.
- Interprétation du contrat
2. - L'interprétation du contrat s'avère nécessaire soit lorsque, en raison de l'obscurité ou de l'imprécision de sa
rédaction, le sens précis de ses termes n'apparaît pas avec la force de l'évidence (A), soit lorsque le contrat est
simplement lacunaire, en sorte qu'il y a lieu de l'interpréter en vue de le compléter (B). On sait enfin que les juges
ont parfois mis à profit leur pouvoir d'interprétation du contrat pour y "découvrir" des obligations, accessoires ou
implicites, manifestant ainsi la fonction créatrice de l'interprétation (C).
A. - Interprétation des termes du contrat
3. - Si l'interprétation des termes du contrat dépend en principe de la loi du contrat (1°), il faut compter avec la
possible incidence des principes d'interprétation propres au droit international (2°).
1° Application des principes d'interprétation définis par la loi du contrat
4. - Application de la loi du contrat. - L'interprétation du contrat rentre dans le domaine de la loi applicable au
contrat, ce qui va obliger le juge à définir la nature et le régime des obligations contractuelles en fonction de la loi
du contrat. Cette solution s'impose par le lien qui existe entre la loi choisie par les parties et le contenu des
obligations (A. Toubiana, Le domaine de la loi du contrat, en droit international privé : Dalloz, 1972, p. 80, n°
91) d'autant plus que les systèmes juridiques énoncent des règles d'interprétation qui peuvent différer
sensiblement. Ainsi en est-il du droit allemand fondé sur la volonté exprimée et une approche objective du
contrat, tenant davantage compte des mots employés que le droit français qui demande au juge de définir la
commune intention des parties in concreto. Le droit anglais se réfère quant à lui à la commune intention des
parties in abstracto (H. Gaudemet-Tallon, Nouveau droit international privé européen des contrats : RTDE 1981,
p. 266, n° 79. - B. Gilson, Inexécution et résolution en droit anglais : Paris, LGDJ, 1969, n° 21, p. 24).
5. - Incidence du droit communautaire et européen. - Toutefois, il ne faut pas perdre de vue l'environnement
du droit communautaire et du droit européen avec l'exigence d'un équilibre objectif entre les obligations et la
possibilité pour rétablir un équilibre menacé de "gommer" du contrat certaines clauses soit en les réputant non
écrites soit en décidant d'en prononcer la résolution. À cet égard, il convient de noter certains arrêts récents de la
Cour de cassation. Les premiers concernent les clauses limitatives de réparation. Le manquement à l'obligation
essentielle entraîne l'éradication de la clause limitative d'indemnisation ne dérivant pas d'une source
réglementaire ou législative. Cette position tend à rendre inutiles la plupart des clauses limitatives de réparation et
la solution est trop radicale (Cass. com., 13 févr. 2007 : JurisData n° 2007-037369 ; Bull. civ. 2007, IV, n° 43 ;
JCP G 2007, II, 10063 note Y.M. Serinet. - Cass. com., 5 juin 2007 : JCP G 2007, II, 10145, note D. Houtcieff).
L'autre est relatif à une clause de non-concurrence. La troisième chambre civile de la Cour de cassation, le 3 mai
2007 (Cass. 3e civ., 3 mai 2007 : JurisData n° 2007-038655 ; JCP G 2007, II, 10179, note M. Roussille ; D.
2007, p. 2068, note J. Rochefeld) a admis la résolution d'une clause de non-concurrence insérée dans un bail
commercial pour une raison d'équilibre contractuel. Cette clause avait été insérée par les bailleurs d'origine dans
tous les baux portant sur les locaux du même immeuble. Les bailleurs d'origine et les preneurs initiaux avaient eu
pour commune intention de préserver l'activité commerciale des autres commerces déjà exploités dans
l'immeuble en évitant toute concurrence entre ses occupants, Or, ultérieurement, les baux consentis ne
comportaient plus cette clause de non-concurrence. Cette situation créait alors un déséquilibre entre les
obligations et les droits de chacune des parties car une telle clause devait demeurer commune à tous les preneurs
et perdurer dans le temps. La résolution de la seule clause de non-concurrence a été prononcée en raison de la
faute commise par le bailleur dans l'exécution du bail rendant de fait impossible le respect de la clause.
6. - Principes du droit des contrats européens - Il faut en outre compter avec le possible impact des Principes
du droit européen des contrats sur l'interprétation de ces derniers dans le cadre communautaire. À l'occasion d'un
récent arrêt de la Cour de justice des communautés européennes (CJCE, 28 juin 2007, aff. C-1/06, Bonn Fleish :
Rec. à publier), Mme Trstenjak, avocat général, a indiqué dans ses conclusions que "il faut en droit
communautaire, pour l'interprétation des déclarations de volonté, recourir aux principes généraux du droit. Les
dispositions sur les principes généraux de droit relatifs à l'interprétation des déclarations de volonté peuvent être
tirées du chapitre 5 intitulé "Interprétation" de l'ouvrage Principles of European Contract Law".
7. - Incidence de la CVIM - On peut aussi penser que les principes d'interprétation qui sont énoncés dans la
convention de Vienne sur la vente internationale d'objets mobiliers corporels du 11 avril 1980 peuvent avoir pour
effet d'amener le juge à adopter ces mêmes principes d'interprétation dans les contrats internationaux dès lors que
ces principes rejoignent les préoccupations du droit communautaire. En effet, les notions de bonne foi, de
coopération et de raisonnable (F. Diesse, Bonne foi, coopération et raisonnable dans la convention de Vienne sur
la vente internationale de marchandises du 11 avril 1980 : JDI 2002, p. 54) constituent des normes
d'interprétation des termes imprécis d'un contrat et, dans la recherche de l'équilibre contractuel et de l'économie
générale du contrat, trouvent normalement leur place.
Certes, il ne s'agit pas de remplacer la loi du contrat par de tels principes mais de constater la tendance actuelle
vers une interprétation du contrat qui rejoindrait la notion d'attente des parties en fonction des termes du contrat
et également de la qualité des contractants notamment pour les professionnels (P. Lokiec, Le droit des contrats et
la protection des attentes : D. 2007, p. 321).
2° Incidence des principes d'interprétation propres au droit international
a) Principes d'interprétation de la convention de Vienne
8. - Intention individuelle des parties et interprétation raisonnable - Les règles d'interprétation de la
convention de Vienne sont sensiblement différentes de celles du droit français, dès lors qu'aux termes de l'article
8, paragraphe 1, de cette convention, il est précisé " aux fins de la présente convention, les indications et les
autres comportements d'une partie doivent être interprétés selon l'intention de celle-ci lorsque l'autre partie
connaissait ou ne pouvait ignorer cette intention". Il faut donc rechercher l'intention de chacune des parties et
non la commune intention. En l'absence d'indication dans le contrat ou sur les circonstances qui ont entouré la
conclusion, voire l'exécution du contrat, le juge aura recours à l'esprit de compréhension qu'aurait une personne
raisonnable de même qualité que l'autre partie. C'est donc la notion de raisonnable qui prend en compte les
règles de l'art, l'homme de métier, les usages du commerce international conduisant à une appréciation in
abstracto des termes du contrat.
La cour d'appel de Grenoble le 22 février 1995 (CA Grenoble, 22 févr. 1995 : JDI 1995, p. 632, note Ph. Kahn)
a fait application des dispositions de la convention de Vienne, en tant que loi applicable à l'interprétation du
contrat qui lui était soumis. En application de cette même convention, la Cour de cassation le 30 juin 2004
(Cass. 1re civ., 30 juin 2004 : JurisData n° 2004-024351 ; Bull. civ. 2004, I, n° 192 ; JCP G 2004, IV, 2798 ;
RTD com. 2004, p. 847, note Ph. Delebecque) a notamment fait référence à la qualité des parties dans le cadre
d'un contrat dit de collaboration conclu en 1991 entre une société française et une société suisse. Le contrat
avait pour objet la fourniture de carters devant équiper les camions d'une autre société. La société française
mettait fin à ce contrat en raison des impératifs de prix de sa cliente à laquelle étaient destinés les carters. Après
avoir constaté que le contrat conclu entre la société française et la société suisse était une vente soumise à la
convention de Vienne, la Cour de cassation a approuvé les juges du fond d'avoir condamné la société française à
réparer le préjudice subi par la société suisse du fait de la rupture du contrat. Elle ajoutait que la société
française justifiait des impératifs de prix de sa cliente rendant nécessaire non une renégociation du prix des
carters, mais la fourniture d'une pièce différente et d'un coût de revient bien moindre. Toutefois, elle n'établissait
pas le caractère imprévisible de cette modification des conditions de vente de ses produits alors que, "
professionnelle rompue à la pratique des marchés internationaux, il lui appartenait de prévoir des mécanismes
contractuels de garantie ou de révision de telles prévisions". En conséquence, il lui appartenait d'assumer le
risque d'inexécution. On constate que la Cour de cassation a relevé la qualité de professionnelle de la société
française pour décider qu'elle aurait dû prévoir dans son contrat des mécanismes de garantie ou de révision de
ses prévisions. Il ne s'agit donc pas de remédier à tout prix à la négligence d'un contractant professionnel lors de
la rédaction d'un contrat d'autant que la société suisse n'avait pas de lien contractuel avec l'acquéreur final des
carters litigieux. Le contrat a donc été interprété par les juridictions qui ont retenu qu'en l'absence de clause de
révision qu'un professionnel averti aurait insérée au contrat, le contractant qui avait rompu le lien contractuel
devait réparer le préjudice subi par son cocontractant.
b) Principes Unidroit
9. - Commune intention des parties et interprétation raisonnable - On retrouve le même type de principe
d'interprétation dans les principes Unidroit. Ils se réfèrent à la commune intention des parties à titre de principe.
Il est toutefois précisé que " faute de pouvoir déceler la commune intention des parties, le contrat s'interprète
selon le sens que lui donnerait une personne raisonnable, de même qualité placée dans la même situation " (art.
4-1). Les règles d'interprétation Unidroit incluent parmi les éléments à prendre en compte pour l'interprétation
du contrat, toutes les circonstances qui ont pu entourer la conclusion du contrat, son exécution, les pratiques
entre les parties, les usages... Les articles 4-4 et suivants reprennent les notions classiques : cohérence du
contrat, interprétation utile.
Une étude récente montre que les articles des principes Unidroit relatifs à l'interprétation des contrats comptent
parmi les dispositions de cette codification savante dont le succès est le plus remarquable, et l'application - tant
par les juges étatiques que les arbitres - la plus fréquente (P. Deumier, L'utilisation par la pratique des
codifications d'origine doctrinale : D. 2008, doctr. p. 494).
c) Usages et pratiques du commerce international
10. - Règles d'interprétation - La coutume constitue une source du droit et les dispositions du Code civil
invitent le juge à tenir compte tant de la coutume que de l'usage dans l'interprétation d'un contrat. Il y a donc
lieu de tenir compte de ces pratiques dans l'interprétation d'un contrat international. Ainsi, en matière de crédit
documentaire, la Cour de cassation a censuré un arrêt d'appel pour violation des articles 1134 du Code civil et 3
des règles et usances uniformes relatives au crédit documentaire (Cass. com., 14 oct. 1981 : D. 1982, jurispr. p.
301, note Vasseur ; JCP G 1982, II, 19815, note Ch. Gavalda et J. Stouffet). Dans cette espèce, les parties
contractantes s'étaient expressément soumises aux règles et usances uniformes relatives au crédit documentaire,
ce qui impliquait une interprétation du contrat conforme à ces règles et usances.
En cassant l'arrêt pour violation de l'article 3 de ces règles et usances uniformes, la Cour de cassation fait
accéder ces " pratiques codifiées " au rang de règle coutumière (note Ch. Gavalda et J. Stouffet, préc.) c'est-à-
dire une règle de droit dégagée à partir des pratiques habituellement suivies dans un milieu donné et obligatoire,
indépendamment de toute intervention du législateur.
La reconnaissance ainsi consacrée des usages et pratiques en tant que coutume avait déjà été admise par le
Tribunal de commerce de Paris le 8 mars 1976 (T. com. Paris, 8 mars 1976 : RJ com. 1977, p. 72, note Le
Guidec ; DMF 1976, p. 558) qui énonçait : " Certes, les règles et usances ne sauraient avoir le même caractère
obligatoire que la loi, mais elles constatent des usages dont il est bien établi que, en matière commerciale
surtout, ils constituent une source de droit, à tel point qu'ils s'appliquent en l'absence de toute référence
expresse des parties".
Dans un arrêt en date du 3 décembre 2002 (CA Montpellier, 3 déc. 2002 : JDI 2004, p. 888, note S. Poillot-
Peruzzetto) la cour d'appel de Montpellier a appliqué à l'interprétation du contrat les règles et usances de la
Fédération internationale du commerce des semences pour définir les obligations des parties, règles auxquelles
s'étaient expressément référées les parties. En l'espèce, un contrat de production de semences végétales avait été
conclu en 1996 par une société de droit hollandais, la société Bolier aux droits de laquelle se trouve la société
Semoland, avec la société Pujol par l'intermédiaire de la société Interseed. Aux termes de ce contrat, les parties
étaient engagées dans une convention dite de multiplication consistant pour un acheteur à fournir des semences-
mères à un multiplicateur à charge pour ce dernier d'en assurer la multiplication. La société Bolier se plaignant
de la mauvaise exécution du contrat a assigné la société Pujol en paiement de dommages-intérêts car la société
Pujol avait procédé unilatéralement au retournement des parcelles de terre et à l'arrachage des cultures.
Le tribunal a débouté la société Bolier de sa demande. La cour d'appel a condamné la société Pujol à réparer le
dommage subi en application des règles et usages de la Fédération internationale du commerce des semences.
En l'absence de toute exception à ces règles et de toute condition particulière spécifiée au contrat, seules les
règles de la FIS étaient intégralement applicables comme le prévoyait l'article 2 des règles générales de la
convention. Certes, la cour d'appel n'a pas recherché la loi applicable au contrat et la convention de Rome
n'admet pas le contrat sans loi. La seule volonté des parties ne semble pas suffisante actuellement pour ériger
des normes privées en un système de droit exclusivement applicable à un contrat (V. la note sur cette question).
Toutefois, on constate que la cour d'appel a également visé l'article 1147 du code civil pour justifier la
condamnation à réparer le préjudice subi par la société Bolier, ce qui laisse penser un rattachement du contrat à
une loi étatique dont les dispositions supplétives peuvent être écartées par la volonté des parties. Or, par
application de la convention de Rome, le contrat était régi par le droit français. Les usages du commerce
international connus des professionnels s'imposent comme une véritable source de droit et la référence par les
parties à ces usages pour interpréter le contrat ne semble pas contrevenir à la jurisprudence qui a recours aux
usages pour interpréter un contrat.
11. - Incoterms - De la même manière, les Incoterms qui reflètent " des usages commerciaux, fruits de la
pratique, qui plus que des règles édictées in abstracto par les droits étatiques avaient progressivement fixé la
plupart des obligations qui pèsent sur les parties au contrat de vente " (définition de MM. Y. Derains et F.
Eisemann, La pratique des Incoterms : Paris, Jupiter, 1988, n° 4, p. 4) constituent, à tout le moins, des règles
d'interprétation pour le juge national ; bien plus, il pourra y voir soit déjà une coutume s'imposant, soit des
usages dont il doit tenir compte dans le cadre de l'interprétation. Actuellement, l'incoterm n'est pas seulement un
usage, c'est le fruit d'une codification privée qui s'est fondée sur les pratiques et qui doit servir les praticiens
pour une amélioration de ces pratiques. On peut ranger ces règles dans la catégorie de la lex mercatoria (E.
Jolivet, Les incoterms, Étude d'une norme du commerce international : Litec, 2004).
12. - Conditions générales et contrats types - Également, les conditions générales ou contrats types élaborés
par la FIDIC contribuent à la création d'une véritable coutume, source de droit, s'imposant aux juges dans le
cadre de l'interprétation du contenu du contrat.
13. - Codes de bonne conduite - Doivent être mis à part les codes de bonne conduite, soft law des marchands,
qui énoncent des normes de comportement pour définir la déontologie des relations économiques
transfrontières. Les codes de bonne conduite ne constituent pas actuellement une source formelle du droit, dans
la mesure où ils énoncent des règles de comportements souhaitables. Mais ils pourront avoir un effet juridique
certain lors de l'appréciation du comportement d'une partie, dans la mesure où ces codes vont remplir la
fonction de "standards" permettant au juge étatique d'apprécier le comportement des "opérateurs de commerce
international" (Filali Osman, Les principes généraux de la lex mercatoria : LGDJ, 1992, p. 286 et 287). La
notion de standard s'apparente alors à celle de norme professionnelle dont la violation est constitutive d'une
faute (A. Penneau, Règles de l'art et normes techniques : LGDJ, 1989).
Permettant ainsi de définir le comportement des cocontractants dans un domaine déterminé, ces codes de bonne
conduite peuvent peu à peu constituer, soit un usage, soit une coutume pour interpréter l'étendue des obligations
des parties.
B. - Contrat lacunaire
14. - Les stipulations contractuelles couvrent rarement l'ensemble des questions susceptibles de survenir pendant la
vie du contrat ; tout contrat est - presque - nécessairement lacunaire. Le plus souvent, l'incomplétude du contrat se
règle aisément par recours aux dispositions légales supplétives. Lorsque le contrat est international, ces dispositions
supplétives sont normalement empruntées à la loi du contrat (1°), laquelle peut également prescrire au juge, si elle
lui reconnaît ce pouvoir, de compléter le contrat (2°).
1° Dispositions supplétives de la loi applicable
15. - Place des usages - Le contrat conclu peut présenter un certain nombre de lacunes et la loi applicable au
contrat permettra de les combler dans la mesure où cette loi comporte des dispositions supplétives de la volonté
des parties. Dans cette situation, il n'y a pas de difficultés majeures. On retrouve ici la place à accorder aux
usages du commerce international, dès lors que ces usages vont constituer une source de droit reconnu par les
juges nationaux. Ces usages du commerce international, tels qu'ils sont définis par les organismes internationaux
et les acteurs du commerce international vont permettre ainsi de compléter le contrat, même en l'absence de
référence expresse des parties à ces usages (V. supra n° 9 à 13).
Une telle conception du rôle des usages du commerce international ou de la coutume implique la coexistence
dans l'ordre juridique désigné comme s'appliquant au contrat, de règles supplétives applicables aux contrats
internes et de règles spécifiques au contrat international. C'est actuellement le cas notamment en France où l'on
reconnaît aux usages du commerce international et aux normes professionnelles un caractère normatif. C'est ainsi
que la Cour de cassation a reconnu à la Banque de France le pouvoir d'édicter des normes professionnelles qui "
imposent aux banques en matière de créances nées sur l'étranger, des obligations de prudence et de diligence
dont la violation constituerait une faute " (Cass. com., 22 avr. 1980 : D. 1981, jurispr. p. 48. - M. Vasseur, Le
pouvoir de la Banque de France de prendre des règlements et d'édicter des normes professionnelles : D. 1981,
chron. p. 25).
La reconnaissance du caractère obligatoire des normes professionnelles en droit interne (V. CE, 17 févr. 1992,
pour les normes AFNOR : D. 1992, jurispr. p. 519, note A. Penneau. - A. Penneau, Règles de l'art et normes
techniques : LGDJ, 1989) se retrouve en matière internationale face aux normes édictées par les milieux
concernés et que les professionnels rompus aux affaires sont censés connaître. Il suffit à cet égard de rappeler la
jurisprudence relative aux clauses compromissoires qui sont habituelles dans un secteur d'activité et que les
professionnels ne peuvent pas ignorer (V. supra Fasc. 552-60, n° 14). Les juridictions étatiques admettent sans
difficulté que les arbitres fassent application des usages du commerce international édictés par les organes de la
profession (Cass. com., 2 mai 2001, n° 98-15.509, inédit, dans lequel l'arbitrage du Comité européen des règles et
usages du commerce international des pommes de terre (RUCIP) a été sollicité par un intermédiaire, courtier à la
Bourse de commerce de Bordeaux, le contrat ayant été conclu dans les formes usuelles de la profession. La Cour
de cassation a rejeté le pourvoi contre l'arrêt confirmant la sentence du 29 août 1996 qui condamnait la société
Champagne pommes de terre, la mandante à verser les commissions dues).
2° Contrat incomplet
16. - Pouvoirs du juge - Il faut distinguer de l'hypothèse précédente, la situation dans laquelle le contrat doit
être complété faute par les parties de s'être accordées sur un élément du contrat. C'est la loi du contrat qui doit
être appliquée pour déterminer si le juge a ou non le pouvoir de compléter un tel contrat. En effet, les systèmes
juridiques peuvent différer sur la validité même du contrat à défaut d'accord des parties sur certains éléments du
contrat.
17. - Position du droit français - En droit français, le juge peut "compléter" le contrat par référence aux usages,
à la commune intention, à l'équité et à la raison. Mais il lui est interdit de prendre la place des parties pour une
clause importante et notamment pour fixer le prix dans la vente. Le droit français interdit au juge de fixer le prix
dans la vente, ce dernier étant un élément de validité du contrat. Certes, l'exigence de la fixation du prix par les
parties recule depuis les arrêts rendus par l'assemblée plénière de la Cour de cassation en matière de contrat de
distribution le 1er décembre 1995 (Cass. ass. plén., 1er déc. 1995 : JCP G 1996, II, 22565, concl. Jéol, note J.
Ghestin ; JCP E 1996, II, 776, note L. Leveneur ; D. 1996, p. 13, concl. Jéol, note L. Aynès) à telle enseigne que
"la généralisation, encadrée, de l'abus dans la fixation du prix" selon l'expression de C. Aubert de Vincelles (D.
2006, p. 2629) est sollicitée en doctrine. Mais la Cour de cassation maintient sa position fermement par
application des dispositions du Code civil : en matière de vente, le prix doit être fixé par les parties et le juge qui
procéderait à une fixation judiciaire du prix excèderait ses pouvoirs. La première chambre civile a rappelé aux
juges du fond cette interdiction de se substituer aux parties dans la fixation du prix (Cass. 1re civ., 28 nov. 2000,
n° 98-10.433, inédit : JurisData n° 2000-007154) " Vu l'article 1591 du Code civil ; attendu que la société
Manutention levage grue à tour (MLGT) a vendu à M. Codina trois grues d'occasion et a assigné ce dernier en
paiement de la somme de 228 305 francs ; que M. Codina s'est opposé à cette demande ; attendu que pour
condamner M. Codina à payer à la société MLGT la somme de 26 500 francs, l'arrêt retient, à la suite du
désaccord des parties sur le prix de la marchandise vendue, qu'il convient, au vu des éléments de comparaison
versés aux débats, de fixer à la somme de 40 000 francs le prix des grues ; qu'en se déterminant ainsi par des
éléments extérieurs à l'acte de cession, la cour d'appel a procédé à une fixation judiciaire du prix et a, donc,
violé le texte susvisé". Tout au plus, la Cour de cassation ne peut que renvoyer les parties à se mettre d'accord sur
le montant du prix. À titre d'exemple, on peut citer l'arrêt rendu par la chambre commerciale le 23 mai 2006
(Cass. com., 23 mai 2006, n° 05-11.406). Le caractère déterminé ou déterminable du prix doit s'apprécier au jour
de la promesse, la prise en considération pour la fixation du prix définitif de cession des parts, "des événements
importants et des dettes nouvelles importantes portées à la connaissance des vendeurs entre le 30 avril 2001 et la
date de réitération", sans autres précisions que la référence à deux litiges en cours, dont le caractère d'exemples
est souligné par l'emploi du terme "notamment", renvoie nécessairement les parties, laissées dans l'incertitude du
prix définitif, à une discussion ultérieure sur son exact montant ; qu'appréciant ainsi souverainement les éléments
de preuve qui lui étaient soumis, elle a déduit que la détermination du prix définitif dépendait d'un nouvel accord
des parties sur une situation comptable (V. également Cass. civ., 24 févr. 1998 : D. Affaires 1998, p. 531).
18. - Convention de Vienne et principes Unidroit - Les dispositions de la convention de Vienne reconnaissent
un large pouvoir aux juges pour compléter un contrat de vente incomplet. L'article 4-8 prévoit qu'à défaut
d'accord entre les parties sur une clause importante pour la détermination de leurs droits et obligations, on y
supplée par une clause appropriée. Pour déterminer cette clause appropriée, on prend en considération l'intention
des parties, la nature et le but du contrat, la bonne foi, ce qui est raisonnable. Ce texte reconnaît donc au juge le
pouvoir de compléter l'accord des parties sur un point important.
Les principes Unidroit permettent au juge, non seulement de fixer le prix mais également de le réviser s'il est
manifestement déraisonnable.
C. - Interprétation "créatrice"
19. - Obligations accessoires - La loi du contrat est également compétente pour déterminer l'existence
d'obligations comme l'obligation d'information dans les contrats conclus entre professionnels tout en tenant compte
des usages du commerce international. Ainsi, la cour de Paris le 30 novembre 2001 (CA Paris, 30 nov. 2001 : JCP G
2002, I, 153, obs. Delpy) a refusé de faire application des dispositions de la loi "Doubin" au titre de loi de police, à
un contrat de distribution conclu entre un fournisseur espagnol et un distributeur français, expressément soumis au
droit espagnol. Le distributeur demandait la nullité du contrat par application du droit français qu'il qualifiait de loi
de police au sens de l'article 7-2 de la convention de Rome. La cour d'appel n'a pas fait droit à sa demande, faisant
prévaloir la prévisibilité des parties et l'application de la loi choisie sur la protection du distributeur. On constate que
les dispositions dites protectrices d'une partie à un contrat entre professionnels ne sont pas considérées comme des
lois de police par la Cour de cassation. On sait que celle-ci a refusé de qualifier de loi de police les dispositions
relatives à l'indemnité due à l'agent commercial indépendant (V. supra Fasc. 552-50, n° 33).
20. - Obligations implicites - Le droit étatique applicable au contrat est également compétent pour déterminer
l'existence ou non d'obligations implicites dictées par la bonne foi, l'équité ou la raison, quitte à écarter les éléments
du droit étranger et notamment la jurisprudence - s'agissant d'obligations implicites - si les solutions retenues
s'avéraient incompatibles avec les exigences supérieures du commerce international