Thème 1 - Repenser et faire vivre la démocratie
I. Les conditions du débat démocratique
A. Les médias, un 4ème pouvoir essentiel et critiqué
Contre les abus des pouvoirs, la presse et les médias ont été, pendant de longues
décennies, dans le cadre démocratique, un recours des citoyens. En effet, les trois pouvoirs
traditionnels — législatif, exécutif et judiciaire — peuvent faillir, se méprendre et
commettre des erreurs. Beaucoup plus fréquemment, bien sûr, dans les États autoritaires et
dictatoriaux, où le pouvoir politique demeure le responsable central de toutes les violations
des droits humains et de toutes les censures contre les libertés.
Mais, dans les pays démocratiques aussi, de graves abus peuvent être commis, bien
que les lois soient votées démocratiquement, que les gouvernements résultent du suffrage
universel, et que la justice — en théorie — soit indépendante de l’exécutif. Par exemple, il
arrive que celle-ci condamne un innocent (comment oublier l’affaire Dreyfus en France ?) ;
que le Parlement vote des lois discriminatoires à l’égard de certaines catégories de la
population (ce fut le cas aux Etats-Unis, durant plus d’un siècle, à l’encontre des Afro-
Américains, et cela l’est aujourd’hui contre les ressortissants des pays musulmans en vertu
du « Patriot Act ») ; que les gouvernements conduisent des politiques dont les
conséquences se révéleront funestes pour tout un secteur de la société (c’est le cas à l’heure
actuelle, dans de nombreux pays européens, à l’encontre des immigrés « sans papiers »).
Dans un tel contexte démocratique, les journalistes et les médias ont souvent
considéré comme un devoir majeur de dénoncer ces violations des droits. Ils l’ont parfois
payé très cher : attentats, « disparitions », assassinats, comme on le constate encore en
Colombie, au Guatemala, en Turquie, au Pakistan, aux Philippines et ailleurs. C’est pour
cette raison que l’on a longtemps parlé du « quatrième pouvoir ». Ce « quatrième pouvoir »
était en définitive, grâce au sens civique des médias et au courage de journalistes
audacieux, celui dont disposaient les citoyens pour critiquer, repousser, contrecarrer,
démocratiquement, des décisions illégales pouvant être iniques, injustes, et même
criminelles, contre des personnes innocentes. C’était, on l’a souvent dit, la voix des sans-
voix.
Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation
libérale, ce « quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction
essentielle de contre-pouvoir. Cette choquante évidence s’impose en étudiant de près le
fonctionnement de la globalisation, en observant comment un nouveau type de capitalisme
a pris son essor, non plus simplement industriel mais surtout financier, bref un capitalisme
de la spéculation. En cette phase de la mondialisation, nous assistons à un brutal
affrontement entre le marché et l’Etat, le secteur privé et les services publics, l’individu et
la société, l’intime et le collectif, l’égoïsme et la solidarité. [...]
Source : Ignacio Ramonet, [Link] Octobre 2003
Cet extrait d'article d'Ignacio Ramonet, issu du site du Monde Diplomatique, a le mérite de
poser les bases de la réflexion à suivre et de donner à comprendre pourquoi les médias sont appelés
le 4ème pouvoir et pourquoi ils sont essentiels.
La fin de l'extrait donne un début d'explication aux critiques de plus en plus nombreuses
dont les médias sont la cible.
Une définition des médias s'imposent : les médias sont les moyens, les techniques et les
supports de diffusion massive de l'information.
Dans une démocratie, il est impérieux que chacun puisse être informé du mieux possible.
Et il est donc impérieux que la liberté d'informer soit assurée. Comme l'écrit Ignacio Ramonet,
les journalistes peuvent dénoncer « de graves abus », même dans les pays démocratiques. Du temps
de l'affaire Dreyfus, au tournant du XIXème et XXème siècle, la presse écrite joua un rôle
déterminant dans la médiatisation de l'affaire et ouvrit la voie à la réouverture d'un procès, jusqu'à la
réhabilitation en 1906.
La liberté de la presse est donc un très bon indicateur du degré de démocratisation
d'un État. Tous les ans, l'ONG « Reporters sans frontières », publie un classement de l'état de la
liberté de la presse dans le monde.
Et l'ONG publie ses conclusions sur le site ci-dessous.
[Link]
RSF, aujourd’hui, s’alarme des conditions de travail des journalistes en particulier, et de
l’état de la liberté de la presse. Et peu de pays sont épargnés par ces atteintes. L’activité suivante
s’en fera l’écho.
ACTIVITE : Liberté de la presse, dans le monde, en France
Doc 1. La liberté de la presse recule dans le monde, où « la haine des journalistes a dégénéré en violence »
La haine des journalistes a dégénéré en violence », prévient Reporters sans frontières (RSF) dans son
rapport 2019 sur la liberté de la presse dans le monde, publié jeudi 18 avril. Sur la carte du monde, seulement
24 % des 180 pays et territoires étudiés affichent une situation « bonne » ou « plutôt bonne » pour la liberté de
la presse, contre 26 % en 2018.
Après s’être renforcée ces dernières années, « l’hostilité à l’encontre des journalistes, voire la haine,
relayée dans nombre de pays par des dirigeants politiques, a fini par susciter des passages à l’acte plus graves et
plus fréquents », estime RSF dans un communiqué. L’ONG constate « un accroissement des dangers et, de ce
fait, un niveau de peur inédit dans certains endroits » parmi les journalistes. Le harcèlement, les menaces de
mort, les arrestations arbitraires font de plus en plus partie des « risques du métier ».
RSF établit ce classement annuel en relevant les violences commises contre les journalistes et en
rassemblant les analyses de journalistes, juristes, et chercheurs du monde entier. L’ONG évalue dans chaque
territoire le pluralisme, l’indépendance des médias, l’environnement et l’autocensure, le cadre légal, la
transparence et la qualité des infrastructures soutenant la production de l’information.
Aux Etats-Unis (48e, – 3 places), un climat toujours plus hostile s’est installé : « Jamais les journalistes
américains n’avaient fait l’objet d’autant de menaces de mort », et jamais non plus ils n’avaient « autant
sollicité d’entreprises privées pour assurer leur sécurité », souligne RSF. En juin, quatre journalistes et une
employée d’un quotidien du Maryland, le Capital Gazette, ont été tués dans une fusillade.
Au Brésil (105e, – 3 places), la campagne présidentielle ponctuée de « discours de haine » et de
désinformation, « augure d’une période sombre pour la démocratie et la liberté de la presse », selon l’ONG. En
queue du classement, le Turkménistan succède à la Corée du Nord : la plupart des médias y sont contrôlés par
l’Etat, les derniers correspondants clandestins de médias en exil sont « pourchassés sans relâche », condamne
RSF.
Au Vietnam comme en Chine, la presse officielle contrôle les débats publics et des dizaines de
journalistes, professionnels ou non, dorment derrière les barreaux. Le « contre-modèle » chinois, « basé sur une
surveillance et une manipulation orwelliennes de l’information grâce aux nouvelles technologies, est d’autant
plus alarmant que Pékin promeut désormais son modèle répressif hors de ses frontières », décrit RSF.
« Les pays laboratoires du contrôle de l’information deviennent de plus en plus nombreux », prévient
Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. « Il y a urgence. On a besoin d’un sursaut des modèles
démocratiques. Sinon ces contre-modèles vont prospérer et se multiplier. »
Ailleurs, le pluralisme de la presse « résiste de moins en moins aux logiques de concentration
commerciale et aux intérêts économiques », comme au Japon (67e) ou en Australie (21e), déplore RSF.
L’Europe est, en principe, la zone la plus sûre. Mais les journalistes « doivent aujourd’hui faire face aux
pires menaces », décrit RSF : le meurtre à Malte, en Slovaquie et en Bulgarie, des attaques verbales et physiques
en Serbie ou au Monténégro, ou un niveau inédit de violences lors des manifestations de « gilets jaunes »
en France (32e, + 1 place), de la part des policiers comme des manifestants.
Le rapport 2019 est alarmant, mais certains pays continuent de montrer la voie, comme la Norvège, qui
reste en tête du classement, la Finlande (2e) ou le Costa Rica (10e), un cas à part sur le continent américain et
où les journalistes peuvent travailler sereinement.
D’autres pays ont aussi changé de visage à l’occasion de changements de régime. En Malaisie (123e,
+ 22 places), aux Maldives (98e, + 22 places), en Ethiopie (110e, + 40 places) ou en Gambie (92e, + 30 places),
l’arrivée de nouveaux gouvernants a fait souffler un vent de liberté sur la presse.
« La défense de la liberté et de la fiabilité de l’information doit devenir un enjeu majeur pour les
citoyens, quoi qu’ils pensent des journalistes, quelles que soient les critiques », souligne Christophe Deloire.
Source : [Link], 18/04/2019
1. Quelle est la proportion de pays à ne pas être considérés comme ayant une situation bonne ou
plutôt bonne en terme de liberté de la presse ?
2. Que risquent les journalistes dans certains pays ?
3. Que sont obligés de faire certains journalistes aux Etats-Unis ?
4. Lorsqu’ils ne sont pas attaqués dans leur intégrité physique, quelles sont les autres menaces
qui pèsent sur les journalistes et la presse en général ?
5. Quels sont les rares motifs de satisfaction dans l’article ?
Répondez aux questions dans ce cadre
Le constat de Reporters Sans Frontières n'est pas des plus rassurants, concernant un
indicateur essentiel d'une démocratie. Effectivement, dans nombre de pays, le journalisme est un
métier dangereux.
La France est mentionnée dans l'article, notamment à l'aune des violences dont les
journalistes ont été victimes durant la couverture des actes des gilets jaunes.
Mais les journalistes français ont à faire d'autres périls, moins violents, mais bien plus
insidieux pour leur indépendance dans le traitement de l'information.
Dans l'article d'Ignacio Ramonet, en exergue de cette partie, ce dernier aborde l'idée de
capitalisme de spéculation. Par là, Ignacio Ramonet fait référence à de puissants groupes industriels
et financiers, utilisant leur puissance pour prendre le contrôle d'un grand nombre de titres de presse.
En France, la majeure partie des titres de presse appartiennent aujourd'hui à un
groupe restreint de Firmes Transnationales (FTN) : c'est donc ce que l'on appelle la
concentration des groupes de presse, celle dont fait allusion le dernier article lorsqu'il aborde le cas
du Japon et de l'Australie.
L'article ci-dessous met en avant deux personnalités qui détonnent dans le panorama
industriel et médiatique : Patrick Drahi, le patron d'Altice, et Vincent Bolloré, à la tête du
groupe Bolloré.
Si vous ne les connaissez pas, vous verrez que vous en savez en fait beaucoup plus que ce
que vous présumez.
Doc 2. La mise au pas des médias par Patrick Drahi et Vincent
Bolloré
La concentration dans le secteur des médias a conduit ces derniers à devenir, bien souvent, une
activité parmi d’autres au sein de grands conglomérats industriels et financiers. Un tel paysage pose bien
sûr la question de l’indépendance de ces médias vis-à-vis des puissances financières qui les possèdent. Un
lecteur particulièrement optimiste pourrait penser qu’une rédaction peut très bien, même lorsqu’elle est
intégrée au sein de grands groupes privés, travailler en parfaite autonomie et en toute indépendance – sous
la surveillance de quelque comité d’éthique par exemple. Mais les transactions récentes permettent au
contraire d’apercevoir les procédés – souvent brutaux et moins visibles habituellement – par lesquels les
propriétaires influencent le fonctionnement des médias dont ils se sont rendus maîtres.
Les mesures prises suite au rachat du groupe L’Express-Roularta par Patrick Drahi ou à la prise de
contrôle de Canal + par Vincent Bolloré montrent que ces nouveaux patrons médiatiques se préoccupent
d’abord de mettre en place un encadrement loyal (quitte à se débarrasser de l’existant avec pertes et fracas).
Un personnel chargé de veiller à ce que les « contenus » produits soient compatibles avec les intérêts du
propriétaire – qu’ils soient financiers, industriels ou politiques. [...]
À L’Express-Roularta, devenu Groupe Altice Media, c’est Marc Laufer, associé et ami de Patrick
Drahi, qui est nommé PDG après son rachat du groupe et qui est chargé de faire le ménage. Une nouvelle
direction reprend les manettes, et quelque 125 journalistes sur les 300 que comptait le groupe, dont des
cadres, se pressent au guichet de départ. Associés à d’autres mesures telles que la « baisse brutale des
budgets », la « désorganisation de la rédaction » et le « non-paiement systématique de fournisseurs », ces
départs permettent non seulement aux nouveaux propriétaires de réduire les coûts du journal, mais aussi –
voire surtout – de placer des personnes de confiance aux postes d’encadrement : une stratégie bien rodée,
déjà éprouvée chez SFR et à Libération. Quant à la motion de défiance votée en octobre 2015 par les
journalistes de L’Express à l’encontre de leur propriétaire Patrick Drahi et de leur directeur Christophe
Barbier, elle ne semble pas faire ciller ce dernier, qui juge que « c’est finalement assez insignifiant. »
Les méthodes de Vincent Bolloré sont similaires, quoique peut-être encore plus brutales : série
d’évictions, principalement aux postes de direction, au profit de la nomination de proches, remaniement des
grilles et des émissions, discours de recadrage musclé aux plus hauts cadres de la chaîne, etc. Selon Le Point,
Vincent Bolloré ne s’en émeut pas une seule seconde, allant jusqu’à déclarer « qu’il était seul maître à bord
de l’entreprise », avant de renchérir : « "C’est celui qui paye qui décide" ».
À ces remaniements en tout genre, le milliardaire ajoute une petite touche personnelle : un
interventionnisme débridé, rythmé par des censures et des pressions à répétition. Ici la déprogrammation
d’un documentaire sur la banque Crédit mutuel, partenaire en affaires de Bolloré ; là une interdiction aux
« blagueurs » de « Touche pas à mon poste » de blaguer sur leur patron, ou encore des pressions sur les
équipes du « Zapping », des « Guignols de l’Info » et de « Spécial Investigation ».
Une démarche qui s’inscrit en réalité dans la droite lignée des relations que Vincent Bolloré
entretient avec les médias et les journalistes depuis plusieurs années, marquées par une stratégie de choix : la
procédure judiciaire systématique à visée « pédagogique »... En quelques années, Vincent Bolloré et son
groupe ont en effet porté plainte contre Témoignage chrétien, Bastamag, Rue89, France
Télévisions, Challenges, L’Obs, Le Point, Mediapart, etc. tous coupables du même crime : avoir osé enquêter
sur les méthodes et les affaires du groupe Bolloré en Afrique.
Le caractère abusif des procédures judiciaires du milliardaire a été reconnu à plusieurs reprises par la
justice. En mars, Vincent Bolloré a ainsi été condamné pour avoir porté plainte pour dénigrement et
harcèlement contre le co-auteur du livre Vincent tout puissant, Nicolas Vescovacci. Le même mois, le groupe
Bolloré a de nouveau été condamné pour procédure abusive dans le cadre d’une poursuite contre France
Télévisions, à qui il réclamait 50 millions d’euros. La télévision publique avait en effet commis un crime de
lèse-majesté : diffuser un documentaire critique sur les pratiques du groupe Bolloré en Afrique. Rebelote le
10 mai, date à laquelle la justice lui a notifié une nouvelle condamnation pour procédure abusive.
Benoît Collombat et Florence Sultan, respectivement journaliste à Radio France et directrice de
Calmann-Lévy, ont en effet été relaxés dans le cadre d’une plainte en diffamation, déposée par le groupe
Bolloré en décembre 2015 au sujet d’un chapitre de l’ouvrage collectif… Informer n’est pas un délit.
Ensemble contre les nouvelles censures ! Si ces condamnations vont dans le bon sens, le caractère dérisoire
des sommes arrachées au milliardaire et à son groupe par la justice (respectivement 8 000, 10 000 euros, et
10 000 euros de nouveau) ont peu de chance de calmer ses ardeurs contre la liberté de la presse... Des ardeurs
que ne semble pas non plus prêt à tempérer le gouvernement Macron, lui qui adoptait en novembre 2018 la
loi dite « secret des affaires ». Un texte qui, malgré de maigres garde-fous prétendant garantir « le droit à la
liberté d’expression », n’en reste pas moins un outil juridique à la disposition des industriels afin de faire
pression sur le droit à l’information et sur ses acteurs – journalistes et lanceurs d’alerte – en donnant aux
poursuites-bâillons les avantages de la légalité …
Si les actes de censure du groupe Bolloré sont « spectaculaires », ils ont toutefois tendance à
masquer les conséquences de la « reprise en main » de la rédaction, qui a suscité bien moins de
commentaires : après tout, quoi de plus normal qu’un patron usant comme bon lui semble de son pouvoir
dans son entreprise ? Et pourtant… Ces « reprises en main » reproduisent et amplifient des contraintes
déterminantes pour la production de l’information : quelle qualité peuvent en effet espérer les lecteurs,
auditeurs et spectateurs de la part de rédactions précarisées, privées des moyens d’exercer leur métier (en
premier lieu, le temps) et encadrées par les auxiliaires de gigantesques groupes industriels ?
Il existera probablement toujours des cas de journalistes individuels, déterminés à affronter leur
hiérarchie pour tenter d’imposer tel ou tel sujet, ou telle ou telle approche. Mais cela ne saurait affecter
l’orientation éditoriale dans sa globalité, ni les positions de pouvoir au sein des rédactions, et encore moins
au sein d’un groupe de presse. Comment se satisfaire d’une situation où l’emprise des propriétaires est telle
qu’elle banalise les épisodes de censure, d’autocensure, les convergences idéologiques et autres types de
promotions déguisées ? [...]
Source : Jérémie Fabre, [Link], 29/07/2019
Le secteur médiatique du groupe Bolloré,
Infographie de Ouest-France
L'empire médiatique du groupe Altice.
Infographie de Ouest-France
Consignes : A l'aide des documents, vous expliquerez les questionnements que
peuvent faire peser sur le droit à l'information des citoyens français une trop grande
concentration de la presse dans les mains d'un grand groupe.
Pour clore cette première sous-partie, il est important de souligner que si des dangers pèsent
sur la liberté des médias, l'existence même d'associations de critiques des médias, et de journaux
encore indépendants (comme le canard enchaîné par exemple qui est un journal sans aucune
publicité, donc totalement indépendant de tout annonceur), montre que la liberté de la presse, et son
corollaire qu'est la liberté d'expression, est encore assurée en France.
Cependant, il s'agit de rester vigilant. Il en va de notre devoir de citoyen, et de la bonne
santé de notre démocratie.
Pour aller plus loin...
Le lien suivant est l'occasion d'assister à une table ronde en compagnie de Christophe
Deloire, déjà croisé dans cette activité et président de RSF, et de Jérémie Fabre, auteur
de l'article sur Patrick Drahi et Vincent Bolloré. Cette table ronde va plus loin dans
l'explication de la concentration de ces médias en France.
[Link]
B. Force et faiblesse des réseaux sociaux : entre production d'informations
et information horizontale
Photo prise lors de la révolution tunisienne de 2011
source : [Link]
La naissance d'un réseau mondial d'information depuis une vingtaine d'années maintenant a
considérablement rebattu les cartes de l'information. Les médias traditionnels ont dû se
réinventer pour survivre. Les enjeux économiques, éthiques, déontologiques sont au cœur de
toutes les attentions des acteurs de l'information.
L'avènement d'internet a fait souffler un vent de liberté par les réseaux. Certains citoyens ont
pu ainsi contourner la censure étatique et se faire le relais d'une vérité quotidienne avec forces
informations, images ou vidéos.
Ce fut le cas dans ce grand mouvement, au début des années 2010, que l'on appela les
« printemps arabes », qui commença en Tunisie, puis se poursuivit en Egypte et en Syrie.
Le rôle d'internet et des réseaux sociaux joua un rôle non négligeable dans la mobilisation et
la médiatisation de ces luttes contre les pouvoirs en place. La révolution tunisienne, qui renversa le
régime de Ben Ali, en est donc le premier exemple.
Doc 1. « Les réseaux sociaux ont été une pièce maîtresse de cette révolution »
«Des tirs de feu à l'avenue Habib Bourguiba #sidibouzid» (@benmhennilina).
«#7ouma LAC deux hélicoptères tournent en balayant le secteur. Ils semblent rechercher
des individus à pied. Ouvrez tous l'œil» (@_lamias). «Il ne faut pas poster des photos de
l'armée et de leur emplacement!!!! Ça aidera les braqueurs à s'organiser». «Tunisie
Télécom annonce la gratuité des numéros d'urgence fixe ou mobile» (@karim2k).
Ce week-end, alors que les Tunisois s'organisaient en comités de quartier pour se
protéger des miliciens de Ben Ali, des utilisateurs de Twitter et Facebook relayaient les
informations, souvent pratiques, parfois vitales, contribuant à décrypter le chaos qui a suivi
la chute du dictateur.
Depuis le début, les réseaux sociaux ont pris leur part à la révolution tunisienne,
l'ont accompagnée. Voire précipitée, analyse Astrubal, co-administrateur de Nawaat, site en
pointe pour la diffusion de témoignages (écrits, photos, vidéos, etc.) sur nombre de canaux
de diffusion, de YouTube à Facebook. «Serions-nous arrivés à ce résultat sans les réseaux?
Peut-être, mais dans cinq ou dix ans. Ils ont été une pièce maîtresse de cette révolution»,
défend cet ancien avocat de Tunis devenu universitaire français et activiste de la toile
tunisienne.
Les Facebookers tunisiens ont massivement adopté les mêmes photos de profil. [...]
Plus que Twitter, c'est sur Facebook que s'est faite la cyberrévolution. Le réseau de
Mark Zuckerberg est utilisé par 1,5 à 2 millions de Tunisiens –un habitant sur cinq.
«Twitter sert exclusivement pour diffuser des informations en temps réel, des chiffres, alors
que Facebook permet surtout de partager des photos et des vidéos», décrypte @karim2k,
alias Abdelkarim Benabdallah, prolixe sur Twitter. Et si le régime a bien tenté une censure
par piratage et fermeture de comptes, Facebook restait difficile à museler complètement.
[...]
La Toile n'a été qu'un outil, tous le reconnaissent. Un vecteur indispensable pour
«donner le moral» aux révolutionnaires du terrain et «dire qu'on savait ce qui se passait»,
dit karim2k. Pour «montrer aux gens qu'ils n'étaient pas seuls», ajoute Astrubal, et pour
«alerter l'opinion publique occidentale» – les réseaux sociaux sont d'ailleurs «trilingues,
anglais-français-arabes», souligne-t-il. Un outil, enfin, pour pallier le manque de relais par
les médias internationaux et trouer le silence des médias locaux.
«Comme les journalistes étaient empêchés de faire leur travail, ce sont les citoyens
qui sont devenus journalistes et qui ont couvert l'événement», analyse Selim Ben Hassen.
«Il y avait un besoin très fort d'informations. Les gens les ont consommées, et les ont aussi
partagées», soutient Astrubal.
Un rôle que ces cybermilitants ont pris à cœur, adoptant des règles de déontologie.
Ainsi Nawaat reçoit une dizaine de vidéos par jour et ne publie que celles qu'il authentifie.
Le site sert, dit Astrubal, «à donner un peu plus de sérieux aux informations qui tournent et
aux rumeurs». Sur Twitter, karim2k, qui fait partie de ceux qui font autorité, explique
comment les infos qu'il diffuse reposent «sur des témoignages de gens sur place que je
connais».
Source : [Link] 17/01/2011
Questionnaire
1. De quels réseaux sociaux est-il question ?
2. Comment les activistes les ont-ils utilisé ?
3. Quels problèmes ces réseaux ont-ils permis de pallier ?
4. Sur quel dérive peuvent-ils déboucher ? Comment les cyberactivistes ont-ils tenter de
pallier ces dérives ?
Répondez aux questions dans ce cadre ?
Cette liberté, que la Tunisie a éprouvé au moment de la Révolution de 2011, a un prix. Du
côté des citoyens, la défiance vis à vis des médias traditionnels grandit. Cela entraîne des
questionnements politiques et sociaux majeurs : nous n'avons jamais parlé autant de théories du
complot et de nouveaux concepts tels les fakes news ont surgit dans le panorama médiatique et
sociétal.
Le travail du journaliste est remis en question, accusé de plus en plus d'être à la solde de tel
ou tel pouvoir, financier ou politique, ou de telle idéologie.
Pour autant, le travail de journaliste est un travail essentiel. Il s'apprend. Il s'appuie sur des
méthodes et un code de déontologie précis. Ne pas révéler ses sources, les recouper autant que
possible pour produire une information fiable, les hiérarchiser (toutes les informations ne se valent
pas et certaines sont forcément plus signifiantes que d'autre), ou encore être honnête dans
l'expression de ses points de vue. Le travail du journaliste ne doit pas être nécessairement
objectif. Mais s'il est subjectif, il ne doit pas être exprimé comme étant objectif.
Aujourd'hui, internet a largement rebattu les cartes comme le montre de document ci-
dessous.
source : [Link]
Questionnaire
1. Comment les journaux travaillent-ils le traitement de l'information ? Pourquoi peut-on
parler de verticalité de l'information ?
2. Qu'est-ce que l'information horizontale ? Quels sont les avantages et inconvénients de
cette horizontalité ?
3. Quel phénomène les moteurs de recherche entraînent-ils ? En quoi cela pose-t-il
problème dans le droit d'être informé ?
Répondez aux questions dans ce cadre
Le temps du bilan
Plus personne n'en doute. Internet est un formidable outil. Mais celui-ci doit être
manier avec précaution. Et chacun doit être sensibiliser aux effets délétères, parfois
pervers, d'un tel outil.
Internet, en accélérant et massifiant la diffusion d'informations, en la rendant
libre et gratuite, fait peser un danger important sur la production d'informations
fiables, diversifiées et circonstanciées. Elle met aussi en danger les contenus plus longs,
les enquêtes longues, demandant du temps et de l'argent à ceux qui les réalisent.
Enfin, elle peut devenir autant l'instrument de libération des peuples et des
opinions que la fabrique d'opinions préconçues, fausses, voire dangereuses.
Des informations diffusées sur internet, partagées massivement et frénétiquement,
ont d'ores et déjà aboutis à de tragiques faits divers. La décapitation d'un enseignant
d'histoire géographie, Samuel Paty, à Conflans saint Honorine, le 16 Octobre 2020, n'est
que l'aboutissement macabre d'un enchaînement d'événements qui débuta dans une salle de
classe et fut porté sur la toile.