Contrôle II
- Les experts ont été réunis. Ils ont discuté jusqu’au soir. Finalement, ils se sont
prononcés en faveur d’Abdelkader. Quelle époque ! Il n’y a plus de justice! Ce n’est point de
leur faute à ces juges, me diras-t-il. Il est difficile de connaître les tenants et les
aboutissants d’une telle affaire. Qu’a-t-on à juger les affaires dont on ne connaît pas toutes
les données? Je sais, le monde est ainsi fait, il faut des juges et des escrocs pour leur
donner du travail. Ce sont toujours les honnêtes gens qui sont sacrifiés.
Mon père intervint:
- Pas toujours! Parfois les juges commettent des erreurs. Même juges, ils n’en sont pas
moins hommes c’est-à-dire soumis à l’erreur. Dieu seul ne se trompe jamais.
- Il n’y a de puissance qu’en Lui, l’Unique, qui n’a point d’associé, dit ma mère, et elle
ajouta :
- Enfin tout cela nous a bouleversées. Lalla Aicha a pleuré, le soir, elle souffrait de violents
maux de tête.
Un silence suivit cette conclusion.
J’entendais les grains du chapelet qu’égrenaient les longs doigts de mon père. Rahma tapait
sur son pain pour savoir s’il était levé. Zineb jouait avec le chat, un chat noir, maladif, que
la famille avait adopté pour satisfaire un caprice de leur fille. J’écoutais ce qu’elle lui
racontait. Il y était question de le nourrir de miel et de beurre, de gâteaux fourrés,
d’amandes et de cuisses de poulets ; le grand bébé aurait un burnous de velours et
porterait des turbans de soie. Grande niaise! Depuis quand les chats raffolent-ils de miel ?
Un chat avec un turban de soie serait la chose la plus ridicule du monde. Une fille aussi
bête que Zineb ne peut rien trouver d’amusant dans sa pauvre cervelle. Elle ne savait pas
jouer, à mon avis. Elle était donc particulièrement pauvre et méprisable. Moi, j’avais des
trésors cachés dans ma Boîte à Merveilles. J’étais seul à les connaître. Je pouvais m’évader
de ce monde de contrainte encombré de pachas, de prévôts des marchands, et de gardes
vénaux et me réfugier dans mon royaume où tout était harmonie, chants et musique.
J’avais pour compagnons des héros et des princes équitables. Pour entendre raconter leurs
nouveaux exploits, je me promettais d’aller écouter Abdallah, l’épicier. Je n’avais d’ailleurs
jamais vu Abdallah, mais il tenait une place importante dans mon univers. Toutes les
histoires merveilleuses que j’avais eu l’occasion d’entendre, je les lui attribuais.
Pourtant Abdallah avait existé. Mon père, qui ne parlait pas souvent, consacra une soirée
entière à entretenir ma mère d’Abdallah et de ses histoires. Le récit de mon père excita mon
imagination, il m’obséda durant toute mon enfance.
C’était l’hiver, le vent faisait claquer la porte de la terrasse et sifflait dans l’escalier. J’avais
la tête posée sur les genoux de mon père. J’écoutais. Il parlait lentement, de sa voix grave.
Voici son récit: « Abdallah connaît nombre d’histoires. Celles qu’il raconte sont rarement
amusantes. Elles se terminent brusquement, sans recherche d’effets, sans conclusion
apparente. « Abdallah ressemble étrangement à ses histoires. Il y a de la poésie et du
mystère en lui. Il tient boutique à Haffarine, dans cette ruelle si fraîche en été et si peu
fréquentée en toute saison. « Abdallah vend toutes sortes d’objets poussiéreux, défraîchis,
pendus de guingois à des étagères non moins poussiéreuses, non moins défraîchies. Il a
peu de clients, mais beaucoup d’amis. Du matin au soir, Abdallah balance son chasse-
mouches, assis en tailleur sur une peau de mouton rongée de mites. Il y a très longtemps
qu’il s’est installé dans le quartier. Son fonds de commerce consistait en deux grappes de
balais de palmier nain, une dizaine de couffins de trois dimensions différentes, un paquet
de ficelle et quelques boîtes en fer-blanc qu’on suppose remplies d’épices.
I- ÉTUDE DE TEXTE :
A-CONTEXTUALISER
1) Complétez le tableau suivant
Titre Genre Auteur Nationalité Date de
publication
2) Situez ce texte par rapport à ce qui précède
B-ANALYSER :
3) Quel est le verdict final des experts ?
4) Lalla Zoubida a dit à son mari : « Lalla Aicha a pleuré, le soir, elle souffrait de violents
maux de tête. » Transposez cet énoncé au discours indirect.
5) Pourquoi Sidi Mohammed traite Zineb de niais ( stupide)?
6) « Il a peu de clients, mais beaucoup d’amis » Quelle figure de style reconnaissez-vous
dans cette phrase ? Et quel en est l’effet recherché ?
7) Pourquoi la famille de Zineb a adopté un chat?
8) A quel champ lexical appartiennent les expressions soulignées ?
C-REAGIR
9) Lalla Zoubida traite Abdelkader d’escroc. Approuvez-vous ce jugement?
10) Sidi Mohamed a-t-il raison de dévaloriser Zineb ? Justifiez à l’aide d’un
argument adéquat.
II- PRODUCTION ÉCRITE
Zineb oblige sa famille à adopter un chat. Mais on remarque que, dans notre société,
nombreux sont les parents qui refusent l’adoption d’un animal de compagnie. Approuvez-
vous la réaction de ces derniers ?
Répondez à cette question dans un texte bien structuré tout en vous appuyant sur des
arguments et des exemples pertinents.