Gestion du risque de contrepartie PME Maroc
Gestion du risque de contrepartie PME Maroc
e-ISSN:2278-487X, p-ISSN: 2319-7668. Volume 26, Issue 4. Ser. 4 (April. 2024), PP 45-54
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I. Introduction générale
Acteurs majeurs du tissu économique, les PME font l'objet d'une attention particulière de la part des
économistes depuis plusieurs années. Pour financer leurs activités, ces entreprises privilégient les emprunts
bancaires. Pourtant, ce mode de financement est générateur d'un risque de crédit, principalement lié à la
probabilité de défaillance de l'entreprise (Modrik, 2016). Ainsi, la question de la prévention du risque de
contrepartie pour les PME au Maroc revêt un intérêt particulier. En effet, dans l'économie marocaine, non
seulement le crédit bancaire est l'épine dorsale, mais surtout les PME représentent environ 93% des entreprises
(HCP, 2019) et occupent une place de choix en raison de leur participation effective à la promotion du
développement au niveau social et de l'économie nationale, en employant plus de 74% de la population active
(Sekkouri, 2023) et en contribuant à hauteur de 40% au produit national brut (El Fergui, 2023).
En raison de leur petite taille et de leurs ressources financières limitées, les PME sont souvent perçues
comme des emprunteurs à haut risque. Cependant, le financement et le soutien de ces entreprises restent
essentiels pour stimuler la croissance économique et créer des emplois au Maroc. Il est donc fondamental de se
prémunir contre les risques associés aux PME pour assurer la stabilité du secteur bancaire, ce qui, par
répercussion, stimule les investissements dans ces entreprises. Notre étude se concentrera, par conséquent, sur
les stratégies de prévention des défaillances bancaires relatives aux PME marocaines. Dès lors, la problématique
que nous souhaitons formuler pour ce travail de recherche est celle de savoir si : Les PME représentent-elles
un risque de contrepartie pour les banques marocaines ?
Une analyse approfondie de notre problème nous a amené à poser les questions subsidiaires suivantes :
Quelles sont les principales sources de risque de contrepartie auxquelles les banques marocaines sont
confrontées lorsqu'elles accordent des prêts aux PME ?
Comment les banques marocaines peuvent-elles évaluer la solvabilité des PME avant et après leur
avoir accordé des prêts afin de minimiser le risque de contrepartie ?
Quels sont les outils et techniques utilisés par les banques marocaines pour mesurer et gérer le risque
de contrepartie associé aux PME ?
Comment les banques marocaines peuvent-elles encourager les PME à adopter des pratiques de gestion
des risques plus rigoureuses afin de réduire le risque de défaillance ?
Quel est le rôle de la réglementation et de la supervision dans le renforcement du système de
prévention du risque de contrepartie des PME auprès du secteur bancaire marocain ?
Toutes ces questions trouveront des éléments de réponse dans le cadre de notre travail, à travers les
hypothèses suivantes :
Hypothèse 2 : Les banques marocaines évaluent la solvabilité des PME avant et après leur avoir
accordé des prêts afin de minimiser le risque de contrepartie.
L'évaluation du risque de crédit d'une entreprise vise à mesurer, de manière plus ou moins formelle,
quantitative et/ou qualitative, la probabilité qu'elle rencontre des difficultés financières et ne soit pas en mesure
d'honorer ses engagements, c'est-à-dire la probabilité que son éventuelle défaillance financière génère un
incident de crédit. (Kharoubi et Thomas, 2016). Si les méthodes qualitatives permettent d'obtenir un score qui
traduit la qualité globale du crédit d'un emprunteur, les méthodes quantitatives permettent quant à elles de
détecter les risques et d'identifier les caractéristiques qui permettent de différencier les bons emprunteurs des
mauvais.
Hypothèse 3 : Les banques marocaines utilisent une combinaison d'outils et de techniques pour
mesurer et gérer le risque de contrepartie associé aux PME.
Les banques marocaines utilisent plusieurs outils et techniques pour mesurer et gérer le risque de
contrepartie associé aux PME, parmi lesquels l'analyse de la qualité du crédit, le scoring de crédit, la
surveillance continue, les modèles de risque et la collatéralisation. Ces techniques permettent de maintenir un
portefeuille de crédit sain et de minimiser les pertes liées aux défauts de paiement. Cela leur permet de
maintenir un portefeuille de crédit sain et de minimiser les pertes associées aux défauts de paiement.
Hypothèse 4 : Les banques marocaines ont un rôle clé à jouer pour encourager les PME à
adopter des pratiques de gestion des risques plus rigoureuses.
Les banques marocaines peuvent prendre plusieurs mesures pour encourager les PME à adopter des
pratiques de gestion des risques plus rigoureuses. Elles peuvent par exemple organiser des ateliers et des
séminaires pour sensibiliser les PME aux avantages de la gestion des risques, notamment en termes
d'amélioration de la rentabilité, de réduction des coûts et de consolidation de la position de l'entreprise sur le
marché. En vue d’aider les PME à comprendre les différents types de risques auxquels elles sont exposées et à
apprendre comment mettre en place des politiques et des procédures pour les gérer efficacement, les banques
marocaines peuvent proposer des formations spécifiques aux les dirigeants des PME ainsi qu’à leurs
collaborateurs. D’autres stratégies telle que le renforcement de la relation banques/PME et la fourniture de
produits adaptés à la structure des PME marocaines permettra de réduire leur risque de défaillance et à renforcer
leur position sur le marché.
L'objectif de cet article est de comprendre comment les banques marocaines gèrent le risque de
contrepartie lorsqu'elles accordent des prêts aux PME. Plus précisément, l'étude vise à :
Identifier les facteurs qui contribuent au risque de contrepartie des PME pour les banques marocaines.
Examiner les mesures préventives mises en place par les banques marocaines pour minimiser le risque
de contrepartie lorsqu'elles accordent des prêts aux PME.
Évaluer l'efficacité de ces mesures préventives et proposer des pistes d’amélioration.
Contribuer à l’enrichissement de la littérature sur la gestion des risques de crédit des PME par les
banques, en particulier dans le contexte marocain en perpétuelles mutations et dont les PME
constituent l’essentiel du tissu industriel.
Pour ce faire, nous tenterons d'apporter notre contribution en essayant de répondre aux questions de
notre problématique et de confirmer les hypothèses de notre étude.
aux difficultés du secteur économique auquel appartient le débiteur. Enfin, c’est le risque propre (Dongmo,
2019) à l'emprunteur en fonction de sa situation économique et financière spécifique (Kharoubi et Thomas,
2016).
Le risque de contrepartie est donc le risque de perte résultant du manquement de la contrepartie à ses
obligations contractuelles, peut-être parce qu'elle a fait défaut (Murphy, 2008). Dans ce cadre, le risque de crédit
est purement externe et lié à l'insolvabilité de l'emprunteur. Le risque de contrepartie peut également découler
de la manière avec laquelle la banque organise la fonction de distribution du crédit. Il peut donc être inhérent à :
La politique de crédit : objectifs, taux d'intérêts, délégations de pouvoir dans la prise de décision lors
d'un comité de crédit ;
Les procédures de traitement des dossiers de crédit : l'étude de la demande de crédit, le suivi du
dossier de crédit, le contrôle interne du risque de contrepartie.
Le système de gestion, contrôle et suivi du risque de contrepartie doit garantir que les risques encourus
par la banque en raison de la non-performance de ses clients sont précisément évalués et constamment
surveillés. Dans ce cadre, l'appréciation du risque de contrepartie prend en compte divers éléments, tels que le
domaine d'activité du solliciteur de prêt, sa santé financière, la solidité patrimoniale des actionnaires ou
partenaires majeurs, sa capacité de remboursement, et le cas échéant, les garanties offertes. Cela comprend
également toute donnée supplémentaire contribuant à une compréhension approfondie du risque, comme la
compétence des dirigeants et le milieu économique dans lequel le solliciteur de prêt opère (BAM, 2007). Une
gestion efficace du risque de crédit cherche ainsi à éviter de s'engager excessivement avec des contreparties
présentant un risque élevé. Généralement, le risque de contrepartie est caractérisé par trois composantes
principales : le risque de défaut, la perte en cas de défaut et l’exposition au défaut.
La perte attendue sur un crédit est une variable aléatoire qui, en conjonction avec l'incertitude sur la
période de défaut, constitue le risque de crédit. Un défaut de paiement se définit généralement comme un
événement objectif et quantifiable par le créancier financier : le non-respect d'un engagement de crédit,
l'emprunteur étant dans l'incapacité de régler une échéance de sa dette financière. Cependant, le défaut peut
également se référer à des situations plus larges telles que la violation d'un covenant, la restructuration de la
dette ou encore une baisse significative de la note de crédit d'une entreprise. Dans le sens strict, un défaut de
paiement est un événement confidentiel uniquement connu des débiteurs et des créanciers concernés (Kharoubi
et Thomas, 2016).
Après, la crise des années 30, et surtout avec les travaux de Fitzpatrick (1932), la problématique de la
défaillance est devenue un champ d’investigation très important. De nombreux travaux effectués dans les
années 60 dans le domaine, plus particulièrement ceux de Beaver (1966, 1968) et Altman (1968), se sont
inscrits dans une perspective de prévision de la défaillance par l’utilisation de techniques issues de l’analyse des
données dans différentes disciplines, notamment les sciences, économiques, financières, stratégiques,
organisationnelles et managériales (Jabeur, 2011). Dans ce paragraphe, nous nous intéresserons au risque de
contrepartie des PME tel qu'il doit être examiné, résultant de facteurs internes et externes à l'entreprise, bien que
le cadre statistique, national et international, ne soit pas en mesure de fournir une bonne visibilité sur le
comportement des PME.
Cependant, une perspective plus large peut également être adoptée, intégrant des éléments économiques,
juridiques, sociologiques, politiques, démographiques et technologiques. Le défi est d'évaluer tous ces différents
éléments et de mesurer leur impact sur la gestion et les performances de l'entreprise (Leroy, 2012). Ainsi, parmi
les facteurs externes à l'origine du risque de contrepartie pour les entreprises, on distingue les facteurs résultant
du macro-environnement ou l’environnement général et ceux liés au microenvironnement ou l’environnement
concurrentiel de l'entreprise.
3. Revue de littérature sur la prévention du risque de contrepartie des PME dans le contexte
bancaire marocain
Il existe plusieurs études antérieures qui se sont intéressées à la gestion et à la prévention du risque de
contrepartie des PME dans les banques marocaines. Dans son étude menée sur un échantillon de 34 TPE/PME
marocaines, dont la moitié était en activité et l'autre en redressement judiciaire, à l'aide de données comptables
et d'outils statistiques, Hassainate (2016) a montré que la liquidité et la rentabilité commerciale sont des facteurs
importants pour prédire la défaillance de ces entreprises. Ces travaux mettent en évidence non seulement les
limites de l'analyse comptable et l'importance de la prise en compte de données qualitatives pour une analyse
plus complète du risque de défaillance, mais également mettent en exergue le manque de données qualitatives
disponibles pour construire un modèle de risque de défaillance sur cette base. Les résultats de cette étude
indiquent que l'absence de culture de gestion d'entreprise chez les dirigeants de TPE/PME est une cause
importante de défaillance de ces entreprises.
Pour leur part, Khaoula et Chouikhi (2017), ont exploré les stratégies préventives adoptées par les
banques marocaines pour atténuer le risque de crédit des PME. Ils ont constaté que ces banques appliquent une
variété de techniques pour évaluer le risque de crédit, y compris l'analyse financière et l'établissement de
garanties, visant ainsi à minimiser les risques liés aux prêts octroyés aux PME.
De même, en 2017 sur un échantillon de 112 PME marocaines, Chemlal et al.,(2017), ont démontré
que ces entreprises sont confrontées à de nombreux risques, tant internes qu'externes à leur structure, et que le
système de gestion des risques n'est souvent pas appliqué de manière complète et structurée. Pour une gestion
efficace des risques, ils recommandent de créer une fonction centrale de gestion des risques, directement
rattachée à la direction générale, et de mettre en place un comité de pilotage pour suivre la mise en œuvre de
cette fonction et la réalisation des objectifs. En outre, ils soulignent l’importance d'intégrer la gestion des
risques dans les processus de gestion stratégique et opérationnelle existants, afin qu'elle fasse partie intégrante
de la prise de décision et de la planification des activités. Selon ces auteurs, la gestion des risques ne consiste
pas à éliminer les risques, mais à mieux les contrôler au profit de l'organisation, et devrait faire partie intégrante
de la culture organisationnelle des PME marocaines.
Amine et Somoue (2018) ont quant à eux analysé plusieurs mécanismes tels que l'analyse
discriminante et le credit scoring, le rating au sens des agences de notation, l'estimation du taux marginal de
mortalité, la méthode RAROC et ses dérivés, la méthode des neurones, ainsi que les techniques de contrôle a
posteriori des engagements utilisés par l’établissement bancaire « Crédit du Maroc » pour prévenir la
défaillance des PME et agir en conséquence pour éviter les défaillances. Ces auteurs, estiment que ces
techniques d'analyse préventive du risque de contrepartie permettent d'assurer la solidité financière de la banque
tout en aidant les PME marocaines à se développer de manière soutenue.
A cet effet, Lotfi et Kouhlani (2018) ont souligné l'importance de la prévention du risque de crédit dans
les banques marocaines, en particulier pour les PME. Pour ces auteurs, le banquier doit anticiper les difficultés
de remboursement de son client et mettre en place les meilleures méthodes d'évaluation pour minimiser le
risque encouru. Des techniques et des méthodes spécifiques de calcul de la probabilité de défaillance sont donc
nécessaires pour classer les clients en bons ou mauvais risques.
Enfin, Bal et al., (2021) ayant évalué l'impact de la réglementation prudentielle sur l'octroi de crédit et
le rôle de la coordination intra-organisationnelle dans le contrôle du risque de contrepartie, concluent que la
réglementation du secteur bancaire peut être une arme à double tranchant. D'une part, les règles prudentielles
ont certainement renforcé la sécurité financière des banques, et d'autre part, elles ont eu un impact négatif sur la
distribution du crédit aux entreprises, un impact qui s'est implicitement traduit par de mauvaises retombées sur
la croissance économique de certains pays. Grâce à leurs études, ils ont également montré que la définition plus
restrictive des fonds propres donnée par les règles de Bâle et le durcissement des normes relatives au rapport
entre les fonds propres réglementaires et le risque peuvent effectivement exclure certaines entreprises,
notamment les PME des prêts bancaires afin d'éviter une crise.
Ces études montrent que le risque de contrepartie des PME est une préoccupation majeure pour les
banques marocaines, et que des mesures préventives peuvent être mises en place pour minimiser ce risque. En
effet, la responsabilité de ces institutions s'étend au-delà des simples allocations des prêts. Leur gouvernance,
englobant la gestion interne, les stratégies spécifiques dans ces domaines, les compétences des ressources
humaines ainsi que les techniques et méthodes d'évaluation des risques adoptées, impactent directement ce
risque. De même, une coordination et une communication insuffisantes avec les entités représentant les PME
peuvent exacerber le risque de contrepartie. Ce constat, met en évidence la nécessité d'une approche plus
intégrée et transparente de la part de ces établissements financiers. En mettant en œuvre ces actions, les banques
marocaines peuvent rendre le secteur financier à la fois plus robuste et inclusif, et en même temps plus
compétitif. Ce qui est essentiel pour mieux répondre aux besoins des PME et offrir à ces entreprises davantage
d’opportunités de financement.
risque qu’une contrepartie ne soit pas en mesure d’honorer ses engagements à l’égard de l’établissement de
crédit (BAM, 2007). Il s’agit du risque de perte résultant du manquement de la contrepartie à ses obligations
contractuelles, peut-être parce qu'elle a fait défaut (Murphy, 2008). Pour les banques marocaines, la question de
l'évaluation et de la gestion de ce risque vis-à-vis des PME est d'autant plus pertinente que ces entreprises jouent
un rôle moteur dans l'économie nationale. Dans cette section, nous entreprenons une analyse approfondie des
données relatives au risque de contrepartie des PME dans le contexte des banques marocaines. L'objectif
principal de notre étude est d'analyser la nature et l'étendue de ce risque, tout en étudiant les différentes mesures
préventives et stratégies mises en œuvre par les banques marocaines pour en réduire l'impact.
1.1. La gestion proactive du risque de contrepartie des PME par les banques marocaines
Au Maroc, les PME sont essentielles à la dynamique économique. Pourtant, leur interaction avec les
banques est complexe, principalement en raison des préoccupations liées au risque de contrepartie. Dans cette
partie nous nous penchons sur la manière dont les banques marocaines gèrent ce risque spécifique aux PME.
leurs critères d'évaluation des risques pour tenir compte de ces changements, tout en maintenant un équilibre
entre la croissance et la gestion des risques.
1.2. Limites, difficultés et perspectives des banques marocaines dans la prévention du risque de
contrepartie des PME
Cette partie, examine les limites et les difficultés rencontrées par les banques marocaines dans la
prévention du risque de contrepartie, tout en envisageant les perspectives de recherches futures.
La formation continue : Il est essentiel que les banques investissent dans la formation continue de
leur personnel, en mettant l'accent sur les meilleures pratiques en matière de gestion du risque de
contrepartie, sur les innovations technologiques et sur l'évolution constante de la réglementation.
Technologie et innovation : Adopter des outils technologiques avancés, tels que les solutions basées
sur l'intelligence artificielle, pour améliorer l'évaluation du risque. Ces outils peuvent aider à détecter
les signaux d'alarme précoces et à prendre des décisions plus éclairées.
Collaboration avec les PME : Établir des canaux de communication ouverts avec les PME, pour
mieux comprendre leurs besoins, leurs défis et leurs perspectives. Cela peut également aider à éduquer
les PME sur les meilleures pratiques financières.
Diversification : Il est prudent pour les banques de diversifier leur portefeuille crédits pour réduire les
expositions au risque sectoriel ou régional.
Revues réglementaires : Travailler en étroite collaboration avec les organismes régulateurs pour
s'assurer que les cadres réglementaires sont à jour et adaptés à la réalité changeante du risque de
contrepartie des PME.
Évaluations régulières : Conduire des audits et des évaluations internes réguliers pour mesurer
l'efficacité des stratégies de gestion du risque en place.
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