier d’avoir
payé un chèque émis après le sien avec des fonds qui juridiquement lui appartenait.

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Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Mais une question importante serait de savoir, si le tiré a connaissance de l’émission
d’un chèque au profit d’un individu, pourrait-il refuser de payer un autre porteur d’un
chèque sur le même compte pour des raisons tenant au blocage des fonds disponible au
profit du plus ancien des porteurs en cas d’insuffisance de provision ?
La réponse à cette interrogation divise la doctrine. Les règles relatives au visa, à la
certification et à l’opposition semblent résoudre l’équation. En effet, si le porteur utilise
l’un de ces moyens, le banquier est tenu d’agir selon la règlementation. Mais, en vertu de
la propriété de la provision, le tiré informé doit nécessairement bloquer les fonds en
principe.
b- La solidarité des endosseurs successifs du chèque
L’endossement rend tous les futurs endosseurs solidairement responsables. Ce principe
est déduit de l’art.67 du Règlement. On peut voir également à travers cette solidarité, le
principe de l’indépendance des signatures. Cependant, cette solidarité n’est pas d’ordre
public, car l’endosseur peut spécifier qu’il n’est pas garant du paiement du titre en y
insérant une « clause de nul endossement ».
Mais, une telle clause interdirait-elle un endossement du titre ? La réponse est
négative, elle détruirait simplement la solidarité et la garantie de paiement que les
endossements créeraient.
c- Le principe de l’inopposabilité des exceptions du chèque
Ce principe posé par l’art. 71 du Règlement signifie que le tiré ou éventuellement
tout signataire du titre à qui l’on réclamerait le montant, ne peut opposer au porteur des
exceptions fondées sur ses rapports personnels avec le tireur ou avec un précédant porteur.
Le Règlement dispose donc que : « Les personnes actionnées en vertu du chèque ne
peuvent pas opposer au porteur les exceptions fondées sur leurs rapports personnels avec
le tireur ou avec les porteurs antérieurs, à moins que le porteur, en acquérant le chèque,
n'ait agi sciemment au détriment du débiteur. »
Les exceptions inopposables restent exclusivement les rapports personnels. Que
devons-nous entendre par rapports personnels ? Ils peuvent être constitués par l’erreur du
débiteur, l’illicéité de la cause ou de la résolution du contrat ou de la relation fondamentale
que le chèque est destiné à éteindre.
De la lecture de cet article, il ressort que ce principe admet des exceptions. Ainsi,
lorsque le porteur de chèque est de mauvaise foi, l’art.71 lui est inapplicable. Le porteur est
jugé de bonne foi s’il n’a pas délibérément acquis le titre en sachant qu’il agirait
sciemment au détriment du débiteur. Aussi l’inopposabilité ne vise-il pas les irrégularités

17
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
de pure forme du titre, encore moins les exceptions liées à l’incapacité, aux fausses
signatures, et à celle pouvant exister entre porteur et la personne actionnée ou poursuivie
en paiement.
B- L’endossement de procuration du chèque
L’endossement de procuration est un type d’endossement non translatif, il est présenté
par l’art.72 du Règlement. C’est un mécanisme par lequel toute personne peut être
mandatée de recouvrer des fonds chez un tiré, même si la pratique laisse croire que seuls
les banquiers peuvent être endossataire par procuration.
Ce type d’endossement obéit à des conditions (1) et admet des effets (2) à l’instar des
autres formes d’endossements.
1- Les conditions requises pour l’endossement de procuration
Il existe en la matière des conditions de fond (a) et d’autres relatives à la forme (b).
a- Les conditions de fond
Toutes personnes susceptibles de signer un contrat de mandat peut être soit
l’endosseur ou l’endossataire par procuration. C’est un acte d’administration et non de
disposition. Les conditions de sa réalisation sont donc moins rigoureuses. Ainsi, même si la
pratique laisse constater que seuls les banquiers sont capables d’être des endossataires de
procuration, il en demeure pas moins vrai que les personnes autres que celles-ci peuvent
l’être. Il nous parait important de souligner que l’interdiction d’endossement d’un titre ne
saurait être valable lorsqu’il s’agit d’un endossement par procuration. En d’autres termes,
les chèques non endossables peuvent faire l’objet d’endossement de procuration
valablement9.
b- Les conditions de formes
Relativement aux conditions de forme, l’existence de la signature de l’endosseur et la
mention indiquant le caractère de procuration de l’endossement sont nécessaires. En effet,
l’art.72 du Règlement énumère non exhaustivement les mentions suivantes devant figurer
sur le titre : « Valeur en recouvrement », « Pour encaissement », « Par procuration » et
précise que toutes autres clauses impliquant un simple mandat seraient valables. Quid des
effets d’un tel mécanisme ?

9
KAKOU Alain Claude, Droit commercial, Instrument de paiement, Droit des entreprises en difficultés, ABC, p. 35.

18
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
2- Les effets de l’endossement de procuration
Comparativement aux effets de l’endossement translatif, l’endossataire de procuration
ne bénéficie pas des inopposabilités des exceptions. On peut ainsi dire que l’endossement
de procuration n’entraine pas la purge des exceptions. Ainsi, l’endossataire à titre de
procuration (mandataire), peut donc se voir opposer les mêmes exceptions que celles qui
auraient été opposées à son endosseur (le mandant).
Le porteur peut en outre exercer tous les droits émanant du chèque, mais ne peut
endosser le chèque qu’à un titre non translatif, précise l’art.72 du Règlement, notamment
en l’endossant par procuration. La particularité majeure des effets de ce type
d’endossement reste sa spécificité relative à la survivance de ce mandat même après le
décès et ou après la survenance de l’incapacité du mandant. Toutes choses qui rendent
différentes les causes prévues par l’art.2003 du code civil sur la question du terme du
mandat.
L’endossataire se doit de présenter le titre pour paiement dans un délai raisonnable et
agir en bon père de famille car les règles du mandat lui son applicable. Enfin, les recours
cambiaires doivent être préservées par l’endossataire, c’est-à-dire qu’il doit faire dresser un
protêt faute de paiement et en informer l’endosseur que le chèque n’a pu être payé.
C- L’endossement pignoratif du chèque
L’endossement pignoratif est un endossement qui consiste pour un porteur qui veut se
procurer des fonds sans se dessaisir de la propriété du chèque, à la remettre en gage. Ce
mode d’endossement se fait par l’inscription des mentions suivantes : « Valeur en
garantie », « Valeur en gage » ou toutes autres mentions qui impliquent un nantissement.
Le Règlement n’a pas fait cas de ce type d’endossement du chèque.
Toutefois il demeure possible. En pratique, cette catégorie d’endossement est
difficilement réalisable en raison du fait que le chèque est un titre à vie très brève et est
payable à vue. Dans le cas de l’existence d’un tel endossement, les règles relatives à
l’endossement pignoratif de la lettre de change lui sont applicables.

19
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION III : LES GARANTIES DE PAIEMENT DU CHEQUE
Le chèque nous le savons est un titre payable à vue. Soumis à un formalisme
rigoureux, au niveau de sa création et de sa circulation, le législateur ne s’est pas arrêté là, il a
également protégé le paiement du chèque à travers des mécanismes de garanties. Aussi n’est-
il pas interdit aux parties intéressées par le titre d’entrevoir des garanties conventionnelles. Il
existe des garanties que l’on pourrait qualifier de légale car ayant les même finalités que
celles traités dans cette partie du cours. Nous pouvons énumérer à cet effet la règle de la
solidarité et celle de l’inopposabilité des exceptions. Elles visent toutes à faciliter le paiement
du chèque.
Grâce à la solidarité, le tireur qui n’arrive pas à avoir le paiement du titre en le
présentant au tiré, peut se retourner contre l’un quelconque des signataires du chèque. En ce
qui concerne l’inopposabilité des exceptions, le porteur ou du moins, celui de bonne foi, est à
l’abri de se voir opposer les exceptions fondées sur des rapports personnels des personnes
actionnées en vertu du chèque, avec le tireur ou l’un des porteurs successifs du titre.
Au rang des garanties légales prévue par le Règlement, nous avons le visa du chèque
(§ I), la certification du chèque (§ II), l’aval du chèque (§ III) et enfin la garantie que confère
la carte de garantie (§ IV).
§ I : Les chèques visés
Au terme de l’art.77 du Règlement, « le visa du chèque est une garantie de l’existence
de la provision au moment où il est apposé sur le chèque. » Si le banquier est tenu
d’apposer le visa en cas de provision, il n’est cependant pas tenu de la bloquer provision.
En d’autres termes, le visa est un mécanisme qui permet de prouver l’existence de
provision au moment de l’émission du titre. De façon formelle, le visa se fait par
apposition de la date et la signature du banquier. L’intérêt qu’elle présente est minime dans
la mesure où le banquier n’est pas tenu d’immobiliser la provision existante. En plus, le
chèque est sensé être tiré toujours sur un compte provisionné, ainsi la pertinence de cette
garantie est quasi nulle. C’est un procédé juridique théorique qui n’a pas de véritables
effets dans la pratique. Quid de la certification ?
§ II : Les chèques certifiés
Il est régit par l’art.78 du Règlement. Il est autorisé qu’avec un accord écrit du tireur.
Contrairement au cas du visa du chèque, le banquier est obligé de bloquer la provision dans
le cas d’une certification. Et cela jusqu’à l’expiration du délai de présentation au paiement.

20
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
De façon concrète, la certification se résume en l’apposition d’une formule contenant
quatre (4) indices :
 la date de la certification,
 le montant pour lequel le chèque est tiré,
 la désignation de l’établissement tiré,
 la signature du tiré.
L’ensemble de ses mentions doivent être apposées par un procédé mécanique de
marquage ou d’impression indélébile offrant toute garantie de sécurité. Une question reste
de savoir si le tiré doit ou non payer, avec la provision bloquée, les chèques émis
antérieurement, pour lesquels le transfert de la provision a normalement déjà eu lieu. Si
l’on retient une réponse négative, des chèques antérieurs pourraient être rejetés pour
provision insuffisante, faute de pouvoir tenir compte des sommes figurant sur le compte
mais bloquées par la certification.

§ III : Les chèques garantis par un aval


L’aval est un cautionnement, une sûreté personnelle. Elle a pour but de garantir une
partie ou le tout du montant du chèque. Dans le Règlement, ce sont les art.74, 75 et 76 qui
précisent le régime juridique de ce type de garantie.
Pour être valable, l’aval doit respecter des conditions de formes. Selon l’art.75, il doit
être donné soit sur le chèque ou sur une allonge, soit par un acte séparé indiquant la date et le
lieu où il est intervenu. Il est caractérisé par la mention « bon pour aval » ou toute autre
formule équivalente ; il est signé par le donneur d’aval avec indication de ses nom et adresse.
Relativement aux effets, ils sont présentés par l’art. 76. Cet article dispose que le
donneur d’aval est tenu de la même manière que celui qu’il garantit, c’est-à-dire que le garant
serait tenu que dans le cas où celui dont il se serait porté garant viendrait à être incapable de
payer le titre.
L’obligation garantie reste valable cela même si l’engagement qu’il garantit est
entaché d’un vice pour toute cause autre qu’un vice de forme. Ce principe découle lui-même
de celui de l’indépendance des signatures. Enfin, lorsque le garant a payé le chèque, il se
subroge dans tous les droits résultant du chèque contre la garantie et contre ceux qui sont tenu
envers ce dernier, en vertu du chèque.

21
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
§ IV : Les chèques garantis par une carte de garantie
La pratique des cartes de chèques ou de garantie de chèques, née en Grande Bretagne
a été introduite dans notre législation sous l’appellation de carte de garantie du chèque. C’est
l’art. 79 du Règlement qui la régit. En effet, le procédé consiste, pour un organisme bancaire,
en la remise à certains de ses clients d’une carte que ceux-ci peuvent produire en même temps
qu’ils remettent un chèque en paiement. Ils reportent au dos du chèque le numéro de leur carte
et le bénéficiaire du chèque est alors assuré d’un paiement que la banque garantit jusqu’à
certain plafond ou seuil préétabli et cela même si le compte du tireur n’est pas ou est
insuffisamment approvisionné.
La garantie est observable dans la mesure où le tiré se porte comme caution et est
solidairement tenu avec le tireur pour le paiement du chèque selon le montant garantie.

22
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION IV : LE PAIEMENT DU CHEQUE
Le paiement du chèque se fait à travers des modalités (§ I). Il peut arriver des
situations où le chèque n’arrive pas à être payé, dans ces cas, nous sommes en face d’incident
de paiement (§ II).
§I : Les modalités de paiement du chèque
Pour qu’un chèque soit payé, il doit être présenté au banquier tiré (A) dans un délai.
Ensuite, l’ayant mis à la disposition de son client comme instrument de paiement, le banquier
tiré se doit de payer obligatoirement les chèques tirés en cas d’existence suffisante de
provision (B). Mais, il existe des situations où le banquier tiré n’est pas tenu de payer le titre
(C).
A- La présentation du chèque
Le chèque est tiré toujours sans que le banquier ne le sache. Pour qu’il le paie donc, il
faut que le titre lui soit présenté. Il doit être payé dès sa première présentation. La
présentation du chèque pose les questions du délai et du lieu de cette présentation.
Selon les art.80 et 81 du Règlement, le chèque doit être présenté par le porteur dans un
délai de 8 jours, si son paiement doit s’effectuer au lieu où le chèque a été émis et le
porteur a un délai de 20 jours dans les autres cas. Par exemple, si le chèque est émis à
Abidjan et doit être payé dans la même ville, le délai de présentation est donc de 8 jours.
Cependant, si le titre doit être payé dans une ville ivoirienne autre qu’Abidjan, le délai de
présentation sera de 20 jours.
Dans le cas où le chèque serait émis dans un Etat membre de l’UEMOA et payable
dans un autre Etat membre de l’union, le délai de présentation est de 45 jours. Et enfin,
dans le cas où le titre est émis en dehors de l’espace UEMOA et doit recevoir paiement en
son sein, le délai de présentation est de 70 jours. La computation des délais est organisée
par les art.111 et 112 du Règlement. La présentation ne peut se faire qu’un jour ouvrable,
et si ce le dernier jour de présentation est férie ou non ouvrable, il est prorogé au 1 er jour
ouvrable qui suit. Dans la computation du délai, n’est pas comptabilisé le jour même de
l’émission du chèque.
Enfin, la présentation doit avoir lieu soit au lieu inscrit sur le titre ou devant une
chambre de compensation.
NB : Même après l’expiration du délai de présentation, s’il existe provision le tiré doit
payer le chèque. (Art.84 alinéa 1 du Règlement.).

23
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
B- L’obligation de payer incombant au banquier tiré
Le banquier tiré a l’obligation de payer le chèque 10. S’il venait à refuser un paiement
pendant qu’il existe une provision suffisante, il engagerait sa responsabilité 11 à l’égard et
du tireur et du porteur si le préjudice et le lien de causalité venaient à être prouvés. Quel
doit être l’attitude à adopter par le tiré en cas de provision insuffisante ? Selon l’art. 87 du
Règlement, si la provision disponible est insuffisante, le tiré n’est plus obligé de payer le
chèque. Cependant, le porteur peut exiger le paiement partiel du titre, il peut ensuite
exiger que mention soit faite sur le chèque et qu’une quittance lui soit remis.
L’obligation de payer implique également celle de vérification. En d’autres termes, le
banquier tiré doit vérifier ; l’identité du porteur au moyen d’un document officiel portant sa
photographie ; la régularité formelle du titre ; la signature du tireur et la régularité des
endossements. Le tiré engage sa responsabilité s’il paie un chèque portant une signature
apparemment contrefaite ou comportant une falsification décelable avec peu d’attention.
Dans son appréciation de la faute du banquier, la jurisprudence 12 semble faire la distinction
entre chèque falsifié et chèque faux. Si le chèque est faux dès l’origine, le banquier est en
principe responsable, car le document à lui présenté n’a jamais eu de valeur légale. Mais si
le chèque venait à être falsifié par la suite, le banquier s’est valablement libéré en
effectuant le paiement. Le tireur pourra donc engager sa responsabilité, s’il prouve la faute
du tiré.
Enfin, au terme de l’art.89 du Règlement, le chèque doit se payer en monnaie ayant
cours légal en Côte d’Ivoire. Toutefois, si le chèque est stipulé payable en monnaie
étrangère, le paiement se fera en F CFA en respectant les règles de conversion monétaire
en matière de change.

C- L’exception à l’obligation de payer : l’opposition au paiement


Le principe en la matière reste l’obligation de payer fait au tiré. Mais, il arrive des
cas où malgré cette obligation le tiré se doit de refuser le paiement. Cette exception à ce
principe n’existe que lorsque le tireur fait opposition au paiement. Selon l’art.84 du
Règlement, le tireur peut faire valablement opposition qu’en cas :

10
Voir les dispositions de l’article 80 du Règlement.
11
Responsabilité civile (1382 du code civil) que pénale (Art.90 de la loi de 97)
12
Com.5 nov.2002, JCP, éd. E 2003.37, note de [Link]. En l’espèce, le titulaire d’un compte bancaire âgée et en
mauvaise santé a été victime de détournements consentis par son employée de maison qui lui avait dérobé des formules et
imité sa signature. La banque est reconnue responsable pour les premiers mois, mais la responsabilité de la victime est aussi
retenue pour ne pas être inquiétée du fonctionnement du compte dont elle ne recevait plus les relevés.

24
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
 de perte du chèque,
 de vol du chèque,
 d’utilisation frauduleuse du chèque,
 ou d’une ouverture de procédures collectives de redressement judiciaire et de
liquidation des biens contre le porteur.
Cette opposition doit immédiatement être confirmée par le tireur par un écrit pour
indiquer les motifs, et ceux quel que soit la forme de cet écrit. Le chèque se distingue sur
ce point de la carte de paiement où l’opposition peut se former par un simple coup de
téléphone. La défense de payer que créé l’opposition prend fin par une mainlevée qui
s’obtient judiciairement ou jusqu’à la prescription de l’action contre le banquier. Le
porteur qui considère que l’opposition est illicite doit saisir le juge des référés pour
ordonner la mainlevée. Le juge doit prononcer cette mainlevée si celle-ci ne remplit pas les
conditions légales.
Lorsque le tireur a fait opposition au paiement, le banquier tiré doit systématiquement
refuser le paiement et de bloquer la provision. Le tiré engage sa responsabilité s’il passait
outre l’opposition pour effectuer un quelconque paiement du chèque.
En dehors des conditions de validités pour entreprendre une opposition, toute
opposition de la part du tireur est qualifiée d’illicite. Et dans ses hypothèses, le banquier
tiré doit payer le chèque en dépit de l’opposition. Mais dans la pratique, les banquiers se
montrent beaucoup prudents en restant en attente d’une injonction judiciaire de payer du
porteur avant de libérer ce dernier avec un paiement.
§ II : Les incidents de paiement
Le chèque est un instrument payable à vue. Les incidents de paiement du chèque
peuvent donc se résumer au non-paiement du chèque en cas de sa présentation. Dans cette
situation, le tireur a le droit à un recours pour faire constater le défaut de paiement du chèque
(A). Parmi les causes de non-paiement du chèque, le législateur s’est attaqué particulièrement
au phénomène du chèque sans provision (B), histoire de sécuriser davantage cet instrument de
paiement payable à vue.
A- Le recours faute de paiement du chèque
En cas de non-paiement du chèque, le porteur dispose de voie de recours cambiaire (1)
et de voie de recours de droit commun (2).

25
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
1- Le recours cambiaire : le protêt
Le protêt est un acte établi par un notaire ou huissier ou toute autre institution dûment
habilitée qui permet de constater le non-paiement du chèque. L’art. 102 du Règlement
impose l’établissement d’un protêt (a) et les articles 103,104 et 105 précisent ses
implications (b).
a- La nécessité de faire dresser un protêt
Le protêt est le seul acte qui permet de sauvegarder les recours cambiaires. Le chèque
qui n’est pas payé ou l’est partiellement à la présentation doit être protesté13. Le chèque
présenté en dehors du délai et non payé ne donne pas droit à son bénéfice. Si la
présentation est tardive du fait d’un cas de force majeure 14, celui-ci bénéficie quand même
de ce recours important. Si la présentation à lieu le dernier jour du délai, le protêt peut être
établi le premier jour ouvrable suivant.
Le tireur, un endosseur ou un avaliste peut dispenser l’établissement du protêt s’il
inscrit sur le chèque l’une des mentions « sans protêt », « retour sans frais » et ou toute
autre clause équivalente. L’obligation d’établissement d’un protêt peut donc être contourné
par la volonté du tireur, de l’endosseur ou de l’avaliste, c’est donc une exigence qui n’est
pas d’ordre public.
Le protêt une fois réalisé, le porteur doit le signifier dans un délai de quatre (4) jours
ouvrables qui court à compter du jour de son établissement, donner avis du défaut de
paiement à son endosseur et au tireur. L’endosseur qui a reçu cet avis doit à son tour
informer son propre endosseur dans les deux (2) jours qui suivent.
L’art.105 du Règlement dispose que la signification du protêt par l’huissier, le notaire
ou toute personne ou institution habilitée au tireur, vaut commandement de payer. Ainsi,
dans un délai de quinze (15) jours après la signification, si le chèque n’est toujours pas
payé avec les frais accessoires, l’huissier ou le notaire doit sous peine de sanction, remettre
au greffe du tribunal compétent contre récépissé deux (2) copies du protêt dont l’une est
adressée au parquet.
b- Les contraintes liées à l’exercice du recours
L’exercice du recours par le porteur lui donne droit d’agir contre toutes les personnes
obligées soit individuellement ou collectivement sans être contraint d’observer l’ordre dans
lequel elles se sont obligées. Le porteur peut réclamer à celui contre qui il exerce son
recours, le montant du chèque non payé, les intérêts à partir du jour de la présentation dus

13
Voir article 93 du Règlement.
14
Voir article 101du Règlement.

26
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
au taux légal pour les chèques émis et payables dans un Etat membre de l’union, les frais
du protêt, des avis à donner et autres frais accessoires.
Celui qui rembourse le chèque peut réclamer à ses garants la somme intégrale qu’il a
payé, les intérêts de ladite somme à partir du jour où il l’a remboursé. Il peut aussi agir
individuellement ou collectivement contre ses garants sans ordre de priorité et exiger la
remise du chèque avec protêt et compte acquitté prévu par l’art.100 du Règlement. Le
compte acquitté est tout reçu qui peut justifier le paiement de la dette de l’obligé. Enfin,
tout endosseur qui a remboursé le chèque peut biffer son endossement et ceux des
endosseurs postérieurs.
Les actions en recours contre les endosseurs, le tireur et les autres obligés se
prescrivent par six (6) mois à partir de l’expiration du délai de présentation. Les actions en
recours des divers obligés au paiement d’un chèque les uns contre les autres se prescrivent
à six (6) mois à partir du jour où l’obligé a remboursé le chèque ou du jour où il a été lui-
même actionné. Cependant, la prescription du porteur contre le tiré, dure trois (3) ans.
NB : Même en cas de déchéance ou de prescription, il subsiste une action contre le
tireur qui n’a pas fait provision ou les autres obligés indûment enrichis.
La prescription s’interrompt qu’à l’égard de celui contre qui l’acte a été fait. Les
causes d’interruption de la prescription peuvent être les suivantes :
 un acte de procédure,
 une condamnation au paiement,
 une reconnaissance de dette par acte séparé.
La prescription peut être détruite par un serment déféré au débiteur. C’est ce qui
ressort du dernier alinéa de l’art.110 du Règlement.
2- Le recours de droit commun : le certificat de non-paiement
Si le chèque n’a pu être payé, le porteur doit se faire délivrer un certificat de non-
paiement (a). Dans le cas d’un paiement subrogatoire du tiré pour le compte de son client,
ce dernier a le droit de se dresser à lui-même ce certificat (b).
a- Le certificat de non-paiement du porteur du chèque
Le certificat de non-paiement est délivré par le tiré au porteur, que si le chèque n’a pas
été payé dans un délai de 30 jours à compter de sa première présentation ou si la provision
n’a pas été constituée dans le même délai. La notification effective ou la signification du
certificat de non-paiement au tireur par un huissier vaut commandement de payer. Si le
notaire, l’huissier ou la personne habilitée n’a pas la preuve du paiement du chèque et de
ses frais accessoires dans un délai de 10 jours dès la réception de la notification ou sa

27
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
signification, il peut constater valablement le non-paiement. Il se doit à cet effet d’adresser
un acte justifiant le non-paiement au greffe du tribunal compétent pour obtenir un titre
exécutoire, afin de procéder à la saisie des biens du débiteur défaillant.

b- Le certificat de non-paiement du tiré


L’utilisation du certificat par le tiré n’intervient que si ce dernier a payé le chèque de
son client malgré l’inexistence ou l’insuffisance de provision. Si le banquier décide de ne
pas prélever systématiquement le compte de son client pour quelque raison que ce soit, il
peut faire constater l’absence ou l’insuffisance de la provision disponible par un huissier de
justice et mettre en demeure le client titulaire du compte.
Ce dernier client, dispose d’un délai de 20 jours pour constituer une provision
suffisante ; dans le cas contraire, un constat de non-paiement doit être dressé et adressé au
greffe du tribunal compétent pour délivrance d’un titre exécutoire afin de saisir les biens du
débiteur défaillant (le client).
B- La lutte contre les chèques sans provision
Qu’est-ce qu’un chèque sans provision ? Quelles sont les sanctions réservées à
l’émission d’un chèque sans provision ? La réponse à ses questions constituera le
développement de cette partie.
1- La notion du chèque sans provision
Le chèque sans provision est un chèque tiré sur un compte insuffisamment fourni ou
ne disposant simplement pas de provision. La notion de chèque sans provision rime avec
incident de paiement. Il y a incident de paiement lorsque le porteur du chèque n’arrive pas
à se faire payer lors de la présentation du titre au paiement. Dans la majeure partie de ces
cas, il se pourrait que le tireur ne dispose pas de fonds suffisants entre les mains du tiré
pour payer le montant du chèque qu’il a émis.
Contrairement à la lettre de change, la provision est indispensable lors de l’émission
du chèque. En effet, elle doit être préalable et disponible, c’est-à-dire certaine, liquide et
exigible lors de la création du chèque.
L’exigence d’une provision préalable constitue un point de distinction essentiel entre le
chèque et la lettre de change. L’émission du chèque sans provision est constitutive d’un
délit dans notre législation.

28
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
2- Les sanctions encourues par l’auteur : l’interdiction bancaire et la répression
pénale

Les sanctions encourues par le ou les responsable (s) de l’émission d’un chèque sans
provision sont civiles (a) et pénales (b).

a- La sanction civile principale, l’interdiction bancaire


Avant d’aboutir à l’interdiction bancaire proprement dite, le législateur donne
l’opportunité à l’émetteur du chèque sans provision de régulariser sa situation. En fait, dès
l’émission d’un chèque sans provision, le banquier délivre une attestation de rejet au
bénéficiaire en précisant le motif du refus de son paiement, ensuite il enregistre sur ses
livres l’incident de paiement. Spécialement, il doit adresser une lettre d’avertissement au
tireur précisant les raisons du refus du paiement et les sanctions éventuelles encourues en
cas de persistance de cette situation et tenir la Banque Centrale en copie de cette lettre.
Après quoi, le tireur indélicat dispose d’un délai de régularisation de trente (30) jours. Cela
si aucun incident n’a été signalé pour en son nom, durant les trois (3) mois précédant cet
enregistrement. Si l’auteur de l’émission du chèque sans provision venait malgré cette
signification à émettre un autre chèque durant une période de 30 jours à compter de la date
de signification, le banquier avise la Banque Centrale et informe le titulaire du compte de
l’interdiction bancaire dont il fait désormais l’objet.
Si la lettre d’avertissement incite l’émetteur du chèque sans provision à la
régularisation dans les trente (30) jours de la réception de celle-ci, le banquier tiré efface
l’avertissement de son fichier et informe la Banque Centrale. Dans le cas contraire, le
banquier tiré avise la Banque Centrale et signifie au titulaire du compte qu’il lui est interdit
pendant cinq (5) ans d’émettre des chèques autres que ceux certifiés par la banque, c’est
l’interdiction bancaire proprement dite. Aussi, est-il obligé de faire injonction au tireur
d’avoir à restituer toutes les formules de chèque en sa possession délivrées, et par le
banquier qui a pris la sanction, mais également par les autres banques avec lesquelles ce
dernier entretient des relations.
b- Les sanctions pénales
Les sanctions pénales sont régies par la loi ivoirienne N° 97-518 du 04 Septembre
1997. En effet, le Règlement N° 15/2002 du 19 Septembre 2002 relatif aux systèmes de
paiement de l’UEMOA abroge la loi suscitée mais laisse subsister certain de ses articles
précisément les articles 83 à 90 et 106 à 108. C’est le Règlement en son article 244 qui
prévoit le maintien de ceux-ci. La raison de la persistance serait le fait que ces dernières

29
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
dispositions sont relatives aux sanctions pénales, secteur qui relève traditionnellement du
domaine réservé de la souveraineté de l’Etat.
Les sanctions pénales en matière d’incident de paiement sont regroupées en deux (2)
grandes catégories :
 celles prévues pour le titulaire du compte, le tireur ou son mandataire, et tous les
autres individus en dehors du tiré qui peuvent en connaissance de cause participer
directement ou indirectement à la réalisation de l’incident de paiement, sont punis d’un
emprisonnement d’un (1) à trois (3) ans et d’une amende de 100.000 francs à 250.000
francs ou de l’une des deux peines seulement 15, si :
1° Le titulaire de compte ou le mandataire qui, en connaissance de cause, aura émis un
chèque sans provision, ou aura, après émission d’un chèque, retiré par quelque moyen que
ce soit, tout ou partie de la provision,
2° Le tireur ou mandataire qui en connaissance de cause, aura émis un chèque sur un
compte clôturé,
3° Le tireur qui au mépris de l’injonction qui lui a été adressée en application de
l’art.74, aura émis un ou plusieurs chèques,
4° Le mandataire qui, en connaissance de cause, aura émis un ou plusieurs chèques
dont l’émission était interdit à son mandant en application de l’article 74,
5° Toute personne qui aura fait défense au tiré de payer en dehors des cas prévus par la
loi,
6° Toute personne qui accepte en connaissance de cause un chèque sans provision.
 et celles réservées aux tirés ; en effet, est punis d’une amende de 100.000 francs à
2.000.000 de francs le tiré qui, sans avoir respecté les dispositions de l’article 43 alinéa 3
refuse le paiement d’un chèque au motif que le tireur y a fait opposition.
Est également sanctionné d’une amende de 100.000 francs à 3.000.000 francs :
1° Le tiré qui indique une provision inférieure à la provision existante et disponible,
2° Le tiré qui rejette un chèque pour insuffisance ou indisponibilité de la provision sans
indiquer, lorsque tel est le cas, que le chèque a été émis au mépris d’une injonction
adressée en application de l’article 74 ou en violation d’une interdiction prononcée en
application de l’article 85 alinéa premier,
3° Le tiré qui n’a pas déclaré, dans les conditions prévues, les incidents de paiement
ainsi que les infractions prévues par l’article 83 (1° à 6°), 84 et 86.
4° Le tiré qui convient aux dispositions des articles 72, 74 et 81 et 85 alinéa 2,
15
La peine d’amende peut être portée à 3.000.000 de francs si le tireur est un commerçant selon l’art. 83 du Règlement

30
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
5° Le tiré qui contrevient aux des articles 2 et 4.

31
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
LA LETTRE DE CHANGE

32
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
CHAPITRE II : LA LETTRE DE CHANGE
La lettre de change est un effet de commerce. Elle est un instrument de paiement
règlementée par le Règlement 16 N°15/2002 du 19 septembre 2002 en Côte d’ivoire et dans les
Etats membres de la zone UEMOA.
Son régime juridique est abordé à travers l’étude des questions relatives à sa création
ou son émission (Section I) ensuite, à sa circulation (Section II), en outre à ses garanties de
paiement (Section III), et enfin, à son paiement (Section IV).

SECTION I : LA CREATION DE LA LETTRE DE CHANGE


La lettre de change est une notion (§I) qui mérite d’être connue avant que l’on ne
réfléchisse sur l’analyse de ses conditions de créations ou d’émission (§II.)
§ I : La notion de lettre de change
La lettre de change est un instrument qui n’a pas de définition légale (A), en plus d’avoir
plusieurs fonctions (B).
A- La définition de la lettre
En l’absence de définition légale, la lettre de change peut être appréhendée selon la
doctrine comme un écrit par lequel une personne, le tireur donne l’ordre à l’un de ses
débiteurs, le tiré de payer une certaine somme à une certaine date, à une troisième personne,
bénéficiaire ou porteur.
La lettre de change peut être créée à l’occasion de plusieurs relations d’affaires.
Par exemple, un constructeur de machine, Monsieur Kouassi concepteur, vend une
machine à un client, Arouna pour le prix 200.000 f cfa. Si le sieur Arouna, paie au comptant,
l’opération est complète et est terminée. Mais dans le cadre des affaires, la vente se fait
fréquemment à crédit. C’est là que peut rentrer en compte le mécanisme de la lettre de
change.
Ainsi, Monsieur Kouassi concepteur, créancier d’Arouna, va créer un titre reconnaissant
sa créance. Il va tirer une lettre de change ou traite sur son client, son débiteur Arouna. Ce
dernier pourra l’accepter ou pas, et le payer à l’échéance de 90 jours, délai usuel. En réalité, le
sieur Arouna ne paiera donc que dans trois mois son créancier Monsieur Kouassi concepteur,
ou, plus exactement, une troisième personne, le preneur ou bénéficiaire, John warry qui lui
est débiteur de Monsieur Kouassi concepteur et qui a reçu la lettre en paiement de sa créance,

16
Voir les arts.149 et suivants du Règlement.

33
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
ou encore à la personne que lui aura désigné, ou le dernier endosseur, c’est-à-dire le porteur
légitime à l’échéance.
B- Les fonctions de la lettre de change
La lettre de change a plusieurs fonctions. Une fonction de transport d’argent (1), de
paiement (2), et de crédit (3).
1- Une fonction de transport d’argent
La fonction classique de la lettre de change est de transporter la monnaie. En effet, au
moyen âge, lorsque les commerçants se déplaçaient de pays en pays pour y mener leurs
activités, ils usaient des lettres qui leurs permettaient d’éviter le transport physique de fonds.
Comment s’effectuait concrètement le mécanisme ? Lorsqu’un commerçant Français se
rendait en Angleterre pour faire des achats, il demandait à son banquier français en échange
de monnaie française, qu’il lui versait, une lettre adressée par le banquier à son correspondant
Anglais et donnant l’ordre à celui-ci de verser la somme en monnaie Anglaise à son arrivée
en Angleterre. Cela évitait un transport matériel de monnaie de Paris à Londres et évitait
également les risques provenant de l’insécurité des routes.
2- Une fonction de paiement
Le créancier-tireur qui reconnait sa créance par une traite, une lettre de change, peut
l’utiliser pour régler entre les mains d’un tiers dont il est débiteur le paiement de sa dette.
Ainsi, la lettre de change est tout simplement utilisée comme un instrument de paiement.
3- Une fonction de crédit
Le bénéficiaire d’une lettre de change peut avoir besoin immédiatement de fonds. Le
paiement ne pouvant avoir lieu qu’à l’échéance, le tireur peut faire escompter la lettre de
change par un banquier, qui la lui achète sous déduction de l’intérêt de la créance, calculé
d’après le temps restant à courir jusqu’à son échéance et d’une commission d’escompte. De
manière pratique, le bénéficiaire endosse la lettre au profit du banquier. Le banquier peut
ensuite réescompter la traite.
§ II : Les conditions de création de la lettre de change
La lettre de change est un écrit sous seing privé. Contrairement au chèque, la lettre de
change n’est pas une formule normalisée, imprimée et extraite d’un carnet. En pratique, elle
est créée sur des formules pré-imprimées. Ces formules sont propres à chaque entreprise
commerciale. En tout état de cause, le titre doit respecter un formalisme (A) et des règles de
fond (B) pour qu’elle vaille comme lettre de change.

34
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
A- Les conditions de forme
La lettre de change contient des mentions. Les règles relatives aux conditions de forme de
la lettre de change laisse entrevoir qu’il existe en la matière, des mentions obligatoires (1) et
des mentions facultatives (2).
1- Les mentions obligatoires
Les mentions obligatoires de la lettre de change sont décrites par l’art.149 du Règlement.
Nous présenterons ces mentions (a), ensuite nous aborderons les sanctions encourues en cas
de non-respect de l’inscription de l’une de ses mentions sur une lettre de change (b), avant de
traiter les cas de régularisation possible en cas de non-respect de l’une de ses mentions (c).

a- L’inventaire des mentions obligatoires


L’art.149 du Règlement liste huit (8) mentions qui doivent figurer obligatoirement sur le
titre pour avoir la valeur d’une lettre de change. Nous avons :

1° la dénomination de lettre de change, insérée dans le texte même du titre et exprimée dans la
langue employée pour la rédaction de ce titre.

2° le mandat pur et simple de payer une somme déterminée. Le mandat, c’est l’ordre de payer
donné par le tireur au tiré. Il doit être pur et simple, ne comportant aucune condition. Mais, il
peut comporter un terme, une échéance et d’autres conditions notamment en cas de traite
documentaire17. Le paiement doit porter sur une somme d’argent payable en monnaie ayant
cours légale, dans le cas du paiement en devise étrangère, les règles de changes doivent
s’appliquer pour la conversion en monnaie locale. Au terme de l’art.152 du Règlement, la
somme à payer doit être inscrit sur le titre en lettre et en chiffre. En cas de différence entre les
deux sommes, celle en lettre fait foi.
3° le nom de celui qui doit payer, c’est-à-dire le tiré. La spécification de celui qui doit payer
est très importante. Car le tiré qui doit payer peut être un tiers, mais aussi le tireur18.

4° l’indication de l’échéance, la date à laquelle la lettre devrait être payée. L’échéance peut
être fixée selon plusieurs modalités :
Une lettre payable à vue, elle est payable sur simple présentation dès sa création. Le porteur
choisit lui-même la date à laquelle il sera payé.

17
On peut stipuler par exemple que le paiement se fera sur présentation de papiers et documents spécifiques.
18
Dans ce cas, c’est la lettre de change tiré sur soit même. Cela arrive souvent quand une entreprise à plusieurs
Etablissements et succursales.

35
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Une lettre payable à un certain délai de vue, « à un, deux ou trois mois de vue, veuillez
payer…. ». C’est après le délai de vue qu’il sera payé. Dans cette hypothèse, la lettre devra être
présentée deux fois au tiré. La première fois pour déclencher la computation du délai et la
seconde fois pour exiger le paiement. Selon l’art.151 du Règlement, la lettre de change payable à
vue et à un certain délai de vue peut produire des intérêts, si le tireur l’a ainsi stipulé. Le taux
d’intérêt doit être indiquée sur le titre, auquel cas la clause serait réputée non écrite.

Une lettre payable à certain délai de date. Dans cette hypothèse, le point de départ est le jour de
la création de la lettre. Ainsi, « à un, deux, trois mois de date… ». C’est l’une des modalités les
plus usitée dans la pratique et cette pratique fixe souvent le délai de paiement à 30, 60, 90 jours.

Une lettre payable à jour fixe, c’est le cas le plus usuel. En général, on indique le jour exact
pour faciliter le paiement. Par exemple, la lettre de change sera payable le 10 Juin, ou le 15
Juillet.

NB : Si la lettre de change ne comporte pas d’échéance, elle est réputée payable à vue 19.
L’échéance permet à la lettre de change de se distinguer du chèque et lui confère son caractère
d’instrument de crédit, alors que le chèque est un instrument de paiement.

5° le lieu où le paiement doit s’effectuer. En principe, cela devrait être le domicile du tiré, mais il
peut être un autre lieu. Mais dans la pratique, les traites sont toujours domiciliées chez le
banquier du tiré. Le domiciliataire n’est que mandataire du tiré, et ne paie que sur instructions de
celui-ci. La loi dispose qu’à défaut d’indication spéciale, le lieu désigné à côté du nom du tiré est
réputée le lieu de paiement et en même temps le lieu du domicile du tiré.
6° le nom de celui auquel ou à l’ordre duquel le paiement doit être fait, c’est-à-dire, le
bénéficiaire. Ce peut être le tireur lui-même ou un tiers. La lettre ne peut pas être émise au
porteur, mais elle peut circuler au porteur après un endossement.

7° l’indication de la date et du lieu de création de la lettre de change. La mention de la date


présente plusieurs intérêts. Elle permet de déterminer le moment de l’échéance pour les lettres
payable à vue ou à un certain délai de vue et pour déterminer la capacité et le pouvoir du tireur
lors de l’émission de la lettre de change. Relativement au lieu, sa précision permet de régler la
question d’extranéité si le titre respect à des liens avec plusieurs pays 20. Cependant, la loi
indique que si le lieu de création n’est pas précisé, la lettre de change sera réputée souscrite dans
le lieu désigné à côté du nom du tireur.

19
Voir l’art.149 du Règlement.
20
Loi applicable et juridiction compétente.

36
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
8° la signature de celui qui émet la lettre, le tireur. La dite signature peut être manuscrite ou
apposée par tout procédé non manuscrit (griffe, tampon, timbre fiscale, par signature
électronique….).
La signature du tireur s’appose généralement au recto du titre. Mais rien n’interdit de l’apposer
au verso, en tout état de cause, elle doit être apposée dans un endroit qui exclut toute ambiguïté
sur la nature de l’engagement du tireur, car ladite signature vaut obligation à la charge du
signataire21. Le titre dans lequel une des énonciations indiquées à l’art.149 du Règlement fait
défaut ne vaut pas comme lettre de change.
b- La sanction en cas de non-respect des mentions obligatoires
Au terme de l’art. 149 du Règlement, toutes lettre de change dont l’une des mentions
suscitées ferait défaut, ne vaudrait pas comme lettre de change. Toutefois, la loi autorise des
22
cas où les omissions de certaines mentions se suppléeront légalement et le maintiendront en
validité. Même si le titre enregistre l’absence d’une mention obligatoire, il conserve tout de
même une valeur juridique. En vertu de la théorie de la réduction par conversion, l’absence
d’une mention obligatoire, l’on peut réduire la lettre incomplète soit en un billet à ordre si les
conditions en sont réunies ou soit simplement comme une reconnaissance de dette du tireur
envers le bénéficiaire, donc comme un commencement de preuve par écrit d’une obligation.
Les sanctions peuvent provenir soit de l’omission, de l’inexactitude ou encore de
l’altération d’une mention obligatoire.
L’omission, ce matérialise par la non inscription d’une mention fondamentale sur la lettre.
Ici, il y a non présence d’une ou plusieurs mentions sur la traite.
Dans l’hypothèse de l’inexactitude, les huit (8) mentions sont bien présentes mais l’une
ou plusieurs d’entre elles comporte une erreur, elle ne traduit pas la réalité. Ainsi, l’omission
est un vice caché alors que l’inexactitude est exprimée par un vice apparent23.
L’altération, est une modification unilatérale intervenant en dehors de l’accord des
parties, d’une mention inscrite sur une lettre de change régulièrement émise.
Les entorses au formalisme de la lettre de change peuvent être régularisées. Ceci pour
atténuer un tant soit peu le rigorisme exacerbé qui contribue à évaporer et à réduire la
confiance entre les acteurs des affaires qui usent de cet instrument de paiement.

21
KAKOU Alain, cours, Droit commercial, instrument de paiement, droit des entreprises en difficultés, ABC, p.69.
22
Manque d’échéance, la lettre est présumée payable à vue. Manque de lieu de création, le lieu désigné à côté du nom du
tireur est présumé être le lieu de création. Manque du lieu de paiement, le lieu désigné à côté du nom du tiré est présumé être
le lieu du paiement et, en même temps le lieu du domicile du tiré.
23
KAKOU Alain, cours Droit commercial, instrument de paiement, droit des entreprises en difficultés, ABC, p.73.

37
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
c- La régularisation en cas de non-respect des mentions obligatoires
La régularisation est un procédé technique qui permet de sauver les actes juridiques de la
nullité. C’est une technique très présente dans les droits des affaires.
Il existe plusieurs causes de sanctions susceptible d’entacher le formalisme de la lettre de
change (l’omission, l’inexactitude, l’altération). Parallèlement, les conditions de
régularisation sont propres à chaque type de cause de sanction. Les effets quant à eux, leurs
restent pareils. Ils permettent à la lettre régularisée de redevenir une lettre de change en bonne
et due forme.
Dans le cas de l’omission, le titre incomplet doit nécessairement être compléter et cette
adjonction doit reposer sur un accord préalable des parties intéressées. La régularisation en
tout état de cause doit reposer sur un accord préalable des parties au titre. Dans le cas
contraire, la régularisation sera considérée comme abusive et la violation de l’accord préalable
pourra être invoquée pour demander la nullité du titre régularisé sans accord préalable.
L’inexactitude concerne le plus souvent le nom, la qualité du signataire, la date ou le
lieu. L’art.153 du Règlement dispose que les signatures fausses ou les signatures de personnes
imaginaires n’emportent aucune obligation, mais les obligations des autres signataires n’en
sont pas moins valables. Ainsi, c’est le principe de l’indépendance des signatures qui est mis
en exergue par cet article. Le tiers qui ignorait l’inexactitude et s’y trouve confronté et qui
n’est pas convaincu de complicité, à le choix entre utiliser les mentions portées sur le titre
(théorie de l’apparence) et ou utiliser la situation réelle, dans le but d’écarter les effets voulus
par les mentions existant sur le titre. Mais les parties contractantes convaincu de cette
simulation n’ont pas le choix et sont soumis à la situation réelle.
En cas d’altération, l’art. 222 du Règlement dispose qu’en vertu de l’indépendance des
signatures, les signataires postérieurs à l’altération sont tenus dans les termes du texte altéré.
Le Règlement adopte explicitement la théorie de l’apparence du titre. Tout comme dans la
situation de l’inexactitude, le degré de participation de celui qui invoque l’altération est à
prendre en compte dans la solution à apporter au litige né de l’altération d’une ou de plusieurs
mentions.
2- Les mentions facultatives
La lettre de change étant un titre sous seing privé, les parties contractantes peuvent
décider d’ajouter des mentions pour permettre la bonne fin de l’opération. Ces clauses ou
mentions facultatives pour être valables, ne doivent pas porter atteinte à la nature du titre ou à
sa valeur cambiaire. Nous pouvons avoir à ce titre les clauses se rapportant au paiement par

38
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
le tiré24, les clauses établissant un lien apparent entre l’obligation cambiaire du souscripteur 25,
les clauses visant à élargir le cercle des débiteurs26, les clauses aménageant les conditions de
circulation de lettre de change 27, les clauses résiduelles.
B- Les conditions de fond
La lettre de change est un acte de commerce par la forme 28, pour y souscrire l’on doit
nécessairement avoir la capacité commerciale. Aussi faut-il ajouter qu’elle est également un
acte juridique et, elle doit ainsi pour sa création satisfaire aux conditions habituelles de fond
réservées aux actes de son espèce, notamment un consentement valable (1), une capacité (2).
La cause et un objet ne ferons pas l’objet d’analyse car ne présentant pas grand intérêt en
matière de création de lettre de change.

1- Le consentement et pouvoir
Le consentement en matière de lettre de change se matérialise par la signature que le
tireur ou souscripteur doit apposer obligatoirement sur la lettre. En effet, c’est l’une des
mentions obligatoires prévues par l’art.149 du Règlement. C’est la signature qui engage le
souscripteur. Ainsi, si la signature d’un individu venait à être imitée, ce dernier ne sera pas
obligé. Mais en vertu de l’indépendance des signatures, les autres signataires ne seront pas
moins engagés. Le consentement du tireur ne doit donc pas être vicié par erreur, dol ou
violence.
La lettre de change peut être signée par le représentant qui en a le pouvoir, c’est le tirage
pour un tiers. Cette intervention pour le compte d’autrui peut se faire lors de l’émission, de
l’acceptation, de l’endossement, et de l’aval. Cette situation pose la question des pouvoirs du
signataire. Le tirage pour un tiers à deux modalités dans notre règlementation. D’une part
nous avons le tirage pour compte et d’autre part le tirage par mandataire.
 Dans le cas d’un tirage pour compte,
Le tireur se présente comme le véritable créateur du titre qu’il signe en son nom. Celui
pour lequel la lettre est créée s’appelle le donneur d’ordre et celui qui tire la lettre est le tireur
pour compte. Les règles du mandat s’appliquent dans les rapports du donneur d’ordre et le
tiré, dans ceux du donneur d’ordre et le tireur pour compte. Le tireur pour compte est
personnellement tenu envers les tiers (le bénéficiaire, les porteurs, endosseurs successifs) de

24
Clause de domiciliation, clause contre acceptation, clause contre documents, clause sans protêt.
25
Clause indiquant la valeur fournie, indiquant la provision.
26
Clause d’aval, clause de recommandation (proposant un autre accepteur ou payeur en cas de refus du tiré)
27
Clause non à ordre, clause défendant un nouvel endossement, clause de non garantie.
28
Voir art.4 AUDCG

39
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
la même façon que n’importe quel tireur. Le donneur d’ordre n’a aucun rapport avec les tiers,
c’est-à-dire le bénéficiaire, les porteurs, les endosseurs successifs.
L’art.155 du Règlement dispose que l’obligation du tireur n’existe qu’envers les
endosseurs et le porteur. Le tireur pour compte n’a pas d’obligation cambiaire vis-à-vis du
tiré. Si le tiré paie une lettre de change alors qu’il n’est pas débiteur, il peut se retourner
uniquement contre le donneur d’ordre.
 Dans le cas d’un tirage par mandataire
Le tireur doit indiquer sa qualité de mandataire sur la lettre. Dans cette situation, c’est le
régime juridique du mandat (les art.1998 et suivants du code civil) qui reste applicable à cet
type de tirage. Selon l’art.153 du Règlement, si le tireur mandataire n’avait pas ou excède les
pouvoirs dont il a la représentation, ce dernier mandataire ou prétendu mandataire est tenu
comme le tireur ordinaire. Toutefois, si le tireur mandataire agit dans les limites de ses
pouvoirs, seul le représenté sera tenu comme le tireur ordinaire. En d’autre termes, temps que
le tireur mandataire agira dans les pouvoirs qui lui sont conférés, il ne sera nullement tenu vis-
à-vis ni des tiers ; mais seul le représenté le sera.
2- La capacité
On ne le dira jamais assez, la lettre de change est à la fois un acte juridique et un acte de
commerce. De sorte que, les exigences liées à la capacité pour former valablement les actes
juridiques et les actes de commerce sont requises. Ainsi, les mineurs et les incapables ne sont
pas autorisés à signer une lettre de change. S’il arrivait que par inadvertance ou par
méconnaissance un mineur ou un incapable venait à parapher une lettre de change, cette
signature n’aurait aucun effet, elle serait nulle. Néanmoins, en vertu du principe de
l’indépendance des signatures, le titre reste valable à l’égard des autres signataires capables.
C’est en effet ce qui ressort de l’art.153 du Règlement.
La signature par un mineur d’une lettre de change n’est tout de même pas sans effet. Elle
entraine des effets sur le terrain du droit commun. Le mineur s’étant enrichit injustement en
tirant, ou endossant la lettre, il doit restitution 29. La loi n° 70-483 du 3 aout 1970 relative à la
minorité dispose en son art.32 : « le mineur engage son patrimoine par ses délits, quasi-délits,
et son enrichissement sans cause. ». La signature de l’incapable une fois apposé sur la
lettre, le porteur même de bonne foi ne peut exercer contre lui les recours cambiaire. Car
l’incapable pourra lui opposer une exception d’incapacité. Contrairement au principe
fondamental d’inopposabilité des exceptions, l’exception d’incapacité se transmet avec la
lettre. Toutefois, les autres (signatures) engagements des signataires restent valables.
29
Voir 1376 du code civil, répétition de l’indu.

40
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
La lettre de change étant un acte de commerce, le mineur même émancipé et n’ayant pas
reçu l’habilitation spéciale de faire le commerce demeure inapte à le signer valablement car
n’ayant pas la capacité commerciale. En tout état de cause, les effets de droit commun eux
demeurent applicables à la signature de ce dernier.

41
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION II : LA CIRCULATION DE LA LETTRE DE CHANGE OU
L’ENDOSSEMENT

La lettre de change une fois créée peut circuler de personne à personne selon plusieurs
cas. Si le bénéficiaire de la lettre décide lui-même d’attendre l’échéance pour l’encaissement, la
lettre ne circulera pas. Dans le cas où le bénéficiaire a des problèmes de trésorerie qu’il ne
souhaite pas attendre l’échéance, il transmet la lettre de change. La transmission commerciale de
la lettre de change s’appelle l’endossement, mais elle peut être également transmise par voie de
cession ordinaire. Il existe deux types d’endossements ; les endossements translatifs (§I) et les
endossements non translatifs (§II).
§ I : L’endossement translatif
L’endossement translatif ou à titre de propriété est l’endossement par lequel
l’endosseur (dernier porteur du titre) transmet à l’endossataire l’intégralité des droits
attachés à la lettre de change. Cet endossement prévu par les art.156 du Règlement et suivants
doit pour être valable et produire ses effets cambiaires (B), respecter certaines conditions (A).
A- Les conditions de l’endossement translatif
Les conditions relatives à l’endossement translatif se résument en conditions de forme (1)
et de fond (2).
1- Les conditions de forme
Matériellement, l’endossement est un écrit au dos de la lettre de change suivi de la
signature de l’endosseur. Lorsque les endossements sont nombreux et ne peuvent plus figurer
sur la lettre, l’on annexe une feuille spéciale à la lettre qu’on appelle allonge. Formellement,
il est possible d’user trois (3) catégories de clauses pour entreprendre un endossement
translatif. Nous avons : l’endossement nominatif (a), au porteur (b) et en blanc (c).

a- L’endossement nominatif ou fait au profit d’une personne déterminée


Ce type d’endossement se fait par l’inscription de clauses « payé à l’ordre de Mr »,
« transmis à l’ordre de Mr », « veuillez payer à l’ordre de Mr » avec le nom du bénéficiaire ou
toute autre mention équivalente accompagnée de l’identité du bénéficiaire. Il doit être suivi de
la date et de la signature de l’endosseur. L’endossataire à titre de propriété d’une lettre peut
être soit un tiers, soit le tireur même de la lettre ou encore le tiré30.

30
Voir l’art.156 du Règlement

42
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
b- L’endossement au porteur
Dans l’endossement au porteur, à la place du nom du bénéficiaire, est inscrite simplement
l’expression « porteur ». La lettre dans ce cas devient la propriété du détenteur et peut se
transmettre par tradition, c’est-à-dire de main en main sans un nouvel endossement. Dans un
souci de crédibiliser la lettre, le réendosser en la signant est fortement recommandable. Le
Règlement assimile l’endossement au porteur à un endossement en blanc.
c- L’endossement en blanc
Dans l’hypothèse de l’endossement en blanc, la seule signature de l’endosseur suffit,
après l’inscription de la formule de l’endossement. Ici également, la lettre peut se transmettre
par simple tradition31. Mais pour « charger » la lettre c’est-à-dire augmenter la sécurité de
son porteur, il est préférable que pour le réendossement, l’endosseur signe l’effet. Enfin, à
l’échéance le dernier détenteur doit avant d’exiger le paiement, inscrire son nom.

NB : La date même si elle ne parait pas obligatoire lors de l’endossement présente


plusieurs intérêts. Elle permet d’apprécier d’abord, la capacité et l’effectivité des pouvoirs de
l’endosseur lors de la signature du titre. Ensuite, elle permet de déterminer 32 si la transmission
doit être faite selon les règles de l’endossement ou de la cession ordinaire. En effet, si
l’endossement intervient après le protêt pour faute de paiement ou s’il intervient après le délai
requis pour dresser le protêt, c’est nécessaire par cession ordinaire que la transmission doit se
faire.
2- Les conditions de fond
Les règles relatives aux conditions de fond de l’endossement translatif sont pareilles à
celles traitées au titre des conditions de fond requises pour la création des lettres de change en
général. Elles sont relatives à la capacité (majeur, et mineur négociant) et des pouvoirs de
l’endosseur. Le tireur et l’endosseur sont soumis aux mêmes exigences de fond.
L’endossement doit être pur et simple, toute condition à laquelle est serait soumise est
réputée non écrite. L’endossement partiel n’existe pas, contrairement à l’acceptation et à
l’aval. L’endossement partiel, c’est l’endossement qui stipule que seule une partie de la
créance de la lettre sera transférée au bénéficiaire.

31
Voir l’art.157 du Règlement
32
Voir l’art.162 du Règlement

43
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Pour produire des effets cambiaires, l’endossement doit intervenir avant le protêt faute de
paiement ou avant l’expiration du délai de protestation. Dans le cas contraire, elle produira
des effets de droit communs uniquement 33.
B- Les effets de l’endossement translatif
L’endossement translatif créé des effets qui sont observables au niveau de la transmission
des droits résultant de la lettre de change (1), de la garantie solidaire du paiement (2) et de
l’inopposabilité des exceptions (3).
1- La transmission des droits résultant de la lettre de change
L’endossement transmet la propriété de la lettre et tous les droits y afférant 34au
bénéficiaire ou aux porteurs légitimes successifs. Les droits dont il s’agit sont ceux contenus
dans le titre (garanties, acceptation, solidarité, droits cambiaires), et qui demeurent
indépendant de la créance originaire, c’est-à-dire celle qui à motivée la création de la lettre.
L’existence de ces droits dépend de la validité du titre et non de la validité de la créance
originaire.
Le transfert des droits implique également la transmission de la provision aux porteurs
successifs légitimes de la lettre35. Ici, la provision doit s’entendre de la créance du tireur sur le
tiré. Subséquemment, le bénéficiaire ou un porteur légitime de la lettre a le droit d’obtenir le
paiement de la lettre à l’échéance directement chez le tiré si celui-ci a accepté la lettre.
L’intérêt du transfert de la provision s’observe le plus souvent quand porteur se heurte
au syndic du tiré non accepteur d’une lettre, dans le cas d’une procédure collective
d’apurement du passif. Mais en vertu des art.157 et 155 al.3, nous sommes fondé à dire que la
provision est effectivement sortie du patrimoine du tiré. Même si le transfert de provision
dont il s’agit n’est en réalité que virtuelle, car appartenant en réalité qu’au dernier porteur. Et
pire même, si à l’échéance la provision n’a pas été fournie, elle ne saurait être transmise.
Enfin, si le bénéficiaire n’arrive pas à avoir le paiement au près du tiré, il peut
valablement se retourner contre l’un des endosseurs. Cela pose le problème de la garantie que
constituent les endosseurs.
2- L’endosseur, garant solidaire du paiement
Un autre effet de l’endossement translatif est, la garantie solidaire du paiement de la lettre
que confèrent les différents endosseurs. A ce titre, il peut interdire de nouveaux
endossements. C’est uniquement dans cette dernière situation, que l’endosseur ne sera plus

33
Ibid.
34
Voir l’art.157 du Règlement
35
Voir l’art.155 al.3 et 157 du Règlement

44
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
tenu des endossements ultérieurs. Sinon, il en demeure garant du paiement de la lettre de
change36.
L’endosseur est à la fois garant de l’existence de la créance et de la solvabilité du tiré
(débiteur) dans la mesure où il est obligé de payer la lettre en dernier ressort.
Contrairement à ce qui existe dans le cas de la cession ordinaire de créance, où le cédant
ne doit garantir que l’existence de la créance et non la solvabilité du débiteur cédé, dans
l’endossement translatif, les choses se font différemment.

3- L’inopposabilité des exceptions


L’inopposabilité des exceptions est un principe fondamental du droit des effets de
commerce. Il sert à renforcer considérablement les droits du porteur légitime de la lettre de
change à l’égard soit du tiré et ou contre ses signataires.
En quoi consiste-il ? Qui est le sujet actif de cette exception, c’est-à-dire qui peut s’en
prévaloir (a) ? Et contre qui peuvent-ils s’en prévaloir, ses sujets passifs (b) ? Enfin, quelles
sont les exceptions visées par le principe, son champ d’application (c) ?

a- Le sujet actif du principe : le porteur légitime


Au terme de l’art.160 du règlement, la personne qui peut se prévaloir de l’exception
de l’inopposabilité est l’endossataire ou de porteur légitime.
Que renferme la notion d’endossataire ou de porteur légitime ? Le porteur légitime est
celui qui justifie de son droit par suite ininterrompue d’endossement, même si le dernier
endossement est en blanc37. L’art.160 adjoint à cette condition celle de détenteur de bonne
foi. Est de mauvaise foi, le porteur ou l’endossataire qui en acquérant la lettre n’a agi
qu’expressément et sciemment au détriment du débiteur. En somme, pour avoir le droit
d’user valablement de ce principe, il faut être un porteur de bonne foi.

b- Les sujets passifs du principe : les personnes pouvant être actionnées


Les personnes actionnées en vertu de la lettre de change, sont celles contre qui l’on doit
se prévaloir des inopposabilités des exceptions. A ce titre, toutes les personnes ayant signée la
lettre (le tireur, les endosseurs et le tiré accepteur) peuvent voir un porteur légitime leur
brandir cette exception. L’exception ne joue pas contre le tiré non accepteur, car n’étant pas
signataire du titre.

36
Voir l’art.158 du Règlement
37
Voir l’art.159 du Règlement

45
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Conséquemment, l’action diligentée contre le tiré tantôt qualifié comme fondé sur le
rapport fondamental, action en provision (pour les tiré n’ayant pas accepté), tantôt comme
une action cambiaire fondée sur l’apposition de sa signature sur la lettre (pour les tiré ayant
accepté).
c- Le champ d’application du principe : les exceptions visées
Les exceptions qui son inopposables sont celles qui ont leur source en dehors du titre et
qui tiennent aux rapports personnels 38.
A contrario, sont donc opposables celles qui se rapportent à la lettre elle-même. Il en va
ainsi des exceptions fondées sur une irrégularité de forme de la lettre qui reste opposable, car
apparente. En ce qui concerne les conditions de fond, leurs violations étant indécelable, elles
constituent des vices cachés et sont en conséquence inopposables. Exceptionnellement, le
Règlement qui suit en cela la jurisprudence, érige l’exception d’incapacité pourtant condition
de fond en exception opposable au porteur même de bonne foi.
Toutefois, l’application de cette dernière exception est sujette à diverse position
jurisprudentielle. Elle varie selon que le mineur incapable ait agit frauduleusement ou pas.
Même quand le mineur à agit frauduleusement, les positions prétoriennes restaient quand
même contradictoires39. La protection du mineur primait sur celui du porteur quand bien
même que celui-ci soit de bonne foi.
Mais après quelque hésitation, la jurisprudence s’est enfin accordée en décidant
fermement que : « ce principe (opposabilité de l’exception d’incapacité) cédera lorsque le
mineur se sera rendu coupable de manœuvre frauduleuses caractérisées pour tromper les
endosseurs sur sa capacité. S’il a par exemple volontairement et sans pression aucune, induit
que les tiers en erreur en postdatant- ce qui est le cas en l’espèce-, il devra supporter les
conséquences de sa fraude40. »

§ II : L’endossement non translatif


L’endossement translatif, opère purement et simplement le transfert des droits de tous les
droits résultant de la lettre de change. Les endossements non translatifs comme leur nom
l’indique ne sont pas translatif de propriété, ils appartiennent toujours à l’endosseur et non à
l’endossataire qui le détient. Au titre de ces endossements, nous avons l’endossement à titre de
procuration (A) et l’endossement à titre de garantie ou pignoratif (B).

38
Voir l’art.160 du Règlement
39
Voir l’affaire LEBAUDY notamment les arrêts de la cour d’appel de Paris du 17 juillet 1894, [Link].25 note de
Thaller et celui de la même cour du 4 mai 1897.
40
Voir Cass. Req. 15 novembre 1898 et Cass. Com. 21 mars 1899, [Link] de Wahl.

46
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
A- L’endossement à titre de procuration
L’endossement à titre de procuration est un endossement dans lequel l’endosseur donne
mandat à l’endossataire d’encaisser la lettre de change à son profit. A l’instar des autres types
d’endossements, l’endossement à titre de procuration obéit à des conditions (1) et a des effets
(2) spécifiques.
1- Les conditions de l’endossement de procuration
Pour entreprendre un endossement par procuration ou à titre de procuration, il faudra
respecter des conditions, notamment celles relatives aux questions de fond (a) et de forme (b).

a- Les conditions de fond


En fait, ce type d’endossement consiste à remettre le titre à un tiers avec le mandat pour
celui-ci d’en recevoir pour son compte le paiement. L’endosseur et l’endossataire doivent
satisfaire à deux exigences majeures :
 D’une part, celle relative au mandat, c’est-à-dire propre à la capacité, le consentement
et le pouvoir d’être mandataire. En la matière, c’est le droit commun du mandat qui est applicable
(majeurs, femmes mariées, mineurs émancipés selon les articles 1990, 2003 et 2004 code civil).
 D’autre part, les exigences du droit cambiaire qui se confondent à celles que l’on vient
de citer. La capacité, le consentement et le pouvoir de s’engager cambiairement des parties.

b- Les conditions de forme


Les mentions nécessaires dans l’endossement par procuration sont prévues par le
Règlement41. Les formules employées peuvent être, « valeur en recouvrement », « pour
encaissement », « par procuration » ou « toute autre mention impliquant un simple mandat ».
La jurisprudence est assez stricte et, dans le doute, qualifie de translatif tout endossement
marqué de formule ambiguë. Ainsi, s’il y a des difficultés à déterminer la nature de
l’endossement due à des mentions équivoque, l’endossement est présumé translatif (à l’égard
des tiers au regard du mandat allégué).
2- Les effets de l’endossement de procuration
L’effet principal est que le titre ne change pas de propriétaire. L’endosseur le reste
toujours. L’endossataire est le possesseur, et celui qui doit juste recouvrer la lettre pour le
compte du propriétaire. Le Règlement prévoit des effets entre les endosseurs et les
endossataires (a) puis entre ces derniers et les tiers (b).

41
Voir l’art.161 du Règlement

47
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
a- Les rapports endosseurs-endossataire
L’endossataire qui a la qualité de mandataire, doit des comptes de l’exécution de sa
mission et doit restituer le montant de la lettre une fois qu’il l’a encaissé. Aussi, doit-il faire
dresser protêt en cas de non-paiement. Enfin, il engage sa responsabilité en cas de faute
gestion ou mauvaise exécution du mandat à lui confié.
L’endosseur quant à lui, peut révoquer librement l’endossataire, si ce dernier est mis en
redressement ou liquidation judiciaire, ou présente les signes d’insolvabilité, ce qui n’est pas
possible dans le cas d’un endossement translatif, qui lui est irrévocable. Il est à signaler que la
survenance du décès et ou l’incapacité de l’endosseur (mandant) ne met pas fin au mandat par
dérogation au droit commun du mandat 42. A contrario, il et légitime de croire que, si l’une des
causes de révocation du atteignaient le mandataire, le contrat peut valablement être révoqué.

b- Les rapports entre les parties et les tiers


Au terme du l’art.161 du Règlement, l’endossataire par procuration peut exercer tous les
droits dérivant de la lettre de change mais ne peut l’endosser qu’à titre de procuration. N’étant
pas propriétaire de l’effet, ne pourra l’endosser à titre translatif. Il ne pourra que subir que les
exceptions opposables à son mandant, (l’endosseur) et non celle qui résulterait de ses rapports
personnels avec le débiteur cambiaire qui est le mandataire (l’endossataire).
Lorsque le tiré paie l’effet entre les mains de l’endossataire par procuration, il le paie à
l’endosseur qui n’a jamais cessé d’être le propriétaire du titre. En cas de perte, vol de la lettre
de change, la jurisprudence43 admet que l’endossataire peut faire opposition au paiement, car
le porteur de la lettre qui demande le paiement de la lettre, bien que tirant ses droits du
précédant porteur qui la lui a transmise, les trouves purgés de toutes exceptions parce qu’il les
tient de la lettre elle-même, du titre littéral.

B- L’endossement pignoratif
L’endossement pignoratif ou à titre de garantie consiste à remettre le titre en gage. Il peut
être utilisé lorsqu’un porteur veut se procurer des fonds sans se démunir de la propriété de la
lettre de change. Notons que l’endossement pignoratif d’une lettre de change peut être utilisé
pour garantir une créance civile que commerciale. Quelles sont les conditions (1) et les effets
(2) d’un tel endossement ?

42
Voir l’art.2003 du code civil
43
Cass. Com 8juin 1993 B.C. IV.

48
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
1- Les conditions de l’endossement pignoratif
Pour endosser valablement à titre pignoratif, il faut respecter les exigences de fond (a) et
de forme (b) prévues par le Règlement.
a- Les conditions de fond
La condition essentielle de fond est celle de pouvoir conclure valablement un contrat de
gage au sens l’article 3 et 4 de l’Acte uniforme relatif aux suretés. Ainsi, la propriété du titre
est nécessaire, car seul le titulaire d’un bien peut le donner en gage.
Tirant les conséquences de ce principe, le Règlement n’autorise l’endossataire à titre
pignoratif de l’endosser le titre qu’à titre de procuration. Il ne peut donc ni l’endosser à titre
pignoratif encore moins à titre translatif.
b- Les conditions de forme
Au terme de l’art.161 du Règlement, les mentions que peuvent comporter un
endossement pignoratif sont, « valeur en garantie », « valeur en gage » ou « tout autre
mention impliquant un nantissement ». En cas ambiguïté dans la détermination de la nature de
l’endossement causé par l’imprécision ou par le caractère équivoque d’une mention,
l’endossement est présumé translatif.

2- Les effets de l’endossement pignoratif


L’endossataire à titre pignoratif acquiert les droits du titre en vertu d’un droit
personnel, assise sur la sûreté réelle qui grève le titre. L’endossataire à titre pignoratif ne peut
qu’endosser à titre de procuration et non à titre pignoratif encore moins à titre translatif. Cela
car, l’endossataire à titre pignoratif n’a pas la propriété du titre.
Les effets varient selon certaines situations.
Dans le premier cas, il y a coïncidence entre les dates d’échéance de la créance
garantie et celle de la lettre de change. Ici, le bénéficiaire de l’endossement pignoratif
pourra recouvrer le montant du titre si la créance garantie n’est pas payée à la date convenue.
Et, si la créance garantie est inférieure au montant de la lettre, le créancier gagiste
(endossataire) doit le surplus à son débiteur (endosseur).
Dans le second cas, les deux dates ne coïncident pas. Dans cette hypothèse, les effets
sont différents selon que la date de la lettre de change ou celle de la créance garantie arrive en
premier.
 La date de la lettre de change arrive en premier. L’endossataire va encaisser le montant
de la lettre de change et son gage sera reporté sur les sommes qu’il a encaissées. C’est une
situation exceptionnelle par rapport au droit commun du gage. Il y a là une dérogation aux

49
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
règles générales du gage commercial selon lesquelles le créancier gagiste ne peut pas se payer
lui-même.
 La date de la créance garantie survient en premier. Le débiteur, (endosseur) doit payer
sa dette. S’il est dans l’incapacité, créancier gagiste (endossataire) réalise le gage.

50
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION III : LES GARANTIES DE LA LETTRE DE CHANGE
L’émission de la lettre de change est indépendante de l’engagement du tiré. Pour avoir la
chance de la faire escompter par un banquier, la lettre peut être garantie. Si le tiré ne paie pas à
l’échéance, le porteur pourra actionner le garant. La valeur de la lettre se voit ainsi renforcée.
Constitue une mesure de sûreté la provision en elle-même (§ I), l’acceptation (§ II) et l’aval (§
III) de la lettre de change.
§ I : La provision
La provision est une notion importante du droit cambiaire qui n’a pas de définition
légale. Selon la doctrine, elle peut être appréhendée comme une créance éventuelle du tireur
contre le tiré, susceptible d’exister à l’échéance du titre.
Au terme du Règlement 44, « … il y a provision à l’échéance de la lettre de change, si
celui sur qui elle est fournie est redevable au tireur ou à celui pour le compte de qui la
lettre est tirée d’une somme au moins égale au montant de la lettre de change… ».
Ainsi, dans notre droit positif il y a provision dès qu’il existe une créance du tireur sur
le tiré. A côté de la provision, il importe de clarifier la notion voisine et différente qui est la
valeur fournie. C’est la créance que le bénéficiaire a sur le tireur.
La provision n’a d’importance qu’à l’échéance ; est-ce à dire qu’elle ne serait pas
essentielle à l’émission de la lettre de change comme dans le cas du chèque ? Cette
interrogation pose le problème de son existence (A).
S’il est vrai que la lettre peut être émise sur la base d’une créance éventuelle, il est par
conséquent légitime de déduire que sa présence à l’émission pourrait accorder une crédibilité
complémentaire à la lettre de change, il est question ici du rôle de la provision (B). La
provision met en évidence enfin, le problème des effets de complaisances (C).

A- L’existence de la provision
Même si la provision doit exister qu’à l’échéance selon l’art.155 du Règlement, il est tout
de même essentiel de savoir à quelle condition l’on peut conclure à une existence réelle d’une
provision (1) et à qui incombe la responsabilité de constituer la provision (2) et qui a la
propriété de la provision (3) une fois la lettre émise.

44
Voir l’art.155 du Règlement

51
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
1- Les conditions d’existence de la provision
Pour que l’on affirme que la provision existe, il faut qu’elle remplisse certaines
conditions. Elle doit :
 Etre une somme d’argent,
 Avoir un montant égal au montant de la lettre de change. Ainsi, si la créance du
tireur sur le tiré est inférieure au montant de la lettre de change, il y aura provision
partielle.
 Etre éventuelle lors l’émission mais disponible et exigible au moment de l’échéance
de la lettre de change. La créance ne doit pas être conditionnelle, ni à un terme plus
éloigné que l’échéance.
Toute provision à terme qui ne satisferait pas à l’une de ses conditions n’est pas digne
d’avoir la qualité de provision et toutes les conséquences doivent être tirées.

2- La charge de la constitution de la provision


L’art.155 du Règlement règle cette difficulté, en imputant cette responsabilité au tireur ou
simplement par le mandant pour lequel la lettre est tirée. Cette situation n’est totalement vraie
que lorsque la lettre de change n’est pas acceptée par le tiré.
La charge de la preuve varie selon que la lettre ait été acceptée ou pas.
En cas de non acceptation, elle doit être faite par celui qui prétend l’avoir constitué. En
l’espèce, il s’agira du tireur conformément au droit commun 45.
En cas d’acceptation, que le tireur ait constitué une provision ou non chez le tiré, l’on
suppose que la provision existe. L’acceptation fait donc présumer la provision chez
l’accepteur. Reste à être déterminée la portée de cette présomption. Après quelques
hésitations, la jurisprudence a finalement basculée vers la qualification de présomption
irréfragable dans les rapports cambiaires et de présomption simple dans les rapports extra
cambiaires. Le tiré peut donc prouver qu’il n’a pas reçu provision, mais cela sur le terrain
extra cambiaire.
Toutefois, le porteur a une action cambiaire pour le simple fait que tiré ait apposé sa
signature sur le titre. Mais aussi, une action assise sur la créance de somme d’argent
transmise aux porteurs successifs de la lettre par endossement.

45
Voir l’art.1315 du code civil

52
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
B- Le rôle de la provision
La provision n’est pas indispensable à l’émission de la lettre de change. Elle révèle est
par conséquent dispensable à l’émission (1). Cependant, son existence à l’émission confère
une certaine crédibilité et garantie (2) à la lettre de change lors de sa circulation.

1- Le caractère facultatif de la provision


La lettre de change est valablement émise en dépit de l’inexistence de provision. En fait,
l’émission de la lettre de change constitue une opération abstraite et indépendante des rapports
extra cambiaires, contractuels entre les parties. C’est là, l’une des distinctions majeures entre
le chèque et la lettre de change. La provision est nécessaire à l’émission du chèque pendant
qu’elle ne l’est pas dans le cas l’émission de la lettre de change.
La provision n’est pas nécessaire à l’émission de la lettre de change, mais sa présence
confère une certaine garantie aux différents signataires du titre et facilite sa circulation.

2- L’effet de l’existence de la provision à l’émission


La provision qui n’est indispensable à la validité de la lettre de change peut jouer un rôle
de garantie supplémentaire de garantie de paiement en faveur du porteur de la lettre. Le
mécanisme de garantie repose sur la propriété de la provision qui cette fois est réelle et est
transmise successivement aux différents porteurs légitimes. Notons qu’au terme de l’art.155
du Règlement, la propriété de provision se transmet au fur et à mesure aux différents porteurs
successifs de la lettre de change. Contrairement au cas où, la provision n’était qu’éventuelle
car n’existant pas à l’émission, elle n’a pu se transmettre lors de la circulation du titre.
En effet, l’existence de la provision constitue une garantie supplémentaire pour le porteur
qui acquiert un droit exclusif et extérieur au titre sur le tiré. Il peut donc exiger le paiement
même en cas de non acceptation de la lettre par le tiré.
Cette garantie que l’existence de la provision à l’émission de la lettre confère est basée
sur l’art.155 du Règlement.

C- Les effets de complaisances ou de cavaleries


Une traite de complaisance est une lettre de change qui est signée par une personne qui
n’a pas l’intention de la payer mais qui agit par complaisance pour une autre personne afin
de lui permettre de se procurer des fonds en faisant escompter cette traite fictive par un
banquier naïf. Le complaisant peut être soit le tireur ou le tiré.

53
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Mais le plus souvent, c’est le tiré qui est complaisant. Bien qu’il ne doive rien au tireur,
il accepte la lettre de change que celui-ci tire sur lui, pour que ce dernier puisse l’escompter
ou l’endosser. Le tiré complaisant n’a nullement l’intention de payer personnellement la
lettre, le tireur lui ayant fait la promesse de lui verser avant l’échéance la provision nécessaire
pour le paiement.
Ce peut être le tireur qui est complaisant. Il tire alors une traite sur le complu et fait
escompter cette traite par son propre banquier. Généralement, l’initiateur de l’effet de
complaisance n’arrive pas à payer la traite à l’échéance.
Ce n’est pas tant le défaut de provision qui justifie la nullité des traites de complaisance
que le défaut d’intention de s’obliger de la part du signataire complaisant et que le but
frauduleux de procurer du crédit au moyen d’un effet fictif.

§ II : L’acceptation de la lettre de change


L’acceptation et l’engagement pris par le tiré ou un tiers sur la lettre de change de payer
celle-ci au porteur quand ce dernier la lui présentera à l’échéance. L’acceptation est un
engagement autonome résultant de la signature de la lettre. Dès qu’il y a acceptation, la provision
est présumée et il pèse systématiquement sur l’accepteur l’obligation de payer la lettre. Par sa
signature, il se reconnait débiteur du tireur et il doit par conséquent l’assumer. Le régime
juridique46 de l’acceptation contient sa présentation (A), ses modalités (B), ses conditions (C) et
ses effets (D).
A- La présentation à l’acceptation
L’auteur de la présentation, peut être effectué par soit le porteur ou soit par n’importe
lequel des détenteurs successifs. Il est à signaler que le tireur peut être le porteur ou le
détenteur, par conséquent il peut valablement présenter le titre à l’acceptation. Le tiré peut
demander qu’une seconde présentation lui soit faite le lendemain.
Lieu de la présentation, est le domicile du tiré ou du tiers accepteur.
Caractère de la présentation, l’acceptation demeure facultative, elle est laissée au choix
du porteur. En fait, dans la pratique elle utilisée pour vérifier si le tiré ou le tiers accepteur est
débiteur du tireur. Toutefois, elle peut être imposée au porteur la présentation par l’inscription
des « clauses de contre acceptation » ou « à présenter à l’acceptation avant une date précise ».
Cette technique permet au tireur de s’enquérir des intentions du tiré avant le terme. Le tireur

46
Règlementé par les articles 163 à 168 du Règlement.

54
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
peut tout simplement interdire la présentation en insérant une clause d’interdiction. Dans ce
dernier cas, les endosseurs ne pourront valablement faire accepter le titre.
Délai de la présentation, elle doit intervenir avant l’échéance de la lettre. Cependant le
tireur peut indiquer un délai de présentation au porteur au quel il est tenu.
Moment de la présentation, à l’émission, lors de la circulation et avant l’échéance de la
lettre.
B- Les modalités de l’acceptation
L’acceptation qui est l’engagement de payer peut être prise par le tiré (1) ou être l’œuvre
d’un tiers intervenant (2).
1- L’acceptation par le tiré
Au terme de l’article 163 de du Règlement, le tiré peut être l’accepteur. L’acceptation du
tiré fait présumer la provision et informe le porteur de la réalité de la dette du tireur qui pèse
sur lui. Mais, il peut arriver des cas où les signataires c’est-à-dire le tireur, l’endosseur ou
l’avaliseur désigne une autre personne pour accepter ou payer au besoin.

2- L’acceptation par intervention


Cette modalité est déduite à la lecture des articles 210 et 211 du Règlement. En effet, les
tous signataires indiqués une personne pour accepter ou payer la lettre de change. Le
Règlement indique que l’acceptation par intervention peut avoir lieu dans tous les cas où des
recours sont ouvert avant le terme au porteur d’une lettre de change acceptable.
Pour échapper au recours en cas de refus de payer du tiré, le tireur ou l’endosseur peut
désigner un tiers pour accepter à la place du tiré. Ce tiers désigné est dit
« recommandataire » ou « au besoin ». Son acceptation prive le porteur du recours
systématique contre le tireur. Ce dernier doit ‘adresser avant au tiers intervenant. Dans la
pratique, cette modalité est observable par l’inscription de la mention « accepté par
intervention pour le compte …le nom de la personne pour qui l’on intervient).
Le tiers intervenant n’est tenu que comme celui qu’il représente, c’est-à-dire s’il
intervient pour le compte d’un endosseur, il n’est engagé qu’à l’égard des signataires
postérieurs.
C- Les conditions de l’acceptation
L’acceptation, comme tout acte juridique nécessite pour sa validité le respect de
conditions préalables de fond (1) et de forme (2)47.

47
Voir l’art.165 du Règlement.

55
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
1- Les conditions de fond
La signature des lettres de change est un acte de commerce, ainsi la capacité commerciale
est exigée pour accepter un effet. Le pouvoir et consentement doivent exister et être intègre.
L’acceptation doit être pure et simple, toutefois elle peut porter que sur une partie du montant
de la lettre. Toutes autres modalités comme une condition ou un terme, une modification
apportée par l’accepteur doit être interprétée comme un refus d’acceptation selon les termes
du Règlement.
2- Les conditions de forme
L’acceptation est marquée par la mention « accepté » ou toute autre mention
équivalente suivie de la signature de l’accepteur. La signature manuscrite ou la signature par
tout procédé ? L’hésitation est permise, mais une forte partie de la doctrine opine pour une
signature manuscrite de l’accepteur. Dans une analyse formaliste, l’on ne doit pas distinguer
là où la loi ne distingue point. Dans les autres cas où les autres procédés non manuscrits
valaient, le Règlement l’a bien signifié. Par voie de conséquence, est susceptible d’engager
que la signature manuscrite de l’accepteur. Toutefois, un accepteur ne pourrait valablement se
soustraire de son engagement pour un tel motif. Nous pensons que dans la survenance d’un
litige, seul doit prévaloir la bonne ou mauvaise foi du signataire.
Aussi admet-on que, la simple signature du tiré au recto de la lettre vaut acceptation.
Si l’acceptation intervient par acte séparé, c’est-à-dire en dehors du titre, elle n’a aucune
valeur cambiaire, en revanche peut constituer une reconnaissance de dette par réduction sur le
terrain du droit commun.
D- Les effets de l’acceptation
L’acceptation entraine des effets. Ceux-ci varient selon que l’acceptation ait été accepté
(1) ou refusée (2).
1- En cas d’acceptation
Lorsque la lettre est acceptée48, elle confère une sécurité certaine au titre et protège les
porteurs successifs. L’acceptation entraine des rapports différents les parties impliquées
intéressées au titre. Les rapports diffèrent selon que nous soyons le porteur de la lettre
s’adresse au tiré (a), selon que le tiré se retourne ver le tireur (b) et selon que le porteur non
payé compte se retourner contre le tireur (c).

48
Voir l’art.167 du Règlement

56
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
a- Dans les rapports porteurs et tiré accepteur
Le tiré ou l’intervenant accepteur doit payer obligatoirement la lettre à l’échéance. Cette
obligation est cambiaire et résulte du titre lui-même. En plus, l’acceptation suppose provision.
Sur ces deux bases, le porteur peut actionner le tiré pour exiger une exécution forcée ou en
remplacement par le biais de dommages et intérêts. En cas de défaut de paiement, le porteur
pourra dans son action demander tout ce qui peut être exigé en vertu des articles 189 et 192 du
Règlement.
b- Dans les rapports tireur et tiré
L’acceptation n’éteint pas la créance contractuelle originaire. Le tiré reste tenu toutefois
par l’effet novatoire de l’acceptation. Le tiré ou l’intervenant qui paie une lettre même
acceptée, dispose d’un recours subrogatoire contre le tireur qui n’a pas fourni provision avant
ce dit paiement.

c- Dans les rapports entre tireur et porteur impayé


Dans les rapports tireur et porteur impayé, l’acceptation n’a pas d’effet libératoire. En
fait, le tireur doit prouver l’existence de la provision entre les mains du tiré et exiger le
paiement au profit du porteur.
Contrairement à la pensée qui considérait que l’acceptation libère le tireur, il faut faire
remarquer la portée de la présomption de provision que confère l’acception à une portée
simple entre le tiré et le tireur.

2- En cas de refus d’acceptation


Le refus d’acception à l’inverse de l’acceptation peut être partiel ou total49. L’art.168 du
Règlement considère comme une absence d’acceptation la biffe avant remise de la lettre (a).
Dans le cas d’un refus de paiement, le tiré ou l’intervenant n’est point tenu (b) et il pèse sur le
porteur de dresser un protêt faute d’acceptation (c).

a- La biffe de l’acceptation
Le biffage consiste à barrer la mention qui révèle l’acceptation sur la lettre de change.
Elle vaut comme refus d’acceptation que s’il intervient avant la restitution du dit titre. Ceci
résulte de l’art.168 du Règlement.
Sauf ce biffage, l’acceptation est irrévocable. Et cela, même si le tiré ou l’intervenant
accepteur réussit à faire parvenir l’information avant que le porteur ne reçoive le titre disant
49
Voir l’art.185 du Règlement.

57
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
qu’il revient sur son acceptation. La protection de tiers est ainsi opérée en vertu du principe la
« foi est due au titre ». Encore, faut-il le rappeler, la lettre de change est un titre abstrait et
indépendant, il se suffit en lui-même.

b- Le tiré ou le tiers intervenant n’est pas tenu de payer la lettre


En cas de refus d’acceptation de la lettre de change, le tiré ou l’intervenant n’est point
tenu du paiement. Toutefois, il demeure un débiteur contractuel (extra cambiaire) du tireur.
Il reste aussi débiteur du porteur de la lettre de change dans les conditions du droit commun
sur le fondement du principe de la propriété de la provision. La provision se transmet aux
différents porteurs successifs.

c- La réalisation d’un protêt faute d’acceptation


La réalisation du protêt est facultative, sauf clause contraire. Le refus d’acceptation peut
donc être constaté par un protêt faute d’acceptation50. Dans le cas où il doit intervenir, il doit
l’être dans le délai fixé pour la présentation à l’acceptation. Si la première présentation a lieu le
dernier jour du délai, le protêt peut être encore dressé le jour suivant, le lendemain.
Le défaut de réalisation du protêt ne fait pas perdre les recours envers les autres
signataires de la lettre. Le porteur qui s’en prive peut attendre simplement l’échéance pour
recourir contre ses derniers. Il en est autrement, si une clause impose la réalisation d’un protêt
faute d’acceptation.
Dès la réalisation du protêt faute d’acceptation, le porteur peut immédiatement et donc
sans attendre l’échéance du titre, entreprendre un recours en paiement 51contre les endosseurs, le
tireur et ses autres signataires. Aussi est-il admis au porteur un recours en paiement anticipé
lorsque le tiré accepteur ou non est en situation de redressement judiciaire, ou en liquidation de
biens ou faillite. La situation du tireur est également déclencheuse de recours prématurés dans le
cas où la lettre est non acceptable et que ce dernier se révèle en redressement judiciaire, ou en
liquidation de biens ou faillite.
Toutefois, les personnes contre lesquelles les recours anticipés sont exercés peuvent
demander et obtenir des délais de grâce auprès du tribunal compétent de leur domicile sous
trois (3) jours.

50
Voir l’art.186 du Règlement.
51
Voir l’art.185 du Règlement.

58
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
§ II : L’aval
L’aval peut être définit comme le cautionnement donné par une personne qui s’appelle
« donneur d’aval », « avaliste » ou « avaliseur » en faveur d’un signataire de la lettre de
change qui lui est désigné sous l’appellation d’ « avalisé ». Il consiste en l’engagement
cambiaire de payer donné par le « donneur d’aval » pour le compte d’un signataire en cas de
son insolvabilité à l’échéance. Le régime juridique de l’aval est définit par l’art.169 du
Règlement. Pour être valable, et produire des effets (B), l’aval doit respecter des conditions
(A).
A- Les conditions de l’aval
Les conditions à respecter sont celles requises pour la validité de tous les actes juridiques,
c’est-à-dire celles relatives au fond (1) et à la forme (2).
1- Les conditions de fond
Elles sont relatives à la capacité et au pouvoir de celui qui s’engage entant que donneur
d’aval (a). Ensuite, elles sont relatives à l’étendu et les bénéficiaires de l’engagement (b).

a- La capacité et le pouvoir du donneur d’aval


La signature de l’aval est un acte de commerce, ainsi, la capacité commerciale et
nécessaire. Il peut être donnée par toute personne capable y compris par l’un quelconque des
signataires de la lettre de change.
Quant à la question du pouvoir, le donneur d’aval doit avoir le pouvoir pour engager
valablement le donneur d’aval dans les cas où c’est un dirigeant ou un organe d’une personne
morale qui souscrit à un tel engagement. Dans le cas d’un engagement pour le compte d’un
tiers, les conditions d’un mandat en bonne et due forme doivent être respectées. En cas de
difficultés, le mandat apparent pourrait être invoqué par le tiers de bonne foi52.

b- L’étendue et de l’engagement du donneur d’aval et son bénéficiaire


Toute personne déjà engagée cambiairement ou non, même un précédant avaliste peut
être avalisé. Le cautionnement peut être total ou partiel 53.
L’aval doit indiquer pour le compte de qui il est donné sinon il est réputée être donné
pour le compte du tireur 54. La question de la portée à accorder à cette présomption posée par

52
Arrêt de l’Ass. Plen. 13 Décembre 1962.
53
Voir l’art.169 du Règlement
54
Ibid.

59
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
l’art.169 en faveur du tireur a longtemps divisée la jurisprudence et est source de solutions
anachroniques55.
Après quelques années d’incertitudes et d’hésitation, un arrêt des chambres réunies de la
cour de cassation a tranché en faveur du fait que la portée de la présomption n’était pas l’objet
du problème à résoudre, mais qu’il fallait plutôt appréhender la règle comme, une règle de
forme imposable aux titres. Cependant, l’on doit lui appliquer les règles de suppléances
prévues par l’art.149 du Règlement. Depuis cette décision donc, le porteur n’a plus la capacité
de démontrer que l’aval a été donné pour le compte d’une autre personne que le tireur, le tiré
notamment.
Aussi, si l’aval est donné par acte séparé, cette règle n’est pas applicable et les règles de
la liberté de la preuve peuvent être invoquées.
Si l’aval est donné sans désignation sut la traite, et que par un acte autonome il est fait la
désignation du bénéficiaire de l’aval, ce dernier acte fait foi. Mais, s’il y a divergence entre
ces deux actes sur la personne bénéficiaire, nous pensons que le titre par son caractère abstrait
et indépendant doit prévaloir. Donc, laisser prévaloir la lettre de l’art.169 du Règlement.

2- Les conditions de forme de l’aval


L’aval peut être donné par acte séparé (b) ou directement sur le titre (a). Ces modalités
sont présentées par l’art.169 du Règlement.
a- Aval donné sur la traite
Dans cette hypothèse, elle doit être marquée par la mention « bon pour aval pour le
compte de … » ou tout autre mention équivalent, accompagnée par la signature du de celui
qui s’engage. La simple signature du donneur d’aval au recto de la lettre confère la validité de
l’engagement, sauf s’il s’agit de la signature du tireur et ou du tiré.
Dans la pratique, le donneur d’aval précise le montant pour lequel il s’engage et la date
pour une question de sécurité, même si ces mentions ne sont pas imposées légalement.

b- Aval donnée sur une allonge ou par acte séparé


L’aval donné par acte séparé est valable. Toutefois, les règles cambiaires qui résultent de
la signature apposée sur le titre ne lui est pas transposable. Ainsi, si la portée du
cautionnement n’est pas précisé, il est présumé solidaire au terme de l’art.10 de l’AUS et non
pas parce qu’il est présumé solidaire au sens du droit cambiaire. Donc ici, le donneur d’aval

55
Voir l’hypothèse énoncée par KAKOU Alain Claude, Droit commercial, instrument de paiement, droit des entreprises en
difficultés, ABC 2013, p.112.

60
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
peut souscrire à un cautionnement simple et bénéficier du principe de la division et de la
discussion des biens du garant.
La jurisprudence impose à la validité de cet engagement, des limitations. Notamment
celles relatives à la précision du montant garantie et la durée de l’engagement.

B- Les effets de l’aval


Les effets de l’aval sont celles d’un cautionnement classique avec quelques singularités
propre au droit cambiaire. Ainsi produit-il un engagement cambiaire et accessoire (1) mais, il
confère aussi des droits au donneur d’aval dès que ce dernier aura accompli sa mission de
paiement (2).
1- Le caractère de l’engagement : cambiaire et accessoire
Les effets cambiaires de l’aval proviennent de sa nature d’accomplissement d’acte de
commerce que confère la signature du titre. Ainsi, l’engagement est commercial, solidaire,
abstrait, soumis à une courte prescription et exclusif à tout délais de grâce. Sauf les cas
d’engagements souscrit par un acte séparé.
L’engagement est accessoire comme toutes sûretés, c’est-à-dire le créancier de
l’obligation doit avoir actionné en premier le débiteur principal en vain. C’est seulement après
le constat de l’insolvabilité du celui-ci, que celui-là peur être poursuivit en réalisation de la
sûreté, en actionnant le donneur d’aval.
2- Les rapports subséquents
La caution étant tenue de la même manière que le signataire pour le compte duquel il
s’est engagé. Il peut à ce titre opposer, au porteur les mêmes exceptions qu’aurait pu lui
opposer celui pour le compte duquel il s’est engagé.
Toutefois, le principe de l’indépendance de signatures fait que les exceptions fondées sur
la nullité de l’engagement du signataire due à l’incapacité ou à un vice du consentement sont
inopposables au porteur. Aussi convient-il de rappeler que les exceptions purement
personnelles sont inopposables au signataire garanti.
Le donneur d’aval est tenu de payer le tiers porteur de la lettre en cas d’insolvabilité du
tiré ou de refus de payer du tiré. Une fois que le donneur d’aval a payé le tiers porteur, il peut
se retourner sur le fondement d’un recours subrogatoire contre le débiteur garanti. En plus, le
donneur d’aval pourra actionner les autres signataires de la lettre, mais ce recours n’est admis
que contre le tireur, le tiré accepteur, et contre les endosseurs antérieurs à l’avalisation.

61
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION IV : LE PAIEMENT DE LA LETTRE DE CHANGE
En principe, la lettre de change à terme doit être payé. Qu’elle circule ou pas, qu’elle
est été acceptée ou pas, avalisé ou pas, elle doit à son échéance recevoir paiement.
Le régime juridique du paiement se décline selon une procédure spécifique (§ I). Au
terme de cette procédure, il survient des cas où la lettre n’arrive pas à être payée, ce qui créé
ce que l’on appelle un défaut de paiement (§ III). Il existe des cas où la loi permet au porteur
de la lettre de change de demander qu’il soit sursoit au paiement en y faisant opposition (§ II).

§ I : La procédure du paiement
Une fois à l’échéance, la lettre doit être présentée au paiement par le porteur légitime au
tiré ou à son mandataire. Celui-ci peut payer la totalité du montant de la lettre ou une partie de
celle-ci.
A- La présentation du paiement
En principe, la présentation de la lettre de change est imposée par l’arrivée du terme,
l’échéance de celle-ci. En effet, le fait générateur c’est-à-dire l’élément qui rend exigible le
paiement, c’est l’arrivé du terme. La lettre ne peut qu’être tiré à vue, à un certain délai de vue,
à un certain délai de date ou à jour fixe 56. En tout état de cause, elle doit être présentée au
paiement qu’à l’arrivée du terme inscrit sur la lettre.
Mais exceptionnellement, elle peut être présentée avant ou après son échéance.
La présentation pour paiement a priori de la lettre peut intervenir dans les cas de
l’escompte de celle-ci. L’escompte consiste pour un banquier de payer une lettre avant son
échéance sous déduction des intérêts. Les endossements translatif et pignoratif peuvent au
sens large être considérés comme un autre assouplissement. Car tout comme l’escompte, ils
permettent de recevoir le paiement ou une partie de celle-ci avant son terme.
La présentation a posteriori arrive lorsque l’échéance ne se situe pas à un jour ouvrable.
C’est également le cas de la lettre de change payable à jour fixe dans la mesure où le
Règlement dispose qu’une telle lettre peut être présentée soit le jour de l’échéance, soit à l’un
des deux jours ouvrables qui suivent 57.

56
Voir l’art.170 du Règlement.
57
Voir l’art.174 du Règlement.

62
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
B- La personne tenue de payer
Le débiteur principal du paiement de la lettre de change reste le tiré. Le Règlement
dispose que « le tiré peut exiger, en payant »58 et « le tiré qui paie avant l’échéance… »59.
Toutefois, le tiré peut mandater ou indiquer valablement une personne autre pour effectuer le
payement. Ainsi, le solvens peut être une personne autre que le tiré, dans cette hypothèse on
parlera de paiement par intervention. Un tel paiement est libératoire et reste valable au sens
des articles 212 et suivants du Règlement.
Mais pour que le tiré soit définitivement libéré faut-il que le paiement revête certains
caractères. Le tiré doit vérifier la régularité de la suite des endossements mais il n’est pas tenu
de contrôler l’authenticité des signatures. Ensuite, il doit payer le porteur de la lettre de
change avec bonne foi. Le paiement avec bonne foi suppose que le paiement ait été exécutée
sans fraude, ni faute lourde60.
NB : La fraude doit s’entendre d’une faute intentionnelle caractérisée par une
connivence active et consciente en faveur du porteur et au détriment du tiers.
La faute lourde est constituée par la négligence grave commise par le tiré en payant le
porteur.
C- Le bénéficiaire du paiement
Le bénéficiaire du paiement c’est-à-dire celui qui doit recevoir le paiement, l’accipiens
est le porteur à l’échéance. Les articles 174 et 176 du Règlement sont sans équivoque à ce
niveau quand ils disposent que « le porteur d’une lettre de change payable … » et « le porteur
d’une lettre de change ne peut être contraint d’en recevoir paiement… ».
Le porteur peut par endossement par procuration, demander à un tiers de recevoir
paiement pour son compte. Le porteur ou son mandataire ne devra que justifier ses droits sur
le titre. Ainsi, après avoir vérifié que les noms des endosseurs successifs correspondants est
bien ceux des bénéficiaires successifs, le porteur est présumé régulier ou légitime 61.
Le porteur légitime n’est donc pas au sens du droit cambiaire le détenteur physique du
titre, mais plutôt celui qui a son nom sur le titre à la dernière place des endossements ou à la
place du départ de la chaine lorsque le titre n’a pas circulé. Mais, il convient de retenir que
dans le cas d’un endossement en blanc, le détenteur matériel peut se révéler être le porteur
légitime. Le seul le paiement entre les mains du porteur légitime est libératoire. En revanche,

58
Voir l’art.175 du Règlement.
59
Voir l’art.176 du Règlement.
60
Ibid.
61
Voir l’art.159 du Règlement.

63
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
si le paiement a été effectué, il reviendra au porteur lésé de prouver la mauvaise foi du payeur,
c’est-à-dire démontrer sa fraude ou sa faute lourde.

D- La date, lieu et montant du paiement


La date du paiement coïncide avec son échéance en principe, mais exceptionnellement,
ils peuvent ne pas coïncider (infra, voir la présentation au paiement). Alors que le créancier
de droit commun est libre de ne pas se faire payer à l’échéance, le porteur de la lettre de
change lui en ait obligé. En cas de non-respect de cette obligation, le porteur est déchu de ses
droits de recours en raison de sa négligence. Un tel porteur est qualifié de porteur négligent.
Le lieu du paiement est le lieu indiqué sur le titre, à défaut, ce lieu est réputé être le
domicile du tiré.
Le montant du paiement peut être soit total ou soit partiel. Et le tiré à le pouvoir
d’imposer un paiement partiel au porteur tout exigent que la mention de ce paiement partiel en
soit fait sur la lettre et que quittance lui soit remise 62. Le porteur dans une situation de
désintéressement partiel devra faire dresser protêt que du montant qui reste à être perçu.

E- L’objet du paiement
Le paiement de la lettre de change doit se faire en monnaie ayant cour légal. Toutefois,
lorsqu’elle est stipulée payable en une monnaie étrangère, il sera payé d’après sa valeur au
jour de l’échéance63. Le paiement peut être exécuté par la remise en espèces de fond à un
guichet, par remise d’un chèque ou par la réalisation d’un virement bancaire 64.
A l’instar du droit commun, la remise du chèque n’est pas libératoire tant que ce dernier
n’a pas fait l’objet encaissement. Il en va de même pour l’ordre de virement, tant que le
compte du porteur n’est pas pourvu, le tiré, débiteur, solvens n’est point libéré. Entre
banquier, le paiement se fait par un système de compensation au sein du système bancaire.
La preuve du paiement se fait selon l’art.1282 du code civil. C’est-à-dire, la par la remise
du titre au tiré qui peut exiger que lui soit remise acquittée par le porteur65.

§ II : L’opposition au paiement
L’opposition au paiement est une injonction faite au tiré par le porteur légitime d’une
lettre de change dans le cas où se produirait une circonstance qui la justifie selon les
62
Voir l’art.175 du Règlement.
63
Voir l’art.177 du Règlement.
64
Voir l’art.187 du Règlement.
65
Com.6mai 1991, [Link].V.n°158.

64
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
prescriptions légales. Pour mieux l’appréhender donc, il convient de présenter les cas susceptible
de donner droit à opposition (A) et de préciser les effets d’un tel mécanisme (B).

A- Les causes de l’opposition au paiement


Le Règlement en son art.180 énumère limitativement les cas où l’on peut faire opposition
au paiement d’une lettre de change. Nous avons :
 Le cas de perte de la lettre de change ;
 Le cas de procédure collective ouverte contre le porteur.
La perte de la lettre de change doit s’entendre au sens large, ainsi l’on peut intégrer son
vol.
Pour le cas de procédure collective, la mesure d’opposition vise à faire éviter la
disparition des actifs. Si un tel mécanisme à une portée salutaire, il faut bien reconnaitre
qu’elle devrait intervenir un peu plus tardivement dans la procédure.
Elle devrait en notre sens ne pas concerner le cas où le porteur serait en simple règlement
préventif, car même pendant cette étape de la procédure, le porteur dispose incontestablement
du pouvoir de gestion de son entreprise. La doctrine convient unanimement que le Règlement
est un peu trop sévère et radical sur cette question66.
La conséquence immédiate de cette disposition serait le refus de prise en compte d’une
opposition qui fait en violation de cet article.

B- Les effets de l’opposition au paiement


En principe, une opposition régulièrement faite oblige le tiré à ne pas payer, donc à
refuser le paiement au porteur de la lettre de change. En cas, d’opposition irrégulière, le tiré
peut valablement désintéresser le porteur sans courir de risque.
Exceptionnellement en revanche, le Règlement admet des atténuations. En effet, en cas
de perte de la lettre de change le porteur peut quand même recevoir paiement de celle-ci67. La
solution est selon que la lettre disparue possède ou non des exemplaires.
Dans le cas où le titre perdu possède d’autres exemplaires, la solution est selon que la
lettre ait été acceptée ou pas.
Si le titre n’était marqué par le sceau de l’acceptation, le propriétaire peut poursuivre le
paiement sur une seconde, troisième et ainsi de suite.

66
KAKOU Alain Claude, Droit commercial, instrument de paiement, droit des entreprises en difficultés, ABC 2013, p. 124.
67
Voir l’art.181 du Règlement.

65
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Toutefois, si le titre était marqué par le sceau de l’acceptation, il faudra que le
propriétaire la lettre perdue se réfère à justice pour obtenir une ordonnance du président du
tribunal lui autorisant de recevoir paiement et de fournir une caution capable de payer la
même lettre dans le cas où il serait démontré que le propriétaire victime de la perte n’en
était pas le véritable.
Dans le cas où le titre perdu ne possède point exemplaires, qu’elle ait été acceptée ou
pas la solution est pareille.
Le propriétaire la lettre perdue doit se référer à justice pour obtenir une ordonnance du
président du tribunal lui autorisant de recevoir paiement mais cette fois-ci en prouvant sa
propriété sur le dit titre à travers ses livres de commerce et en fournissant une caution
solvable pour que dans le cas où il serait démontré que le propriétaire victime de la perte
n’en était pas le véritable, cette caution puisse payer le véritable propriétaire.

§ III : Le défaut de paiement


Le défaut de paiement est un incident de paiement qui intervient en cas de situations
prédéterminées par le Règlement. Il y a notamment défaut de paiement dans les cas suivants :
 Lorsqu’à l’échéance de la lettre de change, le porteur ne reçoit pas paiement,
ou ;
 Si l’acceptation de la lettre a été refusée partiellement ou totalement, ou ;
 Dans le cas où le tiré accepteur ou non est redressement judiciaire, liquidation
des biens ou faillite, en cas de cessation de e paiement même non constatée par
un jugement et en cas où la saisie de ses biens est demeurée infructueuse, ou ;
 Dans les cas où le tireur d’une lettre de change non acceptable est soumis au
à une procédure de redressement judiciaire, de liquidation des biens ou est en
faillite.
Dans le cas de la survenance d’un défaut de paiement, la loi impose une conduite à tenir
au porteur diligent qui veut nécessairement avoir le paiement de sa lettre. Le porteur devra
faire dresser un protêt faute de paiement (A). La réalisation du protêt est la condition
préalable à l’exercice des recours dont dispose le porteur (B). Les recours dont il s’agit sont
cambiaires donc ont des caractères particuliers, ils sont empreint de prescriptions courtes (C)

66
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
A- Le protêt faute de paiement
Le refus de paiement doit être constatée par un acte authentique, c’et le protêt faute de
paiement68. En d’autre terme, le porteur de la lettre de change non payé doit faire dresser
nécessairement un protêt faute de paiement. Il peut arriver que conventionnellement ou
légalement, l’obligation de dresser un protêt soit écartée.
Conventionnellement, la dispense de protester se matérialise par l’inscription sur la lettre
de mention facultative notamment « la clause de retour sans frais », « la clause sans protêt »
ou toute autres mentions équivalente. Légalement, la dispense résulte de certaines situations :
- En cas de force majeure empêchant 30 jours durant la réalisation d’un
protêt69 ;
- En cas d’ouverture d’une procédure collective contre le tiré accepteur ou
non ;
- En cas d’ouverture d’une procédure collective contre le tireur d’une lettre non
acceptable.
Si le porteur impayé d’une lettre de change se trouve dans l’une des conditions légales
suscitées ou si le titre comporte la mention facultative impliquant une dispense de protêt, il
n’est plus soumis à l’obligation de protester et peut systématiquement exercer les recours à sa
disposition. Si malgré cette dispense le porteur dresse quand même le protêt, il en supporte les
frais. La dispense du protêt n’entraine point la dispense de la présentation à l’échéance.
Le protêt est un acte authentique dressé par un notaire, un huissier, ou par toute
personne ou institution dûment habilitée par la loi. Il contient la transcription littérale de
lettre de change, l’acception des endossements et des recommandations qui y sont indiquées,
la sommation de payer le montant de la lettre de change. Il énonce la présence ou l’absence de
celui qui doit payer, motifs du refus de payer et l’impuissance ou le refus de signer 70.
Le lieu établissement du protêt est soit71 :
 Au domicile de celui sur qui la lettre de change tait payable, c’est-à-dire le
domicile du tiré ou à son dernier domicile connu ;
 Au domicile des personnes indiquées par la lettre pour payer au besoin, c’est-à-
dire le domicile l’accepteur ou du garant
 Au domicile du tiers intervenant qui a accepté de payer par intervention.

68
Voir l’art.186 du Règlement.
69
Voir l’art.197 du Règlement.
70
Voir les arts.199 et 200 du Règlement.
71
Voir l’art.199 du Règlement.

67
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Il doit intervenir dans un certain délai. D’après les dispositions de l’art.186 du
Règlement, il doit être dressé dans l’un des deux jours ouvrables suivant les refus de
paiement. En tout état de cause, les délais prévus peuvent être réaménagés si l’on s’en tient au
Règlement72.
B- Les recours du porteur
Les recours contre les différents signataires de la lettre de change sont réservés en priorité
au porteur diligent. A l’inverse, le porteur négligent est déchu d’une partie de ses recours
contre les autres signataires 73.
Selon le Règlement, le porteur est dit négligent :
- S’il ne fait pas dresser protêt ou s’il ne le dresse pas dans les délais
légaux ;
- S’il n’a pas présenté et fait protester la lettre de change payable à vue
dans le délai d’un an ;
- S’il n’a pas fait dresser protêt faute d’acceptation dans le cas d’une lettre
de change imposant la présentation à l’acceptation ;
- S’il n’a pas présenté la lettre de change au paiement dans le cas d’une
lettre de change où est inscrite une clause de retour sans frais.
Si le porteur ne se trouve pas dans l’une au moins des situations précités, il est réputé être
diligent et peut bénéficier de recours contre tous ceux qui ont tiré, accepté, endossé et avalisé
la lettre de change comme le prévoit l’art.191 du Règlement.

 Les recours du porteur diligent


Le moment du recours, ils peuvent être exercés à l’échéance ou avant l’échéance. Ils
interviennent à l’échéance si le paiement de la lettre de change n’a pas eu lieu.
Avant l’échéance s’il y a refus total ou partiel d’acceptation ; dans le cas de
redressement judiciaire, liquidation des biens ou faillite, en cas de cessation de paiement
même non constaté par un jugement, en cas de saisie des biens demeurée infructueuse du tiré
accepteur ou non ; dans le cas de redressement judiciaire, liquidation des biens ou faillite du
tireur d’une lettre non acceptable. Dans ce dernier cas, la déduction sera faite d’un escompte
sur le montant de la lettre.
L’étendu du recours, il porte sur le montant de la lettre, ses intérêts s’il en a été stipulé ;
les frais du protêt ainsi que les autres frais et les intérêts au taux légal dès l’échéance.

72
Voir l’art.171 du Règlement.
73
Voir l’art.196 du Règlement.

68
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Toutefois, une déduction sera faite d’un escompte sur le montant de la lettre si le recours est
exercé avant l’échéance du titre.
La forme du recours, il peut être amiable et ou judiciaire. En réalité, les recours sont le
plus souvent amiable, c’est lorsque survient un véritable blocage dû à la mauvaise foi ou au
refus injustifié d’exécution d’un signataire du titre que le recours judiciaire intervient.

 Les recours du porteur négligent


Il conserve exceptionnellement trois (3) types de recours.
D’abord contre le tireur qui n’a pas fourni de provision à l’échéance, il conserve son
recours cambiaire. En fait, le montant de la lettre à servi à payer le bénéficiaire et donc il y
aurait enrichissement sans cause au profit du tireur s’il ne fournissait pas la provision à
l’échéance. On peut donc affirmer ce recours est basé sur l’action de l’enrichissement sans
cause ou dit in rem verso.
Ensuite, il conserve son recours cambiaire contre le tiré accepteur. En fait, la négligence
du porteur ne préjudicie point le tiré accepteur, conséquemment l’on admet que le porteur
puisse se retourner contre lui-même s’il n’a pas été diligent. Cette solution est à soutenir dans
la mesure où même si l’on admet que le porteur est négligent, il reste créancier du titre, le
principal débiteur qui ne justifie pas d’une erreur de son créancier doit à bon droit payer sa
dette.
Enfin, les recours extra cambiaires sont conservés. La déchéance ne concerne
exclusivement que les recours cambiaires, elle laisse subsister par ricochet les recours extra
cambiaires qui demeurent exerçable par le porteur. Ainsi, les actions fondées sur les rapports
extra-cambiaires c’est-à-dire la créance, la valeur fournie ne sont pas éteintes. Le porteur est
devenu le propriétaire de la provision par endossement successif, il peut donc obtenir son
paiement.
C- La prescription des recours
La prescription est un mode extinction d’une obligation. C’est un mode libération
résultant de l’inaction du créancier pendant un certain temps. Le législateur n’a pas voulu
laisser la lettre de change être régit par les règles de la prescription trentenaire (30 ans) de
droit commun, même ni aux règles de prescription quinquennale (5 ans) en matière
commerciale.
Il existe en matière de lettre de change des prescriptions courtes, cela dans l’optique de
ne pas laisser prolonger trop longtemps une menace d’action cambiaire en paiement subsister
sur les signataires de la lettre.

69
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
1- Les délais de prescription de la lettre de change
Les prescriptions varient selon les parties en présences. Ainsi existe-il trois types de
délais 74 qui sont les suivants :
 Les actions dirigées contre le tiré-accepteur se prescrivent par trois (3) ans a compté
de la date de l’échéance de la lettre ;
 Les actions dirigées par le porteur contre les endosseurs et contre le tireur se
prescrivent par un (1) an à compter du protêt ou à l’expiration du délai pour dresser
protêt ou à l’échéance en cas de la clause de retour sans frais ;
 Les actions d’un endosseur contre les autres endosseurs et contre le tireur se
prescrivent par six (6) mois à compter du jour où l’endosseur a remboursé la lettre
ou du jour où il a été lui-même actionné.
2- Les causes interruptions de la prescription de la lettre de change

Le délai de prescription est interrompu selon le droit commun. En effet, une action en
justice, une reconnaissance de dette, commandement de payer ou une saisie est cause
d’interruption de la prescription. En principe, lorsque la prescription est interrompue, c’est
une nouvelle prescription courte qui recommence à courir. Mais exceptionnellement, dans le
cas où l’acte interruptif opère une novation, comme c’est le cas de la reconnaissance de dette
par acte séparé et le cas d’un jugement de condamnation à payer, la prescription recommence
en prenant les caractères de droit commun car il y novation.
L’interruption intervenue à l’égard d’un des signataires n’a pas d’effets des autres 75. En
fait, les signataires cambiaires ne se représentent pas contrairement à des débiteurs solidaires.

74
Voir l’art.223 du Règlement.
75
Ibid.

70
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
BILLET A ORDRE

71
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
CHAPITRE III : LE BILLET A ORDRE
Le billet à ordre est un instrument de paiement qui présente beaucoup de similarité
avec la lettre de change, cela n’a pas empêché le Règlement à lui consacrer un certain nombre
de dispositions. Il est donc clair que si la lettre de change et le billet à ordre se rejoigne sur
certains points, ils s’en éloignent sur d’autres. L’étude de cet effet va donc se décliner comme
suite. D’une part, une partie préliminaire sera consacrée à l’étude de la notion de billet à
ordre. D’autre part, une seconde partie sera consacrée à l’étude de son régime juridique en
mettant en relief les similitudes et les dissemblances qui existent entre le billet à ordre et la
lettre de change.

SECTION PRELIMINAIRE : LA NOTION DE BILLET A ORDRE

Le billet à ordre est un effet de commerce au mettre titre que la lettre de change.
Cependant, au contraire de la lettre, elle n’a pas un régime juridique original. La quasi-totalité
des règles relatives à la lettre de change lui sont applicables. Ainsi, il bénéficie d’un sous
traitement car la majeure partie des manuels de cours relatifs à ces instruments ne font que
demander que l’on se réfère aux dispositions de la lettre de change. Par conséquent, ce titre
reste plus ou moins connu, car son étude véritable est rare.
Qu’est-ce-que le billet à ordre ? Quels en sont ses caractères ? Le traitement de ses
questions nous permettra d’appréhender les particularités de ce titre.

 La définition du billet à ordre


Le billet à ordre à l’instar de la lettre de change, ne bénéficie pas de définition légale. La
doctrine s’accorde à le considérer comme un titre par lequel une personne s’engage à payer
une somme déterminée à un bénéficiaire ou à son ordre, c’est également un écrit par lequel
une personne, le souscripteur s’engage à payer à une autre personne ou à son ordre, une
somme d’argent à une date déterminée.
Des définitions, il résulte que le billet à ordre met en rapport à sa création que deux
individu, un souscripteur et le bénéficiaire. Tandis que dans la lettre de change il y a trois
personnes qui sont impliquées à sa création, le tireur, le tiré et le bénéficiaire, dans le cas
d’un billet à ordre, le souscripteur joue le rôle à la fois du tireur mais aussi du tiré.

72
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
 Le caractère du billet à ordre
L’article 4 de l’acte uniforme portant droit commercial général le billet à ordre d’acte de
commerce par la forme. Sa signature nécessite donc la capacité commerciale. Toutefois, il
faut rappeler que le billet à ordre, contrairement à la lettre de change n’a pas toujours eu un
caractère commercial. Son caractère dépendait de la nature de la dette pour laquelle elle était
souscrite (dette civile ou commerciale).
Il était civil, s’il était souscrit pour payer une dette de nature civile et commerciale s’il
était souscrit pour solder une dette commerciale. En revanche, si lors de sa circulation, un
signataire ayant la qualité de commerçant l’avait endossé, la compétence de trancher le litige
qu’occasionnerait ce titre était reconnu au tribunal du commerce.
Aujourd’hui, la question a été réglée, le billet à ordre à un caractère commercial quel
qu’en soit la nature de la dette pour laquelle elle fut souscrite. Conséquemment, c’est le
tribunal du commerce qui est compétent pour régler tout litige survenu à l’occasion d’un billet
à ordre.

73
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION II : LES SIMILITUDES ET LES DISSEMBLANCES
ENTRE LE BILLET A ORDRE ET LA LETTRE DE CHANGE
Le billet à ordre est un effet de commerce qui ressemble beaucoup à la lettre de change.
Subséquemment, leur régime juridique sont identiques en certains points (sous-section I) mais
se révèlent différents (sous-section II) sur d’autres points.

SOUS-SECTION I : LES POINTS COMMUNS ENTRE LES DEUX


TITRES
Le Règlement en abordant le régime juridique du billet à ordre nous ramène
constamment à celui de la lettre de change. Ainsi, il est clair que sur ses différents points, le
billet à ordre et la lettre de change ont un régime juridique identique, notamment en ce qui
concerne leur création (§ I), leur circulation (§ II) et leur paiement (§ III).

§ I : Du point de vue de leur création


A ce niveau, nous analyserons les similarités de forme (A) et de fond (B).

A- Les conditions de forme


Ici, de la même façon que l’art.149 du Règlement énumère 8 mentions qui doivent figurer
sur la lettre de change sous la menace de n’être pas considérée comme lettre de change,
l’art.228 du Règlement s’adonne au même exercice en ce qui concerne le billet à ordre. En
effet, il existe des mentions obligatoire et facultative (1) qui peuvent comme dans le cas de la
lettre de change, être supplées (2).
1- Les mentions
Il existe sept (7) mentions qui doivent figurer obligatoirement sur le titre. Nous avons :

1° La clause à ordre ou la dénomination du titre insérée dans le texte même exprimée


dans la langue utilisée pour rédiger le titre, clause de l’essence du titre ;

2° La promesse pure et simple de payer une somme déterminée ;

3° L’indication de l’échéance ;

4° L’indication du lieu où le paiement doit être effectué ;

5° Le nom de celui auquel ou à l’ordre duquel le paiement doit être fait, c’est-à-dire le
bénéficiaire ;

6° L’indication de la date et le lieu où le billet à ordre est souscrit ;

74
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
7° La signature du souscripteur du billet à ordre, elle doit être manuscrite.

Un billet à ordre qui ne comporte pas ces mentions, ne vaut pas comme billet à ordre.
Mais, à l’instar de la lettre de change, le législateur a prévu des règles de suppléance en cas
d’omission de certaines mentions obligatoires.
2- Les règles de suppléance
Lorsque le souscripteur aura omis de faire inscrire une des mentions importante, ce n’est
pas dans tous les cas que le billet sera annulé. Il existe des règles de suppléances légales. En
effet, il y a des mentions dont leur omission n’affecte pas la validité du titre. Nous avons :
 L’omission relative à la mention concernant l’échéance, est supplée par le fait que
le billet à ordre est réputée payable à vue ;
 L’omission relative à une mention concernant une indication spéciale est supplée
par le fait que le lieu de création sera réputé être le lieu de paiement et même
temps, le lieu de domicile du souscripteur ;
 L’omission relative à la mention concernant le lieu de souscription, est supplée
par le lieu désigné à côté du nom du souscripteur.

En dehors de ses mentions qui bénéficient de suppléance légale, toute autre omission
entraine le refus de la qualification du titre comme un billet à ordre. Comme dans le cas de la
lettre de change, l’omission d’une mention obligatoire fait perdre au titre sa valeur de lettre de
change, mais il n’en demeure pas moins qu’elle peut être valablement disqualifiée en billet à
ordre.
Dans l’hypothèse du billet à ordre, l’omission d’une mention obligatoire entraine les
mêmes effets, il ne vaut pas comme billet à ordre. Elle entraine en revanche par la théorie de
la réduction des actes, sa disqualification en une simple promesse de payer et ou une
reconnaissance de dette. Toutes les mentions facultatives qui peuvent être inscrites sur la
lettre de change peuvent figurer également sur le billet à ordre sans exception.

B- Les conditions de fond


Le billet à ordre est un acte de commerce par la forme à l’image de la lettre de change
(2), il faut conséquemment avoir la capacité commerciale et être à mesure de pouvoir le signer
(1).

75
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
1- La capacité et le pouvoir
Il faut comme dans la lettre de change avoir une capacité commerciale pour pouvoir
s’engager à travers un tel titre. Par ricochet, une émancipation simple ne saurait suffire à un
mineur si celle-ci n’est pas accompagnée d’une autorisation spéciale de faire le commerce.
A côté de la capacité, celui qui souhaite engager un tiers par signature du billet doit en
avoir les pleins pouvoirs à l’instar de ce qui est prévu dans la lettre de change. En tout état de
cause, la théorie du mandat apparent sera appliquée en cas de litige.

2- Leur nature d’acte de commerce


Au terme de l’article 4 de l’AUDCG, le billet à ordre est devenu un acte de commerce par
la forme. Ainsi, la lettre de change et le billet à ordre sont tous deux selon cette disposition
des actes de commerce par la forme. La nature du billet à ordre n’est donc plus soumise à la
nature de la dette qui a motivée sa création.

§ II : Du point de vue de leur circulation


L’art.229 du Règlement affirme qu’en matière de circulation du billet à ordre, les
dispositions relatives à la lettre de change sont applicables. Ainsi admet-on que le billet peut
faire l’objet d’endossement soit translatif (A), soit non translatif (B).
A- L’endossement translatif
L’endossement translatif du billet à ordre est soumis à des conditions et produit des effets.
Nous aurons ici, les conditions de formes avec les clauses telles que « payé à l’ordre de
Mr… », «Transmis à l’ordre de Mr… », «Veuillez payer à l’ordre de Mr… » ; de fond qui
sont pareilles à celle traitées au titre des conditions de fond requises pour la création du
billet à ordre en général. Notamment celles relatives à la capacité (majeur, et mineur
négociant) et au pouvoir du signataire.
Les effets sont à titre principal, le transfert de la propriété du titre. Ensuite, nous avons la
transmission des droits résultant du billet à ordre, les garanties au paiement, et
l’inopposabilité des exceptions.
B- L’endossement non translatif
Ce sont les endossements qui n’opèrent pas transfert du titre au profit de l’endossataire.
Au titre de ces endossements, nous avons comme dans le cas de la lettre de change,
l’endossement pignoratif (1) et l’endossement par procuration (2)

76
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
1- L’endossement pignoratif
Il intervient généralement lorsque le porteur veut se procurer des fonds sans se démunir
de la propriété du billet. Il obéit à un ensemble de conditions et une fois valablement endossé,
il entraine des effets.
Au titre des conditions de fond, il faut pouvoir conclure un contrat de gage au sens des
articles 3 et 4 de l’AUS. Ainsi, le titre doit appartenir effectivement à celui qui entreprend ce
type d’endossement. Pour les exigences de forme, le titre doit être revêtu des clauses telles
que « valeur en garantie », « valeur en gage » ou « tout autre mention impliquant un
nantissement ». En cas d’ambiguïté, l’endossement sera réputé translatif.
En ce qui concerne les effets, L’endossataire à titre pignoratif acquiert les droits du titre
en vertu d’un droit personnel, assise sur la sûreté réelle qui grève le titre. S’il voulait
endosser à son tour, il ne pourra le faire qu’à titre de procuration et non à titre pignoratif
encore moins à titre translatif.

2- L’endossement par procuration


L’endossement à titre de procuration est un endossement dans lequel l’endosseur donne
mandat à l’endossataire d’encaisser la lettre de change à son profit. Lui également obéit à des
conditions et créé des effets.
Au rang des conditions, l’endossataire doit pouvoir conclure un contrat de mandat, être
capable commercialement et avoir le pouvoir pour une telle opération. Pour entreprendre un
endossement à titre de procuration, les parties doivent insérer sur le titre une clause mettant en
relief le caractère de représentatif de l’opération. Ainsi, nous pouvons avoir notamment les
clauses telles que ; « valeur en recouvrement », « pour encaissement », « par procuration »
ou « toute autre mention impliquant un simple mandat ».
Les effets sont ceux d’un mandat classique. Toutefois, il existe une particularité. Ce type
de mandat ne prend pas fin à la survenance du décès et ou l’incapacité de l’endosseur
(mandant) comme c’est le cas en droit commun du mandat (Art.2003 Code Civil).

§ III : Du point de vue de leur paiement


Sur le plan du paiement du billet à ordre, il y a des similitudes avec la lettre de change au
niveau des garanties (A) et des modalités du paiement (B).
A- Les garanties du paiement

77
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Les garanties du paiement referment l’ensemble des mécanismes qui permettent au
créancier de se prémunir contre l’insolvabilité du débiteur. L’engagement des signataires (1)
constituent de ce point de vue une garantie que nous soyons dans le billet à ordre que dans la
lettre de change. C’est le cas de l’aval (2) mais également de la similitude entre les
engagements du souscripteur et du tiré accepteur (3).

1- L’engagement solidaire des signataires


Comme dans la lettre de change, les signataires du billet à ordre sont solidairement tenus
de son paiement. Les engagements cambiaires indépendants et solidaire que confère la
signature du titre existe que l’on soit dans le cas de la lettre de change ou dans le cas du billet
à ordre. Ce raisonnement est déduit des lettres de l’art.230 du Règlement, qui dispose que les
règles en matière de recours faute de paiement de la lettre de change sont transposable au
billet à ordre.
Les signataires solidaires dont il s’agit sont constitués de l’ensemble des personnes qui
ont tiré, accepté, endossé, avalisé le titre76.
Les règles étant pareilles, le porteur légitime et non négligent impayé d’un billet à ordre,
à l’échéance, après avoir dressé le protêt faute de paiement, peut valablement exercer ses
recours contre tous les signataires tenus solidairement de payer le titre.
2- L’aval
L’aval est engagement cambiaire de payer donné par une personne, le « donneur d’aval »
pour le compte d’un signataire du billet à ordre en cas de l’insolvabilité à l’échéance du
souscripteur. Les conditions et effets de l’aval sont pareils à tous les niveaux entre le billet à
ordre et la lettre de change 77.
Pour qu’un contrat d’avalisation soit valable, il faut que le donneur d’aval soit capable
commercialement car en signant le billet en qualité d’avaliste, l’on accomplit un acte de
commerce. L’avalisation peut être partielle ou total. En outre, celui qui engage par sa
signature doit avoir les pouvoirs conséquents. L’aval peut être donné sur le billet ou sur une
allonge, par acte séparé. Formellement il se matérialise par les clauses « bon pour aval pour
le compte de … » ou tout autre mention équivalent, accompagnée par la signature du de celui
qui s’engage.
L’avalisation est un engagement cambiaire accessoire. Ce qui signifie que le donneur
d’aval sera actionné que dans la mesure où le signataire pour lequel l’aval a été pris se révèle

76
Voir l’art.191 du Règlement.
77
Voir l’art.232 du Règlement.

78
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
insolvable. Le donneur d’aval qui aura payé effectivement le billet à ordre au bénéficiaire
possède une action subrogatoire contre le souscripteur.

3- Le souscripteur tenu comme le tiré accepteur


L’engagement essentiel que confère l’acceptation de la lettre de change, c’est l’obligation
de payer de l’accepteur. Admettre donc que le souscripteur du billet à ordre soit tenu de la
même façon que l’accepteur d’une lettre de change78, signifierait que le souscripteur du billet
à ordre se doit de payer le billet quelle que soit les circonstances 79.
La confusion des qualités de tireur et tiré dans celui du souscripteur est perceptible à
travers cet article. On peut poursuivre pour ajouter à juste titre que dans l’hypothèse du billet
à ordre, le souscripteur est considéré pas comme le tiré, mais plutôt comme le tiré accepteur.
Ses obligations sont donc plus prononcées, et cela à toutes les occasions ; contrairement au
cas de la lettre de change où le tiré peut parfois refuser l’acceptation et réduire ses
engagements.
Même si l’acceptation est une garantie qui n’existe pas expressément dans le cas du billet
à ordre, l’on retrouve ses effets dans les obligations qui incombent au souscripteur.

B- Les modalités du paiement


Le porteur d’un billet à ordre à l’obligation de le présenter au paiement à l’échéance (1)
sous peine d’être taxé de porteur négligent comme dans la lettre de change. Il dispose des
possibilités de s’opposer au paiement (3) du titre dans les mêmes conditions que dans le cas
de la lettre de change. Et, il a droit d’exercer les recours (4) contre les signataires en cas, de
défaut de paiement. Enfin, le paiement du billet à ordre peut se faire selon les modalités et un
objet (2) semblables à celui de la lettre de change.
1- L’échéance
L’art.230 dispose qu’en ce qui concerne les règles relatives à l’échéance, le billet à ordre
et la lettre de change se rejoignent. Ainsi, il est juste d’affirmer 80 que le billet à ordre peut être
souscrit uniquement qu’à vue, à un certain délai de vue, à un certain délai de date et à jour
fixe.
Ainsi, comme dans la lettre de change, le billet à ordre à vue est payable à sa
présentation. Et il doit être présenté dans un délai d’un (1) an à partir de sa date.

78
Voir l’art.233 du Règlement.
79
Voir l’art.167 du Règlement.
80
Voir l’art.170 du Règlement.

79
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
L’échéance d’un billet à ordre à un certain de vue est déterminé, soit par la date de
l’acceptation, soit par celle du protêt.
Enfin, le billet à ordre payable à jour fixe dans un lieu où le calendrier est différent de
celui du lieu de l’émission, la date de l’échéance est considéré comme fixée d’après le
calendrier du lieu de paiement 81.
2- Le paiement
Le régime juridique du paiement du billet et la lettre de change sont similaires 82. Le billet
peut être payé soit par le par le souscripteur du billet à ordre ou par son mandataire. Il peut
être payé en espèce, par chèque ou par virement ; intégralement ou partiellement.
Dans le cas où il serait payé par chèque ou par virement, tant que le porteur n’aura pas
reçu effectivement le paiement, la remise du chèque ou l’ordre de virement n’est pas
libératoire. Ensuite, en cas de paiement partiel du billet, a l’instar de la lettre de change, le
souscripteur pourra exiger que mention de ce paiement soit faite sur le titre et que quittance
lui en soit donnée. Le porteur devra faire dresser protêt que du reliquat de la somme83.
3- L’opposition au paiement
Partant de la même disposition du Règlement qui implique que, le régime juridique du
paiement du billet et la lettre de change sont similaires, il est logique d’affirmer que les
domaines de l’opposition du paiement des deux titres, sont identiques.
Les cas d’opposition sont les cas de pertes du billet à ordre ou le cas de procédure
collective ouverte contre le porteur84. La perte de la lettre de change doit s’entendre au sens
large, ainsi l’on peut intégrer son vol. Pour le cas de procédure collective, la mesure
d’opposition vise à faire éviter la disparition des actifs. Si un tel mécanisme à une portée
salutaire, il faut bien reconnaitre qu’elle devrait intervenir un peu plus tardivement dans la
procédure. Les critiques faites à cet égard par Maitre KAKOU Alain Claude dans son
manuel85 de cous restent valable pour le billet à ordre même si c’est une analyse faite au profit
de la lettre de change.
4- Les recours faute de paiement
En matière de défaut de paiement, les règles sont encore les mêmes86. Le billet à ordre et
la lettre de change ont un régime juridique superposable. Le défaut de paiement constaté par

81
Voir les arts. 170, 171, 172 et 173 du Règlement pour plus de détails.
82
Voir l’art.230 du Règlement.
83
Voir les arts. 175, 187 et 188 du Règlement pour plus de détails.
84
Voir l’art.180 du Règlement.
85
KAKOU Alain Claude, Droit commercial, instrument de paiement, droit des entreprises en difficultés, ABC 2013, p. 124.
86
Art. 230 opt. cit.

80
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
un protêt faute de paiement, le porteur du billet à ordre bénéficie de recours cambiaire et extra
cambiaire.
Mais, les recours dont il s’agit, sont relatifs exclusivement cambiaires. Pour pouvoir les
exercer, il faut que le porteur soit diligent. S’il est négligent, il perdra la majorité de ses
recours ne pourra exercer qu’à titre principal les recours extra cambiaire.
Les recours cambiaires en matière de billet à ordre sont caractérisés également par des
délais très brefs87, courtes prescriptions, qui sont de six (6) mois, un (1) an et trois (3) ans
comme c’est le cas dans la lettre de change.

87
Voir les arts. 230 et 222 du Règlement.

81
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SOUS-SECTION II : LES POINTS DE DISSEMBLANCES ENTRE
LES DEUX TITRES
Le billet à ordre et la lettre de change n’ont pas que de points communs, si l’on s’en
tient simplement à la dénomination formelle (§ I) de ces deux titres. Ainsi, il va naturellement
qu’il existe quelque différences (§ II) négligeables soient-elles.

§ I : Les différences formelles


Les différences formelles du billet à ordre et de la lettre de change sont détectables
visuellement (A) même des titres. Ensuite, nous présenterons un exemple de chacun des titres
étudiés (B).
A- Au niveau de l’apparence physique du titre
L’apparence physique des titres doit pouvoir permettre de les différencier.
D’abord, la première mention obligatoire de la lettre de change est selon le Règlement
« la dénomination de lettre de change, insérée dans le texte même du titre et exprimée dans la
langue employée pour sa rédaction ». En ce qui concerne le billet, c’est également « La
clause à ordre ou la dénomination du titre insérée dans le texte même exprimée dans la
langue utilisée pour sa rédaction ». Partant de ce postulat, l’on est fondé à affirmer qu’a vue
d’œil, le billet à ordre et la lettre de change sont différents matériellement, par leurs intitulés.
Ensuite, la lettre de change doit nécessairement porter pas la dénomination : « lettre de
change » dans le corps du titre. Au contraire, la dénomination du billet à ordre n’est pas
nécessaire ; il suffit que la clause « à ordre » soit inscrite dans le billet.
Enfin, un autre aspect physique permet d’avantage de les distinguer. Tandis que, sur le
billet à ordre un engagement personnel de paiement est pris par le souscripteur, sur la lettre de
change, le tireur invite une autre personne à s’engager à payer. A la lecture des textes que
portent donc les deux titres, l’on remarque une différence.

B- Exemple de billet à ordre et de lettre de change


1- Exemple de lettre de change

A Abidjan, le 1er mars 2015


Au 30 Avril prochain,
Accepté Veuille payer contre cette lettre de change à l’ordre de YAO Paulin,
Diarra Ali la somme de cinq millions (5.000.000) de francs CFA.
A Diarra Ali (Tiré / son adresse) Signé : Koffi Erick (Tireur)

82
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
2- Exemple de billet à ordre

Contre le présent billet à ordre, je paierai la somme de dix millions (10.000.000)


de francs CFA à Mr Koffi Albert ou à son ordre à échéance du 1 er Décembre 2015.

A Abidjan le 22 février 2015

Bon pour aval Mr Digbeu Remi


Kouadio Privat

§ II : Les différences de fond


Les différences substantielles existant entre le billet à ordre et la lettre de change sont
perceptibles à plusieurs niveaux. D’abord, au niveau du nombre des parties impliquées dans la
création (A) du billet à ordre, ensuite au niveau de l’existence de provision (B) et enfin, au
niveau de l’absence de l’acceptation (C).

A- Au niveau des parties impliquées dans la création


De la définition du billet à ordre, nous observons que c’est une opération qui dans sa
création implique deux (2) personnes au contraire de la lettre de change qui nécessite trois (3)
personnes.
Comme le souscripteur du billet à ordre se donne en quelque sorte l’ordre à lui-même de
payer le bénéficiaire, il joue en même temps le rôle de tireur et du tiré accepteur de la lettre
de change. Ainsi donc, il y a que le souscripteur et le bénéficiaire du billet qui sont présent à
la création du billet à ordre, alors que dans l’hypothèse de la lettre de change, nous avons le
tireur, le tiré et le bénéficiaire.
C’est cette différence majeure de la confusion des qualités des acteurs dans le billet à
ordre qui entraine l’existence des autres oppositions entre ces deux titres, notamment
l’absence de provision et d’acceptation.

B- Au niveau de la provision
L’inexistence de provision est une différence importante entre les deux titres. Si la
provision n’est pas obligatoire à l’émission de la lettre de change (même si sa présence à

83
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
l’émission constitue une garantie supplémentaire pour le porteur du titre), elle doit être
présente nécessairement à l’échéance.
La provision, est en fait la créance du tireur sur le tiré, or dans le cas du billet à ordre,
la qualité du tireur et du tiré sont confondues dans la seule qualité de souscripteur. Il est donc
évident que le souscripteur ne peut pas être son propre débiteur et ou créancier à la fois. Il n’y
a donc pas transfert de provision comme c’est le cas dans la lettre de change, car la provision
n’existe même pas. L’art. 155 du Règlement n’est donc pas applicable au billet à ordre.

C- Au niveau de l’acceptation
Il n’est pas question d’acceptation dans le cas du billet à ordre car l’acceptation est
l’engagement pris par le tiré ou un tiers sur la lettre de change de la payer au porteur quand
ce dernier la lui présentera à l’échéance. L’acceptation n’est rien d’autre qu’un engagement
de payer pris par la personne qui accepte le titre, ce peut être le tiré ou un tiers.
L’acceptation n’est donc plus nécessaire dans le billet à ordre, dans la mesure où,
l’engagement de payer le titre est pris par le souscripteur en souscrivant le billet à ordre. Il
s’engage dès l’émission du billet à ordre à le payer quand en inscrivant la clause à ordre que
ce dernier contient.
Le Règlement en son art.233 confirme le fait que l’acceptation n’est pas utile dans le cas
du billet à ordre car en tout état de cause, le souscripteur est tenu comme le tiré-accepteur.

84
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
LA CARTE DE BANCAIRE ET LES
INSTRUMENTS DE PAIEMENTS
ASSIMILÉS

85
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
CHAPITRE IV : LA CARTE DE BANCAIRE ET LES
INSTRUMENTS DE PAIEMENTS ASSIMILÉS

Le régime juridique de la carte bancaire et des autres instruments et procédés de paiement


électronique posé par le Règlement se décline en une présentation générale des informations
relatives à ses instruments (Section I) et en l’exposition des mesures de lutte contre leur
utilisation frauduleuse (Section II).

SECTION I : LA CARTE BANCAIRE ET LES INSTRUMENTS


DE PAIEMENTS ASSIMILÉS
Le Règlement confère un régime juridique unique à la carte bancaire et à certains
instruments et procédés de paiement électronique. Le législateur anticipe même en insérant les
instruments modernes à naitre dans la catégorie des instruments et procédés de paiement
électronique.
L’étude de la carte bancaire et des autres instruments et procédés de paiement
électronique, passe par l’analyse des dispositions générales (§ I) et de celles des obligations (§
II) des parties intervenants dans les opérations de virements, de cartes bancaires ou d’opérations
impliquant les autres instruments ou procédés de paiement assimilés à la carte bancaire.

§ I : Les dispositions générales relatives à la carte bancaire et aux autres


instruments et procédés de paiement

Les dispositions générales sont relativement sommaires, mais elles ont le méritent de
préciser l’essentiel. Elle spécifie d’une part le champ d’application des dispositions (A) et
d’autre part présentent les différentes catégories (B) de cartes et des autres instruments et
procédés électronique de paiement.
A- Le champ d’application 88
Les articles 131 à 148 du Règlement relatifs à la carte bancaire et aux autres instruments
et procédés de paiement électronique, sont applicables qu’aux virements effectués par tous
supports, au procédé électronique lorsque la banque ou l’établissement financier récepteur
d’autre part, sont situés dans un ou plusieurs Etats membres de l’UEMOA.

88
Voir l’art.132 du Règlement.

86
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
B- La typologie des cartes bancaires et les instruments de paiements
assimilés

La réglementation juridique relative aux systèmes de paiement dans l’espace UEMOA


permet aux banques et organismes assimilés d’émettre en dehors de la lettre de change, du
billet à ordre et du chèque, plusieurs autres catégories d’instruments de paiement.
Depuis les cartes qui peuvent exister sous divers formes ; carte bancaire ou de paiement
(1), de retrait (2), de porte-monnaie électronique (3) en passant par les autres instruments et
procédés de paiement électronique (2).

1- La carte bancaire et les cartes de paiement


La carte bancaire est un généralement une carte émise par un banquier habilité, remise à
un bénéficiaire lui permettant de retirer ou de virer des fonds. La carte de paiement est quant à
elle, une carte émise par les organismes visés à l’article 42 et permettant à son titulaire de
retirer ou de virer des fonds.
De par leur définition, la carte bancaire et la carte de paiement sont similaire. Nous
comprenons donc pourquoi le législateur communautaire ne s’est pas donné du mal à définir
la carte bancaire. En revanche, pour un besoin de clarté, nous pensons qu’il aurait été plus
pédagogique que le Règlement précise la similarité ou confusion qui existe entre ces deux
notions.
2- Les cartes de retrait
La carte de retrait est une carte émise par les organismes visés à l’article 42 et permettant
exclusivement à son titulaire de retirer des fonds. Les organismes dont il s’agit ici sont les
Banques habilités par la loi et les systèmes financiers décentralisés tels que les mutuelles et
coopératives d’épargne et de crédit dûment habilité par la loi au sens du Règlement.

3- Le porte-monnaie électronique
Le porte-monnaie électronique est une carte de paiement prépayée, c’est-à-dire sur
laquelle une certaine somme d’argent a été chargée, permettant d’effectuer des paiements
électroniques de montant limités. Le porte-monnaie électronique se révèle être une carte de
paiement donc une carte bancaire. Ainsi, le porte-monnaie électronique se présente
physiquement sous la forme d’une carte.

87
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
4- Les Autres instruments et procédés de paiement électronique dit assimilés

Les autres instruments et procédés de paiement électronique ne sont pas exhaustivement


énumérés par Règlement. Toutefois, au travers de celui-ci, on peut déduire au terme de son
art.131 qu’en abordant les autres instruments et procédés de paiement électronique, il fait
allusion aux télépaiements (a), aux virements électronique (b) et aux instruments modernes de
paiement à naître (c). Il importe de signifier que, l’ensemble de ses instruments sont assimilés
à la carte de bancaire et sont donc régit par un même régime juridique.
a- Le télépaiement
Le télépaiement est selon l’art.1er du Règlement, « un procédé technique qui permet de
transférer un ordre de paiement à distance par l’utilisation d’instruments ou mécanismes
d’émission d’ordre sans contact physique entre les différents intervenants (participants). »
Cette définition n’appel aucun commentaire particulier. En fait, tout paiement qui ne remplit
pas les conditions sus-indiquées ne peut être considéré comme un télépaiement tout
simplement.
b- Le virement électronique
Le virement électronique est au terme du Règlement, « une série d’opérations
commençant par l’ordre de paiement du donneur d’ordre effectué par des moyens ou
procédés électroniques de paiement dans le but de mettre des fonds à la disposition d’un
bénéficiaire. Il peut notamment être effectué au moyen d’une carte bancaire, d’un porte-
monnaie électronique ou par le procédé du télépaiement ou de tout autre mode électronique
de paiement. »
Tout opération susceptible d’être définit comme un virement électronique, doit imposer à
ses parties les obligations prévues par les articles 133 et suivants du Règlement.
c- Les instruments modernes à naître
Le législateur communautaire, ou du moins l’organe législatif de l’UEMOA reste
conscient de l’évolution rapide qui est susceptible de s’opérer dans le domaine des
instruments de paiement. Il adopte ainsi justement une attitude avant-gardiste en introduisant
les instruments modernes à naître dans la famille des autres instruments et procédés de
paiement électronique. Subséquemment, ces nouveaux instruments non encore existant ont un
régime juridique déjà en place, avant même leur apparition.
La question des autres instruments modernes à naître pourrait nous faire penser à
l’introduction prochaine des instruments de paiement qui existent déjà dans le système de

88
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
paiement français notamment au bordereau Dailly89ou à la lettre de change relevé90 sur
support papier ou électronique qui proviennent de la pratique bancaire française compte tenu
de leur forte implantation dans l’espace de l’UEMOA.

§ II : Les effets des cartes bancaires et les instruments de paiement assimilés

Les effets des cartes bancaires et des instruments qui lui sont assimilés font l’objet de
présentation dans des paragraphes différents. Ainsi, il est d’une part traité la question relative
à l’obligation des parties aux virements électroniques (A), et d’autre part celle qui à trait aux
obligations des parties à la carte bancaire et instruments de paiements assimilés (B).

A- Les obligations des parties au virement électronique


Le Règlement distingue les obligations de l’expéditeur (1) d’un côté et de l’autre les
obligations du destinataire (2).
1- Les obligations de l’expéditeur
L’expéditeur est une personne qui émet l’ordre de paiement et au nom de qui le virement
est opéré. Aussi, l’expéditeur désigne la banque qui reçoit l’ordre de paiement.
L’expéditeur est lié par l’émission, la modification ou la révocation d’un ordre de
paiement effectuée par la transmission de message de données ou par tout moyen similaire.
Que cela soit émis par lui ou par toute autre personne qui a le pouvoir de l’engager. Toutefois,
l’expéditeur peut se dégager de cette obligation s’il prouve n’est pas à l’origine de cette
émission, modification ou révocation de l’ordre. En revanche, s’il est responsable de faute
ayant permis au faussaire d’avoir accès aux informations, il (l’expéditeur) demeure lié par
l’ordre donné.
Ce dernier est tenu par les termes de son message, c’est-à-dire en fonction de l’étendue de son
engagement91.

89
Le bordereau Dailly n’est pas un effet de commerce car ne comporte pas nécessairement l’indication d’un montant et d’une
échéance déterminés. C’est fondamentalement un mode simplifié de cession de créance, l’établissement document, le
bordereau remplace la signification exigée par le code civil en son art.1690. Le Dailly porte le nom du sénateur qui a fait
voter la loi instituant cet instrument financier.
90
Le traitement d’une lettre de change classique suppose un nombre considérable de manipulations. La pratique bancaire a
profité des possibilités offertes par l’informatisation pour diminuer les couts de traitement de l’effet. La lettre de change
relevé est donc une lettre de change plus ou moins dématérialisée.

91
Voir l’art.133 du Règlement.

89
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
Lors de la transmission des données à l’émission de l’ordre de paiement, l’expéditeur est
tenu d’une obligation de sécurité. Si par sa négligence, un tiers venait à obtenir les données et
qu’il les utilisait, l’expéditeur négligent est responsable de cet ordre donné par ce tiers
indélicat92
2- Les obligations du destinataire
Dès la réception de l’ordre de paiement, le destinataire doit donner suite à l’ordre de
paiement. Il est tenu à la bonne conservation ainsi qu'’u respect de la confidentialité des
données transmises. Enfin, il doit exécuter l’ordre que dans les termes du message reçu.
Autrement dit, le destinataire est tenu d’une obligation de sécurité mais aussi de celle du
strict contenue du message que comporte l’ordre93.

B- Les obligations des parties à la carte bancaire et instruments de paiement


assimilés

Les relations ou obligations entre émetteur, titulaire et bénéficiaire ne sont rien d’autres
que les rapports entre les intervenants dans le mécanisme d’existence de la carte bancaire et
ses instruments assimilés94. Le Règlement laisse la latitude95 aux différentes parties de régir
leurs rapports selon leurs volontés.

1- Les accords entre l’émetteur et titulaire de la carte


Liberté contractuelle, volonté des parties, loi du contrat.

2- Les accords entre l’émetteur et bénéficiaire du paiement


Liberté contractuelle, volonté des parties, loi du contrat.

92
Voir l’art.134 du Règlement.
93
Voir l’art.135 du Règlement.

94
Voir l’art. 137 qui renvoie pour les émetteurs à l’art.42, qui lui, les désigne sous l’appellation de Banque. En ce qui
concerne les termes Titulaire et bénéficiaire sont utilisés par l’art.138 du Règlement.

95
Voir l’art.136 du Règlement.

90
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
SECTION II : LA LUTTE CONTRE L’UTILISATION
FRAUDULEUSE DE LA CARTE BANCAIRE
La lutte contre l’utilisation des frauduleuse des cartes bancaires est organisée autour
d’un mécanisme de prévention des incidents (§ I), et d’un système de répression (§ II)

§ I : Les mesures de prévention de fraudes, abus et contrefaçons


Les mesures de prévention sont des mesures qui visent à faire éviter, à prévenir les
violations à la réglementation en matière de carte bancaire soient fréquent. Dans l’optique de
rendre ses outils efficace, le législateur a préféré impliquer tous les acteurs qui interviennent
dans le mécanisme de ladite carte. Ainsi, de l’émetteur (A) en passant par le titulaire (B) et le
bénéficiaire (C), chacun se trouve à son niveau être responsable de certaines contraintes plus
ou moins obligatoires.
A- Les mesures à la charge de l’émetteur
Le législateur met à la charge des émetteurs plusieurs obligations que l’on peut diviser en
deux. D’une part, les obligations de vérifications (1) et d’autre part, les obligations
d’information (2).
1- Les obligations de vérification
Au titre des obligations de vérification96, notons qu’il incombe à l’émetteur la charge de
s’enquérir de certaines information concernant le demandeur d’une carte de paiement avant de
d’en mettre à sa disposition.
L’émetteur doit s’assurer que le demandeur n’a pas fait l’objet d’une décision de retrait
de carte, d’une mesure d’interdiction bancaire ou judiciaire d’émettre des chèques ou encore
s’assurer qu’il n’est pas sous le coup d’une condamnation pour l’une des infractions visées
aux articles 143 et suivants du Règlement en vigueur.
Cette obligation à la charge de l’émetteur ne concerne pas la délivrance des portes
feuilles électronique. En revanche, pour celle qu’elle vise, principalement la carte bancaire,
elle permet de refuser au demandeur indélicat l’obtention d’un tel moyen de paiement qui
pourra lui permettre de facilement arriver à ses fins d’en utiliser frauduleusement.

2- Les obligations d’information


Dans un premier temps, les émetteurs se doivent de fournir des informations à toute
personne qui en fait la demande des conditions d’utilisation de la carte bancaire. Ici, l’on n’est

96
Art.139 al.1 du Règlement.

91
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
pas obligé d’avoir la qualité de client de l’émetteur. Subséquemment, l’on peut se renseigner
auprès de n’importe laquelle des sociétés qui ont la qualité d’émettrice pour obtenir des
informations97.
En outre, il pèse sur les émetteurs l’obligation d’informer la Banque centrale d’opposition
enregistrée pour le compte d’un de leur client, et dans tous les cas d’utilisation frauduleuse
par eux constatés98.
Ensuite, ils ont l’obligation de mettre à la disposition des titulaires-utilisateurs des
moyens de préservation de la confidentialité des codes personnels d’utilisation. A ce titre, ils
doivent munir les guichets et les caisses d’installations qui mettent à l’abri des regards
indiscrets. Il leur est formellement interdit de faire figurer sur les factures et reçus les numéros
de cartes bancaires99.
Enfin, ils ont la faculté de s’enquérir des informations relatives aux décisions de retrait de
carte, d’opposition, et de porte-monnaie électronique volés ou perdus auprès de la Banque
centrale. Ceci, dans un souci d’accorder des financements ou l’ouverture de crédit sans trop
de risque et à des personnes qui ne sont pas sous le coup d’une sanction en matière bancaire.

B- Les mesures à la charge du titulaire et du bénéficiaire de la carte


La charge de la prévention contre l’utilisation frauduleuse de la carte de paiement
concerne tous les acteurs du secteur. Ainsi, à côté des initiatives de prévention qui incombent
aux émetteurs, le législateur renforce la prévention en mettant à la disposition du titulaire (1)
et du bénéficiaire (2) d’autres moyens qui n’ont d’autres buts qu’aider à mener à bien le
mécanisme général de lutte contre l’utilisation contraire des cartes de paiement.

1- Le titulaire
Le titulaire d’une carte de paiement à la possibilité de faire opposition 100 en cas de perte,
de vol ou d’utilisation frauduleuse de la carte ou du porte-monnaie et en cas d’ouverture
d’une procédure collective contre le bénéficiaire.
A ce niveau, nous remarquons la constance du législateur, il retient pour tous les instruments
de paiement les mêmes raisons pour former opposition.
En cas de vol ou perte, ce qui est fréquent en pratique, dans la précipitation et
l’affolement, le titulaire peut par un simple coup de téléphone former opposition à son

97
Art.137 du Règlement.
98
Arts.137, 140 et 142 du Règlement.
99
Art.141 du Règlement.
100
Art.142 du Règlement.

92
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
émetteur. En effet, l’opposition est recevable qu’il soit formée par écrit ou par appel
téléphonique. Toutefois, en cas d’opposition formée par téléphone, elle doit être confirmée
par le titulaire muni des pièces justificatives dans les 24 heures ouvrées qui suivent l’appel
téléphonique. A partir de l’opposition, la responsabilité du titulaire est dégagée pour les
opérations postérieures. Mais, avant celle-ci, le titulaire supporte les conséquences de
l’utilisation frauduleuse.
Cette simplification de la procédure de faire opposition s’explique par la rapidité avec
laquelle les opérations en matière de carte de paiement peuvent se faire. Le législateur fait
montre de sa volonté de lutter efficacement contre l’usage frauduleux de ce précieux outil
bancaire, même si sa délivrance n’est pas une obligation 101 pour les émetteurs à l’instar des
autres instruments de paiement.
Il est clair que la responsabilité du titulaire d’une carte bancaire ne soit pas engagée si le
paiement contesté est effectué frauduleusement, à distance, sans utilisation physique de la
carte. Il en est de même en cas de contrefaçon de sa carte et si, au moment de l’opération
contesté, il était en possession physique de sa carte.

2- Le bénéficiaire
Le bénéficiaire quat à lui a à sa disposition la possibilité de vérifier auprès de la Banque
centrale pour s’assurer que le titulaire qui a donné un ordre de paiement à son profit n’est pas
l’objet d’une décision de retrait de carte. Aussi peut-il se renseigner dans les mêmes
conditions pour savoir si le détenteur de la carte en est le réel propriétaire.
Cette possibilité devrait à notre avis être considérée comme obligatoire pour le
bénéficiaire et non une possibilité, cela dans la mesure où en cas de réception d’un paiement
provenant d’une carte volé, le bénéficiaire du paiement peut être considéré comme ayant
commis une infraction102 sauf à démontrer qu’il n’a agi en connaissance de cause.
Cependant, cela s’avèrerait de peu d’importance pour les petits paiements, elle aurait
toute son utilité dans les paiements de gros montant. Même si, d’un autre point de vue
pratique elle serait difficile à mettre en œuvre dans tous les cas, le législateur pouvait
simplement prévoir des sommes au-dessus desquelles le bénéficiaire contraint de cette
obligation.

101
Art.139 al.2 du Règlement.
102
Art.143 du Règlement.

93
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
§ II : La répression de fraudes, abus et contrefaçons
La répression de la violation de la règlementation de la carte de bancaire est prévue
non pas par le Règlement, mais plutôt par la loi ivoirienne N° 97- 518 du 04 Septembre 1997
qui subsiste en ses articles 83 à 90 et 106 à 108. Les incriminations sont produites par le
Règlement mais sanctionnées par la loi ivoirienne. Les infractions en matière de carte
bancaire peuvent être regroupées en deux selon les peines qui leur sont applicables et la nature
de l’infraction. Nous avons d’une part, les infractions de contrefaçons passibles des peines de
l’art. 83 (A) et celles de fraudes et d’abus passibles des peines de l’art. 84 (B).

A- Les infractions de fraudes et d’abus passibles des peines de l’art. 83


de la loi uniforme sur les instruments de paiement

Les fraudes et abus103 sont punis d’un emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende
de 100.000 francs à 2.500.000 francs ou l’une des deux peines uniquement, celui qui :
- Fait usage d’une carte bancaire après expiration ou après son une opposition de celle-
ci pour vol ou perte ;
- Fait usage sans autorisation des données d’identification personnelle ou fait usage de
données fictives pour lancer une opération ;
- Manipule des données ou informations portant sur un compte ou d’autres données
d’identification pour le lancement d’une opération ;
- Détient, fabrique, manie, utilise sans autorisation un équipement spécifique en vue de
la fabrication ou l’altération d’une carte de paiement, (Ici, les mêmes peines sont
applicables aux coauteurs, aux complices) ;

 Toutes personnes qui en connaissance de cause :


- Fabrique ou tente de fabriquer ; reçoit ou tente de recevoir ; obtient ou tente
d’obtenir ; vend ou tente de vendre ; cède ou tente de céder ; détient illégalement ou
tente de détenir illégalement des instruments, articles, logiciels, ou tout autre moyen
spécialement adapté pour commettre l’infraction de transfert ou de tentative de
transfert d’argent ou de valeur monétaire dans le but de se procurer un avantage
économique illégal ou procurer à une autre personne au préjudice d’un tiers, et
altérer, effacer ou supprimer les données informatiques afférentes.

103
Incriminations posées par les articles 144,147 et 148 du Règlement.

94
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
B- Les infractions de contrefaçons passibles des peines de l’art. 84 de la
loi uniforme sur les instruments de paiement

Les contrefaçons104 sont punis d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de
100.000 francs à 5.000.000 francs ou l’une des deux peines uniquement, celui ou ceux qui :
- Frauduleusement se sont appropriés une carte bancaire ;
- Fait ou font usage en connaissance de cause d’une carte bancaire contrefait ou
falsifie ;
- Fait ou font en connaissance de cause usage ou tente de faire usage, détient ou tente
de détenir une carte bancaire obtenue par fraude, falsifiée ou contrefait.
- Accepte ou tente d’accepter un paiement en connaissance de cause au moyen d’une
carte bancaire obtenue par fraude, falsifiée ou contrefait.

104
Incriminations posées par les articles 143 du Règlement.

95
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
LA CENTRALISATION DES
INCIDENTS DES INSTRUMENTS DE
PAIEMENT

96
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
CHAPITRE V : LA CENTRALISATION DES INCIDENTS
DES INSTRUMENTS DE PAIEMENT

La sécurisation des instruments de paiements dans l’espace UEMOA est organisée autour
d’un système de centralisation des incidents qui peuvent survenir lors des paiements soit du
chèque (Section I), soit des effets de commerce (Section II).

SECTION I : LE CHEQUE
L’étude du mécanisme du système de centralisation des incidents de paiement en matière
de chèque, peut se faire en déclinant le rôle des acteurs principaux chargé de veiller à la
sécurisation des opérations de paiement. Nous avons certaines fonctions dévolues à la banque
centrale, la BCEAO (§ I) et d’autres dévolues aux banques commerciales (§ II).

§ I : Le rôle de la banque centrale : BCEAO


Entant l’institution chargée de la création de la monnaie commune, de sa surveillance et
de sa circulation, la BCEAO à de ce fait un double rôle. Elle doit centraliser les incidents de
paiement (A) afin de pouvoir diffuser (B) suffisamment aux banques secondaires les
informations pour mener à bien le vœu de sécurisation des transactions sur toute l’étendue de
l’espace de l’UEMOA.
A- Le rôle de centralisation
Le chèque étant une monnaie scripturale, il est donc normale que la Banque centrale
contrôle sont utilisation. Elle a l’obligation de centraliser les incidents en ce qui concerne cet
instrument de paiement. A ce titre, elle reçoit :
 Les informations relatives aux interdictions bancaires et aux interdictions
judiciaires d’émettre des chèques ;
 Les informations relatives aux levées des interdictions d’émettre des chèques ;
 Les informations relatives aux oppositions dues aux chèques faux, perdus ou
volés ;
 Les informations relatives aux régularisations des incidents de paiement.
Ce travail de centralisation d’information est rendue possible par la collaboration des
banques secondaire et du parquet. Il pèse sur la Banque centrale une obligation de rechercher
et de conserver l’ensemble des informations susceptible d’aider au maintien de la sécurité des
opérations en matière de chèque.

97
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
B- La fonction de diffuseur d’information 105
La Banque centrale doit ensuite diffuser suffisamment les informations en sa possession
aux utilisateurs du chèque afin de prévenir les cas d’incidents de paiement éventuels. Ainsi,
les établissements agrées en qualité de banque et les établissements financiers peuvent lui
demander les informations avant d’accorder et d’ouvrir un crédit.
La Banque centrale doit une fois par mois diffuser aux banquiers, les levées
d’interdictions judiciaires. Quant aux nouvelles interdictions bancaires ainsi que leurs levées,
elle doit les diffuser au plus tard deuxième jour ouvré suivant la réception de leur avis.
La Banque centrale peut toujours communiquer au Procureur de la République, à tout
Magistrat et Officier de police judiciaire les informations relatives au relevé des incidents de
paiement enregistrés au nom d’un titulaire d’un compte.
En fait, il pèse sur la Banque centrale une obligation de renseignement pour garantir la
régularité de l’émission du chèque.

§ II : Le rôle des banques


Il pèse à titre principale deux obligations sur les banques de seconde classe. L’obligation
de réunir et communiquer (A) les renseignements à la Banque centrale et celle de son
utilisation conforme, régulière et à de bonne fin (B).

A- Le rôle de collecte d’information


Les banques secondaires se doivent quant à elles, sont tenus selon l’art.127 du Règlement
de déclarer les refus de paiement de chèques pour défaut de provision suffisante, les
régularisations d’incidents de paiement de chèque, les ouvertures de comptes, clôture de
comptes sur lesquels des formules de chèques ont été délivrées, les oppositions pour vol ou
perte de formules de faux chèques et les remises de carte bancaires.
Toutefois, les banques doivent être assez diligentes pour donner que les informations
fiables à la Banque centrale. Car, elles demeurent seules responsable des informations remise
à la Banque centrale.
Elles sont donc débitrices d’information à la Banque centrale. Leur rôle est donc de
réunir et de fournir les informations à la Banque mère, la BCEAO pour que celle-ci mène à
bien ses missions.

105
Art.129 du Règlement.

98
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
B- La fonction d’utilisateur d’information
Les banques secondaires ou commerciales sont en droit de se renseigner auprès de la
Banque centrale avant d’accorder et d’ouvrir un crédit à un client. Ainsi, elles sont tenues à
leurs tours de prendre des informations pour éviter de laisser rentrer dans les circuits des
opérations de circulation du chèque, les personnes qui n’en n’ont pas le droit.
Elles doivent demander et utiliser convenablement les informations que la banque
centrale met à leur disposition sous peines de poursuite civiles et ou pénales. En un mot, elles
doivent en faire bon usage 106.

SECTION II : LES EFFETS DE COMMERCE


Le souci de sécurisation des instruments de paiement ne laisse aucun des instruments du
système de paiement en vigueur dans l’espace de l’UEMOA. Les effets de commerce
principalement la lettre de change et le billet à ordre font l’objet de centralisation également
en cas d’incident de paiement. Toutefois, pour que l’on réalise la centralisation (§ II) de ces
titres, faut-il qu’ils remplissent un certain nombre de conditions (§ I). Car, ils ne sont pas tous
centralisables.
§ I : Les conditions de la centralisation
Pour pouvoir centraliser l’incident de paiement d’un effet de commerce

A- Les conditions tenant aux effets


Les effets de commerce qui peuvent faire l’objet d’une centralisation sont exclusivement
la lettre de change accepté et le billet à ordre. La lettre de change non acceptable non cas
d’incident n’est donc pas centralisable. Cette distinction provient de l’art.235 du Règlement.
Ainsi, il est aisé d’affirmer que tous les incidents des effets ne sont pas systématiquement
portés à la connaissance de la Banque centrale.

B- Les conditions tenant à la domiciliation


L’effet de commerce qui est conforme à l’art.235 du Règlement, n’est pas pour autant
centralisable. Encore, faut-il qu’elle soit domiciliée chez un banquier.
La domiciliation d’un effet de commerce peut se faire par envoi au domiciliataire d’un
avis signé par le tiré ou par indication expresse sur la lettre de change ou le billet à ordre ou
106
Art.129 du Règlement

99
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit
encore par ordre permanent donné par le tiré au domiciliataire. La domiciliation est donc la
seconde condition à remplir par les effets de commerce compatible à l’art.253 du Règlement.

C- Les conditions tenant à l’incident de paiement


Enfin, faut que l’effet de commerce dont il s’agit ait essuyé un refus de paiement pour
défaut ou insuffisance de provision107. Ou, qu’il ait été domicilié soit sur un compte déjà
clôturé, ou qui fait l’objet d’opposition108. En tout état de cause, s’il n’y pas défaut de
paiement, le banquier doit délivrer une attestation précisant le motif du rejet au présentateur et
adresser un avis de non-paiement au débiteur.

§ II : La réalisation de la centralisation109
La procédure de centralisation du chèque est similaire à celle des effets de commerce.
Elle passe par l’enregistrement (A) de l’incident par le banquier suivit de sa déclaration à la
Banque centrale (B).
A- L’enregistrement de l’incident
Dès qu’il constate le défaut ou l’insuffisance de la provision, donc la naissance de
l’incident de paiement, le banquier doit systématique l’enregistrer. C’est une obligation à sa
charge. En fait, c’est juste après cela qu’il peut en informer la Banque centrale.

B- La déclaration à la Banque centrale


Le banquier doit dans les 4 jours ouvrables, c’est-à-dire au plus tard 4e jour ouvrable qui
suivent la date du refus, faire la déclaration de l’incident à la Banque centrale 110. La Banque
centrale se charge de centraliser l’incident ainsi déclaré.

107
Art.239 du Règlement.
108
Art.240 du Règlement.
109
Art.239 du Règlement.
110
Ibid.

100
Droit des Instruments de Paiement et de Crédit

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