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Tromperie et solidarité dans Estormi

Le fabliau 'Estormi' explore la tromperie à travers un couple, Jean et Yfame, qui piègent trois prêtres cherchant à exploiter leur pauvreté. L'œuvre, signée par Huon Piaucele, utilise une structure élaborée et des effets de chute pour créer une illusion de réalisme tout en critiquant les vices moraux des personnages. La narration met en évidence la complicité entre les époux et la manipulation des prêtres, tout en jouant sur les thèmes de la vérité et de la fiction.

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Tromperie et solidarité dans Estormi

Le fabliau 'Estormi' explore la tromperie à travers un couple, Jean et Yfame, qui piègent trois prêtres cherchant à exploiter leur pauvreté. L'œuvre, signée par Huon Piaucele, utilise une structure élaborée et des effets de chute pour créer une illusion de réalisme tout en critiquant les vices moraux des personnages. La narration met en évidence la complicité entre les époux et la manipulation des prêtres, tout en jouant sur les thèmes de la vérité et de la fiction.

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Dominique Boutet dans Les Fabliaux remarque que « la tromperie est à la base de

l’écriture ». On pourrait être tenter d’entendre tromperie comme l’acte d’infidélité de la


femme envers son mari, topos récurrent dans l’œuvre des fabliaux. Or dans Estormi, le 15e
fabliau de notre édition, il n’est pas question d’adultère. Au contraire, il est question d’un
couple uni Jean et Yfame élaborant un piège pour se venger de trois prêtres qui voulaient
profiter de leur pauvreté pour posséder cette dame contre de l’argent. Le motif de la tromperie
est certes détourné mais toujours au cœur du fabliau : les époux dupent les prêtres mais ils
leurrent également leur neveu Estormi, venu les aider à dissimuler le corps. En effet, ce
dernier est trompé car on lui présente l’affaire comme un seul cadavre de prêtre qui ne cesse
de revenir au logis. Ce mensonge entrainera par ailleurs la mort d’un 4 e prêtre, complètement
innocent. On peut également déplacer cette notion de tromperie à l’acte d’écriture lui-même.
En effet, ce fabliau revêt d’une structure élaborée, il y a succession d’effet de chute, on lie
plusieurs aventures par le biais du personnage éponyme. De même, ce fabliau fait partie de
ceux qui sont signés. Huon Piaucele se donne comme performeur et auteur de deux fabliaux :
Estormi et Sire Hain et Dame Anuieuse. Auteur dont on ne sait rien sinon qu'il serait
originaire du Nord de la France. Depuis Söderhjelm (1896), il est assuré que rien ne permet de
le confondre avec Huon le Roi de Cambrai, auteur fameux. On peut ainsi déceler une ultime
tromperie dans cette volonté de l’auteur d’attester de la véracité de son histoire.

630 vers octosyllabiques à rimes plates disposés dans une structure usuelle d’un fabliau :
- Une introduction allant du début au vers 35 : C’est le lieu instauration d’un pacte de
vérité, énonciation dirigée vers l’allocutaire/public/lecteur ; présentation des
protagonistes (décalage car présentation d’un couple Yfame/Jehans sans mention du
personnage éponyme) et les trois prêtres ; prolepse, effet d’annonce de la suite du
fabliau
- 1e partie allant du vers 36 au vers 249 : Élaboration et réalisation du plan macabre des
2 amants : piège et meurtre des 3 prêtres
- Point de bascule au vers 250 : Décrochage énonciatif, le narrateur annonce la 2 nd partie
avec l’introduction du personnage d’Estormi. On suit les péripéties d’Estormi, tentant
désespérément de se débarrasser de cet opiniâtre cadavre.
- Un excipit du vers 588 à la fin : développement des diverses morales et signature de
l’auteur au vers final.
Dans quelles mesures, par la succession des effets de chute, Estormi va à l’encontre de la
structure usuelle pour donner une impression de réalisme.

 INCIPIT : v.1 à 35
« Por ce que je vous ai molt chier,
Vous vueil un flabel commencier
D’une aventure qui avint.
C’est d’un preudomme, qui devint
Povres entre lui et sa fame »

Dès le 1e vers, instauration d’un rapport de confiance, le narrateur évoque son affection vis-à-
vis du public. « je vous ai molt chier » a le même étymon que chief, la tête, son sens premier
est celui de visage, face mais par glissement métonymique il s’utilise beaucoup en AF pour
avoir une bonne expression du visage, bien accueillir, la bienveillance en général, c’est pour
cela que la traduction indique « parce que je vous aime bien » ; Le narrateur souhaite ainsi
construire un pacte de vérité : il veut conter « une aventure qui avint. », une aventure véritable
qui est arrivée. Or confrontation immédiate avec le substantif flabel ; qui peut évoquer la
fable, le « Récit imaginaire, récit de fiction » ; d’emblée on peut déceler un paradoxe dans
l’ambition de l’auteur.

Redoublement de ce motif de vérité, le conteur ne peut dire que ce qu’il sait : v.10-11 : aveu
de l’impossibilité de tout connaître comme argument attestant d’une vérité, là où tout est su
par l’auteur dans une histoire inventée. Également moyen de passer sous ellipse le passé des
2 époux car cela ne contribue pas à l’histoire ; seul importe le fait qu’ils aient connu la
richesse « Riches genz avoient esté » et qu’ils n’ont donc pas la crédulité des pauvres.

Substantif Preudomme : homme estimable, digne de confiance ; on place d’emblée le


protagoniste du côté du bien moral comme pour justifier ses actions futures, s’il se comporte
mal, c’est que les prêtres le méritaient. On peut également relever l’onomastique qui est ici
intéressante : Jehan est variante de Jean, prénom courant au MA, c’est un homme bon,
lambda.
Yfame : paronymie infâme ? et donc le stéréotype misogynie qui parcourt les fabliaux de la
femme comme détentrice des vices, de la trahison etc. Or ici peut être d’avantage la
paronymie avce fame/femme, l’épouse : v. 80 « qui moult par estoit bone fame »
De même : fame : « Rumeur, bruit qui court » « Réputation » car si cette histoire advient c’est
parce que les 2 époux ont été riches et sont désormais dans la misère. On peut donc imaginer
que cette information, cette rumeur a été largement répandu et c’est pourquoi les prêtres,
avides de chair saisissent l’occasion.

On perçoit donc l’opposition entre adjectifs preu (haute qualité) et mal (ce qui est contraire au
bien, à la loi morale). « par lor mal savoir / Covoitèrent dame Yfamain ». « à la main »
dimension de domination physique qui évoque évidemment l’acte sexuel qu’ils veulent lui
imposer, idée d’emprise, de manipulation par le besoin financier. Il y a différents types
d’éléments perturbateurs dans les fabliaux mais Estormi en regroupe deux : pauvreté et désir
sexuel. Les prêtres pensent pouvoir manipuler, utiliser la pauvreté de ces honnêtes gens pour
satisfaire leurs désirs perfides.

De folie se porpenssèrent,
Quar parmi la mort en passèrent,
Issi com vous m’orrez conter
Se vous me volez escouter,
Et la matère le devine,
Qui nous raconte la couvine
De la dame et des .III. prelaz.

Ensuite il y a la prolepse, l’annonce de l’issue de ce conflit : l’entreprise des prêtres est


qualifiée de « folie » « Quar par mi la mort en passèrent » ; ils passeront à travers, au milieu
de la mort, avec cet usage de parmi qui est ici intéressant. Cela évoque une espèce d’entre
deux entre le monde des vivants et des morts, qui expliquera les multiples retours du cadavre
ultérieurement.
v.19-23 : Décrochage énonciatif, narrateur s’adresse au public « Issi com vous m’orrez
conter / Se vous me volez escouter, » Dimension orale des fabliaux à ne pas oublier, il faut
captiver l’attention des spectateurs.
Il y a enfin au vers 22-23 l’annonce de cette 1 e partie : le récit de la Couvine : projet, intention
de la dame à l’encontre des trois prélats, dignitaires ecclésiastiques.

Chascuns desirre le solaz


De dame Yfamain à avoir ;
Por ce li promistrent avoir,
Je cuit, plus quatre vinz livres

Substantif Solaz : signifie joie, plaisir mais aussi consolation, ils veulent jouir des faveurs de
dame Yfame mais il y a également cette idée de consolation, ils se présentent comme les
sauveurs qui proposent de l’argent, 80 livres ce qui semble être considérable, en échange d’un
service, en omettant la dimension fortement immorale de ce type d’action. On peut également
relever l’incise « je crois » au vers 27 qui insiste sur la dimension orale de ce texte mais
également sur l’intention de vérité, ce verbe d’opinion est un modalisateur.
On se place ici dans l’anecdotique, le petit fait de vie d’un être sans importance capitale.
Matière = histoire, récit ; raconte = faire le récit ; insistance sur cette dimension intertextuelle
aux vers 28 et 29 « Ainsi le tesmoingne li livres, / Et la matère le raconte ». Cette référence à
une source livresque peut être envisagée comme une imitation des auteurs de romans. Cela
peut également évoquer les Chaînes mixtes de transmission des textes : soit de jongleurs à
jongleurs soit forme écrite. Idée de performance des jongleurs donc oralité et visuel. La
conservation et la production sont d’avantage du côté de l’écrit là où la répétition et la
transmission se font surtout par oralité. Cela se confirme par l’ultime accroche de
l’introduction avant de rentrer véritablement dans le récit avec la mention de la trivialité, du
corps « Mès ce fîst lor desléautez. /De lor crupes et de lor rains » ; s’ils trouveront la mort
c’est à cause de la perfidie, de la déloyauté de leurs appétits corporels, de leurs pulsions
répréhensibles. Et encore une fois effet d’accroche avec la prolepse : « Bien l’orrez dire au
daarrains / Por que vous vueilliez tant atendre », si vous attendez et m’écoutez, vous allez être
servi de ce type d’histoire.

 1e MOUVEMENT : v.35 à 249

Adv Ainz inaugure le changement de mouvement. Yfame, imperméable aux tentatives des
prêtres, raconte l’affaire à son mari, « tout si comme il va » dans les moindres détails signe
d’une grande confiance, d’une grande solidarité entre les deux époux ce qui n’est pas une
constante dans tous les fabliaux. Pour citer La violence dans le monde médiéval de Yves
Roguet : « si quelques fabliaux, comme Estormi, mettent en scène un ménage solidaire pour
contrecarrer une agression, il est peu courant de voir la ruse féminine mise au service, non de
la lubricité ou de la cupidité, mais de la vertu. »
De même, le couple se nomme « bele suer » « biaus frere », usage d’un lexique mélioratif, le
frère, la sœur c’est la personne à laquelle on se considère comme particulièrement lié, et sur
un plan d'égalité. Redoublement des adjectifs mélioratifs v. 65 « bele douce suer » ou encore
« bele douce amie » v.77
Dans le discours direct « - te prometent-il tant d’avoir ? … - plus que tant » ce jeu de
questions réponses confirme que la somme des 80 livres évoquée précédemment est
considérable. Le désir d’argent est bel et bien présent pour ces deux époux et le miroitement
de cette somme fait naître en dame Yfame son stratagème :
Or feroit bon croire conseil
Par quoi nous en fussons geté ;
Li prestre sont riche renté ;
S’ont trop dont nous avons petit :
Se vous volez croire mon dit.
De povreté vous geterai.
Et à grant honte meterai
Ceus qui me cuident engingnier.
Mise en place d’un piège pour récupérer l’argent et couvrir de honte ces prêtres. On voit que
la femme a des préoccupations vitales, comment se sortir de la misère tandis que l’homme se
préoccupe de l’honneur, son honneur qui serait bafouer si quelqu’un profiterait de sa femme :
« mieus ameroie en une bière / Estre mors et ensevelis / Que jà éussent lor delis /De vous à
nul jor de ma vie. » ou encore v. 66 « Mès je ne voudroie à nul fuer (prix) /Qu’il fussent de
vous au desus. » retour du trivial, du bas corporel, tout est guidé par ce désir d’être au-dessus.
On entrevoit ici la jalousie et la possessivité du mari qui va aboutir au meurtre des 3 prêtres
malgré l’intention originelle de la femme qui était simplement de mettre les prêtres dehors et
de garder l’argent (V.72-73).

« En cel solier tout coiement.


Si garderez apertement
M’onor et la vostre et mon cors »
La femme connait son mari et propose donc une solution pour le rassurer : sur cet étage,
silencieusement, vous garderez avec habileté, promptement mon honneur, le vôtre et à mon
corps. Le mari surveillera la scène pour être rassuré et protéger la femme, or c’est bien cela
qui va entrainer la pulsion meurtrière.
« Tout issi la chose avendra. / Se vous le volez otrier. » la PS de condition suggère déjà que le
plan n’aboutira pas de la façon souhaitée par Yfame.

Puis mise en action du plan, Yfame hameçonne les prêtres à partir du vers 79. Encore une
fois, on place les prêtres du côté du mal moral pour justifier cette ruse : « Fu assez tost
amonestée / De ceus qui quierent lor anui » elle fut rapidement sollicitée par ceux qui
voulaient leur ennui dans son sens fort de souffrance morale et physique.
Elle entretient donc, un à un pour qu’ils ne se doutent de rien, ses prétendants :
« Tout avant au premerain prestre
A mis la bone dame leu
Que il viengne entre chien et leu,
Et si aport toz ses deniers »
Elle donne donc rendez-vous entre chien et loup au premier ; l'expression désigne «
l'intervalle qui sépare le moment où le chien est placé à la garde du bercail et le moment où le
loup profite de l'obscurité qui commence pour aller rôder à l'entour.
Pour le second, elle donne rendez-vous « quant la cloche sone » ; Traditionnellement,
l'Angélus ou "prière de l'Ange" doit être sonné 3 fois par jour : à 07h05, 12h05 et 19h05.
Donc 19h début de soirée = MAIS dans les notes de notre édition il est mention d’un couvre-
feu.
Et enfin le troisième viendra aussitôt au début de la soirée « venez sempres à prinsoir ».
Corrélation entre ces rendez-vous, usage de périphrases pour désigner l’heure précise afin que
les prêtres ne se rendent pas compte qu’ils sont piégés.
Répétition du même schéma avec la prise de parole enjouée des prêtres qui à tour de rôles, se
pressent de dépenser leur argent pour combler leurs appétits. En effet corrélation entre appétit
sexuel et appétit véritable au vers 95-97 « Estes-vous venu le secon, / Qui voloit avoir du
bacon/ Moult par avoit chaude la croupe ! » comparaison de la possession du corps de la
femme à un jambon, réification de cette femme qui vend son corps comme un morceau de
viande. Retour du trivial, du comique avec l’expression « avoir chaud à la croupe ! » chaud au
derrière, accentuée avec la dimension animalisante que revêt croupe en FM.

Le passage de l’élaboration du piège se clôt par une reprise du narrateur :


« Or se gardent bien de lor roi
Qu’il ont porchacié laidement
Lor mort et lor definement ! »
Ils ne connaissent pas la mesure, l’ordre qu’ils ont pourchassé laidement : à savoir leur mort et
leur fin/mort. Avec ce point d’exclamation qui sonne comme une sentence morale.
De même au vers 135 « oublié avoie une chose » le conteur feint d’avoir oublié un élément, à
savoir le fait que la femme ait précisé aux prêtres que son mari était absent, pour en réalité
mettre en exergue ce point. Si on insiste sur ce point c’est parce que c’est bel et bien la
présence du mari qui va engendrer la perte des prêtres. De plus, cela permet de développer le
comique, on se moque de ces prêtres remplis de joie alors qu’ils se font manipulés : « Si s’en
refist chascuns plus jois/ Mès cele nuit à granz conjois /Jurent, ce sachiez vraiement » On peut
par ailleurs relever la note de notre édition qui indique que « jois » joyeux et « conjois » joie
ne sont pas attestés ailleurs. Ils témoignent du plaisir qu’avait l’auteur à créer des mots
nouveaux.

Puis au vers 146 apparition d’un nouveau personnage : la nièce, qui n’a pas réellement
d’existence dans ce récit si ce n’est d’être une adjuvante, de servir le couple lorsqu’il faut
mettre la table, allumer le feu ou aller chercher Estormi pour cacher les corps. Elle incarne
cette docilité, cette servitude volontaire v151 « Qu’ele savoit bien son usage ». De même, on
entrevoit ce rapport de force à la fin du fabliau lorsque sa femme est qualifiée par le substantif
« s’ancele » désignant une servante, s’il y avait rapport d’égalité au début de l’œuvre on
bascule rapidement dans un rapport de force. La femme est la servante de l’homme et tout le
fabliau le démontre pour renvoyer aux notes de notre édition.

Vers 152 : reprise de la sagesse, la vertu de Yfame qui demande à son mari de se cacher pour
effectuer le plan, elle agit avec raison là où lui va agir guidé par sa passion. Ce dernier avait
revêtu son meilleur pourpoint, sa tunique rembourrée pour protéger le corps des coups. De
même, il s’était armé d’une énorme massue en bois de pommier. Cette démesure dans la
préparation n’évoque pas la défense mais plutôt l’attaque à venir.

Ensuite, débute un passage dominé par l’action : l’enchainement des meurtres des 3 prêtres.
« Jehans, qui tint la maçue,
Qui molt ot grosse la cibole,
Felonessement le rebole,
Si que li prestres n’en sot mot »
D'une manière rude, cruelle, méchante, il roule les yeux de manière menaçante, il se
rapproche de la victime « Tout coiement, sanz dire mot » ; assimilation à une scène de chasse,
le prédateur se rapproche dangereusement de sa proie.
Description précise de l’horreur de cette scène avec l’image au vers 185 « li sans et la cervele
en vole » ; vers 215 et suivant « fiert tel cop en la caboce, / Ce ne fu pas por lever boce, / Ainz
esmie quanqu’il ataint » un tel coup que ce n’est pas pour faire une bosse mais pour réduire sa
tête en miettes ; vers 241 « Tel cop li done lèz la temple /Que toute la bouche li emple / De
sanc et de çervele ensamble. »
Et lorsque « Yfame en fu moult esmarie » troublée, inquiète « Jehans jure sainte Marie, / Se
sa fame noise fesoit. /De sa maçue la ferroit » Non seulement le mari aimant qui voulait
protéger l’honneur de sa femme menace de mort cette dernière, qui plus est-il invoque le nom
de sainte marie pour cela après avoir assassiné un prêtre.
L’ambivalence de ce personnage s’accentue : si dame Yfame organisait le piège, il prend en
main l’opération désormais : représenter au vers 191 avec ce parallélisme : « Cele se test, et
cil embrace / Celui qui gist mors en la place » Elle se tait et lui attrape le corps pour le cacher.
De même, il réconforte dame Yfame au vers 197 mais la force à continuer son entreprise
macabre. Pour citer le vers 202 : « Qui molt fu dolente de l’uevre ; / Mès fere li estuet par
force » elle est affectée, désolée de cette œuvre mais elle le fait par force, par la contrainte.
S’en suit alors une reprise mécanique du schéma opéré par Jean, il laisse sa femme se faire
renverser par le prêtre avant de descendre doucement pour lui écraser la tête. Le mari
provoque ces morts sciemment, il pourrait simplement piéger le second et le laisser partir,
mais il réitère le même mode opératoire. Il y a là l’idée d’un comique de répétition, surtout si
l’on imagine la gestuelle qui accompagne ce fabliau. On oscille véritablement entre comique
et horreur et je pense que le ton est donné par le performeur qui raconte le fabliau. Dans la
même idée, la prise de parole du mari aux vers 222-224 est cynique, ces prêtres qui voulaient
jouir de la compagnie de la dame en trouvent dans leur mort puisqu’il place les cadavres
ensemble.

 2e MOUVEMENT : v. 250 à 591


2nd mouvement débute par adverbe de temps « or » marquant une rupture « maintenant, à
présent ». Rupture énonciative, le narrateur s’adresse au public directement, décalage avec
l’histoire que l’on a eu qui pourrait être terminée. Le point de bascule s’apparente à un effet
de chute mobilisant une surprise narrative au cœur même du fabliau plutôt qu’une chute
finale.
« sai-je bien qu’il me covient
Dire par quel réson Jehans,
Qui molt ot cele nuit d’ahans,
Remist les deus prestres ensamble :
Se ne le vous di, ce me samble,
Li fabliaus seroit corrompus »

On retrouve la dimension orale des fabliaux, l’auteur feint une épanorthose spontanée. On
retrouve également cette intention de vérité avec le verbe corrompre, altérer l'authenticité de
l’histoire ce qui évoque à nouveau la chaîne de transmission des fabliaux.
Jehans fust à mal cul apus,
Ne fust uns sien nièz, Estormis,
Qui adonc li fu bons amis.
« mal cul apus » expression qui vient du verbe appondre, placer, formule imagée signifiant
« derrière mal placé » « aurait été bien mal assis » « aurait été dans une fâcheuse position »
On reste dans le comique, le corporel tout en désignant la mauvaise position, substantif
« ahan » : Situation pénible, dans laquelle Jean se serait conduit sans l’aide de son neveu
Estormi. On peut se pencher sur l’onomastique puisque estourmie = "Assaut, combat,
bataille" "Tumulte, bruit" selon le DMF. En effet, Estormi est bien celui qui fera grand bruit,
il est le personnage éponyme, il véhicule le comique à travers son langage vulgaire et il va
mener l’assaut en tuant 2 prêtres pensant qu’il s’agit de l’infatigable cadavre. Ce dernier est
directement décrit comme un « bon ami », quelqu’un de dévouer, reprise de ce terme au vers
318 « biaus amis »
Par le choix de nommer son personnage Estormi, Piaucele reprend avec humour le vieux
topos épique et courtois de l’oncle et du neveu. Jehan/estormi rappelle Sarrasins Tiébaut de
Bourges et de son neveu Estourmi dans La chanson de Guillaume.

Avant même d’introduire véritablement le personnage, il est présenté de manière paradoxale


par son oncle : « a delivrer de cest fardel. / Mès je cuit qu’il est au bordel » Il est l’être
salvateur, la 1e personne qui pourrait aider Jean dans sa tourmente mais il est dans un lieu de
prostitution, il ne pratique pas une activité noble, même si la prostitution était une activité
plutôt tolérée socialement au MA. En réalité, la nièce va le chercher « en la taverne ». Il est
tricheur : v.279, il tentait de tricher au jeu en « getant les dez desouz la main » là où la façon
correcte implique de jeter devant la main. Il est colérique : v. 280-83 « Ne li vint mie bien à
main / La chéance, quar il perdi / A poi que tout ne porfendi /De son poing trestoute la table »
et il est endetté : v.296 « Par foi, je n’irai mie sous / Que je doi jà ceenz cinc saus ». Cette 2e
mention de l’argent accentue le décalage avec les prêtres, pour qui 80 livres était une somme
volontairement dépensée, ici Estormi fait partie d’une catégorie pauvre de la population, il ne
possède même pas 5 sous. A titre de comparaison 1 livre = 20 sous (et 1 sou = 12 deniers).
Il se présente donc comme un vilain sans le sou et la 1 e parole qu’il adresse à son oncle est
vulgaire et frôle le blasphème : « Dites moi qui vous a mesfet / Por le cul Dieu, fet Estormis »

Jean fait ensuite le récit véritable du premier meurtre :


« Je te conterai, biaus amis,
Fet sire Jehans, tout le voir :
Uns prestres par son mal savoir
Vint dame Yfamain engingnier,
Et je le cuidai mehaingnier ;
Si l’ai ocis ; ce poise mi ; (me pèse)
Se cil le sevent d’entor mi, (ceux qui sont autour)
Je serai mors isnel le pas. » (rapidement)

La réponse d’Estormi st très intéressante et significative : Ils ne le sollicitaient pas


humblement lorsqu’ils étaient riches, soit que l’argent a corrompu leur vertu, de ce fait
Estormi pourrait être en droit de refuser d’être mêlé à cela. Or il déclare :
Mès jà ne lerai por perèce,
Par le cul Dieu, fet Estormis,
Puis que tant m’en sui entremis.
Que vous n’en soiez délivrez.
Fetes tost, .I. sac m’aportez,
Quar il en est huimès bien eure.
Il ne sera pas paresseux, inactif, il reprend son injure « par le cul Dieu » puisqu’il s’engage à
les libérer de ce poids. A son tour il devient chef des opérations, tête de la raison et de la
réflexion en ordonnant de se dépêcher et de lui apporter un sac.
Mès ainçois orent moult grand paine
Qu’il li fust levez sor le col.
Estormis en jure Saint Pol
Qu’ainz ne tint si pesant fardel
On peut également relever le comique d’Estormi qui tente de soulever le prêtre qui s’avère
être très lourd, le poids implique l’opulence et la richesse c’est donc une manière de se
moquer de cette classe supérieure, que l’on retrouve au vers 428-29 « Moult estoit cras et
esfossez / Li prestres que j’ai enfoui » ; De plus, il y a évidemment une dimension comique au
niveau de la gestuelle que cette scène peut suggérer. Estormi affectionne les jurons qui
tendent à le caractériser (v.329 ; 340 ; 408 ; 460 ; 468 ; 488 ; 508 et 523) selon Nykrog : « tout
ce caractère d’Estormi est l’apport individuel d’Hugues Piaucele et n’est nullement nécessaire
au conte. Hugues se complaît à dessiner le portrait du fils déchu d’une bonne famille
bourgeoise, tombé dans un état plus ou moins inavouable, et il le fait uniquement par les
gestes et les propos des personnages. »

Estormi part donc enterrer le corps dans la nuit, pour citer Philippe Ménard, « la nuit la ville
est le monde du mal » et Estormi part sans demander de lanterne (v.345) il est donc habituer à
ce type de manœuvre ?
Comme nous évoquions le couvre-feu dans la 1 e partie, le vers 348 évoque un contrôle des
entrées et des sorties « Ne veut pas aler par la porte » Les villes prennent leur essor et
s’affranchissent du pouvoir de l’évêque ; c’est ainsi que les villes vont se retrouver entourées
de remparts. Estormi témoigne du fait que les habitants ne sont pas libres, c’est compliqué de
sortir de la ville.
S’en suit alors le piège de Jean qui, pendant que son neveu enterre le cadavre du prêtre, place
l’autre cadavre à la place pour tromper Estormi. Plutôt que d’être honnête vis-à-vis de son
neveu qui veut l’aider, Jean lui joue un tour, cela témoigne du fait que Jean considère son
neveu comme un simple d’esprit. Cette malhonnêteté sera punie par la mort d’un 4 e prêtre
innocent.

Biaus nièz, ainz me puis clamer las,


Fet Jehans, qu’il estrevenuz ;
Jean se clame las, malheureux, épuisé du fait que le corps soit revenu alors que c’est son
neveu qui effectue la sale besogne. Inversion comique des rôles. Ce dernier va ensuite
manipuler son neveu pour obtenir son aide : Jamès ne serai secoruz/ Que je ne soie pris et
mors »
Estormi se présente comme un personnage admirable, loyal et fidèle à ses paroles : « Et s’il i
en avoit deux cenz /Si les enforrai-je ainz lejor.»
On peut relever le leitmotiv de l’honneur au vers 380 : « seroie coars renois, / Se mon oncle
honir lessoie. » lâche infâme si je laissais mon oncle être souiller, déshonorer.

Comique à propos des prêtres, encore une fois ce cadavre est décrit comme « Qui moult estoit
lais et hideus » et « restiiez por la dosne revenuz si novelement »
dosne peut désigner la dame mais également une forme dialectale signifiant flirter, faire
l’amour. La seule ambition qui réveillerait les prêtres de la mort serait le sexe. Le comique
bascule toutefois sur le personnage d’Estormi, le comique est créé aux dépends de ce
personnage, on rit car on connait la vérité et pas lui. Le narrateur joue de cette connivence
avec le spectateur :
Mès de cestui est-il bien pès,
Que il ne porra revenir.
Mès du tiers soit au couvenir
Que il trovera jà tout prest ;
Mestier li est qu’il se r’aprest,
Il est en paix car il ne pourra pas revenir mais qu’il se prépare pour le troisième « Quar on li
jue de bondie. » L’expression peut ici être interprété comme « jouer par en dessous » comme
on l’a évoqué précédemment, donc tricher, on se joue de lui.

Loin de critiquer l’attitude de Jean, le narrateur justifie en déclarant que si les prêtres sont
décédés c’est « par lor grant mesfet » à cause de leur mauvaise action.

Estormi reprend ensuite le motif de la lassitude : « Hé ! las ! com je sui traveilliez », travailler
dans son sens originel de grande souffrance, torture.

L’oncle lui redouble son hypocrisie pour délivrer son 3 e fardeau : pour citer le vers 440 « Ha
biaus douz nièz » ; Estormi ne doute pas bien longtemps de cette information : pour citer le
vers 452 « Par foi, tierce foie droiz est » trois fois c’est normal c’est un proverbe de l’époque.
Pour citer La légende de la mort d’Anatole Le Braz note « tout mort, quel qu’il soit est obligé
de revenir trois fois »

De plus, il y a une énième chute dans le fait que le 3 e prêtre ne soit pas mort, en effet après
être tombé tous deux dans la fosse creusée par Estormi : v. 484
Et la mains au prestre radrece.
Qui del bort de la fosse eschape.
Puis li a donné tel soupape,
Por poi les denz ne li esmie
Vois, por le cul sainte Marie,
Fet Estormis, je suis matez !
Cist prestres est resuscitez »
 Décalage avec la crédulité qu’on lui attribuait, le prêtre ressuscite véritablement et
Estormi est désormais du côté de la vérité.

Après une brève lutte, Estormi parvient à reprendre le dessus et à tuer le 3 e prêtre avec un
coup de pelle sur la tête : « Qu’aussi la teste li esmie / Com fust une pomme porrie », reprise
du meurtre des prêtres par Jean avec l’objet qui écrase la tête de manière très imagée.

En outre, on a affaire à un fabliau complexe avec un énième effet de chute : alors qu’Estormi
venait de jurer de ne plus enterrer de prêtre même si celui-ci réapparaissait, il croise un prêtre
sur son chemin à partir du vers 514. On assiste ainsi au 2 e meurtre d’Estormi dans des
conditions similaires à celle des meurtres de Jean ;
Dont hauce le havel en haut ;
Le prestre fiert si lèz l’oreille
Que ce fust une grant merveille
Se li prestres fust eschapez,
Quar il fu du havel frapez
Que la cervele en chéi jus.

Avant de reprendre le leitmotiv du déshonneur : Ha ! fet-il, trahitres parjurs, / Com m’avez fet
anuit de honte ! »

L’auteur lui-même note l’aspect répétitif de cette histoire au vers 536 : « Que vous feroie plus
lonc conte ? » Manière de manifester à l’audience que l’histoire touche à sa fin.

A son retour, son oncle veut récompenser le bon ami qu’il a été mais Estormi n’en n’a que
faire : v.561 « N’ai soing de deniers ne d’avoir. / Mès, biaus oncles, dites moi voir / Se li
prestres est revenuz. » Candeur du personnage qui ne cherche pas la récompense mais veut
seulement s’assurer que son honneur et celui de son oncle sont saufs. Cette remarque est
d’autant plus admirable lorsque l’on se souvient de la rencontre avec Estormi qui le présente
comme une personne endettée.

La double énonciation passe du côté de Jean lorsqu’il apprend le 4 e meurtre : il félicite son
neveu mais : « Après dist bas tout coiement : « Par foi, or va plus malement, Que cil n’i avoit
riens mesfe ». Jean est puni de son mensonge.

 EXCIPIT : v. 588 à la fin


L’intention didactique et morale est présente. Plusieurs niveaux de morales pour correspondre
aux différentes chutes que l’on peut résumer en 3 morales :
Maxime (du latin maxima sententia, sentence la plus générale) = formule brève énonçant une
règle de morale ou de conduite ou une réflexion d'ordre général :
- 590-591 : « Mais le diable a un pouvoir exceptionnel pour tromper et surprendre les
gens » présent gnomique
- 592-594 : « Par l'histoire des prêtres, je veux vous apprendre que c'est folie de
convoiter et de fréquenter la femme d'un autre » mention directe des allocutaires
« vous » à qui se destine la morale + verbe apprendre qui donne clairement le ton.
- 620-622 : « Mais on ne doit pas, à mon avis, mépriser un parent pauvre, si pauvre soit-
il » on, pronom personnel Il peut représenter un ensemble de personnes et signifier «
tout le monde ». Il est souvent employé de cette façon dans les proverbes ou pour
formuler des maximes à valeur de vérité générale

A moult grant tort perdi la vie


Li prestres qu’Estormis tua,
Mès déables grant vertu a
De genz engingnier et sousprendre
Introduction de la notion de morale : tort = ce qui est contraire à la justice, à la morale. Ce 4 e
prêtre, innocent, a été tué à tort. Mais le diable, L'esprit du mal, a une puissance surnaturelle,
une vertu. Jeu sur sens religieux de vertu, qualité humaine en particulier morale, disposition à
pratiquer le bien, en opposition au vice. Le diable a donc un grand pouvoir pour engingnier,
tromper, duper et sousprendre ; double sens intéressant puisque c’est surprendre, au sens
figuré susciter l’étonnement = effet de chute et surprendre, au sens propre prendre qqn à
l’improviste, contexte guerrier, ce qui a été le cas pour Estormi qui voyait cela comme une
ultime bataille. Pour citer Jean Dufournet, « au Moyen Âge, toute morale est religieuse », il
s’agit de distinguer le bien et le mal, d’où l’évocation du Diable. De plus, même si la morale
est du côté du mari dans la 1e partie du fabliau, on peut ici l’assimiler au Diable puisque tous
deux trompent, dupent. Non seulement il dupe les prêtres, ce qui est excusable car ils ne sont
pas du côté de la morale, mais également et surtout il dupent Estormi. Ces deux idées sont
reprises avec les morales suivantes :
Par les prestres vous vueil aprendre
Que folie est de covoitier
Autrui fame, ne acointier

Par : au moyen de, l’histoire au profit d’une morale donc.


Insistance sur verbe Acointier en fin de vers 594 = dans relation familière, amicale ou
amoureuse, fréquenter, donc ici connaitre, pratiquer l’acte charnel avec. Ce qui a perdu les
prêtres c’est leur luxure, leur démesure, leur appétit sexuel pour la femme d’autrui. Le prêtre,
en dépit de son vœu de chasteté, s’adonne à la débauche, obsédé par sa virilité et emporté par
son instinct, rebelle à toutes contraintes sociale et morale » « La femme n’est pour lui qu’un
corps désirable ce qui entraine un acte impérieux, brusque et brutal. C’est cet acte qui est le
déclencheur de la violence du mari : vers 176 Et cil, qui cuide avoir son gré / De la dame tout
à estor. / Vint à li, se li fet un tor /Si qu’en mi la méson l’abat »
Le mari respecte la morale collective, il a le droit de son côté. Il est le garant des bonnes
mœurs contre le prêtre qui profite de sa position pour introduire la subversion puisque la
femme proclame sa fidélité au sacrement du mariage. La dissimulation, la ruse permet le
triomphe de la morale conjugale.
604 : « Qui Yfame voudrent honir, / Ainz furent paie à lor droit » honir : souiller, corrompre ;
à lor droit = Application des règles de droit, justice.

Développement de la morale entrecoupé d’une partie narrative vers 614-619 :


Au mengier s’assist Estormis ;
Assez but et assez menja ;
Après mengier l’acompaingna
Jehans ses oncles à son bien.
Mès je ne sai mie combien
Il furent puis se di ensamble

Qui précède la dernière morale vers 620 :


Mès on ne doit pas, ce me samble.
Avoir, por nule povreté,
Son petit parent en viuté,
S’il n’est ou trahitres ou lerres ;
Que s’il est fols ou tremelères,
Il s’en retret au chief de foiz.

Locution verbale ce me sample qui évoque la subjectivité du locuteur.


Viueté = Absence de valeur, ce qui est sans valeur, mauvais traitement.
Tremelères : joueur aux dés, évocation d’estormi au début de l’histoire ; tremerel est une sorte
de jeu de hasard avec 3 dés ; jeu de hasard au moyen âge = condamné par Église car accusé de
développer le mépris de Dieu, celui de sa propre personne

Puis exemplification de la morale 626 :


Vous avez oï mainte foiz
En cest fablel que Jehans fust,
Se ses nièz Estormis ne fust,
Honiz entre lui et s’ancele
Ultime rappel du leitmotiv de l’honneur

Et enfin la signature de l’auteur : « Cest fablel fist Hues Piaucele »

En somme, un des attraits les plus fascinants des fabliaux, c'est, pour citer Jean
Dufournet dans la présentation de notre édition « leur façon habile d'énoncer toujours un
programme conforme au cahier de charges réaliste, la volonté affichée de ne tromper
personne, et, d'un autre côté, de toujours garder par-devers soi la possibilité, la rouerie de
pervertir ce programme ». En effet, il y a phénomène de la véridiction dans Estormi. Les
auteurs de fabliaux postulent souvent, en dépit de l’invraisemblance des intrigues, qu’ils
relatent un fait qui s’est réellement produit. Le narrateur déploie cet ethos de vérité alors
même qu’il multiple les péripéties et les chutes dans Estormi. Ce fabliau est par ailleurs
considéré dans la note sur l’édition comme un petit chef d’œuvre « parmi les plus ingénieux et
les plus caractéristiques du genre »
 Interpréter l’intertexte biblique : réalisme/jeu d’illusion et merveille

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