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Les Fabliaux du Moyen Âge : Analyse et Contexte

L'étude des fabliaux du Moyen Âge se concentre sur leur contexte géographique, politique et économique, ainsi que sur leur structure littéraire et leur réception par différents publics. Les fabliaux, écrits en langue d'oïl, reflètent les tensions sociales de l'époque et sont caractérisés par leur ton trivial et leur moralité. L'anonymat des auteurs et la semi-oralité de leur diffusion soulignent la complexité de leur production et de leur transmission à travers les siècles.

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Les Fabliaux du Moyen Âge : Analyse et Contexte

L'étude des fabliaux du Moyen Âge se concentre sur leur contexte géographique, politique et économique, ainsi que sur leur structure littéraire et leur réception par différents publics. Les fabliaux, écrits en langue d'oïl, reflètent les tensions sociales de l'époque et sont caractérisés par leur ton trivial et leur moralité. L'anonymat des auteurs et la semi-oralité de leur diffusion soulignent la complexité de leur production et de leur transmission à travers les siècles.

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ÉTUDE D’ŒUVRE :

Les Fabliaux du Moyen Âge


 Évaluation via exposés : 10/15min avec support visuel à transmettre au préalable
Situation initiale, point de bascule, conclusion ; cerner les éléments en ancien français

20/03 :
- Analyse La Male Honte ORAL
- Analyse Les Trois Aveugles de Compiègne x
- La morale des fabliaux : un genre didactique ?

 Page 351 : notes pour chacun des fabliaux.


 Page 393 : Voir Jean Bédier/ Dominique Boutet/ Robert Dubuis/ Lorcin/ Ménard/
Zunther
 Voir Chronologie

INTRODUCTION :
I. Contexte géographique de l’écriture des fabliaux :

Tous écrits en langue d’oïl (s’étendent de la Loire à l’Escaut) ; grande cohérence


géographique, la plupart des villes mentionnées sont situées entre la Seine et l’Escaut. On
évoque les Flandres, la Champagne, le Hainaut… La région de la Lombardie (sud-est de la
France) n’est jamais mentionnée. Dans la Male Honte cependant, tout se passe à la cour du roi
d’Angleterre.
Les fabliaux nous montrent le retour des personnages contrairement à l’aventure dans les
romans de chevalerie.
II. Contexte politique et économique de la France du Nord au 13 e
siècle :
Dans les romans de chevalerie du 12 e siècle, on voit le château féodal et la campagne, le
monde urbain est très peu représenté. Les villes prennent leur essor et s’affranchissent du
pouvoir de l’évêque ; c’est ainsi que les villes vont se retrouver entourées de remparts. Le
moine sacristain et Estormi témoignent du fait que les habitants ne sont pas libres, c’est
compliqué de sortir de la ville. Les villes se développent grâce au commerce.

Le fabliau : technique et structure


 Auteurs et publics : La communication littéraire des fabliaux.
 Le fabliau : un genre littéraire ?
 Qualités littéraires des fabliaux (Brièveté /Longueur ; Mises en place de
l'action ; Structures simples/structures complexes)
 Lecture : Estula

Production, diffusion et réception des fabliaux :


I. Conditions pratiques de production et de diffusion de la littérature
médiévale :
1. Anonymat
Peu de noms d’auteurs sont conservés, peu de données historiques pour les auteurs connus
avant le 15e siècle, les noms sont souvent des pseudonymes, Chrétien de Troyes serait un
toponyme. Cet anonymat est dû à des raisons pratiques mais aussi idéologiques car auteurs
vernaculaires seraient moins prestigieux que les auteurs latins. On oppose l’originalité et la
création des latins, les auctoritates, à la réécriture et la variation des vernaculaires.
2. « Manuscriture »
Le texte médiéval est par définition mouvant (D. Poirion), deux copies ne sont jamais
identiques. On appelle tradition manuscrite l’ensemble des copies conservées d’un texte,
l’original est le manuscrit d’auteur qui est presque toujours perdu. A la fin du MÂ on aurait
retrouvé quelques manuscrits autographes. On a donc transmis des fautes de copies qui sont
liés à des facteurs linguistiques mais aussi temporel et individuel. Il y a aussi des variantes, ce
sont des modifications volontaires car le scribe peut vouloir expliciter un passage, amplifier
un passage qui plait au public ou abréger un passage trop long, éliminer une référence
obscure, désuète, volonté de moderniser la langue etc.
Ecdotique : reconstruction hypothétique du texte original sur la base d’une comparaison
critique des témoins conservés.
3. Oralité
Semi-oralité : peu de livres en Occident avant le dernier quart du XVe siècle, les livres sont
des objets rares et couteux signes de prestige social. Le mode de diffusion est la lecture
collective et orale mais se développe aussi ensuite une lecture individuelle et silencieuse.
P. Zumthor dans Introduction à la poésie orale, a théorisé l’idée d’une culture médiévale
comme semi-orale. Régime mixte susceptible d’intervenir dans 5 étapes :
- Production
- Transmission
- Réception
- Conservation
- Répétition

Chaînes mixtes : soit de jongleurs à jongleurs soit forme écrite. Idée de performance (to
perform) des jongleurs donc oralité et visuel. La conservation et la production sont d’avantage
du côté de l’écrit là où la répétition et la transmission se font surtout par oralité.
II. Productions et diffusions des fabliaux, auteurs, jongleurs :
Sur l’ensemble du corpus il n’y a que 20 noms d’auteurs, sur notre corpus on n’en a que 8. On
distingue deux cas : des auteurs qui ne sont connu que pour ces fabliaux et d’autres connus
pour d’autres textes :
- Garin, Haiseau, Hugues…
- Jean Bodel, Rutebeuf, Huon de Cambrai, Jean de Condé… autres types d’écrits
Keith Busby, The respectale fabliau, Jean Bodel, Rutebeuf and Jean de Condé : Peut être pas
un genre si bas que ça.

Problème philologie des fabliaux, J. Rychner remarque différents types de modifications :


variantes de copiste, des remaniements, des transformations non intentionnelles… Il suppute
l’existence d’originaux, une diffusion orale par des jongleurs. Les originaux sont supérieurs
aux remaniements, il en conclu à une origine aristocratique du genre, les dégradations sont
liées aux conditions de diffusion, non de création.
III. Réception des fabliaux : quel était le public ?
J. Bédier a soulevé le problème pour la 1 e fois à la fin du 19e siècle, il va chercher à
reconstitué l’histoire de ce genre. « Les fabliaux naissent dans la classe bourgeoise, pour elle
et par elle ». Ils appartiennent au style bas mais sont destinés à la classe bourgeoise. Cette
confusion est faite car on identifie le style bas au milieu social bas, ce qui n’est pas vrai. De
même il y a une conception de la vie assez joyeuse, avec de l’argent etc. ce qui évoque le
mode de vie des bourgeois qui se développe autour du 1200.
P. Nykrog va prendre le contre-pied de Bédier en disant que c’est un genre courtois destiné à
un public aristocratique (mentionné dans les prologues). De même il remarque un « burlesque
courtois », une parodie du langage courtois. Il trouve aussi une influence de genres
aristocratiques. Selon lui, les fabliaux « montrent la vie des vilains vue de l’extérieur, souvent
avec mépris » « le seul milieu qui ait pu se former une telle conception est celui du monde
courtois »
J. Rychner pense que le public pouvait être à la fois aristocratique et bourgeois « un
burlesque courtois digne tantôt d’un public aristocratique et bourgeois ». Les performeurs
changeaient le style et la réception, le public dépend d’eux et de leur remaniement.
Plus tard, Nykrog revient sur ses propos en disant qu’au 13e siècle il y a une modification de
la transmission des textes, on va toucher un public plus large qu’au 12 e siècle, la littérature
devient donc plus bourgeoise et l’esprit courtois se transforme. Il renonce au caractère
purement aristocratique.
Lorcin elle va présenter une thèse différente, elle va dépasser cette distinction pour en faire
une de génération, entre un public jeune et un plus âgé. Les mentalités représentées dans les
fabliaux, les valeurs célébrées sont : loisir, prouesse, largesse (générosité financière) et
courtoisie. Ce qui est critiqué c’est l’avarice et le mode de vie des petits bourgeois. Elle
conclut que le « système de valeurs des fabliaux est d’origine aristocratique et n’est que
légèrement altéré par la pression d’autres groupes sociaux ». Elle rejoint donc la 1e thèse de
Nykrog.
Ménard lui considère que les fabliaux célèbrent les valeurs aristocratiques mais cela ne suffit
pas à réduire le public à un milieu aristocratique. Il considère les fabliaux comme un miroir de
la vie ordinaire, quotidienne. Les auteurs des fabliaux connaissent des détails précis sur la vie
de la petite bourgeoisie, donc ils devaient en faire partie, du moins certains. Familiarité des
auteurs avec le monde des vilains.
Lorcin va alors revenir sur sa théorie avec une opposition entre deux classes d’âge : cela
permet de dégager deux types particuliers :
- Les clercs (jeunes hommes étudiants qui voyagent, vus de manière méliorative,
beaucoup d’habilité dans la ruse)
- Les chevaliers (bacheliers non chasés, c’est-à-dire des jeunes hommes aspirant à
devenir chevalier mais non chasés, sans fief, sans terres. Jeunes hommes errants eux
aussi bénéficiant du regard bienveillant des narrateurs.) Ces jeunes gens créent la
mésaventure et questionnent la solidité de la société existante contrairement aux
chevaliers chez Chrétien de Troyes qui veulent grandir et s’améliorer moralement en
participant à la société.
Elle théorise aussi un lien avec le fin’amor : Ce qu’on retrouve dans l’amour courtois, on le
retrouve de manière exponentielle dans les fabliaux. L’assouvissement du désir amoureux
entraine la perdition du royaume dans l’amour courtois. Les fabliaux sont apparenté à ce
genre et donc au milieu aristocratique, courtois, mais comme la fin’amor, elle met en scène
des personnages de basse noblesse.

Définition générique du fabliau


Le contexte du 13e siècle : grand bouleversement économique et politique dans la France du
nord qui va entrainer des bouleversements dans la littérature. Le roman s’était développé au
12e siècle, en langue romane : roman antique (adapte les ouvrages de l’antiquité grecque et
romaine, Roman d’Énéas) roman de chevalerie (Chrétien de Troyes). Mais on trouve aussi
des lais (Marie de France, influence des mythes celtiques, merveilleux). Les changements
majeurs sont donc le développement de la prose et du comique. La prose apparait au 13 e siècle
en littérature bien que présente dans des domaines sérieux avant (écrits religieux,
historiographie : chroniques, prose = gage de véridicité). Le fabliau apparait comme un genre
conservateur, il conserve les vers. Il faudra attendre la nouvelle (fin MÂ) pour trouver des
textes brefs écrits en prose.
Il y a donc aussi le développement de la littérature comique : Le roman de Renart en est le 1e
exemple. Développement particulier dans le théâtre profane, non religieux. Jean Bodel, auteur
de théâtre mais aussi de quelques fabliaux, va écrire des textes à caractères profanes même si
c’est Adam de la Halle dans Jeu de la feuillée qui va écrire le premier texte entièrement
profane et comique.
A l’époque se développe aussi le dit, destiné à être dit et non chanté. Forte confusion entre dit
et fabliau ; voir fin de les Perdrix.
I. Définition :
Fabliau, une forme dialectale picarde qui prévaut sur la forme francienne fableau, fablel ou
flabel. C’est Bédier qui fait qu’on utilise la forme picarde. Ça veut dire récit fictif par
opposition à estoire « récit authentique ». Plusieurs termes employés comme synonymes :
- Conte
- Aventure (littérature courtoise)
- Dit (littérature didactique et morale)
- Essample (traduction du latin exemplum)
- Fable (3 sens : fable ésopique, classique ; mensonge ; le point de départ du récit avant
sa mise en œuvre littéraire)
II. Les caractéristiques du genre :
1) Récits écrits en couplets d’octosyllabes à rime
plate
2) Récits brefs (200-500 vers)
3) Moralité
4) Ton trivial
5) Récit purement anecdotique
6) Rire
III. Les genres contigus :
 Le lai :
« Petit conte en vers, langage délicat, la narration prévaut sur le fond ou sens, cultive
l’émotion » or l’émotion cesse pour faire naitre le rire dans les fabliaux.
 Le conte moral :
Rapporte une aventure dans laquelle le sens prévaut sur la matière et l’ordonne tout entière.
Le rire en est absent. L’intention de l’auteur est moralisante alors que celle dans les fabliaux
c’est la trame à proprement parler.
 La nouvelle courtoise :
Exaltation des sentiments amoureux, proximité par les thématiques mais distance par le ton,
l’atmosphère.
 L’exemplum :
« Un récit bref donné comme véridique et destiné à être inséré dans un discours pour
convaincre un auditoire par une leçon salutaire » dimension religieuse dont est exempt le
fabliau.
 Le dit :
Un genre indéfinissable, un discours qui met en scène un je, se rapproche du fabliau mais est
polysémique, il peu regrouper des dits allégoriques, comiques, d’aventures, boniment de
vendeurs ambulants (stand up) etc.
 Le débat :
Genre casuistique, théologie morale qui veut résoudre les cas de conscience en appliquant les
principes théoriques aux situations de la vie.
 La fable :
Origine antique avec Ésope (grec) et Phèdre (latin). Isopet de Marie de France : 1e recueil de
fable en français. Les fables sont moins longues que les fabliaux, il n’y a pas de ton trivial,
mise en scène d’animaux (ils ne parlent pas dans les fabliaux) …

L’ART DU RÉCIT DANS LES FABLIAUX


A Corbellari 2015, p. 312 v.7-9.
I. Récits brefs
A. Actions simples et efficaces
Thème abordé dès le titre
Une action qui s’enclenche très vite
Disgressions au service de l’action
Distinction fabliaux simples/ élaborés (R. Dubuis)

Le passé simple amorce l’action dès le vers 7 du 1 e fabliau Le vilain de Bailluel ; de même
pour Boivin de provins où en ¾ vers on a déjà toute l’intrigue du fabliau.
Digression plus flagrante dans Les tresses aux vers 67-76 : Digression qui ne sert à rien
d’apparence alors qu’elle explique l’organisation spatiale de la maison permettant la double
ruse qui va suivre. La mention de la valeur du cheval a l’effet d’un fusil de Tchekhov puisque
ce même cheval finira sans queue à la fin du fabliau.
Distinction fabliaux simples/ élaborés (R. Dubuis en 1973) : Boivin de Provin : jouer un
mauvais tour à une prostituée (simple) or plus élaborés vont lier plusieurs aventures comme
Estormi avec une 1e aventure le piège destiné aux trois prêtres lis en place par le mari car ils
courtisent sa femme et 2nd aventure avec le personnage éponyme qui doit enterrer les
cadavres. Les 3 aveugles de Compiègne est aussi fabliau élaboré : mésaventure causée par le
clerc aux 3 aveugles mais aussi mauvais tour de l’homme d’Église envers l’homme qui les a
accueilli. P. Ménard dit que la meilleure partie se retrouve dans la 2 nd partie du dyptique ; la
2nd partie est toujours une conséquence de la 1e ; cela se passe toujours dans le même cadre
spatio-temporel (ce qui n’est pas le cas dans les lais par exemple) ; il y a un personnage qui
fait le lien.

B. Des personnages « typés »


Efficacité descriptive des personnages dès l’introduction : 13 sur 19 sont une référence à un
personnage de l’histoire Estormi/Vilain de Bailleul. De même il y a toujours une description
brève des personnages soit :
- Décrit une relation entre les personnages (Haimet et Barat ; dès le début on sait la
relation entre les 3 personnages)
- Il s’agit d’une description physique ou morale (Boucher d’Abbeville p.100 v. 7-14
pour morale et Vilain de Bailleul p.36 v.8-11 pour physique)
Personnages subordonnés à l’action
Le rôle des patronymes dans la typologisation des personnages
- Paysan de Bailleul : Paysan, Dame Erme et le Prêtre
- Gombert et les 2 clerc : Gombert, les 2 clercs, Dame Gille et la fille
- Brunain : le vilain, sa femme, le prêtre et Constant
- Haimet et Barat : Haimet, Barat, Travers, Marie
- Baillet le savetier : Baillet, sa femme, sa fille, le prêtre Laurent, son frère curé
- Le boucher d’Abbeville : David boucher, prête Gautier, un pâtre, la femme du prêtre
et une servante
- Le prêtre et le loup : le vilain, sa femme, un prêtre et une servante
- Estula : les 2 frères, un paysan riche, son fils, un prêtre (+ chien Estula)
- Les perdrix : un vilain, sa femme et un prêtre Gombaut
- La male honte : Honte, son compère, le roi d’Angleterre et un chevalier de
Cornouailles
- Le prêtre crucifié : Roger le sculpteur du crucifix, sa femme, le prêtre Constant, 2
gaillards
- Le prêtre teint : Maître Picon le teinturier, sa femme, prêtre Gerbaut, dame Hersent,
une servante
- Le moine sacristain : le moine sacristain, Guillaume le banquier, sa femme Idoine, le
prieur de l’abbaye, Thibault le métayer, sa femme, Courtoise une servante, Garnot, des
voleurs, Martin
- Boivin de provins : Boivin, Mabile prostituée nom type, 2 hommes qui aident les
prostituées, Ysane, un prévot
- Estormi : Jean, Ysame qui est sa femme, leur nièce, 4 prêtres, Estormi
- Les tresses : un chevalier, sa femme, son amant, la sœur de l’amant, le mari de la
sœur, une bourgeoise qui va prendre la place de la femme
- Les 3 aveugles de Compiègne : 3 aveugles (dont 1 s’appelle Robert), clerc parisien, un
aubergiste et un prêtre
- La dame qui fit 3 fois le tour de l’église ; écuyer, sa femme, prêtre
- Le testament de l’âne : évêque et prêtre
Ce qui intéresse c’est le sociotype des personnages, les noms employés sont passe partout
comme Guillaume ou Robert ou ils sont pleins de sens comme Mabile la prostituée habile ou
David pour le boucher d’Abbeville qui doit se faire passer pour un berger, clin d’œil à
l’Ancien Testament.
II. Structuration des fabliaux
A. Introductions
Les différents éléments perturbateurs : 5 types :
- La pauvreté (Estula)
- Le désir, plus particulièrement le désir sexuel (le Vilain de Bailleul)
- Les deux à la fois, pauvreté et désir sexuel (Estormi et Le moine sacristain)
- Le désir alimentaire (Les Perdrix)
- Le plaisir du jeu (Les 3 aveugles de Compiègne et Boivin)

Les éléments perturbateurs problématiques : c’est le cas dans Haimet et Barat et Estula. Dans
Haimet et Barat il n’y a pas forcément de moteur de récit ou Estula qui n’est qu’un
quiproquo.

« Point de bascule » selon R. Dubuis et pas éléments perturbateurs pour parler du passage de
la 1e à la 2nd partie. Dans Estula, c’est à partir de l’énonciation du nom du chien que le point
de bascule va s’activer. Dans Estormi le point de bascule est encore plus marqué : dès lors que
l’on mentionne le nom d’Estormi. Le point de bascule s’apparente à un effet de chute
mobilisant une surprise narrative au cœur même du fabliau plutôt qu’une chute finale.
B. Conclusions
Très rapides
« Récits à chute »
« Fins fermées ? »

Le corpus des fabliaux


D’un point de vu chronologique, c’est un genre qui nait à la fin du 12 e siècle et disparait dans
la 1e moitié du 14e avant 1340 (date de mort de Jean de Condé, dernier auteur des fabliaux)
D’un point de vue géographique on se situe dans la France du Nord : Picardie, Artois,
Hainaut, Normandie.
En terme d’extension générique : 56 fabliaux sont certifiés, revendiquent être des fabliaux.
P. Nykrog détermine 160 fabliaux, P. Ménard lui 130, J Bédier 147 et A. de Montaiglon 157.
Comment classer les fabliaux ? Tentatives de définition et classement du genre : la
terminologie est flottante, difficulté à donner une définition précise et exhaustive.
Anatole de Montaiglon : « un récit plutôt comique d’une aventure réelle ou possible même
avec des exagérations qui se passe dans les données de la vie humaine moyenne » ; Bédier
« conte à rire en vers », en plus il classe les 147 fabliaux en 4 types :
1. Ceux qui supposent une gaieté facile et superficielle
2. Ceux qui n’impliquent que l’esprit gaulois
3. Ceux qui, outre l’esprit gaulois, supposent le mépris profond des femmes
4. Les fabliaux obscènes

Per Nykrog classe les 160 fabliaux selon 2 critères : fabliaux érotiques (schéma triangulaire
avec issue favorable soit pour amant soit pour mari ; schéma fondé sur séduction d’une
femme) ou non érotiques.

Dominique Boutet « le fabliau est un genre narratif bref non animalier en octosyllabes dans
lequel les caractères, la trame narrative le registre sociologique et le ton relèvent les uns les
autres et à des degrés divers du style bas tel qu’il ressort de l’’esprit général des Arts
poétiques contemporains. »

L’argent
I. Omniprésence
Influence grandissante de l’argent dans la société médiévale du 13 e : 21 monnaies différentes
dans les fabliaux mais deniers/livres/sous = plus présent. 14 fabliaux sur 19 font référence à
l’argent.
Le paysan de bailleul ne nait « ni usirier ni changiere » v.5
Gombert : mention de l’anneau = + que 4 bezanz v.67
Baunain : on parle d’argent en général
Haimet : pareil pas de mention précise si ce n’est « et moult volentiers gaigna » v.119
Baillet : 20 livres de bons parisis v.151
Le boucher : peur qu’on lui volent son argent V36
Estula: riche hom molt asazez v.19
Male honte : assezz i ot or et argent v.197
Le prêtre crucifié : 15 livres de raënçon v.90
Le prêtre teint : 10 sous à Hersent v.121
Le moine sacristain : 80 livres de bon provendisions v.24
Estormi : 80 livres v.27 : endetté de 5 sous v.297
Les tresses : 40 livres
3 aveugles : 10 sous ; un besant
Testament : prêtre est riche v.25
 Montre l’influence grandissante de l’argent dans la société au 13 e siècle. D. Boutet dit
à ce sujet : « aux relations féodales fondées sur le lignage s’opposent des relations
individuelles fondées sur le pouvoir et l’argent » « à la largesse extravertie des romans
courtois, s’oppose une attitude égoïste tournée vers la satisfaction des plaisirs
personnels »

Argent => acheter des femmes ; L’argent est tout puissant et sert à acheter des êtres humains

Argent => moteur essentiel de l’intrigue ; Moine sacristain ou Boucher d’Abbeville => le but
est de gagner de l’argent sinon volonté de sortir de la misère => Estormi
II. Figures des parias
Boutet : « La pauvreté engendre l’errance et/ou la ruse, la richesse s’accompagne de la
stabilité et de la bêtise »
 Voleur
Dans Haimet et Barat : on a une compétition entre 3 voleurs, c’est un moyen d’exposer son
talent et sa ruse, ces voleurs le seraient de pères en fils = sorte de malédiction transmise.
On parle de compagnie des larrons : institutionnalisation du vol, une profession.
Estula : figure de voleur par manque d’argent ; triple allégorie de la pauvreté p.132 ; les deux
frères ne rusent pas particulièrement parce que les personnages riches sont suffisamment
bêtes.
 Mendiant
Le mendiant est associé au personnage de l’aveugle ; pas d’empathie pour le statut de
l’aveugle au MA.
 Prostituée
Surtout dans Boivin de Provins mais aussi dans le Prêtre teint. Lorcin notait que les prostitués
étaient relativement acceptées au MA, il y a même une rue « aus putains » p.234 v20. Les
prostitués sont connues pour leur ruse. Mabile est un personnage habile « plus savoit barat et
guile (ruse)/ que fame nul qui i fust » v.22/23 p.234. C’est la catégorie de femme la plus
rusée.
 C’est leur statut à la marge qui les pousse à développer la ruse.
III. Revanche des dominés ?
Textes révolutionnaires qui remettent en cause l’ordre établi ? Les faibles obtiennent une
revanche littéraire dans une société qui ne leur est pas favorable = peut-être pour ça que les
femmes s’en sortent si bien.
« Le choix du personnage faible comme vainqueur s’explique parce qu’ils n’est pas
perturbateur de l’ordre social » selon Boutet, cela ne peut pas durer.
Ce n’est donc pas une littérature transgressive, on remet en question sans remettre en
question.

Le testament de l’âne
Satire des mauvais chrétiens aveuglés par l’argent

Le prêtre crucifié
v.1-28 : l’homme va douter de la fidélité de sa femme
28-68 : il découvre l’infidélité
69 à la fin : la vengeance envers le prêtre
Le prêtre est objectifié : il est objet de la colère ; objet de désir mais également un objet dont
dispose, on lui coupe les testicules et le sexe car symboliquement il aurait dû faire vœu de
chasteté.
Mise en garde des prêtres, on discerne les bons pieux et les mauvais.

La morale des fabliaux : un genre didactique ?


I. L’intention didactique des fabliaux en regard des autres genres littéraires de
l’époque
Le texte est un « exemple », une morale qui peut être rapidement expédiée ou au contraire
développée longuement.
Le personnage rusé est celui qui parvient à sortir de la situation délicate ; page 128 le
narrateur se place en retrait et ne dit pas qui a raison et qui a tort.
II. Une morale dénuée de moralité ?
Observations sans forcément d’orientation éthique dans les textes.
Le fabliau serait une petite comédie développant un proverbe pour citer J. Bédier et Roger
Dubuis.
III. L’ascendant du dessein comique sur l’intention moralisatrice
J. Bédier « il ne faut pas prendre au sérieux ces intentions morales »
La moralité sonne comme une chute.

Le boucher d’Abbeville
Reprise de motifs propres aux fabliaux pour dénoncer l’injustice ?
Énumération des qualités du boucher ; trop parfait ? Il sait manier la ruse et mentir.
Nombreuses informations sur la temporalité, nombreux toponymes.
Dynamique fortement satirique de ce fabliau + intertexte religieux qui le différencie des autres
fabliaux ; le jugement évoque le jugement de Salomon (couper l’enfant en deux). De même la
mention du pâtre : évocation du berger, le prêtre comme celui qui guide les croyants.
Intertextualité avec le prêtre David.
Motif du dépit du personnage trompé dont par Philippe Ménard, le personnage trompé
découvre la duperie et entraine les péripéties pour se venger.
Bienséance et images de la cour dans les fabliaux
Le renversement des valeurs courtoises : étude des thèmes et des scénarios non conformes aux
normes de bienséance
Défiance des valeurs courtoises : victoire des personnages marginaux
L’amour comme motif de subversion
Les comportements immoraux : tromperie, duplicité, adultère

Grivoiserie et grossièreté : exemples et motifs récurrents


Forte mention du « foutre » pour évoquer l’acte sexuel ; le membre viril est absent des romans
courtois et omniprésent dans les fabliaux.
Renversement des valeurs courtoises entraine le comique.

Le comique
Quelle est la nature du comique ?
Fabliau, genre parodique, carnavalesque ?
I. Le comique littéraire :
Comique intra-diégétique :
 Comique de situation : quiproquos, rencontres embarrassantes
 Comique de gestes : coups etc.
 Comique de mots : jeux de mots, paroles à double sens etc.
 Comique de caractère : faiblesse, obsessions, contradictions, défauts moraux etc.
Comique extra-diégétique :
 Par les choix stylistiques de l’auteur ; décalage entre le fond et la forme et imitation
d’un style reconnaissable, type de burlesque
 Comique linguistico-littéraire (parodie)

II. La nature du comique :


Armand Strubel « Le rire au MÂ » déclare qu’il est hasardeux d’étudier le comique
médiéval ; impossibilité d’imaginer l’esprit de l’époque. Pour dépasser cela il met en place
une méthode, il va estimer que le comique exister par rapport à une norme ; il faut pratiquer
un repérage intuitif, ce qui nous fait rire nous puis observation dans le contexte de l’œuvre.
« Le rire médiéval est indissociable de conditions culturelles qu’il nous faut reconstituer »
Il émet l’hypothèse de distinguer « sujets de rire » et mécanismes du rire.
Jean Emelina dans Le comique essai d’interprétation général se demande s’il existe une loi
intemporelle du comique.

Innocuité semble peu pertinent dans une œuvre de fiction, dès qu’il y a acceptation du contrat
narratif, il y a une séparation réalité fiction donc innocuité (ce n’est que fiction). En revanche
on peut se demander si le lecteur est en position d’empathie, si il y a distance émotionnelle, le
rire est possible. Comment faire pour garantir cette antipathie ? C’est le principe de la
« justice poétique » ou de « l’échec mérité » selon Emelina, on se venge du personnage
mauvais, on peut rire de la vengeance du boucher d’Abbeville même s’il y a 2 viols. Mais il y
a un paradoxe latent : le portrait négatif d’un personnage peut menacer le rire car on ne rit pas
de ce qui fait peur ou énerve mais à l’inverse on peut y voir un rire cathartique.
Il y a donc 2 principaux éléments dans cette mécanique comique : distance du lecteur avec les
personnages antipathiques et innocuité pour les personnages en empathie

Le carnavalesque
 Quelles autres implications génériques le rire entraine-t-il dans les fabliaux ?

Valette écrit en 2012 « On passe d’une littérature où le rire est ponctuel (chanson de geste,
roman arthurien) ou circonscrit à une littérature proprement vouée au rire (fabliaux + théâtre
d’Arras avec Jean Bodel + roman de Renart)
Les prologues revendiquent leur statut comique : Baillet de Savetier débute en ces termes
page 90 v.2 « vous veil raconter /afin qu’on s’en rie/ d’un franc savetier »
Dans les 3 aveugles de Compiègne page 320 v.177 « que le conte formant amoit / de ris en
aise se pasmoit » il était si heureux que de rire il se pâmait.

I. Un genre parodique ? (Nykgrog, 1973)


A) Burlesque
Fabliau hors corpus mais éclairant à ce sujet : Le chevalier qui fist les cons parler (organes
féminins) = rencontre de fées au bain et chevalier infortuné topos CF Lai de Lanval de Marie
de France. Ici rabaissement du don puisqu’il demande à pouvoir faire parler les organes
féminins. Pas vraiment totalement parodie burlesque cependant.
B) Héroï-comique
Traitement d’un sujet vulgaire dans un style élevé = inverse de burlesque.
Procédé présent dans Baillet le savetier selon Nykrog, c’est le seul avec une versification
particulière ; imitation de la versification des styles élevés : poème lyrique. Double parodie
puisque esthétique de la fine amor abaissée à la pure tromperie.
C) Intention parodique
Pas purement parodique comme les parodies religieuses de l’époque, ce qui compte c’est
l’intention parodique.
Boutet déclare en 1985 « c’est dans la distance qui sépare leur forme d’art des réalités
quotidiennes ou instaurées par d’autres genres que les fabliaux vont chercher leur ressort
principal » ; on renvoie donc à des topoï et pas à une œuvre en particulier, c’est une parodie
inter discursive qu’une parodie intertextuelle.
II. Un genre carnavalesque
A) Définition du carnavalesque selon Bakhtine
Dans L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la
Renaissance (1965) ; il s’inspire des fêtes médiévales comme la fête de l’âne ou la fête des
fous pour caractériser le rire médiéval comme carnavalesque fondé sur l’inversion. Il le
définit comme « la logique des choses à l’envers, la permutation constante des hauts et du bas,
de la face et du derrière, les formes les plus diverses de parodie et de travestissement,
rabaissements, profanations… » Cette inversion de valeur n’est pas subversive, elle n’est que
temporaire, rabaisser ce qui est élever pour mieux le régénérer.
B) Thèmes carnavalesques
Scatologique/ Dialectique entre la vie et la mort/ Bas corporel avec les appétits (nourriture et
sexualité)
Peu de fabliau scatologique dans notre corpus mais forte dialectique entre la vie et la mort
(Vilain de Bailleul ou Estormi). Selon Bakhtine « le rire du carnaval retenti dans les
fabliaux ».
C) Structures carnavalesques : brièveté, retour à l’ordre et absence de contestation
profonde de l’ordre établi
Récits brefs et clos, impressions temporelle similaire à celle du carnaval + retour à l’ordre,
voir Moine Sacristain où le couple retrouve ses richesses.
La conception de Bakhtine est trop uniforme voire anachronique puisqu’il se concentre sur le
siècle suivant nos fabliaux. Elle n’est pas suffisante pour caractériser l’ensemble des fabliaux.
III. Un genre satirique ?
J.C Mühlethaler, 1994

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