L’État et la Justice – Axe 2
Texte 3 :
« Dans une société civilisée, l’homme a besoin à tout moment de l'assistance et du
concours d'une multitude d'hommes, tandis que toute sa vie suffirait à peine pour lui
gagner l'amitié de quelques personnes. Dans presque toutes les espèces d'animaux,
chaque individu, quand il est parvenu à sa pleine croissance, est tout à fait
indépendant et, tant qu'il reste dans son état naturel, il peut se passer de l'aide de
toute autre créature vivante. Mais l'homme a presque continuellement besoin du
secours de ses semblables, et c'est en vain qu'il l'attendrait de leur seule
bienveillance. Il sera bien plus sûr de réussir, s'il s'adresse à leur intérêt personnel et
s'il leur persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu'il souhaite
d'eux. C'est ce que fait celui qui propose à un autre un marché quelconque; le sens
de sa proposition est ceci : Donnez-moi ce dont j'ai besoin, et vous aurez de moi ce
dont vous avez besoin vous-mêmes; et la plus grande partie de ces bons offices qui
nous sont nécessaires s'ob- tiennent de cette façon.
Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger,
que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts.
Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme; et ce n'est
jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage ».
Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations,
Gallimard – 1776.