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Trajectoires sociales improbables et genre

Le document traite de la socialisation, processus par lequel les individus intègrent les normes et valeurs de leur société, et comment cela explique les différences de comportements selon le genre et l'origine sociale. Il aborde également les liens sociaux, leur rôle dans la construction de l'identité, et les effets de l'individualisation sur ces liens dans les sociétés modernes. Enfin, il souligne que malgré les transformations, les formes anciennes de solidarité persistent.

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Trajectoires sociales improbables et genre

Le document traite de la socialisation, processus par lequel les individus intègrent les normes et valeurs de leur société, et comment cela explique les différences de comportements selon le genre et l'origine sociale. Il aborde également les liens sociaux, leur rôle dans la construction de l'identité, et les effets de l'individualisation sur ces liens dans les sociétés modernes. Enfin, il souligne que malgré les transformations, les formes anciennes de solidarité persistent.

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Chapitre 1 : Cmt la socialisation contribue-t-elle à

expliquer les différences des individus ?


Lexique des termes du chapitre
Socialisation : processus par lequel les individus intériorisent la culture
d’un groupe social ou de la société dans laquelle ils vivent. Par la
socialisation, les individus expérimentent et intériorisent des façons d’agir,
de penser et d’anticiper l’avenir qui sont socialement situées et qui sont à
l’origine de différences de comportements, de préférences et
d’aspirations.
Socialisation primaire / secondaire : la socialisation primaire est celle qui
intervient dans l’enfance, dans les premiers temps de la socialisation. Elle
est essentiellement familiale, mais peut provenir aussi d’autres instances
de socialisation (école, pairs, médias…). La socialisation secondaire est
celle qui intervient à l’âge adulte et peut provenir notamment de l’univers
professionnel, du conjoint ou des institutions politiques.
Genre : Le genre est un système culturel qui produit une hiérarchisation
entre les rôles féminins et masculins. Le genre (concept sociologique) ne
s’identifie pas au sexe (notion biologique).
Configurations familiales : combinaison spécifique des traits généraux
d’une famille, qui permet d’aborder la diversité des familles selon le milieu
social, la taille de la fratrie, la présence de membres de la parenté et
l’intensité des relations qui les relie, mais également la situation conjugale
des parents, l’origine migratoire, etc.
Trajectoires individuelles improbables : par opposition aux trajectoires
individuelles « probables » de reproduction sociale, les trajectoires
individuelles improbables correspondent à celles des enfants issus de
milieu social défavorisé qui vont accéder à des positions sociales élevées,
ou à celles des enfants de milieu social favorisé qui vont connaître un fort
déclassement social.

La socialisation désigne l'ensemble des processus par lesquels un


individu, dès son enfance, intègre et intériorise les normes, valeurs, et
comportements propres à la société dans laquelle il vit.
Norbert Elias, sociologue allemand, met en évidence l'importance de la
civilisation dans le contrôle social des comportements, soulignant que les
règles, même quotidiennes, résultent d'une évolution historique collective.
>Exemple : Les manières de table et la retenue publique, qui semblent
naturelles aujourd'hui, résultent d'un long processus de civilisation visant
à réguler les pulsions naturelles.
La socialisation est définie comme l'ensemble des processus par lesquels
l'individu est formé (pendant l'enfance) et transformé (à l'âge adulte) par
la société. L’individu acquiert, apprend, intériorise, incorpore, intègre des
façons de faire, de penser et d’être qui sont situées socialement.
Norbert Elias souligne que chaque individu porte un résumé de l'histoire
de la société à travers ses comportements, démontrant ainsi le caractère
cumulatif des règles de politesse et de propreté.

I. Une socialisation à l'origine des différences de comportements selon le


genre et l'origine sociale

1.1. Intériorisation durable des normes et comportements


Les individus acquièrent des façons de faire et de penser par le biais de
diverses instances de socialisation telles que la famille, les pairs, les
médias et l'école. >L'exemple d'Amandine illustre ce processus : ses choix
vestimentaires sont influencés par des figures familiales, par ses amies et
par les médias, reflétant une interaction complexe entre différentes
sources d'influence.

1.2. Socialisation différenciée selon l’origine sociale


Théorie de Bourdieu
L’habitus est « ce que l’on a acquis et qui s’est incarné de façon durable
dans le corps, sous forme de dispositions permanentes » qui apparaissent
comme une seconde nature et qui conduisent à des comportements types
dans des situations types
Cet habitus, bien que stable, peut évoluer au contact d'autres individus ou
contextes sociaux.
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, dans Les Héritiers et Les
étudiants et la culture, montrent que le système éducatif valorise le
capital culturel transmis par les familles favorisées, créant des inégalités
scolaires. Ce capital (diplômes, pratiques culturelles, etc.) est incorporé
par les enfants et constitue une forme d’ « habitus ».

Def : Pratiques culturelles de Philippe Coulangeon (dans Sociologie des


pratiques culturelles) : « Ensemble des activités de consommation ou de
participation liées à la vie intellectuelle et artistique, qui engagent des
dispositions esthétiques et participent à la définition des styles de vie ».
>Exemple : L’imitation des pratiques culturelles des parents, telles que la
lecture ou la fréquentation de musées, donne lieu à un double mouvement
: l’intériorisation voire l’incorporation de cette pratique comme une
seconde nature, et la légitimité de cette pratique au regard de son groupe
d’appartenance.
Le concept de capital désigne un ensemble de ressources et de pouvoirs.
Bourdieu distingue essentiellement trois types de capitaux :
- Le capital économique : revenu perçu, l’épargne et le patrimoine ;
- Le capital culturel : le niveau de diplôme, qui sanctionne la culture,
mais aussi les connaissances en général et le « goût » ;
- Le capital social renvoie au prestige associé à la position dans
l’espace social, aux relations dont dispose l’individu considéré, et
l’aptitude qu’il a à entretenir ces relations.
- Le capital symbolique : 1994 dans Raisons pratiques, il désigne le
capital économique ou culturel connu et reconnu, et considéré
comme légitime par la société.
Ce qui définit la position dans la hiérarchie sociale, c’est :
- Le volume des capitaux détenus
- La structure des capitaux détenus : au sein de la classe dominante
on peut distinguer deux fractions : les dominants dominants qui
possèdent un volume plus élevé de capital économique,
consommation ostentatoire volonté faire état; les dominants-
dominés « ascétiques » qui possèdent un volume de capital culturel
plus élevé, niveau de diplôme et ont loisirs en général plus austères
- L’ancienneté dans la possession des capitaux
Dans La Distinction, parmi les pratiques les plus distinctives, on trouve les
pratiques culturelles qui sont liées à des jugements de goût qui séparent
le distingué du vulgaire. Le goût définit une série d’affinités qui permet de
porter un jugement sur l’univers social : les goûts sont sans doute avant
tout des dégoûts, aversions viscérales.
>EX : Le goût des autres d’Agnès JAOUI (2000)

1.3. Socialisation différenciée selon le genre


La socialisation différenciée selon le genre est illustrée par des attentes
différentes vis-à-vis des comportements des filles et des garçons, telles
que l'apparence vestimentaire ou les qualités valorisées : on attend des
filles qu'elles soient douces et serviables, tandis que les garçons sont
encouragés à être actifs et dynamique. Cette distinction genrée est

perpétuée par les adultes socialisateurs, pas nécessairement conscient,


eux-mêmes influencés par des normes qu'ils ont intériorisées et qu’ils
jugent légitime et transmettent inconsciemment.
L’influence de la socialisation peut être forte pour plusieurs raisons : la
concordance des normes et valeurs entre les instances de socialisation et
leurs répétitions.

II. Une socialisation sous une pluralité d'influences socialisatrices


2.1. Socialisations secondaires : renforcement ou rupture avec la so.
primaire ?
Def : Homogamie : Situation dans laquelle deux conjoints appartiennent
au même groupe social.
La socialisation secondaire, qui s'opère à l'âge adulte (ex. professionnelle,
conjugale, politique), peut confirmer ou modifier les dispositions acquises
durant l'enfance. La socialisation professionnelle, par exemple, implique
l'intériorisation de normes spécifiques à un groupe professionnel (codes
vestimentaires, langage, etc.) et peut remettre en question les valeurs
inculquées pendant la socialisation primaire.
Elle peut être l’occasion d’une confirmation ou d’une bifurcation de
certaines normes et valeurs
>Exemple : Les chirurgiens sont socialisés par leurs supérieurs
hiérarchiques et apprennent la technique, mais aussi l'empathie dans un
cadre professionnel très masculin. Les femmes chirurgiennes, souvent
isolées dans ce milieu, adaptent et transforment leurs comportements en
fonction de ces contraintes sociales.

2.2. Trajectoires sociales improbables


La notion de "transclasse", forgée par la philosophe Chantal Jacquet,
désigne les individus qui changent de classe sociale par rapport à leur
origine, que les sociologues tendent à appeler les « transfuges de classe »
Ces trajectoires sont marquées par des socialisations anticipatrices, où
l'individu ou sa famille adoptent des stratégies pour s'intégrer dans un
nouvel espace social.
- Trajectoire sociale : « série de positions successivement occupées
par un individu dans un espace social ».
- Trajectoire sociale improbable : trajectoire sociale statistiquement
rare en raison du caractère différencié de la socialisation.
- Trajectoire scolaire improbable : série de positions successivement
occupées par un individu dans l’espace scolaire peu probable
statistiquement en raison du caractère différencié de la socialisation.
Ex : Billy Eliot, prédestiner à être un boxeur, il finira par trouver sa voix en
tant que danseur classique.

Le stock de manières de penser d’agir et d’anticiper l’avenir, appelé


dispositions, est socialement situé. En effet, nos dispositions dépendent de
notre environnement social. Plus précisément, le contenu varie selon la
société dans laquelle nous vivons (époque et lieu), de notre âge, de notre
sexe mais aussi de notre origine sociale c’est-à-dire du milieu social de
nos parents.

Chapitre 2 : Cmt se construisent et évoluent les liens


sociaux ?
Lexique des termes du chapitre
Cohésion sociale : Niveau minimal de solidarité et de conscience collective
qui permet aux membres d’une société de vivre ensemble. Pour Emile
Durkheim, la cohésion sociale découle des liens marchands,
communautaires et politiques.
La cohésion sociale n’exclut pas le conflit et les désaccords, mais elle
subsiste dès lors qu’il y a un minimum d’échanges permettant d’assurer
de créer de la solidarité.

Désaffiliation sociale : Processus de fragilisation des liens d’emploi,


familiaux et amicaux du fait de la montée de la précarité (terme issu des
travaux de Robert Castel)

Disqualification sociale : Processus par lequel un individu subit un


affaiblissement ou une rupture de ses liens avec la société qui lui font
perdre protection et reconnaissance sociale (terme issu des travaux de
Serge Paugam)

Groupe social : Ensemble de personnes liées durablement entre elles par


des relations sociales, des caractéristiques communes ou des objectifs
communs.
Un groupe social assure l’intégration de ses membres et l’exclusion des
autres. L’existence d’un groupe est reconnue non seulement par ses
membres, mais aussi par les autres.
Le terme de groupe social s’oppose à celui de catégorie sociale, qui
désigne un ensemble d’individus partageant des caractéristiques
communes sans nécessairement former une collectivité pour les membres
de cette catégorie. La catégorie est définie par un observateur alors que le
groupe existe par lui-même.

Identité sociale : Façon dont les personnes se définissent elles-mêmes et


aux yeux des autres. L’identité est une construction sociale qui s’opère
tout au long de la vie au cours de la socialisation. Elle repose sur
l’appartenance à des groupes sociaux, sachant que chaque individu fait
partie d’une multitude de groupes sociaux.

Individualisation : Processus au cours duquel les individus s’affranchissent


de plus en plus des règles traditionnelles de la vie collective, des normes
imposées par les autres, au profit des leurs.

Intégration sociale : Processus d’incorporation de valeurs communes à un


groupe, de références et d’objectifs communs.

Lien social : Relations entre des individus et des groupes sociaux.

Précarité : Situation de fragilité et/ou d’instabilité en termes d’emploi, de


logement, de statut familial et plus généralement de conditions de vie.

Ségrégation sociale : processus de séparation physique, sociale et


symbolique de population en fonction de caractéristiques précises.

Sociabilité : Ensemble des relations sociales vécues concrètement qui


relient l’individu à d’autres individus ou à des groupes sociaux.

Sociabilité numérique : Ensemble des relations d’un individu sur les


réseaux sociaux sur internet

Solidarité : Ensemble des liens qui lient les individus entre eux et
cimentent une société selon Durkheim.
Durkheim distingue la solidarité mécanique (basée sur la similitude des
comportements et des valeurs des individus), de la solidarité organique
(basée sur la complémentarité des activités dérivée de la division du
travail).

Valeurs : Idéaux partagés par les membres d’un groupe social.

Synthèse
I. Les liens sociaux : support des groupes sociaux
A. Des liens sociaux qui créent un sentiment d’appartenance
B. La base de l’identité sociale
La sociologie naît du constat que l’être humain ne vit qu’en groupe.
Les groupes sociaux peuvent être très divers ; ils varient selon leur taille,
l’intensité des relations entre leurs membres et leur importance dans la
définition de notre identité. Faire partie d’un groupe social façonne notre
identité, à nos propres yeux et aux yeux des autres.
Les groupes de petite taille avec un fort investissement affectif sont des
groupes primaires alors que les groupes de plus grande taille avec des
relations plus impersonnelles sont des groupes secondaires.

Être membre d’un groupe permet de se protéger contre certains risques,


mais aussi de trouver des sources de valorisation et de reconnaissance
nécessaire à la construction de son identité.
Cela permet l’intégration sociale autour de quatre types de liens :
- Les liens d’affiliation et notamment les liens de parenté et d’alliance
conjugale
- Les de participation élective, relations choisies avec des amis, des
voisins, au sein d’associations sportives, religieuses ou culturelles
- La participation organique, entre acteur de la vie pro, c’est-à-dire
l’emploi
- La citoyenneté et la participation politique
Ces quatre types de liens permettent la cohésion sociale.
C. Les PCS : groupe social ?
La nomenclature PCS, mise en place par l'INSEE, permet d’analyser la
société et voir comment elle évolue, à travers le prisme de l'emploi.
Depuis 1954, cette classification, distingue différentes catégories
professionnelles.
Les PCS ne constituent pas un groupe social, c’est juste une catégorie
statistique qui a été forgé par l’Insee.
Certaine homogénéité mais pas forcément de sentiment d’appartenance
par les individus.

II. Le processus d’individualisation menace-t-il les liens sociaux ?

A. Les mutations du lien social dans les sociétés modernes

En 1893, Emile Durkheim dans De la division du travail social, distingue


solidarité mécanique et organique.
Les évolutions liées à l’industrialisation, à l’urbanisation et plus largement
à la modernisation ont fait craindre une détérioration du lien social parce
que les institutions traditionnelles se transformaient, laissant plus de place
aux individus.

Le sociologue Emile Durkheim a montré au contraire que ce processus


d’individualisation de notre société pouvait conduire à un renforcement du
lien social.
La modernisation, selon Emile Durkheim, a transformé la forme du lien
social sans briser ce dernier.
Alors que les sociétés traditionnelles étaient liées par une solidarité
mécanique qui fondait des individus relativement similaires dans une
identité collective forte, les sociétés contemporaines sont caractérisées
par une solidarité organique, c’est-à-dire des liens de complémentarité et
d’interdépendance entre des individus dont les positions dans l’ordre
social ont été différenciées par la division du travail.

Le processus d’individualisation a progressivement transformé le lien


social en le rendant de plus en plus individualiste. L’individu est de plus en
plus autonome et libre d’appartenir au groupe social de son choix. Il n’en
demeure pas moins que toutes les formes anciennes de solidarités basées
sur la similitude entre les individus n’ont pas disparu.
Ce processus peut faire craindre l’affaiblissement du lien social soit par le
repli sur un groupe restreint pouvant aboutir à la disparition de la cohésion
sociale au niveau nationale soit à la rupture du lien social, l’individu
devient alors seul ce qui détruirait la cohésion sociale. Cependant, les
différentes instances d’intégration qui façonnent le lien social ne sont pas
délaissées par les individus. Bien qu’ils soient plus libres, ils continuent de
valoriser la famille, les amis, le travail ou encore la politique.
L’individualisation peut même renforcer le lien social par une
recomposition de celui-ci. En effet, l’individu plus libre tisse de nouveaux
liens, moins solides mais plus nombreux et plus faciles à créer. Il faut donc
voir le lien social actuel comme plus souple mais pas moins intégrateur.

III. La fragilisation des liens sociaux dans les sociétés contemporaines


1. De la vulnérabilité à la désaffiliation
2. Pauvreté rupture ?
Aujourd’hui, ce qui inquiète plus est la montée de la précarité liée
notamment à l’augmentation de la pauvreté et du chômage, mais aussi au
développement de nouvelles formes d’emploi. Et des facteurs comme
l’isolement, la ségrégation sociale ou encore les ruptures familiales
peuvent fragiliser le lien social dans nos sociétés contemporaines.

Pour les sociologues, la pauvreté ne se résume pas à la faiblesse des


ressources économiques.
Elle décrit une relation sociale qui rend certains dépendants des autres
pour vivre.

Or le chômage distend ces liens sociaux en créant de la distance à


l’emploi, et par là un risque de « désaffiliation » (Robert Castel).
A cela s’ajoutent des processus de stigmatisation qui renforcent le
sentiment d’exclusion sociale.
On parle de « disqualification sociale » (Serge Paugam).
A côté de cette précarité dans l’emploi qui peut engendrer des processus
d’affaiblissement du lien social par un isolement des individus, la
ségrégation spatiale et sociale est également source d’affaiblissement des
liens sociaux.

Les quartiers qu’on nomme prioritaires accueillent des populations plus


pauvres que le reste du territoire ce qui a des conséquences sur l’accès à
l’éducation, aux études et donc sur l’emploi créant ainsi un cercle vicieux
tendant à renforcer la ségrégation et limitant la création de liens sociaux
en dehors de ces quartiers.

L’isolement est également source d’affaiblissement du lien à tendance à


se développer avec l’individualisme laissant les individus les plus précaires
seuls et stigmatisés.
Enfin, les ruptures familiales sont également sources d’affaiblissement du
lien social. Les ménages les plus pauvres sont le plus souvent
monoparentaux.

Pour Serge Paugam le lien social permet à la fois protection et


reconnaissance. Le lien de participation organique lui apparaît comme
central dans nos sociétés pour expliquer l’apparition de la pauvreté. Il
analyse la pauvreté comme une relation. Une personne n’est pauvre que
parce qu’elle a le sentiment de l’être par rapport à des individus qu’elle
juge riches.
La pauvreté est source de rupture du lien social progressivement,
lorsqu’elle devient disqualifiante, c’est-à-dire lorsque l’individu pauvre est
stigmatisé, vu comme néfaste à la société. Paugam montre que les
dispositifs d’assistance peuvent être à la source de la disqualification dans
le sens où c’est eux qui donnent aux pauvres le statut de pauvre qui le
disqualifie dans la société. Progressivement, ce processus mène à la
rupture des liens sociaux.

>Données de l'INSEE (2018) : 85 % des salariés français sont en CDI,


contre 10 % en CDD. Bien que le CDI demeure la norme, l'augmentation
de la précarité impacte directement la stabilité sociale et l'insertion
relationnelle.

B. Sociabilités numériques
Le développement d’internet comme nouveau moyen de communication
permet l’apparition de sociabilités numériques qui se superposent bien
souvent aux sociabilités traditionnelles.
Néanmoins, internet permet aussi d’approfondir le processus
d’individualisation en donnant de plus en plus de place au choix personnel
dans la formation des liens sociaux.
>Données Insee : en 2017, 88 % des jeunes de 16 à 24 ans utilisaient des
outils numériques pour communiquer. Le numérique favorise les échanges
transculturels et l'interconnexion de groupes hétérogènes, mais, comme le
souligne Monique Dagnaud, ces échanges se limitent souvent à des
cercles proches socialement.

Chapitre 3 : La déviance
Lexique des termes du chapitre
Normes juridiques : normes codifiées et décrites par des textes officiels.
(Ex : lois)
Normes sociales : normes connues tacitement par les membres d’un
groupe ou d’une société et ne faisant pas, le plus souvent, l’objet d’une
codification. (Ex : normes vestimentaires, règles de politesse)
Contrôle social : Ensemble des mécanismes mis en œuvre pour assurer la
conformité des individus aux valeurs et aux normes du groupe social ou de
la société à laquelle ils appartiennent. Son application se fait sous la forme
de sanctions (positives ou négatives).
Contrôle social formel : Contrôle social mis en œuvre par des institutions
spécialisées (police, justice, école, religion).
Contrôle social informel : Contrôle social mis en œuvre de manière diffuse
par l'ensemble des membres du groupe social.
Déviance : conduite que les membres d’un groupe ou d’une société
réprouvent ou sanctionnent parce qu’ils considèrent comme non
conformes à leurs propres normes et valeurs.
Etiquetage : Processus par lequel la société ou les groupes sociaux
désignent des individus comme déviants
Stigmatisation : processus par lequel un individu est discriminé et mis à
l’écart en raison d’une caractéristique socialement vue comme
dégradante.
Délinquance : forme de déviance qui correspond à la transgression d’une
norme juridique Elle est punie par la loi (crimes et délits). La délinquance
est donc un sous-ensemble de la déviance.
Chiffre noir de la délinquance : différence entre la délinquance réelle et sa
mesure par les services de police et de justice.
Enquête de victimation : Enquête portant sur un échantillon de la
population et qui vise à mieux connaître les infractions dont sont victimes
les particuliers.

I. La déviance est un phénomène relatif


A. Comment le contrôle social s’exerce-t-il ?
Le contrôle social garantit la conformité aux normes par des sanctions
formelles ou informelles.

>Par exemple, se conformer aux usages vestimentaires évite la


réprobation sociale. Autrefois, brûler des chats était un spectacle
socialement accepté, alors qu'aujourd'hui, cela provoquerait l'indignation
et des sanctions pénales, variabilité des normes dans le temps.
Instances spécialisées dans le contrôle et la sanction des comportements
non conformes aux règles juridiques. >Exemples : Police, tribunaux…
Instances non spécialisées qui influencent les comportements au travers
des interactions sociales des individus. >Exemples : famille, groupe de
pairs, voisinage…
Les sanctions sont définies antérieurement aux infractions aux normes
juridiques et codifiées.
>Exemples : Amendes, peines de prison…
Les sanctions non codifiées qui peuvent prendre une forme positive
comme négative. >Exemple : compliments ou réprimandes, popularité ou
mise à l’écart.
B. La déviance varie selon les sociétés et les groupes sociaux
On peut distinguer les normes juridiques et les normes sociales.
Cependant, celles-ci sont liées entre elles et les normes juridiques sont
souvent la transformation en lois de normes sociales mais ce n’est pas
automatique.
Le respect de ces normes repose en partie sur l’existence d’un contrôle
social.
Il peut être intériorisé via la socialisation qui entraine un autocontrôle par
l’individu, ou extérieur à l’individu selon deux modalités.
Il peut être formel s’il est mis en œuvre par des institutions spécifiques
dont les règles sont définies à l’avance et accessibles à tous.
Ou informel s’il est mené par les groupes primaires et que les règles sont
donc plus officieuses.
De plus, il se concrétise par l'application d'un système de sanctions
négatives (punitions) ou positives (incitations).
Un individu qui ne respecterait pas ces normes serait alors considéré
comme déviant.
Cependant, celles-ci étants variables dans le temps (exemple : cracher par
terre) et dans l’espace (par exemple avortement autorisé en France alors
qu’il est illégal en…), un comportement considéré comme déviant à un
moment donné peut ne plus l’être quelques dizaines d’années plus tard et
dans un groupe et pas dans un autre.
Tout comme les normes, la déviance est donc relative. Avec le
changement des valeurs et des normes, la déviance se transforme et
certaines pratiques autrefois réprimées sont aujourd’hui mieux acceptées
(ex : homosexualité).

II. Les processus qui mènent à la déviance


A. La déviance comme le résultat d'un étiquetage
• Selon H.S. Becker, (Outsiders) ce sont les groupes sociaux qui créent la
déviance en instituant des normes qui peuvent être transgressées.
Cependant, cette transgression ne suffit pas à qualifier un acte de déviant.
Effectivement, on peut être considéré comme déviant, sans avoir
transgressé des normes (par exemple, un jeune des cités) ; à contrario
tous les individus ayant effectivement transgressé des normes ne seront
pas considérés comme déviants (par exemple un individu téléchargeant
illégalement des films sur internet), restant ainsi "secrètement déviant".
Ainsi, la désignation du déviant résulte du jugement du groupe social sur
l’acte commis. Il faut donc que l’individu soit étiqueté comme déviant,
perçu comme tel, ce qui peut mener à des sanctions.
On peut donc dire que la déviance est le produit d'une suite d’interactions
sociales qui aboutit à un étiquetage de comportements jugés comme
déviants : « le déviant est celui auquel cette étiquette a été appliquée
avec succès ».

B. La déviance comme le résultat de carrières déviantes


• Cependant, H.S. Becker met l’accent sur le fait qu’un individu ne devient
pas déviant du jour au lendemain, cela peut résulter d’une carrière
déviante.
Ainsi, un individu peut être amené à connaître une transgression
occasionnelle. Ce qui va petit à petit mener l’individu déviant à développer
des goûts et des habitudes déviantes avec les autres déviants de telle
sorte que son comportement déviant va se multiplier et il va le considérer
comme étant un comportement normal.
Il va ainsi, pleinement entrer dans une sous-culture déviante en mettant
en œuvre des stratégies afin de ne pas être identifié.
Ainsi, le fait d’être étiqueté comme déviant par ses pairs et d’accepter
cette étiquette entraîne un changement de l’identité de l’individu et une
amplification de la déviance.

>Benjamin Chevalier et Igor Martinache, dans leur étude du dopage chez


les cyclistes, montrent que ce phénomène résulte de l'influence des pairs
et des médecins, intégrant progressivement des normes déviantes. Le
dopage devient une "normalité" dans ce contexte professionnel,
démontrant que la déviance est un processus social et non un acte isolé.

C. La déviance comme le résultat de la stigmatisation


• Erving Goffman vient compléter l’analyse de Becker selon laquelle ce
sont les groupes sociaux qui sont à l’origine de la déviance.
Il va cependant insister sur le fait que la désignation du comportement
déviant repose sur le fait de posséder un attribut qui jette un discrédit sur
l’individu en question.
Il parle alors de stigmatisation. Il distingue, les stigmates liés au corps, les
stigmates liés au caractère et les stigmates liés à la nationalité, la couleur
de peau, la religion par exemple.
De ce fait, un individu possédant l’un de ces stigmates sera identifié
comme déviant et subira des discriminations du fait de cette
caractéristique, ce qui renforcer la marginalisation de l’individu.
>Par exemple, en France, les personnes perçues comme arabes ou noires
subissent davantage de contrôles d'identité, renforçant leur statut de
déviant aux yeux de la société. Ce processus peut enclencher un cercle
vicieux où l'individu, une fois étiqueté, voit sa déviance amplifiée par le
rejet social.

III. Les difficultés de mesure de la délinquance


La délinquance correspond aux actes punis pénalement (crimes et délits) ;
elle est donc un sous-ensemble de la déviance.
La mesure du niveau de délinquance reste tributaire de la manière de
fonctionner des institutions de contrôle social (police, justice).
Tous les délits ne sont pas également visibles dans le temps et dans
l’espace : certains crimes, comme le viol, ont longtemps été fortement
sous-estimés parce que les victimes portaient rarement plainte ou parce
que la justice ne condamnait pas cet acte ; dans l’espace privé, des actes
délictueux peuvent être tenus secrets par les victimes ou leurs proches et
restent aujourd’hui encore mal connus (violences conjugales, maltraitance
des enfants).
A contrario, le nombre des délits connus peut augmenter parce que les
victimes ont personnellement intérêt à déposer une plainte pour obtenir
une indemnisation par les sociétés d’assurances dans les cas de vols ou
de dégradations de biens en particulier, parce qu'une nouvelle loi est
créée ou parce que la police a une activité plus intense.
La différence entre la criminalité réelle et les chiffres officiels mesurés par
les services de police et de justice correspond au chiffre noir de la
délinquance.
Une estimation de la valeur de ce dernier peut résulter des enquêtes de
victimation qui permettent de mieux appréhender le niveau réel de la
délinquance en interrogeant directement un échantillon de la population.
Cependant ces enquêtes ne sont pas parfbaites et comportent également
des biais, rien n'assurant l'enquêteur que l'enquêté dise la vérité de façon
consciente ou inconsciente (faits lointains, minimisation des faits).
De plus, ces enquêtes ne portent que sur les particuliers (il manque donc
les données sur les entreprises, les associations) et les individus n’ont pas
tous la même sensibilité face aux faits de délinquances qu’ils ont pu subir
et donc pour un même fait certains se déclareront comme victime et
d’autres non.
De même ces enquêtes n’interrogent que les victimes pouvant encore
témoigner. Ainsi, ces enquêtes ne remplacent pas les statistiques
produites par la police et la justice mais viennent les compléter.

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