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Norbert Zongo Rougbeinga

Le document présente un roman de Norbert Zongo, intitulé 'Rougbeinga', qui aborde des thèmes tels que l'esclavage, le colonialisme et la résistance à l'oppression. À travers des descriptions poétiques et des réflexions sur l'histoire, l'auteur évoque la souffrance et la résilience des peuples africains face à l'exploitation. Rougbeinga est présenté comme un symbole de courage et de rébellion contre l'injustice.

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Norbert Zongo Rougbeinga

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5/10/2018 NorbertZongo-rougbeinga-slidepdf.

com

Norbert ZQngo

ROUGBEINGA

Roman

© HARMATTAN BURKINA, 2009


Av. Mahamar KADHAFI
1 2 B P 2 26 O ua ga do ug ou 1 2
(+226 ) 50 37 54 36
hannattanburkina@[Link]
[Link]
ISBN: 978-2-265-00010-2
EAN: 9782260001000
© HARMATTAN BURKINA

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5/10/2018 [Link]
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AVANT-PROPOS
'egma Henri Zongo:
'Papa, j'ai ecri: ton roman." Au commencement etait l'esclavage. Puis vint l'Esclavage. Ainsi la
Traite Negriere naquit, se developpa, fit son nid. Et ce fut l'eclosion du
Quand f a hanche p enetra d ans fa foret, les arbres dirent : le ma nche est colonialisme, du capitalisme, du neocolonialisme.
es n/nres .» \ Le sang de l'homme noir jaillit en volcan, edifia de ses laves argentees,
Proverbe turc) des gratte-ciel a New-York, Londres, Paris ...
Sa sueur coula des siecles durant, en torrents, bourrant de son limon dore,
des coffres a Wall-Steet, a la Bourse de Londres, de Paris ...
Qu'est devenue la colossale fortune des grandes compagnies negrieres?
Oublie!
Combien de banques et d'usi nes europeennes et ameri caines ont-elles ete
edifiees avec des fonds et des heritages provenant de cette fortune?
Oublie ! B ois ! A muse-toi !
Que resterait-il de «leur developpement » s'il fallait en soust raire la part
de l'esclavage, de la colonisation et de la neocolonisation?
Oublie ! Souffre ! P aie tes dettes !
Rougbeinga, visionnaire, disait : «Ce qu'ils sont en train de nous voler,
constituera des ri chesses pour leurs fi ls, leurs peti ts-fils et l eurs arriere-
petits-fils. Puis, ces richesses aideront leurs descendants a dominer les
notres ... »
Heros inconnu, voire meconnu, Rougbeinga reste pourtant Ie symbole du
refus, de la rebellion et du courage.
Rendons a l'Histoire, ce qui appartient a Rougbeinga,

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ROUGBEINGA

I I Y a p lu s d e s ep t lu ne s q ue S aag a l a p lui e s' et ai t e va no ui e d ans l es h au te ur s. La


sa va ne t ou t en ti er e p or ta it l e d eu il . Le s ar br es po ur ce tt e i nf or tun e v er sa ien t s ans
repit des larmes et des larmes de feuilles et de fleurs.
Le temps s'echauffait, La brousse n'avait plus que des lambeaux jaunatres de son
beau et epais manteau vert. Elle souffrait du feu du ciel et de la terre; et par les

souffles
dans une d'air brulant de
symphonie qui instantanement
fanes arrivaient a passer, elle criait sa douleur
et d'herbes seches.
Le temps s'echauffait, s'echauffait. Des silencieux et calmes marigots aux toits de
ne nu ph ar , o u j ad is l e he ro n b la nc s e b aig na it e t p as sa it d es j our ne es e nt ie res a se
mirer dans l'eau bleuatre, ilne restait que .dessquelettes grisatres mal ensevelis par
la broussaille.
Wounhoun la riviere n'etait plus qu'un large, long et difforme hieroglyphe
portant legribouillis des pieds et des mains des demiers pecheurs. SeulMouhoun le
fleuve donnait encore signe de vie. Mais de sa fougue, de son ambition a faire
s ie nne s l es va st es t er re s d e l a v al le e, p as un e o mbr e n e d eme ur ai t. L es m ul ti pl es
b ras a ve c l es que ls i l l ace ra it et ci sa ill ai t la br ou ss e, a pr es s 'e tr e d et ac he s d e lu i,
etaient naturellement morts. Avec eux avaient egalement disparu, les grands
orchestres de grenouilles et de crapauds qui bercaient les sombres nuits de pluie.
Le temps s'etait atrocement echauffe, Toutes les callines qui ceinturaient
Hounde, se devetaient de leur grandes robes vertes et presentaient leurs corps
massus et boursoufles. Les tourbillons se riaient par moments de leur nudite.
Mais Hounde la belle, restait egale a elle-meme. Ses belles cases s'etalaient
compactes au pied de ces callines qui l'ont vue naitre. Hounde le 16h6 (village)des
br av es g ue rr ie rs , d es i nf at ig ab le s t rav ai lle ur s et de s g ra nd s da ns eu rs , s eul e, se
retrouvait dans cet enfer du moment.
Le temps s'etait terriblement echauffe. Le nere etait sec, les battues plus
attrayantes et plus passionnantes, les clairs de lune plus blancs et plus ensorcelants,
aussi, la vie devint plus interessante sous ce ciel des tropiques.
Le soleil ne surprenait plus personne comme pendant ces matins des trois
pr em ie re s l une s q ui o nt s uiv i le s r ec ol te s. Si ni st re p eri od e ou l e v en t ve nu d u no rd
soufflait son froid et epandait ses maladies.
Cruel vent qui avait l'habitude d'arracher des vies, avec la complicite des
mangeurs d'ames et autres sorciers.
Une longue gaule a la main, un porte-bois en equilibre sur la tete, devinant plutot
l es s ent ie rs q ui , t el s d es b oa s g ea nt s, s e c ont or ti on nai en t a u m il ieu d es b ui sso ns ,
commentant a la maniere des tisserins, les differents evenernents survenus dans les
uys(quartiers) du 16h6, ponctuant ces commentaires souvent d'insultes ou de
compliments et derires, les femmes envahissaient la brousse avant le lever du jour
pour la recolte du nere,

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Les pieges releves, les hommes revenaient a la m ai son, att endant que le soleil bwaba, une terreur qu'incarnait un homme rouge des orteils aux oreilles, un certain
icendie la brousse, pour traquer lievres, pintades, perdrix, biches et antilopes qui, nassara qui s'appelait aussi coumandow.
zcules par la soif, approchaient du village pour profiter de la fraicheur Tres rece nt, c e mal de me urait pou rtant le p lu s v io le nt q u'a vait c onn u le p ays
u'exhalaient tres tard dans la nuit, les puits. bwaba. On se surprenait souvent a s'encourager en disant : "11fmira par fmir avec
Le soir ve nu, a u mo ment ou le s omb res de versen t leu r en cre sur le feu du c ie l, le depart du nassara-rouge". Mais partirait-il un jour? Ce diable couleur de laterite,
u moment ou Namuny la hyene, dans les collines, entamait la melodic de ses venu du fond des grandes eaux, semblait s'i nstaller definitivernent la ou il prenait
ncetres, Loamy, l e grand joueur de bal af on du seigneur et m ai tre de tout H ounde, pied.
~be Gnoumou, de ses planchettes parlait au cceur 'et a l'esprit des habitants de tout Au pourquoi de cette sournission aveugle au nassara-rouge, les vieux
~loho, brandissaient leur sagesse en demontrant tout haut la generalite du mal. Mais ils se
Par les notes cinglantes, il transmettait les messages du be a son peuple, grace au murmuraient, tout bas, lapuissance des armes du diable rouge.
elais de ces infatigables ventriloques, les tam-tams. 11le faisait tous les jours avec le "Ce ma l est comme la pluie q ui refuse d e p le urer sur le mil et Ie mills. Il ne fa ut
nerne seri eux, com me le lui avait ens ei gne son pere, qui l 'a vait appris de son per e, esperer qu'un secours des dieux. Et puis les diables, comme les sauterelles, fmissent
equelle detenait de son arriere-grand-pere. par partir", disait un vieux bwaba. Tout finit par fmir, concluait-il sagement.
Apres avoir donne les informations, Loamy egrenait un long chapelet de
,ouanges a l'intention du grand be.
D epui s l 'ancetr e G noum ou choisi et beni par dieux, l a prosperi te etait reine a
Hounde, Ses trente et quelques mille ames avaient toujours su arracher a la vie un
sens et une definition qui l'avaient toujours rendue plus interessante, plus vivable et Des co rbe aux dan s un c hamp? Une nuee d e p ie s su r un a rb re ? Une maree no ire
plus eterne lle, C'e ta it la, la man ifestation d u gen ie hu rna in , san s le que l la b ete d'hom mes dont un si mple m or ceau d'etoff e ent re l es j am bes interdisait la nudit e
envahit l'homme, comme Wongo la mauvaise herbe envahit le champ de mil. totale, avait envahi la place de rassemblement, devant le palais du be.
Pour le bwaba, la vie a un cycle tout simple: on nait, on vit, on meurt pour Depuis deux jours, tous les chefs de terre etaient en reunion avec le be
renaitre a volonte ; ou tout simplement les vivants meurent et les morts reviennent. G noum ou. La vei ll e s oir le ti mbowni avait invi te t out l e m onde a une rencontre;
Pour vivre ilfaut mourir. Pour mourir ilfaut vivre. rnerne ceux de B ony, de Sar o et des uys les plus eloignes avaient ete appeles. D onc
La vie des vivants est liberte et dignite. La vie dans le monde invisible, royaume depui s ce mati n, tout es l es ames du pays bwaba etaient l a, tout es; sauf l es femm es
de lamort, n'est qu'une suite logique de la vie terrestre. occupaient les foyers avec les enfants.
C et te phi los ophie est l' enseignement premi er que r ecevai t t out bwaba au t out Les salutations d'usage cederent vite la place a un tohubohu : qui de vanter ses
premier matin de sa vie. Elle etait l'ecueil enorme contre lequel s'etaient heurtes les dernieres parties de chasse ou de peche, qui de vanter ses chiens de chasse ou
envahisseurs de tout genre et les pillards venus de tous les horizons. l'habilete de sanouvelle epouse dans les champs la saison precedente ...
De puis que Hou nde est Hound e, et qu e des b es glorie ux suc ce dent a des bes O n s e rappel ai t aus si ceux qui s ont m ort s en const ruisant les routes du nass ar a ;
glorieux, pas un pillarrd ou un ennemi quelconque, n'a pu franchir la haute muraille ceux qui sont morts parce que dans leurs impots il a manque une tine d'arachide, de
que soutenait tout une foret d'enormes pieux qui entouraient le loho. noix de karite, de graine de coton ou, tout simplement, parce qu'ils n'avaient pas pu
Lorsq ue pou r l'immine nce d'u n grand da nge r, le timbo wni (grand ta m-tam) obtenir le "wakire", cette fameuse piece de cinq francs pour les irnpots.
O n fais ait l 'e loge de leur courage. Sur tout on l ouait tous ceux qui , consi derant
grondait, et que sa voix a grandes enjarnbees
Houndeescaladait
l es col
quili nes,
toustenir
les l 'h onneur com me bas e et fondem ent de la vie, axi om e i ndeniabl e pour tout bwaba,
habitants des usy environnants regagnaient leur ccapitale, pouvait
un s iege de plusi eurs lunes. C ar apr es les recoltes, chaque famil le devait apport er avaient ose dir e non aux gar des a chechia rouge qui voulaient coucher avec leurs
une certaine quantite de mil et de har icot, pour l a r es erve comm une. D eux grands filles.
puits intarissables creuses au milieu du loho, assuraient le besoin en eau des Soudain t out cess a. R ires et cris 5'estornperent. Le timbowni parla par la magie
hommes et des betes. des doi gt s r udes et durs du vieux gri ot du pal ais . Son cui r t endu recouvrait l 'a me du
La vie est l iber te et la m or t est digni te, tell e est l a f or mule s impli fi ee de l avi e du pays bwaba. Son ventre creux renfermait les secrets d'un peuple fier et courageux,
bwaba en guerre. dont la devotion pour le culte des ancetres n'avait d'egales que son ardeur au travail
Pourtant , depuis quelques s ai sons, l e loho souff rait d'un grand m al, une espece et sa tenacite au combat.
de fleau divin, d'une etendue generale qui frappait les ennemis comme les amis des Les not es febri les r es onnaient diff er em ment en chaque bwaba. Pour cer tains
elles ranoelaient le devoir de lavengeance. En d'autres elles recitaient des litanies de

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bravoure et d'heroisme. Le cceur se serre, Ie corps fremit, tout l'etre vibre La grande chasse: c'etait obliger les mauvais genies qui hantaientla brousse, ces
d'excitation :Ie nombril du pays bwaba parle. genies qui empechaient parfois les pluies de tomber, a liberer les lieux.
L'apparition du grand be etait annoncee. Tout Iemonde s'assit a meme Iesol. On I e f ai sa it e n br ul ant l es he rb es e t en t ua nt c es be te s s au va ge s q ui in ca rn ai ent
Drape d'une grande toge faite de peau de leopard, symbole d'une puissance souvent ces genies malfaisants. Voila Ie but majeur de la grande chasse en pays
inflechissable, chausse de belles' babouches brodees dont la couleur rouge-sang bwaba.
temoignait de la haute classe guerriere du porteur, coiffe d'un large chapeau Da ns t re nte t ro is j ou rs, le s fl am me s r av ag era ie nt . C ri s, h ur lem ent s et pl ai nt es
parseme d'amulettes et de cauris, Ie be Gnoumou, un quinquagenaire a l'allure jailliraient de partout. Les crepitements des arbres et des herbes en feu, enlasses aux
toujours alerte, s'installa sur son trone devant ses sujets en faisant tinter ses lourds roulements assourdissants des tam-tams, couvriraient la brousse d'une symphonie
bracelets en argents massif. que Ie vent, messager inlassable, entrainerait au loin, pour annoncer l'angoisse des
S ur c et te l on gu e p la nc he s cu lp tee , r ep os an t s ur q ua tr e p ied s r on ds e t p li ee en uns et Iebonheur des autres en proie a une fievre exaltant Iemassacre.
arc, s'etaient succede des bes. La brousse purgee de ces mauvais genies, la porte etait ouverte au ciel pour
Le s g ri ots d u p al ai s se re la yer en t p ou r r epe te r c e q u' on e nt en da it t ou jo ur s, et deverser ses larmes utiles. Les balafons resonneraient dans les champs, du premier
qu'on aimait entendre inlassablement: la grandeur du be, sa force dans un pays qui chant de coq au crepuscule. La houe perforerait les entrailles de la terre. Les
etait comme par lui recree, multiples ruisseaux du corps couleraient de toutes leurs eaux, tariraient et
Un court silence suivit ces vagues de louanges monotones, mais toujours couleraient.
mordantes comme un vent glacial,poignantes comme les plus abjectes injures. En attendant, il fallait preparer ces extraordinaires moments de joie et de labeur
L e b e se l eva . T ous c omm e u n s eul h om me, le s bw ab as te nd ire nt l eur s a rcs v ers qu'etaient les travaux charnpetres. II fallait preparer la grande chasse.
lui en poussant un cri indefinissable, un hurlement a la rnaniere des cynocephales. La place de rassemblement etait devenue un volcan de poussiere dont l'eruption,
En reponse, ilbrandit son sabre. des l'annonce de la grande chasse, avait commence. C'etait une fete speciale dont la
C et te v oc if er at io n et ce ge st e e tai en t s ym bo li que s. Ils disaient: "Nous te da te ne s 'a nn on ca it j am ai s a l' av an ce , s ou s pe in e de p ro vo qu er la c ol er e d es d ieu x
suivrons et te defendrons, be que les ancetres nous ont donne. Grand be, nous de la brousse. Seulement, la periode etant connue, tout Iemonde s'appretait des que
lutterons a tes cotes afin que vive a jamais la terre que les ancetres nous ont Iebe convoquait les chefs de terre des differents uys. Quand Ietimbowni invitait au
leguee !" rassemblement deux jours plus tard, chacun portait sa tenue de danse.
Le timbowni imita les rugissements du lion. Le be Gnooumou, d'une voix grave, Balafons, tambours, xylophones de toutes les tailles et de toutes les formes
parla: emplissaient l'air de notes se chevauchant.
"Le be, au nom des dieux de la terre, au nom des ancetres, au nom de tout ce qui V ers I e m il ie u d e l a j o ur ne e, I e b e f it a nno nc er u n co nc ou rs d e d an se d on t i l a ll ai t
no us e st c he r, v ou s s ouh ai te l a b ie nve nu e e n c es l ie ux o u d es b wab a s e s on t r eu ni s e tr e l 'u ni qu e e t s eu l j ur y. Le m ei ll eur d an se ur s er ai t r ec om pe ns e c ett e an ne e- la ,
avant nous, et ou des bwaba se reuniront apres nous". disait-on ; cela donna du nerf aux plus chiffes.
T ou s l es b wab a s e c ouv ri ren t l a t et e de te rr e. G no umo u co nt inu a a ve c l e r ne rn e Les griots des differents uys redoublerent d'ardeur et les danseurs atteignirent Ie
ton solennel : paroxysme d'une excitation qui les avait possedes des l'annonce de la date de la
"T ou s l es ch ef s d e t er re o nt as si ste a l a r eu nio n q ue n ous a vo ns t en ue p en da nt grande chasse.
deux jours avec Ieconseil des sorciers du pays. Je vais avec une grande joie, selon la Les pieds, comme pour faire mal a ce sol dur, frappaient dans un rythme
tradition, vous dire les resultats de nos entretiens. La grande chasse aura lieu dans infernal. Les cauris autour des reins, des poignets et des pieds, dans un bruissement
trente trois jours. C'est ce jour que le conseil des trois grands sorciers a choisi d e mi ll e p erl es d eve rs ees p ar un e m ai n t rem bl an te d ans u n p ani er q ui e n et ai t d ej a
comme jour favorable". plein, rythmaient des mouvements que l'on pouvait voir les yeux fermes. La sueur
Un hurlement retentit a nouveau. Tous les visages rayonnaient de joie. p er la it d es c orp s. Le di ab le d e l a da ns e av ai t po ss ed e t ous l es b wa ba . S ui vi de t ou s
La grande chasse: tuer, abattre des animaux sauvages ? Contenter les femmes et l es c he fs d e t er re , I e b e p as sai t d 'u n g rou pe a u n a ut re e t e nco ur ag ea it l es d ans eu rs.
les enfants en leur fournissant une grande quantite de viande? S'exhiber, comparer II s'attarda chez les danseurs de Saro, Le vieux joueur de balafon Dakuo avait
e t de mo nt re r s on c ou ra ge e t s on a dr es se e n a tt aq uan t de s f au ve s ? Vo il a c ert es le remarque l'attention que le be portait a son groupe; ilaccentua Ie rythrne.
seul cote positif que pouvait deceler le profane, Ie seul faux but que pouvait L es j eu ne s d ans eu rs a u n om br e d e s ep t e nta rn er en t la d ans e de l a p an the re . L es
considerer tout etranger a la grande chasse, notamment Iecoumandowet sesgardes g es te s gr ac ieu x, l es o ndu la tio ns d es t or ses et l es m ouv eme nt s d es m em br es q ui
a c he ch ia ro ug e q ui , d epu is p lu s d e di x a ns , p ar ti ci pa ie nt il le gal em en t a l a gr an de faisaient dourer de l'existence d'os dans ces jeunes corps, traduisaient la souplesse
chasse. et l'agilite de l'animal. Le griot du groupe entonna :

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"G ran d b e, tu es l a p an the re, Ta jo li e r obe e st u ne fi ev re de j al ous ie qu i fr ap pe A pr es c es co ns ei ls , le b e r ega gna s on p al ai s a vec sa s ui te. L a d an se c ont in ua de
tous tes ennemis. 0 belle panthere, pour qu'ils te l'arrachent il faut qu'ils t'etendent plus belle. Des en-han ca et lao Des hoeee un peu partout. Frenesie des corps.
par terre. Mais qui, qui aura le temps de t'etendre avant que l'ombre de la mort Cornrne des biches amusant leur faon a la lueur du crepuscule, les infatigables
n'envahisse son regard? danseurs bwaba s'exhiberenr sous un soleil de plomb. I1s n'avaient cure de ses
Puissante panthere, regne sur nous, regne a jamais, reprit le chceur. morsures.
La g ran de e t p uis sa nt e p ant he re d es di eu x a j ai ll i d es bu is so ns, f auv es b la ncs e t La biere de mil donnait du nerf; on en apporta des canaris et des canaris qui
no ir s, pe ti ts et g ran ds, f uy ez sa t er re ur c ar v os c ar cas se s so us s on re gar d s er ont de furent rapidement vides, La joie et l'alcool plongerent les danseurs dans un monde
simples feuilles quand s'elevera la tempete de son courroux. ou vouloir et pouvoir faisaient corps avec avoir. Cette chaine d'illusions, anodines
Belle panthere bwaba, regne a jamais, regne sur nous, reprit le chceur". po ur l es r ud es se s de l a v ie , p lon gea it po urt an t le s bw ab a da ns u ne s or te d ' ed en o u
Le griot a casse la noix, a present il buvait le jus. Le cceur de Gnoumou etait le passe et le futur cedaient leur place au present, sous l'impulsion de celui-ci. Lavie
a tte in t. So n or gue il , t el le u ne r ivi er e, et ai t m on te e t d ebo rda it s ou s ce tt e pl ui e de devenait l'oubli.
louanges. Les phrases du griot faisaient vibrer tout son etre d'excitation. Pour l'instant, l'existence etait ladanse, en la danse, par la danse,
" Fau ves b lan cs et no ir s, g ran ds e t p et it s, f uy ez la c ol ere d u be : en nem is de t ous Le soleil observa le spectacle jusqu'a la fin de sa course quotidienne. L'horizon
les horizons, de toutes les races, ne posez jamais sur son royaume cheri, sur sa terre se preparait deja a le recevoir en se revetant du manteau pourpre qu'illui avait tisse,
ancestrale, un regard envieux. Pour son trone, votre ceilusurpateur vous perdra, a Bientot dans larneme tenue il disparaitrait,
j am a is ... " Les tam-tams et les balafons resonnerent jusqu'a l'aube, ou le soleil,
Soudain une brume s'eleva, s'etendit avec la rapidite de l'eclair et voulut engloutr paresseusement, se decouvrit, poussa nonchalamment sa porte de nuage, sortit sa
tout l'sprit de Gnoumou en liesse. Ne l'ennuyait-on pas dans son royaume? Le tete, regarda d'un ceilencore bouffi de sommeil autour de lui, avant de commencer
coumandow et ses gardes a chechia rouge, les irnpots, les incessantes disettes qui sa course inutile et necessaire. La danse cessa. On comrnenca a reveiller ceux qui,
f rap pai ent de pui s u n ce rta in t emp s t out es l es f am ill es d u pa ys b wab a, l es r ud es trop abattus par la danse, voulaient s'assoupir au demier moment.
travaux ... les morts. Non! II chassa ce sombre tableau ou son inferiorite etait Les instruments de musique n'emettaient plus que de fausses notes, sous les
peinte horriblement et ou son royaume atrocement petrifie gisait aux pieds du doits malhabiles des jeunes qui s'exercaient.
diable-rouge. II gemit un instant de rage. Mais il se remit a savourer a petites On n'attendait plus que le lever du grand be pour rejoindre qui son uy, qui son
gorgees ce nectar qu' e taient les chaleureuses paroles du griot, qui jugulaient foyer. Les commentaires sur la grande chasse allaient bon train.
presque, sa honte et sa colere. Le probleme du coumandow serait resolu en son Le bourhaha n'eut pas le temps de rnurir et d'eclater en mille vociferations
t emp s. I I n 'y po uva it r ien p ou r l e m ome nt , s e consola-t-il, comme celles de deux ou trois femmes s'accusant mutuellement d'etre la favorite
De ux d es s ept da nse urs s e de ta ch ere nt du g rou pe e t d ans ere nt ve rs l e b e. A un de l'epoux cheri. Le timbowni des ancetres annonca le be. Tout le monde s'assit.
signe du vieux joueur de balafon Dakuo, ils se jeterent a terre. Les musiciens II apparut dans sa tenue de toujours. Tam-tams et griots s'executerent. Apres les
jouerent la danse de l'hippopotame. Les deux danseurs, dans une impeccable avoir ecoutes un instant, le be leva son baton de commandement et tout fut a
r ept at ion , r no ntr er en t l e r oi d es ea ux, b al anc ant s a lo ur de ma sse su r s es co ur te s nouveau silence.
pattes, avant de sevautrer dans lavase. Tous les autres groupes arreterent de danser - Une fois de plus je vous felicite. Retoumez chez vous et preparez comme je
et vinrent voir ce qui interessait tant leur be. Les deux hippopotames redoublerent vous l'ai deja dit, Iegrand jour de l'annee.
d'ardeur. Au rythme d'une flute, ils fouillaient la vase de leur groin, avant de se C ett e a nn ee, vo tr e b e a a dop te u ne s tr at egi e p our v ous al le ge r I e l our d f ar de au
r edr es se r l 'in st an t d 'ap res e t d onn er de s c ou ps d e l ang ues d e g auc he a d ro it e, en q ue vo us e te s c on dar nn es a p or te r, de pui s q ue l e d iab le - r ou ge, le na ss ar a, n ous
gesticulant de la tete. Un hurlement d'admiration salua cet exploit. impose la force de sa poitrine.
Les musiciens jouerent ladanse du lievre, danse assez rapide qui permit aux deux Vous savez qu'avec les mauvaises recoltes que nous connaissons depuis plus de
heros du jour de rejoindre lemilieu de l'aire de danse, c in q an s, a c au se d es a vor te me nt s d e no s c ha mp s, n ou s n ous a tt iro ns l es f oud res
L a b e l ev a s a c an ne e t t out f ut s il en ce. des gardes-forgos a chechia rouge.
"Je suis content de vous tous. Que les ancetres vous benissent et fassent de vous Tous les vieux ici presents et votre be ont rnurement reflechi et ont constate que
des braves parmi les braves. Les rejouissances continueront, comme les coutumes l e m al le p lu s g ra nd qu i 110US f rap pe , c e n 'e st n i l a p er te de n os r ic he sse s n i r ne me l a
l'exigent, jusqu'a demain. Tout le monde mangera ici ce soir. Pas de bagarres ou de mo rt d e n os v ai ll an ts h er os ( gue rr ie rs ). C 'e st b ien p lu s. C 'e st l a mo rt d 'un e a rn e,
disputes inutiles" celle qui est en chacun de nous, notre bwaba interieur dont nous sommes les
ecorces,

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Un pe up le p eut v ivr e p en da nt d es a nn ee s a us si n om br eu se s q ue l es et oi les du Le c ce ur d e Da ku o S ou ra b on di t c om me s 'il a lla it qu it ter s a po it ri ne . S on f re re


ciel en perdant tout son betail, toutes ses richesses. Mais son arret de mort est arne Bognini plus emu que lui se couvrait deja la tete de terre. L'ernotion faisait
signe, s'il vient a perdre son ame. Les vieux savent ce que c'est que l'ame d'un n ag er l e v ie ux j oue ur de b al af on Da ku o. I I a va it j ou e l a v ei ll e c omm e u n p oss ed e.
p eu pl e. A v ous j eu ne s q ui v ou s de ma nd ez qu 'e ll e e st c et te am e d ont p arl e v ot re b e, C'etait lui qui avait pousse ses deux fils a se surpasser. Etait-ce une mauvaise
je dis ceci : c'est elle qui nous rassemble ici,c'est sous ses ordres qae vous respectez c hos e? L e be l ui -r ne rne n' ava it -i l p as p ro mi s u ne b el le r ec om pe ns e au me il leu r
tout ce qui est sacre, toute votre vie n'est qu'une feuille que son souffle charrie vers danseur? N'avait-il pas releve les deux champions de samain ?
les dieux et les ancetres. Ses deux fils s'etaient jeres aux pieds du be. Un sorcier jaloux de l'exploit pouvait
J e n e v ou s d ira i p as p lus . S ac he z s eu lem ent c ec i : q uan d u n p eu pl e p er d s on a me , f ai re v oi r au be , e n ce ge st e q ui n 'e ta it qu e ce lu i de l a s oum is sio n, u n a ct e d 'a ud ac e,
chaque homme de ce peuple acquiert une ame individuelle nouvelle ; alors la vie de voir un attentat. Car qui ne sait pas qu'on peut tuer un homme avec la terre de ses
ce peuple devient la guerre quotidienne entre ces multiples ames antagonistes qui pas?
s'utilisent et se devorent au besoin, exactement comme lorsque vous semez Ma is I e b e n 'et ai t- il p as l ui -r ne rn e a uss i p ui ss ant q u'u n s orc ie r? D 'a il le ur s l e
b eau co up d e g rai ne s d 'a rac hi de d an s u n r ner ne p oq ue t. C ert ai ns p la nt s vi vr ont grand sorcier du palais veillait sur lui. Le vieux Dakuo se perdaiten conjectures. II
g rac e au x ra ci nes d es a ut re s, qu i r es te ron t t ou t p et it s, et e n d ef ini ti ve , c 'e st t ou t l e v iv ai t l 'u n d e ce s m om ent s p ath et iqu es ou I e c on dam ne a m or t at te nd l e re su lt at d e
p oqu et q ui e n s ouf fr ir a. E t l a r ec ol te s era m au va ise . Ca r a ucu n pl an t n e d onn er a son recours en grace. Un de ces moments ou par une phrase, un seul mot, on vous
bien. en le ve l e b an de au d es y eu x po ur v ou s fa ir e c on sta te r I 'e qu ili br e d e l a b ala nc e de
Lo rs qu 'au s ei n d 'u n p eu pl e, c er tai ns el em en ts t en ten t de vi vr e c omm e Z ou ri l a votre vie avec ses deux plateaux: bonheur et malheur.
chenille ou Zouanga la mouche, ce peuple est condarnne a mort tot ou tard. Ce - L e v ie ux D aku o a f ai t d e v ous d 'e xce ll ent s da ns eu rs , d it c al me me nt I e b e au x
peuple n'a de destin que la disparition. deux danseurs. Quand il avait votre age, il faisait mieux ... Que voulez-vous, dit-il
A pa rt ir d e ce tt e a nn ee , p as un se ul b wab a n e r ec ev ra p lus u n s eu l c oup d e f ou et r ev eu r ; qu an d un e h ac he c ou pe a me rv eil le , e ll e n e f ai t p as m ie ux qu e la p re mi er e
a cause des irnpots. Car il n'y aura qu'un seul impot pour tout le pays. Et s'il n'est qui a coupe le bois avec lequelle forgeron fit le charbon pour la forger.
pas paye, c'est tout le pays qui subira les consequences. Tous les bwaba seront C el a di t, j 'a i d eci de de vo us re co mp en se r. S ou ra , o n m' a i nfo rm e q u'u ne f ois t u
tortures. Parce que pour Ie nassara-rouge, nous ne sommes que des choses-noires- as cause avec rna fille Botoni a la riviere pendant qu'elle lavait son linge. Selon mon
pour-Ie-travail. Nous ne lui donnerons plus l'occasion de maltraiter notre peuple. informateur, tous les nenuphars s'ouvrirent ce jour-la sous la chaleur de ton regard.
Un hurlement retentit. Soura, au paroxysme de l'emotion, balbutia des mots inintelligibles, d'une voix
"Le sage a parle l cria legriot. C'est lavoix de la sagesse ! " sans timbre. Le be et les autres vieux s'esclafferent.
- Pour ce faire, il y aura un champ commun de sesame. II y aura un seul tas de - Le v oi la m ue t, f it I e b e. V rai o u fa ux , j e t e l a d on ne e n m ar ia ge.
n oi x d e k ar it e d an s m on p al ai s i ci .P our l es tr av au x d an s l es l oi nt ain s p ay s d' ou o n La tete baissee, les jambes soigneusement repliees, les yeux rives au sol comme
ne r ev ie nt p as , no us fe ro ns c omm e pa r I e p as se : n ous do nn er on s d es e sc la ves a l a s'il essayait d'y voir en profondeur, le cceur battant comme un tambour sous les
p lac e d e n os je un es . V ou s s av ez q ue j 'a i d on ne t ou s l es e scl av es du p al ais , d on e il doigts d'un griot atteint des spasmes que donne une victoire ecrasante sur des
n ou s fa ut e n c he rch er . V er s I e s ud , m' a- t- on a ff ir me , i l y a un gr an d s or ci er t out de ennemis redoutables, Dakuo Soura, a travers des bourdonnements d'oreille, croyait
blanc vetu, un de ces fous qui passent Ie temps a cogner leur front contre Ie sol et e nt en dr e c omm e d ans u n r eve , s on b e l ui d onn er s a f il le B ot on i en m ar ia ge . I I f ut
qui ne sont jamais fatigues d'admirer leurs mains comme si elles leur sont toujours ramene sur terre par les griots et leurs tam-tams.
inconnues. - E t t oi Bo gn ini , qu i v eu x- tu c omm e e pou se ?
Tout Iemonde eclata de rire. Bognini resta bouche cousue. Qui allait-ilnommer ? II Y avait pourtant beaucoup
- Ce fou done, vendrait des esclaves. Pour un homme ildemande vingt moutons de filles dans Ie palais du be. Attention au piege, pensa-t-il. Le be, pour confirmer
ou deux bceufs. J'ai deja conclu avec lui un marche de dix hommes. l es d ire s d 'u n me nt eu r, n e v ou la it -i l p as l es a ccu se r de t ro p jo ue r a ve c s es f il les ?
Cette annee tout Iemonde fileraIe coton, les hommes comme les femmes. Nous "Restons vigilants", se conseilla-t-il.
ferons des bandes de cotonnade que nous vendrons a Boilgapour avoir des bceufs. - Comme tu n'en vois aucune, jevais t'aider.
J eunes bwaba, nous comptons beaucoup sur votre ardeur au travail, votre Des rires fuserent,
c our ag e, v otr e s ens de l 'ho nn eu r e t d e l a r es po ns ab ili te . N ou s c om pt on s s ur v ot re - Puisque tu n'a pas de choix . .. je te donne Yampa, dit Ie be. Maintenant,
ame bwaba. v en on s a ux c hos es se ri eus es , p ou rs ui vit -i l. B ien av an t vo tr e da ns e, mo n gr an d
J e c on vo qu e d an s mo n p al ai s le s d eu x j eu ne s d ans eu rs d e l a f am il le D ak uo qu i sorcier avait choisi votre famille pour les missions importantes de tout mon
ont tres bien danse hier. royaume cette annee. [e me suis laisse dire qu'au combat vous avez la force du lion,

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l a s oup les se du ch at , e t m ieu x e nco re, l a r us e d u L aba , ce t o is ea u q ui jo ue c haq ue


fois au blesse pour egarer ses poursuivants.
Toi Soura, tu iras a koud6g6 annoncer au coumandow, la date de-Ja grande
chasse. La route est dangereuse, fauves et ennemis peuvent surgir a tout moment. Le v is ag e ma rqu e de c es t ra it s q ue s eu le s s av en t t ra ce r l 'an goi ss e e t l a r ni se re ,
D es qu e tu au ras r emp li t a mi ss io n, r evi en s; e t su rt ou t o bs erv e b ie n t out c e q ue t u l'esprit toujours dans les brumes de l'incertitude, Ie vieux Dakuo, face a lagrande
verras la-bas, pour nous faire un compte-rendu detaille. porte du palais, attendait le retour de ses fils. Quand ils aparurent, ils lui arracherent
Bognini dirigera des demain le groupe qui ira prendre les esclaves chez le fou en d 'u n s eu l c oup I e l ou rd f ai x qu e p or ta it de pui s ce ma ti n so n e spr it , p ar l eur s r ir es a
blanc. Tu conduiras ton groupe a Boilga. Vous y acheterez de la kola, du sel, de gorge deployee, leur empressement a rejoindre leur domicile. II se porta a leur
l'argile jaune pour la poudre de nos fusils et de nouveaux fusils. Tu vendras rencontre, les bombardant sans repit de questions. IIvoulait tout savoir a la fois.
quarante-sept rouleaux de bandes de cotonnade. Comme tu le constates, ta mission - P er e, sa m aj es te , pa r l es d ie ux ex hau ss an t n os p ri er es, n ous a do nne a c hac un
est d'une importance capitale. Vingt cavaliers te serviront d'escorte pour decourager de nous une femme", dit Soura dans une jubilation des plus dernentielles.
les eventuels pillards. A c es mo ts , l e v ie ux D aku o, a ve c d es p as q u'i l n 'eu t q u'a s es vi ng t a ns, re gag na
R en tr ez c hez v ou s e t p rep ar ez vo s m is si on s qu i c omm enc ent de s ce t i ns ta nt . sa maison ou on entendit des coqs sonner l'alarme et des poules jeter des cris de
S our a v oy age ra s eul , p our e vi te r q ue l es f or go s ne r et ie nn ent d es j eun es p our l es detresse. Dakuo remerciait deja les ancetres. Ce n'etait que remerciements habituels,
travaux forces. ilverra plus tard ce qu'il pourrait faire de plus comme offrande.
B og ni ni e xpl iq ua a s on p er e l 'i mpo rt an ce d e l eur m iss io n p en da nt q ue So ur a
s'acharnait a preparer son voyage.
De ux j eu nes fi ll es et d eu x i mpo rt an tes mi ss ion s a s es d eu x fi ls ! V rai men t l es
ancetres veillaient sur lui.
- Mes enfants, Ie be nous fait honneur. Tout Ie pays va nous juger. Je ne
supporterai pas un echec de l'un de vous. IIy a plusieurs manieres de reussir, mais il
n' y a q u'u ne se ul e r na nie re d 'e ch ou er. Ce t e ch ec, q u' il s oi t d u cu lt iva te ur d ans s on
c ha mp , du g uer ri er su r l e c ha mp d e b at ai ll e, e tc ., e st l a t ra du ct ion o n n e p eu t p lus
exacte du manque de courage; cet echec est la consecration de la Iachete.. . Mes
enfants, n'en parlons pas. Tous les dieux seront avec vous.

Le soleil, dans sa course folle, perdait un peu haleine; on sentait son


essoufflement.
Une outre pleine de farine de mil sur l'epaule, un carquois de trente fleches
ernpoisonnees en bandouliere, un arc tendu a la maim avec deux fleches pour parer
a to ut e e ven tu al it e, u n l on g c out ea u f ix e a u ne la ni er e d e c ui r s erv ant de c ei nt ur e a
un cache-sexe tout neuf, Dakuo Soura entama son long voyage de plus de deux
cents kilometres.
I I pe ns ai t B ot on i, r es on nai t B ot on i et ne v oya it q ue B oto ni . II l 'a vai t t ou jou rs
aimee, ill'aimait ce jour-la mieux que laveille et certainement moins que le
lendemain. Ses nuits avaient ere et etaient Botoni. II se la representait chaque fois
s ur sa n att e, s ous so n co rp s, a ve c s es s ei ns nu s, mo us et d ur s, s es c uis se s f us el ee s,
s a t et e a ux na tt es en sor ce la nt es ; e t d 'un e m ain t re mb lan te i l p al pa it l es mu lt ipl es
perles autour de ses reins.
Une nuit elle vint l'inviter a la baignade, elle etait nue. Le beau corps luis ant
alluma Ie feu en lui. Quand elle s'apercut qu'il tremblait, elle s'esclaffa, montrant ses
belles dents taillees qui acheverent d'abattre ses quelques velleites de resistance.

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I l l a s ui vi t e t i ls p lon ge ren t e ns em bl e d an s l' ea u. I l s ent it l a do uc eur d e c e c or ps Il e ca rt a l es f eu il le s q ui l e m as qu ai ent et l a f or me s e p re ci sa. L a s il ho uet te d 'un
masse au beurre de karite et frernit comme jamais il ne l'avait animal se dessina. Il ecarquilla les yeux cornme il le put, mais il n'arrivait pas a
fait. Mais ils ne purent continuer car des femmes venaient puiser de l'eau. Ils reconnaitre l'animal.
sortirent precipitamrnent et chacun s'enfuit de son cote. A son reveil, il se trouvait La forme allaloin. Soura resta toujours immobile sur ses branches. Il jugeait plus
hors de sa natte et bien mouille : il avait renverse la cruche et toute la case etait prudent d'y demeurer jusqu'a l'aube.
inondee. I l e ut ra is on: l a fo rm e ne ta rd a p as a r ev en ir ve rs s on a rbr e. E ll e s 'a ssi t a p ei ne a
I l a va it pa rl e au x m ane s d e se s an ce tre s. I ll eu r a va it pr om is un e c he vr e e t t roi s cinq metres de l'arbre. IlI'observa attentivement et sut que l'animallui faisait face.
poulets s"ils l'aidaient a posseder cette deesse de son cceur et ce fantorne de ses Il glissa une fleche a s on a rc. S a m ain g au ch e, t el u n s er pen t, s e f au ft la a t ra ver s
nuits. Ils l'avaient entendu, et avaient exhausse ses prieres. Il verrait ce qu'il pourrait I e f eu ill ag e et d ega ge a u ne v oi e p ou r l a fl ec he. P ou r u ne d er ni ere fo is i l s 'a ss ur a de
ajouter a ses promesses apres son retour. Pour le moment il fallait arriver a son equilibre. Son pouce et son index se refermerent sur Ie penne et la corde de
destination. l'arc. Il se raidit. Tous ses muscles se contracterent. Il visa et lacha la fleche.
I l v ou dr ai t e tr e ve nt o u oi se au. I l v ou dr ai t q ue t ou t se b ou sc ul at et qu e l e t em ps L'ombre repondit par un grognement sourd en s'enfuyant. Il sut que c'etait un lion.
ne rut plus qu'un simple morceau de fer; il couperait la partie rouillee et inutile Il avait certainement Haire ses traces et les avait perdues sous cet arbre. Il
d an s s a fo rg e et n e c on se rv era it q ue l a b on ne p ar tie . Ad ie u c has se , a die u v oya ge , reviendrait car Ielion detale quand on le surprend, mais sa frayeur ephernere passee,
adieu coumandow. Vive son mariage, vivent ses doux instants avec Botoni. ilrevient pour combattre.
I l l a v oy ai t d ej a e cra sa nt a ux m eu le s d u u y, l e m il ou l e fo ni o a vec l es que ls e ll e Des rugissements tonnaient sous l'arbre.
ferait des gateaux succulents qu'elle lui offrirait avec son sourire enchanteur, chaque L e l io n s 'at ta qu a a l 'a rb re . A c ha cu n d e s es s aut s, i l t om ba it u ne pl ui e d 'e co rc es
fois qu'il rentrerait tout epuise des champs. s ec he s. So n e nn em i e tai t d an s ce t a rb re . A q ue ll e h au te ur ? I l n e Ie s av ai t p as . T ou t
Dans ses reveries il n'apercut pas le soleil se cachant a l'horizon. Le ricanement c e q u'i l s av ai t, c 'e ta it qu 'u n f eu br ul ai t e n lu i. To ut s on e tr e s e co ns uma it . I l a va it
d 'u ne h ye ne l e t ir a d e l 'un iv ers d e s es c hi me res e t l e ra me na a l a re al it e, l 'i nvi ta nt mal, mal comme ilne l'avait jamais eu.
ainsi a considerer le temps. La nuit venait d'installer rapidement son royaume. Il redoubla d'effort a l a s eu le pe ns ee de po uv oi r p un ir c el ui qu i lu i a va iy je te c e
La brousse etait devenue l'empire de ces betes "peureuses" qui n'attendaient que m al a tr oc em en t p la nt e d an s s on e pa ule . S es ru gi ss em en ts se f ir ent d e p lus e n pl us
lanuit pour sortir et hurler. sourds, se transformant en plaintes lugubres. Ses forces commenc,:aient a Ietrahir. Il
C' et ai t l a t ro is ie me f oi s q u' il al la it a K ou do ug ou . Il y a vai t t ra ns po rt e a c ha qu e le constata douloureusernent.
p ass sa ge d es ga rd es f or gos a Ho un de, l es mu lt ip les c ad eau x q u' on l eur o ff ra it . I l No n! ,i l ne m ou rr ait p as . I l ca ss a l a f lec he d 'un s eu l c ou p d e c ro c, r ec ul a a d eu x
connaissait ce chemin comme celui qu'il empruntait pour aller au champ ou au m et re s d e l 'a rb re, s e r ama ss a s ur l ui -rn er ne, t ou s l es mu sc les t en dus . D 'u n u lt ime
marigot. bond il s'elanca sur l'arbre. Cette fois ilatteignit les feuilles.
Allait-il continuer sa marche ou grimper dans un arbre pour passer la nuit et M ai s S ou ra n e s 'i nq ui eta it p as. I l e ta it t re s l oi n du s ol .L e W in n e pu t r ee di te r s on
attendre Ie jour? Il decida de continuer sa marche jusqu'a l'heure ou les genies exploit. Une bave compacte, presque en caillots, obstruait sagorge. Ses poumons se
" co mm en ce nt l eur ma rc he" , c ett e h eu re o u t ou t e st s il en ce e n b ro us se c omm e a u vidaient de tout leur air. La soif brulait sa poitrine. Il rampa peniblement vers Ie
village. pied de l'arbre, voulut s'aider du tronc pour se relever. Toutes ses tentatives furent
Rien ne pouvait Ie surprendre, car lanuit, l'echo trahit les plus discrets. Un hibou vaines, ilne reussit pas a se redresser.
se mit a hululer. Mauvais signe, pensa-t-il. Quand un hibou voit une arne en danger I l re po sa l ou rd em en t sa t ete s ur u ne r ac in e ex te ri eu re d e l 'a rb re. L e f eu d e so n

de mort, ilhulule, lui avait-on appris depuis sa tendre enfance. corps s'activait. Ce brasier interieur s'intensifiait, atrocement.
Des oiseaux nocturnes s'envolerent dans un criaillement assourdissant. Par leurs Qu an d u n c ou ran t d 'a ir l ui a pp or ta l a f ra ic heu r d e l a n ui t, i l se ra pp ela l a v i e. S a
cris ildetermina leur espece. Il frisonna quand ilpensa que cette espece ne dormait tete se souleva et retomba imrnediatement sur la racine.
jamais sur les arbres mais au sol. Quelque chose les faisait fuire ; et ce quelque La vie. Il avait vecu, I l f al lai t q u' il v iv e! I l s e r ap pe la s on p rem ie r g ib ier : u ne
chose peut-etre le suivait. Il grimpa rapidement dans un arbre, s'installa entre deux a nti lo pe b le sse e q ui , p ou r e ch ap pe r au x ch as seu rs e t a l eu rs c hi ens , av ai t t ro uve
grosses branches. refuge dans leur taniere.
La nuit avait allurne des etoiles et des etoiles mais elle demeurait obscure. Soura S es p are nt s et ai en t pa rr is a la chasse. Instinctivement il avait bondi et ses
n 'a tte nd it p as l ong te mp s. Un e fo rm e p lu s no ir e q ue l a n ui t s ui vai t s es t ra ce s. E ll e machoires encore freles s'etaient refermees sur la gorge de la bete blessee. Le jet du
vint vers l'arbre ou iletait monte. sang chaud l'avait enhardi et ils'accrochait au cou de savictime

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L'antilope deja affaiblie s'etait affalee, II venait de reussir la ou ses parents s'etait-il couche que sa Botoni quitta son esprit. II s'endormit d'un sommeil profond
cchouaieht souvent. II but ce bon sang tout chaud. Ahaa! jamais sang ne fut si jusqu'au petit matin.
chaud et si bon. Et depuis ce jour, que de sang avait coule l Que de vertebres Des que le soleil fut annonce par les tourterelles et d'autres oiseaux, il descendit
cervicales avaient craque sous ses puissantes machoires. Buffles, gazelles, antilopes, d e so n a rbr e, se fr ott a l es ye ux , ma nge a r ap ide me nt la f ari ne q u' il av ai t m ou il le e
bceufs, biches, chevres ... que de carcasses, que de squelehes il avait semes dans la avant de se caucher, observa autour de son arbre pour relever d'eventuelles traces
brousse! de f auv es e t re pri t sa ro ut e e n f red onn ant u n a ir bi en c on nu de s am ou reu x d e ch ez
L a v ie . I I f all ai t qu 'i l c on tin uat a r ug ir , r ug ir p ou r i non der l a br ous se d 'e ff ro i. lui.
R ug ir l es s oir s q ua nd l a s uav e b ri se q ue tr ans pi re la s ava ne i no nde e d e pl ui e ou d e Au soir du septierne jour, par les hurlements exasperants des chiens qui
rosee, remplit et gonfle ses poumons.
Non, il ne mourrait pas! Quand on a vecu comme il l'avait fait, on ne peut se aboyaient
sur la nuit, il sut qu'il avait atteint Boromo. C'etait le plus gros village situe
son parcours.
permettre de mourir sans savoir meme qui vous tue. Qui lui a jete cette grosse I I fa ll ai t qu 'i l d or mit h or s d u vi ll ag e; l a n ui t a yan t d eja i nst al le s on ro yau me , l a
epine ? Etait-ce un de ces gros singes noirs qui habitent les grandes terrnitieres ? legendaire hospitalite etait remise en cause par les rnefaits des voleurs de betail et
Quel etait le gibier dont ilavait flaireles traces? IIne le savait pas. C'etait pour le des enleveurs de femmes et d'enfants. Ces pratiques diaboliques etaient les
savoir qu'il etait venu jusqu'ici, sous cet arbre, cet arbre maudit. consequences des terribles impots reclames par les gardes a chechia rouge du
La vie. II fallait qu'il vive I II essaya de rugir... A-t-il reussi ? Le bourdonnement coumandow.
de ses oreilles I'ernpechait de le constater. Dans certains villages, des consignes severes avaient ete donnees, et des
Non, il ne devait pas mourir! La mort? C'est ce qui arrive aux autres. Les v il la ge ois mo nt aie nt la g ard e l a n ui t v enu e, n 'h esi ta nt p as a l ac her d es fl ech es s ur
autres...les faibles. II devait continuer a regner sur cette savane... Mais il sentait le tout ce qui bougeait.
vide l'envahir, inexorablement. Soura comme toujours s'installa dans un arbre. II ne fut reveille que par les
L a vi e. T out s 'e va por ait d e sa t ete . P ou rqu oi a vai t- il r el eve ce s t rac es c e s oi r ? "paresseux" et leurs cocoricos. II attendit que le soleil se levat et que tout le village
Pourquoi lui et pas un autre? Pourquoi ce coup de vent avait-il souffle pour s'eveillat avant d'y entrer.
apporterr l'odeur de ce gibier du diable? Pourquoi n'avait-il pas ete prudent ce IIalla au grand puits du village rernplir sa gourde. Apres qu'il eut pris sa ration de
soir ? farine, il continua sa route, distribuant avec joie des bonjours a tous ceux qu'il
La pro chaine fois... Peut-etre iln'y aurait pas de prochaine fois, osa-t-il penser : rencontrait. II etait tres content car Koudogo n'etait plus qu'a trois jours de marche.
a lor s d an s c e c as, l es i nso le nt es mo uc he s fo uil le ra ien t i rn pu nem en t s on n ez, s es Bientot le retour, c'est-a- dire Botoni : la fleur de nenuphar,
o re il les , t ou s se s o ri fi ce s co mm e i l l es v oya it f air e s ou ven t av ec l es ca rca ss es d es Je t'invite ala lutte, dit l'un d'eux.
betes qu'il tuait. - Je suis tres presse, repondit-il dans un sourire.
La pro chaine fois... Le vide. Sa queue se souleva peniblernent du sol, s'agita de - II fallait done passer hie, retorqua un autre. Si tu as la frousse, dis- le
g au che a d roi te et r eto mb a, f la squ e, en tre s es pa tte s q ui c or nme nca ien t a s e ra idi r clairement. Nous ne luttons pas avec des herons [Link] sommes des eperviers,
comme tout le reste de son corps. Le vide. Dans un rale prolonge, il poussa un - Inutile de lui causer, dit calmement lU1 troisieme, Ne voyez-vous pas qu'il porte
rugissement a peine perceptible, s'immobilisa. Mort. Le poison de la fleche n'avait un cache-sexe? Or chez eux les femmes s'accoutrent ainsi.
pas pardonne. Tout Iegroupe eclata de rire. Soura resta interdit devant les propos provocateurs.
So ur a mi t un e a utr e f lec he ca lme me nt a s on ar c e t a tte ndi t. Le s r al es p ouv aie nt II ne trouvait rien a dire. IIdevait lutter. Tant pis pour le temps qu'il allaitperdre.
a voi r al er te e le m al e o u l a f em el le d e la b ete qu i, ce rta ine men t, ac cou rr ai t po ur Qu i vi ent l e pr emi er? d em an da- t-i l c al mem en t. L e pl us c os ta ud d u g rou pe se
lutter contre l'eventuel ennemi. d eta cha e t v int l ui s err er l a m ai n. L es au tr es fi re nt u n c erc le a ut our d 'eu x. L e pl us
Jusqu 'au matin, rien ne se manifesta. Soura ne ferma pas l'ceil toute la nuit. jeune du groupe detacha une flute de sa ceinture et semit a chantonner.
Quand le soleil apparut et donna ses ordres a la vie, il descendit de son arbre, Des enfants affluerent de partout. Bienrot des adultes [Link] venaient a
observa lelion raide, coupa saqueue et continua sa route, tous les sens aux aguets. l'invitation de la flute: "Venez voir, venez, jeunes et vieux de Boromo; un mangeur
II n'avait fait qu'une journee de marche, il fallait qu'il continuat rnalgre le de chenilles est venu pour lutter avec vos vaillants f'ills ce matin. Venez car la
sommeil qui l'assommait. II marcha jusqu'au soir ou il prit son temps pour se [ournee s'annonce belle. Nous terrasserons l'etranger et nous lutterons entre
co nfe cti onn er un e c ou che tte d ans u n a rbr e a l 'ai de de br anc hag es , c omm e il a va it nous ..."
appris a le faire pendant la saison des pluies, pour garder les recoltes. A peine

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En peu de temps une immense foule se rassembla. Lutter le matin ? On luttait La foule fondit comme un morceau de beurre de karite dans une marmite
generalement le soir. "C'est l'etranger qui nous a defies, disaient les jeunes ; <;alui chaude.
coutera les osl " "Aiii kai ! f ul mi nai t- on . L e m on de r ec ul e ! U ne s eul e p er so nne t er ras se r sa ns
Soura se demandait pourquoi il n'avait pas fui quand on lui avait propose cette ) bouger, tous les jeunes d'un village ? Alii kat! La societe se degrade 1 P auvres
l ut te . Ma in ten an t c es v is ag es g ra ve s au to ur d e l ui n e f ai sa ie nt qu e l e de vo re r a ve c jeunes! que raconterez-vous a la posterite ? A notre temps, ce deshonneur pouvait
des yeux pleins de dedain et de mepris, Inutile d'essayer de leur dire qu'il n'avait pas entrainer des pendaisons."
sollicite cette lutte. "Ehiii ! Kaiii !Un etranger qui arrive a sournettre tous les jeunes d'un village ala
- II commence a trembler, dit quelqu'un. l oi d e s es mu sc les ? Es t- ce u n re ve ?"
_ N 'a ie p as p eu r, p et it , re pr it u n a ut re ; o n n e t e t er ras se ra q ue c in q f oi s. Les vieux etaient tres mecontents de la perfonnance de leurs jeunes.
- Dis, mangeur de chenilles, ta maman est-elle encore jeune ? - IIm'a surpris en prenant mon orteil, dit un correcteur, plut6t un corrige.
Que venait faire la sa maman ? II reagit immediatement d'un ton grave ou - II fallait ecraser sa main avec ton talon, repondit un spectateur.
flottaient les epaves d'une colere qu'il avait en vain noyee. - S i j e l 'a va is e u p our I e s er rer , i l m e s uf fis ai t ma in t en an t de l ui s ai si r u n p ied e t j e
- Ca te preoccupe ? dit-il rageusement. I e b al an ca is au s ol au ss i f aci le men t q u' un e b ot te d e mil, dit un grand gaillard a la
_Je veux savoir sielle pourra faire un autre petit mangeur de chenilles a ton pere nuque ensanglantee.
au cas ou nous t'abimerions. Figure-toi que nous, ici a Boromo, nous sommes Si... J 'a ll ai s ... I I f al lai t... J 'a ur ai s d u ... To ut B or om o e ta it po ur u n l ong t em ps
conscients que sans vous, les bwaba de Hounde, les chenilles nous envahiraient. approvisionne en sujets de palabre. On en parlerait au rnarche, au champ, partout.
La foule eclata de rire. Soura n'eut pas le temps de repondre : son adversaire O n s e I e r ap pe ll er ai t p ou r s e m oq ue r de s c orr ig es et p eu t- et re p ou r d ir e a c ert ai ns :
l'invitait deja a rejoindre le centre du cercle. "Si vous aviez ete Ia ce jour-la..."
Comme deux lions prets a se battre pour une femelle, les deux lutteurs se Soura etait loin, sa Botoni en tete. II lui racontait deja cette petite scene. "Je
guettaient, s'epiaient, s'analysaient les gestes pour y deceler la petite erreur fatale. s av ai s q ue d an s t ou t B or omo , p er son ne n e po uv ait m e t en ir t et e a us si l on gt emp s
Les pieds frappaient le sol et faisaient semblant de bondir pour obliger l'adverssaire qu'ille faut a la poule pour se decider a avaler Iegrain de mats..."
a passer a l'offensive et l'attendre ainsi de pied ferme. Quand enfm les bras D' ai lle ur s, r ne rn e a u p ay s b wab a, s on in vi nci bi li te a l a lu tt e f ri sa it l a legende,
s 'a cc ro ch ere nt c om me d es gr ap pi ns , c ha cun c he rc ha a s e d ef end re , a a tt aq uer e t a Certains affirrnaient que sa grand-mere l'avait lave Ie premier jour de sa naissance
surprendre. a vec d es i nf us io ns d on t l es p lu s g ra nd es c omp os an te s e ta ien t de s o s d e l ion e t de s
Soura mit un genou a terre. La rapidite du mouvement fit qu'il reussit a entrainer morceaux d'anguille, d'ou sa force et son agilete.
son adversaire dans son elan. II tendit comme un res sort l'autre pied. Et par ce D'autres pretendaient qu'il avait tete une chatte des Ie premier jour de sa
croque-en-jambe spectaculaire, il envoya le lourdeau rouler a deux metres de lui. naissance. Lui par contre croyait que son invincibilite lui venait de ce bracelet qu'il
Silence. Le terrasse se selevait, les epaules basses, la tete baissee, luttant portait depuis dix ans.
serieusernent pour eviter de tomber au croque-en-jambe de la honte. Quand le bracelet etait devenu trop petit pour son poignet, son pere avait tue
Un autre luteur bondit au milieu de l'arene. trois poulets avant de l'enlever pour Iefondre et refaire un autre plus grand. Quand
- Corrige-Ie, hurla quelqu'un. son pere fmit de Ie forger, il Ie laissa trois jours durant dans une marmite pleine
Ce second lutteur se rna comme un buffle sur Soura qui reussit de justesse a d'une decoction de racines et d'ecorces.
l 'e vi te r e t a s ai si r s a ce in tu re a u p ass ag e. I I l e f it p ir oue tt er u n in st ant , a va nt d e l e Au troisierne jour, avant qu'il ne Ie portat, son pere lui avait fait immoler au

mettre sur son dos et de le jeter comme on fait du sac d'arrachide que l'on a mi li eu de la f or ge u n c hie n n oir et u n c oq t ou t b la nc .
l on gt em ps p or te. Le t er ras se fi t u n bo n, e n r eb on di ssa nt a u s ol . S ou ra pr om en a s ur " Ce b ra cel et , l ui a vai t- il d it, e st u n h er it ag e an ce st ra l. L e f er a ve c l eq ue l j e l 'a i
la foul devenue tres nombreuse, un regard des plus defiants. Tout levillageetait lao forge, vient du bracelet de notre grand-pere. Parmi les enfants de mon grand -pere,
Une heure plus tard, apres qu'il a terrasse son huitierne "correcteur", un vieillard mon pere avait ete designe pour le porter. Ensuite ce fut mon tour, maintenant
a rr et a la l ut te et l ui de ma nd a s on n om, o u il a lla it , p our qu oi i l v o yag ea it t out s eu l. c'est Ietien. Souviens-toi, 6 fils, que ce bracelet est l'arne de ta famille.
Qu an d i l a p pr it t ou t d e s a mi ss io n, l e v iei ll ar d l e s omm a de p ou rs ui vr e s a r out e e n Quand Ie temps de tout te dire sur sa puissance viendra, tu Ie sauras; en
lui souhaitant bonne chance. attendant, saches seulment qu'il ne doit pas quitter ton poignet, 6 mon fils. Quelque
_Que les dieux de labrousse t'assistent, ; vaillant bwaba. Je comprends pourquoi grand que soit Iedanger, n'aie pas peur.
tu voyages tout seul, tu es un homme courageux. Le courage vaut a lui seul des Si qu el qu' un t e d ema nd e p ou rqu oi tu I e p or tes , r ep on ds s eul em en t qu e c' es t
armees, bien plus, ilvaut toute une vie. parce que tu es un Dakuo".

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Il se rappelait chaque fois cette phrase: "]e suis un Dakuo. II Soura se decida rapidement, Il fallait qu'il se cachat, Il grimpa lestement dans un
Botoni lui poserait-t-elle un jour cette question sur son bracelet? Elle n'etait pas a rb re t ou ff u. Tr op t ard , l es p et it s si ng es q ui s er va ien t d' ec la ir eu rs l' av ai en t d ej il
effrontee et son education etait parfaite. Elle ne lui demanderait jaimais une chose I apen;:[Link] se mirent a criailler comme des ecorches, Toute la bande s'immobilisa lin
pareille. Elle n'ecouterait que ce qu'illui raconterait. Illui remettrait la queue du lion i ns tan t a va nt d e s e di ri ge r v er s l 'ar br e de S ou ra . Pa s d e d ou te, i l e ta it d ec ou ver t. I I
afm qu'elle en fit cadeau a son oncle comme chasse-mouche; et peu de temps apres, fallait qu'il se defendit. Il prit une bonne position sur les branches et attentit.
quand elle aurait remis le precieux cadeau, elle reviendrait lui raconter les reactions I l e nt end ai t l e g al op de s on co eu r. Il ne f al la it su rt ou t p as l es l ai ss er m on te r, s e
de son oncle qui louerait son courage. conseilla-t-il. La bande encercla l'arbre en se tenant a une distance d'au moins
Pour sur, le be le feliciterait en personne. "Ce n'etait rien, dirait-t-il. Un lion tout q ua ra nte m etr es . Un e ba nd e d e c yno ce pha le s d e c et te e spe ce a t ou jou rs u n c he f.
s eul e st u n d an ge r bi en m oi nd re , S i c 'e ta ie nt d eu x l io ns o u tr oi s, o u me rn e q ua tr e ... C 'e st l e pl us f or t e t l e p lu s d an ge re ux . S our a a e nt en du d ir e q u' il f al la it t ou jo ur s
Le combat! serait rude mais son issue serait toujdurs larneme. Le lion est courageux s'attaquer au chef de la bande.
avec les peureux ..."Et cela serait dit avec un brin d'insouciance que traduirait son Celui de cette bande etait aussi haut qu'un veau de six mois. Deux grosses
sounre. canines qui ne pouvaient plus etre cachees par ses levres, brillaient all soleil et
av er ti ss ai ent l es p lu s au da cie ux e nn em is , d u d ang er q u' il s po uv aie nt e nc ou rir . I l
se mb lai t en e tr e t res f ie r. Ch aq ue f oi s q u' il ou vr ai t l a g ue ul e p ou r t on ner un o rd re ,
line menace ou toute autre sanction, illes exhibait dans un grincement effroyable et
un clabaudage effrayant.
Il etait assis sur son seant aux grosses boules rouges, plaquees comme deux
fenetres hativement fixees par un apprenti-macon devant l'orage qui se preparait,
Tous ses sujets, plus d'une soixantaine, l'observaient, Le signal de l'attaque viendrait
de lui.
L e s ol ei l a u z eni th co nd amn ai t ho mm es e t b et es a l 'o mb re . Pi es e t t ou rte re ll es Le flegme du cynocephale-lion est congenital. D'abord il intimide son adversaire
s'etaient tues, peut-etre exasperees par les crissements assourdissants des cigales par ses aboiernents rauques et effrenes ; suivent ensuite les terrifiants clabaudages
qui, a longueur de journees, n'avaient qu'une et monotone chanson. Pas un souffle q ui a nn on cen t l e c om bat . L e v ai nc u s er t d e jo ue t j us qu 'a ce q ue m or t s 'e n suive,
d'air. La brousse souffrait visiblement. La faim et la soif qui tenaillaient ses La bande n'attendait plus que l'ordre du chef pour se ruer sur l'arbre de Soura.
habitants commandaient un silence des plus absolus. Le chef pourtant fixait attentivement l'arbre depuis son arrivee ; il voulait voir son
E vi dem me nt , p ou r S ou ra , l e t em ps e ta it B oto ni . E ll e e ta it f ra ic he e t d ou ce. I l ennemi avant de l'attaquer.
n ag ea it . M ai s s on ar ne b aig na it d an s c et te b ri se q ue t ra ns pi re la r ivi er e a pr es u ne S our a e n p ro fit a. Un e fl ec he pa rt it , c as sa u ne e pa ul e d u g ros s in ge e t s 'en fo nca
pluie diluvienne. pronfondement dans sa chair.
- Tu perds ton temps, murmura-t-il a l'intention du soleil. Tu cracherais de la Un elephant en barrissant n'aurait pas fait mieux. Le cynocephale se redressa et
braise que je continuerais rna route. comrnenca a envoyer des nuages de poussiere en l'air de ses pattes arriere, signe que
C 'e ta it v ra i, l e f eu n e l ui f ai sai t p as p eu r. N 'e ta it- il p as b ru le c ha que j ou r da ns s a Iecombat ferait bientot rage. Pourtant il se recoucha l'instant d'apres -cornme un
forge par les etincelles ? Pour Botoni il etait pret a affronter un feu de brousse. Il ch ie n a tt en da nt q u' on l ui j et te u n o s.
transpirait a grosses gouttes, mais il se resolut a marcher, et vite, a cause de Botoni, T out e la b and e, de s p lu s p et it s au x pl us g ran ds , e ta it excitee, O n et ai t fin pret,

Botoni ... Eh ! Ma is q u' at ten da it l e ch ef ? Et ai t- ce l a p rem ie re f oi s qu 'i l re ce vai t c es pe ti te s


Des jacassements rauques comme les aboiements d'un chien qui avait la tete l an ce s ? I I e n a va it r ecu c inq p en da nt l a ba ta il le de l 'a nne e d er ni er e, m ais i l n 'a va it
coincee dans un canari le firent sursauter. Ce n'etait certes pas les rugissements d'un souffert que de quelques blessures pendant quelques jours.
l io n o u l es f eu le me nt s d 'u ne pa nt her e, Q ui p ouv ai t b ien em et tr e c es c ri s ? A m oi ns Deux vieilles femelles accoururent, jouant aux docteresses sans pharmacie ; elles
que . .. que . .. Ce n'etait pas les .. . les ... Non, il n'osait y croire. Apres le lion, des voulaient ex tr air e l a f le ch e d e l eur c he f. El le s en r ec ure nt a us si . E t d eja l e rn em e
cynocephales ? s or nm ei l fe rm ait l eu rs y eu x. T out e l a b and e, i mpa ti ent e, s e r as se rnb la au to ur d es
Ce s m ec ha nts a nim au x, t ou jo ur s e n ba nd es, m as sa cr ent d e l a r na ni ere l a p lu s dormeurs,
affreuse les chasseurs solitaires. Ils vous lient les pieds et les mains et avec une tige " ll s s ont c om me b ai gne s d es f ro ide ur s d e l a m o rt , g em it un j eu ne ad ol esc en t au
epineuse, ils vous font sortir tous les organes par l'anus, racontait-on a leur sujet. museau noir, Sont-ils plonges dans le sommeil eternel ?" Personae ne repondit, Ils
t!I'aient pourtant bien morts. De minces filets de sang noir coulaient de leurs

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narines. Un silence total comrnenca a s'installer, rompu de temps en temps par les Cont ouma nt l e v ill age il pa ssa ina percu, Merri e les quelque s chi ens att ardes da ns
" wo ur a wo ur a" q ue f ai sa ie nt l es d oi gt s su r l es b as -v en tr es . la brousse qui aboyerent a sa vue avant de s'enfuir, n'attirerent pas l'attention sur
Que dir e, q ue fai re sans le che f dans une te lle situa tion ? lui.
La reponse vint de l'arbre. Soura profita des hesitations des cynocephales et La nuit avait tout couvert de son epais manteau noir. Les innombrables etoiles
env oya avec une ra pidi te derout ante , fle ches sur fl eche s da ns le ta s. q u' el le a va it a ll ur ne es e ti nc el ai en t d an s I e c ie l. P eu t- et re d an sa ie nt -e ll es, o u f ai sa ie nt -
"Malheur aux retardataires !" cria une femelle qui venait d'accrocher son petit a e ll es l eu r ma rc he , p en sa So ur a.
son ventre. On disait qu'il y a autant d'etoiles dans Ie ciel que d'hommes sur la terre. Quand
Une deba ndade s'eng agea . Des pet its fure nt o ublie s et a bandonne s a le ur propre on voit une e toil e fil er et s'ete indre , cel ui ou c el Ie qu'ell e inc ame meurt.
sort. Chacun allait la ou il voulait, on ferait le point de la situation le lendemain. Soura leva la tete et scruta attentivement le ciel. Laquelle etait son etoile? 11 vit
Les urines se melerent aux excrements, les cris de raliement aux plaintes. Le temps deux etoiles qui etaient presque collees. Pas de doute, c'etait Botoni et lui. Elles
et ai t a la vi e. ctaient bien mignones et elles semblaient mieux danser que les autres. La plus
Soura de scendi t ca lme me nt de son arbre, perdi t un t emps, pour l ui t res preci eux, g ro ss e, c 'e ta it l ui , l a p lu s p et it e, l a p lu s j ol ie , l a p lu s d an sa nt e . .. e ta it B ot an i.
p ou r a rr ac he r l es f le ch es d es s in ge s mo rt s. Botoni ... Merrie dans le ciel elle etait incomparable. Quel charme, quelle
"Botoni, Botoni ..." douceur! Et sa voix capable de calmer un orage! Et son regard capable d'eteindre
II se rendit compte qu'il l'appelait a haute voix. II eut honte. Si quelqu'un lin feu de brousse ! Et, et ... elle-meme] Le grand Dieu aurait dli se servir de son
l'entendait, il se moquerait de lui; et on presagerait qu'il ne serait pas "un homme de moule pour fabriquer les autres femmes. Que la terre aurait ete alors un paradis!
maison". On dirait que sa femme portait son cache-sexe. Sa reputation de tueur de Que la vie aurait ete belle, belle a vivre !
l io ns n e s au ra it p al li er u n t el d ef au t. Pourquoi l es et oil es d isparai sse nt-el les l e j our? re va-t-i l. Chacun son roya ume ,
Parler par la bouche de sa femme est tres l ourd de consequen ces pour la fa mil le sa prosperite, ses biens peut-etre : le jour avec son soleil, sa gaiete. La nuit avec sa
comme p our la soc ie te t out e ntie re. Qua nd il sera it vie ux il ne se ra j ama is con si dere rare lune e t ses et oile s et ...
comme un homme de paroles mures, Chaque fois qu'il commencerait a parler, on Deux enormes masses noires surgies de l'obscurite l'arracherent a ce
murmurerait : "Voila ce que lui a dit sa femme ! " raisonne ment oni rique . Un cri st rident dec hira la nuit , prornen e par l 'e cho, aid e par
Or, comme il l'a appris de la sagesse des anciens, une femme n'a pas de la quietude de la nuit. Sa gorge se noua.
c ar ac te re , e ll e n 'e st j ama is q ue lq ue c ho se d 'e xa ct . El le e st u n p er pe tu el c ha ng eme nt . "L es c ol li ne s, l es c ol li ne s", b al bu ti a- t- il . Q ue l s ac ri le ge ! C es l ie ux e ta ie nt a p ei ne
"La femme c'est le nobere, cette chenille au cocon tres dur qui blesse It d eux-ce nts me tres de lui .
mortellement tous ceux qui marchent sur elle et qui se metamorphose en un tres 11voulut s'e nfuir mai s t rop ta rd, ses jambes re fusa ient de bou ger. Tel les des ti ges
jol i pa pil lon ", lui di sa it c haque foi s son pere . de mil, elles ployaient sous le poids qu'etait devenu son corps. Elles ployaient
"La femme c'est l'eau ! lui disait sa mere. Elle donne la vie, elle desaltere, elle irremediablement, Un froid subit tenaillait tout son etre et l'empechait d'arreter la
vient des entrailles de la terre et du ciel. On s'y noie aussi mon fils. Quand tu auras course de ses rnachoires,
ta fe mme , ne c omme ts jamais l 'erreur d e di re que tu l a con nais", ac hevai t-el le. II a vait , tre s a bso rbe pa r des re flexi ons futi les, o ublie l 'e xisten ce des col line s. 11
Mais Soura ne voyait pas comment une femme pouvait l'influencer. D'ailleurs voulut demander des excuses. Trop tard, tout se brouillait. Des genies
Botoni ne serait pas comme les autres femmes. Elle sera l'exception qui s'a ttroupa ie nt de ja tout autou r de l ui. De s ge nies de tout es les t ail les. I1 s parla ie nt un
confirrmerait la regle. Rien qu'a la voir sourire, on ne pouvait se tromper. Elle langage inaudible pour lui. Le vertige. II tomba sur un genie assis devant lui et ne

n'etait pas comme les autres femmes qui ennuyaient leurs maris par de Slitplus rien.
sempite mel le s dispute s. Botoni n'a vai t pa s l'all ure d'une insupporta ble. "Un pie d de
rnais se reconnait a sa tige", s'encouragea-t-il. Avec un corps aussi bien fait et un
visage doux comme un soleil d'un soir de pluie ... Non! Botoni ne serait pas
c om me l es a ut re s f emme s.
Le problerne du moment etait le voyage. Au retour ... Ahaa ... le retour! Vive le
retour! Le soleil paraitrait bientot, Cette lueur rougeatre a l'horizon l'annoncait. Les
Ce matin il avait espere dormir apres Godin, mais sa journee avait ete tres rouc oulerne nts des tourte rel les a col lie r sa luant Ie jour na issant, reve il lere nt Soura
mouve rnent ee, II ava it a insi perdu un temps pre cie ux. II cant inue rait rnalg re la nuit . qui se remit a hurler; puis avec un effort soutenu, il se calma. 11 faisait deja jour, les
genies devaient reioindre leur demeure.

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II s e l eva d u b ui ss on su r l equ el i l et ai t t or nb e, r ama ss a s es fl ec hes e pa rse s qu 'i l membres, avec une petite pioche qu'il soulevait et laissait tomber par intermittence,
fourra dans son carquois, retrouva son arc a plus de dix metres de lui. Safarine etait Ie bechait, II devait etre sourd ou tres dur d'oreille car il ne l'entendit pas entrer
repandue sur les feuilles du buisson mais iln'osait y toucher. C'etait bien la part des dans un froissemert de tiges seches.
genies qui, ne voulant lui faire aucun mal, avaient goute a sa farine. II salua a plusieus reprises mais Ievieillard rnaintenait son mutisme. Pourquoi ciel
Une souche se dressait au milieu du buisson, c'etait surernent elle qui l'avait laisser travailler un tel vieillard, a cet age, sous ce soleil brulant ? Comme les mossi
pique car ilsaignait au flanc gauche. Avec quelques feuilles ilcolmata le trou de son ctaient sans cceur ! Ou etaient-ils ? Etait-ce possible qu'ils dorment a cette heure de
outre et reprit son chemin apres s'etre assure qu'il n'avait rien oublie en ces lieux ou la journee ? Ces paresseux !
il avait failliperdre sa vie et sa gracieuse Botoni. Le s ur sa ut d u v ie ill ar d, q ui ve na it d e l 'ap er ce vo ir, l e t ir a d e s es r ev er ies I I a va it
I I p ri t s on c our ag e a de ux ma in s e t p as sa e nt re l es d eux c ol li ne s. I I s e mo ri gen a laisse choir sa pioche et tremblait comme une feuille. Sa tete rernuait cornme si
d'avoir trop pense a Botoni. Desornais, il songerait moins a elle. Ne lui avait-on pas s ou dai n s on c ou n e po uv ai t p lu s l e su pp or te r. I I v ou lut c ri er o u d ire qu el que c ho se
t ou jou rs c on se il le d e n e ja ma is c omp te r l es j ou rs l or sq u'i l y a vai t un e ve ne rn ent mais seul un leger grognement reussit a s'echapper der ses levres dansantes. Soura
important en vue, tels les jours de fete ? Les esprits jaloux pouvaient vous tuer lui tendit une main qu'il serra en promenant sur lui un regard rnefiant, de ses orteils
avant la date prevue. it sa tete. IIessaya de dire quelque chose, mais nouvel echec.
L'emotion chasse la faim. Soura n'avait pas mange depuis la veille, mais iln'avait Soura ramassa la pioche et se mit a cultiver. Le vieillard, toujours ahuri,
p as f ai m. I I a vai t f ai ll i p er dr e la v ie en v iol an t c es l ieu x t ab ou s. II n e f al la it p lus y l'observait, immobile. D'ou venait cet homme? Etait-ce un prisonnier en fuite? Ce
penser. q ui e ta it s ur , c 'e ta it q u'i l n e l ui v ou la it pa s de m al , s in on i l a ura it p u I 'ab at tre a van t
OUdevait etre son Frere Bognini ? pensa-il. Avait-il lui aussi eu des problernes? q u'i l ne le su r. I nut il e d e l ui ad re sse r u n mo t; av ec s es c ic at ric es , il sa va it de ja q u' il
Et son pere qui devait vivre dans l'anxiete absolue. Quel devin n'allait-il pas n'etait pas de la region.
consulter pour assurer le succes de ses enfants. Pour quelle raison etait-il ici ce matin ? OUavait-il passe lanuit?
Que devait faire en cemoment sa Botoni? ..Il lachassa illicode son esprit Le vieux aurait voulu crier au secours ou tout au plus avoir une troisierne
Le soleil dardait tous ses rayons et soumettait tout a sa volonte de feu, mais presence, une espece de ternoin ou de protecteur, mais helas, iln'avait plus de voix
Soura continuait samarche. Ala tornbee de la nuit, ilne lui restait qu'une dizaine de pour crier et merne s'il reussissait a crier, qui viendrait?
kilometres. Mur de sa recente experience, il s'arreta et dormiit d'un sommeil Tout ce qu'il pouvait, c'etait s'en remettre a la volonte des dieux; eux seuls
profond aussitot sa couchette bien installee dans les branchages. connaissaient les intentions de cet etranger et pourraient jeter une eau froide sur la
Le matin il ne se pressa pas de quitter sa couchette, il avait tout son temps. De Hamme de son cceur, s'il etait anirne de mauvaises intentions.
loin, il contempla les toits des cases du village Sambisgo qui lui apparurent COmme S ou ra r et our na t ou t l e j ard in , I 'a rr osa a pr es l 'a vo ir f ume a ve c de s c ro tt es d 'a ne
des charognards prenant difficilement l'air, apres avoir assiste a I'enterrement d'un qu e I e v ie ux av ai t a ma ss ee s. Q uan d i l e ut t ou t f mi , il v int se rr er de no uv ea u l a m ai n
elephant. till vieillard en souriant.
I I n 'a va it p as do rm i t re s l oin du vi ll age , p ou rta nt a ucu n b rui t n 'a vai t r eve le u ne "Coumandow, coumandow", repeta-il en mettant une main sur sa poitrine et en
p res en ce h uma in e, p as u n a bo ie me nt d e c hie n o u un c oup d e pi lo n. T out a va it e te indiquant la direction de Koudogo. II sortit du jardin et continua son chemin.
c~me. Sasurprise fut plus grande encore quand ilarriva au [Link] une arne qui Pourquoi ne rencontrait-il personne ? Les battues peut-etre ? Une guerre ? Mais
vrve, c on tr e q ui ? ..E t l es f emm es? El le s a u m oi ns d ev ai ent e tr e la, L e cc eu r a u g alo p, i l
I I p as sa e nt re pl us ieu rs p ot ag er s. J et an t d es co up s d 'c ei l f ur tif s p ar -de ss us l es cntra dans un Koudogo tout silencieux.

clotures
aubergines, en Iegombo,
tige de mil, il constata
les melons qu'il
...tous n'y avait
avaient erie depassoif,
un tous
seul avaient
legumesollicite
vert. Les un Lesdegrandes
blanc casesbrillaient
leur toiture blanchesaudu coumandow
soleil lui apparurent.
et aveuglaient Les nattes
les yeux lorsqu'on en fer
les regardait
secours du ciel car les hommes les avaient abandonnes. Ils avaient pleure, ils avaient pendant longtemps. II avait fallu de grandes forges pour faire ces nattes, pensa-t-il.
a go ni se, e t d ans un c om a g en er al i ls av ai en t j au ni . A pr es ent , s eu ls d es s qu el et te s I)ans Iepays des nassaramba-rouges, tout devaitt etre blanc: les habits, les rnaisons,
jonchaient les planches dans les jardins. l os p eti ts p ani er s q u'i ls p ort ai ent co mme co uv re- ch ef , l es a ni ma ux ... r ne me l es
En pays bwaba, les mossi etaient reputes etre de grands paresseux. Mais dabas,
pourquoi laisser crever tous ces legumes quand on a perdu son temps a les planter? Les dabas ? Ils ne devaient pas en avoir, ces faineants ; sinon pourquoi ne pas
Heureusement qu'ils ne mangeaint pas beaucoup, ces mossi, re st er c he z e ux . I ls n 'a va ie nt a ppr is qu e la gu er re po ur s e no ur ri r. L eur s en fa nt s a u
Ah tiens, voila un jardin arrose ! Un vieillard dont on pouvait denornbrer a lieu de manier la pioche ou la Fronde des singes, le coupe-coupe ou la daba, ne
premiere vue tous les os de la charpente, les articulations plus grosses que les faisaient que nettoyer les fusils qu'ils tirent. Quelle miserel QueUe honte!

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Et leurs femmes, que faisaient-elles? Evidemment, quand le mari Norbert
vit comme Zongo-rougbeinga
des feuilles - [Link]
blanches et seches de... quel arbre ?Le nassara et sa sorcelleriel On
Zouanga la mouche, la femme ne peut que dormir. La femme du nassara-rouge disai t que c'et ai t pour vous re conna it re plus ta rd.
mange des ceufs. Akaiii! Une femme manger des ceufs !... Voila pourquoi tous les lIs etaient toujours deux par tabouret. L'un d'eux avait fini de tracer les signes et
nassaramba etaient des voleurs. Et ils l'etaient depuis leurs ancetres, et pis, ils Ie a pp el ai t l es n om s l a t et e b ai ss ee ,
resteraient, toujours, a j amais. Ce monde ! L e croirait-t-on ,lui Soura, quand il raconterait chez lui qu'il avait vu
D'ou venaient-ils meme? Ca devait etre le meme pays qu'habitaient les toucans autant d'hommes enun seullieu rassernbles qu'il y a d'abeilles dans une ruche? Ne
migrateurs, qui, ne trouvant rien a mettre dans les jabots, fuient chaque fois la gratterait-t-on pas le voisin du pouce quand il avouerait avoir vu plus d'hommes en
famine. linseullieu qu'il n'y a de feuilles au sol apres un violent orage ?
Quand il deboucha des cases, il resta interdit. II se frotta les yeux, les rouvrit Ah ! voila pourquoi il n'avait trouve personne a Sambisgo le matin. Pourquoi

grandement,les frotta a nouveau. II voyait toujours la merne chose. Les genies des tout ce monde ici ? Que vvoulait-on a tous ces hommes ? "Les impots !" pensa-t-il
c olli nes l ui avai ent -il s ote l a ra ison? Non! Les dement s ne conna issent ni l eus no ms, tout haut. Dans ce cas c'etait bien fait pour ces faineants de mossi. II fallait qu'ils
ni ceux de leurs villages. IIs ne savent merne pas ce qu'ils font. Lui, Soura, savait travaillent beaucoup plus. lIs ne buttaient rnerne pas leurs champs avant de semer.
beaucoup plus. Pour s'en assurer, il cria : "Dakuo, bwaba de pere et dafing de mere. II n'appreciait pas les methodes coercitives du nassara-rouge, mais cette fois illui
Je suis envoye par le be Gnoumou chez Ie coumandow pour lui annoncer le jour de donna it rai son, sauf d'un se ul co te: l es vi eux deva ie nt e tre epa rgnes,
la grande chasse. Ma future femme est la tres belle; Botoni, qui est plus que toutes Voila le forgo Noupe, II se mi t a l'int erpe ler a tres hau te voix.
le s femme s sur l a t erre , sa uf rna mere ". - Noupe, Noupeee, Noupeee ...
Alors quoi ? II etait normal, tres normal meme. Mais ce monde! Tout ce monde II se tut quand il sentit les morsures des regards de ce monde effrayant. Noupe
devant la case du coumandow ... Jamais il n'avait vu auparavant autant de uussi l'avait aperc;:u et avait dirige son cheval vers lui. Soura etait tout joie; sa
personnes en un seullieu rassernblees. Le monde ! mission et ai t te rmi nee a pre sent c ar c'et ai t Nou pe qui deva it rappo rter l'informat ion
Quels etaient les chapeaux que portaient certains ? D'autres dansaient mais il all coumandow.
n'entendait rien, ni tam-tam ni flute, seulement des chants sans ton que lui "Quelle chance ai-je eue, aujourd'hui !"S'il devait rechercher Noupe dans ce

rapportait l'echo. Ses pieds, comme enfouis dans une boue collante, bougerent monde de cau chemar, il lui aura it fal lu plus d'une j ourne e. Qu'i l vie nne v ite , Noupe ,
p en ib le me nt q ua nd i l v ou lu t a va nc er . car le mari de Botoni avait hate de repartir dans son loho cheri pour vivre avec ...
hum! "At tent ion aux mauva is espri ts", se dit -il to ut ba s. Pour vivre av ec "l 'ho mme
q ue s on c ce ur a do re ".
Quand Noupe arriva a cote de lui, Soura fit un sourire qui amena sa bouche a ses
orcilles,
- C'est toi qui me hele d'une telle maniere, vilain bwaba? grogna Noupe. Ne
p ou va is -t u p as v en ir j usq u'a mo i, i ns ol en t?
Le soleil venait de quitter le milieu du ciel et ses rayons avaient perdu un peu de Soura n'eut pas le temps de repondre ; Noupe etait descendu de sa monture et sa
l eur fe u. Sou ra, te l un a utomat e, a vanc ait l a bouc he ouve rte , l es yeux insensi bles aux cravache sifflait.
visites des mouches. - Je voudrais ... gemit Soura en proie aux tiques que le nerf de bceuf de Noupe
Des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards formaient ce monde que laissait sur son corps. II fila droit devant lui, renversa trois personnes et ne s'arreta
tille lorsqu'il sut que Noupe ne Ie suiva it pl us.
Soura n'av ait j amai s vu; rne rne e n ca uche ma r. Les c hape aux eta ie nt des pi erre s que - Viens ici, tonna celui-ci. Tu viens ou je viens te chercher ? Je compte jusqu'a
certains portaient.
On chantait et on dansait mais des nerfs de bceuf etaient tam-tams et balafons. II"0is et si jamais tu n'es pas la, je te ferai oublier jusqu'a ton propre nom. Un, trois.
Le s g ri ot s e ta ie nt d es g ar de s- fo rg os a c he ch ia r ou ge . 'I'll n'es pas la !
Les forgos ? II ne les avait jamais vus aussi nombreux, aussi excites. Le monde ! - T ai eu tort , j 'a i ... Ouii ii !...C 'e st l e be Gnoumou ... C'est l e be qui ...
C e mo nd e c al me e t g ro ui ll an t, s il en ci eu x e t b ru ya nt , l 'e ff ra ya it . Soura fila a nouveau. Son dos etait en feu et sa joue gauche etait dechiree ainsi
Des nassaramba-noirs Oes commis et autres as similes de l'epoque) etaient assis que son front. D'une main il empecha le sang d'entrer dans ses yeux!
sur des banes, accoudes a de hauts tabourets larges. Comme toujours ils etaient Noupe, rea li sa nt qu'il pa rcour rait une grande dista nce s'il s'ob st ina it a l e suivre ,
occupes a ce jeu futile et bizarre qui consistait a prendre de l'eau noire d'un petit Iiaissa sa cravache.
pot avec un petit morceau de bois emmanche d'un bout de fer, et a la rep a ndre sur

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5/10/2018 Norbert
."C;:ava. Reste sur place. Que veut encore ton vieux chiqueur de tabac Zongo-rougbeinga
avec sa -[Link]
"Clap! Clap! ... " Diop venait de recevoir deux bonnes gifles.
tete de melon pourri ? 11 t'envoie me rendre visite tout nu, pas merne une paire de - J e vous donne six jours de plus pour recenser tout le cerde de Koudougou ; et
poulets sur l'epaule ? Sait-il qui je suis ? J e suis un nassara-noir. Ce n'est pas parce l]Ue ca trotte. Que font-ils la-bas, ce garde et ce jeune sauvage? C'est la palabrel
qu'il est un be qu'il peut se permettre d'envoyer quelqu'un chez moi comme ca ! A me ne z- le s mo i, e t v it e.
Fera -t-i l ca ave c le cou man dant (c ommand ant) ou au Ie pit i (pe tit ) cou man dant ? Soura n'avait- rien saisi du discours du commandant, mais a son ton, il pens a que
- C 'e st -a -d ir e q ue . .. l c na ssa ra ne dev ait pas et re cont ent. D'a il leu rs il ne l 'a vai t j amai s seri eusement ete ,
- C'est-a-dire que vous etes tous idiots dans votre pays! Et toi aussi tu te mets a ce diable-rouge.
me heler de la sorte, tout en sachant que rien ne beugle ni ne bele derriere toi. Moi, Ehiii ! Non, ca n'allait plus. 11 croyait voir Noupe trembler devant lui. Et voila
un homme du nassara que tu viens voir en balacant les brasl Vous les Noirs vous qu'un forgo les empoignait et les amenait vers le commandant qui se remettait a

etes ainsi, plus ingrats que des puces; a votre sauveur, vous jeter des pierres. crier.
D'ailleurs vos proverbes le montrent: "Celui qui guerit un homme de son - C'est sur que je perds progssivement la raison, mais ce n'est pas pour autant
impuissance, met sa femme en ~ger." Mais nous verrons cette annee, Si vous que je dois comme nce r a c ompre ndre des par oles rnure rnent foll es, murmura-t -il .
croyez que moi je vais vous aider chaque fois aupres du coumandant, pour avoir un D'ou coumandow, tu perds ton temps et ta salive. Que peux-tu d'ailleurs faire de
seul b ceuf c haqu e anne e, vous ave z me nti . mieux ? condut-il
- 11 di t c olle ct er de s cad eaux po ur vo tre rnaj este , 11 vou s le s re met tra quand v ous - Quel est ton nom, co chon de garde ?
viendrez pour la grande chasse dans quelques jours; et il m'a charge de vous le dire. - Sanou, San ou, Sanou Nou ... Nou p, Noupe mon c ouma ndant .
11 m'a dit par ailleurs que si je vous touchais, le coumandow aurait vent de l'affaire - C'est comme ca que L'on t ra va il le ? Qu e f ai sa is -t u l a- ba s a ve c c e s au va ge ?
et... - Lui viny pays Bawmu pour dire vous le zour la sasse. Lui rn'pele moi pour dire
Noupe ec lat a d e rire. vous; c'e st a ca usse z e soui l a-ba s.
- Ah ah ah ahaaa ! Hieeee, et que comptais-tu faire? Voir le coumandant toi- - Qu'e st-ce qu'il ra cont e, c e c ana rd? Diop, ret ire -moi d'a bord sa c rava che .
rneme? Es-tu sur tes deux jambes ? 11 faut moi pour voir le Coumandant. Merrie les - Mon commandant, je crois qu'il veut dire que cet homme est un ernissaire

autres forgos que tu vois ne peuvent pas entrer chez le coumandant comme tu le bwab a, ve nu vo us an nonce r l a da te de leu r grande c hasse ann uell e.
penses. Eh eh eh eh ! Vouspensez que le nassara est un simple be! Bon, passons. - Je me fous comme de rna vieille culotte de leur chasse. S'ils croient avoir le
Done tu n'as rien amene avec toi? Tu pouvais au moins te faire accompagner par temps cette annee pour faire des betises, ils se trompent. Enonnernent ! L a grande
une fil le que je vous ra pporte rai s qua nd je vi endra is pour l a gra nde cha sse. chasse! Tas d'abrutis! On voit qu'avec la fm de l'esdavage les Noirs sont devenns
- Le g ra nd be a tout prevu, mais il attend que vous soyez en pays bwaba. les plus inutiles de la terre. Heureusement que la colonisation est venue a temps. La
- Vous les Noirs vous etes aini, trop betes pour comprendre les choses. Moi je chasse! Voila tout ce qu'ils savent faire ces imbeciles, pendant que le monde entier
peux mourir ce soir ou demain, en tout cas avant la date de la grande chasse; a qui grouille et que la guerre ravage des pays. Cette annee vous ne tuerez pas vos freres
remett rie z-vous ce s a nimaux e t c es j eune s fil le s P A-t-on jamais vu un mort boire et de la brousse, tu m'entends ? Vous laisserez vos freres en paix et vous payerez mes
mange r? Pourq uoi n'av oir pas amene av ec toi l a moi ti e auj ourd'hui? impots que je vous demande de payer, sinon c'est moi qui organiserai une grande
- C'est a cause de la distance. Je ne pouvais tout amener, seul comme je le suis ; chasse ou le gibier sera des bwaba, des mossi ... cria-t-il en regardant Soura. Tas de
l es c ri s d es a ni ma ux a ur ai en t a tt ir e l es f au ve s. sa uvage s, Diop !
- Et la fille, elle aussi aurait bele ? D'ailleurs es-tu Ie seul jeune dans le village? 11 - Mon commandant!
y a bien d'autres jeunes de ton age I - Appelle-moi Nanga. Tu lui diras de donner cinquante coups de cravache a ce
Soura ne repondit pas. Toute son attention etait fixee sur autre chose. Noupe sauvage et le double a Sanou ; ensuite tu mettras le bwaba dans le groupe forme
n'avait pas suivi le brusque changement d'attitude de Soura qui observait le pour les travaux de Bamako. C'est le dernier avertissement que je te donne, Diop.
coumandow qui venait de surgir sur l'elevation devant sa grande case. Des gestes Tu repondras de ta place si ca traine, Tu es un citoyen francais, tu n'es pas un
desordonnes accompagnaient ses vociferations. En effet, il n'etait pas content du vulga ire Noir, t u do is co mpre ndre. La si tua tio n e st al armant e. La guerre e st rude, et
tra vai l de se s commi s et de ses garde s. la France notre patrie n'est pas en bonne posture, c'est le moins qu'on puisse dire.
- Voila plus de dix jours que vous faites ce recensement et jusqu'a present vous La Turquie et la Bulgarie sont pas sees du cote des Centraux. 11 faut achever dans les
n'a vez pa s fini de re cense r di x grand s vil lage s. Di op, Diop, hurla -t-i [Link] ns ic i. plus brefs delais cette voie Ferree Dakar-Niger pour pennettre l'evacuation des
- P re se nt m on c om ma nd an t. produits et des tirailleurs. Un recrutement militaire aura lieu dans la premiere se-
- Pourqu oi rnen agez -vous ce s imbec il es, ce s sauv ages ? maine du mois prochain. Cette annee les irnpots doivent etre eleves et surtout

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re cup ere s t re s t ot. II f aut d es ho mm es e t d e l 'ar gen t a l a F ran ce. C' es tNorbert
p ou rqu oi j'Zongo-
ai [Link]
- M on co uma nd ant , ze ...
dit d'etre severe dans le recensement. - Tais-toi et faisce qu'on te demande.
A ces mots, le commandant s'appretait a rejoindre son bureau. - Oui mon coumandant.
Nanga, assiste de deux forgos, fouettait Soura et Noupe.
L e f ou et br il la it l e do s, y ar rac hai t a ch aqu e c oup u ne p ar tie de la p eau , l ec hai t [ e
v en tr e de s a l an gue d e fe u, ne q uit ta it ce s e ndr oit s q ue p ou r c ui re l es epaules, griller
la face et bouillir la poitrine. Au onzieme coup, Soura vit plus rouge. C'etait
intenable. II fallait rernedier a cette situation sans attendre. Soura etait maitenant seul dans une cellule. C'etait la meilleure de toute la prison,
II se redressa tout d'une piece, pivota sur lui-rnerne, esquiva le coup de chicotte, celle reservee aux gardes. Abattu, tourmente comme un condarnne pass ant sa
fit semblant de saisir le bras du forgo qui tenait le nerf de bceuf Le forgo voulut derniere nuit sur terre, ignorant tout jusq'au temps, il sentait ses paupieres
faire un pas en arriere pour l'eviter et commit l'irreparable. Soura se baissa et enlaca s' al ou rd ir . Al lai t- il s 'en do rmi r o u mo ur ir ? T ou t s e b rou il la it . Un vo il e s omb re s e
ses pieds. Le forgo s'affala comme un grenier trop plein. tissait devant ses yeux. Le sommeil ou lamort?
So ur a s e sa isi t d u n er f d e bc euf e t, a va nt q ue N an ga e t l 'au tre fo rgo ne s or te nt d e IIle sut le lendemain matin quand ilsentit une brillure dans les reins. Il sursauta.
leur ahurissement, il battait deja son batteur. Le forgo voulut dans un premier Un fo rgo s e t en ait de van t lu i; c' eta it l ui qu i ve nai t d e l ui a dm in is tr er a ve c s es g ros
temps resister, mais les coups etaient tellement violents qu'il finit pa r pr end re s es sabots, ce coup de pied aux reins. OUetait-il? A qui appartenait cette maison?
j amb es a so n co u e n p ou ssa nt d es g ro gne me nt s ou rds . S ou ra em bo it a s on pa s e t, La lurniere se fit jour dans son esprit. La grande chasse. Le monde. Sanou
avec une rage de lionne reduite au veuvage, il faisait tomber des greles de coups. Noupe. Le mechant forgo. Le coumandow. Les coups de pied et de baton.
L e co mm and an t ri ait au x e cl ats . Le fu yar d vo ul ut s e r ef ugi er d an s c et te fo ule - De bo ut c os son s ou va ss e. M al air e tr op a c au sse t on v en ir . Co um an dan t fa sse
t out eb ahi e qu i n' en c roy ait p as s es ye ux . P ei ne p erd ue, So ura d ev ena it de p lus e n lui-rneme. Sanou Noupe kamarade pour nous mouri passeque cent coups de
plus emporte ; rien ne l'arretait, il gernissait de rage. kravasse. Si coumandant n'a pas dit que, pas tousse pas, au nom de die que ti va
Ap res u n t ou r c omp let p en dan t l eq ue l i l n e t rou va au cun e nd roi t o u s e r ef ug ie r, mo rt to ut de s it e. De bou t s ian , va sse f ils d e s ar ogn ar d, b oug did and oui ll e, s al ou ,
l e g ard e f on ca v ers l e b ure au d u c omm an da nt, t ouj our s p lus a ssa is on ne de co ups , debout avant que ze colere.
hurlant comme si on le castrait. Malgre son obesite, il grimpa en un bon les Le forgo l'empoigna, le tira hors de la [Link] reconduisait dans ce monde de
marches de l'estrade. Renversant tables, chaises et encriers, il se cacha dans le cauchemar. Tout ce qu'il avait vu laveille etait en place. Le forgo l'emmena dans un
bureau du commandant. Soura s'arreta. Le coumandow etait devant lui; ille fixa et groupe de jeunes. Tous portaient au cou un collier bizarre. Il n'etait pas fou,
semit a rire. Soura resta un moment interdit avant de crier: c'etaient ce monde, les yeux du nassara-rouge et les bourrades des forgos qui
- Ses yeux, ses yeux, c'est un serpent, le nassara-rouge a des yeux de serpent. avaient tout change dans son esprit.
I l l ac ha l a c ra vac he e t v ou lut s 'en fui r, ma is q ua tre g ar des l'immobiliserent, Le Allait-on le laisser repartir apres ces epreuves? IIn'avait pas le temps a perdre ici.
commandant coupa son rire et dit d'une voix seche: Pe rso nne n e l' aur ait d 'a il le urs si on l ui d onn ait u ne f ee d e l a t re mp e d e B ot oni . I I
- Enfermez- Ie. Mais je veux le voir demain sans cicatrice. II vous a donne la fallaitne pas la connaitre pour vouloir le retenir.
b onn e l ec on q ue v ou s rneritez, Fo ut ez- moi ce t a rc et c es f lec hes da ns le m ag asi n Eh ! le na ssa ra -r oug e l a c on na it ra it p eut -et re et ex pr ime rai t ai nsi sa j alo usi e.
des armes confisquees. I~nverrait~illa chercher ? S'il osait, son pere se fe rai t p lut ot t ue r q ue d e vo ir r avi r a
Des oufs inaudibles se confondaient au oui coumandant. son fils cette deesse.

L e cLes
colere, om ma nd antpaniquerent,
forgos a va it r ega gn e s on b ure au. Fu reu r. Il r eap par ut to ut r ou ge d e Qu an d l e c ou ma ndo w e t l es f or gos v ien dr ai en t a l a g ran de ch ass e, i l c ach era it
bien sa Botoni dans un grenier; non, dans les collines elle serait plus en securite. Et
- Gardes, lanca-t-il, mettez-moi vite ce bureau en ordre et que ca grouille. i1 se ferait malade pour pouvoir rester avec elle et la proteger ; tant pis pour la
Quinze jours de prison a ce salaud. Debarrassez-rnoi vite de ce blaireau au fond de grande chasse.
mon bureau avant que jene pete sacervelle. Vite, plus vite, hurla-t-il. - Garde, viens ici, dit un commis en s'adressant a un de ses collegues. Voila le
Trois gardes, apres un garde-a-vous, se ruerent dans la piece pour y extraire leur numero du bwaba. Inscris-le sous le nurnero mille-deux-cent-vingt-sept.
collegue, Deux autres s'acharnaient deja a tout remettre en ordre. - Le convoi va quitter peut-etre apres-dernain pour Bamako. On en a
- N an ga, f ai s d on ner u ne l ec on me mo rab le a ce s al aud d e S an ou. Qu el le h on te ! suffisamment.
T out un g ard e s e l ai ss er b at tr e p ub li qu em ent p ar un s au va ge! C el ui q ui se l ais se - Mais on parle d'un recrutement militaire, parce que la France vient d'avoir
encore ridiculiser de la sorte, sera deshabille sur-le-champ. heaucoup de pertes dans les operations de Verdun.

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- Si ca continue, [e crois qu'un jour, nons-memes nous irons faire Norbert Lorsque -
Zongo-rougbeinga
la guerre en [Link]
tortures faisaient leur effet, et qu'un chef de famille qui avait ecarte
Europe. plusie urs pe rson nes av ouai t son forfa it, on lui faisa it creu se r, de se s doi gts, un trou
- Non. Tant qu'il yaura ces bougres, nous n'aurons rien a craindre. dans Ie sol dur pour y enterrer son mensonge. Ensuite, les doigts ensanglantes, il
- Comment s'a ppel le- t-il enco re, ce b wa ba ? Qui le comprend? Garde ! I" iurait ramener le ou les manquants qui se rasaient eux-rnernes en chantant : "Le
- M isse I mcnt eur n'a jamai s d e che veux sur la tet e, se ules de s he rbes y pousse nt."
- Quel est le nom de ce bwaba? Peux-tu le lui demander? I .e co mmanda nt vena it de c onvoque r Dio p dans son b urea u.
- Non rnisse, ze ne comprends pas son parler. - Diop, les retenus pour les travaux de Bamako quitteront demain a l'aube. Cinq
- Bon, on lui donnera un nom. Ils sont d'ailleurs tous Gnoumou la-bas. On mili rai res de la garni son d e Ouag adougou vi enne nt d'arr iver ave c douze garde s d'i ci
ma rque Gnoumo u baw. C'est l ui qu i e st ve nu se faire rec rute r. pour renforcer cette escorte. Tu seras du groupe jusqu'a Bobo-Dioulasso. Voici

Soura suivait les discussions les yeux hagards. Le forgo l'avait traine devant les l irine rai re : Ko udougou, De dougou, Bo bo-Dioul asso. De Si kasso, ils cont inue ront a
na ssa ramba-noi rs et l e ra men ait a n ouvea u ve rs l es j eune s au c olli er. II, mgouni. Qu'ils ne pas s ent pas par Koutiala car, selon des informations de
Soura, ahuri, le regardait lui mettre un collier au cou et l'inviter a s'asseoir en d er ni er es h eu re s, u ne g ra ve e pi de mi c d e r ne ni ng it e r av ag er ai t l a r eg io n.
a ppuya nt forte me nt su r ses ep aule s. Ah, qu'il l'a gaca it c e forg o a vec se s hurle me nts. - J e ferai de mon mieux pour le succes de la mission; pour ce faire, je pense qu'il
Le voila qui s'y remettait. Ne comprenait-il pas .que Soura, un bwaba lucide, ne ( 'H I'i mp or ta nt d 'a vo ir u ne r eu ni on a ve c l es a ut re s mi li ta ir es v en us d e O ua ga do ug ou .
pouvait pas comprendre le langage des fous qu'utilisaient le nassara-rouge et ses - Inut ile , je le s ai dej a contactes, Je t'ai appele pour te prevenir d'une chose. C'est
hommes ? Des fous qui ne savent que s'enerver, frapper et tuer au besoin. Qui est possible que rna femme te demande si je suis parti a Dedougou avec vous, J'ai une
plus fou que celui qui abandonne la terre de ses ancetres pour alier vivre sur celle peti te re union ave c le Naba Li guidy a part ir de de ma in.
d'a utrui ? Son grand- pere lui parl ait de s gue rres d'a utre fois, ma is pas une se ule foi s il - Pour combien de jours mon commandant? Est-ce pour ...
n'ava it di t que des vain queurs e ta ient al le s vi vre sur l a t erre des vai ncus. La te rre des - Ne t'occupe pas de ca ! Cela durera le temps d'aller a Dedougou et revenir.
anc etre s e st la meil le ure pour tout homme c onscie nt. Tous le s nassara mba -rouges ( : ,irnprends que je suis fatigue, voila. Ne pose plus de questions a ce sujet. N'as-tu
sont ... pas d'autres questions concernant votre voyage? J'oubliais. Au retour tu passeras

"Assi toi so uvasse. Si ti leve encore ti voir se qu ze pe fait si mon kaire debout, chez.. Bleienpere de Bic pour me demander un peu de yin.
Ti ve fait la sasse, toue les bisses, les fakons comme toi. Ahaaa, ti va toue les mon c ommanda nt.]e n'ai plu s rien a vous de ma nder.
pigasses et les pels a [Link] darriere sera comme ca (il repl iai t on i nde x). " - Tu pe ux t e ret irer .
Soura poussa un ouf de soulagement quand le forgo le quitta. Pourquoi ce
c oll ie r? N'all ai t-on plus l e la isser part ir? N'a lla it -il p lus revoi r sa Bot oni ? Il ch assa
rapidement ces affreuses pensees.
Le coumandow irait certainement a la grande chasse. Certainement que les
forgos voulaient le garder pour certains travaux avant le depart pour la .grande
chasse. Mais qu'ils se le tiennent pour dit, il n'attendrait pas longtemps lao Et
Botoni? Akaiii !11n'attendrait pas longtemps. Soura ramassa lentement son outre qu'un forgo venait de lui jeter. 11 n'y avait
11 concentra a nouveau son attention sur ce monde sous ce isoleil de plomb. De plu s que le qua rt de l a fari ne. "Ce cra paud ! g romrn ela -t-i l, il a enl eve le s fe uil le s qui
quoi vivait-il ? Depuis quand etait-il la ? Quand se disperserait-t-il? Pourquoi 1> 1 i uc ha ie nt l a d ec hi ru re .t 'L a f ar in e e n t ra in ee m on tr ai t s es p as .
certains portaient-ils seulement une pierre, pendant que d'autres en portaient Qu'on lui dise de partir et il se debarrasserait de cette farine. Il se nourrirait de
plusieurs? lruits sauvages jusqu'au village. Qu'attendait Noupe pour lui dire de partir ?
Les forgos partageaient a tout moment la douleureuse et arnere ration de coups. I'ursonne ne ve ut pa rle r de son depa rt, e t le sole il se cou chai t. Bot oni !... Non, il !ne
Alors qui de faire le singe, qui de faire le "Soura". ustcrait pas la cette nuit ; avec ou sans autorisation il re ntre rait pre pare r son
Dans les familles ou il manquait une personne, le chef famille avait une pierre umriage. Botoni ! 11 fallait qu'illa revit, c'etait sa femme. Tout le monde savait que
sur la tete et appelait a longueur de journees le nom du manquant. S'il arrivait qu'il ,"{'Iait sa femme. Tant-qu'il lui resterait un brin d'air dans les soufflets de sa
rnanquat beaucoup de personnes dans une famille, le chef de famille prenait sa P'liITine, personne ne pourraiiit se vanter de lui avoir arrache Botoni, se jura-t-il.
rat ion n orma le de pie rres e t enta ma it son i nte rmi nabl e re cit al . Les a utre s membres Il('s le lendemain il pa rti raii it ve rs el le, c omme l'abei ll e v a v ers l a fleu r. Pourquo i
de la famille recevaient egalement une ration de coups de fouet. Les chefs de . ut cn dr e l e l en de ma in ? C et te n ui t- rn eme il s'enfuirait.
v il la ge , a pr es p lu si eu rs "c ad ea ux ", a cc ep ta ie nt d e t er no ig ne r p ou r l es mo rt s.

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Encore till forgo I Pourquoi ne pouvaient-t-ils
5/10/2018 pas s'exprirner sans hurler, ces
Norbert Zongo-rougbeinga
II partait. -[Link]
II mourait. Qu'avait-il fait pour meriter un tel sort? Ses dieux, ses
vauriens au service de chefs de vauriens, les nassararnba ? Un jour il se vengerait de uncc tre s, son be , l e lai ssa ient parti r pour mouri r comme un chi en, sans ple ureuses,
tout ce qu'ils lui avaient fait depuis la veille. Un jour ils verraient de quel feu un 11~IIlS fu nerai lle s pour lui permet tre d'avoir a ux cot es de s anc etre s, un rang de fils,
D ak uo p ou va it t b ru le r . .. Il partait. II mourait. Son arne errerait sur les chemins, bannie. II partait. 1 1
- Arnene vite le to avant ke la noui noire. Silence Guele de chinge, sinon pas mourait. II crevait comme une vieille vache egaree, loin de tout point d'eau, loin de
mang eme nt de. Sil ence ou j e fai s c abine r ke lkun. etable.
H()11
De s pri sonni ers e n file in dienne a pporta ient dans de gra ndes cuve tt es e n argil e, " Di eu x, d ie ux , a nc et re s, p ou rq uo i p er me tt ez -v ou s q u' on r av iss e lU1 homme a son
de grosses boule s de gat eau de mi l. del, a sa terre, a sa farnille, a son pays?
- De sc ende t out ic i, re prit le forgo. Prosse tout l e monde. Dieux, ancetres, pourquoi permettez-vous a un homme, surtout un nassara-
Les forgos vociferaient d'une telle rnaniere que Soura se surprit a les insulter a rouge, de faire ce que vous desapprouvez : arracher des cceurs et les jeter avec
haute voix. Tous les jeunes qui portaient un collier s'interessaient a la nourriture mepris aux hyene s de la hont e, de l 'humil iat ion et de la de personnal isat ion ?
da ns le s c uvett es. Un ve rit able t ohu-bohu s'i nst all a, dorni ne par l es hurl ements des Non, non, ce n'est pas possible! Qu'ai-je fait depuis la premiere incantation qui a
forgos. Pourquoi ne pas en profiter ? pensa Soura. II posa son outre et s'eclipsa. En salue rna venue au monde pour meriter un tel soit ?"
un temps record il re joi gnit le c hemin de son vil lage et ent arna une c ourse folIe . II partait. II mourait. II vivrait sa vie de chien enrage: delaisse et fui par son
Le garde qui l'avait reveille le matin deboucha de la foule .. II venait pour peuple, tue par les hommes. Car s'il mourrait de cette horrible facon, jarnais on
l 'e mp ec he r d e p re nd re sa p ar t d e n ou rr it ur e. n'evoquerait son nom quand on voudrait honorer les morts. Comme s'il etait un
- Pas boukou pour Ie Bwaba. OU sont Iui-merne? VIa son sakoisse ici. Vite, e sc la ve o u u n b at ar d,
seval. L e salou illa foumalekan.
Pourquoi etait-il venu au monde? Pourquoi le grand Dieu l'avait-il fait bwaba ?
Non! ni les di eux, ni l es anc etre s n'eta ien t re sponsa ble s de ce tte sit uat ion, pa s rneme
les ge nies ma lfai sa nts des c oll ines et des ri viere s n'y e tai ent pour que lque chose . Le

seul faut if et ai t le nassara-rou ge. Qu'i l vole , q u 'il pil le, qu 'i l fa sse trava ill er pour lui,
p asse enc ore. Mai s al ler jusqu'a de trui re d es arne s e n fa isant mourir hideu se ment
Un reveil douloureux. La tete de Soura etait devenue un fardeau enorme pour d es c or ps , n on , c el a n 'e ta it p as t ol er ab le .
son cou. Ses cotes lui faisaient mal, ses levres etaient tumefiees comme s'il avait Merri e le s forgos n'e tai ent pas coupa bles. Si le na ssara -rouge n'eta it pas la , i l n'y
goute au miel avant qu'on ne l'eut debarrasse de ses createurs. Tout son corps etait a ur ai t p as d e f or go s, c on cl ut S ou ra q ui s ol il oq ua it .
u lc er e. La v ei ll e i l a v ai t f ui , p ou rq uo i s e r et ro uv ai t- il e nc or e d an s c et te c ase ? S 'e ta it -i l Pris dans ce brouillard ou il se voyait aller et se laissait aller sans resistance,
trompe de route ? Et ces doul eurs? II sursaut a q uand il e nt en di t d es v oi x. comme une feuil le de la foret a rrac hee pa r le ve nt et ernporte e ve rs le desert , l 'e spri t
"Lui pas mort ce cosson, lui pas mort vite comme le carnelionl" Les forges ! Eux de Soura le faisait vivre un moment des plus penibles. Un de ces moments ou vous
seuls etaient responsables de sa nouvelle presence ici. II avait entendu la veille des jetez mecaniquernent la terre sur le cercueil de celui ou de celIe qui vous est cher.
galops de chevaux et avait voulu se cacher dans un buisson, Trop tard, ils s'etaient Un de ces moments ou l'homme n'est plus parce qu'il a peur d'etre. Aussi avec lU1
pre cipi te s sur l ui et i l n 'ava it plus rie n suo couteau, une corde, un fusil ou tout autre moyen, il allege son arne en lui otant le
"Sort i, ba ndic osson ! T i va voyasse. Al le z vit e. Deorrr !" f ar de au q u' es t l e c or ps.
Dans les lueurs de l'aube naissante, les yeux encore lourds de sommeil, pousses II vivait lU1 de ces moments ou l'homme renie la vie et ses lois, la mort et ses
e t r an ge s c om me d es b ce uf s r ef us an t d e v oi r l 'e nt re e d e l eu r e ta bl e, m il le -d eu x- ce nt - c on se qu en ce s, a lo rs il s'arrache et se libere de tout pour defier le visible et
vingts hommes marchaient, trottinaient et couraient sur un chemin poussiereux l'invisible. Pas rnerne les cruelles morsures du nerf de bceuf des forgos ne purent
qu'ils n'avaient jarnais suivi, pour une destination pour eux inconnue. Dans le r ar ne ne r S ou ra s ur t er re . I I a ll ai t, i l e rr ai t. I I n e s ui va it e t n 'e ta it s ui vi p ar p er so nn e.
siffle me nt conti nuel d es c rava ches, l es hon ! hon ! inc essants qui acc ompa gnaie nt Mourir loin de la terre ancestrale, mourir pour etre hai des dieux, c'est plus que
l es c ou ps d e c ro ss e, i ls s e b ou sc ul ai en t, s 'e xc usa ie nt e t s 'a cc us ai en t. mourir. La mort n'est pas seulement un arret du cceur. Mourir ce n'est pas
Dakuo Soura, dans ce groupe, dans ce troupeau, ne savait plus a quoi penser, ni s eu le me nt c ess er d e r esp ir er , C 'e st b ie n p lu s.
a qui penser. Ses craintes etaient fondees : il partait. La tete baissee, la poitrine Mourir c'est assurer la perennite de la vie des ancetres, Cet acte, lui Soura ne
baignee des larmes qui lui perlaient du visage, il se demandait s'il vivait un pourrait jamais l'accomplir.
c auc hema r o u une re ali te . I I p arta it l a d'ou on ne reve nait ja rnais. - Rete toi salou, pas vancement ou ze tire toil

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40 4 .1
On a marche de l'aube au crepuscule. A la tornbee de la nuit le Norbert
5/10/2018 gro~e etaitZongo-
a rorps et arne
rougbeinga dans un monde ou il etait plus que la peste, la variole, au lieu de
-[Link]
Keriba ou il devait passer la nuit. Les bergers a cheval avaient, a coups de crosse et pt'llHer qu'il etait maudit par les dieux et les ancetres, Soura pensa que les dieux et
de fouet, fait coucher le troupeau. Mais un seul beeuf s'entetait, I1 allait on ne sait I t'Ka nce tres vo ulai ent , par c es e preuve s, teste r l e l ege ndai re c ourage de s bwab as par
ou, Un de s berge rs fa tigu e de le foue tte r voul ai t mai nte nant l'aba ttre . lu i Soura ; done il devait vaincre, 1 1 deva it reve nir de la d'ou on ne revient jamais.
- Ze dit rete toi. Aaaaalte ! s tope mon vie, ti a sourd? Mon sarsent, mon sarsent HIIIIHangcommenca a s'echauffer.
un lohomme ve fuit e. II fit un grand effort pour se relever et sut que ses poings et ses pieds etaient lies.
- Tasse lui et rnene lui ici. l'ouequoi n'avait-il pas eu ces idees tres tot? 11 avait rue le lion, lutte contre tout un
- B ia n m on s ar se nt . village sans etre terrasse, tue les cynocephales-lions, c'etait suffisant pour
L'aigl e e n col ere e t a ffame s'aba tti t sur un agne au ma lad e. Ses se rres ne crev erent (:'Itnprencire que l'on mettait son courage a l'epreuve. Les grandes actions ant

que des yeux de ja ave ugle s. Son bee n'arra cha qu'u ne pea u deja ronge e. III inve nt un pe ti t de but. Dommag e, il av ait p ense bie n ta rd.
- V ia l ui s ar se nt . Rien peut-etre n'etait perdu, songea-t-il. "Merrie s'ils me conduisent a l'autre
- 11 a m ort ou bien il a vanoui ? Posse lui kamerne au cas s ot. t'SITcmite de la terre ou en se penchant on risque de choir dans le vide, je
La nuit avait etale sa toile d'encre. Les sentinelles a cheval formaient un grand revicndrai, se jura-t-il tout haut. Diable de nassara-rouge, jamais tu ne pourras
cercle autour des hommes nus, couches a merne le sol. De grand buchers etaient garder un bwaba, encore moins un bwaba de la trempe d'un Dakuo, loin de son
1
allumes a vingt metres du cercle. Les gardes y faisaient griller, pour eux et pour II\ h(). Je m'en ira i, hurla -t-il , Aka "i iii ! Je m'e n ira i. Je retro uverai Boton i, Botoni ,
leurs superieurs, poulets et moutons que le chef de Keriba avait prevus pour ne pas I\(11"(>11i,a £leur dont le fruit est mon ceeur. Botoni, la pluie de man ciel. Botoni, le
etre ch atoui ll e p ar le s ne rfs de be euf de s forgo s. tWill nenuphar de rna riviere. Je m'en irai te revoir, sourire, sourire pendant que je te
Malgre tout, il n'y echappa pas, puisqu'il n'avait pas reussi a reunir assez de parle, sourire quand je me tais, sourire quand je dors, sourire, sourire ... Je
jeunes filles pour permettre aux nassaramba et a leurs forgos de se relaxer apres la reviendrai, Botoni, pour toi et pour les auttes, rna mere en tete". 11 soliloquait a
fatigue de la marche. 11 avait pris pourtant toutes ses precautions pour choisirles halite voix.
filles aux seins fermes, aux fesses en relief et au bassin bien degage. Depuis II sent ai t la fie vre l'envah ir. Ce tte r nerne fievre qui a nime le solda t e n mission,

l'annonce du passage du convoi, elles se lavaient quotidiennement, et les cinq n'lIe qui ommande les pas du vengeur, celle qui fait sourire le prisonnier sous les
destinees aux nassaramba ne touchaient plus au beurre de karite dont ceux-ci torrures de l'ennemi. 11 nageait. 11 fit un nouvel effort surhumain pour se lever et
exec rai ent l'odeur. Les forgo s qui n'ava ie nt pas eu de 61 1es, ap res a voir rna traq ue le mc sura j usq u'ou al la it sa degra dati on phy si que. Pour la premiere foi s, de puis qu'i l
chef de Keriba, s'etaient rues dans sa cour, fouillant les cases, n'epargnant que les u v a i r su qu'il devait partir la d'ou on ne revenait pas, il eut faim et soif. "Mais rien ne
vieilles femmes. p lll ll: ra m'empec her d'ac compl ir rna missi on", s'e cri a-t-i l tres fort . "Bo do yi , bodo
Tout Keriba etait en eveil dans la nuit. Pages et valets de la cour du chef de yii.," (rien, rien ...)
vi ll age, e xpedi es dan s l es fa mi lie s re crut er j eune s femmes et fil les pour le "servi ce - Garde, garde, va faire taire ce macaque qui hurle la-bas, gronda une voix sous
pa ra-mi li tai re" de ce tte nui t, eta ie nt deve nus gynec ologue s pour la ci rconsta nce . tente.
111lt!

Seules les grossesses avancees et les regles epargnaient les femmes et les filles, Ni Avos lordre, fit Nanga. Toi, va, car ce lohome qui colere toi qui coumence a
<,

les "Pirie au nom des dieux I" ni la corruption n'etaient consideres. Le nassara etait 11{·I,out.
la, done nul n'etait fautif. On soignerait plus tard les mineures et autres blessees de " Bian sarsent.
ces "maneeuvres" et on s'excuserait. Pour l'instant il fallait ouvrir l'eeil et fermer l.e forgo entra comme un coup de vent violent dans la cellule de Soura. La
l'oreille. premiere chose qu'il fit, fut de faire taire cette bouche qui avait provoque son
Sous les multiples tentes tout autour des grands buchers, le temps etait aux d{'I'angement, en lui administrant un violent C()Up d e pied. Soura retomba dans le
pleurs, aux gernissements, aux plaintes et aux menaces. Aux "Ferme ton gueule mmH. Le forgo crut qu'il venait de mourir. 11 tara fortement sa poitrine pour s'en
souvasse" su ivai ent le "cousse toi bie n sal te , ou vre ton z amb e bougde lle ", e tc . ilIIHlIt:cr: il ne donnait aucun signe de vie. 11 eut peur. La consigne etait stricte : ne
La vie! la liesse des uns fait la calarnite des autres. Soura par exemple qui venait 111('1'Iue le s fuyard s, ou tous ce ux q ui n e veul ent pas a vanc er.
de sortir du coma ou il etait plonge, sentait tout son corps se consumer sous l.c forgo reflechit un instant. Une solution germa dans son esprit. 11 s e mit a
d'atroces douleurs. 11 se demandait si tous ses os n'etaient pas brises. Son cerveau d (' ln ch er l es l ie ns d e S ou ra , e n r ep et an t a haute voix : "1 1 a voulu me tuer car il avait
tel le une horlog e que l 'on ven ait de remonte r se re mit a fonc tion ner. l 'I"IIHsi se li bere r, 11 a voulu rn'et rangl er en pre nant mes c ols ... " Et il froissa l es co ls
Le film des evenernents passa d'un train rapide. Mais cette fois, un changement til' sa chemise. "Mais sarrent, j'ai pu me defendre; j'ai reussi a le tuer ... " conclut-il
s'opera. Au lieu de se voir mourir de la facon la plus inhumaine, au lieu d'errer dliliS son monologue.

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Satisfait de son alibi, le forgo pressa le pas pour faire son petit rapport oral au (~uand il rejoignit le convoi avec Ie f or go a ch ev al d err ie re l ui , i l eu t t out es l es
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sergent et s'occuper de sa fille. A la porte de la tente, il cornmen ca : "Sarsent, quand p c m e s d u m on de p ou r s e f ra yer u ne p lac e a u mi li eu d e c e t rou pe au g rou il la nt qu i
ze,SOUL. .. " murchait l'ceil en l'air, de chi rant le rideau de poussiere pour essayer de suivre la
I I re st a un m om en t i nt er di t. L a r ag e lu i n ou a le cceur. I I ou vr it l a b ouc he p our changeante t ra je ct oi re de s f ou et s e t d es n er fs d e bceuf L e f or go e t l ui f erm ai ent l a
proferer des injures obscenes, mais se ravisa l'instant d'apres, quand il sut que c'etait marche.
le sergent lui-meme qui avait abandonne sa fille plus agee et moins belle que la So ur a n e c om pr en ai t p as l a s ou da ine m et am orp ho se d u f org o. L e v oi la q ui l ui
sienne qui devait avoir entre seize et dix-huit ans, pour s'emparer de cette "po~pee" rcmcttait avec une joie perceptible une boule de gateau de mil. "Ah ! ca commence,
qu'il avait Iui-rneme prise pendant qu'elle essayait de se cacher dans un grenter de mes ancetres o nt r amo ll i c e f au ve! L es d ie ux o nt d eja mi s e n c ag e le cceur rapace de
mil. l't!!' a ig le v ora ce . C a ne f ai t q ue co mme nc er! P our s ur , u n j ou r, u n fo rg o se ra m on

L e f org o s e je ta t ou t e n co ur rou x s ur l a f il le a ba ndo nn ee , l a m ar te la d e c o~ ps d ~ p,l'Iot a mo i S ou ra, le protege des dieux", reva-t-il. II arriverait Ia ou on l'emmenait
poings. Il l'accusa d'avoir voulu s'enfuir car elleportait deja son pagne quand il etait nvant de s'echapper.
entre. Il leva les yeux sur le forgo qui l'accompagnait et sourit. Curieusement, celui-ci
/
- Silence ou ti va sort, cria Nanga. It Ii r en di t s on s our ir e, t ou t en l 'i nv it ant pa r d es g es tes d e 'la main a presser le pas
- Sarsent, elleve pas cepte. pO ll r rej oi ndr e l e g ros d u co nv oi . I I a ura it b ie n v ou lu l ui p os er d es q ue st io ns m ai s
- F au t f ai re pa r fo rc e, ka i ! ('11 quelle langue? II ne comprenait pas le minable baragouin qu'utilisaient les
- Son darriere est sec comme un vie marigot. nnssaramba et les forgos.
- Tu conna rian we, silence!" "Quellangage vulgaire et pauvre! Ils n e p eu ven t rn em e p as s e co mmu ni qu er p ar
h un -t am ou p ar fl ut e. C 'es t t out s auf u ne l an gu e! Ak ai ii ] u ne l an gue q ui n 'a p as d e
L'aube filtra dans un Keriba ou cette nuit les ceufs de la misere avaient eclos, 1'(~sOna11Ce u tam-tam est pareille aux beuglements des vaches. Et pour sur, elle
p ou r li be re r to ut c e q u'o n p ou va it i ma gi ner de p lu s i nh um ai n. Nu l n 'a va it f er me doit etre tres tres hypocrite, car on ne peut la parler sans hurler; done il est clair
l'ceil, L es v ie il le s f emm es av ai ent d ej a a ppr et e d es t is an es d e t ou te s s ort es p our qu'clle masque beaucoup de choses. Quand on aime on hurle. Quand on n'aime pas
ma in te ni r ce rt ai ne s g ros se ss es , d es i nf us io ns p our ar re ter l es h ern or rag ie s d es I I I I hurle... Au grand jamais jen'apprendrai cette vulgarite de langue. D'ailleurs, pour

fillettes blessees, ~ITC sincere, on voudrait me transformer en nassara-rouge ou noir que je


Des coups de sifflet stridents leverent le troupeau. n'accepterais jamais, pas plus que je n'accepterais etre esclave du nassara-rouge. Or
- Deebout, deeebout, leeeve, leeeve !Lignement vite vite. I II premiere chose qu'un esclave doit apprendre, est lalangue de son maitre.
- Toi, va voir si le nohmme la illa coupleternent mouri ti fait terelui. Quel tam-tam pourra hurler ainsi: "Ce pagada wouiii, ce pagala wouiii." Akaiii !
- Bian sarsent. [umais jen'apprendrai cette vulgarite de langue", se jura Soura tout haut.
Q ua nd l e f or go e nt ra d an s l a c el lu le d u ca mp em en t, il t rou va S our a a ss is l e d os
c on tr e l e m ur , l e c or ps t ou t c ou ve rt d e ci ca tr ic es , t ou te l a f ace tu me fi ee . I I n 'et ai t
pas mort!
L e fa rg o l ev a s on ne rf de b ce uf p ou r l e f rap pe r, et cr ut v oir d e c et te bo uc he a ux
levres dechirees et pendantes, de cette bouche de carnivore apres un festin, un
faible sourire. II s'immobilisa. Une peur bleue le secoua. II fit deux pas en anrriere.
A qui avait-il affaire? Pourquoi n'etait-il pas mort? "Cet homme devait etre Pendant tout ce temps, en pays bwaba, la vie suivait son cours normal. Du matin
dangereux, d'ailleurs Sanou Noupe est mort apres l'avoir frappe", reflechit-il tout 1111soir les forges etaient allumees, Bognini etait revenu de Boilga.
h au t. I I f al lai t d one q u'i l s e m ef ia t. Le ma lh eur q u'i l i nc ar nai t s ev ira it s ur u n a ut re II avait accompli sa mission sans difficultes.
mais pas sur lui. II etait averti. On parlait grande chasse, on travaillait grande chasse, on revait grande chasse.
S ou ra , t out ch an cel an t, s e l ev a e t a ve c d es ye ux en fo nce s so us l e p oi ds de le ur s 'l ou t l e m on de s 'oc cu pai t d e t out . O n a va it e u le s e sc lav es , t ous le s i mp6 ts e ta ie rt
paupieres, fixa le forgo, porta sa main en cuvette a sa bouche. II avait soif, tres so~f. russernbles. Et fait important cette annee, Bognini avait conclu un marche avec des
Le f or go s or ti t e t r ev int a ve c u ne ca le bas se d' ea u e t u ne c al eba ss e de g at ea u d e m il . fI,('IlS qui etaient prets a echanger des paniers de kola contre de la viande sechee.
S ou ra fo nc a s ur l ui a ve c c e q ui l ui r est ai t d e fo rc e, a rr ach a la c al eba ss e d 'e au e t s e Mais comme toujours, la vie refuse le bonheur total. Un nuage, ne serait-ce
mit a la vider. IIvomit irnmediatement. A la deuxierne calebassee, il se calma et put 'IlI'lIn tout petit nuage de peine, de doute ou de crainte plane sur tout bonbeur,
boire. IIne put plus manger. quclque grand que soit celui-ci. Dans la famille Dakuo, on cornmencait vraiment a

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se poser des questions. Tout une chaine d'hypotheses etait tis see pour eviter de T ou t l e mo nde s ur sau ta . La b ouc he g ran de o uve rt e, l e r eg ar d v id e, l es ch ef s d es
5/10/2018 [Link]
pe ns er a u p ir e : " C' est l e c oum and ow qu i p eu t-e tr e l 'a r et en u p ou r q u' il s v ie nn en t Ill'S et les conseillers du be se demandaient s'ils avaient bien entendu ce que le forgo
e ns em bl e. S ano u N ou pe e st p eu t- etr e ab se nt , a lor s S our a do it l 'a tte nd re p our l ui vcnait de dire. Pas de quoi ? Impossible!
transmettre l'information ... " Le forgo trancha d'un nouveau coup les imaginations.
Les soupirs gagnaient du terrain sur les rires, Quelque chose d'indescriptible Dans quinze jours, les chefs des differents uys doivent rassembler tous les
pe sa it su t l es c ee ur s. A l 'i ns u d e t out I e m on de, B og ni ni p ri t l e c hev al d e s on p er e e t I(~ullesde dix-neuf a trente ans de leurs uys et les conduire ici. Ce jour, le
se rendit a Boromo ou il eu t l a c on fi rm at io n du pa ss age de s on f rer e. S on r et ou r ('I iumandwo en personde viendra ici. Chacun de vous sera responsable de ses
ap po rt a un p eti t s ou la ge me nt c ar il e ta it pr es que c ert ai n qu e S ou ra a va it a tt ei nt ill iscnces. Les punitions pour les absences seront terribles. Commencez des
Koudogo. u uj ou rd 'h ui a c ol lec te r t ous l es i mpo ts . J e v ous r epe te , p as d e g ra nd e ch as se . L es

L e v ie ux Da ku o f it de no uv ea u t roi s n ee ud s d e fil ro ug e s ur l a q ue ue de b uf fl e. u uim au x s auv ag es a ur on t la p ai x c et te an ne e, O n n e v ou s de ma nd e qu e l e t ra va il ,


Le premier neeud empecherait le nassara de faire souffrir Soura. ~e second I"i('nque le travail, toujours le travail et il n'y aura ni nerf de beeuf ni prison.
adoucirait la conduite des forgos a l'endroit de son flls. Le troisierne lui eviterait les Nous repartirons demain, et sachez que notre rapport de mission peut vous etre
bagarres avec les turbulents mossi. Il"l!sutile a plus d'un titre, comme il p eu t vo us ap po rte r l 'ou ra ga n d e la c ol er e du
II ne restait plus que huit jours pour la grande chasse. Le soir, pendant que le (~[Link] depend de vous. Le be nous a bien recus. Les deux jeunes filles
d el e te ig na it s on f eu, l e ba la fon d e L oam y p arl a, p ar la l on gt emp s. L a q ui etu de d u qui s'occupent de nous, nous choyent admirablement. Nous pensons que nous
soir aidait l'echo a epandre les notes. Les hommes, montes sur les terrasses, n'aurons pas a parler de mal de vous. Nous ne sommes pas si exigeants que ca ;
ecoutaient attentivement. On avait arrete les jeux des enfants pour rnieux saisir les IIOliSne demandons qu'un seul beeuf par uy, quelques moutons et poulets, et
paraboles de Loamy. Le timbowni se mit a gronder: "Tous les chefs de terre des nurtout des eeufs dont le coumandow est si friand. Ce n'est pas un impot mais ce
d if fe ren ts uy s s ont i mp er ati ve me nt e t u rg emm en t co nv oq ue s au pa la is d u l a- be. 1I't!1lest pas moins un. Sur ce, nous allons nous retirer dans notre chambre pour
De ux h ye ne s d e l a f or et -ro ug e v ie nn en t d e s ur gi r d ans l a b er ge ri e d u b e. E ll es o nt III lIS reposer car nous sommes fatigues. Alors un rappel: pas de grande chasse, rien
ma l h ur le , le s h ye ne s, t re s m al h ur le . B wab as , l es h yen es d u d ia bl e-r ou ge o nt t re s ( 1'1 t!d u t ra va il p our l es i mp ot s, e t d ans q ui nz e j ou rs t ou s l es j eu ne s d e d ix -n euf a
ma l h ur le . L e l ion bw aba n 'a q ue fa ir e d e l eu rs h url em en ts . Le n id d e l 'ai gl e r ec oit trcnte ans ici, A demain! et songez que nous devons repartir.
des serpents, mais calmez-vous, ces serpents serviront de repas : ils mourront ..." I .e s d e ux f org os s e r et ire re nt . L e si le nce r et om ba , l ou rd. Le b e f ixa to ur a t ou r
Les plus eloignes des invites furent les premiers a arriver car la nuit, chacun avait It'll ch ef s. P er so nn e n e s ou ti nt s on r ega rd . II observait ces visages ternis comme
essaye en vain de comprendre ce qui pouvait motiver cet appel siurgent. plllir y lire on ne sait quoi. Que faire, que dire? Bmsquement Ie be se leva et se
L e be ? P e rs on ne ne l 'a va it en co re vu d ans c et e tat . Le s t ra it s t ir es de s on vi sa ge, 1'('1 ira dans sa chambre. Tous les chefs resterent assis jusqu'au soir, comme rendus
la couleur pourpre de ses yeux, la profondeur subite de ses joues, faisaient de lui un IIHwllsiblesa la faim et a la soif Nul n'osait quitter.
e tr e d ig ne de pitie, II t ran sp ira it ce m ati n d e to us s es po re s. S on e te rne l t ab ac q u'i l Pa s d e g ran de ch as se? N on! C' et ai t i mp en sa bl e. P our qu oi t ous l es j eu ne s? C e
rnachait dans un coin de sabouche avait d isp aru , I I ne repondait pas aux 1 I'( 'b li tp as p ou r l e t ran sp ort a u "l es t ra vau x d e h ui t j ou rs ". C ar ja ma is o n n' ava it
salutations des chefs de terre; il semblait rnerne ignorer leur presence. Un silence 111"1 c6dede cette facon, Que manigancent le nassara-rouge et ses forgos ? Personne
de mort regnait dans la salle d'accueil du palais. L'attitude du be intriguait et III' rcfusait de payer lesimpots, pourquoi alors supprimer la grande chasse?

inquietait tout le monde. Dans la nuit, le berevint suivi du chef des sorciers du p al ai s, I I garda encore le
- Lo amy f ait ve ni r l es e tr an ge rs , di t Ie b e d 'u ne v oi x s ans ti mb re , u ne e sp ec e de !lilt-ncequelques instants avant de crier:
gemissement. . T out le monde ici a entendu ce que le forgo a dit !
On attendit encore longtemps avant que Loamy ne se presentat avec deux 1 ' : 1 ' comme pour rnieux peindre son desarroi, il dit d'une voix calme, avec lenteur
forgos. La surprise fut totale. A peine s'etaient-ils assis que l'un d'eux demanda en li t 1 1 1 1 " appuyer sur les mots:
bobo: Pa s de grande chasse. Taus les jeunes ici dans quinze jours.
- A lor s be , t ou t I e m on de es t I i j e l 'es pe re . II se remit soudain a hurler:
Gnoumou ne repondit pas. Son regard de fauve se durcit. II fixa durement le C'est ce que veut le comandow ! Lecomandow le veut rnais les dieux et les
forgo qui venait de parler; [Link] continua, imperturbable: 1111d!ITeS e l'accepteront jamais. Jarnais ils ne pourront l'agreer, jamais, jamais.
- Le coumandow dont nous sommes ici les illustres et dignes representants, vous Scs levres tremblaient comme tout le reste de son corps. Son bonnet par ses
avertit que cette annee il n 'y aura pas les vagabondages et les inactions habituels. gl'111'(!S vait vole loin de lui.
Ainsi done, cette annee, il n'y aura pas de grande chasse.

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(

- II Y a a peine vingt saisons que nous avons connu le nassara-rouge, et on Q ue l e n ass ara -r ou ge br is e c omm e u ne v ie il le c al eb as se no tre 1 6h 6, c ela e st
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croirait pourtant qu'il y a plus de cent saisons que nous vivons cet enfer. J'ai donne I'impuissance et l'insouciance des dieux et des ancetres. M ai s au cun b wa ba , j c dis
quatre bceufs, sept moutons et des poulets aux forgos et ils m'ont revele les bien aucun bwaba ne verra un seul morceau de ce fracas.
intentions du nassara, a savoir : no us pa yer ons l es i mp 6t s d eux fois cette annee, Le griot hurla a nouveau:
Merrie les enfants de treize saisons seront imposables. La grande chasse comme ils - A nce tr es , v os di gn es fi ls o nt pa rle . .Ak ai ii ! L' idi ot r oug e p ie ti na it l e n id d es
vous l'ont dit, est supprimee, Mais chose que nul esprit tourmente ou desequilibre viperes. Eheee ! Le voila, le voila l'ane-rouge qui s'allonge sur le nid sacre pour s'y
n'a jamais et ne pourra jamais penser un seul instant, tous les jeunes, les manches de ('(iucher. C'est sa fin...
n os d ab as, l es fleches de nos arcs, les piliers de nos greniers, tous les beros sans Le be Gnoumou sauta de son tr6ne et cornmenca, avec le sentiment visible de
exception, seront pris pour aller tres tres loin d'ici, dans des pays lointains, montrer qu'il etait pret, sans bouger de ce palais, a combattre n'irnporte quel diable,

inconnus, pour faire une grande guerre. Contre qui et pourquoi? Ils ne me 1'ont pas I'III'-ilv ert , r ou ge o u b lan c, n oi r o u j au ne :
~ ~ - Un homme a un droit, un droit divin incontestable et inconteste: le droit de
Le be fit a nouveau silence pour mesurer les effets de ses revelations. Cliacun se mourir. Nos ancetres n'ont jamais perdu ce droit, nous non plus n'allons le perdre.
m ur mur ai t l es p hr as es d u f or go co mm e p our mi eu x l es c omp ren dre , c om me po ur Y()US faites-vous une idee du nassara-rouge ? Vous n'etes pas bwaba. II changerait

s'assurer qu'i l avait bien entendu. ,Ie c oul eur q u' il n 'i mpr es si onn er ai t p lu s d es a uj our d'h ui un e fillette de mon
- Des jeunes, tous les jeunes pour aller faire une grande guerre dans des pays I '! ly aum e.N ou s a von s d es a rm es . N ou s e n f or ge ron s e nco re, no us e n f org ero ns
inconnus sans espoir de retour I Non, non, c'est impensable! Vous savez: que totre Iiiujours c ar no us a ll on s no us b at tr e. De s le depart des deux forgos, le timbowni
be n'a d'ordre a recevoir que des dieux et des ancetres. Et lorsque sangsue-rouge P,I'( indera et avertira tout le pays bien avant votre retour. Rassemblez tous les chefs

lui demande de depecer son royaume cheri pour qu'il se repaisse, personne n'ignore lit,jcunes des differents uys ici dans trois jours. II nous faut renforcer les remparts.
sa reponse. I I( ) gn ini e t un im por ta nt g ro upe r eto urn er on t de s c e s oir a Bo il ga p ou r a che ter d e
Le griot salua ces nobles paroles par une salve de louanges. Le doyen des nnuvel Ies a rme s et d e l a p ou dre . Le s es cla ves s er on t r eve ndu s. D es de ma in , no us
c on se il le rs d u b e, c omm e m u pa r un r ess ort , s e m it de bou t a u m i li eu d e l'assernblee, dt!manderons aux ancetres la permission de combattre le diable. Et nous le

II rit a haute voix, d'un rire vulgaire, diabolique, et se mit a chanter d'une voix suave vuincrons. Q ue c ha cun s' app ret e. L' heu re d e to uj ou rs, I 'h eur e d u c om ba t po ur l a
Ies louanges des plus illustres bes du pays bwaba. On crut que les cheveux liherte qu'avaient connue les ancetres et que nous allons vivre, va incessamment
deserteraient les teres, que les corps n'auraient plus d'eau en leur sein, que les cceurs ti c mner. Gardons notre calme pendant que nous avons les deux hyenes a cote de
rompraient et que des morts reviendraient incessamment. Coupant brutalement son II( [Link]. Nous rassemblerons tous leurs presents ici. Je ferai tout pour qu'ils
chant, le conseiller dit d'une voix subitement petrie par l'ernotion : n 'ap por ten t qu e l es c euf s a ve c e ux .. L e tr oup eau ne l eu r co ndu it q u' apr es ... l eur
- Les dieux ont fait chaque peuple, chaque personne en lui remettant les moyens moct. Vous pouvez vous retirer.
d e l ut te p ou r p re ser ver se s l oi s, s a fo i e n l a l ib er te , en un mo t p ou r pr es er ver t out ce Ah, j'oubliais, le jeune Dakuo que nous avons envoye a Ko ud6 g6 a et e ar nen e
qui lie son existence a celle de ses ancetres. Ceux qui dans la vie ne font aucun d:IIISle lointain pays et conrtaitra pour sur l'horrible fin : mourir sans funerailles,
effort pour developper et utiliser a bon escient ces moyens sont des rates. Ils n'ont loin de sa terre ancestrale. Mais connaissant le courrage de ce gar<;on,nous savons
d roi t a r ien da ns c et te v ie, rn er ne pa s l e d roi t d e mo ur ir c ar ce ux- ci n e me ur en t p as q u ' i l sera accepte par les ancetres, car il acceptera la mort mais pas l'esclavage.
mais s'effacent. Les braves vivants, les puissants, les libres sur terre, seront les vrais C c qu i f ut d it f ut a us si t6 t e nt ar ne . Le l en dem ai n, co mm e p en dan t l es r ec olt es ,
ancetres, Nous bwabas, depuis le matin des temps, n'avions jamais vecu dans Ie HII' I e m on de s 'a cha rna s ur t ou t. L es j eu nes , so us la d ir ec ti on d e l eu rs c he fs , e n
l'esclavage. Je n'ai pas besoinl de faire allusion a ceux qui sont morts et qui plusicurs equipes, coupaient de grosses poutres pour renforcer les remparts, c'est-a-
actuellement nous ecoutent et nous observent, pour affirmer aux dieux, din' l'cnorrne haie qui protegeait le mur du 16h6.
l'implaccable courage et l'indeniable bravoure qu'ils nous ont enseignes avant de i\ l'interieur des cases on percait de nouvelles meurtrieres, On creusait aussi des
mourir. Le nassara-rouge, qui est-il? D'ou vient-il? II a s ou mi s mo ss i, b amb ar a e t 1 1 '( ' I I S que les femmes transformeraient par damage en reservoirs de grain. L'ennemi

autres a sa volonte. Si jusqu'a present nous avons accepte ses caprices, c'est qu'il III iuvait etablir un siege difficile a briser. En plus, les toits des greniers etant en
n'avait rien fait qui rnenacat notre existence dans ses bases. Mais aujourd'hui est un p,lill c, un incendie serait une catastrophe irreparable. Les vieillards, jusque la
jour que les ancetres aussi ont connu. Un jour ou la vie du royaume est remise en l 'I ':I I'i cs des t ra va ux, oc cup aie nt l es f or ge s et f abr iqu ai en t d es a rm es : f lec hes a
cause. II nous faut choisir entre mourir pour vivre et vivre pour s'effacer, senier. II( I " l ie aretes, lances a la pointe tres effMe, couteaux de toutes tailles... le tout etait
1 I ' I ' I I 1 p C a l'etat de braise dans de grandes cuvettes contenant le poison le plus

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viol ent reche rche pour l a circ onst ance. Les vie ill es fe mme s diri geai ent le s trava ux Illill i'l la renverse; troi s foi s suc cessivement sur le dos. Le sorcie r l ui-me me a bondi
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de battage du mil pour les reserves interieures. _,- 1111111" e saisir et temoigner ainsi a ceux qui l'ont accepte, la joie qui inondait son
Trois jours plus tard, au petit matin, apres l'annonce de la grande nouvelle, 1 '1 1'1 11 '.p re s l es o va ti on s d e l 'a ssi st an ce , l e so rc ie r p ou rsu iv it t ou t e n b ri sa nt l es a il es
combattre, tous les chefs de uy, tous les chefs de famille et les representants des 1'1II's pattes du poulet.
jeunes, etaient reunis chez le be pour assister au sacrifice d'entree en guerre. Un Nous briserons comme les ailes de ce poulet, tous nos ennemis, rnerne s'ils
bceuf, quatre chevres et trois moutons ainsi qu'un grand nombre de poulets etaient vuluiont, Nous briserons comme les cuisses de ce poulet, tous nos ennemis qui
pris pour la circonstance. Tout le monde, merne le be, etait assis a meme le sol. Les I1III'IIt'
ma rc he r
c on tr e n ou s.
jambes croisees, tous observaient le grand sorcier du palais qui dirigeait la lc be se leva, sourire aux levres. Tout rayonnant, il dit d'une voix ferrme :
ce re rnonie. C'et ait une batai lle psychologi que qui c onditi onnait ce lle des l ance s et Nous sommes des bwabas comme nos ancetres l'ont ete, Nous le resterons. Ce
des fusils. li"i' l'reil a touche est meilleur a ce que tient I'oreille. Vous avez tous ete temoins de
Une hache sac ree sur l'epaul e gauche , une gra nde cal ebasse parsernee de ca uris et h i d(~cision irrevocable des ancetres, Je n'ai plus rien a ajouter. Vous savez tous ce
d'amulettes en guise de couvre-chef, une petite calebasse pleine d'eau a la main lI"i 110US reste a faire. Un autre sacrifice annoncera le debut des combats. Nous ne
droit e, le s yeux fiamboyants, de b o ut sur l es fetic hes ance st raux, le grand sorcie r, de ~1'1'IIIISas impa tient s. Vous, le s chefs des j eunes, je vous lai sse le soi n d'ent raine r
sa voix rauque, domina le silence : \'1 1 1 l jcunes au tir a l'arc pour parfaire leur adresse et leur resistance. Nous
- 0 Dieu puissant et juste, recois cette eau au levant, recois cette eau au 11I'p,ill liserons, le s chefs e t moi, tout le re st e. N'a yez c raint e, tout est bien qui fmi t
couchant. 0Terre ! que ta sai ntet e rece ive c ett e e au qu'el le pa rtage ra avec toute s l es 1111'11.
forc es qui I'ha bite nt. Anc etre Gnoumou, grands bes Dapo, Loalo, Kaba, Sy, Bonou, ( )n passa toute la journee a cultiver, a faire developper ce petit grain de bonheur
ye ... vous tous sans exception qui aviez ete responsables de ce royaume, je vous I it' poulet est tornbe trois fois ala renverse. Tout le pays bwaba accueillit la bonne
convi e a goute r c ett e ea u que vous offrent tous vos fil s ici presents. 1IIIIIvcl le par de s hurlements de joi e. On de vait da nser mais il ne fal lai t pas perdre
Je n'ai pas besoin de vous reveler nos intentions. Vous les avez bien connues til' temps. La vic to i re prochaine enivrait deja tout un chacun. Tout etait fait avec
avant nous, car vous etes les rnaitres du passe, du present et du futuro Seulement, Illil~,On n'est jamais fatigue de faire de nouveaux greniers pour le champ qui a tres
aujourd'hui, je me dois de vous poser au nom de vos fils, une seule question :
s omme s- no us d 'a ut he nt iq ue s b wa ba s, o u s omr ne s- no us i ssu s d 'u ne r ac e d 'e sc la ve s ? ltil'lI produit'' dit un proverbe ancien. Celui qui a con fiance en l'avenir vit bien le
pi'l"Hcnt.
Nous ne pouvons nous plaindre comme de vieilles femmes de la situation macabre I ) at1s la fa mil le Dakuo, la conste rnati on qui s'et ait i nst all ee renda it le s j ours tre s
dans laquelle nous maintient le nassara-rouge. Car de votre vivant vous nous avez IIIIII\Set c ondamna it c omme c ompli ce, le temps qui semblai t ret arder le s jours de la
enseigne ce que doit etre la vie d'un peuple, les differents jalons que cette vie peut VI'l Ige ance . Botoni avai t rej oint sa bel le-famill e. Ell e exige ait qu'on lui rasat la tet e
avoi r, c 'e st -a-dire I'histoire du peuple. Cet te histoire, t ell e la course du grand fi euve, 1 1 1 1 1 1 qu'elle portat le deuil comme la coutume le voulait. On ne pleura pas. Le vieux
ne va que de l'ava nt. II n e sa ura it e n e tr e a ut re me nt . 1 > ; I I \ l 1 o re st ait conva incu que son fils reviendrait. II inte rdit que l'on prononcat son
C'est pourquoi tous vos fils ici presents par rna voix et rna main, selon les 1 1 1 1 1 1 1 , Le p se ud on yme b er o e ta it u ti li se .
coutumes que vous nous avez enseignees de votre vivant, vous offrent ce poulet Se iura venait pourtant d'arriver et non sans peine avec ses autres compagnons de
pour vous soll ici ter l a perrmission de vous imi ter. Cett e faveur qu'il s esperent avoir . t lHlll teur a Bama ko. Mil le-hui t pe rsonnes ont pu a tte indre Bamako. Les autre s ? Le
s'ils sont de vrais bwabas, enfants de vos ceintures, sera: combattre pour etre, a tll'l'" de bceuf avait souvent trop ernbrasse leurs cranes. Le fusil, serviteur
votre i ns t ar, bwaba de cce ur, de sa ng, de chai r e t de sa live . IIIliltigable, avait avec generosite invite les vautours au festin, et les hyenes a
Joignant l'acte a la parole, le sorcier egorgea le poulet et aspergea les fetiches de iI'pl'cndre leur lugubre chceur nocturne.
son sang. II lui a rracha des pl umes qu'il c olla sur le s feti ches et le jet a devant lui. Le s I,cs survivants. Comment les appellerait-on? Les esclaves ? Ils n'ont ete ni
gorges se nouerent, Les respirations se couperent, Les cceurs, dans cet elan \'I'lldliS ni achetes, Les prisonniers? 11 n'y a eu aucune guerre et ils n'ont rien fait de
d'ernot ion, fai lli rent alIe r a la de rive. Ce poul et en trai n de se deba ttt re c omme pour lilill, [Link] forc ats ? Ils trava ill aie nt deja dans la soumission et le na ssara affimait a voir
combatt re la mort , all ait t out de cide r. De quel cot e tombe rait -t-il ? Il fal lai t surtout Iill( > I i I'csclavage depuis belle lurette. Appelons-les: "choses-noires-pour-le-travail'',
qu'il tombat sur le dos et qu'il y restat ainsi face au ciel, signe que les dieux l'ac- 1IIII1IIleIe disait le be Gnoumou.
ceptaient et du merne coup tracaient la conduite a suivre. On egorgerait les autres 1,I'S "choses-noires-pour-le- travail" etaient parquees dans un grand camp que
a ni ma ux a pr es c et a cc or d. 1 ll ll it ai t·W1 e ha ut e mu ra il le . A l 'a rr iv ee du n au ve au t ro up e a u, l es a nc ie nn es " ch os es -
" Ouhou, ouououououl Kil iii i . .. " Le grand Dieu, t ous les dieux, t ous le s a ncet res li e > lI '( 's- pa ur -l e- tr av ai l" q ui l og ea ie nt d an s d es b ar aq ue s q ue l e ma nq ue d 'e nt re ti en
ont donne leur accord et promettaient un soutien total: le poulet etait tornbe trois I I\ 'i li t r ra nsf or rn ee s e n c lo aq ue s a bj ec ts , i nf ec ts r oy au me s d es mo uc he s, d es p uc es e t

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de s ca fards, se r uerent sur el le s a l a re che rche d'une figure farnil ie re. Toutse met a: l.'odeur nauseabonde que degageaient les canaris qui servaient de W,e.
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le pleurs et les rires, la joie et la tristesse, la vie et la mort. . NorbertZongo-rougbeinga
I Il ll pe st ai t l [Link]
ar aq ue e t s e revelait i nsupportab le. Soura se mi t a v om ir . I I r en di t le
Le cceur saute de joie lorsqu'on retrouve un parent; mais joie ephernere si 1'0n " PI'II qu'il avait dans le ventre. II eut des crampes d'estomac et se plia en deux. Le
pen se que des pa rents sont condamdes a m or t p ar l eu r i nc ap ac it e a m et tr e e n v al eu r ~lllllineilne sera pas de la region cette nuit ; surtout avec les tiques et les puces qui
le s cha mps sans ce s bras val ides, parti s po ur Bama ko. "11l,:aientsans merci.
Soura ne cherchait a voir personne. II voguait toujours dans cet ocean ou le reve l'uces et faim plus odeur empoisonnante, le tout bien assaisonne d'une chaleur
et la realite f ai sa ie nt c or ps . I I o bse rv ai t tres attentivement les murs du camp. II y ~lll l( icant e- chal eur nat urel le e t cha leu r humaine - fa ill ire nt avoir ra ison du coura ge
avait beaucoup de coumandows, pensa-t-il, vu le nombre de cases blanches. Par ou til' Soura, Mais il se rappela aussitot sa mission: ilne fallait surtout pas decevoir les
passerait-il pour s'echapperr Le mur? Impossible! II etait tres haut. A moins ... a t lh'lIx et le s ance tres, II devai t teni r bon. II ti endrai t bon.

moins qu'il ne s'appuie sur quelqu'un, mais qui? La porte? Elle devait etie gardee /\ vee des moyens que seule son imagination etait capable de lui procurer, il se
j ou r e t n ui t. Illil ~I construire l'immense et confortable chateau qu'etait son avenir. II se le
Quelque chose cria comme s'il avait la gorge pleine d'eau et arracha Soura a son 1'1'1r{'sentait glorieux, riche en faits temoignant l'audace et la bravoure.
uni vers oni rique . II t ressa ill it lorsqu'il v it tous le s forgos, l es uns derri ere l es aut res .. tin de ses voisins qui lui donnait des coups de pied arreta la deferlante vague de
comme des cana rds se renda nt au marigot , tena nt l eurs fusil s c omme de s morc ea ux .,111 imagi nati on. II re agi t brutal ement, je ta viol emment l es de ux pie ds de l 'i mpoli
de bois tres lourds a porter. D'autres cris jaillirent de partout. Un groupe de . tI,II)H une autre direction, et se mit a le menacer, decide a se vi r s i l 'i ns ol en t
nassaramba fit irruption d'un coin du camp. L'un d'eux se mit a crier fort et a 1'1111 inuait.
g es ti cu le r. S es g est es e t s es c ri s t ra du isa ie nt u ne t el le n er vo si te q u' il e ta it i mp os si bl e' I .c matin de bonne heure, a pre s le c ri de l 'a nimal, un forgo ouvrit la porte de la
de pe nse r qu'il ne di stribue rai t pas des c oups a l a v ol ee , L es f or go s, a c ha qu e c ri , 111I1'iKlue.o ura fut le premier a sortir mais le forgo le fit rentrer imrnediatement. II
chaque geste, manipulaient leurs fusils comme des singes jouant avec un fruit de I II "'IV(I son voisin toujours etendu, La c ol ere l e prit de nouveau. II voulut rendre les
baoba b. De vra is enfa nts, reva Soura ! l'IHlpS recus la nuit. Au premier coup de pied, il comprit que le malheureux etait
Un lourd si le nce voul ut s'insta lle r, ma is l a c hose se mi t a c ri er d e n ou ve au ! S ou ra 111111'1'. a colere se mua en corppassion. II etait tres afflige. Un coup de pied a iun
se mit sur la pointe des pieds, tendit le cou et essaya de voir ce qui criait. . i mp en sa bl e e n p ay s b wa ba .
chose d'autre attira son attention: un morceau de pagne attache a u ne f ic el le l n u luv r e i' C
i\preS le'edej
ta iteune r, l es c ris qui ava ien t sal ue la naissance du jour s'ac ce ntuere nt, l a
montait le long d'une barre de fer, soigneusement his see par un nassara. II faillit truvache s'en rnela, vivement. II fallait etre en ordre et surtout ne pas se tromper de
pouffer de rire. Les forgos et les nassaramba se tenaient tout raides, comme s'ils WllllpC.
avaient avale une grosse tartine de sagbo (gateau de mil). IIs ne quitteront leur ( )11 selectionna des vanniers et des forgerons. Soura se mit avec les forgerons.
ridicule position que lorsque le morceau de pagne aura atteint le sommet de la 1 \ 1 1 reste des "choses-noires-pour-le-travail", on donna une pelle, un panier et un
b ar re . E nf an ti ll ag e ! pll' Ii chacun, II y eut un petit groupe forme par les eclopes, les mourants. A ceux-ci
Un nassara-rouge parla pendant longtemps. II etait vieux et avait un 1 II Ir emi t t ro is p el le s e t d es p ic s ; i ls e ta ie nt l es c ro qu e- mo rt s.
accoutrement different de celui des auttes. II n'avait pas un petit panier sur la tete, 1)cs forgos a c he va l f ai sa ie nt s or ti r t ou te s l es "c ho se s- no ir es -p ou r- le -t ra va il " et
mais un petit chapeau avec un bord allonge. Sa poitrine etait couverte d'amulettes Il'licllnduisaient sous l'oeil vi gil ant des na ssa ramba , sur un c hemi n poussiereux, Les
semblables a de s ca uris. II deva it et re un na ssara t res important . Apre s son di sc ours, I tl ll 'i l'l ll lC S "c ho se s- no ir es -p ou r- le -t ra va il ' m ur mu ra ie nt q u'i l me na it a u l ie u d u t ra -
p lu si eu rs n ass ar amb a- no ir s s e r el ay er en t p ou r p ar le r a leur tour. L'un d'eux parla en \',111.
bobo et Soura comprit dans son etonnement habituel, les courtes mais terrifiantes (.lll dques insta nts apres, une mer d e hutt es s'eta la devant l es nouve lle s "choses-
phrases qui disaient: "Vous etes ici pour travailler, on ne vous demande que le tra- I II II I't 'H ·p ou r- le -t ra va il ". C 'e ta ie nt l es a te li er s d es f or ge ro ns , d es v an ni er s e t a us si l e
vail. La paresse est un crime abominable puni de mort. Les tentatives de fuite .., Ih'll d( ~ f ep os d es n as sa ra mb a q ui su pe rv is ai en t l es t ra va ux .
vous ne saurez jamais ce que ca donne, puis q ue vous n'aurez plus conscience de ()lIand Soura fut dans sa forge, il comrnenca encore a se p os er d es q ue st io ns :
votre etat, Travai l et obei ssa nce sont et doi vent re st er vos souc is quot idie ns ... " 1"1111'ue! t ravai l l'ava it -on pla ce ici ? Ce tte e leva tio n de te rre l a-bas, eta it-c e une
Apres t outes ce s c ere monie s, on di visa l e tro upeau de "choses-noi res-pour-le - 11I11I1H'iJon, c'etaitt bien trop long pour etre une tombe. II sursauta au bruit des
travail" en groupuscules de cinquante personnes pour les enfermer dans les I'!t'm pies qu'on laissait choir derriere lui. II se retourna tout d'une piece et fixa le
baraques. La ration de mil bouilli fut tres insuffisante ce soir-Ia, Soura ava it 11111"11'111'.
uand il vit qu'il etait bobo par ses cicatrices, il voulut s'informer sur le
l'estomac a digere r t out ce que ses dents po uvaie nt croquer. 11,11'1111
ue le nassara etait en train de faire.

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52
I .

53
La s eu le re pon se a s es q ues ti ons f ut u n h ur le me nt. U n f or go ve nai t de su rgi r, e t IIIblHHablementllait et venait, comme voyant son chemin barre par cette elevation
5/10/2018
son nerf de beeuf avait sollicite et obtenu du dos de l'interlocuteur deNorbert Zongo-rougbeinga
Soura, ce cri. -[Link]
! l l ' terre sans cesse croissante en longueur et en hauteur. 11 n'avait d'eeilque sur les
Soura lui aussi recut deux coups. Le chef de leur forge alluma en tremblant les p i C K qu'il devait aiguiser avec le devouement qu'exigeait le nerf de beeuf.
foyers, tout en invitant ses camarades a prendre les soufflets et les marteaux. ()n peut tout oublier dans certaines conditions. Tout se resume souvent a rien,
P art ou t on g ro ui ll ait . C eux au xqu els o n av ait d is tr ib ue de s pi es , d es p ani er s e t 111a vie n'est ni plus ni moins qu'un simple residu. C'etait le cas de Soura qui
d es p el le s a va ie nt c ha cun d eu x m etr es c ub es d e t err e a c reu se r e t a t ra ns por te r s ur n'cntendit rnerne pas les cris qui montaient d'un hangar a quelques pas de lui.
une distance de deux kilometres, jusqu'au remblai de la voie ferree, l.e forgo qui surveillait leur hangar se rua dehors. Soura jeta un coup d'eeilfurtif
A to us l es c ent me tr es e tai t p la nt e u n f org o, b ien s ur av ec s on i nse par ab le ne rf 'Ii v it u n f or go d' abo rd e te ndu , en su it e d ebo ut, s ou te nu p ar de ux a ut re s f org os.
de b ee uf. Al ars d u re mbl ai a u cr eu so ir on et ai t b att u. 11 fallait bien sur initier les I)'mltres forgos accoururent et des cris fuserent de partout. L'animal bizarre cria
nouvelles "choses-noires pour-Ie-travail". Certaines d'entre elles faisaient, depuis ce plusieurs fois. Soura sortit, suivi de taus les autres de leur hangar.
matin, la distance au pas de course avec un panier vide ou peu plein : pendant Le f eu d ev or ant l e h ang ar, l 'a ff lu x ma ss if d es f or gos d e ta us l es c oin s e t t ou t l e
qu 'el le s cr eus ai en t, o n l eur d onn ai t u n c ou p d e n er f d e be euf p our ac cel er er l eu r (umulte q ui s' en s ui vi t, e ta ien t de s s ig ne s pr emo ni to ir es d' un e ca ta st ro ph e. D es
travail, alors elles se sauvaient en direction du remblai sans attendre. Les forgos qui Ilisils tonnerent, So ura e t t au s l es au tr es r ega gne re nt ra pi de men t l eur h an gar . L a
jalonnaient le parcours, voyant qu'elles avaient un panier vide ou peu plein, se H IInation etait grave.
relayaient pour les battre. Arrivees au remblai, comme elles n'avaient rien a jeter, on l .' app ari ti on d 'un nas sa ra ra men a l e c alm e p ou r u n t em ps. L e f eu m on tr ai t un e
faisait pleuvoir des coups de nerf de beeuf sur elles et elles rebroussaient chemin. rnvie br ul an te d e s 'at ta qu er au x a ut re s h an gar s. L es fo rgo s, a pre s a voi r p ri s l eu r
Voila l'infemal cycle de travail de certaines "choses-noires-pour-Ie-travail" qui rklicule position, s'attaquerent au sinistre tandis qu'une "chose-noire-pour-le-
avaient la langue au dehors et finissaient par tomber d'epuisement. Avec la travail" se relevait peniblement des decornbres fumants d'un hangar. Quatre autres
persistance des coups qui pleuvaient avec l'infame pretexte de reveiller le choses y gisaient inertes, deux d'entre elles avaient le ventre ouvert.
" par es se ux" , ce rt ai nes mo ura ie nt e t e tai en t e nt er ree s i mme di at eme nt p ar de s Le n as sa ra s or ti t u n m orc eau de f usi l q u' il te na it a ccr oc he a s a c ei nt ur e e t p ar la
croque-morts mourants. rl'un t on g rav e p ou r c eux q ui l e c omp ren ie nt co mm e po ur c eu x q ui et ai en t c omm e
H()ura.
Les autres
meilleures. Par"choses-noires-pour-le-travail"
exemple chez les vanniers, n'etaient pas dans desque
sous l'empressement conditions
donnait - Qui a allurne cet incendie ? Qui a donne l'alerte ? Et c es d eux i mbe ci le s q ui se
l 'i nf at ig abl e ne rf de b eeu E,o n s e t ai ll ai t l es d oit s a l a p la ce du bo is . C e r ner ne b ois sont laisse tuer beternent l On vous a conseilles de tirer sur les premiers
hativemement fixe se liberait, sifflait dans l'air et souvent allait tomber avec un eeila I'(~calcitrantspour decourager les autres. Toi qui te tiens le ventre, viens raconter un
un bout, ou dechirait au passage une narine. pcu ce qui s'est passe.
Quant aux forgerons, ces charbons vivants, souvent en proie a une velleite quant - Ca pte l, se l e Na ir r ner ne qu i co urn enc e a t ie n ou s. Eu x c ou pl et men t, O n a p el e
au choix entre le nerf de beeuf et le feu, rien n'etait plus a plaindre qu'eux . Ces passeque le autres y pe faire kaii...
hommes, "avant le jugement demier", r6tissaient a petit feu chaque jour et avaient - Ca va ! v ou s a vez f ai t le s s ala uds u n po in t c 'es t t out . C 'es t b ie n f ai t po ur v ou s,
le corps couvert de boursouflures et de cicatrices..Partout en eux ily avait les traces \ I I I U S avez eu ce que vous rneritez, Ra nim ez l es re vol te s, j e v eu x q u' il s s er ve nt
du feu. Certains d'entre eux avaient le sexe a decouvert. Car le cache-sexe avait lui- d'cxemple.
merne brule et non sans causer de mal a ce qu'il cachait. Les forgos ne se le firent pas repeter deux fois. Des le depart du nassara, avec
P art ou t o n p le ur ai t, pa rt ou t on so uff ra it e t g ene ra le men t on m ou ra it po ur t ue r de s tisons rougatres, ils ranirnerent d'une curieuse facon les "choses-noires-pour-le-
ces croque-morts qui n'avaient plus assez de force pour soulever les lourds pies, et travail" et en du es s ur l es c end re s c ha ud es . L e f or go t ou t co uve rt d e s an g m on tr a
se mettaient a plus de dix pour transporter un cadavre qui ne pesait pourtant pas plus de zele. 11 s'occupa de la "chose-noire-pour-Ie-travail" qui avait le corps rouge
lourd. Certes les tombes n'etaient pas profondes et les hyenes apportaient de la c oul eur d e l a l an gue d u f eu . 11 s'achama sur les petites ties noires au milieu de
spontanement leur concours dans ce travail harassant, mais avec le nombre de co t ocean rouge: les yeux peterent, les oreilles se replierent et le cou seraidit. Merrie
"choses-noires-pour-Ie-travail", disons de cadavres en sursis, certains croque-morts lcs "choses-noires-pour-le-travail'' dans ce cas doivent mourir.
se virent souvent obliges de prendre la place d'un forgeron ou dun creuseur ... Nul ne pouvait imaginer l'atmosphere qu'il y a ur ai t a pr es ce s e ve ne me nt s: u n
La mauvaise alimentation, les bourrades, la rudesse de la besogne, la dysenterie, I(, rgeron en train d'aiguiser la lame d'une machette a ete brule par un forgo qui
le paludisme, etc., voila les assassins des bourreaux des croque-morts. t ro uv ai t s on t ra va il t re s l ent . P rom pt, l e f or ger on s 'e ta it l ev e e t, d' un c ou p s ec , il
La p or te d e l a fo rg e d e S our a f ai sa it fa ce a u re mbl ai d e l a v o ie , m ai s i l n 'av ait n i avait ouvert le ventre du forgo. Ces compagnons l'avaient aide et ils avaient recu les
le temps de revasser ni celui de contempler la fourrniliere humaine qui

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autres forgos. Bilan : deux forgos eventres, un blesse, cinq "choses-noires-pour-le- 1 \1 )I()ni et ne dit mot de sa mission "supreme". Un changement s'opera en
travail" grillees, Au total sept negres au tombeau.
5/10/2018 l'individu. Un
NorbertZongo-rougbeinga soupir prolonge siffla dans l'air. La voix railleuse et agressivc de
-[Link]
Da ns le s h utt es s ou ff lai t a p res en t l a t er rib le b our ra sq ue d e l a ha in e. Le n er f d e lIilgllcre,devint une melodic presque.
beeuf doubla de rage et eeuvra avec un zele exceptionnel dans ces moments de 'I'll e s t ri ste n 'e st -c e p as, o u tu c ro is l' et re? De tr omp e- toi , t u n e s en s pa s e nco re l a
vengeance. Trois fois dans la journee le fusil rappela sa terrible presence. La tiliulcur. La rnisere n'est pas un mot, et personne hors de cette situation ne peut
f ut v is ib le . B la nc he d e pe au a ve c u ne p et ite c an ne a l a m ai n, s ouv en t n oi re de jI (' vfl lu er .L 'h om me a g en oux p our p rie r Ie di eu de l a i ni se re ! O ui , l a m is er e a un
avec une chechia rouge et des habits kaki, elle circulait entre les hangars. dil'lI i nq ua lif ia bl e ! j 'ec ha ng er ai s m a f an ge d 'i ci c en tr e m il le m or ts d e ch ez mo i.
temoins oculaires de la mort ne pouvaient la fuir. Car on ne voit la mort que, I hillS lavie on nait plusieurs fois. Nous sommes renes [Link] depersonnalisation est
lorsqu'on est son prisonnier. lilli'nouvelle naissance. Je suis de Reo, pres de Koudogo ou on t'a [Link] suis gou-

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s 'e ch ap pe r gr im pe so uv en t a u s om me t d u t as e t c on fo rt ab le me nt s e j uc he s ur 1 I1 I) l' l: s,'a ut res on t e te am en es o n n e s ai t ou , D 'a pr es l es f org os i ls s on t p ar tis a
epaules de l'humiliation. Aussi sous certaines huttes, on jeta des cache-sexe au Hllkarr(Dakar), Barsawouil (Bingerville), Casb leenga (Casablanca), etc. J'ai appris le
et on fit "l'amour" entre copains. Les rescapes du hangar d'ou etait ne le drame,' hnho avec un camarade.
furent condamnes, toute la journee, a se tirer le sexe en chantant: "]e t ra is m a v ac he " · OU est-il a present?
noire, je trais une vache sans lait... " j e ne s ai s p as e xa cte me nt. N ou s l 'a vo ns e nt er re a go ni sa nt c ar i l a v ai t t en te de
L e s oi r, a pr es l a c er ern on ie d u m or ce au d e p ag ne , o n d onn a u ne ma ig re r at io n de ' IiiiI ' c t o n l 'a va it bl es se a l 'ep au le. L a t om be n' et ai t p as p ro fon de e t i l a d u f ai re s es
mil bouilli et on enferma aussit6t. Soura mit sa part dans la poche de son cache- ' lilll(~raillesd ans le ventre des hyenes.
sexe, bien sur a l'insu des forgos ; ils l'auraient confisquee et non sans coups. ·Ne pouvais-tu pas creuser la tombe toi-rnerne?
II crachait sans arret. Merrie apres ses vomissements, il sentait encore l'urine d'un .. Un forgo etait la ! II criait de ne pas perdre le temps pour des "betises
camarade dont il avait refuse, malgre l'ouragan de coups de nerf de beeuf, de lecher IHll'cilles".Me s de rn ier s c ou ps de p ic m 'o nt c ou te l es c ic at ri ce s q ue t u v oi s s ur mo n
l'anus. Les forgos l'avaient fait maitriser par les autres, avaient ecarte ses rnachoires i lt )S. J'aurais du le suivre en faisant comme ces forgerons cematin.
de force et son camarade avait urine dans sa bouche. L'execrable odeur qui . Aha! Malheur a ceux qui se jugent avec clernence dans la vie. Je n'ai plus le
freine le rythme de ses poumons le premier jour, devint supportable. L'habitude ? II r ou rag e de l 'e ss ay er e t j e m e s ur pr en ds pa rf oi s a d ir e q ue j e m e s ui s b ien c on dui t
fallait qu'il se rincat la bouche. II prit la calebasse a la porte de la baraque et se IlIlilJue-la.
dirigea vers un gros canari pose au fond de la chambre. " Tu as peut-etre raison. L'esprit de l'homme est une riviere. Elle coule, grossit,
- N' en le ve pa s, c ri a q uel qu 'un e n b obo . L 'ea u s e tr ou ve d an s l 'a ut re c an ari , a til"ilorde, pour se transformer en se dessechant en une langue de terre des plus
gauche; la, c'est de l'urine et autrres dechets. !'[Link] vole tout de suite et rampe l'instant d'apres. Dans le cataclysme de ces
- Merci !repondit-il, Mais jene peux pas atteindre ce canari ; ilYa... I'hangements, on se perd toujours.
- Va, pietine comme tu veux. Personne n'est dans sa case ici. • IIun 'a s r ie n v u en co re, c 'e st p ou rq uoi t u f ai s d e l 'es pr it . J 'a i c on nu l a m or t. E t
II n e p ou va it p as l e f ai re . C om me nt a ll ait -i l m arc he r s ur d es c or ps c om me s ur p lu s j e l a v o is p lu s e lle m 'e ff ra ie . J e s ui s m aud it . P our u ne v ie s ans s en s, j e n e ve ux
des morceaux de bois? Son interlocuteur inconnu se leva, et grace ala faible . I):IH mourir. Demain tu comprendras.
d e l a p et it e l am pe a h ui le qu i j et ai t un r ega rd f lo u s ur c es c or ps e te nd us a r nem e l e N'as-tu pas encore essaye de fuir ?
s ol , i lle gu id a v ers l e c an ar i d 'e au en l e p ou ss ant r ud eme nt . M al gr e t ou t, S ou ra l ei '.Iene peux pas te repondre. Les dieux decident de tout. Seulement, jepense que
remercia poliment pour son devouement spontane. II voulut en savoir plus sur celui It'll dieux nassaramba-rouges ont assujetti les dieux noirs, sinon comment expliquer
qui venait de l'aider. h i suuation actuelle? Si nos dieux regnaient toujours, ils nous auraient defendus.
- Y a -t -i l l o ng te rn ps qu e t u e s l a ? D 'o u v ie ns -t u? Es -t u b obo ? Mili:; helas]Ils sont aussi esclaves que nous, et eux aussi creveront tous.
- En voila des manieres I Comme je t'ai aide tu veux maintenant savoir le' Vous n'avez pas d'ancetres ?
nombre de puces que je porte sur le corps. Apres tu me compteras le dents, n " , De s a nce tr es ? Qu el le i di ot ie! Q ua nd le r oi e st v ai nc u c 'e st a ve c s es v al ets . Le s
p as? C 'es t a mo i de t e p os er d es q ue sti on s. J e s ui s l e ch ef d e c et te b ar aq ue . J 'a i e te illll'l'l:resdes nassaramba sont aussi les plus forts. Sinos dieux pouvaient ressusciter
n orn me pa r l e f o rgo . D' ou v ie ns -t u p ou r e tr e s i e ff ro nt e ? u l'insrar d'un des dieux des nassaramba, qui, d'apres un forgo, ressuscita au trois ie-
S ou ra p ri t so n t emp s po ur ra co nte r a c et ho mme d on t il ad mi rai t l a IIH jour de samort, peut-etre combattront-ils mieux cette fois ?
to us l es ev en ern en ts q ui l 'a va ien t c on dui t d ans c et e nfe r. II ne parla pas de

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- Un vrai dieu ne meurt pas. Seuls les hommes rneurent ; et s'il arrive a ( : ltol~i r ! V oila l a c lef de l'eni gme de la vie . Choi si r ! I I faut t oujours c hoisir pour
de se reveilller d'une mort, c'est qu'il a tellement fait de mal pendant
5/10/2018 sa vie surZongo-rougbeinga
Norbert YII'n'~ c r un -[Link]
vieil adage dit : "Ne pas choisir, c'est toujours choisir", Des Ie
que les ancetres et les dieux de la terre le rejettent. Ne te decourage pas. Les It1lldl'lllain il choisirait, et en homme. Sa liberte lui couterait-elle la vie? A lui
des Noirs veillent et ils ne nous abandonneront pas. Tout changera un jour. de choisir.
pense ... i'il l~i d'une que st ion a une aut re, la nuit de Ba lil y s'ecoula, ernportee comme une
- Ta is -t oi m ai n t en an t, n ou s a ll on s d or mi r. 1 1 1 1 1 1 1 1 'par le t or re nt d u t emp s.
Dormir ? II avait menti. Cette nuit avait cede sa place a sa premiere nuit dans '1',1 c. ta -a -a-a-a-a -a-a, t a - ta -a-a-a -a-a. On sonn ait dej a le reve il. Un jour nouvea u
taudis. Cet etranger venait mysterieusement de remettre a nu tout 1 ' 1 1 ' nrnensi _"III 11(\ il fallait s'y accommoder. Principe elernentaire. Soura s'etait reveille au
chagrin, toutes les peines qui avaient fait de lui cette loque IHlll11ier c ri de l'animal bizarre. Les voix qu'il entendit se firent habituelles.

meconnaissable, II avait tant vu a la fois qu'il ne chercha plus a faire travailler j'l'(Ilij ours les forgos!" gemit-i l e n se frotta nt les yeux. II fouill a to u te la ba raque de s
mernoire, II avait fait depuis sa naissance vingt ans de paradis, et apres, c' l'l'll N pour reconna itre son i nte rlocut eur de l a n ui t.
l'enfer et peut-etre pour le reste de la vie. " . I I ' suis l a, ne reche rche pa s tres loin. Comment t 'a ppell es-tu ?
Une questi on de I'e trang er le mordi t. II n'ava it pa s att ache t rop d'import ance jc tn'appelle Dakuo Soura. Je suis du pays bwaba. Tu sais deja comment je suis
derniere question: "N'as-tu pas encore essaye de fuir? " II ne l'avait jamais 1'1'1111
ei...
Pourquoi ? Aucun obstacle humain pourtant ne do it, si colossal soit-il, u.,",LV'''U.'''~1 je ne t'ai pas dernande que ton nom. Je m'appelle Balily Bapio. Je te
voire supprimer le cours normal de la vie d'un homme qui ignore la peur, mere l'l'l' I unmande beauc oup de prude nce et d'at tent ion a ujourd'hui; d'a ill eurs tu verras
la lachete, hll ip,IIC de conduit e a adopte r apre s les exec utions de ce mat in. Hie r soir les forgos
Et ait -il un lac he? Eta it-i l un rat e? "Non!" decl ama -t-il , Et pourtant ill ui s 1 1 1 1 1 p r i s ci nq vi vants pour re mpal cer les cinq re cal cit rants morts dans la bagarre . Ils
n'avoi r rie n fait jusqu'a pre se nt. Etai ent-c e le s ye ux desorbi tes de s fuya rds qu'il Ml'l'viront d'e xempl e. Je verrai le s forgos pour que t u vie nnes t ravai lle r dans notre
maint es fois ent erres qui le re ndaie nt si c ouard? Eta it-c e le ur sang rouge, leu r llililgar.
chaude et leur salive qui l'ont maintes fois rnouille pendant qu'il essayait de "Deor tout le monde, et vite ! Pas de detard, pas de detard. "
detacher des poteaux qui avaient fait germer en lui les graines de la J."'''r,[Link].V" 1':11file i nd ie nn e, l es « ch ose s- no ir es -p ou r- le -t ra va il », e cu el le s d e b oi s a l a m ai n,
deva nt l'inhumain avil isseme nt? Non! Cel a ne su ffi sait pa s, sinon i l s'en jl l'('l lai ent la boui ll ie de mil qu'ell es a vala ient rapi deme nt pour des ra isons faci les a
qu'i l eta it i ncapa ble de c ombat tre comme la vi e l'exige ait en re compe nse de son d"vlllcr. Ce matin annoncait d'ailleurs tres malla journee. Le nerf de bceuf sifflait
la liberte. 1l IlI'lout. A pres la ri dicul e c erernoni e du morcea u de pa gne, un nassara-rouge parla
Non! II deva it l aisser pa rler l'et re qui l'habi tai t, cel ui qui n'e tai t pas lac he ; i ll ' 1 1 1 1 h re f i nst an t. T ro is n ass ar amb a- ro ug es l e r el ay er en t e t p ar le re nt a l eu r t ou r.
trop tyrannise et a present, grace a l'etranger, il avait repris force et pouvoir. "On vous a bien avertis a votre arrivee ici, il y a a peine deux jours, de vous
devait se taire afin que son arne percut les cris de ce moi qui le jugeait, j ( 1 1 1 1 1 ' tranqui lle s, de n'a voir en t ete que l e souci du trava il bien fai t. Les re cal cit rants
rnorigenait. II lhicr vont vous servir d'exemple. En cas de recidive tout le monde en patira; sans
II deva it croire , ac cept er qu'i l n'a vait ri en t ente jusqu'a pre se nt, rien, rie n. PHl 'c ption. Je vous assure que l a le con se ra de t ail le a dompt er un buffle bl esse ."
que pouvait-il ? voulut-il repondre II avait affirme lui-meme que les dieux Soura, comme tous les autres, avait tres bien compris ces lourdes menaces
n as sa nu nb a- ro ug es a va ie nt v ai nc u l es d ie ux n oi rs. Hl Il'clnc tement profere es; avec des yeux ha gards il suiva it l a proc essi on de s forg os
Tous le s Noi rs vivai ent-i ls dans l'escl avage ? Ce rtes non! II connai ssai t troi s IIl li cnc adrai ent ci nq de leurs compagnons de malhe ur. Il s les poussaie nt a coups de
ses camarades qui avaient reussi a fuir. II fallait risquer pour vivre, cela n'etait 1 I' II ~~ eb ie n q u' il s e uss en t l es b ra s so li de me nt l ig ot es d er ri er e l e d os.
secret pour personne. (Juand des ordres d'arret fuserent de partout, on etait en face d'un kapokier. Des
" As-tu essaye de fuir?" II fallait que cet etranger jetat comme une pierre 1 1( )1 It :~e c or de p en da ie nt d es b ra nc he s c omme d es r ac in es e xt er ie ur es . O n e ta it t re s
fronde, cette phrase sur son coeur. II fallait qu'il lancat comme une lil ill du lie u du trava il, pourquoi s'arre te-t -on P se demanda Soura. Les cordes ...
purificatrice dans le liquide sale et trouble qu'etait sa conscience, cette bi ' ) 1 1 ! Ce n'e tai tt pas possi ble ! II n'osa it croi re. Pourt ant le s forgos c ornme ncai ent a
M ai nt en an t i l f al la it c ho isi r. C el a n 'e ta it p as r ar e d an s l a v ie . C ho is ir . 1 1 ' 1 1 mett re aux co u s des cinq. Ils les [uc herent
sur des c hevaux.
Evidemment il savait que rien ne coutait aussi cher que la liberte, Son prix "Ouvrez bi en vos yeux, sa uvasse s noirs. Tous l es fuya rds et tous les rec alc itra nts
rend souvent inutile pour les laches. Sa dure graine ne pousse qu'apres une pluie it partir d'aujourd'hui subiront pire que ce que vous allez voir. Ces cinq peuvent se
sa ng. Jamai s sa live , l arme s et uri ne n'o nt reussi ala faire ge rme r. vunter d'etre choyes apres ce qui s'est passe hier. "

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Achevant la traduction de ces paroles d'un nassara, le forgo fouetta les chevaux hlllp,t! dans laquelle on nous a ploges et O U l 'on n ou s m ai nt ie nt , e st u ne r ea li te
qui se carnbrerent puis s'elancerent en ejectant leurs cavaliers. Les "choses-noires- 1I1111'11ante t non un cauchemar. Si jusqu'a present je n'ai pas tente de fuir, c'est
5/10/2018 [Link]
pour-Ie-travail" jouerent des pieds. Leurs corps tournaient dans des convulsions L l I I ' ( ' 1 1 v er it e, j 'a i e te m ar qu e p ar l a mo rt q ue j e vo is p ar tou t. C ett e m ern e mo rt q ui
saccadees ; on eut dit des feuilles prises dans un tourbillon. Comme pour se Ii H' voit partout.
montrer la plus longue, leurs langues sortirent dans un rictus effroyable. Une bave I ,ilvie que je cherche aprement, cette vie a laquelle je m'accroche assidument et
e pa is se c om men ca a s 'e pa nd re s ur l eur s p oi tr in es . Le s y eu x, c om me p ou r m ieu x qlli pourtant me fuit continuellement, est ma mort. Pour m'arracher a cette
voir, sortaient de leurs loges et presentaient tout leur blanc. .11 11 il Honu l e n ass ar a- ro uge et s es d ie ux me r ab ai sse nt a l 'an im al , j 'a ur ai s ai me
Un frisson secoua visiblement toutes les "choses-noires-pour-le-travail". La rlnnncr mo n s an g, m on c ceu r, e n s ac rif ic e a u di eu d e l a g ue rr e. Helasl je ne Ie puis
frayeur assomma les plus braves d'entre elles. Certaines porterent les mains a leurs 111111 aintenant, Je crains que mon sang ne soit plus humain. II coule d'un cceur
1 w , un cceur de bete,
cous et pietinerent sur place, rythmant ainsi leurs mouvements avec ceux des.
pendus. "Mauvaises singeries", disaient les forgos qui se tordaient de rire. nd
V oi s c eu x qu i se ba la nc en t l a- ba s, s on t-i ls d es he ro s? C er te s n on ! S in on , i ls ne
- He e ! d egarde ce louila, s'ecria l'un d'eux . H a a a a ! O n dirait in vrai chinge. II M('I'nicntas venus a Bamonk6. Les heros sont tornbes devant leurs cases, des yeux
va ce touye sel m eme en terre. Ah a a a ! hlilliliersles ont vus mourir et se sont fermes a leur tour avec l'image de leur sacrifi-
1'1' dans les globes. Toute tentative ratee ici ne fait que donner des preuves tangibles
Tout cela ne dura qu'un bout de temps. Les pendus avaient fait leur dernieres
convulsions. I1Setaient deja immobiles, ne bougeant qu'au passage d'un courant rl'iucapacite, de lachete, de damnation.
d'air. I1s etaient morts. On les laisserait ainsi jusqu'au soir pour mieux graver cette (~u'ont-ils change, ces pendus? Rien! Ils n'ont fait que dernontrer d'une maniere
image, d'une horreur cauchemardesque, dans les mernoires, 1'1i(.ctiveeur faiblesse de cornbativite. Ils on t e te c hoi si s a u ha sa rd b ie n s ur , m ais j e
Q ua nd t ou t l e g ro up e a tt eig ni t l e c ha n ti er d e la voie ferree et que chacun prit Ihll'k comme s'ils avaient essaye de fuir et avaient ete repris. Je parle de fuite parce
place dans son hangar, le travail, dans un silence de mort, commenca avec un qllc 1 ' 1 . 1 m'as suggere l'idee. Suggerer, c'est peu dire, car ilm'a semble au fond de moi

acharnement qui depassait l'entendement. qtle t:ume condamnais. A travers ta question j'aiper<;uune ombre de condamnation
Le groupe de la carriere qui avait ete dissous fut reforme. pllllr lachete.
L es p re mi er s c ou ps de d yn am it e, s 'i ls n 'a va ien t p as annonces a l'avance, ..Frere! coupa Soura. Le carcan de la servitude actuelle resiste, je le sais, a toute
auraient provoque un grand desordre. Malgre tout, beaucoup et e sursantetent de peur. Ii ircc qui n'emane pas des ancetres et des dieux. Je ne t'ai jamais dit de ne pas te
Soura, qui venait d'etre mute dans le hangar dirige par Balily, actionnait les plaindre pa rc e q ue t u n 'a s pa s f ui . F rer e, e co ut e- rn oi b ie n! S avo ir s e d omi ne r c 'es t
soufflets comme il avait appris a le faire depuis sa tendre enfance. II savait traduire H',Ivoirv iv re . Et re p at ie nt et f erm e d an s u n c omb at , c 'es t g ara nt ir s a v ic toi re . J e t e
a vec u ne p ai re de s ou ff let s, l a m e lo di c de s cc eu rs j oye ux et l es p le urs d 'un e a me e n t I( 't na nd e d e l e c ro ir e a u n om d e t ou t c e q ui t 'e st ch er .J e n e t e b la me p as d e n 'a vo ir
derive. jllmaistente de fuir.
Son travail n'etait pas tres fatigant, il s'agissait de transformer en machettes et en Lasatanique domination du nassara est temporaire. Nos dieux sont libres et bien
marteaux les morceaux de fer qu'etaient devenus les vieux pics et les vieux vivants. Seulement, ils veulent montrer aux dieux du nassara-rouge que meme nous,
m ar te au x d e pi er re. II av ai t I e t emp s d e s ou ff ler p ar foi s. I I o bse rv ai t, d e te mp s e n It'K hommes noirs, pouvons leur tenir tete. Nous ne devons pas connaitre Ie

t emp s, l es ho mme s d e l a c ar rie re qu i us ai ent f aci le me nt un d oi gt d e b ar re -a- mi ne dl'couragement un seul instant car ilest un prelude ala defaite.
par jour, en creusant des trous dans le granite pour y planter des batons de Pourquoi sembles-tu perdre la tete apres ma question? Je sais qu'elle a
d yna mit e. I I l es s ui va it so uv en t d ans l eu r co ur se e pe rd ue d e f ra ye ur , l or sq u' il s I, H lg tem ps c he rni ne e n t oi e t e ll e a a ll ur ne l e f eu de l a v er it e ... Qu ant a ma fuite,
allumaient les rneches de la dynamite. purlons plut6t de mon depart, il aura lieu tant que du sang bwaba continuera de
Apres les eclats qui projetaient dans l'air mille et un projectiles de pierre, l'l ruler dans le fleuve de mon corps. II n'est plus fort sur cette terre, que celui qui
beaucoup reapparaissaient de leurs abris avec le front rouge de sang. Les accidents htltde son devoir un plaisir.
etaient inevitables. Ce jour, dix nouveaux qui avaient fait les trainards avaient ete Je prends les malheurs qui me frappent comme des epreuves auxquelles me
ectases par de gros blocs de pierre. n oum et ten t m es d ie ux. J e s ai s q ue t out e e xi st enc e e st un co mba t c ont re l a m or t q ui
- Alors quand vas-tu fuir, mon brave? rriomphe toujours, seulement il faut etre un adversaire de taillepour bien vivre dans
Soura fixa longtemps Balilyqui venait de lui poser cette question. It , royaume des ancetres, Je quitterai Bamonko avec ou sans mon corps, mais ce qui
- Tu vois jusqu'a quel point la tyrannie de la salive, du sang, des langues des ('~t sur, mon ame partira d'ici, par Ieseul acte de mon depart.

pe nd us e st a tr oc e e t af fe cte t ou te a ct io n, t ou te i de e d e f ui te . C e n 'es t q u' un d eb ut D es a uj ou rd' hui j e t e de man de a u n om d e t ou s vo s d ie ux , q ue j e n e c on na is pa s,


p our t oi . Un d eb ut q ui n e t e fa it v oi r qu e d e s im pl es f ra gme nt s d e l a m is er e. Ce tt e uu nom de ton cceur meurtri, de me considerer comme ton ami, afin que nous

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collaborions ensemble, pour atteindre le but supreme vise: la Iiberte, Ne serart-c 1I11"Mlll'a"fOuge 'a fait dire. Le chemin de fer depuis arrivee du groupe, c'est-a-dire il
q u' ap re s n ot re mo rt . ¥ I l v a i l rrente cinq jours, n'avait cru que de cinq kilometres. .
5/10/2018 [Link]
D'un geste vif Soura s'arracha une touffe de cheveux qu'il tendit a Balily en I : da se comp renai t p uisque de puis ce j our, i l ava it fal lu fendre succ essrvement
fixant avec des yeux de braise. Celui-ci hesita un instant avant de la prendre. 11'lliMollines. II y eut beaucoup de deces parmi les "Choses-noires-pour-le-travail",
long silence s'en suivit. Les respirations se furent plus saccadees. Balily a son Ip nffaiblies par la maladie, la faim, la rudesse des traveaux et les incessantes
s 'a rr ac ha d es c he ve ux q u' il o ff ri t a S ou ra . II I rrades. Soura se surprenait souvent a vouloir agir sans son ami a uq ue l i l a va it
AIDsi li es pa r Ie mal heur, d eux e tres, qui s'ignora ien t, ve naie nt de se jure r I' IIt1llncilement jure une indefectible fidelite.
jusqu'au plus profond de leur arne. Une fidelite a toute epreuve. Dans Ilal it y proposa d' a ttendre une fete annuelle pendant laquelle il rernplacait en
fraternite, renforcee chaque jour, ils chercheraient Ie moyen commun .,IW'l!lle forgo trop repu de biere de mil et d'autres alcools, dans la surveillance de
Itl lll ~bara que. Souvent trave sti e n forgo, il pouvai t c ircul er l ibre men t da ns l e c amp
l'occasion commune de fuite. Moyen pas facile a trouver si l'on considerait les IWl ldan t que le s vrai s f orgos, ca r son ami n'e tai t pa s le seu l a user de c e stra ta geme ,
sures draconiennes prises depuis la "petite et insignifiante revolte" :
immediate apres l'appel des noms; elevation de plus d'un metre de hauteur l'l'llhticnt a une dizaine de lieues, en pleine ville de Bamonko, fouillant toutes les
grand mur de pierre deja tres baut ; vigilance accrue des gardiens forgos ~'I u cc ss io ns
p ou r d el og er l es b el le s f em me s.
rep ondai ent desorma is de l eurs te res a tout desordre ou fui te . lcs nassaramba-rouges eux-mernes, trop pris ce jour, ne s'occupaient de rien;
Le moral de Soura tint bon malgre tout et ne baissa pas un seul instant. II , ~()\lJ:a trouva cette occasion tres lointaine et incertaine. II n'avait pas oublie sa
foi e n ses d ieux. Et sunout , son brace le t e ta it-l a. IIl'ava it oubl ie ... II pa rtir ait d'ici e ,
III)I(ini, ni l es pet ite s ba ttu es organi se es j uste ap res la gran de c hasse a l aquel le il eta it
p roposa plusie urs pla ns qui furent rej ete s pa r Bal il y c omme t rop fa ill ibl es: ~ Ii l' de n e p lu s p ou vo ir p ar ti ci pe r, l a d at e f ix ee e ta nt r ev ol ue .
ner discretement en plein jour les deux forgos qui gardaient leur hangar et ( : ha que nui t il de cla rnai t a l'int ent ion des die ux, sa foi en le ur exi stenc e e t en le ur
se diriger vers la carriere avec un lot d'outils pour bifurquer en brousse ... II p"lssance, son desir ar?ent de remplir effic~cement la mis~ion qu'ils lui av~ient
done la complicite de toutes les autres "choses-noires-pour-le-travail", ce qui . CI mfiee. II les invoquait tous, grands et petits, bons et mechants. II les defiait
impossible. User des bons rapports que Balily avait avec le forgo qui gardait . HI iuvent a montre r c e dont il s et aie nt cap able s. II re toumera it c hez l ui, c ela e ta it sur,
porte de leur baraque la nuit, pour attirer celui-ci a l'interieur du dortoir Illais Ie plus tot serait Ie mieux, d'ou tout instant pouvait se reveler une belle
l 'a ssa ss in er , e nsu it e p as se r p ar l e mu r . .. occasion. Pourvu qu'il fUt en bonne sante, car loin de ses guerisseurs, une simple
- Tu penses que les autres resteront toujours couches? fit Balily. Ils "UlUHcalL maladie devenait incurable.
eux aussi, Cette porte ouverte dans la nuit est un appel a la liberte. Lais "Merrie si le nassara-rouge voulait soigner les malades, il ne saurait pas le faire
beaucoup de temps pour marchander avec un ami forgo. Je vais lui prornettre I T t \ S bi en car c ett e ore ill e-rouge a l'habi tude de re sou dre touj ours l es probl erne s pa r
bceufs que j'apporterai a sa famille a Ouagadougou. En retour il nous fera , . . , . . . ' r n . . . . +"'~ d 'a ut re s p ro bl er ne s p lu s g ra ve s q ue l es p re mi er s.
parmi les morts un matin, et une fois au cimetiere ... Regardez, il ernpeche les bwabas de battre les daffmgs, de tuer les voleurs de
- Non. II ne faut reveler le secret a personne, surtout pas a un forgo; son I ){~I:a ilt de femme s. Pe ndant ce te mps, il vous fai t t ravai ll er a mo rt, i l v ou s tue pour
s er ai t u ne c at as tr op he . D es m es ur es s pe ci al es se ro nt p ri se s c on tr e n ou s. D 'a il le ur s r ie n, c omm e i ll e f ai t a B ar no nk o.
peut feindre d'accepter et au dernier moment; il nous livre pour avoir la Si jamais le nassara-rouge se met a fabriquer des medicaments, c'est sUr que ses
du nassara-ro uge. Ne sais-tu p as que c es d amne s respect ent le nassa raroug e l..Ul1l.l11t; mcdicaments apporteront de nouvelles maladies plus terribles encore que les
tu respectes ton pere et ta mere? J e refuse, cria Soura. Quels maladies qu'il pretend soigner.
transporteront des cadavres chauds et lourds sans gloser? II faut chercher Voyez les deux nassaramba-rouges qui sont arrives ce matin ; on murmure qu'ils
chose. H011tdes sorciers ou quelque chose de ce genre. Mais ces deux hommes rouges,
Et chaque jour Soura et Balily se creusaient la tete, examinant et reexarrunant habilles d'un long boubou blanc, avec un grand collier au cou, n'ont rien de
tous les faits et gestes des forgos pour y deceler et extirper les moindres Uu_a"JIUll~·.· sorciers. Avec leur barbe qui touche leur,poitrine ... et c'est a peine si on voit leurs
de fuite. Balily se montra plus patient que son compagnon. II fut le frein a ses levres remuer comme un lievre dans un tas de foin quand ils parlent... C'est ca les
instantanees, sorci ers nassara mba -rouges ? S'il suffi t d'av oir une lon gue b arbe, un gra nd boub ou,
Les jo urs s'ec oule rent , ide ntiq ues, ave c le s meme s corvee s, l es me mes cou ps lin collier a gros grains ou pend un morceau de bois pour etre sorcier, cela est
nerf de bceuf et la rnerne absence totale d'un indice de liberte. On parlait facile.
d'augmenter la tache car le travail n'avancait pas. "Tout pietine", comme un,

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Q ue ls g en re s de s ac ri fi ces f ero nt- il s? I I ne f aut su rt ou t pa s q u' il s I'il I'llitebrillante se mit a jouer tres lentement. Les deux sorciers nassaramba se
5/10/2018e pr oj et e n j ou ant du s abl e o u d es c au ris , e n i nt err og ea nt deNorbert
no tr s s ou ris , Zongo-rougbeinga
1lIllllll'i:renta leur tour, suivis de quatre nassaramba qui transportaient quelque
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Soura dans son soliloque". 1 1 1 1 1 1 1 1 ' comme un tronc d'arbre. Arrives au niveau des autres nassaramba, les quatre
Que les manes des ancetres brouillent leur vue. Que les genies des collines et pll~i"I'l'llte petit tronc d'arbre. Tout fut silence.
rivieres jettent sur leur esprit, le trouble et la confusion... Et puis iI y a 1111assara parIa calmement, la tete baissee, les yeux rives sur quelque chose qu'il
bracelet, s'encouragea-r-il. Cinq jours apres l'arrivee des memes 1I'IIilli en main. Apres, ce fut le tour des sorciers qui bavarderent et firent des gestes
n as sar amb a-r oug es, o n mo bil is a to ut l e mo nde d es l e m at in et on ne do nn a dll'lIl'H, allant parfois jusqu'a se frapper les epaules, la poitrine et le front. lIs s'age-
pas de petit dejeuner. Ce matin etait different de tous les autres que Soura vivait nuuillcrent, joignirent les mains et baisserent la tete. Les nassaramba et les forgos
depuis son arrivee, Pa s un c ri , p as u n "b and ico uss on" d e l a p ar t d es f or go s. P as h ' t l uniterent dans tous leurs gestes. Soura eut toutes les peines du monde a contenir

" ha i" q u' arr ac ha it l e ne rf d e b eeu f. Me rri e l e mo rce au d e fe r j au ne ut il ise co mma hili' cnvie de rire. "Comme ils sont drolesl murrnura-t- il. Comme ils sont ridiculesI
flute et que Soura prenait pour un animal, n'avait ernis aucun son. Tout I h'll grands qui font le bebe. A-t-on jamais eu besoin de se chatouiller les
bizarrement calme. Un calme effrayant pour qui connaissait Ienassara-rouge. llilll'l'cntes parties du corps pour louer un dieu? "
Les visages des forgos dont les traits tires laissaient facilement deviner la Quelques instants plus tard, les porteurs reprirent le morceau de tronc d'arbre et
gravite de la situation, avaient perdu Ie peu de jovialite hautaine qu'ils t:la.L\..Ud<:;1 ~I' dirigerent vers un grand trou profond que les forgos avaient eux-rnernes creuse a

souvent, pour s'elever au rang de nassaramba-noirs. lIs ne frappaient personne, tlll!'l!e du camp. La longue procession passa tout pret de Soura qui put alors
n'ouvraient labouche, pas rnerne pour tonner des insultes ou des menaces. runstater que le tronc d'arbre n'etait pas creux et qu'il etait couvert d'un pagne
- Qu'est-ce qu'il y a Balily? souffla Soura a l'oreille de son compagnon. Veut IH'lIlblableau morceau de pagne que l'on faisait monter et descendre chaque jour.
pendre ou fusiller ? " Qu'est-ce que c'est que ce tronc d'arbre, Balily?risqua Soura tout bas
- Je crois qu'il y a pire que ca. Depuis que je suis la, je n'ai jamais vu Ie ..Je ne saispas. Je le vois comme toi. Seulement, je crois qu'il renferme peut-etre
dans cette situation. Attends un peu que j'interroge mon ami. II'corps.
Quelques instants plus tard Balilyrevint et murmura a voix basse a l'intention - Curieux pro cede! Est-ce par peur que le mort n'enleve quelqu'un pour lui tenir
Soura :
- U n c he f n ass ara e st mo rt . J e n e s ai s p as c om me nt ce la a pu l ui a rr iv er.
1: 1
.mpagnie dans samais
-Je ne saispas nouvelle
jepense vie?plutot que c'est pour proteger le corps.
allons-nous nous reposer aujourd'hui. Ici, quand les bras se reposent, c'est avec - Co nt re q uo i ? I I n e s aur a r ien fa ir e d e b on c e na ss ar a-r oug e ; i nut il e d e s av oi r
ventre. ' i,br iq uer d es c hev aux de f er et de s z ir gou s po ur ro ule r ra pi de me nt qu and on n e
- C 'es t t ou t? r ep li qu a se che rn en t S ou ra . Q u'o n no us f as se au mo ins en te rr er l es n u i t pas creuser une tombe. Cette fosse n'est pas une [Link] pays bwaba, une
morts de cette nuit avant leur putrefaction; avec cette chaleur ils ne tarderont guere rombe est faite pour servir pendant longtemps. C'est une vraie demeure. Dis-rnoi
a s'enfler. Ilalily,les nassaramba-rouges ont-ils eu des ancetres ? Sioui, leurs ancetres devaient
- Va reclamer celaet tache de revenir tout entier. t 't re l es p lus b et es de l a t err e. I I n e fa ut p as qu e l e n as sar a-r oug e d om in e l e mo nd e,
- Donc les sorciers sont venus pour... uutrernent tout ira a l'envers. Quelqu'un qui neglige ses ancetres et surtout qui croit
La flute sonna d'un ton faible. On se regroup a vite pour hisser le morceau de qu'il est superieur a eux ...
p agn e q ui s' arr et a a mi -c he mi n. V rai me nt t out e tai t a nor mal a uj our d'h ui . P our l a - Silence! Ecoutez ! hurla un forgo en bobo. Le coumandant, notre be, vous
simple mort d'une seule personne on s'attristait tant, un nassara-rouge de surcroit. informe qu'a la suite du decces de ce grand batisseur de lavoie ferree, iln'y aura pas
C'etait impensable. Pendant ce temps, chaque matin, on sortait des cadavres, de boulot aujourd'hui. Par contre les jours a venir le travail doublera pour permettre
souvent une dizaine, des baraques, songea Soura. Les forgos se mirent rapidementl ; ,l a v oi e d 'al le r d e l 'a va nt , Pa s l a p ein e d e v ous ra ppe le r la conduite generale que
en rang, le fusil sur l'epaule comme Soura les avait vus faire lepremier jour. vous devez observer.
"Arquile e [Link] sauvasse ou ze toui un quelqu'un! criaun forgo." Apres cette traduction, on invita les' "choses-noires-a-travailler" a faire silence en
S ou ra et to ut es l es au tr es " cho ses -n oi re s- pou r-I e- tr av ai l" n e s e l e f ir en t p as re st an t s ou s l es ar br es d e la c ou r o u d an s l es b ar aq ues . S ou ra s e t int d ebo ut a co te
repeter et degagerent ainsi la place centrale. II recula comme les autres jusqu'aux de Balilysous un petit cailcedrat. IIcontinua a seplaindre.
portes des baraques. De la ils assisterent en silence a toutes les ceremonies. - Nous ne sommes pour rien dans sa mort. Combien de morts y aura-t-il
T ou s l es n as sar amb a-r oug es d u c amp a pp aru re nt . L 'un d 'eu x t on na p lus ie ur s maintenant avec cette mesure? Deja les gens crevent d'epuisernent. Balily, il faut
fois, et a chaque fois les fusils des forgos prirent une nouvelle position. agir sans hesiter et vite. Decidons-nous comme des hommes. N'attendons ...

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III I,' , ')Il ila lt ras c ar t u viendra s avec nous. Je le demandera i au mogpere . Di eu te
Une main s'a gripp~, a son e paule . Son sa ng se gl aca . Il se retourna brusquemon
IHI i) )1111("1'<1 ous te s pec hes pa sses. Notre gra nd Sei gneur Zesi t'ac cept era parmi les
et resta ahuri, Ce n etait pas possible, Pourtant
5/10/2018 il ne revait pas. Il pinca Zongo-
Norbert II'~M rougbeinga
cqll ll l, " u nmc il-l'a [Link]
fait sur la croix aux brigands que 1 'ont a cmciftes en meme
forte men t ce tte mai n sur son epaule.
lill'I)I, 'Jill' lui.
- Ah! S~ura, qu 'est-ce qui te prend! Tu n'as rien perdu de tes jeux brutaux?
III ,I~~c la chance car le sauveur a voulu que je te voie ici pour te convertir. Tu
- Ce n est pas possible! Ce n'est pas toi quand merne? C'est toi Tempoure
III,,:,1111' .ur son porte-parole au pays bwaba afin que ton peuple, toujours plonge
L' es cl av e d e n ot re f am il le d on ne il y a cinq ans aux forgos pour les travaux dam ItIM
dllll 1.1\ 'l 'l lcra tion absurde des divi nit es et des i doles, pui sse etre sauve . C'est pour
pays lomtams?
- Oui, Dakuo Soura, fils de Dakuo Natigui, c'est moi Ternpoure, petit ..I'IIN '1 11,,11
" III es devenu fou? Ne divague pas ainsi. Qu'est-ce tu es en train de me
\IIISI
d'esclave de votre famille.
Ii' 111111'1'Qu'as-tu a voir avec des dieux de nassara-rouge ? Depuis quand ton
- Depui s qua nd e s-t u 1 < ' 1 ? 111111'11\ allveur est venu pour les hommes? Sornettes. Il n'est pas venu pour les
- Il 'y a c inq j ours que je suis ic i. Je suis venu avec les mogpe res (pretre s).
i 'l il " ( i u' il v ie nn e a B ama ko v oi r I 'c eu vr e d e s es s emb la bl es .
- C e st qui les mogperes ?
I I ' IJ ;~ ss ar a- ro ug e i gn or e- t- il l a f ame us e j us ti ce , I 'i nc on te st ab le e ga li te q ue p ro ne
. - ~ e sont les deux nassaramba qui ont une longue barbe. Quand je vous I I
'I 'i,IIIIT\II"Dieu? Tes paroles et toute ta pensee prouvent ton etat de dernence.
9U1tt~S ily a cmq ~lS, J e m e S UI Sr et ro uv e d an s u ne v il le a pp el ee B ob o- Di ou la ss o,
I II,!, ~ ,' ur lc propre d'un escl ave , de quel qu'un qui n'a a ucune a tt ache .
J ai reussi une nUlt, a fuir, Je me suis cache dans une vieille tombe. Trois jours p h . I H
I'll , 'S 1 I1 l fruit sans noyau. Tu es content parce que tu penses avoir echappe a un
tard,la fairn me debusqua. Tourmente et ne sachant plus ou aller, je decidai de 1111, '
I,!II,II',I!',('c n pays bawba, tu te trompe s.
vendre e n que lque sort e, pour assurer l'act ivit e de mes c inq d oigts.
1',': ;1 maint enant que t u es plus escla ve, c'est ton arne qu i porte le fer.
Je me rendis dans une concession que je pensais appartenir a un homme ai8(\,
\', 1 \ IS cres venus ici pour un malade qui desirait decharger la tare de sa
c,ompte tenu du nombre de terrasse~ qu'elle avait. Tu ne me croiras pas lorsque jt l
, 1111',\-nce. Sa is-tu c ombie n de c adavre s il y a dans ce s baraq ues? Il s ne demandent
t aural dit que le chef de famille rna accepte, non pas comme esclave mais tout
'1"',1,'11'1'onterres. Le dieu que tu appelles sauveur, a sauve son peuple mais pas les
simplernent comme on recoit selon la tradition un etranger. Lucien est son nom. II
I II>II~" [c r'interdis de couvrir nos dieux d'opprobre. Rien au monde n'existe qUI n e
e~selg ne la reli gion du nassa ra-rouge a la quell e je me sui s convert i ra pidement. It) ' 11 1\ 1. 1' n: :a ti on d u G ra nd D ie u t ou t p ui ssa nt , D ie u d es d ie ux .
m appelle mamtenant Zanbatisse. .
11,)s d ieux em a ne nt de son ceuvre supreme, Ille s a choi si s pour nous le s Noirs.
j'ai fait une ~nnee avec mon maitre et bienfaiteur quand un jour, est arrive It o
I «mpoure tu es perdu! Tu es esclave pour l'eternite. Tu es marque par le seul
mogpere qUI m a pns comme porteur et fait de moi son compagnon. Je ne croyais
"" 1.I\,:I)!,e our l equel iln 'y a point de racha t: cel ui de l'arne , ca r c'est el le qui port e
pas trouver un bwaba. dans ce c~antier. C'est par hasard que je t'ai rernarque
11IIncmcnt le fer dans ton cas,
pendant que nous sortions pour 1 enterrement. Qu'est-ce qui arrive? Le vieux
I,,' Iumeux sauveur que tu appelles fils de dieu etait rouge de peau. Pourquoi?
Gnoumou n'est-il plus en vie: ~oi je ne regrette pas qu'il m'ait donne pour les
II>III~;ttnplement parce qu'il a ete envoye pour les nassaramba-rouges.
travaux. Nous sommes venus ICI, les rnogperes et moi, pour ce malade qui tenait i\
I,:lisse-le, il a mange ce matin, intervint Balily. Il est exempt des travaux, des
confesser toutes ses fautes, pour aV01r une place aux cotes de notre sauveur tout:
1'''"l 'l ' .lde s, voil a ce qui Ie fa it pre cher des re ligi ons qui porte nt l a cont radic tion en
puissant.
IIII'~'« ornrne le fruit porte son noyau.
- Qui est votre sauveur? Est-ce Loussain ?
1 '~ II l' nt en du p ar le r d e c et te r el ig io n q ui c on da mn e t ou te s l e f or me s d e v en er at io n
- Non, Soura , c'est Ze si , le fils de Die u qui s'est sacri fie pour l es hommes.
, J , H , N()irs, mais toute une race ne peut etre unaninlement menteuse. La race noire
- Pour quels hommes ? De quelle race etait-il ?
- Pour tous les , h~mn;;s sans distinction de race ni de couleur. Il est pour toutes
1\1' IIu-nt pas, ses die ux sont des dieux.
:;1 .ipres notre mort nous allons tout droit la au d'apres toi il n'y a que du feu, ca
~es race s. Sa bonte n a d ega le que sa pUIssa nce. II a gueri des malades rendu la vue
III ~~('I':las pour avoir adore nos dieux. Ce qu'on a fait au sauveur Dieu comme tu
a des aveugles! Et fait d'autres miracles. Il a dit "Heureux ceux quisouffrent sur
1 ' , ' 1 )jl('lles, n'excede pas ce qu'on a fait et fera aux Noirs. Lui au moins a eu des
te rre, le royaume de mon pe re sera leur demeure e terne lle ".
,'.,,"I1('S de larmes qui ont arrose sa tombe. Et s'il a pu ressusciter, c'est qu'il avait
Tu connaitras tout sur lui et tu I'adoreras car il est le seul vrai Dieu, C'est lui le
III\ (' sl 'pul ture di gne d'un et re humain qui a conserve son corps, Si c'eta it lU1 d'cntrc
sauveur. Pour nous, les hommes, on I'a cloue sur un bois semblable a ce morceau
11"1:;. d ans ces fosses a la portee des fauves, je me demande s'il allait se rcveillcr
de bois que je porte a mon cou.
.1,111:;c v en tr e d 'u ne h ye ne .
Tu le connaitras car il est le salut pour ton arne enfouie dans la mare de la faute
p re mi er e q ui c ar ac te ri se t ou s l es h omme s.

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Les Noirs aussi ont des dieux pareils, mais ils ne clament pas leurs noms a " Pour ca il n'a pas menti, repliqua Saura. Tous les nassaramba sont d'ailleurs des
vent. Ah I comme le nassara-rouge a des idees diaboliques!
Le Noir sous Iltll'p;(~[Link] les Noirs nous sommes les animaux. Ils nous conduisent la ou bon
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i mp ul si on s e d et ru ir a j us qu 'a u p lu s p ro fo nd . NorbertZongo-rougbeinga
I C H I I ' semble et -disposent
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de nous comme ils veulent. Ils en vendent, ils en tuent; et
Bientot ce sera la peau noire qu'il te faudra enlever pour mettre une peau II,w reste pl us rie n d'une be te mort e, e ll e est sans ame .
Le Noir detruira lui-merne ce que le Grand Dieu tout puissant fit pour lui. II " l.e Seigneur est un bon berger qui nous aime et nous conduit vers de verts
restera rien de lui. Toutes les preuves de son existence disparaitront, sans . pOIIll:ages. Pour nous il veille jour et nuit. Rien ne saurait manquer la O U i l n ou s
une e mprei nte que lcon que. Po ur ce la le nassara-rou ge s'y met: d es forgos pour uuuluit.
les c orps d es Noi rs, une rel igio n pour e fface r l es a mes noire s. , Surtout la misere et la souffrance y abondent! coupa une fois encore Soura.
Ternpoure, tu es comme beaucoup d'autres Noirs qui veulent implanter I',(:l lll t:e -moi b ien. Je sa is que tu peux m'aid er pour une se ule et uni que chose: aide -
religion du nassara, un destructeur de la culture noire. Des Noirs sans "-""LU'_"',,,! 1 1 11 1 1 f lquitter ces lieux, tu peux m'aider. Interviens aupres de tes rnogperes pour
des noirs sans lieux sacres ; o n donnera plutot un autre nom a tout cela. 'I"'its nous prennent, mon ami et moi. II joint ses prieres aux miennes pour te
La ca mpa gne odi euse ent repri se pa r Ie nassara -rouge pour fa ire perdre aux N .IIIIIdter au nom de ton dieu sauveur cette grande faveur. Tu avais toi-merne
les elements essentiels de leur existence, ne peut reussir que grace a des gens de ""p~ I;(:rel'idee , alors ne nous re je tte pas p arce que nou s n'a vons pas voul u croire e n
acabit. Ii III dieu nassara. Peut-etre est-i l puissant ; tre s pu issa nt merne , ma is Ie Grand Di eu
Ternpoure, tu es un moaga, crois-tu qu'il te faut changer de nom, ignorer tout P II cuvoye pour les nassaramba-rouges. Les Noirs aussi ont leurs dieux comme tu Ie
que Ie Grand Dieu par les ancetres t'a ens e igne : honorer ta famille, tes parents . i l IH ,
les hommes qui ont un cceur qui abrite la paix, aimer Ie travail, te battre pour l.c Grand dieu, Dieu de tous les dieux, seul, sait ce qui convient a une race, et
liberte, venerer les dieux de tes ancetres, seuls liens avec Ie monde des dieux, 1'~1'I'elirn'est pas de son habitude. Que pouvait faire Ie nassara de plus pour nous
a voir Ie b on end roit da ns l 'a u-del a que te con se ill e ta nouvel le reli gion? 1; IIIHl iHser,inon nous fa ire c roire que nos c outumes sont sa ns vale ur e t rne rit ent
Tu ne souffres pas, c'est pourquoi tu veux etre apres ta mort en un lieu ou il y tl'~ITc abandonnees?
d es na ssa raba- rouges. Re garde tout Ie mal que l es nassara mba -rouges font sur l.e nassara-rouge est tres bete. Reflechis un peu, un type normal ne pensera pas
veux-tu encore etre avec eux quelque part apres ta mort, sous pretexte que c'est 1 1 1 I ' i ! y a un dieu qui, permanemment, releve les fautes de ses creatures pour les
bon endroit? I U H l " : ct les faire souffrir si elles se sont tres mal conduites pendant leur sejour sur
Le nassara-rouge est tellement mauvais que partout ou il est, il n'y a que h'I'I'(~.Seul , un mani aque pense qu'on pe ut fla tte r un Di eu par de s priere s pour qu'il
destruction et desolation. Ceux qui nous rejettent sur terre ne collaboreront Itllllp;cles peines d'un homme mort que les vivants condarnnent, a cause de son
avec nous au ciel. Si les Noirs et les [Link] ensemble dans ItH:()llduite pendant son existence.
dela, les nassaramba nous voleront tous nos privileges, comme ils Ie Imagine que ton di eu soit un di eu commun aux No irs et a ux nassara mba -rouges,
ac tuel le men t en pill ant not re or , n otre coton , nos bce ufs e t nons-memes. tl"t~ Ie nassara-rouge que vous avez enterre ce matin et les centaines de Noirs
Tu es la actuellement, sais-tu ce que sont devenus ton pere et ta mere, ceux IWl rtH, se re trouve nt deva nt lui , qu'il y ait j ugement. Que l sera Ie verdi ct? Tu voi s ...
t'ont enge ndre? Te rapp ell es-tu le s inc ant ati ons qui ont sa lue ta nai ssa nce COJtI1nll1l 1 1 1 1 meme die u ne pe ut et re pour l es Noirs e t pour les nassara mba -rouges.
toutes celles qui saluent la naissance de tous les bebes noirs ? (:t: qu'ils sont en train de nous voler, constituera des richesses pour leurs fils,
- Inut ile de les lui rap pele r, repri t Sou ra. IIn 'e st pl us un noir. IIa cesse de IIIIII'S petits-ftls et leurs arriere-petits-fils, Pis, ces richesses aideront leurs
depuis qu'il a pris un dieu nassara pour sauveur. II ne Ie sera plus jamais parce dllHccndants a dominer les notres. Celui qui jouit des produits d'un vol, est un
n'a plus foi en ses dieux et en ses ancetres. IIn'a plus rien du Noir. IIa bj ur e, i l \ l 111l '111:. Si ton dieu est pour les Noirs et les nassaramba, aucun nassara-rouge, jus-
sa valeur. IIn'a pas encore compris que Ie nassara est une des plus graves "'V'U<OUU',"I 1III'i cl e que Ie sole il se l eve la ou il se c ouche , n'aura son pard on. Te mpour e, j e...
que la terre a connues. La destruction du monde viendra de lui. S'il est rouge, Vous viendrez tous les deux avec nous. Vous serez des porteurs. Je vous
pa rce qu'il vie nt du feu. II ince ndie ra notre monde. mmp rends, vous e tes t oujou rs vic times de Sat an. Vo us al le z a pprendre a c onnai tre
- Je vois que vous etes encore dans l'ignorance des paroles saintes du '-'<OJ,f'r'." ....~ h . li ill ive ur Zesi, sauve ur de tous les hommes sa ns disti nct ion de ra ce et de c oule ur.
qui vous appelle a lui, dit calmement Ternpoure. Zesi Christa heureusement li"l't'~ prets, je ne sais pas exactement le jour de notre depart mais cela ne saurait
venu pour les pecheurs et pour tous ceux qui sont sous Ie joug de satan dont 1111'111'1'.
force n'est pas a negliger, Vos cceurs s'ouvriront a son appel, comme la fleur ( )u irons-nous?
nenuphar a la caresse de la brise tiede de la riviere. Que sa lurniere toute Nous irons a Rakar, c'est Ia qu'ont debute les travaux que vous poursuivez
i llu mine l a sombre nui t de vos a me s! IIa di t :"Je suis le b erger" ... Iltlllcllcment. S'ils etaient acheves Ie voyage serait tres facile, c'est la route d'un

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zirgou que vous construisez; on l'appelle tirain. 11 roule sur du fer. Tu vois qlW "'Id 11.111 .1uis Ie c iel preve nai t par de s je ts brula nts de rayons, qu'il cu irai t c e jou r-
nassara connait beaucoup de choses. 11 apportera mille merveilles aux Not 1,1,,'1111111· I l e faisa it t oujours au mois d'a vril . Le groupe n'a vait pas rna rche plus de
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Travaillez seulement et vous verrez, c'est le refus qui amene les Norbert bourrades. Zongo-
II lit" "iI'lllll'lres -[Link]
rougbeinga quand on commanda un arret. Les nassaramba et les forgos
vrai qu'au debut j'ai fui, mais il faut attribuer cela a l'ignorance. Si je savais, ill ill l'il til rl'1l1 de l eurs mont ures e t v inren t sal uer le s mogpere s touj ours j uche s sur
travailler dans la resignation. Tout ce que le nassara construit ici, c'est pour hili II I [Link]. Il s re broussaie nt c hemin. Re tourna ie nt-il s au ca mp? Soura n'osait y
aid er mai n te nant ou plus t ard. lit iii I', 1':1Sl c cla se p roduisa it ? Il s s'el oign aie nt e n faisa nt des si gnes de la ma in qui
Si Ie nassara e st ve nu chez nous, c'est p arce qu'i l nous a ime et vou drait bi en ~'llIld,I\('111crre ceux des adieux.
faire profiter de ses connaissances. Le mogperes me disent cela tous les jours, '1',': ;1 Imp be au pou r et re vra i !" pensa un peu haut Ba lil y.
c'est vrai. Regarde, quand ces travaux seront acheves, il te suffira de monter sur II nucrrogea Soura du regard et lut sur son visage la merne surprise et le merne
tirain pour qu'il te transporte tres loin. Nous causerons de cela longuement, I HIliill,(. r. un ti f, l e c ce ur t re s r ne fi an t, i l i n te rr og ea Te rn po ur e :
comprendrez. Je vais rejoindre les mogperes. Une fois de plus soyez prets pour I )11vont-ils?
depart. li n nntrent au fort.
Soura e t Ba lil y, rest es tou jours sou s l e c arl .ced rat, g arder ent longt emps le s I )11 ils oublie quelque chose?
Que dire? Que faire? Seul le cceur avait la parole dans ce dilemme. Echapper 1'11111,omme nt ve ux-t u qu'il s oubli ent que lque c hose? Il s reto urnent s'o ccup er
jamais aux bourrades, au nerf de bceuf, a la faim et a la mort lente et exposer tI, 1"111':;[Link].
arne , sa dign ite a la souil lure ? Soura romp it le sile nce . ',"111',1 aill it se tra hir par sa soudai ne j ovia li te, La lo urde c harge ne fut plus q u'un
- Acceptons tout. Une fois que nous serons hors de ce maudit camp, "",1'11'1doux faix.
I )1"!l Id le sole il fut au z eni th, Ie groupe profit a de l'omb re d'une pet ite pl ant at ion
pourrons plus aisernent nous derober. C'est une tres bonne occasion. Ne la
pas nous echapper. d , I,llicl:drats, pour s'abriter de la cascade de feu qui tombait du cie!. A chaque
I111'1'ievent , l 'a ir, comme sort ant d'en orrnes hau ts fourne aux , brula it le s nari nes et
- Qui sait ou ils nous conduiront ? Acceptons en attendant, je sais que Rakar
t re s l oi n d 'i ci . En fi n, n ou s v er ro ns . ''1111: 111a gorge. Homme s e t bete s subi ssa ient c ett e c al arni te ave c la p lus g rande
Le soir, avant la ferrneture, un forgo vint les chercher et les conduisit dans u n o 1 i" II )' ,I I: ll io n.N i l a d ou ch e n i l 'e ve nt ai l n e p ou va ie nt l ut te r c on tr e c et e nf er . C e j ou r-
baraque bien arnenagee. Ternpoure et trois autres Noirs y etaient, Le forgo I" II iu-mblait avoir atteint son paroxysme.
e nl ev a l e p et it c ol li er . 1,1':; mogperes et les autres porteurs s'agenouillerent et cornmencerent a
Nous partirons demain matin de tres bonne heure, leur dit Ternpoure. VO llS 1IlIl Illl Ilre r. Quand i ls ac heve rent de se fr appe r les epau les, l e front , l a poi trin e, i ls
p ass er ez l a n ui t a ve c n ou s. 11'111I1'f('llt
eurs inc ant ati ons e t comrnen cere nt a mange r. Soura e t son c omp agnon,
Ternpoure leur narra toute la moitie de la nuit, la vie du sauveur Zesi Christa, 111111'
111'Sdosses a un arbre, les regardaient faire, un peu amuses par cette forme
Pei ne pe rdue. Auc un d'e ux n'a vait l 'e sprit a raisonn er. Tous ob se des par l 'idee d'une 1l',lilllration.
li bert e pro chai ne, i ls a vai ent l'e spri t qu i vo ulai t tout embrasser a l a fo is: c omment \pr('s le repas, Ies mogperes mirent les deux compagnons a genoux et
re us si r ce tte fui te ? Que fa ire en ca s d'e che c? 1'[Link]('rcl1t des incantations au-des sus d'eux a voix basse, versant par intermittence
Enfin, Ie jour tant attendu etait-il la ? I1s ne ferrnerent pas l'ceil cette nuit, la dl'll !''! iutres d'eau sur leur tete. Et comme pour tout parfaire, ils mirent a leurs cous
1 1 1 1 I >I ~a rr e b ij ou q ue r et en ai t u n fil bla nc; ensui te le s rnogpe res se re ti rere nt pour
d er ni er e q u' il s p as sa ie nt p eu t- et re d an s c e c amp .
Le "deeebout'' matinal quotidien des forgos ne les surprit pas. Pour la premiere iI'cill,'lIgcrdans leurs hamacs.
fois, leurs rnanieres brutales de faire sortir les "choses-noires-pour-le-travail'' de s 'lcmpoure prit les deux compagnons a l'ecart et cornmenca a leur expliquer ce

ba raque s ne l es tou cher ent pas. '1'11v.-nait de se passer.


Apre s un bon dej eune r, l 'ordre du depa rt fu t d onne. Qua tre na ssar amb a-rougc s ,\ partir de cet instant, dit-il, vous etes pardonnes de toutes vos fautes passees.
\ ', , In: atTIe, dans ce renouveau d'innocence, a la blancheur de la farine de mais
et des forgos a cheval accompagnaient les deux sorciers ou mogperes, Soura et
Ba lil y se d ema ndai ent sous le poids de lourd es cai sse s, si ce la vala it bie n l a pei ne de 1",II II', la pure te de la noi x de ko la touj ours da ns sa c oque.
quitter le camp car avec ces forgos et les nassaramba qui suivaient a cheval, route : :" lI ra , t u t 'a pp el le s m ai n t en an t Zi se ph ,. B al il y s 'a pp el le S imo n. C e s on t d es n om s
t en ta ti ve d e f ui te e ta it p er du e d 'a va nc e. dl' [Link] personnes qui reposent eternellement auptes de Dieu le pere, Ziseph cst
Les autres porteurs noirs se trouvaient a l'aise, comme le ternoignaient leur II' 1)('1'(d' u Seigneur, Simon est son fidele et grand serviteur. Quand no u s serons a
j ov ia li te e t l eu rs i nc es sa nt es c au se ri es . 1 1s e x as pe ra ie nt S ou ra e t B al il y q ui v oy ai en t: IClkllr, IC tenterai de faire une petite fete a l'occasion de votre venue dans la maison
leurs desillusions se preciser a chaque metre de cette route sablonneuse. Le soleil dl l : :l 't gneur. Ce que vo us porte z au c ou e st le plus grand si gne de votr e sourn issi on

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a u S ei gn eur Z es i C hr is ta , mo rt po ur no us . N 'a ye z p lu s pe ur de s g en ie s et d es jc ne tiens pas a devenir ce que Dieu n'a jamais voulu que je sois. Si la religion
tomes, ceuvres de l'imagination des Noirs qui ne connaissent pas encore la voie till nassara- rouge pouvait etre pratiquee par des Noirs, Dieu l'aurait permis depuis
Seigneur. Ce collier a votre cou, seul, suffit a eloigner Satan sous
5/10/2018 I t· marin des-temps.
ses mu1Zongo-rougbeinga
Norbert S'il voulait l'uniformite des choses, il nous aurait donne la
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transformations. Il1t:mepeau. Peaux differentes, vies differentes.
- Doit-on de temps en temps lui faire des sacrifices? demanda Balily. [Link] sauveur Zesi n'a jamais fait cas des Noirs dans les explications de
- Nonl Le seul sacrifice est son port. Ensuite il faut agir, comme le veut ! Icmpoure; alors quoi ?D' ailleurs tout ce que nous font ces satanes nassaramba, est
Seigneur. Agir conformement a l'enseignement qu'il nous donne par la voix de Ilppwuve par leurs dieux, S in on p ou rq uoi ne l es p uni ss en t- ils pa s? Qu an d v ou s
dignes representants que voici :les rnogperes. f 11'lc.!tlsez n dieu, il vous punit imrnediatement. Leurs dieux sont aussi mesquins
Ce qu 'il d em and e e n p lu s a ce ux q ui su iv en t s a v oie po ur l a v ie e te rn el le, c 'e st q u' eu x-m eme s. I ls a tt en den t q ue le s f or gos e t l es a ut re s as sa ss in s t ue nt pe nda nt
t ir er d e l 'om br e i mp ur e e t n ef as te d es a dor at ion s s at an iq ue s et ba rba re s d es II lute leur existence, que les nassaramba martyrisent pendant des annees les Noirs,
dieux, les Noirs, afm qu'ils apercoivent la lumiere toute grandiose de sa puissance '1"'i1s nous vendent et qu'ils etablissent leur fortune par le vol, le pillage et les
d e s on am our qu i l eu r f er a e vi te r l e go uf fr e b eat e t p ro f on d, i nev it ab le e cl us e I'H~[Link]... de faire quoi au juste ?Je te dis que rien ne se fera, Balily. Celui qui
r oya ume d u f eu . Qu and vo us se re z m ur s de so n e ns ei gn eme nt , v ous , ( l u i t : des fruits d'un vol est un voleur. Plus tard, si on soustrait l'argent de
chez vous pour etre chacun le grain phosphorescent de cette sombre nuit de 1','Hdavagedes Noirs et celui du pillage actuel de la fortune de leurs petits-fils, il ne
peuples. Que de choses changeront quand ils connaitront le Seigneur. 1,·lIt"estera rien.
- Moi jene veux pas vivre eternellement !dit Soura. 'Ires exact! Nous verrons bien. Quelle direction prendrons nous?
- E t l e d ieu q ue vo us av ez a dor e, i l n 'y a p as l on gt em ps ? , S em ons d' abo rd a van t de p re par er l es g ren ie rs. A s-t u rernarque qu'ils n'ont
- C' es t l a V ier ge Ma ri e. C' est l a m er e d u S auv eu r. C 'e st l a p lu s n obl e f em me q u ' u n fusil?
laterre a connue. D'une saintete sans egale, ellea concu par lapuissance de Dieu, . Oui,Je pense que c'est pour se defendre centre les fauves.
J e vous demande de vous reposer suffisamment car le chemin est long. Il Fauve ou pas fauve, demain nuit...
tres chaud aujourd'hui. La saison des pluies va s'imposer dans peu de temps. 'I'o ut a leur discussion, les deux n'avaient pas suivi l'ombre de l'arbre, qui avait
Alors Dakuo Ziseph, tu ne dis rien? As-tu compris ce que j'ai dit? La filiipar leur fausser traitreusement compagnie. Depuis Ie matin, Ie ciel versait, plus
eternelle sera en compagnie du Seigneur. lI"e les autres jours, un feu ardent. Les plaques rouges de laterite flamboyaient. La
No us a vo ns d eu x j our s d e m ar ch e po ur a tt ei nd re l a o u l e Z ir go u v ie nd ra lNrc calcinee faisait couler de petits ruisseaux miroitants de larmes qui disparais-
prendre. "1Ii('(1tq uan d o n s 'ap pr oc hai t, p ou r r eap par ai tre p lus lo in . La rm es b ru lan te s q ui
Soura croyait vivre un autre monde. Et c'etait avec des yeux hagards litiuillaient le sang des pieds de l'imprudent qui osait marcher sans chaussures. Tout
devorait Tempoure qui lui posait les questions. Merrie quand Tempoure les .hlit calme.
pour rejoindre lui aussi son hamac, ilresta muet. Balilyau contraire etait gai. L a n at ur e s emb la it a vo ir su sp en du t ou te vi e. S eu ls l es v aut ou rs , c es p ag es du
- Que penses-tu de cette religion, Ziseph ? M I ! t d l , comme pour montrer leur satisfaction de voir la nature soumise ala volonte
- Ne commence pas a m'enerver avec ces plaisanteries insensees. Voyons lit' leur empereur, patrouillaient calmement dans ce royaume infernal. Ils
le serieux de cette affaire. Demain nuit au plus tard, nous devons nous en aller l'I,d(!Hcendraientq uand l'empire serait faible et pret a etre conquis par Ie roi des
Reposons-nous vraiment car demain nuit nous aurons besoin de toutes nos umhres. Comme immunises contre les morsures du soleil, ils tournaient tres haut
Fais tout au depart pour avoir a porter le petit sac de Ternpoure, j'y ai rl1"'~1n~"'1 IhlllS le ciel. D'ou tenaient-ils cette resistance et cette immunite, les vautours? ''Pour
deux manches de coupe-coupe. Nous en aurons besoin. .1\1',I\U1nonced 'un orage reside dans l'enfer d'aujourd'hui", conclut Soura.
- Crois-tu vraiment que.... 1,(:s oleil entama la derniere rnoitie de son trajet avec la rnerne severite,
- Pas la peine de dis cuter, demain soir tout sera resolu. Plus aucune /\prcs Ie repos, Ie groupe se dec ida a affronter Ie feu du ciel et de la terre. On
n ef as te. Je n e de man de pl us t on av is c ar j e c om me nce a cr oi re qu e l e nassara-roi IIIIP,t'Ilit, mais on avancait toujours. Le soir, de lourds nuages se dessinerent a
t'a ensorcele; sinon comment comprendre que tu vaticines tout le temps des l'ItI,I'i:[Link] noircissaient a vue d'ceil, s'epaississaient, se rapprochaient timidement
dans nos entreprises ... IIIIillissaient par former un lac indigo ou voguaient furtivement quelques eclairs.
L a s it ua ti on c omm enc e a e mpi re r. C e c ol li er q ue je p or te a ct ue ll em en t e st I'llii d e d ou te , I e c ie l se d eci da it a a br eu ve r la t er re as so if ee . L e l ac , g ro ss i pa r o n n e
e ta u po ur m on a rne . Ce tt e e au q ui a c oul e s ur m a t et e a e rn po rt e t el u n t or ren t, M " I I q u e ls affluents, occupait maintenant tout l'horizon. Le soleil se hatait, Comme
l a v io len ce d e s on c our ant , l a d ig ue p rot ec tri ce de c e q u'i l y av ai t d e p lu s n ob le 111111 eu ilvoulait echapper a l'eau.
moi, de plus bwaba en mon cceur,ce que j'avais de plus humain a defendre.

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Soura souriait et Balily comprenait tres bien cette soudaine jovialite, II 11'11'1 ',el un chat il se leva, enjamba les dormeurs avec la precaution d'un felin it
plus de zele dans l'installation des deux tentes que les deux nassaramba I'llIIlk
d ec id e d e f ix er p ou r s 'a br it er d e l 'o ra ge .
5/10/2018 'lumpoure -[Link]
NorbertZongo-rougbeinga ronflait sur son hamac. Balily f'ouilla dans les bagages . avant de
l'I I H. lf l, lle r la porte , Ie souffle c oupe. La pl uie t ombai t t oujours mai s il s ne la sentaient
ptlH,
(~u'est-ce que tu faisais encore a l'interieur P
Me s jambes refusai ent de me tra nsport er, dit-i l, respi rant pa r la bouche . Quel le
Un vent se leva. La poussiere qu'il soulevait interdisait toute visibilite, ~111;I'cl'ionrendrons-nous ?
s'enrageait de facon barbare. Tel un buffle blesse, il mugissait dans les Nous ret oume rons vers Ie c amp ...
qu'il pliait et repliait. L'alerte avait ete donnee dans la savane brulee. Pas une 'I u es f'ou soura ! Nous allons nous ...
pas un vaut our, a ucun etre viva nt ne se si gnala it plus. I)iscute pas. Nous n'allons pas risquer de nous perdre betement., Et puis
Le vent malmenait toute la nature. Redoublant son courroux face IWI'IH lime ne pens era nous rechercher vers Ie camp. Nous devons etre loin du fort
resistance, meme a c el le s d es c ol li ne s q u'i l a ura it v ol on ti er s p ul ve ri se es , il ,1\!lllllla naissance du jour.
plus destruc teur qu'un forcene venge ur. Sa rage dura un bon moment. Si, Ie matin, ils s'apercoivent que nous leur avons fausse compagnie, ils
Plus tard, comme s'il eut perdu courage ou assouvi sa colere, le vent fit IlIlVt'ITont u n emissaire au fort pour nous faire rechercher; et comme on sait d'ou
une faibl esse dans son agre ssion. Sa fou gue subit ement diminua . II ne poussait lit I I I H ve nons, on ba rrera tout es les issues pour nous e mpec her de re ntrer c hez nous.
que de fa ibl es et pre sque insignifi ants hurlements. Le ci el a vai t c ornmande I tl 'i 't lg io ns- no us d an s l a b ro us se j us qu 'a c e q u'o n n ou s o ub li e, a pr es , n ou s p ou rr on s
traite. Une pluie lui succeda, II eut encore le temps d'en disperser les premien 1 ' 1 ' 1 I 1 1 ' c r chez nous.
gouttes. Non, ceux qui vont se lancer a notre recherche ne s'imagineront jamais que
Aux grondeme nts assourdissa nts du t onnerre, sui vaie nt l es e cla ts effra yants de III IIiK reviendrons vers Ie camp. I1s nous croirons partout sauf vers Ie camp. Allez,
foudre. La nature n'opposait que cris et lamentations. La pluie tombait, IH ' p cr do ns p as d e t em ps.
Comme de s mi Ilie rs de proje cti les, les goutt es ci nglant es fra ppai ent le sol. On I )a11S I'immense noirc eur de la nuit, les membre s engourdis, l e c ce ur martelant
d it q u'e ll es v ou la ie nt a tt ei nd re l es p ro fo nd eu rs d e l a t er re q ui l eu r r esi st ai t. ", I I I H arret, tous les sens aux aguets, deux hommes marchaient, couraient et
L'eau, telle un incendie, couchait les herbes, debarrassaik le sol des debris M'III'I't~ta ientouve nt pour te ndre l 'ore il le. Une feui lle qui bougeai t, un an ima l qui
veget aux qu'e lle c harria it da ns toute s les di rect ions. C'e tai t la premiere pl uie , I 11)':1 i t, un oisea u qui s'e nvola it, un re ptil e qui pl ongeai t da ns l'eau d'une ma re ... tout
a nn on c; :a it l e c ha ng eme nt p ro ch ai n d e s ai so n. L' hi ve ma ge v en ai t d e r ess us ci te r It'llmettait en ernoi,
ce tte pl uie. Le paradi s de c erta ins ani maux e t des i nse cte s de t outes sortes rena is Souvent pris dans l es touffe s d'epine s, i ls poussa ient de faib les ge misseme nts et
Merrie l es poissons serai ent de la part ie. Ne disai t-on pa s souvent qu'ils venai ent ~'t'li liberaient brutalement. Leur peau etait rendue insensible par la peur. La
c ie l p en da nt l es p lu ie s? I It iindre frottement de feuilles etait des murmures de voix. Les cris des animaux
Les grondements du tonnerre devenaient plus etendus et plus saccades, L' IIt'vcnaient des "halte!" le bruit de leurs partes, des galops de chevaux. Quand un
se calma et la pluie tomba, tomba : on eut dit que le ciel s'etait ouvert le ventre. "ib()u effraye s'e nvola a tire-d'aile en poussant deshurlements plaintifs, ils
t omba tout e l a n uit. [ uu nd ir en t t ou s d eu x l eu r c ou pe -c ou pe , p re ts a tuer ou mourir.
Dans la vieille tente des porteurs, tout le monde se tenait debout. L'eau Pendant des heures; I1s allerent, desireux d'etre plus veloces que Ie temps. La
penetrait a flots. Malgre tout, des rires y fusaient de temps en temps. Le I H' Il iep hr as e q ui so nn ai t a l eu rs l ev re s e t r es on na it a leur esprit etait : « IIf au t e tr e
avait decide de quitter le matin de bonne heure. Quand le sommeil prit I t t i l l a la naissance du jour
», C 'e ta it l e l ei tmo ti v. I 1s h al et ai en t ma is c on ti nu ai en t a
porteurs, ils se mirent en boule dans la boue epaisse, tous enlasses pour ruucir. Une nuit d'epouvante et de peine etait tornbee pour eux. I1s la voulaient
c ontre la fra iche ur qui paral ysa it l eurs membre s. I1s a vaie nt appris a supporter 1IIIIgue et courte . Longue afin qu'ils s'el oignassent de ce s li eux da ngereux. Courte
boue depuis qrl'ils suivaient les rnogperes, Iiiill qu'il s se reposassent en un li eu sur.
Les deux nouveaux ne dormaient pas. Leur cceur battait a r omp re , d 'u n 1,;1lueur de laube naissante les delivra et les condamna. Accroupis dans une
ininterrompu. L eur respiration devenait saccadee, 1IIIIIIe de karite qui avait fait feuilles neuves apres les feux de brousse, les deux
S ou ra g ra tt a B al il y a u b ra s. C el ui -c i a son tour pinc a l a ma in qui l'avai t gratt e. 1III',itifs arrachaient de leurs corps, l'ceil aux aguets, les nombeuses epines et les
attendirent encore un bon bout de temps avant que Soura ne plantat un coude hunbeaux d e p ea u d e l eu rs mu lt ip le s e co rc hu re s.

74 7S
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- J'ai pris des morceaux de gateau blanc des nassaramba et des arachides. N , () grands dieux puissants et invisibles, continuez toujours a veiller sur vos fils
a llon s en ma nger. Tu vois, B ali ly t out s'est bie n passe pour l e mo men t. ~l"i IW demaden t que l'honn eur de port er hau t l e fla mbl eau de la di gnit e d es p eupl es
- Nous avons eu de la chance. Avec cette pluie, impossible de relever nos M ' iurounsi e t b wa ba . M er ci . M il le f oi s me rc i. Balily, nous avons eu de la viande. Ton
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El le va tout lave r. '1IIi('l>l:ebriquet de pierre) a-t-il toujours du kapok?
- Ce n'est pas de la chance, c'est une assistance de nos dieux, Ils ~~~~~~~- , Q ue veux-tu en faire ? Tu n'es certainement pas fou pour faire du feu en plein
nos pas et manient la nature. J e t'avais bien dit de ne pas sous-estimer 1 1 1 1 1 1 · ? Tu sais bien que si on nous recherche, et c'est sur qu'on le fait, un feu ne fera

puissance. Nous allons nous en sortir sans grand-peine, tu verras. Si tu ~lll(' lOUS tra hir, R efle chi s un peu. Et pui s t out e st rnouil le p ar ce tte plui e; co mment

lor: gtemps ~est e a Ba rnonko, c 'est pa rce que tu as desespere, or le desespoir est . p ll ll lT as - tu f ai re d u f eu ?
p 01 so n d es a me s. II cache en son sein mille et une souffrances, et son noyau est je ne t'ai pose qu'une quetion. Crois-tu queje sois si idiot?
mort. Soura rama ssa les r estes d e la bi che et l es deu x fugi tifs rega gner ent l eur ca che tt e.
Tu n'avais pas pris conscience que toi et tes dieux vous etes noirs. Et que l.e matin, Ternpoure constata non sans amertume la disparition de Soura et de
vous et es puissanc es e tran ges, gra ndeurs i mpe rcep tibl es et my st eri euses. Seul s HIIII compagnon. Ce fut av ec une voi x et ie inte de dou leur qu'il e xpli qua la sit uat ion
~ H t~ S superieurs. Le groupe continua son chemin. Les pretres avaient un rendez-
N oi rs q ui i gn or en t c el a v iv en t c et e ta t d 'e sc la va ge ; e sc la va ge d es f un es, e sc la va ge
c or ps. M ai nt en an t q ue tu as toi-rnerne eu la preuve palpable de la puissance de VI I l lS devant eux et ne pouvaient prendre le risque de perdre du temps en
dieux, desesperes-tu encore? "t'iDurnant au fort pour faire rechercher deux pauvres Noirs. Tempoure jura sur la
- Je commence vraiment a te croire, Soura. Si mes ancetres m'aident a aLl.-..ll.'[Link]' croix de n'et re pas compli ce des de ux "ing rats".
Reo, je leur donnerai un taureau de cinq ans, trois chevres et autant de poulets et '" Ils n'iront pas loin, avec les fauves qui pullulent, disait-il pour se consoler; ils
ca nari s de ra m (bi ere de mil ) . .. l'iHquent fort de finir dans le ventre d'un lion ou d'une panthere, si les hordes de
- Ta is-toi , Quel que c hose bouge d ans les bui ssons la -bas. C'e st ce rta ine me nt chicns sa uvage s n'e n font pas une b ouche e. Vou s voye z, aj outa -t-i l a l 'i nte ntio n des
a ni ma l. D ome st iq ue o u s au va ge , ilpe ut nous e tre uti le si j e reussis a l 'a bat tre. 1IlIITesporteurs, quand on vous dit que les Noirs sont aussi ingrats que des puces,
- R es te c ac he . II ne fa ut pas p rendre de risque s inut ile s. vous ne croyez pas. Voila un cas d'exemple. Si jamais je ne m'entendais pas bien
- L aisse-rnoi faire. u v c c me s rn ogpere s, j'al lai s a voir des diffi cult es comme un a ma nt surpris pa r le mari

Soura glissa comme un serpent hors de sa cachette, huma l'air comme un de l a f em me a ve c l aq ue ll e i l e s t c ou ch e.


de chasse, et se mit a ramper ventre a terre. II de cri vit un large c erc le p our Le s p or te ur s r ir en t. L' un d 'e ux e nc ha in a:
d'etre trahi par le vent. II connaissait tres bien cette precaution elementaire de Tu aurais du rnerne avoir des difficultes comme un pere de famille qui n'a pas pu
chasse. Quand il ne fut qu'a une douzaine de pas du buisson qui continuait payer ses impots et qui rencontre sur son chemin un forgo qui le connait,
bouger, il s'i mmobil isa, se mit a ge noux. Quelq ues inst ant s a pres, il se lanca sur - He ee He e , Ouii i ... c rie rent le s autr es.
po inte des pi eds, t oujo urs courb e, A de ux pas du bui sson, il se ra idi t, ses mu sc les . -De toutes les facons, rneme s'ils retournent chez eux, ils n'echapperont pas aux
contracterent. II sauta et de toutes ses forces frappa et refrappa de son -..vuU '_--..vuu. II 'a vaux. Ce s fa ine ant sl Tout ce que le Nassara fa it , c'est pour nous ame li orer l a v ie.
au milieu du buisson qui remuait. Un hurlement continu et macabre fusa dans II faut tr avai ll er ave c resigna ti on. Les fruit s vi endront plus ta rd. Le Noir veut tout et
du matin. II s 'e lo ig na a u ne v it ess e e xt ra or di na ir e, p ro rn en e p ar l'echo, tuut de suite, ce n'est pas possible. Les Noirsvoient tout juste a la limite de l'ombre
Une hyene qui etait tranquillement en train de devorer une biche qu'eIle de leurs orteils.
surprise dans son sornrneil, avait recu sur le dos deux coups meurtriers et Neuf jours apres leur fuite, dans un vent d'allegresse ou voltigeait leur fune,
en la issant derri ere e lle une tra inee rouge at re d e sang . Le s hurl ement s t ire rent confi ant s e n le urs die ux, c ert ai ns qu'il s ve ill ai ent nu it e t jou r sur eu x, Sou ra et B ali ly

~ors ~e s.a c achette. Avec des yeux ou on pouvait encore lire une grande frayeur, ('Iai ent da ns le s envi rons de Bougou ni. La nui t ve nue i ls e ntre rent dans la vill e. Le ur
mvectrvait Soura pour connaitre l'animal qu'il avait frappe et qui poussait de pain etait fini ainsi que les quartiers de biche seches. La savane ne pouvait nourrir
h ur le me nt s a a le rt er t ou te l a c on tr ee . p er so nn e e n c et te p er io de d e l a s ai so n. Au ss i f al la it -i l t ro uv er u ne s ol ut io n.
- C'est une hyene. Elle etait en train de devorer une biche que voici. Elle n'a - Nous ne mourrons pas de faim, Soura. II nous suf fit d 'a voir des provisio ns
que le temps de happer les instestins et les autres organes. Je n'ai jamais pour dix jours de marche. Je sais qu'apres cela, nous serons dans une region ou les
q u'u n j ou r, g ra ce a Namuny, je man gerai s de la vian de, aj outa Soura e n ri ant . habitants accepteront de nous donner des vivres contre quelques jours de travaux
Puis ils e f it s er ie ux , si le nc ie ux e t c ri sp e. dans les champs.
" Qu 'e st -c e q ue tu as ? .. T u n reponds pas? - Mais il faut marcher pendant dix jours pour atteindre cette region, ce qui
Hignifiequ'il faut manger, et beaucoup.

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- Ce n'est pas un problerne insoluble. Nous prendrons la nourriture la ou elle A quatre pattes il comrnenca a rejoindre le couple, quand du haut de la terrasse
trouve. unlit un chat qui se mit a miauler. L'animal vint vers la forme accroupie.
- Et ou e st -ell e s'il t e pl ait ? A I' I'( )n di ss an t l e d os , i l s e m it a se f ro tt er c on tr e B al il y q ui l e c ar es sa t re s d ou ce me nt .
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- J ete dis Iiou e lle se trouve ... M n ls avant que le pauvre animal comprit ce qui lui arrivait, Balily avait d'une main
- Ex pl iq ue -t oi , B al il y. Je n e c om pr en ds p as . 'Nd~ son cou e t de l'autre son tronc. Le chat joua des patt es. Se s griffes dechi rerent
- Nous sommes dans un grand [Link] ne peut manquer de nourriture. Tu ' I', Aucun son ne sortit de sa gueule; meme une personne n'aurait pas mieux fait,
t oi -r ne rn e d it q ue l es d ie ux n ou s a ss is te nt . h;lIt~tnentla poigne de Balily etait forte.
- Mais ce tte fois, nous devons nous de brouill er t out se uls. {\pres qu'il eut depose le chat mort, il continua, toujours a quatre pattes, et
- Non. I1s nous ont tout donne, il ne nous reste qu'a prendre. Quand tu jilljl )i gnit le couple . De nouveau i l s e coucha.

frappe l'hyene, tu n'as vu que la biche qu'elle a laissee. Moi j'ai vu quelque chose Un fa ible je t de la l ampe a huil e e cla irai t le s deux corps.
plus important. l.'homme, un grand gaillard a la barbe grisonnante et dote d'une bedaine aux plis
Soura ne comprena it pa s. Bal ily foui lla l e sac et exti rpa une queue. [uultiples, ronflait comme un gros phacochere qui a la hure enfouie dans des
" Vo il a c e q ue l 'h ye ne a l ai ss e d e t re s i mp or ta nt . 1')lcIneSde manioc.
- Sa que ue? Tu plai sa ntes ... l.a femme etait jeune. Ses seins etaient encore fermes. Quel beau corps! pensa
- Je suis aussi serieux qu'une femme qui parle du premier homme Ihilily. Mais il n'etait pas la pour cela. II tendit a la rnaniere des herons, son pied
c onnu. Da ns Ie sac que tu as pris a Tempoure, il y avait du fil b la nc , c 'e st dl'oit dans la chambre. II attendit un moment, souleva le pied gauche qui plana sur
complement de la queue. Tu verras ce que nous allons faire. Attends que lu tete du ronfle ur. II s'i mmobil isa un instant . L'homme ronfl ait touj ours. II pa ssa
sommeil avale le village et tu comprendras. dllilS la chambre a coucher. II n'y avait qu'un grand lit en bambou et des vernents
Tard dans la nuit, Balily reveilla Soura qui commencait a s'endormir sous' .lIspendus a une corde tendue par deux piontes plantes dans le mur. Une porte
hanga r du ma rche, ou il s s'eta ient refugi es. I1s sa vaie nt bien que l a nuit personne [msse menait a une autre chambre. II y penetra. II y avait une grosse malle et des
se hasarderait au rnarche, car c'etait bien le tour des genies, des fantomes et ':'II}(lri sde toute s tail les. II ouvri t la mal le. Elle eta it ple ine d'habi ts. II la vi da. Au
sorciers de faire leur rnarche. II m d, il vit une boule de coton. Son cceur sauta de joie. La fortune etait la o L a boule
- Leve -toi et sui s-moi , Ne pose pas de questi ons. ~Iait lourde. II degagea le coton. II y avait quatre pieces de 1 franc, une piece de 1
I1s ent rerent dans le vi lla ge. Ba lil y ouvrait l a marc he. IIs s'arret erent deva nt H O U , trois de 5 francs, des bijoux en or et un grand collier a gros grains. II emballa le
grande concession. Elle comptait au moins huit terrasses et plus de dix cases. 1 01 lt ,p ri t d eu x g ro ss es c ou ve rt ur es e n c ot on na de , u n p ag ne I eg er e t s ort it .
mur, qui servait de cloture etait haut de plus de deux metres. L'unique porte A la porte il resta fige. Son cceur se mit a battre. Depuis qu'il etait entre dans la
solidement barricadee, t~()lIril avait su garder son sang-froid mais cette fois c'etait plus fort que lui. Son
- Courbe -toi, Soura . Ne pose pas de que st ion. unur accentua son galop. II le sentit monter dans sa gorge. Ses yeux se dilaterent,
Balily se servit du dos de son compagnon pour atteindre le mur. II observa S t~ Sn er fs se t en di re nt . S es p ou mo ns n 'e ur en t p lu s a ss ez d 'a ir .
cour avant de descendre. " J e n e su cc omb er ai p as ", s e d it -i l a pr es s' et re a cc ro up i.
- C'est ce que je pensais. C'est la maison d'un riche. II y a des bceufs dans la II se redressa. L'idee d'etre pris, d'etre reconduit a Bamonko et surtout d'etre
Et par bonheur, a cause de la chaleur, les gens dorment au dehors. Iwndu freina sa passion et eteignit le feu qui avait rechauffe son instinct de male. II
II sortit la queue de la hyene, murmura des paroles dont lui seul comprenait M t\ calma mais contempla pendant longtemps la femme couchee a ses pieds. Dans
sens, noua solide ment l a que ue avec le fil b la nc , y p la nt a t ro is g ro ss es e pi ne s, IiiIII somme il, son pa gne l'avai t quitt ee et l e spec tac le qu'ell e offrai t ave c se s jambes

- Attrape cette queue et reste assis ici. Surtout ne te hasarde pas a l 'c art ee s, a ll ai t f ai re e ch ou er l a mi ss io n d e B al il y.
murmura Balily. II laissa choir son butin par-dessus le mur. Soura, effraye, se redressa, pret a
A partir du dos de Soura, il bondit a nouveau sur le mur, y resta un bon bout prendre le large.
temps avant de se laisser glisser le long de la paroi. II atterrit sur la pointe des pieds Bali ly all a e nsui te dans l e poulai lle r et y tordit le cou a quinze pintades et sept
En un bond il fut a cote du pare, glissa le long des pieux geanrs plantes pour wqs. Illes emballa dans le pagne et sortit. Apres qu'il eut passe son colis, i1 mit un
nir la haie d'epines de celui-ci, et rejoignit un groupe de dormeurs non loin de lao mort ier c ont re le mur e t l 'e sc ala da. Sour, touj ours assi s, tena it la que ue de la hyene ,
s'a llonge a a l 'e xtremite d'une natt e et commenca a observer l a t errasse ou dansait Debout! Nous pouvons partir. Serre bien toujours la queue. Retoumons au
flamme jaunatre d'une lampe a huile. C'etait certainement la chambre du chef marc he pour y emprunter l e sent ier qui nous permet tra de cont ourner l e vil lage.
famill e. Un homme et une femme dorma ient deva nt la port e ouve rte.

78 'N
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Ils marcherent to ute la nuit. Au petit matin ils quitterent la route et 1)111'1I'('lait-ilpasse exactement ? Un rnatin, un n~ ssar aet ai ~ v ~nu a ~~r.; 1II~eHUII't'
pendant plus de deux heures dans la brousse. Ils s'arreterent devant une
terrnitiere. If PI'I'lldre quelques jeunes bwabas pour des besoms immediate ... lour uuc
5/10/2018 NorbertZongo-rougbeinga -[Link]
. " u v a it ajoute le forgo. , ,
- B a li ly , t a q ue ue a e te f or mi da bl e.
- Donne-la moi que je la denoue, Urine maintenant si tu en as envie. Nous 1,1 I ill li >owni a vai t rou le, roul e et roul e. Aucun je une n'a pparu t. Les v1eu x, qUI
'
1 1 1 1 venus accueillir le nassara et sa suite se retirerent dans les concessions
deplumer notre volaille ici. Nous utiliserons le trou de cette termitiere
griller. Avec cette viande nous atteindrons la bonne region. Nous n'aurons 11111(' pour rame ner les je unes. Le nassara a tt enda it sous le gra nd arbre a p ala bre.
cultiver dans les champs ; avec deux francs nous pourrons nous nounir durant 1111')',ostaient en train de griller des moutons et des ,po~ets., . '
notre voyage. 1 .1'I imbowni r ugit enc ore une f01S. S a V01Xcou vrart a pe me les ec lat s ~e nres qU1
- Justement je me demande pourquoi tu as pris une telle 11I1.11,'nte l'a rbre a pal abre ou l'huil e u til isee po ur l a gril lade , suintait dans les
laisse quelque chose? 111'11r d eg ag ea it u ne e pa iss e f um ee . A u t ro is ie me r ug iss em~ nt d u t 1f fi bO W1 11 ,n e
- Oui. Be auc oup d'habi ts et . .. Ih ' de I le ch es s 'a ba tt it
s ur l es f or go s. U ne g ra nd e c la me ur S U1 V1 t.
- Et quoi? 1,1' nnssara vocifera des ordres en vain. Aucun forgo ne tenait encore deb~ut.
- Et une tres jeune femme nue, couchee sur le dos les jambes ecartees ; 1111cs porte urs et aie nt viva nts. Tout a vai t ete si rapi de q~e .me me l es gue rners
failli tout faire echouer, I:ISqui operaient en tenaille etaient surpris. Les forgos etaient tous morts, les
- Tu n'etais pas si fou pour nous faire prendre a cause d'une femme. Tu I I'I I' II I' Se t l e n as sa ra l ig ot es . .. "L e p ou le t e ta it t or nb e t ro is f oi s a la r en ve rse ". I ln e
t ro uv er as d es d iz ai ne s d 'a ut re s c he z t oi . Iillil surtout pas l'oublier. . '
- Oui mais ... Tu ne l'as pas vue, et figure-toi, ca fait des annees et des annees . 'l'rois jours apres ce combat eclair, le be fit cesser les mte~mables danses
j'ai touche a une femme. Occupons-nous plutot de notre viande. J'ai une faim ~1I1'1'1'1(:rest annonc a une gra nde cere rnoni e a u sa nctu a1re , des an cet ~es: Toute s .l es
me mange les intestins. Desorrnais, nous ne marcherons plus la nuit, a cause iM I. )11ll es cer emo nies de ce g~nr~ se fa isai ent au mome nt ou le sole il etait au zenith.
fauves. ~li li!l d es Ie rn ati n, la p lac e e ta rt noi re de monde. La foul e att e~da 1t, Sil e?C 1eUSe et
- Au prochain grand marche nous acheterons des arcs et des fleches, Je Ihl li l'lIt e. Les li eux r ecomma ndai ent l e c al me et surt out l e cont role de. SOL Un mot

preparer de violents poisons avec quelques racines. Je peux defier tout ce qui vit IIhl l pla ce et le s an cet res v ous appe ll ent pour de plus, ample s e xphc~ t10ns. Un a ct e
respir e lorsque j 'a i un arc dans la mai n. Ih\ pla ce et il s vous r appe lle nt a l 'ordre la nuit du troisieme JOur_,pensart-o n.
Un mois et quinz e j our pl us t ard, le s deux fug iti fs eta ie nt a Bobo-Dioul asso. (Juand le be Gnoumou apparut avec une longue suite, la ,foule n~ put
n 'a vai ent renc ontre aucu ne diffi cul te j usqu'a pre se nt. Il s a vaie nt deci de d e se ~II'lnpecher de pousser un oh! de surprise. Le Nassara-rouge faisait partie du
d'abord en pays bwaba avant de se rendre en pays gourounsi, a Reo. II)rlege. Les mains liees derriere le dos, il marchait au milieu d'un pent troupeau de
Soura vivait deja le triomphal retour, la grandiose reception que le dl'lIXchevres, quatre moutons et un taureau noir. .
donne rai t ave c la pa rti cip ati on de tout le pa ys. Et sa fa rnil le, que ne fe rai t-t-e ll e I ,a corde qui avait ete nouee a son cou etait la merne q ue c el le d es a n1 ff ia ux . So n
II se voyait noye dans une foule sans cesse croissante d'admirateurs et ullure etait celui du troupe au, plus exactement celle du gros taureau. .
surprenait souvent a repondre tres haut a leurs questions qu'il devinait. I,0 amy, le doyen des griots, etait le berger ~e ce troupe~u. Quand ils f;u:ent au
imagi nat ion l e pro men ait de ca se e n c ase, acc ornpa gne de Boto ni afm qu'il ""'l-nt,ra 11I'lIildu sanctuaire, il cria trois fois et se mit a louer les dieux et les ancetres. Le
s on o dy ss ee , l 'a po th eo se d e s on h er oi sm e. timbowni parla, parla et parla. Les dieux furent tour a tour invoques par ordre de
Soura, le seul Bwaba qui soit revenu de "La d'ou on ne revient pas" ! A son I ll ii ss an ce , l es a nc et re s p ar o rd r~ d 'a ge ., L 'a nc et re G no um ou _, " Le p U1 s~ an t v en t q ~~
I',III redoute et qui tient le destin de 1unrvers dans ses mams de fer , fut sollicite
il a vai t ac quis dej a la c ele brit e q ue se uls que lque s anc et res ava ient connu e apre s
mort. pi iur etre le porte-parole de ses enfants aupres des autres ancetres et des dieux.
Sa vait -il c e qui l es a tte ndai t ? He las non. C'est par ce que l'homme ig nore Tout fut silence quand Loamy eut fini de dire les louanges. .
qu'il a souvent le courage de vivre Ie present. C'est aussi la lutte perpetuelle Les trois grands sorciers et le be penetrerent dans le sanctuaire. Ils y restero~t
rnene contre cette ignorance caracterisee qui marque peut-etre tous les pendant longternps avant de ressortir avec la houe qu~ l'ancetre Gnou111ou avait
vi vant s, qui a fai t de lui un e tre superi eur. urilisee pour batir la premiere case devenue Hounde. Cette houe svmbolisait
L'esprit de Soura construisait le pays bwaba sur des ruines et faisait vivre des l'ancetre.
morts. Loamy s'adressa ala foule :

80 HI
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- Notre grand be, le lion de notre foret, notre soleil, va vous prouver til'lI picds a la tete. Tel un objet il ecoutait, sans rien comprendre bien S L I I : , lcs
que rien sur cette terre, qu'il vienne du levant ou du couchant, ne doit ni ne peut 1111 .IIrati ons du sorcier. Et, impuissant, il l e regardai t brandir a sa gorge un long
comparer a l ui. Regardez c e singe des lointa ines forets qui se fait Norbert Illd In' scintillant.
5/10/2018 [Link]
appeler nassara-
rouge. Au li eu de chercher a soumettre les peuples faibles qu'il effraie par sa I ,;I foule salua Ie premier jet de sang par une grande ovation. Le sergent, sous 1 (1
couleur, il a ose tourner son regard impur sur le peuple le plus brave que la Ih nrlcur, faillit echapper a ceux qui le tenaient. Leurs muscles tendus telles des
c onna isse. Nous al lons l e donner en sacrifice a nos dieux. Notre la-be, tell IIii'(lcs d'arcs, ternoignaient de la violence des spasmes du mourant. On traina
qui prec ede la foudre, veut avert ir t ous le s i mprudent s nassa ra mba-rouges et I'litillite l'egorge qui baignait dans une mare de sang et on le playa le soir venu au
qui se sont fourtoyes dans les sentiers dangereux de la guerre, de ce qu'ils ruilicu de l'aire de danse. Les danseurs evoluerent autour de lui au rythme cinglant
cornrne risques en venant au pays bwaba. Nous serons tous temoins de ill'li b al af ons q ue p er ca ie nt l es c ha nt s r ai ll eu rs d es g ri ot s.
"Rcgardez-le, il est barbu mais il n'etait pas circoncis. Haii ! QueUe honte! Si
avertissement solennel. IIIIllS ne l'avions pas circoncis, les dieux ne l'auraient rnerne pas accepte en
La foule hurla de joie .
Le grand sorcier remerciait les dieux avec un poulet comme les couturnes 11t11 I'i lice."
l 'e xi ge ai en t a va nt l e sa cr if ic e d 'u n o u d e p lu si eu rs a ni ma ux . ( . c n e fut que deux jours apres les sacrifices, apres qu'on a oblige tous les petits
Le sergent blanc de la gamison de Dedougou, venu recruter de jeunes ,',iII'I,:()ns a venir toucher du doigt le cadavre et qu'on a invite les jeunes guerriers a
pour en faire des soldats d'occasion, ceux qu'on appelait communernent l'I'II:;a),crde leurs fleches, qu'on brula les restes du sergent.
tirailleurs senegalais, etait livide, 11 avait ete bien entretenu durant sa ''<-iue le vent apporte aux di ables qui l 'habi tent, l es cendres abj ectes de ce damne
lIill)',l' aux oreill es rouges! " ava it dit le sorcie r qui a va it mis le feu au bucher.
j usq u' a c e ma ti n. 1 1pe ns ai t q ue c es "s au va ge s" n 'o se ra ie nt p as l e t ou ch er. 1 1a va it
raisons. Si on voulait le tuer on aurait pu tirer sur lui au merne moment que I ,L ' b e pada longuement a son peuple: "A partir de maintenant nous sommes en
forgos. Et puis, chaque jour, ceufs et viande grillee, bouillie ou frite lui I \I II '
I "I "C .n e g ue rre s an s me rc i. L' en ne mi e st r ed ou ta bl e p ou r b ea uc ou p d e p eu pl es,
apportes. Plusieurs fois il avait rente de sortir, plusieurs fois les quatre !'Su.u.J.J"",1 ll iOl iS e pays bwaba se ra son t ombe au. Tous les nassa ramba-rouge s qui vi endront
dl'l'l'S c elui-ci , subiront l e merne sort. Comme vous l'avez VU, iln'etait pas circonbis,
robustes qui ga rda ient sa porte l 'avai ent remis a sa place. Sans arme il ne
rien faire a ces grands gaillards. I I'I II Ci l e ta it u n e nfa nt . Je su is s ur q u' il s s on t t ou s de s e nfa nt s, l es na ss ar amb a.
Ce matin, tout se compliqua : un sorcier entra avec deux jeunes guerriers. Il rai fai t construire de s hutt es e n brousse pres de l a ri vi ere a de ux j ou rs d e ma rc he
devisagea curieusement, l'aspeigea d'une decoction qui sentait mauvais, trci lI'ili Toute s les fe mmes qui alla itent, le s vi eill es et l es enfants iront loger la-bas, des
ma uva is. Apres l 'avoir longue ment devi sage a nouveau avec des yeux dl'llla in mat in. Il y aura quatre jeunes guerriers pour l es garder. Ils y trouveront tout
subiternent rouges vifs, le sorcier le fit deshabiller. Les deux guerriers le h' ucce ssaire pour leur cuisine car i ls y resteront jusqu'a la fin de cette guerre dont
I'IIII;IIC est certaine pour nous. Le poulet est tornbe trois fois sur le dos ".
comme dans un etau, Le sorcier prit son sexe dans sa main, le contempla et
dessus. Il ressortit, le laissant dans les mains des deux guerriers qui le serraien . I kux semaines plus tard, le commandant de la gamison de Dedougou, inquiet
t el le me nt f or t q u'i l s en ta it : se s o s s e d es ar ti cu le r. 1111et ard du se rge nt e t de sa secti on, de pecha une missi on a Ko ud ou gou e t o bt in t
Quand le sorcier revint quelques instants apres, il avait une hachette et un til' son superieur, deux sections de forgos encadres par trois Blancs dont un
tronc d'arbre. Les deux guerriers terrasserent le sergent. Le sorcier s'empara ",llIllIant.
nouveau de son sexe. Il voulut se debattre mais d'un geste vif les guerriers I .c le ndemain de l eur arrive e a Dedougou, les deux sections prirent la route du
c lo ue re nt a u s ol . 1',11':;bwaba. C'est un pays bwaba d'un calme effrayant qu'ils trouverent. Pas un
Le coup sec de la hachette sur le tronc mit le feu dans son corps. Il huda comms " ll lI ll al n e r od ai t d an s l es a bo rd s d u vi ll ag e. I ls d ec ide re nt qu and r ne rne d 'y e nt re r.
un possede et s'evanouit, A son reveil, personne n'etait dans la case. Ses cuisSClM t III orage de fl eches et de lanc es l es acc ue illi t. Les forgos a c he va l v oul ure nt f ai re
e taie nt ba ignees de sang. Son sexe lui faisait atroceme nt ma l. I i' IIIII" du villa ge pour reperer la ou la forti fi cati on et ait facil e a f or ce r. Le f eu n ou rr i
A p re se nt i l s 'i nqu ie ta it b ea uc ou p. P ou rq uo i l 'a va it -o n a tt ac he a ve c c es a ni ma ux P ti,'n mousquetons qui dechargerent beaucoup de chevaux de leurs cavaliers, les en
Pourquoi tout ce monde assis a merne Ie sol, les jambes repliees, sous ce soldl 1111I:illada.
cuisant? I ,a batai lle dura troi s jours et trois nuits. Les de ux di visi ons perdirent c inquante

La reponse vint du sorcier. A son ordre on detacha le sergent des autl:t'. 1111)',1S et deux cents prisonniers de Dedougou gu'on avait arrnes pour les lancer a
animaux. Trois grands guerriers le terrasserent. Il ouvrit la bouche pour crier tlt, 1',IIi:,allt·es fortifications.
appeler au secours, mais un large pied dur, fendille a la rnanie re des marigolM 1.'·,ldjudant profit a d'une nuit e t retira sa troupe a vi ngt kil ometres. Il envoya
desseches, a pl atit sa tet e contre le sol en la pieti na nt tres rudement. On l'i mmobili ga . d"lll:lIlder des renforts a Koudougou et a BoboDioulasso. La revolte du pays

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bwaba fit sensation a plus de deux-cents lieues a la ronde. Les pertes de 1'1'111l us, pa r manque de munit ions. Quand le be a pprit l a bon ne nouvel le,_i l se
Iida s'il ne devait pas ordonner un assaut massif a son tour. Ses conseillers
coloni al e se mul tipl iere nt a cha que kil omet re. La bravoure , l a tena cit e et l e
d es b wa ba s e nt re re nt d an s l a l eg en de . nIHtWt~nt.
5/10/2018
On mobilisa tous les forgos. Un important stock d'armes et de munitions Norbert fut Zongo-rougbeinga
A pd~sent [Link]
semblait perdu avec l'arrivee de ce puissant fusil-elep~~t. ~u
a leur disposition. A Bobo-Dioulasso comme a Koudougou, ordre avait ete xi~ll1e jour de l'arrivee du canon, l'armee coloniale envoya un emissaire
de requisit ionne r t out homme capa ble de port er un seul kilogra mme de c harge. uuuler la capitulation des bwabas. Des que celui-ci fut a la portee des flech~s et
Apres sept jours de marche, les renforts arriverent enfin a destination. muusquets, les bwabas le clouerent sur place. Son drapeau blanc tomba a ses
trente personnes avaient succornbe sous le poids des armes et des munitions. ~M ,
grandes colonnes de poussiere avertirent les combattants bwabas de l'arrivee 1 , 1 ' hombardement reprit de plus belle. Rempart et cases devinrent un amas de
renforts. cr de bois. Malgre le feu nourri de l'ennerni, les derniers defenseurs bwabas
Le be et ses conseillers changerent de tactique. Les archers prirent place en 1""Irent a enterrer le be Gnoumou dont la tete avait ete broyee par l'eclat d'un
du rempart et ne viserent desormais que par les meurtrieres, Seuls les nommes. 1111'1'.
mousquet reste rent pl ant es au-de ssus du re mpa rt. Confi ants, ils re gardai ent (.hland le canon se tut, sept heures plus tard, la cavalerie se lanca sur ce qui
l'ennemi. Ils attendaient qu'il rut a la portee de leurs armes pour deverser sur lui II' de la ca pit ale d u pays bawba. Un ve: it able massacre s'eng age.a . ~es, forgos,
de luge de morce aux de fer. lI't' a u cla ir, faisai ent vole r l es te res. Ils mirent le feu aux cases qUi n avaient pas

Les forgerons ava ient t rouve un systeme t res i ngenie ux. A pa rtir du c uivre rouchees par le bombardement.
fer, ils avaient fabrique des projectiles qu'ils emballaient dans des morceaux 1 , 1 ' sol etait jonche de cadavres. Iei une tete emerge~it dec?m~res= du
chiffons pour charger les fusils. Le morceau de fer bien emballe ne jouait plus npnrt, la un membre rotissait dans les, fl~es, ou des mte~tms ~~lgnale?t les
le canon. Il n'y avait done plus le risque de voir peter l'arme. Ill~S d'un cheval. Les quelques rares pnsonmers mourants avaient ete passes par
L'ennemi cette fois ne vint pas a la distance souhaitee. Cette fois, il etait HI:me sap res des tort ures p our savoi r ce qu'ils ava ien t fai t d u premi er Bla nc venu
t:es l?in et remplissait l'air de balles sifflantes. Le be qui comprit tres filli't~ Ie recrutement
militaire.
sltu~~lOn, tonna un ordre et tous les hommes au mousquet quitterent (~lIand il apprit le sort reserve a son subalterne, l'adjudant piqua une folie telle
positrons. ~III'ilmassacra quelques porteurs et interd~t les sains a .des forgos blesses. Dans le
Les de ux mi trai ll euses de l'enne rni c rach aie nt sa ns repit des nue es de ~¥.n'o~~l ' I't ll '( }x ys me d e s a r ag e, i l o rd on na u ne retraite dans la nUit., . , ,
qui venaient se fracasser contre les remparts. Malgre cette superiorite rnatenen Sur le chemin du retour, il fit battre tous les chefs des villages qUi jalonnalent la
l 'a rmee c oloni ale , apre s dix j ours de c omba t, e tai t t oujours a son point de de part. 1'llIlt'e. Tou t porte urbl esse ou epui se rec evai t syste ma tique me ntIe c o~p de ~i ke.
Replies derriere les rneurtrieres, les bwabas repoussaient les assauts de Ma is l'ima gina tion du malhe ureux Soura, sans mi racl e, fai sa it t oujours [Link] de~
c av al er ie d es f or go s q ui s uc ce da ie nt a ux t ir s d es m it ra il le us es . h()ll1mes dont les nombreuses nuees de charognards et de corbeaux avaient fini
Il fallait ouvrir des breches dans les remparts. L'armee coloniale suspendit d'llrcacher les yeux et d'ouvrir les ventres. Des charognards, des hvenes et des
operations et attendit l'arrivee d'un canon qu'elle avait envoye prendre a rhacals, voila les seuls la-be, les seuls Dakuo, les seuls sorciers, en un mot les seuls
Dioulasso. Au troisieme jour de l'accalmie, le be decida d'attaquer a son tour. hili iitants du pays bwaba. . , ,. " ,
da ns l a nuit , trent e j eune s arc hers gli ssere nt du haut de s rempart s. l.e groupe des viei ll es, des enfant s et de s femme s avait e te a ussl. massac re, m~s a
- Vous ne reviendrez pas ici avant le des e ngagement des hyenes. Chaque I!loi tie seul eme nt. L'ad judant aya nt a ppris tardi vement son e xiste nce, ~ert ame s
vous devez les harceler. Amenez vos vivres dans la colline de Saro, il y a une [ u m m e s avaient pu, a la faveur de la nuit, echapper au carnage en se refugtant dans

la -bas t res bi en dissi mul ee. Tamini saura l a trouve r. Le jour vous y reste rez hhli lhl
brousse. Tous les voisins
ill e se voyai ent me nace s:
des bwabas qui avaient suivi le deroulement de la
la pui ssanc e de l'armement du nassa ra-rouge donnai t
ma is l a nuit ... Bonne cha nce l es brave s. Soye z surs de la vi ctoi re.
Au vingtieme jour, les boulets du canon qui venait d'arriver s'abattirent sur .II'M1echir.
rempa rt qui s'envola par endro its. La pa nique c omrnenc a a gagne r le s c ornnat tann Le s episodes de la bataille s'etaient r~pandus comme une tr~1nee de pou~re:
bwabas. Leurs pertes etaient tres elevees. En une journee "le A i n s i Soura l'appri t au sorti r de Bobo-DlOulasso .~ans un ~~ ~c~e. ~l ~e [Link] \~
comme il s l'appe lai ent , nett oya une bonne pa rtie du re mpa rt. rroire aux dires et aux racontars des buveurs de biere de mil. C est inirnaginable ,
Pourtant, les trente jeunes avaient reussi des leur premiere sortie a tuer pensait -il. A ,"

forgos, a voler quinze chevaux. Et surtout, ils avaient reussi a mettre le feu a _ C'est impossible, Balily. Tout le pays bwaba ne peut etre rase ainsi. Seule la
tente. Une deflagration avait illumine la nuit. Le lendemain, les mitrailleuses I Ii ud re e st c ap ab le d 'u ne t el le t ue ri e.

84 85
[Link] I .' ho mm e n e d oi t a vo ir qu e d es l ar me s de colere, C el le s d e p ei ne s on t p our l 41/82
es
- Je souhaite que ces gens mentent. Les nouvelles portent toujours le poids
distance. Je ne crois pas a un seul mot de toute cette histoire. 1·~11Hnes.e sois pas a ton tour victime des effets sataniques du decouragement, Ne
Ils refusaient de croire une realite. Merrie quand ils furent au milieu des ruines '1 1 d(ll:ournepas de ta mission sacree et surtout n'oublie pas que tu es un bwaba. Pas
5/10/2018 111~llle les satanes
NorbertZongo-rougbeinga
pays bawba, Soura se demanda sic'etait vraiment lale site de son Hounde. murs de Barnonko n'ont pu te garder longtemps en captivite.
-[Link]
L 'e sp ri t a la d er iv e, il p al pa it l es b ri qu es c om me po ur e n f ai re p ar "u'~u,uwC"J,~ M I ii, je suis convaincu de ton role dans la lutte des Noirs contre la barbarie des
1It1"Haramba.e benis les dieux qui m'ont fait aller a Barnonko et qui nous ont mis
les belles terrasses et les belles cases qu'elles avaient ete jadis. Il s'assit sur ce que.
leur maison. La tete entre les genoux, il alla a la recherche des siens. 'II contact, Les ancetres veillent et veilleront sur la f1amme de ton indestructible
imagination l'amena rapidement a bon port. Il revoyait chacun dans ses V"'_U~">L1UI
Ulllirage. Tu te remettras rapidement de ce coup qui aurait ete fatal a un coeur
habituelles. Son pere etait la, dans sa forge, martelant. Samere etait a la meule l !l oi ns en du ran t. M ai nte na nt n ou s es sa yer on s de f ai re e vi ter a t ou s l es N oi rs , e n
les autres femmes. Botoni revenait du puits le canari sur la tete et le sourire ~ulnl11en<;antp ar t ou s c eu x d es v ill ag es v ois in s d e Ho un de , un te l d es ast re . N ou s
l ev re s ... I l n e r eus si t p as a v oi r c omm en t i ls et ai ent m or ts . I ll ev a l a t et e, pr or nei "!iVI)(1S trouver d'autres formes de lutte. Mais plus que jamais la lutte doit
sur les decornbres un regard indefinissable, tant le desespoir, l'angoisse et la L ' ()llI'inuer.

avaient, par leur fusion, cree ce que l'homme definit tres mal : l'inhumain. I,a foudre, malgre sa puissance, sollicite le concours de l'eclair dans ses
gouttes d'eau qui, comme des taches d'huile, s'epandaient au sol le mnnceuvres. Il faut s'unir. Un pied blesse d'un coup de lance se soigne mieux que
comprendre qu'il pleurait. . ' i I etait plante de mille aiguilles.
O U e ta ie nt -i ls a pr es ent , t ous c es g en s q u' il a va it co nn us ? E ta it -c e t ou t c e l. 'hippopotame, malgre l'epaisseur de sa peau, s'ouvre le ventre en passant
restait d'eux, cette putrefaction? Dieu tout puissant aurait-il decide de .1lI~cessivementsur les multiples lames que le chasseur a plante sur son sentier.
extermination, et pourquoi ? Lui qui passe tout son temps a creer des ames Nous ferons comprendre a nos freres l'importance de ce pacte sacre des
serne dans l'univers, en reclamerait-il d'autres ? IIlIjoucd'hui.C'est un devoir que les dieux, les ancetres et... tous ceux qui ont donne
La vie! Voila vraiment le royaume de feu dont parlait Tempoure. Dieu vie dans ce pays pour preserver leur liberte, nous imposent. Le nassara-rouge
puissant y envoie tous ceux qui doivent souffrir. "Les bwabas morts ont .til'a I t jamais chasse de nos territoires. Allons, du courage Soura. Tu verras que tout
delivres, pensa-t-il. C'est la seule explication de cette situation. Pourquoi ne pas 1 1 ' f ! Ires bien.

delivrer moi-rnerne ? Pourrai-je rejoindre ainsi les morts ?" On lui avait .
a pp ri s, de pu is s on en fa nce , q ue c eux q ui s e s ui ci de nt s on t b an nis p ar l es
qui ne les laissent jamais vivre en paix. Il attendrait de mourir a l'appel des [Link]
As sa il li p ar m il le e t u ne d ef in it ion s d e l a v ie, So ur a a ll ai t et v ena it d 'u n
l'autre de ce qu'avait ete la cite imperiale du pays bawba. Balily, qui le suivait
pas, finit par l'abandonner pour allumer un grand feu afin d'eloigner les fauves
rodaient dans cette nuit sans lune. Le marcheur continuait sa marche, .
des dangers qui le guettaient.
Le matin, il tomba d'epuisement et s'evanouit, Son compagnon le
s ous u n ar br e et a ve c u ne od eu r p iq ua nt e d e pi me nt b rul e, il le ra ni ma . Il lu i
a b oir e u n p eu d 'e au e t l 'a do ss a a u n a rb re .
Apres un long silence, Soura fixa Balilyde ses yeux hagards et reussit, dans
frenesie des levres, a demander:
- Sont-ils r eellement morts? Ont-ils ... vraiment disparu ? ..
- O ui ! I ls s on t m or ts, ma is i ls v iv en t. C omm e tu l 'as s i b ie n s ou li gn e souvent;:
No ir es t n oi r, e t, a t rav er s s es t en eb re s, l e n as sar a- rou ge n e p ou rr a j am ai s l ir e .
v al eur s im mo rt el le s i nd es tru ct ib le s. T ou s c es b wa ba s m or ts o nt le s y eux s ur
Venge-Ies, venge-toi. Lave dans le sang les affronts du singe-rouge. Releve son
e t c on ti nue l 'c eu vr e de t es pa re nt s. L es b wa ba s n 'on t p as et e t ou s e xt er mi nes :
m 'a p ar le d' un c amp d e f em me s e t d 'e nf an ts , s an s c om pt er l es n omb re ux .L"'O''''''J~
qui sont actuellement dans les villages environnants.

86 87

[Link]
Les Jours qU1 suivrent furent tres riches en activites. Soura et Blllil)' . I i i 11,111',('1'
cs pirogues geantes, le defrichage de forets pour en faire des champs, 42/82
s'entretenaient dans tous les villages avec les chefs de village. Ils haranguaienr I(IM ,I. I IIIS vil lage s, l es vil la ges mossi, Bo bo, Sa rno, boussanse , ... sont l es greni ers de
foules dans les marches. Les bawbas symbolisaient desorrnais le courage du 1I 1111i 1 I(~;du nassara-rouge.

de
5/10/2018l'asserv isse me nt a u nassara-ro uge. Le ur sac rific e et ait e xemple e t invi te. Invito
NorbertZongo-rougbeinga I [Link]-avo ns quit te Kou dogo pour Barnonk o, j e me suis de ma nde c omme
[Link]
la co nquet e de l'honneu r, invi te al a di gnit e, invi te a l a li bert e to ut co urt. III'"IIIIIIP d'autres personnes, pourquoi je suis venu sur terre. Des hommes
Soura, no u s serons sous la protection du plus grand fetiche de tout le pal'N 111.1111,1\('111 e fatigue, de faim et de coups. Notre arriere-garde etait une horde de
g ou ro un si , l e Ty ga ri , q ui r en d i nv ul ne ra bl es t ou s s es a de pt es . 11\'111':;j lll achevaient les agonisants abandonnes dans la brousse.
Nou s o btie ndrons c et te f orce col ossa le surna ture lle et lib erat ric e. La p uissance ,\IIII'l'S ;1 B arnonko, nous etions tres soulages. Nous croyions etre au bout de
du Tygari nous extirpera du monde invivable du nassara-rouge. Grace au TYl-lari. 1111111'uscre. Erreur, la situation empira. C'est a ce moment que je me suis dit que
qu i g uide ra inf ail li blement nos pas vers l a ve ngea nce , la lib erat ion tot al e, e n un 1 1 1 1 d II'11.1:;sara-rougene mange pas les Noirs, c'est parce qu'illes deteste c om me n ou s

vers le renouveau de l'homme noir, nous bouterons hors de nos territoirrj 111111', krc st ons l es c arne leon s, l es c harogna rds et le s musara igne s. Si non, p our lui ,
l'assassin - rouge. 111111" II' sornmes ni pl us ni moins que des a nimaux. Le na ssa ra-rou ge c onside re son
Ils entrerent a Reo une nuit, comme la coutume l'exigeait pour tous ceux 11111'11, ;1111 cha t ou l 'a nirna l sa uvage qu'il ele ve, mie ux qu e le pa uvre Noi r, qu'il vid e

pour une raison ou une autre, etaient restes longtemps a l'etranger. Les cris 111111111(' ous videz le fruit du baobab avant d'en jeter la coque. Mon carnarade et
femmes et les flutes des hommes de la famille de Balily firent accourir toul ';,)11\1'111' ue voici, car c'est grace a lui que j'ai l'occasion de vous causer ce soir, est
village. On exigea que Balily rnangeat du mil germe et qu'il soufflat trois fois sur 1 ( , 1 1111''i<'lllple qui vous prouve que tous les Noirs, sans exception, souffrent de la
feu a vec le s morce aux du mi l mac he. Ainsi il a nnul ait ses propr es fune rai ll es que I HI II ,I II (' du n as sa ra -r ou ge . S es c ic at ri ce s v ou s d ise nt q u'i l n 'e st p as d es e nv ir on s.
pare nts av aie nt c ele bree s. Car c elu i qui e ta it c hoisi pour Barnonk o et ai t co nsi d{'1'6 I',II vccu quatre saisons d'asservissement qui m'ont ouvert les yeux sur les
c omm e mo rt . IlIlIdl,lls de la vie qui ne sont que des resultantes du besoin de liberte et
L es v ie ux d u v il la ge f ir en t r ap id em en t t ou s l es s ac ri fi ce s q ui a ll ai en t p er me tt ro t i t ! d'III,lllllliissement de l'Homme. Quatre saisons, c'est peu pour vivre une vie de
ret ire r B ali ly de parmi l es mort s, p our le remet tre a vec l es viva nts. 11111'11(', 'est pourtant une eternite pour une vie de rnisere. Le plus ignorant de cette
Des Ie lendemain de leur arrivee, des ceremonies de danse et d'aull'('M lilli' 1', ;1ce lui qui mesure le t emp s co mme un e donnee uniforme. Le nassara-rouge

ma nife st at ions d e re joui ssan ce fure nt organ isees, Les ca dea ux a fflua ien t de parrout, 1111'11111'1' c t em ps . Il ne sait pas qu'un jour, dans l'esprit d'un homme dans la
C'e tai t du ja rnai s vu, disai ent l es uns. Re veni r de Ba rnonko e tai t une c hose que s('IIIM 'HIIIIII;111CC, eut etre plus long que plusieurs lunes. Ilya des nuits qui ne finissent
l es d ie ux p ou va ie nt r en dr e p oss ib le , d is ai en t l es a ut re s. 11,f'1'1des j ours ou Ie solei l refuse de rega gner sa demeure . Le n assa ra-ro uge nous
Le consei l des a ncie ns se t int pour la ci rconsta nce . Le pl us gr and dev in du vi lla p,v 1111111'1' ans utilite aucune ; sauf celle d'executer ces travaux. Pour lui, le Noir n'est
mit en exergue ses talents de communicateur avec les puissances invisibles, S(I~ '1"'11111'spece de singe inoffensif que les dieux ont cree et mis a son service. Il
rev ela ti ons c oute rent l a vi e a deu x boucs e t a tro is poule ts. Vers la fin de l a j Ol ll 'l U"(I, d ll III\(' des vil la ges e nti ers, et pour c ause: vou s l e savez tous, personn e ne t ole rera
tandis que les rejouissances battaient leur plein, le conseil des anciens convoquu IJlII' ',I III a nimal vi ve e n d ehors de son eta t d'an ima l. Ilv eu t s 'a pp ro pr ie r l e m on de ,
Balily. IHII I' t lll'il se croi t le seu l homme di gne de se nom.
- Alors petit Balily, raconte-nous un peu du fameux Bamonko, dit, a travers 11Il(1 1IIIIIilc de rechercher trop loin ce qu'il faut faire en pareilles circonstances. Je
bouffee de furnee de sa pipe, le doyen du conseil. \1111',dcrnande, venerables membres de ce conseil, de rernercier, avec toute la
Apres les salutations d'usage, Balily demanda la parole comme le voulaienl !t'M I "'dl'lll d'amour de vos nobles cceurs, ce bwaba ici present du nom de Dakuo
coutumes. , 11 11 1, 1. ui s eu l a r eu ss i it me sortir du joug de l'esclavage du nassara-rouge a

- Chers grands-peres, je ne saurais vous raconter grand-chose. Comme VOUH II' IIllllllllkt). C'est lui que le grand conseil de tous les dieux no irs a choisi comme
savez, il y a des evenernents qui otent souvent a la bouche la parole. Neanmoius, llill Ii(' c -r q u' il t en d a l a r ac e n oi re n au fr ag ee .
j'essayerai de retracer le plus clairement possible, les grandes lignes de l'odi('I1~ I. IIII son village a ete detruit, mais comme la chanceuse graine de l' epi, il a
esclavage auquel le nassara-rouge soumet tous les Noirs a Barnonko, Rakar ('I 1111.1J11)(·' tl'oiseau, au moissonneur et enfm aux fourmis et a repousse, imposant, au
Barsanwouil. 1111111'11 es herbes et des tiges mortes. Nous nous rangerons derriere lui car ses pas,
Vous avez entendu des nouveaux noms en plus de Bamonko, sac hez que I'IIM II \IIIIS lc jure, sages vieillards, ne laissent que des empreintes de victoire. J e ne
enfants qui vous sont ravis ici vont partout ou le nassara les jugent utik-s II I" 1.11,11as votre temps en narrant les exploits - qui relevent du miracle- de notre
l'execution de ses travaux, notamment la construction d'une route en fer pOlll' I111 111111',(' laisse tous les details pour les jours it venir. Le temps presse. Il faut agir
zirgou appele tirain, d'ouvrages dans les rivages de la grande eau pour charger 1'1 , ," I', I II 'Si tc r e t t ou t d e s ui te . Ilf au t o rg an is er l e c om ba t c on tr e l e n as sa ra -r ou ge . Il

88 89

[Link]
faut que tous les Noirs, sans exception, deviennent a partir d'aujourd'hui Venerable grand-pere, mon cceur, tel le marigot sec, fendille et craquelant, a43/82 bu
ennernis irreductibles, Tous les villages que nous avons traverses avant d'arriveri , vo lu pte l a do uc e p lu ie d e t es no bl es p ar ol es . No us tr av ers er ons l a f or et t ou s
ont ete alertes et ont commence les preparatifs du combat supreme: 1'· b le et l e l io n fu ir a de va nt n ot re n om br e .
combat
5/10/2018 contre l'oppression. [Link]
L' hor nm e n oi r do it ce ss er d' et re l a b et e d e s omm e d u na ss ar a- rou ge .
v iei ll ar ds , v os f il s, u n a u n, c re ve ro nt t ou jo ur s l oi n d e vo us , la ou le singe
c ho isi ra d e v ers er l eur s ang , l av e d 'u n vo lc an d 'i nc on sci en ce do nt l 'e ru pt ion
occasionnee et entretenue par ... jen'ose pas vous vexer en disant votre lachete,
o vieillards, si vous ne voulez pas vivre apres votre mort une vie de
comme la chenille dans son cocon, car nous le savons tous, sans funerailles Cct adage fut tres bien exploite. Tous les villages voisins de Reo: Goundi,
arne ne reintegre son milieu dans l'au-dela, sivous ne desirez pas vous esseuler ' ('" ad o, Di dy r, Go di r ... f ure nt s ubm er ge s p ar c es v agu es d 'i de es de l ib er te e t de
l'au-dela, ne laissez pas le nassara-rouge nourrir les vautours du ciel de la chair r i c e par le combat dont Soura et Balilyetaient les rnarrees.
vos filset de vos femmes. II L'homme noir doit etre libre, d'une liberte inconditionnelle. Chassons le
Je suis votre fils, votre petit-fils, Mais j'ai vu des mes yeux et enterre de IIHHara-rougei nous ne voulons pas tous etre aneantis par ses bourrades, ses rudes
mains, plus de cadavres qu'aucun d'entre vous, dans n'importe quel cauchemar :1"I'IIvauxt ses ecrasants impots. Refusons qu'ils prennent nos fils, nos rnaris, pour
s e s oi t, n' a e u a le faire. Le mal qui ronge les feuilles de l'arbre atteindra un jour Itll: f ai re se s gu er res . C omb at ton s c omm e n os a nc et re s q ui n ous on t e ns ei gn e l a
racines. Nul ne sera epargne, Et d'ailleurs epargner n'a jamais ete de l'idee i l w l " t : e a ve c l eu rs a rc s, l eu rs s aga ie s e t l eur s ha ch es . L e na ss ar a- rou ge n 'e st pa s
nassara-rouge. .up 6de ur a ux No ir s. To us c eux q ui d es ir en t r est er i nv uln er abl es au x c om ba ts a
Tous les peuples noirs vont se dresser comme les fourmis rouges a Wllirdoivent venir demander protection et puissance au grand Tygari de Reo.
ce naja qui veut occuper la terrnitiere ancestrale sacree. Le peuple M ou ri r en c om ba tt an t l e n as sa ra -ro ug e v au t mi eu x q ue cr ev er d ans l a mi se re
champion de la liberte, fuira-t-il honteusement ? Bien sur que non. ' 1 1 I ' i I a creee et qu'il entretient pour nous faire souffrir. Tout combat pour laliberte
flambeau et, comme tel, il guidera, rechauffera et incendiera. Le peuple l<.UU.L\..Iu..U P M I ' e n lu i- mer ne un s ig ne de l ib er te . L 'in ac tio n o u l a p ass iv it e e st u ne de mi ssi on
sera a 1'avant-garde des combattants noirs parce que plus touche dans cet c lt 'v an t l 'h um il ian t e sc lav ag e. Pe up les n oi rs , d eb o ut ! d re ss er la t et e! c ha sse z
et aussi parce que plus proche d'un nid du vautour rouge, je veux parler l'lmposteur ! »
Koudogo. Ai ns i p ar la ie nt S ou ra e t B ali ly . I ls a ll aie nt d e vi ll age e n v il lag e, ca us aie nt a ux
V en er es me mbr es du co ns ei l, v oi la l a pr emi er e e t p lu s g ran de i mp re ss ion l'lwfs et aux populations. Ils ne mirent pas beaucoup de temps pour les convaincre.
j'avais a soumettre a vos sages et avertis esprits. l ,t!H j eu ne s mo nt ra ie nt b eau co up p lus d 'en th ous ia sme , L es m es ur es d u na ss ara -
- C'est tres bien! murmura le doyen du conseil apres un court silence. 1' 1 luge favorisaient et aidaient a la mobilisation pour la lutte armee contre lui.

monde en effet a cons t ate, et avec amertume, les exasperantes mesures Si x m oi s a pre s l eu r a rr ive e a R eo , Ba li ly et so n « frere » avaient reussi a former
recernment par le nassara-rouge. Les impots sont quatre fois plus elevees qu' IIl1e armee reguliere d'au moins mille-cinq-cents jeunes. Ils pouvaient en avoir plus,
Le depeuplement des jeunes gens arraches a l eu r s ol , s ans e sp oi r d e re to ur ne IIIHisils avaient prefere pour le moment recruter ceux qui avaient perdu un ou
q u' app or ter e t ma in ten ir c et te fa mi ne q ui ra va ge l es pe up les n oi rs . No s u"... u.•", plusieurs parents dans les travaux : constructions de route, de batiments, etc.
jusque-la exemptees des travaux, sont maintenant videes des foyers pour 'lous les responsables de jeunesse des villages qui avaient repondu a rappel pour
d ec or tic ag e d es no ix d e k ari te e t de l 'a ra ch ide , e t au ss i p ou r r ec ol te r l e c ot on combat contre le nassara-rouge, furent convoques a Reo. Une strategic commune

surtout l'egrener. 1'111' elaboree et adoptee.


L e d am age d es r out es f ai t a ut an t de m or ts qu e l es i mpo ts , N ous n' avo ns p lu s - Le nassara-rouge est puissamment arrne, Nous allons pallier la faiblesse de nos
c hoi x. No us s omm es ac cu le s. N ous d ev on s n ous l ib er er e t ec ha pp er a I' , 1 1 ' l 1 1 e s par la ruse. Un face a f ac e a vec l e d ia bl e r oug e ne n ou s s er a pa s b en ef iq ue.
et barbare extermination. Celava de notre interet a tous et, surtout, l'interet f\I()US l'attaquerons la au il se trouve et au moment au il s'y attend le mains. Les

de tous les Noirs s'y s'accroche comme le fruit a labranche. villagesne doivent donner aucun signe de rebellion, afin d'eviter de se faire detruire
Vous etes jeunes mais vos reflexions sont empreintes de sagesse. Nous cr\,,,,rr,1II 1'1 imrne le pays bwaba. Desorrnais nous vivrons en pleine brousse. Nous resterons

prets a vous suivre toi et ton compagnon, qui desormais, est notre fils, donc (Ill contact avec les villages rnais tres discreternent, pour ne pas attirer sur ceux les

frere, Nous combattrons et dans l'unite. timdres du nassara-rouge.

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II Y aura plusieurs groupes qui opereront chaque fois deux a deux; t out'
[Link] C'est tres bien. Je vois que vous n'avez pas perdu cette noble tradition 44/82
pour eviter les attaques en masse. II faut que le nassara-rouge ne sache plus NIIl:t!Ht:rale:ne jamais vouloir faire son feu sans avoir son bois. Une chose qu'il ne
donner de la tete. Chaque groupe qui attaquera sera couvert par un autre. ~'tll' pas se cacher: la lutte sera longue, dure et demandera beaucoup de courage et
retra ite s seron t ra pides. II faut frapper et dispara itre aussit6t . Un groupe attaque , I C I sang-froid. La victoire ne sera pas facile. Elle est certaine car la lutte sera sans
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ameute les forgos. Le deuxieme groupe, qui le couvre, prend de dos l'ennemi , 'Sa fin sera le depart de nassara-rouge. Done pas de negociation avec
poursuit le premier. Nous n'attaquerons que de nuit pour les attaques en groupes, ',• I'ClllIwmi. Nous resterons vigilants pour dejouer ses stratagemes et toutes ses
II Y aura aussi des missions d'un ou de deux personnes. Elles seront l'UIHat ives pour jugule r not re c ombat pa r d'event uell es conce ssions. Pas de li bert e
i mp or ta nt es . La t ac ti qu e e st d 'u se r l e n ass ar a, d e l 'o bl ig er a sevir plus Helle. Non aux eventuelles reductions des impots. Ce que nous voulons c'est la
et , ainsi, fa ire bascul er da ns notre c amp l a grande ma sse de c eux qui he si ten t , 1 ( ' I' h : ~ totale. Ce que nous ne voulons plus, ce sont tous les irnpots.
a nous rej oindre . Chaque vil lage doit c hoisir quatre je unes, ra pides a la course " Ohououou!
courage ux, qui se ront des guett eurs et avert iront de l'arrive e des forgos. Aussi tot, Cette guerre, comme toutes les guerres qui jalonnent l'histoire des peuples
doit y avoir des manifestations de rejouissance, Rien ne doit trahir un soutien ' Ilo!t:s qui ont eu a lutter contre l'esclavage du nassara, perdra son sens et ne sera
combattants 1.,'IlIl:l a prosperit e qu 'une insignifi ant e revol te si nous flechissons u n s eu l i ns ta nt .
- Quel sera le signal d'alarme ? interrogea Soura qui depuis le debut de r:I·llIi qui vit pour lui- merne, que ce soit un individu ou une generation entiere, vit
reunion, suivait Balily, la bouche ouverte, dans ses conseils et dans til marge de l'histoire. Nous savons tous que le trou dans lequel nous allons nous
demonst rati ons de se s pl ans de c ombat . UIlHagern'a que deux issue s. Nous debouchons soi t sur la libe rte, so it ... sur la mort,
Un vieux repondit : ~hliH'soyez reconfortes, ce trou est celui de la dignite de l'homme noir. Tout
- C'e st bien si mpl e, mon fils, II y a un messager aussi veloce que le vent, la d~pend de nous.
m on f tI s. . O ui ! r eprit Soura avec force. Tout depend de nous.
- Je continue, dit Balily C'est quand nous sentirons faiblir la force du "Tout depend de nous". Pourtant, trois jours apres cette reunion, le
que les villages entreront a leur tour dans le combat. Un autre plan a cet effet Cll lluna ndant de la garni son de koudougou envoya une sec tion de ga rdes-forgos en
e labore , Tous l es j eunes c ombat ta nts de mande ront des dema in, protec ti on, P ~ ~ ) I Hgour~unsi pO~. enqueter sur une certaine a~tation entreten_ue. r= deux
e t p ui ss an ce a u g ra nd Ty ga ri d es a nc et re s. 'I()us" qU1, selon lmformateur d'un forgo, depuis des lunes, incrtaient les
II nous faut de s informa tions. Cela e st tre s ne cessai re . Si nous pouvions N ' iutounsis a la revolte en haranguant les foules dans les marches et dans les
l'avance les intentions du nassara, nous saurions comment organiser nos aLL<' -jU,I;;; Yiliages.
Le fre re Soura a pense a ce p robleme, Se uls le s forgos p euvent nous renseigne r.. Sur les conseils de Soura et de Balily, les chefs de villages recurent comme ils ne
- Oh 000 ! cria l'assemblee. l ' v n i e n t jamais fait le forgo Nanga et sa section: surabondance de biere de mil, de
- Attendez de voir la femme avant d'etaler votre natte, freres. Soura a muri Vl ll nde, et dive rs c adea ux. Les pl us be lle s fil les passaie nt e t repa ssai ent de vant l es
question. La premiere femme de Bagnornboue ainsi que celle de Bassolet ont Ihl'gos, certaines qu'a l'hamecon de la rondeur de leur poitrine et a celui de la
fi lle s ma riee s a des forgos. Ces femmes iront rendre visite a l eurs fill es qui, selon Ih"llcsie de leurs fesses, viendraient mordre des chechias rouges. La peche fut
rumeurs, peuvent faire activer le feu de leur cuisine par leur mari. En allant, 1IIi1:aculeuse.
ame neront ave c e lle s de ux jeune s gar< ;:ons q ue nous a vons choi si s e t formes pour Pour pousser la duperie au plus haut de gre, le s che fs envoy erent des cade aux a ux
mission. lIs reviendront souvent clandestinernent, pas tous a la fois, pour u n nmandants. Des ceufs de pintades et de paules, un veau d'un an dont le pelage
des informations a Goundi ou il y aura le relai charge nous contacter. l IV II It :u sc it e d es d is cu ss io ns s ou s l es a rb re s a p al ab re ( un v ea u- pa nt he re , d is ai t- on ),
mettront leurs filles au courant de leur mission et leur donneront au nom du qllflt:recanaris de miel et de la volaille.
conseil des anciens, et surtout en leur faisant jurer fidelite au nom du « Mon coumanda a rien se passe la-bas rneme. II le rnensonge ce foutu type
Tygari,le devoir de recueillir toutes les informations utiles aupres de leurs hllllgdidandouille, il rerange les zens rnerne pour na rien. Mon commanda je dis
Vous voyez que ri en n'a ete la isse dans l'ombre. Les femmes ont e te ave rti es-et V I ius que c'est a contre le cheif de Reo qui a pris son foiame du villasse, et le sasse
sont dej a pret es pour l eur voy age. d u n s la brousse passeque il dort les foiames du villasse, ce tout. Sinon pas de
Pour la preparation militaire proprement dire, je crois bien que des le jour l'histoire dans les villasses de gourounsi. Voila merne ce que eux on donne vous ».
vous avez opte pour la liberte dans le combat, vous n'avez pas cesse de . Ce fut ai nsi que l e forgo Na nga fit son rapport de mi sssion a u c omma ndant.
de s fl eche s empoi son nees et de vous exe rcer a u tir a l 'a rc. Vingt j ours pl us tard, la premie re at taque eut lie u. C'et ait un dimanche , jour sacre
- Akaii ! h ur la l 'a ss er nb le e u n p eu e xc it ee , plll lr le s na ssara mba et le urs forges. Tous le s combatt ants voul urent pre ndre pa rt a

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c e q u' on p ou va it a pp el er l 'e ng ag eme nt d 'h onn eu r de c et te g ue rr e. Le s irnrnediatement execute. Une solution s'impose done pour vous : le combat. Vous45/82
etaient les ecuries, les depots d'armes, de munitions, et la prison. Ieferez. Dans lavie on est ou combattant ou vaincu. Il n'y a pas d'altemative.
U n g ro up e d e di x p er so nn es e ut p our mi ss ion d 'e mpo is on ne r t ous l es ch eva ux Les hommes combattent. Les laches observent et echafaudent des theories.
dans les ecuries. Une semaine durant, les dix se laverent av ec d e l' eau d e mi l germe Quand la parole n'accompagne pas l'acte, c'est la consecration de la lachete. Cette
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a fm qu e l es c hev aux n e h en ni sse nt p as a l eu r a pp ro ch e. C om me de s o mb res , i ls liberte que vous recouvrez, comme toutes les vraies libertes sous tous les cieux, est
s'evanouirent dans la grande cours qui entourait les ecuries apres avoir etrangle le une condamnation. Elle vous condamne a la lutte heroique et, pourquoi pas, a la
gardien forgo. En peu de temps, ils repandirent le violent poison dans les mort. Votre sacrifice seul fera de l'homme noir, jadis chose de l'Histoire, existence
mangeoires et les abreuvoirs des betes qui continuaient calmement a tout devorer, dans l'Histoire, Suivez-nous et que ca grouille.
inconscientes du danger mortel. - Ho mme I cria un prisonnier, je suis d'accord pour suivre, mais pas avant
Le c omm and o c har ge de p re nd re l es ar mes e t d e de tr ui re l e d epo t d 'a rme s et d e .. d'avoir accompli ce que jene pensais possible qu'en reve, Je veux mettre le feu aux
munitionseut de fil a retordre. La petite batisse en briques cuites etait sans fenetre ••.. nids des viperes. C' es t m on p lu s g ran d reve q ue je v ai s r ea lis er . L es c as es d es
e t sa po rt e etait en fer. Un fer tres epais. Le systeme de verrou etait . r: forges bruleront cette nuit. Donnez-moi une bouse allurnee.
Quatre forgos en sentinelle a chaque coin, achevaient de compliquer la tache - N ous av io ns pense a le f ai re no us a uss i. C' es t po ur qu oi n ou s s om me s v enu s
Bally qui dirigeait personnellement le c omm and o. Us an t d 'as tu ce , i l f it le soulard, avec la bouse et nos briquets de silex. Il y a eu de l'imprevu. Nous n'avons plus le
chantant a rue-tete et invectivant on ne sait qui. temps. Vous entendez sonner l'appel de forgos ... Allons, en avant I
- Qu'est-ce qui vance ici? Hurla un forgo. - A ll ez s an s mo i. J e v ou s rejoindrai plus tard. Soyez certains, je viendrai. Je n'ai
_ O n di ra it u n s ou la rd , r epr it u n au tr e. V int ici, Ti a bi avec ton dariere ou plus sur terre que souvenirs et haine. Ma famille entiere a et e decirnee par le nassara
devant? de lamort.
Le soulard, dandinant, allait a l'ombre, suivi par les quatre sentinelles. L es c om bat ta nt s e t l es p ri so nni er s s e retirerent au pas de course. Quand ils
- Restez, ton dro v a f ou l e k an tout ta leur passe que ... furent hors de la ville, ils se scinderent en groupuscules et se fondirent dans la nuit,
L e re st e d u c omm an do j ai ll it ; l es ma s su es s 'a bat ti re nt s ur l es s ent in ell es . Pour le commandant et ses forgos que la deflagration avait alertes, la surprise
depot etait a leur portee. Mais comment ouvrir cette porte? Impossible de faire c ta it t ot al e. L e p aro xy sm e du desordre fut atteint avec l'incendie du camp des

trou dans le mur. Il etait epais de plus d'un metre. Une seule solution forgos. Et n'eut ete l'intervention des villageois, le nombre des victimes aurait pu
envisageable : passer par le toit. Bally se d ecoura gea : il etait desormais clair qu'il tripler, Ca r le s f am il le s d es fo rg os s'eraient barricadees dans leurs grandes cases
pourrait pas prendre d'armes. Il fallait tout faire sauter. Il f it f ai re un t rou su r le apres l'explosion. Plus de vingt personnes avaient peri dans les flammes.
tout juste pour pouvoir faire passer une bouse seche qu'il avait allumee. Ce trou Le lendemain soir, les combattants et les anciens prisonniers, apres de grands
le seul acces aux munitions. detours, rejoignirent leur camp en pleine brousse. Le village le plus proche etait a
Q ua nd l a bo us e allurnee c hu t a u m il ie u de s c ai ss es , le commando se retira. plusde cinquante kilometres. Les huttes de branchage qui servaient de cases etaient
rejoignit le groupe qui devait s'occuper de la prison. installees sur des collines. Dans la vallee qui s'etalait a u p ie d d e celles-ci, coulait une
Une grande de£lagration troubla la quietude du milieu de la nuit. Elle ecartela riviere intarissable. Elle foumissait l'eau, le poisson et merne la viande aux
mu rs d u de pot d 'a rme s e t d e m un it ion s. L a s ec ou ss e f ut r ess en tie a u m oi ns a c or nb at ta nt s : c 'e ta it le seul endroit de cette brousse ou les animaux sauvages
dizaine de kilometres a la ronde. pouvaient se desalterer,
Soura, qui haranguait les prisonniers liberes, s'interrompit. Les villages qui soutenaient les combattants les ravitaillaient en farine de mil. Un
Un prisonnier poussa un cri, Aussitot, prisonniers et combattants commencerenti important stock de viande sechee, de poisson fume et divers condiments
c omp let ai ent l eu r n our ri tur e. C haq ue gr ou pe f ai sa it s a c ui si ne m ai s l es s to cks
a s'affoler.
_Du calme, cria Bally.C'est nous qui avons provo que cette detonation. Nous ct:aientpour tous. Avec l'abondance de la viande sauvage, le problerne de nourriture
s avi on s pa s q ue l e d ep ot d' arm es et ai t fo rt ifi e d e ce tt e r nan ie re , e t c omm e n ous 11 0 seposait pas malgre le grands nombre des residents.

pouvions pas prendre les armes, nous avons prefere les detruire. Du calme. - F ai so ns l e b il an d e l a pr emi er e a tt aq ue , S ou ra . N ou s n' avo ns e u au cu ne pe rt e,
vous bousculez pas pour sortir, vous perdrez du temps. Faites vite mes freres. [las merne un blesse. Parce qu'il n'y a pas eu de combat. Tout s'est bien passe.
etes a pr es en t l ibr es . S eu le me nt , j e l e p re ci se , vo us n 'e te s pl us d es or rn ai s Htlulementnous n'avons pas reussi a nous emparer des armes. Nous allons essayer
d'etre esclaves, mais libres d'etre des combattants. Vous savez tous en quittant de contacter les villages peripheriques de Koudogo. II nous faut beaucoup d'aide.
prison que vous n'y reviendrez. plus jamais, car tout evade retrouve 'I'll sa is q ue la s ec on de ph ase d u p la n p re vo i t l es at ta qu es a partir de ces villages.
l'unite dans cette guerre est un atout determinant.

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_ At te ndo ns d' av oi r l a r eac ti on d e c es g en s a pr es l es ev en em en ts d 'av an t-h ie r . j our l es v il la ge s d e c es a ni ma ux d e g our ou nsi s av ai ent e te balayes, mon cheval ne
[Link] 46/82
nuit. Les quatre jeunes que nous avons laisses a Koudogo et qui jouent aux fous, serait pas mort. "Bon fouet, bon Negre", Ceux qui ont trouve cette formule ont
reviendrontdans deux ou trois jours avec les informations necessaires. tout resume.
_Pourquoi vous etes-vous limites aces attaques ? dit un prisonnier. Vous auriez - Rien ne prouve que ce sont des gourounsis qui ont fait le coup, sergent De
5/10/2018 NorbertZongo-rougbeinga
Gaul. -[Link]
11 faut surtout garder son calme. Ce sont des Negres, rien de plus, mais
du profiter de l'effet de surprise. .
_ L a l ut te qu e n ous m eno ns , f re re , d oi t e tr e c on dui te a vec pr ud en ce e t l uci di te actuellement nous avons besoin d'eux pour les imp6ts, les travaux et pour les
car elle sera longue. Ce n'est pas une bagarre. Ce que nous visons tout d'abord, co nt ing en ts d e t ir ai lle ur s. No us us er on s d es fu si ls au dernier moment. II s'agit
c'est ehranler le mythe de l'invincibilite du nassara-rouge, amener tous les Noirs a cemer la situation avec l'objectivite et l a lucidite qu'elle exige.
comprendre qu'ils doivent s'unir contre la variolerouge. Le problerne n'est pas de - Obj ect ivi te? .. Laissez-moi rire, lieutenant. Avec les Negres? .. N'oubliez pas
vaincre le nassara coumandow de Koudogo. D'autres nassaramba viendront a son su rt out qu e v ou s a ve z a ffa ir e a d es N egr es , d es N e- gr es . E n Kaki, e n c os tum e, e n
secours de Wouagad6g6, de Dedougou, de Bobo, etc. Nous ne voulonspas cache-sexe ou nu, le Negre est toujours le meme. Objectivite pour resoudre un
exposer inutilement la vie de nos. combattantsen ce moment .. . avant la melee problerne de Negre?
generale. Le jeune sergent transpirait de colere, 11exigeait que les forgos fissent creuser
_Je comprends maintenant. Mais attaquons dans les prochains jours, rencherit une fosse a part pour son cheval. 11 boxa un forgo qui voulait couper sa queue,
l'ancien prisonnier. rnenacant de l'abattre avec son pistolet s'il touchait encore a son ami.
- J e v eu x e nle ve r B ou bo u, ou l e t ue rs i j e n e r eu ss is p as . - C' es t l ui q ue j e p l eur e, p as l es N eg ri ll on s v ent ru s e t l es N egr es ses q ui on t pe te
- Qui est Boubou ? au milieu des flammes comme des crapauds, ajouta-t-il ajoute. Lieutenant, je vous
Les prisonniers s'exclamerent tous ensemble: r es pec te . M ai s d e g ra ce, n e m e pa rl ez p lu s d 'o bj ec ti vi te a pr op os d 'u n p ro ble rn e
- Oh oo! negre,
. _ Boubou? Tu ... tu ne connais pas Boubou? Que Dieu te garde de le ; : - C al me -to i, s er ge nt , n ou s m at er ons c et te i ns ig ni fi an te r ev olt e q ui n' es t qu e
connaitre. On l'appelle aussi « Touk-touega » ( po rte l e ba ob oa b) . L or squ 'o n c on fi e . l 'c eu vr e d 'u n g rou pu scu le d e s ou la rds . 1 1y a ur a d e l 'o rd re. N ous c hat ie ro ns d e l a
un prisonnier a Boubou ...Laissons tomber, frere. facon la plus exemplaire, les idiots qui ont ose faire ce coup.

_ D 'a cc or d. Ma is no us a tt end on s d' av oi r l es i nfo rm at io ns n ece ss ai re s av an t d e - Mon lieutenant, qu'attendons nous pour organiser la punition des ces batards ?
porter un nouveau coup aux diables-rouges. La victoire d'avant-hier nuit fera - Attends que je rassemble les notables de la ville et que l'origine des batards soit
beaucoup reflechir tous ceux qui hesitent encore. Nous sommes surs de la victoire connue. Les gardes assornmes affirment qu'ils se causaient entre eux en Gourounsi,
finale. Le grand et puissant Tygari nous protege. mais cela ne suffit pas pour affirmer qu'ils etaient des gourounsis. C'est la premiere
fois que des choses pareilles se passent ici. Le Naba Liguidy pourra me determiner
l'origine des saboteurs
Dans l'apres midi, sous un soleil tropical qui n'avait encore rien perdu de son
ardeur, une veritable maree humaine envahit la grande place des ceremonies devant
la residence du commandant.
" Se rn bl ern en t, S emb le men t, Se mb lem en t, c ri ai t de p ort e e n po rt e u n f or go a L es d emi er s e ven er nen ts e ta ien t l a u ne d es ca us eri es . C eu x q ui a va ien t e u l es
cheval. Sernblernent au burou du coumanda !" chevaux confisques se lamentaient. Sous un hangar on pouvait voir les notables des
Tous les hommes de Koudogo capables de creuser une fosse etaient mobilises et quartiers assis tout autour du chef de canton de Lalle, le Naba Liguidy. 11s
affichaient tous une mine d'enterrement. Surtout le Naba Liguidy qui, sous les
requisitionnes. 11 fallait enterrer les restes de brules et aussi les chevaux louanges de son chef griot, venait, au paroxysme de l'excitation, de donner un coup
ernpoisonnes.
Tous ceux qui avaient des chevaux devaient les apporter sans .delai chez le mortel de massue a un de ses serviteurs.
coumandow. Le N aba L ig ui dy : " Un f ig ui er n ai n a p ro du it d e l 'ar ge nt a l a p lac e d es f rui ts , il
_Je crois que desormais, mon lieutenant, vous ferez plus confiance a votre chien s ou lag er a l a r ni se re d es a ve ug le s et d es l ep reu x" . Te ll e e ta it l a d ev is e d e c e c hef .
qu'a un Noir. Lui au moins appartient a une race digne de ce nom. Ces choses Evidemment, c'etait l'epoque ou on ignorait l'inflation en Afrique.
n oir es ... L ie ut en ant , e ll es o nt rtue mon cheval. Tous pareils, tous, tous, mon . La coutume mossi voulait (et veut encore aujourd'hui) qu'a l'intronisation d'un
l ie ut en an t. J e v ou s di sa is b ie n d e n e j ama is c he rc her a p re vo ir l es r eac ti on s d e c es chef de quartier, de village, de canton et merne pour un Mogho Naba (empereur
croisements de gorille et de je ne saisqueL animal prehistorique. Voila! Si l'autre des rnossi), celui-ci choisit une devise qui, en une phrase, traduise toute sa

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philo sophie et depeigne toute sa personnalite. Par cette devise, le chef donnait son So n p ay s, F ar an ce ( Fr anc e) , le p ay s de s n as sar am ba , l e m ie n e t c el ui d es a utr es
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progranune de gouvernement. Son nom etait l'element clef de cette devise. Dansle gard 'seks, est tres rnecontent de cette revolte. Les coupables doivent avoir la
s an ct io n qu 'i ls me ri te nt , S i q ue lq u' un co nn ai t q ue lqu e c ho se , u n s eu l e le me nt d e
cas precis du Lalle Naba, c'etait Liguidy (argent) qui primait. L'argent qui secourt et
sauve. cette affaire, qu'il vienne l'avouer, ici, devant tout le monde ... Personne ne connait
5/10/2018 Norbert
Veritable terreur vivante, le Naba Liguidy etait entre dans la legende de son Zongo-rougbeinga -[Link]
rien de ces evenements ? Inutile de vouloir cacher quelque chose, vous connaissez
vivant. Ami fidele de l'administration coloniale qui, a coups de cadeaux de pacotille Naba Liguidy rnieux que moi, il peut detecter a vue d'ceil tous ceux qui sont
et surtout de tolerance d'abus, en avait fait un instrument d'exploitation, i rn pli qu es d an s c et te af fa ir e, do ne m ie ux v au t v en ir d e v ou s- me me s e t e xpl iq ue r
d'asservissement et rnerne une machine de repression pour les petites revoltes qui votre cas.
surgissaient <;aet Iien reponse aux nombreuses exactions des forgos, le Naba D an s l a fo ul e, l es g ens s e to is ai en t, On r ega rd ait d e t ou s l es c ote s p ou r v oi r d 'o u
Liguidy personnifiait la terreur. Une terreur coloniale. La puissance de sa magie, son Ieou les coupables ou complices allaient surgir. Personne ne se manifesta.
invulnerabilite et surtout son don d'ubiquite avaient fait de lui un etre exceptionnel - II n'y a personne dans cette foule qui puisse dire quelque chose au sujet de
que les mossi designaient sous l'appelation de "homme-force". cette affaire? Bien... Si ce sont les gourounsis qui ont ose nous defier, ils
Lorsque le colonialisme en kaki et en chechia rouge, acculait le Noir, le traquait regretteront le jour ou leur mere a defeuille son trou pour les laisser naitre. La
comme un fauve et qu'il fmissait par le devenir reellement-car tuer et mourir co le re d u c ou ma nd ant s era t er ri bl e. C el Ie d e Li gu idy , v ou s s ave z t ou s ce q u' el le
devenait les seuls modes de vie-le Naba Liguidy mettait sa "force" au service de son vaut. La mienne se traduit par mon seul nom (Nanga signifie scorpion).
g ra nd a mi l e co mm an da nt. I I r ev ena it d e s es ca mp agn es p un it iv es , l es fl an cs d u Ceux qui ont arnene les chevaux doivent les remettre aux gard'seks des ecuries.
cheval chamarres de bras et de teres d'hommes. Cette horrible moisson avait D em ai n no us p as se ro ns d an s to us l es vi ll ag es e t da ns t ou s l es q ua rt ie rs . Si n ou s
toujours ete la seule preuve de soumission des revoltes que lui, le Liguidy, qui voyons un cheval chez quelqu'un, c'est Ie cheval qui montera sur lui pour qu'ils
secourt les malheureux, avait toujours apportee au commandant qui louait alors son viennent ensemble ici,
courage et sa bravoure. S i d e re to ur c he z v ous , v ou s g la ne r u ne i nf or mat io n s ur l es r eb el le s e t s ur l eur s
Avec Liguidy, pas de retard dans le payement des irnpots ou d'absence aux cornplices, avertissez imrnediatement votre chef de village ou de quartier qui doit a
grands travaux. s on t ou r s ai si r l e g ran d N ab a L ig ui dy . L es l ang ue s q ui r ef us er ont d e c aus er s ur c e

Les recents evenements etaient un coup dur pour Liguidy. q u'e ll es


done s aur on t s ur l es r ebe ll es, s ero nt c on sid er ees co mm e d es la ng ues i nut il es ,
a couper.
On bafouait son honneur a Koudougou. C'etait du jamais vu. On le defiait a sa
p or te , l ui l e gr an d L igu id y. II e ta it d es orm ai s c er ta in qu e s on n om s eul n e f ai sa it Liguidy se leva de nouveau.
plus les memes effets partout. - Nanga, dis au coumandow que Liguidy deteste parler beaucoup parce que
_ Le commandant m'a charge de dire a Naba Liguidy et a ses sujets (tue les m er ne l es f em me s p euv en t p ar le r. D is -lu i s eul em en t q ue "l a m on ta gne a t ouj ou rs
derniers evenements sont une insulte grave a sa personne, a celle du rnong-pere que ete une barriere a l'inondation. Des milliers de poussins rassembles ne gagneront
v oi ci , a c el le s d es a ut re s na ss ar am ba e t a m oi -r ne me Na ng a q ui v ou s p arl e. V ou s jamais une guerre contre l'epervier, Bientot un seul soleil se levera et les
savez tous que je suis le chef des gard'seks (gardes-cercle). innombrables etoiles disparaitront du ciel, Un crapaud, quelle que soit son audace,
L e c om ma nd an t e st t res me co nt en t, e t n ou s a us si n ou s s om me s tr es p ei ne s. Qu i n'elira jamais domicile au sommet de la montagne".
a pu commettre ce forfait? Qui a pu le faire? Le coumandant demande au Naba - T re s bi en p ar le , L igu id y. S i l es go ur oun si s o nt o se ag ir d e l a s or te, c' es t p ar ce
Liguidy de chercher avec ses chefs de village et de quartier d'ou sont venus ces que les mossi les laissent faire a leur guise. Voila une situation qui fera voir au
criminels. c ou ma nd an t, d e se s p ro pr es y eux , ce q u'i l se f ai t c ha qu e f oi s c on te r: l a br av our e
_ Dis au coumandow que ce sont des gourounsis. Aucun mossi de mon pays t ant l ou ee e t j am ai s e ga le e d u N ab a L ig ui dy et d e t ou s se s s uj et s d e K ou do go . C 'e st
n 'o se ra p ort er u n t el af fr on t a ma d ign it e. C ett e r ev ol te n' es t pa s c on tr e m on ami le l' oc ca si on d e d on ne r u ne l ec on me mo ra bl e a s es pe ti ts -fi ls d e m an ge ur s d e s ag bo
coumandow, elle est contre rnoi. C'est une souillure que ne saurait tolerer mon ( ga tea u de mi l) s ans s au ce . I I f au t q ue d es orr na is , i ls n e c on si de re nt p lu s I e mo ss i
honneur. comme leur egal,
L a f ou le et ai t p et ri fi ee d e p eu r. L ig ui dy s 'e tai t l eve c omm e rn u p ar u n r es so rt e t Re fl ech is sez u n p eu . M err ie s i q ue lqu 'u n vo us t ro mpe e t v ou s in du it e n e rr eu r,
ses yeux flamboyaient de colere. Merrie sa corpulence irnposait la crainte. vo us n e d ev ez j ar na is , ja ma is, o se r p ro tes te r c ont re l a v ol on te d e c oum an da nt ,
_ Le coumandant m'a charge de dire au Naba Liguidy et a ses sujets que son contre celIe de tous les nassamba, celle de liguidy et centre la mienne a moi Nanga,
gosnere (gouverneur), qui est notre grand chef a tous, est afflige par cette chef de gard'seks. II est tres important que vous rn'ecoutiez tres attentivement. Ma
inconduite des gourounsis. bouche est rnienne mais ma langue est celle du coumandant.

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En rna qualite de nassara-noir, je vous donne un avertissement, plus = des pies, des toucans migrateurs et des autres oiseaux, aussi bien que les melodies
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solennels : que cela soit la derniere fois que vous laissez vos quartiers sans des cigales et des criquets.
su rv ei ll an ce l a nu it, pe rm et tan t ai ns i a ce s m an ge ur s d e c hie ns - j e sa is q ue v ou s La nuit, les chacals, les hyenes et rneme les lions protestaient par des hurlements
aussi en mangez - de faire [Link] coups-bas. et des rugissernents, contre ces bruits intrus qui troublaient ceux de la savane.
5/10/2018 [Link]
Dans cette bataille que les gourounsis veulent nous imposer, Koudogo n'a pas Le transport de ces poutres etait aussi difficile qu'abattre les arbres et les tailler.
besoin de soutien. Car on soutient ce qui est faible. On mo bil isa it t ou s l es h om mes v al ide s d es v ill age s. Une poutre pouvait peser
Le coumandant n'a plus rien a vous dire. Vous pouvez rentrer chez vous. Je jusqu'a cinq-cents kilogrammes. Le plus souvent elle provenait de ce qu'on appelait
v ou s re pe te qu e l es la ng ue s qu i ne sa uro nt p as s e d el ier po ur e xp li qu er c e qu ' el les Ie cceur de I'arbre. Or les arbres comme le cailcedrat ou le karite, les plus
sauront a propos des rebelles seront coupees. Je vous dis coupees et avalees. recherches, etaient tres durs. Avant Ie transport, il fallait faire des sacrifices aux
Liguidy s e leva et l a f oule qui s'appretait a partir s'arreta, . esprits qui habitaient I'arbre ; car tous les arbres geants abritaient des esprits qui leur
_ N anga, dis au coumandow: "Quand on se lave le visage, on ne peut eviter d~ insufflaient une vie.
t ouc he r so n n ez ". La si tua tio n s er a b ie nto t r et abl ie. Que c ha cu n r en tre ch ez S01. Cette vie les faisait marcher tard dans la nuit a la recherche de l'eau ou
Que les chefs de quartier et de village regagnent mon palais imrnediaternent. simplement en promenade comme n'irnporte qui. Malheur a celui qui rencontrait
La foule se dissipa en silence. Ni le lieu ni le moment ne se pretaient aux un arbre en marche ... Personne d'ailleurs n'a jamais pu raconter comment ils
c omm en ta ire s. C ha cu n d on ne ra it s on p oi nt de v ue da ns s a ca se av ec l 'av ar ice d e marchaient. Et pour cause, tous ceux qui avaient fait ces malheureuses rencontres
son qu'exigeait la discretion. . perdaient l'usage de la parole avant de rnourir, affirmait-on. Certains arbres geants,
Le coumandow avait remis aux pages de Liguidy une grande bassine, une lampe selon les propos de certains bucherons africains, etaient inabattables car ils etaient
tempete neuve, six cuilleres et un litre de yin. C'etaient des cadeaux habituels qu'il insensibles aux coups de hache. D'autres criaient a chaque coup de hache. On avait
donnait a son ami pe nd an t le s gr and es f ete s ou en r ec omp ens e a ux n om br eu x rnerne trouve dans Ie tronc d'un arbre qu'on venait d'abattre une poule qui couvait,
services rendus. imperturbable, ses ceufs, racontait-on.
Liguidy, entoure des notables des quartiers et des villages, avait ecoute dans un D es a rb res o nt f ait c eci , d es ar br es on t f ai t ce la ... Ce qu i et ait su r, I e t ra ns por t
recueillement total ses griots chanter ses louanges. II fallait cette douce pluie pour des poutres faisait toujours des blesses graves et des morts. Si une ou deux
at ten ue r l es fl am me s q ui s' er ai ent a ll umee s d an s s es v ei nes d ep ui s l 'a nn on ce d u personnes parmi la vingtaine ou plus de porteurs flanchaient sous Iepoids, tout Ie
forfait des gourounsis. reste avait des difficultes, Souvent, quelques peureux, croyant que les autres avaient
_ J e vous ai fait venir ici pour vous dire en clair, et vous savez tous que je ne l ac he , fi la ie nt de c ot e e t av an t q u' on n e r ea li se I e dr ame , qu at re ou c inq p or teu rs
repete pas, que celui qui, pour une raison ou pour une autre, s'allie aux gourounsis gisaient sous la poutre; tres peu se relevaient.
sera ecrase, Je vous dis ecrase. Tai dit. Dans une semaine tous les rebelles Aussi les griots suivaient chaque fois les corteges des porteurs. I1s scandaient la
viendront se pro s terner devant mon ami Ie coumandow. Liguidy a parle. Vous bravoure et le courage de I'arbre genealogique de chaque porteur. Certains, sous la
pouvez rentrer chez vous. pluie de ces louanges, resistaient jusqu'a se rompre IecOU.
L es n ot ab les av ai ent p ro mi s l eu r so ut ie n i nco nd iti onn el a u c ou ma nd ow e t a Les impots ne cessaient d'amener de nombreux chefs de famille devant Iebureau
Liguidy. Mais, hors du palais, chacun avait sa petite idee sur ces evenements, idee du coumandant ou ils appelaient a haute voix, a la longueur de journees, le fameux
qu'il se gardait pourtant d'exterioriser. .. . 5 francs qu'ils n'avaient pas eu, et qui surtout ne repondait pas aux appels. Certains
Depuis deux ans la situation etait devenue intenable. Elle empirait [Link] chantaient, jusqu'a avoir la voix enrouee, des louanges aux arachides, aux noix de
j ou r. Le s i mp ot s av ai en t q ua dr upl e e n q ua nt it e et e n na tu re. L' ad rn ini str ati on karite, au sesame, etc ... qu'ils n'avaient pas eus pour les impots.

construisait sans repit des maisons le long de toutes les routes susceptibles d'etre "0 Arachide,
Taime Arachide
ton corps descouchant.
de soleil aieux, Arachide douce,
pratiquees par ses agents. Ces grandes maisons appelees paam-paams p~r les
indigenes, demandaient des poutres enormes, solides et surtout droites. Des villages Lorsque sous lapression de mon index et de mon pouce,
e nt ie rs e ta ien t o bl ige s de se de pl ace r tr es l oin au c ce ur de la s ava ne , ou se ul es l es Tu te deshabilles et presentes ton corps charmant,
rives des cours d'eau voyaient pousser des arbres assez grands. Je ressens un immense bonheur, celui de te posseder.
Les arbres reperes, cornmencait alors un travail de forcat : il falIait d'abord Ies Cebonheur est et doit rester rna raison d'etre.
abattre, ensuite les equarrir pendant des jours et des jours, pour en faire des poutres Et lorsque le ciels'eclaircit et que jevois le sol se dessecher,
droites,longues d'au moins douze metres. Des tam-tams rythmaient les coups do Je pleure le temps ou tu etalais ta nappe verte.
hache, creant dans la brousse, des airs de musique qui engloutissaient la symphonic o Arachide ... "

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D'autres fouillaient la poussiere du matin au soir, semant de petits cailloux Nous debarrasserons Koudogo de ce chacal ", repetaient sans cesse Soura et Bality
[Link]
dernontrer leur bonne volonte aux forgos, leur ardent desir de remplir correctement qui tentaient de convaincre les notables. 49/82
leurs devoirs lasaison prochaine, en semant beaucoup d'arachides ou de coton. Ceux --ci posaient l'elirnination de Liguidy comme prealable a leur engagement
Mais, en attendant, il fallait souffrir car le coumandow ne voulait que des dans cette guerre contre le nassara-rouge.
impots, rien que des impots. Les bonnes intentions, les explications etNorbert
5/10/2018 les pleurs, Zongo-
il "Liguidy mort,
rougbeinga les nassaramba-rouges
-[Link] seront ectases. Nous sommes prets pour
n'en avait que faire. D'ailleurs, les forgos etaient la p our c ou pe r l a p aro le a ce ux q ui Iecombat, mais Liguidy... " annoncerent-ils.
voulaient justifier leur pauvrete. Soura et Balily organiserent alors l'assassinat de Liguidy. Ils choisirent parmi les
" Pl ou wi pa s v en i, Pl ou wi p as v en i, e t k i- es -qu e t u fo ut us a vec t on b an gal a ? 'T i combattants, trois jeunes reconnus pour leur sang-froid, leur adresse au tir a l 'ar c et
pe pas yourine pour ton zarachide non? Vous le Noirs, vous voulez pas leur rapidite a la course. Quatre anciens prisonniers evades aiderent a l'elaboration
tranquillement. 11faut sarse tout veni des, sinon ti as des zistoires jusqu'a aa... ti va du plan de l'operation. C'etaient d'anciens brigands de grands chemins. Des
cabine". hommes courageux , des "gandaodo" comme on les appelait en ce temps. Balily
Ces cultures pour satisfaire les irnpots sans cesse croissants eurent pour avait refuse de leur confier la mission de 1'assassinant de Liguidy.
consequence I'etablissement d'une famine qui ravage a les populations. Mais - C'est une vieille dette que nous voulons payer. Laissez -nous faire.
personne n'osait lever le doigt pour deplorer et denoncer ces assassinants perpetres - Non! Vous n'avez pas de chance et si on vous prend la-bas on vous torturera
par le nassara-rouge et ses forgos. Et voila que ces gourounsis avaient ose . .. Ils jusqu'a ce que vous reveliez tout ce que vous savez sur nous. Vous connaissez bien
e ta ie nt a f el ic ite r, p en sa it -o n t ou t b as . T out e l a v ill e a dmi ra it l eur c our ag e, r na is Ie palais de Liguidy, certes, mais cela ne suffit pas. Vous pouvez nous aider
helas, se disait-on, le nassara-rouge n'etait pas n'importe qui. autrement.
Trois jours apres 1'attaque, Soura et Balily, ala faveur d'une nuit, contacterent les Les vieux gandado, a 1'aidede petits cailloux, firent le plan de la cour du palais de
notables des quarriers. Les espions qu'ils avaient laisses dans la ville avaient Liguidy avec les differentes portes, les endroits gardes et les passages libres.
rnentionne dans leur rapport que les populations avaient favorablement accueilli le - 1 1es t im po ss ib le d' av oi r L ig ui dy l a n uit . L e p al ais e st i na cc es si bl e de s q ue l e
coup donne au nassara-rouge. Cela ne surprenait personne. j ou r t om be . Le s p or te s s ont b arr ic ade es . 1 1 y au ra it d es s pe ct ab le s a l 'in te ri eu r d u
Certains chefs de quarriers les feliciterent mais refuserent d'envoyer leurs sujets a palais auxquels ne peuvent asssister que Liguidy et sa preferee, On peut avoir

ce qu'ils appelaient
"D'ailleurs, une mort [Link] brousse? On ne peut pas faire du sagbo".
que mangerons-nous Liguidy
Pendantau petit
toutematin. 11se leve
une journee lesentrois
merne tempspour
choisis que l'operation
le soleil. Liguidy avaient ete
- Rougbeinga (ilfaut faire bouillir du haricot), repondit Soura. masses avec une pate grisatre faite de eire et de beurre de karite. Tant qu'ils auraient
L 'a rm ee qu 'i ls vo ul ai en t c on st it ue r d ev ai t s e c on te nt er p en da nt l on gt em ps d e cette pommade sur le corps, les abeilles ne les piqueraient pas.
h ar io t b ou il li . La p rep ar ati on du h ari co t n e d ema nd ai t q ue d e l 'e au e t u ne ma rm it e Les gandaodo avaient capture et mis dans des outres, trois essaims d'abeilles. La
sur un feu. L'armee devait demeurer tres mobile. Beaucoup etaient pour Iecombat. c apt ur e s 'et ai t fa it e d e nu it . 1 1 av ai t s uf fi d e r ep er er l es e ss ai ms d 'a bo rd , e ns ui te
Ils l'avaient rnerne pense et souhaite avant les gourounsis, mais ils avaient eu peur d 'o uv rir l es o ut res p ou r l es d ev el opp er . Ap re s q ue l 'e ss ai m f ut t or nbe t ou t e nt ie r
de coumandow et surtout du Naba Liguidy qui, telle une ombre, pouvait vous dans l'outre, on avait attache immediaternent 1'ouverture de celle-ci,
a ss om me r e t s 'e va no ui r a la r na ni ere d es f an ror ne s. S es do ns d 'ub iq ui te e ta ie nt L es t ro is j eu ne s c om ba tta nt s, a l a f av eur d 'un e n ui t s an s l une , s 'i nt ro du is ir en t
legendaires. d ans l a c our d e l igu id y p ar l a p or te d es p age s, q ui r es ta it o uv er te t ar d d an s la n ui t.
Le nassara-rouge etait vraiment a chasser et rnerne a tuer. Ils se cacherent sous legrand grenier au milieu de la cour.
To ut l e m on de e n e ta it c ons ci en t, t ou t l e mo nd el e s ou hai ta it a rd em me nt , ma is Des qu'ils sentirent le jour naitre, chacun prit la position qui lui avait ete
... L igu id y e ta it s on a mi , d one i nu ti le d e se l anc er d ans u ne gu er re q ue r on s av ai t designee lors de la preparation de l'operation. Quand la tour cornrnenca a s'animer,
perdue d'avance. ils placerent leurs outres aux pointsconvenus dans le plan. L'une d'elle fut jetee ala
"Liguidy sera neutralise rnalgre sa route-puissance. Nous avons le grand Tygary, porte du palais. Des que la lumiere du jour permit de distinguer avec nettete les
f et ic he q ui n e c ra in t q ue l e g r an d D ie u s eu lem en t. Vo us v err ez qu e l e pe ti t Li gu id y h omm es e t l es c ho ses , u n g ri ot r em ar qu a I e c ol is i nso li te p os e a l a p or te d u pa la is
qui a tant fait le fanfaron sans etre inquiete pendant longtemps sera reduit en pendant qu'il s'asseyait pour jouer comme toujours le tam-tam du reveil de Liguidy.
poussiere, Liguidy sera offert en sacrifice au Tygary, nous allons l'immoler dans les Il a prit. Elle semblait contenir quelque chose de vivant. 11voulut l'ouvrir mais se
jours a venir. Vous n'entendrez plus parler de ce vautour qui ouvre les entrailles de ravisa. 11y avait tellement du mystere dans ce palais, qu'il fallait user de prudence. II
ses freres noirs, pour permettre aux hyenes rouges de les devorer plus rapidement. appela leplus ancien des pages et quelques autres temoins et ils ouvrirent l'outre.

102 10]

Le s a beil le s l ibere es at taq ueren t, La longue c apt ivi te l es ava it rend ues fol le s, 11" 1'1 risquer le tout pour le tout. La fenetre restera fermee la nuit mais au petit
HIS

[Link]
griot et les autres hurlaient sous les piqures. Leurs cris reveillerent ceux ~11I1 111011111 50/82
c lle s'ouvrira . All ons, pre s so ns, l 'he ure n'e st pas a ux hesi tat ions, mes fr crcs,
dormaient encore et, tandis que les uns sortaient des cases, d'autres y I I'IIIS Ill' serons pas decouverts sur cette terrasse. Ma langue tire la force de scs
c omme d es boul et s de c anon. La pa niqu e et ai t ge nera le , d llrrmations d an s l a p ui ssa nc e d u T yg ar y. J e j ur e p ar l ui . M on to ns .
5/10/2018 L es c omb at ta nt s l ib er er en t l es a ut re s a be il le s a
e t l a f av eu r d u t um ul te , e nt rc re rt ]
[Link]
l is p ass er en t I 'u n apres l'autre par la fenetre. S'agrippant au bout d'une des
a
d an s l e v as te p al ai s la re cher che de Ligui dy, poi gna rd d 'os a la mai n. C ar se lon ItlM 1" " ,1 reli es du t oit de l a bat isse qui erne rgea it a u-dessus de la fene tre, ils s'a plat ire nt
r ac on ta rs , l e m on ar qu e e ta it i nv ul ne ra bl e a u f er . «ur It' ro it par u n sau t ac robat ique . Le che f du tri o ava it e u l a bonne idee d'emporte r
Le p ala is comptai t do uze cha mbre s. Un grand c oulo ir c ent ral condui sa it a lIn~ 1 1 1 1 1 ' bonn e qua nti te de via nde gril lee , ce dont ra ffola it Ligui dy. Il ava it au ssi rempli
espe ce d e vera nda tre s la rge ou le Na ba Lig uidy rece vai t les gr ands di gnit ai res qu i 1 1 1 1 1 ' outre d'eau qu'il avait puisee dans la chambre de la preferee du Naba. Les
etaient ses conseillers et les quelques rares invites dont le commandant. De cdl,l 1 1 1 1 1 I I 'S l ouere nt sa bon ne ini ti ati ve. Il a vai t vrai me nt pense a to ut. Il av ait rnern e p ris

v eran da part ai t une espe ce d' e scal ie r la rge de d eux met res qu i me nai t a une batisH(l, Ir l Ill lIve rture de li guid y. Le jour, e ll e l eur evit era it le con tac t d irec t du t oit brul e pa r
De l oin o n ne voya it que deux maisons, une g rande e t une tou te pe tit e superp osc cs, I" iiI . lc il . L a n ui t e ll e l es p ro te ge ra it d u f ro id .
et qui ne semblaient avoir aucune communication entre elles. Pour tous ceux qu i I ,L'S abe ill es, p enda nt tout c e t emps, cont inua ie nt leur guerre . Elle s se ve ngea ien t
n'avaient jamais mis le pied dans cette salle d'accueil et qui n'avaient donc pas V II "" Imites les souffrances qu'elles avaient endurees dans les outres. Elles
l'escalier, il y avait tout un mystere autour du style du palais qui, du reste, C h i l i IH'lIdiciaient aussi de l'effet de surprise.
original. Liguidy et son palais etaient entres dans la legende. Le my t he qui s'cl'all' One vieille femme, incapable de fuir pour echapper aux pi qures, voulut
tisse autour d'eux etait tres bien orchestre et tres bien entretenu. Des courtisans u nubattre les abeilles avec un tison et mit Ie feu a s a c ase . L 'i nc en di e s e p ro pa ge a
a vaie nt et e choi si s po ur jou er aux propa gand istes. Al ors Ligui dy, pour a tt ein dre H I IIr':; rapidement. Les cases etaient tellement proches les unes des autres que l'on
chambre a coucher, devenait a sa guise oi se au ou vent . 1IIIIIvaitse causer d'une case a un e aut re. Les c ris e t la fumee ale rte rent le v oisina ge.
Qua nd les tro is c omba tt ants de bouche rent da ns l a sal le d'ac cue il , il s trou verc n] l l ommes, femmes et enfants en age de porter un recipient accoururent tous, qui
les cinq grands dignitaires du palais qui couraient dans la salle en riant, essayanl ,1I'I'e un canari d'eau, qui avec une gourde ou une calebasse pour combattre le feu.
d'eviter une abeille qui s'etait introduire dans le long couloir. Prompts, les trolH Le monstre aux mille et un bras rougeatres rampait sur le toit d'une case, et
ti " c ett e re ptat ion ra pide , donn ait nai ssa nce un autre monstre par un coup de
mi re nt l eu rs c ou te au x a la bouche et les cordes de leurs arcs se tendirent aussitot,
pour relacher a une vi tesse foudro yant e. Cha que d igni tai re rec ut une fl eche e n plc in a
L,l lgue . E n peu de t emps bea ucoup de case s devi nrent , l es une s ap res le s autr es, des
c ce ur . S an s u n c ri , i ls r en di re nt t ou s l 'a rn e. u u ls ou un petit monstre eclot tout de suite apres le baiser toujours fecond, pour
La preferee de Liguidy, qui descendait pour voir ce qui faisait courir et rire It H dl'veni r l'insta nt d'a pres, un enorrn e monstre qu i l anc ait a son tour dans l'air, ses
vi eux d igni tai res, rec ut deux fl ech es en pl eine poi tri ne. El le de gringol a de l'esc ali cr ruulriples bras dansants.
pour s'ecrouler lourdement au sol. Les trois se rue rent sur l'escalier. Ils entrercnt Les secouristes qui etaient venus tres nombreux, eurent pourtant de la peine
comme un vent d'orage dans la chambre de Liguidy. Elle etait vide. La rage les pdl ,I ma itri ser le sini stre. A cha que je t d'ea u, le monstre s'eva nouissai t ma is repre nai t
a u cc eur. Apre s une fouil le mi nuti euse i ls du rent se resi gner a l'evidence. Peut-etrn VII' l'instant d'apres avec une grande envie de tout devorer. Pour limiter les degats
s'etait-il rendu invisible; alors ils repandirent tout de suite la poutre magiqtl(. 1III cornrnenca a decoiffer les cases qui n'avaient pas encore ete touchees.
prepa ree p our neut ral iser le pouvo ir de Li guidy. Ils at te ndire nt, le s nerf s t endus, ICH I .'il lce ndie du rne rne coup fut c irco nsc rit . Au bout de p lusie urs heure s de lut te apre ,
couteaux prets a f ra pp er . Li gu id y n e s e m an if es ta p as. Ii rur totalement vaincu.
- Nous allons attendre son apparition, dit le plus jeune du trio. Tot ou tard il Du monstre rouge aux mille et un bras pourpres et dans ants, il ne restait qu'un
reviendra, ajouta-t-il. [Link] noir qui achevait de s'evanouir dans le ciel. Il retournait peut-etre
- Nous attendrons sur le toit de sa chambre. Nous allons passer par la seulc .ilimenter l'enfer.
fe net re et nous reste rons sur le to it. La nui t ve nue nous re pren drons n os a cti vit es, Sept personnes ont connu un enfer terrestre ce matin: trois vieilles femmes,
- Et si l a nuit on ba rric ade l a fene tre , f rere, c omment fe rons-nous pour a tte indrc III'UXbebe s e t deux homme s de l a co ur de Ligui dy. Ils o nt p eri dans le s fla mmes.
la chambre de Liguidy ? [Link] abeilles avaient disparu sous l'effet des flammes. Le combat etait devenu
- Sabot ons la fene tre , co nelu t le t roisi eme , Nous pourrons fac ile me nt l'a rrach cr unpossible, Ie champ de bataille etait devenu impraticable. Elles sonnerent le
apres. tIi"sengagemen t.
- Ce n'est pas prudent. Apres ce coup, le palais sera minutieusement fouille et si Qu'etait devenu le Naba Liguidy dans tout cela? Il etait impossible que de sa
on dec o uvre les coups portes a la fenetre, on la barricadera beaucoup plus. Nous thambre, il n'ait pas entendu toutes ces vociferations et qu'il ne fut pas inquiete par

104 I())

c et i nce ndie . La foul e de se couri st es e t de s habi ta nts d e la c our, de ma nda a un Vit'IIH 1 1 1 1 jcune page curieux voulut voir de pres ce qui se passait. Mal lui en prir. II se
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a sse z infl uent du voi si nage , de pe netr er da ns le pa lai s pour ec lai rci r l e rn yst ere c i t , III 11111 1vomir a la vue du sang et de la chair humaine. 51/82
n on ma ni fe st at io n d e L ig ui dy . (,:l le pe rso nne n'ent re plus i ci! c ria W1 vieux qui envoya le jeune page dehors
Le vieux se risqua dans le palais, appelant a cha que pa s la pr efere e de Ligl lidy , i ll ll q u'i l g ar da t l 'e nt re e d u p al ai s.
Aucune reponse a s es a pp el s h esi ta nt s, C el a l 'a me na a s'e nfonce r da vant age da ns III 1 . 1 ' kounga gronda. Son cuir tendu trembla et vibra sous les doigts du plus vieux
5/10/2018 NorbertZongo-rougbeinga -[Link]
l ong coul oir d u pal ai s. Lorsqu'il de bouch a dans la sal le d'a cc uei l, sa gorge se n 011i1o 1',1111\u palais. Il resonnait dans l'air et dans les cceurs. Encore un moment
Le baton sur lequel il s'appuyait glissa de sa main pour choir dans une rnarre ti,' 1IIII(I1a in ou l'homme a ll ait si mpl ifie r son exi st enc e, pour a bouti r a un e formulc
sa ng. Il voul ut re cule r ma is l ui se mbl ai t que ses rei ns aHa ien t se deta che r du re src ti " I 'I II \( ' s im pl e, v oi re s im pl is te : v iv re c 'e st t ue r.
son corps pour tomber aussi. En une fraction de seconde, toutes les fatiglll,tl lcs flutes au ventre vide des griots de tous les quartiers, se firent les echos de cet
accurnulees depuis son existence, peserent de tout leur poids sur toutes 11'11 dil l)('1,pour i nvit er t ous le s hommes de Koudogo a re join dre le plus vi te possi ble , le
articulations de son corps dont le temps, tel le soleil accablant des mois de mai tll'll 1"iI;11Se Liguidy.
tropiques qw desseche les marigots et les rivieres, avait suce la synovie. Il s'ecroulu '1'1Jut Koudogo avait vu de loin l'epaisse fumee de l'incendie obscurcir Ie ciel,
ma is ne perdi t pas con naissanc e. Apres pl usieu rs effort s, i l reussit a reprendre SOil ''',':;I\,ant rnerne d'aneantir les longues fleches dorees avec lesquelles Ie soleil
baton et a se redresser. Il s'adossa au mur pour reprendre son souffle. Le sallg [Link], dardait la terre. Beaucoup de gens penserent que ce combat annonce par
degoulinait de sa couverture. I,' l« Il !11ga ,pre se nte rait pour sur l 'i nce ndie comme en nemi. Il n'et ai t pa s rare que le
Si, pour entrer dans le palais, la crainte de l'intrusion rendait les pas hesitanrs, III I" 11II1ga esonna t pour u n c omb at ou i l ne fal lai t poi nt uti li se r d 'a rrnes. L'i ncen die
s or ti e, e He , fut tres rapide. Quand le vieux apparut a la porte du palais, um: ,'1,\11ce rare cas, l'exception a la regie. Neanmoins il fallait etre arrne, Les
debandade s'engagea parmi tout ce monde qui s'etait regroupe pour attendre Sf! ''''I 'llcments encore recents l'exigeaient.
sort ie . La v ue d u sang qui rui sse lai t d e son c orps et ai t la c ause de ce sauve -qui -pcui , line heure apres l'appel solennel, la foule comrnenca a deferler sur le palais.
S eu ls q ue lq ue s v ie ux , p eu t- et re c lo ue s s ur p la ce p ar l a p eu r, r est er en t, 1,\ I'(lll Ois sur l'epa ule , a rc a l a main, cha cun a vait a cco uru po ur ne pas et re pa rmi le s
- Tous .... Tous .... Tous ... Ils sont tous mor. .. morts ... morts, reussir ;, .hrniers a venir. Trois heures plus tard tous les quartiers etaient presents, excepte
balbutier Ie vieux dans une frenesie de levres. Tous morts ... Ils ont ete fleches ('I I,,:; q ua rti ers Pal ogo e t Sa mbi sgo. Peut -et re parc e qu'il s et ai ent le s plus e loig nes,
e gorges ... Le Nab a Li guidy est mort.
- Impossible, dit une vieille femme qui avait echappe de justesse a l'incendio 1H'11Screntes vieux. OIlsn'ont certainement pas entendu l'appel", se disait-on.
"Braves habitants de koud6g6, vous avez accouru sans la moindre hesitation a
Ligui dy a voy age , c 'e st pourquoi le s d igni tai res du pa la is ont dormi ic i .... A moins 1"'1JPclde kounga . So yez-e n rerne rci es. Que les dieu x e t t ous l es mane s des a nce tre s
qu'il ne soi t pas par ti .... Mais i l de vai t part ir, cont inua it d'affi rme r la vi eil le qui et 'ail I" IllS gardent nuit et jour. Le Naba Liguidy par ma bouche vous felicite. Dans ces
une confidente du grand Liguidy. Vous savez qu'il doit entrer bientot en guern' .krnicrs jours nous vivons des evenernents tres graves. Nous sommes en train de
contre les gourounsis. Vous etes vieux, vous devez savoir ou il doit etre parti. Si I'IITC du j amais VU.
son feu veut s'eteindre, il est normal qu'il retourne en prendre au foyer origincl. (:C matin, des hommes, des ennemis, se sont trans formes en abeilles et ont
Entrons tous et voyons ce qui s'est passe dans ce palais. "I1V,lhile pa lai s pour tu er tout ce qui re sp ire. Pou r pa rach ever le ur oe uvre sa tani que
Les vieux entrerent dans Ie palais. On aurait dit qu'ils marchaient sur des ceufs, .II' d estruct ion, i ls ont mis le f eu a ux case s et rues le s ci nq di gnit aire s d u pal ais ai nsi
Les pas e ta ien t he sita nts, feu tres, Ils ex arni neren t le s si x cada vres qui a che vai ent d( ' '1"(' la prefe ree de l igui dy. Ils se so nt v olat il ises apre s le ur for fait . Vous sa vez t ous
se vider de tout leur sang. 'l'll 'l s sont ce ux qu i sont cap able s d'un tel cri me . C'est pourquoi je . ..
- Le Naba Liguidy n'est pas mort! cria la vieille femme qui descendair, "Voil a l e c ouma ndow e t de s forgos qui a rrive nt. Ec art ez-vo us pour l eur la isse r Ie
t rembla nte , de l 'e sc al ier co nduisan t a l a cha mbre du Na ba.
Quelq ues hommes cou rage ux vinre nt s'a jout er a ux vi eux. I\,lSsage."
(:e ri'etait pas le commandant mais Ie sergent De Gaul et un groupe de sept
- Faites sonner le kounga (tam-tam de guerre). Arrachez les fleches des corps, 1"I"I'OS venus s'enquerir des causes de l'incendie et de tout le tumulte qui s'en crait
"
Vous savez bien qu'on ne peut pas faire les ceremonies funebres avec ces flechcs ',1\11'1.
s ur e ux . Garde Nanga, depeche-toi d'interroger ces vieux afm que nous sachions rrcs
Cela ne fut pas du tout facile. Les fleches avaient des aretes a double sens. II [Link] ce qui s'est passe. On n'est pas la pour tenir les palabres inutilcs dont
faHut couper de gros quartiers de chair. Chez la preEeree de liguidy ce fut un vrai I .ufo lent les Ne gres. Di s-leu r d'etr e brefs ca r je l es conna is rnie ux qu 'e ux-me rncs,
de pec age ; el le ava it rec u deux fle che s en pl ein e poit rine . , I':;vieux Negres, Nous voulons savoir tres rapidement ce qui s'est passe. Nous ne
',(lInmes pas la pour palabrer. [e repete. Ils vont passer le temps nous de cri re le s a

106 10 7

flammes ou rnerne a comparer cet incendie a tous ceux qu'ils ont vus il )' it .1 11111'arnison tenue par les francais. C'est la faute des Faidherbe et autres. Ccs
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c inqua nte ans. En plus, dis-l eur qu'il e st in util e de tra nsforme r en cat astrop he 1 1 1 1 1 1 1" '11111'("5rancais qui ont ete tres doux pour ces Negres, Le debut a ete rate, c'csi 52/82
si mpl e brul ure de pail le , la br ousse e n est pl ei ne. C'est bie n fai t po ur e ux, il s ,ll ll '1l ll l 1 "l Il Il ll Io i c e s s in ge s n ou s c au se nt d es p ro bl er ne s e nc or e. l Is r eg re tt er on t l eu r f ol ie .
d e q uo i s' oc cu pe r p en da nt q ue lq ue s j ou rs , c es f ai ne an ts c on ge ni ta ux I
m ai nt en an t N ;mg a, d er na nd e- le ur o u e st l eu r Liguidy.
-
5/10/2018 Mon sarsent, est-ce que on va pas voir Liguidy en prernierernent ? J e li""
crois 1 \ 10 n ... rna sa rsent Misse Regol le , il d it q ue L ig ui dy il e s v oy as se m ai s il ve p as
[Link]
avek les vies on va ... dlll',1 ou, Gnanka les laisser.
- Liguidy, Lagada ou Laodo, je m'en moque moi. Nanga, je ne suis p:HI Ip I)on rentrons. Dis-leur d'enterrer les cadavres et qu'ils nous tiennent au
lieutenant, qui les cajole. Je suis en mission, tu entends? Dis-leur de me donne!' I(I~ I IIIIIT;Hltde tout ce qui arrivera. Nanga, si tu t'obstines ate foutre de moi, tu iras
causes de l'incendie et de ce rassemblement. Qu'ils ne me causent pas de la pllillp dl'~".rmais garder la prison.
qu i a brule a vec l es c hiffons. Est-c e c lai r? I .crtc menace fit trembler Nanga comme une feuille. Garder simplement la
- B ie n m on s ar se nt . .. . A v au tr e c ou rn ma nd er ne nt . I"I~;III equi val ai t p resque a et re de sh abil le . Que l pr ofit e t que l respec t pouv ait -on
- Une chose toi , cesse de m'appe le r ton se rgen t. Co mpri s ? " ,'111(" en gardant la prison? Lui, Ie chef de gard'-seks, devenir simple gardien de
- Oui mon sa rsent . l'II~;()11 ? Non! II fit preuve d'une grande lucidite en evaluant toute la gravite de la
- J e ne suis pas ton sergent! cria Ie sergent De Gaul irrite. 11111I<llion.
I se mit a repeter :
- Ze n'a pas dit ton sarsent. Ze dis mon sarsent, mon sarsent. Misse Digole. Pas de sarsent. Pas de sarsent. Soulmant Misse Digole. Riant de
- Bon, ne dis plus mon sergent. Bougre de negre. III,I llS ...
B ie n c omp ri s r na s ar se nt . Sile nce ! Main tena nt tu as en fm c omp ris. Ca suffi t!
- Sa laud . De pec he t oi de c auser a te s se mbl abl es. Oui rna .. , Oh iii Pardo. Pardo ... Rigole. Misse Rigole.
Les vieux, comme tout Ie reste de la foule, qui avaient suivi sans compreudrn Ah ces Negres ! toujours incapables de rien. Un bon perroquet aurait deja fait
bien sur, la conversation, etaient effrayes par les cris du jeune nassara-rougc. Ihi 1IIII'[Link] n'est pas votre faute d'ailleurs, c'est celle de taus ceux qui vous ant
raconterent d'une voix tremblante, ou les mots, telles des mouches prises au pi(Ip,(1 I, iujours pris pour des hommes complets. C'est l'esprit qui fait l'homme et non les
d'une araignee, se debattaient et se liberaient a peine de la toile que l'emotion aVllil musc le s ; or vous les Noirs, v ous n'ave z q ue l e vingt ie me de l'i ntel li genc e nor mal e.

tissee. lIs furent surpris quand Nanga leur fit comprendre que l'incendie avec H { 'I I \It ces Negres l Les Blancs vous ant fait descendre de vas arbres, vous ant
c auses e t ses con se quenc es n 'i nte ressaie nt a ucune me nt Ie na ssa ra. lIs ra cont erc nl tl l'pouil le s de vas f euil le s et vo us an t appr is I'usa ge des habi ts. Ils v ous a nt arra che s
alors l'assassinat des six personnes. ,I 1 ;1nature pour vous permettre de venir tout juste au second rang des hommes, et
Quand Ie serge nt appri t Ie massa cre , i l s auta du c heva l. Pisto let au poing, suivi d t, " I ius v ou s p er me tt ez d e v ou lo ir n ou s r en dr e 1 £1 i e i mp os si bl e.
Nanga, il entra dans Ie palais. Un notable les rejoignit pour leur montrer 1(111 Ecoute Nanga, je vais te raconter une histoire Quand j'etais en classe de Se,
cadavres. 1',lvais u n professeur de geographie qui nous parlait chaque fois de 1£1 iche faune
- Qu'est-ce qui les a decoupes ainsi? N'a-t-on pas dit qu'ils ont ete tues par d(lf\ .uncaine, Chaque fois il citait les lions, les elephants et les Negres, alors un jour
f le ch es P quand il voulut no u s parler des moyens de transport des premiers pionniers des
- Ma sarsent, ce Ie zens qui a coupe pour pris Ie fleces, Passe-que on pe pas tCfl'(' I ':Ia ts-Unis e t nou s ci ta le c heva l, l 'ane et l e Negre , man voisi n Vale ry l ui demanda
a vek l e flec es la d es. '.I se s Ne gres et ai ent de Ia rnerne espec e q ue c eux d'Afrique . Le professeur repondi t
- Ecoute-moi bien, Nanga. Je veux que tu rn'appelles, a partir d'aujourd'hui, 1 )(1 ,,"i. Farc e que , disai t-i l, le Negr e o u qu'il se trouve , de me ure t oujo urs un Negr e.
Gaul. C'est compris? Je ne suis pas Ie sergent d'un Negre. Monsieur De Gaul CH I je me rappelle que man ami Francois avait dernande au professeur, ce qui etait
mon nom. Un De Gaul, c'est autre chose qu'un sergent d'une arrnee de Negres . .1(1 Iilus difficile entre apprivoiser un cheval sauvage et civiliser un Negre. Le
n'a cce pte rai me m e pas et re t on ge nera l. professeur avait repondu que cela dependait du degre de sauvagerie du cheval et du
- Bi en compris rnisse Re goll e. Ze bia n compris mon sarse nt rni sse Reg oUe . Ncg re a uxquel s o n ava it aff aire . Ma is j e croi s qu'i l ava it t ort. Appri voiser un c heva l
- Ca va! Fouillons Ie palais tout de suite. Degaine ton sabre et n'hesite pas ;'1 I 's i b ea uc ou p p lu s f ac il e q ue c iv il is er u n N eg re .
l 'u ti li se r si q ue lq u'u n e ss ai e d e f ui r a ton approche. Je reconnais que vous les Negres, vous etes plus utiles que les chevaux. Je suis
lIs ne trouverent personne malgre 1£1minutie dont ils firent preuve dans leurs Iliste. Seulement je deplore une chose: que des Blancs en mal de sensation, au lieu
f ou il Ie s. L e se rg en t D e G au l s 'e rn ba ll a d e n ou ve au . de rester dans la juste limite des chases, osent parler de je ne sais quel le eg ali tc . Ce
- Ce sont les memes salauds de l'autre jour. Les cochons, je les pendrai un jour, qu'ils appellent racisme n'est pas 1£1realite indeniable des chases. Ce racisme a
Un jour pa s l oint ain. Te n fe rai de 1£1pa tee de Ne gre. Le s sa uvage s ! Oser s'a tt aquc r cxiste, il existe et existera tant que les Negres resteront Nezres et pas Blancs. Cc

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racisme tel que le definissent les amnesiques, decoule de la domination de la race danger de voir une fleche se planter la ou elle ne devait pas etre, n'etait pas a
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blanche sur les autres races. Or dis-toi que I'histoire des hommes sera un non -" ("c arte r. .. Et pui s le s impots ne rent rerai ent pas. 53/82
sens des que cessera cette domination. Bref ... Inutile. Tu ne comprends rnerne pas Un forgo envoye recueillir des informations dans les quartiers au sujet des
ce que je te dis. rcc ents evene rnents, ac heva d'al armer Ie c ommanda nt: "Le s gourounsi s ont promi s
Nanga etait exaspere par les propos du jeune nassara qui chevauchait aces I)f ri r l e Na ba Li gu id y e n s ac ri fi ce a l eu r f et ic he ",
5/10/2018 [Link]
cotes, mais il continuait a lui sourire bien qu'il eut envie de lui donner une belle - Sergent, tes doutes se verifient, Je crois que Liguidy a ete enleve. Sergent,
ra cle e, Qu 'i l eta it rud eme nt impo li, e t que ses p ropos et ait insult ant s ! pensait-il. L c rassemble tous les gardes dans ma cour ce soir. Il nous faut etre vigilants en
coumanda nt lui-rne rne n'avai t j ama is eu une tel le a rroganc e. Bah ! p ou r l a d ef en se a tt en da nt l 'a rr iv ee d es g en s d e O ua ga do ug ou .
de t ous le s Noirs, i lne prendra it pas de ri sque s, se consola -t-il , Les No irs ri'et aie nt - Mon lieutenant, de quoi avez-vous peur? Avec ou sans Liguidy no u s n'avons
pas egaux aux Blancs... Mais de toutes les mille manieres, personne n' a jamais qu'une seul e sorti e a fai re pour redui re c es puc es en pat ure pour c harogna rds.

a ch et e u ne p ea u a u m ar ch e, c on cl ut -i l i nt er ie ur em en t, - Tu les conn ais tres ma l, se rgent . Qua nd de s Noirs se revolt ent, i ls vont j usqu'a u
- Nanga, d'apres toi, ou doit etre le Naba Liguidy ? Ne crois-tu pas que 1'0n nous bout. Tu n'etais pas la pour voir comment nous avons souffert pour enrayer la
c ac he s a mo rt ? rcvolte au pays bwaba. Ils connaissent tres bien qu'une guerre contre nous est "une
- Missse Digole, ilne pe pas mort le Naba Liguidy ... Mon vieux le Naba Liguidy gllerre de la paille contre le feu", comme aimait le dire le Naba Liguidy, mais ils
la, il a beaucoup de zris zris, mon vie ... il pe merne devenir le vent ,., Oh a a ! II . ic ce pt en t I e s ac ri fi ce . T u s ai , s er ge nt , j 'e ta is c omm e t oi q ua nd j 'a i q ui tt e f ra ic he rn en t
pe... l 'Europe pour l'Afri que. Aujourd'hui ma conce pti on du Negre a subi des retouc hes
- Bon ca va. Cesse tes commentaires inutiles. Qu'il devienne vent ou pluie, c'est en beaucoup d'endroits. Plus je les connais, plus je pense que les seules luttes
votre affai re. Tas d'idi ots. Une pe rsonne se se tra nsfor mer en vent? Ce la tra duit t res c on tr e l a p en et ra ti on e ur op ee nn e so nt c el le s q ue v iv on s a ct ue ll eme nt .
e xa ct eme nt I 'i rr at io nn el d on t v ou s e te s l es c ha mp io ns . - Mon lieutenant, je comprends mal cette espece de consideration que vous
Le sergent De Gaul, dans son rapport au commandant, exprima ses inquietudes t cn te z a l 'e ga rd d e c es sa uv ag es .
sur Ie sort de Liguidy apres les evenernents survenus dans sa cour. Un enlevement - Sergent, ces sauvages d'Afrique ont le culte de l'amitie. Nous aurions pu les
n'etait pas a exclure. Le commandant jugea une eventuel disparition de Liguidy soumettre tres facilement sans violence, mais nous nous sommes trornpes des les
comme une tre s gra nde c ata st rophe. Sans lui cet te pet ite revol te pouvait fa ire ta che tout premiers [Link] il faut toujours continuer dans cette voie, celle de la
d'huile. Il depecha alors sur-Ie-champ Nanga avec un long rapport sur la situation viol ence , qui nous fe ra pe rdre I'Afrique. Je me surprends souvent a penser qu'il y
p ou r l a g am is on d e Ou ag ad ou go u. aura de tres grands changements, des bouleversements presque, et qu'un jour ces
- Ce message doit parvenir ce soir merne, Nanga. Si jamais tu tardes en route Negres seront nos egaux. Je me suis fait traduire un proverbe qu'aimait repeter un
pour griller tes poulets ou pour jouer avec des femmes, je te fais fusiller a ton vieux conseiller de Liguidy: "Le mal est comme l'urine de l'hornrne. L'homme
r et ou r. C omp ri s ? C ho isi s a u m oi ns c in q g ar de s p ou r t 'a cc omp ag ne r. cnvoi e t oujours son uri ne loi n devant l ui, ma is el le se termine t oujours ses pieds". a
- Bien mon coum ... Ma cournan ... Bien Misse Digole coumandant, a votrc La guerre fmira bientot en Europe par la victoire des allies. Je l'ai faite avant de
coumandement. vc nir i ci re crute r le s t irai lle urs seneg ala is. Le poid s de s Ne gres a e te d ete rmina nt.
- Minute! cria le jeune sergent De Gaul a Nanga qui s'appretait deja a sortir. Lc (:c ux que j'ai toujo urs co nsi deres c omme prive s d'inte lli genc e, de ra ison tou t c ourt,
commandant ne s'appelle pas De Gaul. De un. De deux, si jamais ces bandits vous I .nt appris en un temps record a se servir de fusils, de grenades et autres armes. Ils
prenaient en route et que vous osiez leur reveler le but de votre voyage, je vous It's ont marries avec dexterite, mieux que certains d'entre nous. Sergent, ces
ferais regretter et maudire Ie jour ou vos meres, a quatre pattes, vous ont deposes sauvages ont fait une grande preuve de courage, d'intelligence et surtout de
dans la poussiere. resi st ance . Si tu avai s fa it ce tte guer re ave c des Negres, tu a urai s cha nge ta mani ere
Nanga ne rep ondit pas, il se con tent era d'un garde -a-vous et fi la . de les considerer.
J'ai connu trois Negres qui se sont echappes d'une prison allemande et qui ont
marc he vi ngt kilomet res apre s e tre r estes deux jours sans mange r. Les Alle ma nds,
Ill' sachant pas ce qu'un Negre pouvait manger, leur donnaient de l'herbe, Ce sont
('cs trois qui ont libere le capitaine Pompidou, prisonnier depuis le debut de la
Le comma ndant eta it vi si blement preoc cupe par I'absenc e de Ligui dy, Sa ns l ui, il I',uerre. Imagine un peu, si toi tu avais vu le jour dans ces terrnitieres de case, si tu y
all ait fa lloi r ent rer de ple in pi ed da ns la da nse et c omba ttre ces sat anes go urounsi s, .ivais passe to u te ton existence jusqu'au jour ou on t'y extrayait pour t'enfermer
La victoire etait certaine, c'etait un jeu d'enfant mais si la revolte se generalisait, 1(' dans une grande prison modeme en etage, pourrais-tu te liberer ?

11 0 11 1

- Mon lieutenant, laissez-moi rire. 11 y a vraiment de quoi rire. Alors ces "lH:vaient pas comme on le disait a pallier les mauvaises recoltes et les famines
auraient un avenir autre que celui que l'hurnanite tout entiere leur donne
[Link] consequentes. Ils etaient en realite des reserves de cereales pour le commandant 54/82 et
l 'ordre et la l ogique de s choses ? Mon li eut ena nt, v ous ave z vu Bouboul e? H l i S g ardes ... 11 fall ai t qu'i ls fu ssent touj ours v ides p our re cev oir a cha que rec olte de s
- Non sergent. Qui est-ce ? jJ,I'ains.
- C'est le gorille du zoo de Paris. 11 fume des cigarettes comme les - Ce ne pas silou mon coumandant, ce Ie zaricot qui sont coupletrnent n'y en a
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richards anglais. 11 a ide souvent les gardiens a nourrir les autres animaux. 11 pli,
a ll er a ve lo, li eut enant , comme v ous et moi. 11 sera it ca pable de bien des cho se s. Sergent, va voir ce qui s'est passe. Cette revolte est plus importante que ne
y avait beaucoup de bouboules bien inities aux maniements des armes, ils pensais, Si L igudi vivait ...
pu causer de serieux ennuis a l'ennemi. Alars mon lieutenant, quel avenir , . P" ' P . .. . T , r> ~ Le jeune sergent revint quelques instants apres pour confirmer le vol de tout Ie
vous a la gent go r ille de l' Amazonie ? h ar ic ot d es s il os . L es a ut re s c er ea le s n 'a va ie nt p as e te t ou ch ee s,

L e lieutenant s'e nerva. - Sergent, renforce la sentinelle autour des silos. C'est sur que les voleurs
- Silence sergent. Tu ne connais rien a propos de ces Negres, Nous verrons rcviendront.
ce que tu feras dans les combats prochains. Fais tout pour nepas y laisser la - Monlieutenant, il ya des traces de chevaux tout autour des silos. En suivant les
car si mes previsions sont exactes, nous n'aurons pas un face a face avec truces nous les aurons. Man lieutenant, laissez-moi faire. Je vous promets que des
arc hers q ue n ous cribl erons de b all es. Ce groupe se mbl e et re tre s bien organi se . ilcmain nous sa urons t out sur ce s rebe lle s, tout , man li eute nant .
leader est un tres bon organisateur. Cela ne te dit rien, la facon dont ils ont - Que feras-tu, sergent? Une campagne punitive? Tu vas massacrer des
Empoisonne r nos che vaux, faire sa ute r le depot d 'a rmes, lib eer l es pri so nnier s [nnocents. Rassure-toi, je sais deja que ces rebelles viennent de Reo, de Tyon, de
mettre le feu aux cases des forgos ! 11Y a de l'ordre et de la methode dans, tout 'I'enado, de Dydir et de Goundi. Mais dans ces villages, il ne reste que des gens qui
Tu ne conna is pa s t on h istoi re, pe tit . Sa is-tu que lque chose sur la c olonn e Ilffirment se desolidariser des rebelles. Vrai ou faux? Je ne sais pas. Seulement, je
et Chanoine ? Ces deux etaient comme toi, des gens qui refusaient une place H n i s qu'un Noir ne se desolidarise pas de son parent par peur. Sergent, ces Negres
Negre dans le rang rneme des animaux domestiques. La boucherie dont ils se nu t I'insti nct de famill e aussi pousse que ce lui de s b ceufs sau vages ou des e lepha nts.
les promoteurs fmit par les perdre : ils furent decapites par les gardes auxquels I / at ti tu de d es r eb el le s m' in tr ig ue u n p eu .
avai ent sa vamment appr is l a re colt e de s t ete s huma ines, le 14 ju ill et 1899. - Mon lieutenant, seulement la permission de rechercher ces bandits demain.
On peut coloniser sans pour autant massacrer. Ces Negres bien sur ne sont Accorder-la moi et vous verre z.
nos egaux a tout point de vue, mais ils sont neanmoins des hommes. Croire - J'ai peur d'une chose, mon sergent: que tu ne fasses basculer le groupe des
n'est pas ignorer que nous avons mission de civiliser ces Negres, La . , nc utre s e t des indec is dans Ie camp de s re bell es.
n'est pas l'esclavage. Ces petites revoltes de Negres doivent donner a reflechir I - Mon lie ute nant ,il n'en sera ri en. Je ne puni rai que de s bandi ts.
t e p ar ie . .. - Tu pourras les reconnaitre a vue d'ceil, au ils viendront se denoncer eux-
On frappa vi ole mment a l a porte . l11eme? Allons, sergent, calmons les nerfs et attendons la reponse de
- Ent rez ! c ria l e je une serge nt (luagadougou. Pour le moment, rassemble les gardes dans ma cour. Laisse trois
Un forgo tout essouffle fit irruption dansla salle. 11 se cambra comme un Mt'lltinellesaux silos.
j et a n er ve use me nt sa t et e e n a rr ie re d an s u n g ra nd -a -v ou s, Le j eu ne s er ge nt s or ti t a pr es u n g ar de -a -v ou s t im id e, v is ib le me nt m ec on te nt ,
- Qu'est ce qui passe e ncore ! s'empressa de de ma nder l e lie ute nant ? Reste seul, le lieutenant se laissa noyer dans l'ocean du reve des prochaines
- Mon c ouma ndant , il nya n pli s de z ari cot dans les zre niers de l a provoya nce , I'l( pedit ions c ontre le s rebel le s. 11 o rga nisai t, echa fauda it et e luci dai t des pl ans de
a vole t out le za ricot . u un ba t. 1 1p ou rc ha ssa it , t ra qu ai t e t i nt er ro ge ai t. 1 1f usi ll er ai t, p en dr ai t e t b ri ll er ai t v if
- Sergent, tu vois bien que tu auras du fil a retordre. Pendant qu'un groupe MO ll ve ntp ou r v ar ie r l e s pe ct ac le . C e s er ai t u ne c ho se me rv ei ll eu se . L 'o cc asi on e ta it
re bel les at taqu ait le pala is de Ligui dy, un aut re grou pe vida it t out l e st ock de h el le , 1 1 so uh ai ta it q ue c et te r ev ol te s' en te nd it , « A va inc re sans pe ril, on triomphe
dans le s silos de la pre voyanc e soci al e, sous not re ne z. M i l l i S g lo ir e. » C or ne il le a va it v u j ust e.

Plus de dix grands silos hauts de plus de huit metres et de dix metres de Et u n j ou r s es e pa ul es s e c ha rg en t, s a p oi tr in e s 'a lo ur di t.
pleins de grains de mil, de haricot et de ble constituaient ce qu »on appelait I\ t deja les tambours roulent ... Le gouverneur general de l'AOF est lao Et de sa
« p revoyance sociale» Au moment des recoltes, chaque famille apportait une ' \I I .i x gra ve procl ame :
de mil, une de haricot et une de sorgho blanc. Le ble etait cultive dans des j «Lieutenant Mercadieux, commandant la garnison de Koudougou, pour Ia
communs et arrose par tous les quartiers. Ces silos de la prevoyance sociale rnurageuse -conduite et l'intelligente rnaniere avec laquelle vous avez eteint ces

112 113

foyers de revolte pour ramener la paix parmi ces Negres sauvages dont vous avez la ( (· Fu ge . Qu el qu es a be il le s q Ul e ta ie nt e nt re es a ve c l ui d an s l a sa ll e se r no nr ra ic nr IT('S

mission combien difficile de civiliser, pour la dignite avec laquelle vous avez ;1,1',rCSSlves.
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plusieurs fois impose la civilisation aces peuplades barbares qui freineul I.e lieutenant, avec un calme olympien, entreprit de les chasser a l 'a id e d 'u n
inconsciemment encore leur propre emancipation, au nom de la France et de 5011 Ill<lSSe-mouches. Elles preferaient d'ailleurs s'attaquer au jeune sergent qui,
president, au nom du Ministre des Colonies et au mien propre, je vous eleve all nnversant tables et chaises, fmit par mettre sa tete dans un easier de l'armoire en sc
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grade de capitaine. » NorbertZongo-rougbeinga Illllvrant avec -des [Link]
archives. Par ses gestes brutaux, il finit par renverser l'armoirc
Et les tambours roulent a nouveau. Et Ie tonnerre d'applaudissements se fait dru ' 1 1 1 1 c hu t d an s u n f ra ca s e ff ro ya bl e. Ilrec ornrne nca a hurl er et repr it sa co urse foli c.
et ininterrompu. Car la rnaree negre qui est la ne cessera d'applaudir que lorsqu'on /, 1 ta ble , l es c hai se s et Ies debris d'armoire lui firent des crocs-en-jarnbe. II
le lui commandera. vrrcvolta, pirouetta et s'affala.
Ce j eune serge nt lui cassai t l es pi eds. 1 1 av ait to ut fa it po ur l e de coura ger, a l l a n t - Rest e tr anqui lle , serge nt! cri a le li eut ena nt a pl usieur s re prises. Arre te -tot , les

merne jusqu'a vanter les rnerites des Negres pour lui faire peur, mais il tenait bon, .rhcilles s on t s or ti es p ar l e t oi t. Se rg en t, r es te t ra nq ui ll e.
1 1 rit tout haut de l'hypocrisie avec laquelle il avait parle des Negres au jeunc Ces mots parvenaient en faibles echos aux oreilles du sergent qui fmit pourtant
sergent. L a gloire, il l a voul ait en tie rerne nt si enne . Son nom s'aj oute rai t a l a l ongue Jl,lr s'arreter. 1 1 gemissait comme un chiot qui venait de recevoir une severe
liste des grands colonisateurs, les illustres dresseurs de Negres, les charges til' " .rrection. Tout avait quadruple en grosseur sur son visage. Son nez, ses oreilles,
m is si on c iv il is at ri ce d an s l es t en eb re s r oy au me s d e l a b ar ba ri e. U n p ac if ic at eu r. ':(S y eu x, s es l ev re s e t s es j ou es . Ile ta it me co nn ai ss ab le . S on c ou t um ef ie e ta it p li e.
Une ombre plana au-dessus du radieux tableau de son avenir : la disparition til' Que s'e st-il passe? int erroge a le lie ute nant ... Al lez serg ent, dis q uelq ue c hose.
Liguidy. Le «bon Negre » n'etait plus, et avec lui s'etait evanouie sa chance til' / ) (' 1I:1 sont ve nues le s abe il les ?
rentrer multimillionnaire en France. l .e sergent, pour toute reponse, continuait a hoqueter comme un enfant qui a
1 1 n'y aura plus de : « Li guid y, je veu x deux- cent s be eufs c et te ann ee, aut ant til' I,,Ilgtemps pleure.
mout ons et aut ant de che vres que je va is e nvoye r v endre e n c ote -d'Iv oire . Liguidy, .. R eponds, sergent, reponds au nom de Dieu ! cria Ie lieutenant qui ironisa tout
je veux cent grands gaillards pour mes plantations en cote d 'I vo ir e. L ig ui dy , i l f al l I 1 1 ( · suite: reponds, sergent, et des cet instant je te donne la permission de
envoyer des hommes travailler en Gold Coast car je veux des sterlings. Liguidy II ' III iursuivre les rebelles.
v eu x c ec i, L ig ui dy j e v eu x c el a. » I)ique au vif, le jeune sergent tenta de sauver ce qui lui restait comme honneur : il
Le bon Negre executait tous ses desirs a la lettre. Sa fortune personncllr [Link] to ut son c oura ge et comrnenc a d'une voi x sa ns t imbre:
augment ai t d'anne e e n anne e, Le gou verne ur avai t a ussi se s impots, sans reta rd. SOil - Quand je vous ai quitte ici, j'ai voulu me rendre chez vous pour le
esprit s'at tarda dans une des cha mbre s du pala is de Lig uidy. La il ava it fait insta lle r [Link] des gardes. Arrive dans votre cour, j'ai vu dans un coin une outre
un li t de ba mbou, et avec le concours du « b on N eg re » i l a vai t qua nd i l l e voula it , .rpparemment dissimulee sous les feuilles. J e l 'a i ouv erte . Elle c onte nai t Ies abe il les ;
de j oli es ne gresses aux seins n us, durs et ferme. 1 1 exigeait qu'elles fussent viergcs, H I II ' n'eu s que le t emps de m'e nfuir.
elles n'avaient pas ete deviergees par lui-rneme. Sa femme ne savait rien de toul Va a l'infirmerie. Ces piqures vont te donner de la fievre,
ce la . Qui d'ai lle urs pouva it le l ui d ire? 1 1 avait ordonne qu'en cas de grossesse, 1111 l .e se rgent v oulut sorti r ma is s'ecro ula, 1 1 vo missai t. Deux forgos qui vena ie nt
avortement irnrnediat fut effectue. Vraiment, il perdrait beaucoup avec h i e I rn rrer dans l e bure au l e rel eve rent et le tra iner ent vers l 'infi rmer ie de la garn ison.
disparition de L iguidy. 1 1 lui trouve rai t un re rnpl aca nt aussi doc il e et surtout crailll / . ' 1 1 1 1 d 'e ux , a va nt d e s or ti r, d it a l 'i nt en ti on d u l ie ut en an t:
de se s sembla bles. Les Negre s ne respec te nt que l a forc e e t la ru desse. Mon cournandant, le Naba Liguidy il est veny. 1 1 Ie envoye un homme pour
1 1 fa ll ait surto ut quel qu'un q ui put l ui fai re fai re d es rappor ts de pac ific at ion sali ll ihr:: vous mais il dit ke ce ne pas demin il ne pe pas voir vous, il faut jusqu'a a
quitter son bureau. Ouagadougou enverrait certainement le materiel et les Cl'1l1 .k-min.
tirailleurs dernandes. Tout cela demontrerait l'ampleur de la revolte et plaidcrult Ca va ! Arnenez le sergent aux soins. Liguidy est vivant, c'est l'essentiel. Dieu
p ou r l ui l e g ra de s up er ie ur . nurc i. Ah ! O uf, le je u ser ait p lus i nte ressant e t moi ns d ange reux.
Des hurlements rauques, se muant souvent en plaintes lugubres pour finir ('II Visiblement le lieutenant j ubilait. 1 1 se t remoussa it presque , co mme un e nfant qui
pleurs d'enfant, l'arracherent a ses reveries et le replongerent dans la realirc, II 1 '('ll ai t d'avoi r e n c ade au un obje t tre s l ongte mps desire . Tout e tai t rene . La nat ure
voulut se precipiter au dehors pour s'informer. Trop tard. On venait d'ouvrii e l l ' scs espoirs et de ses illusions avait reverdi comme par enchantement apres la
violemment la porte de son bureau pour la refermer immediatement, 1 1 eut It IIII 1'/lIll' "Liguidy".
juste le temps de voir le jeune sergent De Gaul se jeter sous sa table en querc til'

11 4 11 5

Demain serait un grand jour, il serait beau. Le bon Negre n'etait pas mort t 1 1 ; Prctextant la fatigue de leur monture, les faux colporteurs demanderent
jeune casse-pied de sergent etait hors d'etat de nuire. Tout est bien qui fmit bien, l'il lll ()risat ion de reste r che z le Ba loum-Naba p our a lle ger la c harge de le urs ane s e n
[Link] 56/82
entonna aussitot une vieille chanson qui se terminait par des lala li ... la la la o v ru da nt l eu r k ol a d an s l es p et it s m ar ch es .
Vous pouvez rester autant de jours que vous voulez, leur dit le Baloum.
:: I'l ile me nt, il y a des eve nerne nts gra ves qui so nt surve nus iln'y a pa s longt emp s ...
5/10/2018 NorbertZongo-rougbeinga
Ll's jours prochains -[Link]
seront... seront ... Enfm, il y aura la guerre. Vous etes
l'I'I'Vcnus.
La joie : la sensation qui vous transporte hors de la vie pour vous plonger I ,C fou etait charge de transmettre les informations que les colporteurs lui
cet univers ou tout ce qui existe, hommes, betes et toute la nature, semble etre rluunaient chaque fois qu'il venait mendier dans les marches. Mais il n'avait
pour satisfaire vos desirs et vos besoins. La joie : le revers de la medaille "fol' l uu jo ur s p as d ' i nf or ma ti on s s ur Li gu id y.

Elle s'etait installee dans le petit camp des combattants. Elle ruisselait dans [Link] combattants apprirent I'arrivee des renforts de Ouagadougou. Ils ne
h ut te s e n p le in e b ro us se . !I':i la rmere nt pa s pour auta nt. Le probl erne et ai t Li guidy. C'eta it l a se ule ba rrie re a
Ave c de ux gra ndes c ale bassse s, deux je unes guerri ers ava ie nt ensorce le t out l 'uni on de tous l es vi lla geoi s dans ce combat pour la l ibe rte . Rou gbein ga et Ba lil y en
monde. Leurs doigts, durs batonnets, crepitaient sur les calebasses. La danse, 1'!,li ent tre s con sc ien ts, surt out a pres une jour nee d'ent reti en ave c l e pl us in fluent
rythme infernal des deux batteurs charriait a present les corps en liquefac dl's c hefs de quart ier de Kou dogo, ce lui de Dapoya .

Toutes les chansons cornmencaient et se terminaient par Quand on est assis sur une branche, on ne peut se permettre de la couper »,
Rougbeinga" . u v a i r dit Ie chef de Dapoya, signifiant assez clairement qu'une guerre contre le
Roungbeinga etait devenu le nom de guerre de Soura, depuis qu'il avait uussara rouge etait une guerre contre Liguidy. Par consequent une guerre perdue
qu e le ha ricot bouil li pouvai t et re la seule nourrit ure dans ce tte c onjonc ture d':lvance. Rougbeinga essaya de demontrer l'engagement certain et prochain de
Les succes rernportes depuis le debut des hostilites, l'adhesion de deux g r a n d : 111111'c a p op ul at io n n oi re a cc ul ee p ar l 'i gn ob le a sse rv is se me nt d u N as sa ra -r ou ge .
villages de Koud6g6 (palogo et Sambisgo ont epouse la cause des combattan - J'ai fait Bamonk6. J'ai vu des cadavres de Noirs fumer des champs de coton.
tous les jeunes de ces villages etaient venus grossir l'arrnee de roungbeinga, U lin o nt hesite comme vous ; et quand ils ont compris qu'il fallait combattre pour se
li l)(: 're r, il e ta it bi en tard . Le Nassara e n fa it mai nte nant ce qu'il veut . De ma ndez au x
grande victoire), tout permettait l'espoir. Iri's rares personnes qui reviennent de Bamonk6, elles vous diront ce qu'est la
Tous les autres villages et quartiers se seraient rallies si le groupe charge de
Ligui dy ava it reussi. Hela s, le groupe av ait ec houe. Ils ava ien t pourta nt t out fai t misere. Voyez cette abominable famine, elle est une consequence logique de
br aves je unes. Ils ava ient endur e de ux jo urs de brul ure d'un sol eil tre s cuisa nt, l'obligation de cultiver le coton et l'arachide. Et cette famine restera la grande
liguidy etait absent. Et quand ils comprirent qu'il ne rentrerait pas chez lui de 5 1 t 6 p rt oc cu pa ti on d es g en er at io ns f ut ur es.
il s quit tere nt l eur poste a la faveur d'une nuit pour rejoindre les autres, non Sill' Voyez la transformation en loques humaines de nos hommes par le damage des
avoir rue encore cinq conseillers de Liguidy qui gardaient le palais. Ils availlil routes et la construction des pam-pams, c'est le debut d'un autre Bamonk6 ici.
emporte tous les habits de feue la prHeree. Ils furent acclarnes a leur retour. V I IllS refusez de combattre le nassara-rouge, vous serez ses complices et ses
mission n'avait pas echoue bien que l'objectif n'ait pas ete atteint. Ce n'etait vicrimes. A Bamonk6 il y avait aussi des Liguidy, decerveleurs patentee, amis du
pa rtie re mise , il fal lai t t rouver ou se ca cha it ce di abl e de Ligui dy. Ilassar-rouge qui ont erige leur fortune sur les os de leurs freres noirs, mais ils ont
Roungbei nga et Ba lil y orga nisere nt un re seau d 'e spi onnage . Troi s jeu nes furcn] I111par etre a leur tour vic time de cette soif a jamais inassouvie de sang noir du
envoyes dans le village de Koudogo. L'un des espions, un gros ballot de chifJ~1I1. 1I'lSsara-rouge. La verite est comme les fesses : qu'on le veuille ou non, on est
sur la tete, des morceaux de calebasse accroches au cou, un vieux cache-sexu ' r ha qu e f oi s o bl ig e d e r ev en ir l a- de ssu s.
moit ie use qui la issa it le sexe a de couve rt, joua it a u fou e t pou vait ai nsi al ler e t vt~ll lr Liguidy n'est rien si nous nous unissons. Son pouvoir mystique peut etre
sans inquietude. ne utra lise; et l 'i nvinc ibil it e dont il se g argari se n'est qu'un l eurre , vou s ve rrez bie n ce
Les de ux a utre s espion s, a vec des ane s cha rges de kola , j ouai ent a ux col portc un '1l li l ui arri vera un jo ur. Not re u nion est un i mpe rat if a notre survie. Vous qui etes
revenant de la Gold Coast. Ils avaient ainsi sollicite et obtenu chez le Balourn-Naha vicux et de te nteurs de s fe ti ches, vous pouv ez jet ez un sort a Ligui dy e t il ne fera pas
de Liguidy O e chef de protocole) l'hospitalite. Ils dernanderent a a ll er s al ue r l e N a ll il ' I I " < li s j ours enc ore sur ce tte te rre. Alors pourquoi ave z-vous peur de lu i?
Liguidy comme l'exigeait la coutume, mais le Baloum-Naba pretexta une absen ; - Nous avons peur de voir ce sort se retourner contre nous, parce que Liguidy
d e Li gu id y p ou r r ef us er . II'a pas seulement la magie noire; il est aide aussi par les sorciers de nassaramba-
I" < l li ges qui ont construi t leur sa nct uaire au mil ieu de la vil le . Sel on l es rumeurs, tout

11 6 11 7
.vnlable qu e n otr e f oi e n l a j u st es se d e no tr e l ut te e t e n l a v ic toi re c on se qu ent e ; elle,
l e m on de s er a o bl ig e b ie nt 6t d 'y a li er f ai re d es s ac ri fi ce s, e t d' ap re s q u' il
lout seule, remplace des centaines de cavaliers et de fusils. La mort a l'esclavage. I
changer de nom comme a l'initiation par le bongo (circoncision).
[Link] Les combattants hurlerent a nouveau: "Plutot mourir que vivre dans57/82
- Je connais cette pratique mieux que vous. J'ai deja et~ adepte. On ~es
I'inqualifiable esclavage !"
les mong-peres. Bient6t ils vous feront detruire tous vos fetiches et vous lU;:;1.\.[Link]
. - F re re s, j 'a i v u d e m es p ro pr es y eux d es vi ll ag es e nt ier s re du it s e n po us sie re pa r
tout sacrifice autre que ceux a l'intension de leurs dieux.
lc s f usi ls - e le ph an ts de s n as sar am ba. M ai s l e v en t de l a mo rt , m al gr e s on s ou ff le
5/10/2018
-Je ne crois pas qu'ils puissent le faire. [Link]
II'resistible,n'a jamais pu disperser dans l'immense desert de l'oubli, cette poussiere,
- A tt en de z et vo us ve rr ez ! C ' es t q ue v ou s v er rez t res t ar d. T ro p t ar d meme,
Ky mb ol ede l a v ic toi re , d e l a d ig ni te de l 'ho mm e n oi r s ur l 'i gno mi ni e d u n as sa ra -
n'est pas le jour de la chasse qu'il faut nourrir le chien. Vous perdrez, par
r ou ge . .. Il y a des moments dans I'existence de l'homme ou la mort est la seule
hesitations, Ie combat avant son engagement.
affirmation de lavie. Nous vivons un de ces moments. La mort rnais pas lahonte.
D ans l a v i e d e l 'h om me , il y a d es m om en ts o u s on ex is te nc e, t el le u ne r iv ie re
Un hurlement retentit : "La mort mille fois a lahonte !"
milieu
c'est Ii des marais,
aussi ne sait plus
son combat, quelle Un
son destin. direction
moment prendre.
viendraOrouil vous
faut qu'elle coule,
ramasserez Roungbeinga coupa :
- Chers parents, je vous comprends tres bien. La mort a l'esclavage ! Cen'est pas
la poussiere, ce que vous n'avez pas voulu prendre parce qu'on vous le
parce que nous sommes incapables de remporter la victoire sans l'aide de ces ch~fs
avec la main gauche.
d e quartiers. Ils seront des armes terribles dans les mains du nassara-ro~ge. C~qU1a
- L e b oi s m ort a to uj our s ete l e v as sal d u f eu . Le n enu ph ar a l a d ett e d u f eu,
toujours fait la force du nassara-rouge, c'est-a-dire ce qui a toujours fait la faiblesse
il n'ira jamais la lui reclamer. Ainsi va la vie. Je vous comprends tres bien
till N oi r, c' es t mo in s l a p ui ss an ce d es a rme s q ue l e g en ie d u n as sar a6 ro ug e a no us
e nf an ts . To ut c e qu ez v ou s d it es e st vr ai , m ai s... m ai s l a v er it e, me s e nf ant s,
[Link] force est un reproche a notre desunion, Combien de nassaramba-rouges
peut-etre comme le fleuve, on y boit au bord mais on s'y noie au/milieu.
)' a-t-il dans tout Koud6g6? Sept avec les rnong-peres. Combien de Noirs
Cette derniere phrase avait fait clairement comprendre a Roungbeinga et a
ussujettissent-ils ?Des milliers. Et grace a qui les martyrisent-ils ? Grace a des Noirs
qu'il ne leur restait plus rien a esperer, surtout avec l'arrivee des renforts. IIne
uuxquels ils ont soigneusement inculque l'agenouillement, la delation, l'hypocrisie,
plus compter sur ces chefs de quarriers reticents et sceptiq~es.. .
It ! complexe d'inferiorite et l'ego·isme. Qui, l'egoisme. Le culte du moi. Ces pauvres
Pourtant, Rongbeinga voulait encore essayer, une derniere [Link] voulait
Noirs au service du nassara-rouge ont etouffe leur arne sous une simple tenue kaki
u ne u lt im e f oi s de c on va in cre , d e p ers ua der l es vi eu x a s 'e ng ag er d an s l e
Balilys'y opposa. Apres plusieurs heures de discussion entre les combattants t~i:u ne chechia rouge.
L'erreur des Noirs, pour ne pas dire leur faute grave, depuis l'aube de l'esclavage,
on arreta alors la danse et ce fut Balilyqui prit premierement la parole:
II ete la desunion, Cette historique erreur de tous les temps, restera l'obstacle
- N ou s a vo ns t ous en ga ge , p ou r l ib er er n os m er es , no s p ere s, n os s ceu rs e t
In fr anc hi ss ab le . P ou r l a l ibe ra ti on d es p eu ple s no ir s, d es No ir s s e s ac ri fi er on t
freres, un combat sacre. Nous savons tous que tout homme digne de ce nom
toujours. Et des Noirs se feront toujours des defenseurs acharnes de l'ennemi
doit a aucun moment de sa vie accepter par peur de la mort - a laquelle
cornmun, le nassara-rouge. Aujourd'hui se sont des forgos a chechia rouge. Demain
n'echapppera d'ailleurs jamais - de vivre une eternelle humiliation, qui le rabaisse
II y aura autre chose. Le nassara-rouge separera les freres de leurs sceurs, les fils de
le rarnene au rang de chose. Plutot mourir que vivre un eternel esclavage. !
l eur s p er es , l es m ere s d e l eur s f il le s. D an s l 'av en ir i l t rou ve ra d e n ou ve au x no ms
Les combattants reprirent d'une seule voix : "La mort a la honte!"
pour ses forgos. II creera des pares-a-Noire en regroup ant nos villages. Et il
encourage, enchaina aussitot :
H(~pareraes differents pares-a-Noire a l'aide des monts, des rivieres ou d~ simples
- Nous avons toujours accepte et nous accepterons toujours tous ces
[Link] malheur et le drame des peuples noirs aujourd'hui comme dernain, seront
Noirs qui, pour faire honneur a leurs ancetres, pour faire honneur au nom
cntretenus par l'inconscience des « forgos », leur cupidite, leur egocentrisrne, et leur
p or te nt a l a r ac e no ir e, o nt r al li e l es l ibe ra te ur s q ue n ous s om me s. Se ul [Link] nt ,
s ag ess e d es a nc ien s a to uj our s d it e t r ep et e : m ie ux v au t e tr e l 'e nn er ni du l ac he cnsauvagement, tous fruits de l'inconscience. Les forgos d'aujourd'hui comme ceux
ti e demain, ignorent l'histoire des peuples noirs.
son ami. Ce ux q ui r efu se nt d e v en ir a ve c n ou s p ou r c omb at tr e la na ss ara -
Entendons-nous bien, est forgo et sera forgo, tout Noir qui oeuvrera pour la
s on t d es la ch es, pa r co ns equ en t j e n e v ou dr ai s pa s p act is er a ve c e ux . N ous
desunion des peuples noirs. Tout forgo est et sera sauvage. Car le sauvage est celui
tout tente pour ramener a la raison les chefs de quarriers. Mais la peur les a
qui rarnene l a vi e d e so n p eu pl e a l' ex pr es si on d e s a pr op re e xi st en ce . L e sa uv age
p os se des . I ls on t pe ur , p eu r j e v o us l e d is . L a p eu r a n oye l eu r c on sc ien ce d an s
n'est pas celui qui n'a pas de civilisation, mais celui qui abandonne la sienne au
eaux de l'incapacite. Leur esprit ligote par elle, g1t,inerte, dans la mare de la
profit d'une autre qui lui est etrangere.
et de l'irresponsabilite. Nous n'avons plus rien a attendre d'eux. II n'y a rien de

11 8 119
es chefs de quarrier seront appates avec de cadeaux de tout genre, e n l a j us te ss e d e l a c au se q ue l 'o n d efe nd . O n n e l e r ep et er a ja mai s
l'aiguille au boubou, en passant par le sel et l'argent. Ils seront le
[Link]
nassara-rouge, c'est pourquoi je voulais encore tenter une seconde fois 58/82
Nous av ons d eu x d ir ige an ts q ue l 'ex per ie nce e t l a s ou ff ra nc e o nt i ns tr ui ts.
convaincre.
Je sais que la lutte contre l'oppression du nassara ne prendra fin engagement, la victoire est deja acquise.
depart du diable-rouge, et l'union de tous les Noirs. La victoire estNorbert
5/10/2018 certaine, laZongo-rougbeinga -[Link]
Vous savez mes freres, laplus grande joie que puisse avoir un homme, c'est celle
e ta nt pl us q ue juste, La justice a toujours triomphe des hommes. Elle a . 1'(~lIssirimprimer sur l'irnmesurable rouleau de l'histoire, l'empreinte indelebile
invincible: Ietemps. Oui, le temps mettra un frein aux souffrances des Noirs. son nom. C'est ce que nous sommes en train de reussir. Vous ne le sentez pas,
nous devons d'anticiper la liberation. . que la vie c'est le mepris ; seule la mort impose aux vivants le respect et la
Vous savez, tous mes freres, nos ancetrss l'ont toujours dit : «Quand msiderarion du sauveur, du heros.
epidernie
trou suffisent s'installe
de ledans la riviera,
proteger que le caiman ne pense pas que sa carapace
». Nous combattrons sans les chefs. Au besoin
(: e sacrifice que vous consentez pour liberer tous les Noirs, ne le croyez pas I
III, l 'h ist oi re v ou s pa yer a le ce nt up le . Pl ut ot mo ur ir p ou r vi vr e q ue v iv re p ou r
combattrons, ces pauvres victirnes du diable-rouge qui s'ignorent. Plutot "lIl
drl '~I
a rm es a l a m ai n qu e v ivr e d ans l a f a nge !
Un hurlement retentit a nouveau: "la mort, mille fois ala fange I"
"La mort! ala fange I"reprirent en chc:eurles combattants. Un je un e c omb at tan t, u n de c eu x q ui a va ie nt v ant e l a s up re rn at ie d es a rm es d u
- M es f re re s, q ue l es d an se s r eco mme nce nt de p lu s be ll e, ma is au pa ra va nt prit la parole:
11110''''.<>

tout ceux qui ont quelque chose a dire le disent devant tout le monde. " Mes freres ! Nous avons tous quitte volontairement nos familIes pour une
sommes tous embarques dans la merne pirogue, par consequent nous devons a~HIHC n obl e: b out er ho rs d e no s t er re s a nce st ral es l a s an gs ue -r ou ge r ep ue d e s ang
nos efforts pour affronter Iecourant et les rapides. link. Pouvons-nous reculer? Non! Mille fois non INotre marche vers la liberte est
Un ancien prisonnier que le portage a rase, s'avanca et prit la parole. .... ~t1l1c d u f le uv e. J am ai s I e f le uve n 'a c oul e v ers s a s our ce p arc e qu 'il a r en co nt re u n
- Mes freres, je suis cornble comme rares d'hommes l'ont ete au cours de istacle infranchissable.
e xi st en ce , e t g rac e a v ou s t ou s. Qu e l es a nce tr es et t ou s l es di eu x v ou s oenissen Sicertains ont parle des armes du nassara, ce n'est nullement sous l'emprise de la
qu'ils protegenr surtout Rougbeinga et [Link]'hui je vais vous dire ce
r es se ns a pr es r na l ib er at ion . J 'a i e te pr is onn ie r pe nda nt c in q a ns po ur l t : . Seulernent,
p minfiance connaitre car
a nos dirigeants son depuis
ennerni, le c'est
debut,as~urer sa victoire.
ils nous N~us de
ont conduits faisons,tous
succes en
fr ap pe r u n f or go q ui a pre s m' a voi r r er np la ce p en da nt t ou te u ne s ema in e . MIiCCes. Mais il nous reste encore du chemin, un chemin rude et dur mais pas
c ase de r na f emm e, a vi ol e r na f il le tt e d e q ua to rz e an s. D ep ui s c e jo ur m on unpossible. Le discernement et le realisrne seront notre meilleure boussole. Merrie
c omm e l e t ouc an mi gr at eu r, s 'e n e tai t a ll e j e n e s ai s o u, a l a r ec he rc he d 'u ne M I l e nassara-rouge etait la foudre, nous serions sa saison seche.
m eil le ure , m e l ai ss an t a ve c c e c orp s fi de le e t l ac he q ui s 'a da pt e a to ut . [e suis jeune. Nous sommes tous jeunes, mais, par ce combat, nous vivons et
travaux les plus durs, les coups de fouet les plus mordants, les humiliations les tlO'llS vivrons plus que des centenaires. Les heros n'ont pas d'age, ils ont toute
abjectes, etaient devenus pour moi d'un naturel supportable. l'histcire de leurs peuples. Mourir pour vivre !cria-t-il avant de rejoindre sa place.
.Tous les prisonniers ici savent ce qui se passe dans cette tombe que l'on Apres ce jeune, personne d'autre ne manifesta le desir de parler. On se regardait .
prison du nassara. Je suis un ressuscite. Nul ne peut mieux apprecier I' l iur rompre le silence, Balilyordonna la reprise de la danse.
intestinale saveur de lavie qu'est la liberte, ni rneme mieux la desirer, s'il n'a - Que les corps suent, que les cc:eurstels des papillons, voltigent dans la prairie
l'esdavage ou l'oppression. La Iiberte, rnes freres, c'est ce que nous tit! l 'al le gr es se I Qu e l es p ied s t rep ig ne nt , fr ap pe nt e t r am oli ss ent l e so l! Vi ve l e
a ctu el lem ent : le po uvo ir d e d ir e a ux a ut re s q ue n ou s ex is ton s. L a l ibe rt e, rumbat contre le nassara! Mort a l'ennemi et a tous ses complices. !
capacite de semer la petite graine de notre vie par le combat, pour esperer
sublime moisson de la dignite. ...
Que tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, hesitent a se sacnner
rneditent sur l'issue du combat, apprennent une fois pour toujours, que pour
de l a s it ua ti on a ct ue ll e, l es N oi rs n 'o nt d' aut re a lt ern at ive q ue l e c om bat . Je l e I1s danserent toute la nuit, Le lendemain la danse ceda tard .. sa place. aux
car j'ai entendu l'autre nuit des combattants discuter de la suprernatie des annes eommentaires sur d'autres danses ; etcornrne on ne peut parler de danse sans parler
nassara. Nous ne nions pas que les armes de l'ennerni rouge soient plus ti c fete, on se rappela certaines scenes de lavie au village et on en rit.
que nos fleches. Le fusil-elephant tire de tres loin. Mais lameilleure arme dans

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Balily ne reussit pas a mettre un terme aux causeries en convoquant cc l j U I , l'illl'wrvissement de notre peuple par le nassara-rouge dont les forgos sont lcs
pouvait etre appele l'etat-majeur des combattants. II etait compose de hUll' ,II III\,I<.'S. Supposons que no u s reussissions a bouter le diable-rouge hors de nos
[Link]
personnes. Rougbeinga et Balily etaient les chefs. II y avait quatre anCit'IIM 59/82
I I' II I'S , Qu e f er on t l es p op ul at io ns l ib er ee s d e c es sa ng ui na ir es f or go s ? Merrie leurs
prisonniers, des « condamnes a p or te r I e b ao ba b ». C 'e ta it a in si q ue I 'o n n om tu a] ] 1IIIIpres parents vont les lyncher. La vie des forgos et l'existence du nassara se
les condamnes-a-rnort, car a ceux-ci on donnait la chance de racheter leur vic: ,1 M II111'1 lctent comme la houe et son manche. J e ne sais pas quel est ce tresor qui peut
5/10/2018
devaient reus sir a arracher un gros baobab et a Ie porter sur la Norbert Zongo-rougbeinga
tete. Ces qUillI'!! 1 " " 1 ' qu'un homme, si cup ide soit-i l, re nonce a sa vie. Pour moi il est inutile de
-[Link]
jouaient un tres grand role a cause de leur connaissance de la ville et de l o u r 11'lIlel"uelque chose avec Nanga.
endurance. II faillait bien faire preuve d'un grand discernernent. Le nassara II" Ta r ema rq ue ' est t re s p er ti ne nt e. S eu le me nt , j e f er ai c om pr en dr e a Nanga qu'en
resterait pas les bras croises, Ses interventions, si elles reussissaient des les I"el l l " I il lide vict oire, il sera presente c omme l e heros et I'art isan de la l ibert e ret rouvee. Je
premi ers debuts, enta mera ient tre s seri euseme nr l a con fiance qu'a vaie nt les jCUllt iM hl!!i l ui promettre la chefferie de toute la region apres notre victoire. Je ferai tout

comba tta nts quant a I'i ssue fa vorable de la bata ill e. I1s a vaient bea u di re e t re p6WI' 1111111" llumer la flamrne de son orgueil. Je vais lui ebaucher un avenir des plus
l eur det ermi nati on a poursuivre a n'i mporte que! prix la lut te, l es membres de 1'6btl. 1,ldll'UX,d es p lu s p ro me tt eu rs e t d es p lu s e nv ia bl es .
major, petris d'experience, savaient que leur foi pouvait s'etioler a la premiere I .Iiomme re si st e tre s rarement a l'elan du reve quand Ie mirage du bonheur
defaite. 1IIIIIIdeI'horizon de son avenir. II se lai sse souvent trai ner par l es yeux, et son esprit
II fut decide qu'il fallait continuer a e vi te r u n a ff ro nt eme nt d ir ec t a ve c l 'a rme e d u 1IIIIIdcment pris dans les serres de I'illusion, s'envole allegrement dans Ie vaste
Rouge. II fal lai t frapper et disparai tre en la issa nt le moi ns de tra ces possibles. A VN l IIIIII'I'[S de l a gl oire, mi l par le s a ile s de l a puissance. Ne vous inqui ete z pas, j e saura i
I'arrivee de renforts, la cavalerie du commandant allait renaitre et cette fois, I(lN Ii , prendre.
chevaux seraient tres bien gardes. II fallait aussi renforcer le service d tl Non! il n'y a ura pas Nanga ave c nous. Laissons t omber, Bal il y.
renseignement. Les jeunes, qui ne desiraient que Ie combat, ne voulaient point Ht l D'ac cord, Roungeinga . Lai ssons tomber et conti nuons. II y a mille six cent
preter a ce « jeu puerile ». '1",III"e vingt treize jeunes combattants actuellement prets dans ce camp a se
Balily se propos a de contacter un forgo pour essayer de marchander so n q ,l lI "i fi er .J e l es a i d iv is es e n h ui t g ro up es . To ut es l es t ac ti qu es e la bo re es a up ar av an t
adhesion a leur ca use. Se ul un forgo pouva it t res bi en les rensei gner, di t-il ", 1111111 upprimees de s aujourd'hui. Desorrnai, i l f aut agi r de sorte a tenailler I'ennemi.
- Q u'a ll on s- no us l ui p ro po se r e n e ch an ge ? demanda un ancien prisonnier. ( .c camp ne nous servira que toutes les quinzaines. Chacun de nous dirigera un
- Je connais le faible des forgos, de tous ces gens qui ont epouse la culture < i l l 1',1'1l ipe mais il y a ura deux grands groupes. Les a tta ques seront sirnul tane es. Quand
nassara-rouge et qui y adherent comme l'ecorce adhere a l'arbre: ils adorcnt It , pre mie r groupe de qua tre sous-groupes at taque et se retire , Ie se cond amorc e son
I'Argent et la Femme. Voila les deux trous de leurs narines. I1s ne sont plus d(IH 1'lIlrc'e du cote oppose de la retraite du premier. Les retraites seront rapides et les
Noirs, La metamorphose qu'ils ont subie a acheve de les chosifier en les rendan] 'IIIIIS-groupes maneeuvreront de telle sorte que I'ennemi ne sache pas qui
esclaves du materiel. p i .ursui vre. Le s renforts vie nnent d'arrive r. Nous n'all ons pa s l eur la isse r l e temps
Je lui proposerai dix jeunes filles, un troupeau de cent teres de beeufs commn dl ' s'organi se r. Nos j eunes envoye s aux re nse ignements n'ont pa s reussi a localiser
cadeaux de depart. Chaque annee il aura vingt tetes, et pendant vingt ans. Ne V()lI~ h'li depot s d'arme s, mai s il s signal ent que plusie urs forgos sont de sorrna is charges
inquie tez pa s sur mes sources d'approvi si onneme nt. Ma fami lle a a ssez de bc eufs (II ill' t '; ar de r l a ma is on o u t ra va il le l e c ou ma nd ow . Tr oi s f usi ls -e le ph an ts so nt i ns ta ll es
il y a des jeunes filles dans tous l es vil lage s. Le forgo que je ve ux cont acte r s'appc lle III'l"ecote.
Nanga. C'est l'un des plus rnechanrs et, parait-il, Ie coumandow et le petit [Link] trois jeunes envoyes enqueter sur la vie des hommes du renfort ont fait leur
coumandow ont fait de lui un confident de premier ordre, puisqu'ils ne sortent [Link] hier soi r : l es hommes du renfort prepare nt leur nourriture s e ux-rnernes. Ce
j ama is s an s l ui . 1,II1lt les prisonniers qui leur apportent leur eau, puisee dans Ie grand jardin du
- C'est tres dangereux comme demarche, dit Rougbeinga. Tu rendras un enormo Ioumandow, II y a deux grands puits dans ce jardin. Nous les ferons empoisonner
service a l'ennemi si jamais Nanga refuse ta proposition, ou tout simplement s'il 1'(' 1'1deux j ours apres nous attaquerons.
demande un temps de reflexion, pour apres te tendre un piege. 1,;1fille de Bagnornbwe nous signale que toutes les routes menant aux villages
- C'est une eventualite. I',lIl1rounsis sont bien surveillees de jour comme de nuit. Nous allons avertir les
- C'est presque sur, dit un prisonnier. [Link] de Reo, Tenado, Goundi, Zamo et Godir pour qu'ils se tiennent prets a
- S'il re fuse je te t uerai . C'est la seul e SOl uti on. S'il refuse, nous sommes trahi s. IIIIr car si nous ec houons dans notre att aque, c es vill ages risquent d'etre rases .
.- J ene suis pas pour la ~articipation de Nanga de n'importe quel rnaniere que Ct'
sort, dit fermement Rougbemga. Le but de notre combat est la liquidation totale tit'

122 123

Ils no u s faut les arrnes du nassara. C'est un imperatif de premier ordre et: Ct' Trcs bien! observa Rougbei nga , qui poursuivit : fa ites t out pour reussi r c ar tout
fois je ne raterai pas mon coup. Malgre notre determination nous ne POUVOI1S t l l' l W i l d de la reussite de votre mission. J e ne le repeterai
jamais assez., ~'
[Link] Non, ca depend plutot de la quantite d'eau que vont boire ces diables. Et, S1 60/82
r eu s si r a ve c n os f le che s e t n os c ou te aux .
J'ai envoye donner au grand Tygary deux taureaux et cinq chevres pour sollic IIIIllS tent ions du rnerne coup d'e mpoisonner le puits du c ommandow? ri squa Ba lil y
une fois encore son soutien car cette attaque sera deterrninante pour la suite 1'11111 l cment de ja e xiste par l'euphorie de la reus si te prochai ne de sa mission.
Cela sera pour une prochaine fois. II y a beaucoup de chiens dans la cour du
5/10/2018 Norbert
combat. Nous attaquerons le lendemain de la prise du poison par les [Link]
renforts, III
n'attendrons pas deux jours. Le poison engourdit tout l'organisme et plongo .umma ndow. Des forgos y montent aussi la garde.
consommateur dans un sommeil de boa. A son reveil il vomira toute l' eau de Plus que cela, Rougbeinga. Le puits du commandant est ferrne par une porte e~
intestins et rnourra comme une poule qui a un ceuf casse dans son ventre: 11'1,tlit un ancien prisonnier. Je connais tres bien la cour pour y aV01r travaille.
hoquetant. I Ilul pons nous seul ement de not re mi ssion a ctue lle .
'1
Le but de notre attaque est d'avoir des armes, Nous nous garderons d'aidcr I II I: ;s (''res
ra il e bien,
g ro up eje abougerai
u b or d d ecePasoir
lo go avec
e t j 'i mon
ra i a vegroupe
c l 'a nc ie an lap rifaveur
so nn ie r dee mp
la oi
nuit.
so nn erJ e
hommes du renfort en leur donnant une douce mort. Si tous ces jeunes savai('11i
manier les fusils que nous allons avoir, nous pourrions seance tenante attaqucr 1 ( , II' puits du jardin. Rougbeinga, toi et ton groupe, vous resterez dans la, b rousse de
coumandow et tous les forgos ; mais helas, nous n'avons jamais tenu ces fusils ICII110g0 sur la route de Ouagadougou. Nous marcherons sans arret. S1 notre
ne se chargent pas par la bouche mais par Ie derriere. IInous fa ut enle ver aussi 1'11 po isonnement echouait... ,
forgos, au moi ns deux, qui nous ini tie ront au mani ement de ce s fusils. Nous verrons ce la plus tard. Je sais que vous reussirez. Voyons le depart . Bal ily,
- Bien parle, Roungbeinga. C'est apres que no u s verrons comment a nea n] , Ilil mme les comba tta nts : que cha cun s'appret e. Des que l e sol eil ret irera le s boi s de
defini tive rnent Ie nid du se rpent. Bal ily, t u prendras ci nq jeunes avec t oi. Fa ite s 1"<)[11' 111)11 feu, nous bougerons. Que le grand Tygary guide nos pas! Qu'il fasse
I' imprendre a tous ces Noirs dont le cceur ploie sous Ie souffle de la ~e~r, que vrvre
p ou r r eu ss ir a e mp oi so nn er c es p ui ts. L a mi ss io n e st t re s i mp or ta nt e. ,
, r -s r aussi rnourir et qu'il faut souvent mourir pour vrvre. Je ne Ie repeterai jama1S
- Inutile, dit un ancien prisonnier. J'ai arrose ce jardin pendant trois ans. 1 1 , 1 '
.IhS(,Z. Quand l'homme vit dans la dignite, il est capable de retrouver la joie que
connais tous ses coins et recoi ns l es ye ux ferme s. Le s grands puits sont au mili eu ill!
jardin. On peut les atteindre en rampant dans les trous qui conduisent l'eau mill I ,w il en t s ou ve nt l es f ie ls l es p lu s a rn er s. IIn'y a que des instants de bonheur, mars
1,lIl1aisde bonheur. Voila tout se que j'avais a vous dire. Que ceux qui ont des
planches
nuit. Le jourdes illegumes.
y a plus de A six
rna forgos
connaissance,
qui surveiIe jardin
llent est garders par
les prisonnie qui trois lle nr, I I
forgos
y t ravai r. -marq ues ou des suggestions a faire Ie fassent, afm que nous puissions entamer les
On y entre facilement par Ie cote ouest. Ce cote n'est pas garde. A cause du Ill"l'paratifs du voyage.
marigot qui l'occupe, il n'y a pas de palissade. En nageant la centaine de pas que fail' Personne ne ma nifestera le desir de pa rler. Rougbeinga a cheva :
l argeur du mari got, nous nous ret rouve rons dans Ie jardin. Seul eme nt, j e crois 'llll' Regagnons alors le groupe.
leshommes du command ow ne boivent pas l'eau des grands puits. IIy a trois petin
PU1tS q U1 o nt une eau tres claire, c'est cette eau qui est bue par les familIes d{'M
forgos. Mais en empoisonnant ces puits ...
Le vieux prisonnier marqua un temps d'arret, scrutant les visages comme POUI'
avoir l a sui te de son reci t, "1 1 n'y a que des instants de bonheur dans la vie."Le probleme est de savoir
«En le s empoisonnant ... balbuti a-t-i l a nouve au, vra ime nt ... . Ii sc ern er c es i ns ta nt s, o u d e l es c re er p eu t- et re .
- Vraiment quoi? s'enerva Balily. Le ciel s'effondrerait-il? Ne te fais pas cll.~H [Link] hommes du renfort se preparaient quant a eux a vivre de doux instants, car
nceuds ;u cerveau mon vieux. Pour qu'il ait vie il faut toujours qu'il y ait mort. IIl1'y qllc pouvaient-ils craindre avec leur puis sante armee ? .
a pas d innocents, quand un peuple engage une guerre pour recouvrer sa IiberteJl Le lieut enant Me rcadie ux, commandant de la re gion de Koudougou, t enai t a ve c
suffit de considerer les familIes des forges qui boivent l'eau de ces puits - car je l;CS subordonnes une reunion prepara toire aux prochai nes operat ions mili tai res,
suppose que c 'e st l eur sort qui t e preocc upe ta nt - comme nos pa rtisans. Considere t l an s so n b ur ea u a me na ge a cet effet. L'ordre du jour etait simple: "purger le parc
les comme des notres, et pense qu'elles acceptent comme toi et moi de se sacrifice dc ces bceufs no irs revoltes: qui refusent de se faire atteler a la charrue coloniale,
pour la noble cause. Alors ? Les innocents dans toute guerre de liberation sont dt~H IHlUr expl oite r les cha mps au profit de la gra nde et nobl e Pat rie, la France ", comme
heros inconnus. Nous irons toi et moi accomplir cette mission. NOllH Ie d isai t Ie sergent De Gaul .
e mpoisonnerons t ous l es pui ts par me sure de prudence . _II faut un nettoyage rapide et efficace. La situation est telle que la France ne
pcut tolerer le moindre desordre dans ses colonies. Nous avons plus besom

12 4 12 5
d 'h omm es e t d e ma ti ere s p rem ie re s. Le s c olo ni es , v oil a l a s eu le m ame ll e Avant qu'on ne levat la seance, le grand Liguidy reaffirma une derniere fois, son
France. Tout Ie reste est bloque par cette guerre. En une semaine nous i nd ef ec tib le a tt ac hem en t a ux n as sa ram ba e t a l eu r p ay s: " Vo us et es l a p ou r n ou s
mater cette revolte. II faut d'abord raser Reo, ensuite une unite passera par
[Link] Hider,q ue les dieux vous assistent". 61/82
u ne a utr e p ar Go un di . L es d eu x f er on t l eur j on ct io n a Te na do . L 'un it e d e Liguidy proposa au commandant et a ses amis nassaramba, des filles qu'il avait
continuera vers Kylba pour couper toute retraite aux fuyards vers lepays bawba. r ec he rc he es p ou r l eur "r ep os ". On ri t en co re d e b on c ceu r a pr es l a t ra du ct io n, e t
Naba Liguidy et ses hommes partiront de Palogho au Sud-est et [Link] 01 1 exigea qu'on arnenat seance tenante ces "negrettes'', comme les appelait le
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la Volta a travers la brousse. Pas de quartier. c omm and ant . Ce qu i f ut fa it . O n v ida le bu re au d e se s a rm oi re s, d e s es t ab le s e t d e
- Voulez-vous des esclaves ? " demanda Liguidy. ses chaises. On y installa quatre lits de camp.
L'interprete ne savait pas ce que signifiait "pas de quartier". II dit a Liguidy Blotties dans un coin du bureau, les yeux hors des orbites, les jeunes filles
le commandant exigeait rnerne la destruction des maisons. depouillees de leurs pedes, amulettes et bracelets.. observaient ces quatre
- J' ai d it p as d e qu ar ti er a ve c l es r eb el le s s eu le rne nt , ma is s' il s s e r end en t, n e ' n as sa ra mb a qu i b uva ie nt e t r iai en t a go rg e d ep lo ye e. L igu id y s 'e ta it ex cu se d es
pas. Choisissez les chefs et executez-les sur-le-champ. Liguidy nous a promis l'nrrivee des filles car ilsavait que tout se passerait dans cebureau.
renseignernents, qu'il nous les donne a present. P ou r I e p ar ta ge d es f il le s o n p roc eda a u t ir e au s or t. Qu atr e n oms f ur en t e cri ts
- Tres bianl avait reussi a dire Liguidy, qui fit un rapport tres detaille sur su r quatre feuilles : Mercadieux, Vallery, Le Rose, Delcourt. Les filles vinrent l'une
activites des rebelles. apres l'autre prendre un papier comme leur avait exp lique l'interprete, qui peu
S es s erv ic es d e r en se ig ne me nt l ui on t ra pp or te j usq u'a ux n oms de s l ea de rs , upres s'eclipsait tout en les invitant a rejoindre chacune un lit.
parait que les rebelles beneficient d'un tres important soutien de forces occultes Ce f ut M erc ad ie nx q ui l ut l es n om s. A c ha qu e l ec tu re, I 'in te res se sa ut ai t s ur l a
leur donne un puissant fetiche appele Tygary. 1'i11eorrespond ante.
- D is au c ou ma ndo w e t a ux a utr es n as sa ram ba de p re nd re l eu rs pr ec au ti on sz L es j eu ne s " neg re tte s" b ure nt p ou r l a pr em ie re f oi s d e l eu r v ie du " sa ng" . Le s
faut qu'ils se "preparent'' pour eviter toute surprise, avait-il dit r um eur s av ai ent l on gt emp s co ur u q ue l es na ss ar am ba s b uv ai en t du s an g qu 'i ls
conclusion. conservaient dans des gourdes transparentes. Beaucoup affirmaient que c'etait du
La d ern ie re ph ras e s ig nif ia it t res c lai re me nt qu e l e c omm and an t e t le s Hangd'animaux, d'autres padaient de sang humain.
devaient se munir de leurs gris-gris. Mercadieux et ses trois compagnons durent forcer leurs partenaires
" Qua nd o n c as se u n f oue t p our b at tr e le cr ap au d, i l e st i nu ti le de le l ui c ac her , . occasionnelles a gouter un peu de ce bon sang. Elles se mirent a vomir a la
peut bien commencer a fuir, on le rattrap era toujours." Aussi lui Liguidy premiere gorgee.
envoye prevenir tous les chefs de village du secteur qui lui etait con f ie, de - Ah! les negres] Meme leur estomac rejette la civilisation, cria Le Rose les larmes
tornbee pro chaine de la foudre". nuxyeux.
"Celui qui viole la demeure du naja, ne doit pas s'etonner de l'accueil." Levin faisait son effet. Le Rose faisait voler ses habits en poussant des houpis. II
- Tres bien parle, dit Mercadieux auquel ces proverbes venaient d'etre traduits debarrassa sa fille du morceau de pagne qu'elle portait autour des reins.
y a un fusil et cinq cents cartouches pour le Naba Liguidy. - Eh ! IL es ga rs , v oy ez ca l C e n' es t q uan d m ern e p as l e v in q ui m e fa it ma l v oir ?
- Liguidy refuse un fusil. Le fusil tire loin et blesse Iegerement. N on, m ai s c e n 'e st p as p oss ib le! M on l ie ut en an t, di s- mo i, t oi q ui c on na is bi en t es
L' arm e p ref er ee d e L ig ui dy e tai t u n en or me c ass e- tet e r ec ou ve rt d e "negrettes", il leur manque quelque chose a leur bidule. Bon Dieu de bon sangl
L es d en ts d es v ic ti me s e tai en t r el ie es en tr e e ll es et pa rs em aie nt l e f our re au Dieu leur a refuse aussi certaines parties dans leur bidule. Ah ! ah !Pauvres negres-
cotonnade de l'arme. Chacune d'elles representait un ennemi farouche qui avait HC S.

t eni r t et e a L ig ui dy p end an t u n b ou t d e t em ps . L e v a le t c har ge d u t ra ns po rt d e - Bo uc le -l a, L e Ro se . E ll e es t excisee, Si tu ne sais rien faire, viens voir ici, dit
arme ne devait jamais toucher une femme, sous peine de la souiller, d'annihiler Yves.
pouvoir d'ubiquite de Liguidy. II refusa categoriquement de la donner au . Ils s'esclafferent a nouveau. Le Rose continua:
qui voulait l'examiner. - Les gars peut-on embrasser sans danger une negresse? IIne faut pas que
O n r it de bo n c ce ur d u re fu s d e L ig ui dy . T out es le s q ues ti ons s er ie us es d om ai n j 'a ie l a m al ar ia, ou le t yp hus ou me rne l a l epr e o u j e n e s ai s q uo i. E h ! m on
trouve une reponse satisfaisante. La reunion s'achevait. On entama la uame-reanm lieutenant, dis a rna negresse de me caresser, elle est couchee-hic, hic comme du
p le in e d e v in. L es c ui si ni ers d u c omm and an t s er vi re nt d es p ou le ts e t d es n",i-<ln", boismort. Mon lieutenan.t tu comprends au moins leur baragouin.
rotis. Le vin delia plus les langues et remonta comme des horloges, les . ua/;"..uau\JI Mercadieux ne repondait pas. Son petit lit de camp dansait.
fatiguees.

12 7
12 6
II Ma-ma-mad-madame , at tendez, j e vais vous e xpl ique r, ce n'est pas ce que vous
Le lendemain, quand les premiers rayons du soleil penetrerent dans le
transforme en dortoir, ils surprirent quatre nassaramba nus comme des ce...
1"111111'/'" . . . C'
[Link] [c sais que ce n'est pas ce que Je pense, c~r ce q~e Je pense est humam. est 62/82
terre, affales sur de petits lits, ronflant comme de vieilles locomotives et:
I'hlli\l ce que je vois; et [Link] ne peut ~e dire que Je n e V01Spas. Mercadleux, tu
negrett es. qui , les j ambes soigneusement re pl iees, a va ient les yeux fixes sur II I
f ll ll 'l It Spu f ai re c el a a ve c l a c hi en ne . A u mo ms a ve c e ll e .. .
comme, Sl e lle cherchai ent quelque chose. Elles avaient honte de voi r ces corps
5/10/2018
EIles, n osaient ouvrir la bouche. EIles se turent merne quand on frappa Norbert ' Zongo-rougbeinga I ,c Rose ne desarma -[Link]
pa s:
"Madame, cornprenez, c'est le chef Negre Ligui~y qui a am~ne c~s ~egresses
f01Sa la porte.
1II'I'e [Link] ... alors ... alors avec le vin on ne savait plus ce qu on fa~salt . .. Mal.s
Peu de temps apres, eIles assistaient, toujours dans Ie merne mutisme, '
trll)'cz-moi Madame,nous n'avons rien fait de deshonor~t, n~n: nen, nen. Ah OU1,
assau~s ?'un groupe de forgos alertes par madame Mercadieux qui avait ..'
! l 1 ' 1 1 I Bien ... bien sur, avec le vin nous sous sommes. deshabilles devant ~lles sans
frappe a la ~orte, san~ que ne se rnanifestat a I'interie ur Ie moindre peti t signa
Vi e. lIs tentaie nt de defoncer la porte a c ou ps d 'e pa ul e. Ma da me Me rc ad ie ux 1Il IIISrendre compte de leur presence. Mais c'est le vin. Madame, vous n allez pas
1!'lItre que, que ... que, non, ce n'est possibl~.,,, ,
d ev en ue t ou t p al e e t sa ng lot ai t s an s a rre t.
Avec des hommes soucieux de la dlgnlte et de 1 honneur de leur race, avec des
- . I ls s on t mo rt s. IIleur est arrive quelque chose. Mon Dieu, faites qu'ils
[uunrnes conscients de la mission civilisatrice qui leur est ~ssignee, ce n'est ,pas
~o _UJ ou rsv iva nt s! Al le z, a ll ez , d ef on ce z- rn oi c et te p ort e e n v it es se , s al es negres,
I li is si bl e, ma is a ve c v ous .. . d es i nd iv :i du s i ~o bl es, r ie n n 'e st 1 ff ip os sl ~l e. : as me me
etiez-vous quand cela est arrive? Vous serez tous fusilles, vous et vos famillcs
itol1 nctes les plus immoraux !Mercadleux, Je vats rentrer en Fr~:e. J , espere que tu
t oute la race des Negres, Al lez, a llez, fil s de singes noi rs ... criait -elle. FolIe de
ill'Cepteras sans broncher Ie divorce. J'aurai tres honte de reveler a ta famille ...
eIle s~ saisit d'un nerf de bceuf et se mit a frapper les defonceurs tout en
IIl Ibl e, l'abject e souillure que tu a s fait e a s~n nom. Un Me rc andi eux qU1 c ouche
Le s resulta ts furent concluants : l a porte ce da.
ilVCC des Negresses, des Negresses. des Ne-gres-ses. On aur~.,to~t vu dans ces
Tout Ie monde resta ahuri. Madame Mercadieux
t: ilonies. C'est sur qu'au cours de vos parties de chasse tu as deja fait <;a avec leurs
l'interieur, eut un moment de recul. EIle se ressaisit. '
- Li go te z- moi c es ne gr ess es, e Il es a ur on t a s'expliquer. l ueurs qui volent de bra nc he en branche ...
Le Rose ne perdit pas espoir de persuader l a da me:
EIle ramassa la chemise de son rnari, qui trainait a terre, et cacha sa nudi
e
L~odeur
=. vin empestait to ute la chambre. EIle avait compris. EIle piqua
viole nt e c ol ere. Tout son corps tremblai t. EIle saisit son mari toujours ronflant
__ ETais-toi
coutez-moi, madame,
minable ie, j e,ne
individu, i ...
m'insulte pas. Je vois bien que tu me prends
!lllur une idiote et je n'ai pas l 'intention de t e laisser... , .
les cheveux et Ie se coua t out en hurlant . Le Rose fut Ie pre mier a se reveiller. .
_ Coumandant, coumandant, coumandant, criait un forgo tout essouffle qUl
- Eh bien! Merde d'un Negre ! Q ueIles sont ces vociferations de cingle ?
vcnait de faire irruption dans la salle. Coumandant, co.~andant~ coum .. " .
La dame ~e raidit d'un trait, son visage baigne de larmes se crispa. Ces
Le forgo resta un instant interdit. Le spectacle qUi s offrait a ses yeux depassait
b ra is es r ou ge at re s, f la mb oya ie nt , P our ta nt e Il e pu t e nc or e i ro ni se r :
son entendement. IIfallut Le Rose pour l'arracher de son hebetement :
,- La grande reunion. de guerre vous a fatigues a ce que je vois, mes chel:.'
_ Alors coumandant quoi ? As-tu vu le diable ou le bon Dieu ? Parle et cesse de
defenseurs de l a civi lisation, Fait es vite pour dresse r ces Negres. Je vous souhaite
rcgarder madame avec des yeux de hibou ecorche. ."
~eaucoup de courage mes braves. Vous avez du souffrir: toute une nuit pour
_ Coumandant tous les hommes sont maladie et c'est la rneme rnaladie oualai,
e la bo re r d es p la ns d 'a tt aqu e c on tr e c es p et it s- fi ls de s in ge s n oi rs q ue v ou s me pr is ez .
Coumandant vous faut que vous vi ens voir, c'e st gravement, oual ai ! T out le monde
Avec une l enteur ca lculee, c omme pour mieux a ppuyer sur l es mots, eIle lanca :
- Vous :ouchez av~c des Negress~s, des Negresses, petites filles de Negresses .• sont maladie au ventre.
Mercandieux trouva enfm une oc casion pour ouvri r la bouche.
fi ll es d e Ne gr es se s, N eg re ss es e ll es- me me s . .. De s Ne gr e- es se s. O ui , v ous a ve z p ass e _ Allons voir cela, se precipita-t-il de ~ir.e en s'ha~~lant. ,
t out e u ne n ui t a ve c d es Ne gr es se s" .
II sortit precipitamment. L es autres le SU1V1renta ussrtot. Un spectacle desolant les
E~e se :emi t a sangloter. Ces derniers hurle ments reveil lerent l es dormeurs, qui
attendait. Sous les tentes comrne hors des tentes, des forgos se tenaient le ventre et
se preciprterent sur leurs habits.
vo mi ss ai en t. C er ta in s r ou la ie nt a u s ol e t h ur la ie nt d e d ou le ur.
- Q~e voulez-vous. cac~er? Ce que r_neme l es Negresses ont vu de jour cornme _ C'est la typho'ide ou le cholera, cria Le Rose. Ne vous appro chez pas, mon
de nU1t., I nutil e ... Inut ile, cest bi en i nuti le, Mon Die ul Des Negresse s. Qu'a i-je fait:
lieut enant. C'est une epidemie grave. Envoyons quelqu'un avertl r Ouagadougou.
p ou r r ne rr te r u n t el s ort ? a jo ut a- t- el le .
C' es t l e c ho le ra o u l a t yp ho ·i de . C 'e st s ur mo n l ie ut en an t.
Elle se remit a hurler. Mercadieux et ses copains restaient muets comme des
_ N on Le Rose, ce n'e st pa s sur. Arne ne z-moi les cuisinie rs.
c ar pe s. l Is ne t ro uv ai en t r ie n a dire a c et te e nr ag ee , Le R ose e ssa ya :

128 12 9
- Coumandant, dans votre burou ? Mon l ieu tena nt, i ls ne sont pas en core morts.
- Ici . Depec hez -vous. Tous les c uisi niers et t ous c eux qui ont a cc es al a CUiR IIW, ( .cs hommes sont perdus, sergent. Rentrons plutot pour organiser la defense de
Quelques instants apres, deux personnes seulement furent presentees III ville. Nanga, va avertir le Naba Liguidy du drame. Dis-lui de chercher des
[Link] 63/82
Mercadieux. 11I1I:;()yeursdans tous les quartiers. II faut des fosses communes. Les rebellcs
- Et l es a ut re s ? d ema nd a- t- il . rluivcnt a vo ir d es c om pl ic es d an s l a v il le . S oy on s r ne fi an ts ,
- IIs vomissent a ussi , re pondi t l e forgo. Mon l ieu tena nt, mefi ez-v ous de ce che f negre , Ne c royez -vous pas?
5/10/2018 - Av ez -v ou s ma ng e d ep ui s h ie r? d ema nd a M er ca di eu x. NorbertZongo-rougbeinga .Jc reponds -[Link]
de lui, sergent. Quand le Negre jure fidelite au Blanc, il ne trahit
- Non, mon coumandant. Hier on n'a pas ete ici. On a parti a chez nOUR, 1)( 1 ', 1 1 1 , Rentrons et preparons la defense de la ville. Quand ces chiens vont apprendre
v oi r l a f am il le . C 'e st si ef q ui e st d on ne n ou s p er mi ss io n. II' uucces de leu r f orfai t, i ls vont essaye r une at taq ue de grande e nvergu re.
- Ca va. Non de Dieu! il faut depecher quelqu'un a Ouagadougou p( Mon lieutenant, le cas de madame, que ferez-vous pour la calmer? II ne faut
demander encore du renfort. Ces hommes sont peut-etre condarnnes, HIII't()utp as que le scandale eclate et que ...
personn e ne ma nge enc ore quel que c hose da ns la c uisine . II nous faut dec ouvrir I'our le moment, sergent, il y a des choses beaucoup plus importantes et plus
c auses de ce s vomi sse men ts et t out de sui te . I lI p, I, 'l lt esa f ai re . L ai sse -l a d ir e c e q u' eH e v eu t. P er so nn e n e l a c ro ir a, s ur to ut q u' el le
- Lieutenant, les deux rescapes doivent y etre pour quelque chose. II faut I'll .rccuser tout l e mo nde. Si e lle e ssa ie , je la fe rai pa sse r pour foll e. Ren trons.
o bl ig er a p ar le r. L ai ss ez -mo i f ai re , m on l ie ut en an t.
- Non, adjudant. ]e crois plutot que leur chance est d'avoir ete absents de
cuisine,
Le forgo qui etait venu avertir de la catastrophe apporta un element
quand il apprit a Mercadieux que le rneme mal frappait presque la to tali t{i l.c soir tombait. II ressemblait a tous les soirs de ce mois de juin des tropiques,
famil Ies des forgos. Pourta nt ell es n e pren aie nt p as l eurs re pas a l a cu isine . '1'" "va lent len tement la sava ne des que le sol eil s'inc li ne. Les l ourds et no irs nua ges
M er ca nd ie ux e ca rt a l 'e mp oi so nn em en t p ar l a n ou rr it ur e. I I r ef le ch it
"V""J ,C<C-
U , ,', 'I Ii )[ '( ,: an td 'e te in dr e d e l eu r e nc re l e s ol ei l m ou ra nt a us si e ta ie nt b ie n l a, La n at ur e,
Peut -et re par 1'ea u. Le s pui ts pe ut-e tre . "Oui, l es puit s", pe nsa-t -il tou t ha ut. Iltll'le m ir oi r, r ef le ta it l es s ce ne s d e c e c om ba t q uo ti di en .
Vide z tout es les reserve s d 'e au. Que pe rso nne ne boive de 1'eau j usqu'a I.l' soir tombait. Comme tous les soirs d'Afrique, il marquait plus qu'une fin de
n ou ve l o rd re . S eH ez -mo i u n c he va l e t r ap id eme nt . 1"lIl'Ilce. II marquait un changement dans la continuite de la vie africaine. On
- O U v ou le z- vo us a ll er , mo n l ie ut en an t? 'II1 i) 1
c ra it l e j ou r e t o n "v iv ra it " l e so ir .
Dans le jardin pour eclaircir le mystere de ces terribles vomissements (:c soir qui tombait trouva des ombres deja installees dans la ville de
so uf fr en t n os h omm es , a dj ud an t. I uudougou, Dans tous les quartiers, les conseils des anciens se trouvait devant un
- Fouil lons d'abord la cui sine et le ma gasin de viv res. I " ' >I ilcme jamais rencontre, Une tombe commune pour une cinquantaine de
- In util e, sui vez -moi .]e c rois savo ir comme nt on a e u nos ho mmes. IIII':iI l ime s, c ' et ai t d u j ama is v u. P ou rt an t I e c ou ma nd ow l'e xi ge ai t. La t om be p er da it
Quand le groupe arriva dans Ie jardin, Mercadieux sauta de son cheval et couru " II I : ;" signi fica ti on. La ca ste des fo ssoye urs ti nt un e re union et de cid a qu'il ne fall ai t
v er s l es p ui ts . L es a ut re s l e s ui vi re nt s an s r ie n c omp re nd re . 1'"1; coucher les morts selon la coutume, et que tout le monde devait participer aux
- Monl ie ute nant , expl ique z-nous un pe u c e q ue vous a vez dec ouve rt. l'lltnrements ; cela suscita des remous et des contestations, mais le coumandow
- C'est simple, sergent. Regardez tous ces crapauds et ces grenouilles qui 1 1 1 ', 1 1 1 donne des ordres pour que tous les cadavres fussent enterres avant le
a la surface. IIs sont bien morts et j'ai peur que ces malheureux qui vomissenr 1"lIdemain. Cela avait f111ip ar t ri om ph er d e t ou te s l es c on tr ov er se s.
s ub is se nt l e r ne me so rt . Tare! dans la nuit, dans le quartier Issouka, on entendit des dabas racler le sol
- Nom de Dieu ! On nous a eus de la facon la plus bete. II y a eu un preccden 1 "1 1 1 1 'refermer la grande fosse ou etaient entasses des cadavres, de tout age et des
n ou s d ev io ns f ai re b ea uc ou p p lu s a tt en ti on . ih-ux se xes, al a lurni ere d'un feu de boi s.
- Merde d'un negre ! Si vous le voulez mon lieutenant, je suis pret a me ren dro , I ,(OS comme nta ires sur c ett e dra ma ti que affai re durere nt t oute l a nuit .
O ua ga do ug ou , a l 'i nst an t r ne me . "( " e st 1 'c eu vr e d e R ou gb ei ng a e t d e s a b an de ", a ff ir ma it -o n d an s l es q ua rt ie rs .
- Tres bien, Le Rose. Va, pas de temps a perdre. Tu diras au capitaine que ;e
ViII." '1', IUS les quartiers s'etaient dispute le cadavre du forgo Boubou et, fmalement, le
e nv oy er u n me ss ag e a u g ou ve rn eu r a Abidj an p our si gnal er la gra vit e de la situa rk Ill, Ij ll,l l'ti cr D apoya a vai t re ussi a l 'avoi r. Tous vou lai ent se venge r sur la depoui ll e du
C'est lui-rneme qui 1'avait ordonne pour les cas urgents. Nous avons perdu plus "[Link]" comme on1'appelait.
deux -cen ts tirailleurs.

131
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Ilillih clu nassara pour justifier notre passivite, notre inaction ... notre lflchctc .
. Boubou .etait un tortionnaire dont la sinistre reputation de grilleur d'IH
HIIII)"h[.inga lui, a compare le courage du Noir a celui du Nassara-rouge ; et il a
faisait de lUI l e plus craint et Ie plus connu de tous les forgos apres Nanga. S I
[Link]
une affat;e quelconque de vol, de meurtre ou surtout de refus recidive de s ' a c q u l 1111111'1\ que celui du Noir est egal, sinon superieur, a celui du nassara.. .. 64/82
1~'l Ilgbci nga et l es gouroussis ont cornpri s que 1'0n pouvait aussi bie n util tser l es
des impots, on vous refusait la pnson et on vous confiait plutot a Bonbon I
1 1 1 1 1 1 1 ' : ; de son ennerni pour le combattre. Savez-vous pourquol depuis hier le
c or re ct io n, v os p ar en ts c or nm en ca ie nt a o rg an ise r v os f une ra il le s, s' il s n'avaient
, " 1 11 1 " " idow e xige que vous vous couchie z a vec Ie sol eil ? J e vais vous le dire. II y a
a lui offrir pour Ie corrompre, car ils savaient que la loque humaine qu'il a l l a l l I
5/10/2018 NorbertZongo-rougbeinga
Iii lili i()llrs, Rougbeinga -[Link]
et ses hommes ont reussi, des le premier chant du coq, au
remettre ne vrvrait pas plus d'une semaine. Le cadavre de Boubou fut pel HIli
111,,1111'11" ou l e courna ndowet ses forges a va ient re lache le ur vigi lance , a enleve r de s
pleine brousse. On lui arracha le sexe et on le lui mit dans la bouche. Beauo IIlp
1 1 1 1 1 , 1 : ; cr beaucoup de munitions. I1s ont tue cinq forgos et amene deux autres ~vec
gens tmrent a Ie flecher, On le laissa ainsi pendu, le sexe entre les dents, les cho
I'llX. Nous, a Palogo et a Sambisgo, avons opte depuis longtemps pour la liberte de
e t l a b ar be p as se s a l a £ la mme , j us qu 'a c e q u'i l se d ec or np os at .
I IIlIdt)go e t ce lle de t outes nos famili es. Nous al lons combat tre,l es diable s cornrne
Tout le monde fut unanime a louer l'action de Rougbeinga. Les carnb'nahu \'111S vous plaisez ales appeler. Nous allons essayer de vous ltberer de vos d~ables,
quartiers (chefs de jeunes) se concerterent et poserent le problerne d'un e ve n]
I dI' IIIius n'a vons pas peur de rnourir pour que vrvent les irnmort els qu~ vous ~tes.
soutie n a Rougbeinga dans sa l utte. Ma is le conseil des a nciens s'y o pp os a a ve c I
fermete. a toute epre uve, mena cant de jet er un sort aux je une s qui ose raient dNlt'!'
II ' suis pret au moment rnerne ou je vous parle a combattre malgre mon age. Je
1 ,, ;n !J at tr ai e t j e r no ur ra i p eu t- et re , ma is j 'a ur ai r no nt re a la posterite que la vraie Vi e,
Na ba Liguidy e t son cournandowe n se joigna nt aux gourounsis.
,',':;1 celle que l'on rnene sur une terre sienne, dans une famille sienne et avec un
"I~ y a quelquechose de vrai dans les paroles de ce Rougbeinga", affirm: '
certains jeunes qUI auraient bien voulu se joindre aux combattants. Mais les vi . 1"t'pS et un esprit qui sont votres. .
(:omme Rougbeinga et ses hommes, mes hommes et ceux du tmgsoba de
d et en ai en t l a sa ge ss e e t il f al la it s e p li er a l eur s d ec is io ns , m eme l or sq u' on voyai!
obstacles se dresser sur la voie qu'ils avaient choisie, Deux jours apres les fan
ente rrement s, l es je unes rnontrere nt un peu plus d'exci tat ion, et quelques vie ux
I" "
:: ,lInbisgo a cce pt ent a cce ur j oie de mourir, en essa yant de vous arrache r des ~rocs
lion-cournandow et lion-Liguidy. C'est avec joie que nous expltquerons a nos
i ll ll "( .t re s q ua nd n ou s c omp ar ai tr on s d ev an t e ux , d an s I e m on de , i nv i; ib le , , qu e n ou s
soutinrent et meme les pousse rent a rec larner a u conseil des a nciens, une a dhCHit
au mouvement de Rougbeinga. Le conseil se reunit toute une journee chez I ,lV,lI1S prefere la liberte a l'esclavage. I1s n e nous ont pas enselgne la lachete.. .
Rcstez en vie immortels vieillards de Koudogo ! Ne levez jarnais Ie petit doigt
tmgsoba (chef de terre) de Dapoya, mais rien ne changea. Les anciens rnaintin ,', » irre Ie nassar:-rouge qui t ell e l a vari ole dec ime vos femme s et vos enfant s. ,Vivez
leur position.
(ks mi lli ers e t des mi llie rs d'a nne es, e n puisa nt le souffle de votre imrnortali te dans
- Le c ournandow e t Liguidy sont deux dia bl es imbatt ables. Nous enverri ons Ill.
k sacrifice de vos proches que vous livrez en pature aux vautours Liguidy et
jeune s a une mort c erta ine. Ce se ront la mi ne et la desolati on. Le cournandow l aiHHtl
f ai re m ai s sa r ea ct io n s er a t er ri bl e, a ff ir ma it l e t in gs ob a d e D ap oy a. ,', .umandow .
.Je rentre et nous nous reverrons, un jour. .. pas tres lointain, je I'esper~, o~ nous
J'ai vu de mes yeux ce que le chef de Yako a tente contre les nassaramhn,
IIOUS reunirons, pas pour voir comment trouver des hommes et des impots au
L'embuscade qu'illeur a tendue n'a coute la vie qu'a dix forgos. Mais en retour, t l t ' H
("()uma ndow, mai s seule ment pour deci der e n toute libert e des dat es de nos fetes et
families entieres ont ete aneanties; et tout le monde sait ce qui est arrive ala farnille
de nos parties de chasse, comme nos ancetres. Nous nous reverrons et une vie que
de ce pauvre chef. Ne laissons pas ces jeunes a la portee de leur propre fougue. ( : 1 .1
l'on a touj ours voulu vivre a t out pri x, se consumera da ns I'a rdent feu de s regre ts.
serait l'irreparable ! ajoutait-il.
, Une surprise survint pourtant quand vint le moment pour le conseil de HC ! / \. bient ot l es immortels, et surtout vive z t oujours. Vivez a ja mai s
Cette derniere phrase, prononcee avec une teinte d'ironie, marqua la ,fm du
separer. Le tmgsoba de Palogo et son homologue de Sambisgo dernanderent la
discours que Ie vieux tingsoba de Palogo fit au conseil. II n'attendit pas la reaction
pa role et stupefie rent le conseil par leurs propos :
.- L es gouroussis et Rougbeinga nous ont devanc es, s'ecria le t ingsoba de Pa logo de celui-ci pour mettre sa besace et son carquois sur l'epaule pUISprendre Ie chemm
de son Palogo, suivi de son homologue de Sambisgo et de deux Jeunes qUI les
qUI poursurvit : leurs taches nous incombaient, a savoir, liberer nos terres et 110H
families de la "mort-rouge". Nous devrions avoir honte. Le naaba Liguidy est de '.Ittendaient non loin de l'arbre a palabre. .
Les autres membres du conseil resterent toujours ass is, mais personne - qUI de
Lal le et c'est grac e au nassa ra qui le souti ent qu'il no us mart yri se i nlassablement. Si
foui ller da ns sa gibec iere a la recherche de on ne sait quoi, qui de frotter
nous n'avions pas d'hommes que nos sexes, si nous etions les dignes fils de nos
int ermina blement un briquet de si lex pour allurne r une pipe e n te rre curte , qUI d e se
ancetres qui, je le precise, ont vecu hors de l'in£luence du Mogho Naba meme, il ya
tailler et limer les ongles - n'osa encore prendre la parole. Personne ne remarqua le
bien longtemps que nous aurions chasse Liguidy et son cournandow. Nous avons
toujours ere des laches! Nous avons toujours compare nos arcs et nos fleches aux

132 133
discret depart du ti ng soba du quarti er Zaki n. C'etait l ui qui , cor rompu par Li gui ti V. Tais-toi, rugit Liguidy. Je l e savais. Pour quoi avez-vous ose i nstaur er un debat
etait charge de rapporter le plus fidelernent possible les debats du conseil. ' .I111()ur'un tel sujet?
La si tuati on etait gr av e, Lig ui dy l e cor npr it tout de sui te apr es l es i nformar k 1 1 1 M Ce sont les Kamnaba (responsables de jeunesse) des quarriers qui ont..
[Link] 65/82
que lui apporterent son agent. Il fit seller son cheval imrnediaternent. A l)I'idll Silence!
l .a gi fl e que l e ti ngsoba de Dapoya recut fi t j ai ll ir I esang de ses nar ines. I l attr apa
abattue, arrne de son terrible casse-tete, sse Janca ala poursui te des tingsoramljj
rebellles et leur suite. liI'S tempes des deux mains. Liguidy continua:
5/10/2018
La po ursui te NorbertZongo-rougbeinga
n e dura pa s longtemps. Le tingsoba de Pa logo, confortablemcnl Chacun de - [Link]
vous va recevoir tr ente coups de cravache, en attendant que j ev ous
assi s sur son ane, ne s'l ar ma pas quand l es j eunes qui l 'a ccompagnai ent l'avertircnl montre comment j'agirai a l 'avenir avec l es tr oubleur s de l 'ordre. Toi , l e ti ngsoba
de l 'arr ivee d'un cavali er soli tair e. Au contr ir e i l ar reta sa monture. Le consei l aVHil rl'lssouka, tu va s c ourir sa ns t'arreter a u pala is et me ramener dix song'nain (valets
il c ha nge d'avis et envo ye ainsi un ernissa ire pour l e ra ppel er? Ou, peut-etre, 1, 1 tit' palais) avec des ner fs de beeuf. Ton r etard peut te couter tes orei ll es.
tin gsoba de Sambisgo, qui venait de le quitter, a vait-il oublie de lui dire quelqun l.e veillard designe ne se Ie fit pas repeter et fila comme s'il avait vingt ans.
c hose et a en voye un jeune Ie l ui dire? .. (.)llelques instants apres, il eta it de retour. Les so ng'na in, plus jeunes, l'avaien t
Le cavali er venai t a bri de abattue. Av ant que l e t ingsoba de Palogo et sa sui te 11(1 precede, L'effort qu'il fournit po ur les rattrapper fa illit lui c outer la vie. Il to mba
realisassent ce qui leur arrivait, le casse-tete de Liguidy et s'etait abattu trois fois, [Link]. Mais personne ne fit attention a lui.
Le ti ngsoba r esta seul en vi e. I l tenta de fui r mais i l fut aussi tot r attr appe et l igolt, Les song'nain cornmencerent a distr ibuer l es coups de ner f de beeuf aux autr es
sur le do s de son an e. La grosse corde qui martyrisait ses poignets reliait ses piedH vui ll ar ds. Leur s cotes se cachaient sous l es bour soufl ur es. Mais aucun ne gemit ni
en passant par l e ventr e de son ane, l e fi xant tr es soli dement a l 'a ni mal que Ligui d)' Ill' pleura.

tirait par derriere lui. Mais qua nd il s eurent fmi leur besogn e, les song'nain se jeteren t a u sol le fron t
Le monarque se dirigea tout droit a Dapoya ou il tr ouv a l e consei l touj our x ('()tltre la terre, les pouces releves :
reun i. Ma is cette fo is, elle ne b uva it que sa biere de mil, en evoqua nt des souvenir - Maitre, nous avons fini. Que devons-nous fair e ?
de chasse, de peche et de lutte traditionnelle. Personne n'avait ose soutenir Ligui dy r esta muet. I l obser vait avec des yeux mali ns, l e ti ngsoba d'Issouk a qui ,
ouv er tement ce que son ceeur avait accepte. Per sonne non pl us ne s'etait i interr og{' rcvenu de son evanouissement, jouait toujours au mort pour eviter la cravache.
sur le depart du Tingsoba de Zakin. Quand Liguidy apparut avec derriere lui It! Un song'nain, a un si gne que fi t Ligui dy du pouce, se saisi t d'un ner f de beeuf et,
ti ng soba de Palogo soli dement attache a son ane, l es membres du consei l voulurenl ,'I pas feutres, alla assener un violent coup a l'evanoui qui huda comme un
fui r. Un ordre sec l es cloua sur place. pha coc here, se redressa, pivo ta sur les deux pieds po ur eviter un sec oud co up et
- Que Ie conseil s'asseye et que les debars de votre complot contre nous et 1 (, l il a. Ligui dy eclata de ri re ; l es autr es vi eux essayer ent de souri re. Leurs sour ires
coumandow reprennent. Que chacun repete mot a mot ce qu'il a dit au cours dCH umides ne convainquit personne. Semblable a un minable reflet d'un soleil de
debar s, et n'oubli ez pas que j esui s au courant de tout. lemps pluvieux, ils ne rromperent pas Liguidy. Mais ces sourires etaient de ceux que
Le co nseil reprit plac e mais person ne n'ouvri t la bo uch e. Liguidy ternpeta ;'\ l 'on tente d'esqui sser hypocr itement pour con tenter un superi eur ; des sour ir es de
nouveau mais un silence absolu repondit a ses ordres. On s'observait, Chacun soumtssion.
savait tres bien qu'un mot mal place pouvait tres bien signifier un coup fatal de Liguidy c oupa net son rire et sa fa ce prit a n ouveau une expression d e terreur.
casse-tete, surtout que Liguidy etait visiblement ernporte. l .es vi sages aux faux sour ir es sui vi rent l a maneeuvr e. Mais un r ire cynique eclata
Un r ir e conti nu, comme un si ffl ementde de naj a, tr oubla l e si lence. encore tandis qu'un song'nain ramenait le fuyard qui continuait a hurler.
- Inuti le de l es i mpor tuner , ce sont tes ami s, v autour de Ligui dy, dit de son ane I(! _ Alors mon brave gaillard d'Issouka, tu veux jouer au mort? Tout le monde te
tin gsoba de Palo go qui c ontinua a rire. Ils o nt peur de la mo rt et ils on t pac tise a vec connait immortel pourtant. Ah! ah! ah ! Un simple coup de nerf et tu hurles

Ie boucher d'ho mmes que tu es. Tu payeras tes forfaits un jour, hyen e; roi et ton comme un gosse.
chi en de coumandow. Vous ser ez ... _ Hyene Liguid y! s'exc lama so uda in Ie tin gsoba de Palogo, tu n e comman des
I l n'acheva pas sa phrase: Ligui dy, de l oi n, avait l ance avec precisi on son cassc- qu'a ux laches. Des enfants valent mieux que ces "femmes". Mais ne t'inquitete pas;
tete sur lui. Il s'evanouit, L'ane, effraye, se detacha et prit Ie large, mais il ful lin jour pas tres l ointa in vien dra, ou l'on exposera ta c harogne au soleil, car rn eme
immediaternent rattrape. Le tingsoba de Dapoya se decida enfm a parler. l cs vautour s ne v oudront pas d'une tel le pour ri tur e. Ah ! ah ! ah ! C hi en de LIg ui dy,
- Votre majeste, vous avez sans doute entendu ce vieux fou qui a voulu nous va dire a ton charognard de coumandow que les braves Noirs de Koudogo ont
pousser v er s l e feu de votr e col er e. Mais nous sommes tous r estes vi gi lants et nous enga ge le combat pour Ie pire et po ur le meilleur, et que leur vic to i re tel le soleil
avons tous dit non a ses maneeuvres sataniques. dan s le ciel ne va que de l'ava nt. Il n'y a ura pas d 'arret, n e pa dons pa s de recul,

13 5
134
I. I 1IIIlCil buva it avant l'arrivee de Liguidy, on cel ebra hati vernent quel ques ri tes fune-
Un song'nain degaina son poignard et se rua sur l'ane pour faire taire le
" 1 1 1 '1 1 .
d e P al og o p ou r t ou jo ur s, m ai s Li gu ld y l 'a rr et a,
I ,l~tingsoba de Dapoya demanda aux jeunes s'il y avait des gens qui voulaient
I - La mort est un chatiment mielleux pour lui, dit-il. C'est ce qu'il
[Link] Illlrire un poulet au vieillard pour son eIevage dans l'autre rnonde. Plus d'une 66/82
d ailleurs. Detachez-le.
11'lilaine de poulets furent sacrifies. On proceda ensuite a l'inhumation. .
- Que peux-tu me faire d'autre ? cria le vieillard. Sais-tu comment tu es
/ \p re s l 'e nt er re me nt , t ou s l es t in gso ra mb a p ar ti re nt i mm ed ia te me nt p ou r l e p al ai s
monde ? A h , ah.' ah , On t'a cache la verit, charogne. Ecoutez tous comment
5/10/2018 1 1 1 [Link]. 11s [Link]
NorbertZongo-1rougbeinga furent pas recus. 11s souhaiterent une tres bonne guerison au
concu Ie chiot L1gU1dy : un soir, un peulh, de surcroit lepreux, a courbe la
M l 'i p .n eur par le biais du BaloU111-Naba. . .
C h1 en ?e d e ~ 1g U1 dy d an :, l es b ui ss on s. S a me re a im ai t t el le me nt I e s ex e q u' on l.c lendemain, Liguidy piqua une epouvantable crise de nerfs quand il appnt les
s~rpnse un l?ur au mangot sous un ane excite, toute nue. Liguidy est un b [uumeurs rendus au tingsoba de Palogo. II convoqua tous les membres au conseil
batard, un ba-tard ,
1 1 1 1 palais. On les roua de coups et on les placa au soleil toute la journee. Le soir, il
Ce mot fit crier Ligl iidy de rage. 11 fi t j aill ir un poi gnard a la l ame bril lant e. dl'llla nda aux song'nain de recueillir leurs selles dans une grande calebasse. 11 f it
- Ta langue ne prononcera plus un seul mot.
tlt"layer les selles dans de l'urine de cheval et servit la mixture en breuvage aux
I~prit forte ment l a bouche du vie ill ard qu'il ouvrit viole mme nt et sai si t sa "ililmortels". Une grande nuee de mouches suivait la calebasse. Les song'nain
11n eut pas le temps de la couper: le vieillard reussit a prendre un de ses doigts
ilurcnt utiliser des nerfs de bceuf pour faire accepter cette boisson hors du com-
s~n ~este de molaires jaunies de tabac et semblables aux dents d'un vieux 1 1 1 1 1 1 1 . IIs ouvrirent rneme la bouche de certains par force pour leur faire prendre
leopt er~. Avec une ra ge de ti gre, il ref e rma ses macho i res tel un et au. 1 1 ' 1 1 1 " part de breuvage. On donna a chacun une petite calebasse pour recuperer les
L1gu1dy hurla de douleur. Son poignard frappa et refrappa le vieillard entre
IIllmissures afm de les faire reconsommer.
[Link] es. Evide mme nt i l n e fall ait pa s plus pour Ie t uer. La nuit venue, on ligota solidement les "immortels" et on les [eta dans une
L1pl 1dy ret~a son doigt me utri qui saigna it a bondamment. 11 re ntra a u pala is.
l'curie . La, il fall ait que c hacun ve ill at pour evi ter le s sabot s de s cheva ux. Le mati n,
song nai n, re st es seuls ave c le s membre s du consei l, se rnontrerre nt tre s i rrite s.
I ,iguidy fit detacher le tingsoba de Dapoya et l'ame~a sur la tom~e de feu son
le tmgsoba de Dapoya trouva une solution pour echapper a leur colere. 11 leur ec
homologue de Palogo. II exigea que Ie vieillard deterrat sans daba ni pi oc he , a v:
~1X m outons et mille cauris. I1s se concerterent et dernanderent le double,
IICS ma in s n ue s, l e c ad av re i nh um e v oi ci ma in te na nt d eu x j ou rs . C el u1 -C 1n e r ou sp et a
t mgsoba e t ses pa irs a cce pterent et furent epargnes, I l a s e t se mi t a l 'c eu vr e.
- ,N~ rec?ffiffiencez plus de telles sotises, leur conseilla le plus Liguidy retourna au palais, laissant un songlnain de garde, et donna ordre pour
song nam, qU1invtta s es c omp ag no ns a r ej oi nd re I e p al ai s. que le cada vre fut brule. Aussi la depouil le en putre fact ion ac heva-il de se conSU111e r
Le .s h ab it an ts d e D ap oy a q ui s 'e ta ie nt e nf er me s d an s l es c ase s d ep ui s 1 'd LJ Ud JL "" "1 l
a u m il ie u d 'u n g ra nd b uc he r.
de L1gu1dy dans le qaurtier, sortirent enfin, Les vieux furent les premiers, Vers le milieu de la [ournee, on libera les membres du conseil et chacun se hata
hommes et les femmes vmrent ensuite. Les enfants furent contraints a rester de regagner sa demeure pour y recevoir les premiers soins, en attendant de
les cases.
consulter un sorcier.
Le t ingsoba de Dapoya fit creuser une t ombe c omme 1'e xxigeai t la t radit ion Le lendemain mtin ils furent convoques au plais a nouveau. Des pleurs fuserent
ente~~er son pa1r de Palogo. Les jeunes mirent un zele jamais egale pour faire de partout dans les familles. Mais cette fois une grande surprise le attendait: ils
derniere demeure du defun:. I1s se bousculaient et se disputaient les pioches et 1 rrouverent un Liguidy souriant qui leur offrit des canaris de biere de mil. 11s
d ab as . P e~ so nn e n e v ou la it e tr e e n r es te , t ou s v ou la ie nt p ar ti ci pe r e ff ec ti ve me nt a
resterent hebetes ; et ce fut avec le regard vide et la bouche grande ouverte qu'ils
construction de cette sepulture du "heros rneconnu'' et que 1'on admirait du fond
lixaient Liguidy confortablement assis dans un fauteil de bois rouge. A quel jeu
du cceur pourtan~. Les jeunes ~ar leur ardeur au travail voulaient temoigner a tous
les combattants a travers ce vieillard qU1 a vait fiini de se vider de son sang, leur ; jouait-il encore, ce diable? C'etait impossible que leur assassin d'hier [Link] leur
intime d'aujourd'hui, penserent-ils. Vous faire boire de la merde hier et,
sympat~l 1e e: leur e ~c ourageme~;. I1s a uraie nt voul u etre de s leurs, mais la s ages H C I a ,u jo ur d' hu i, v ou s d on ne r d e l a b ie re ? P ou rt an t c 'e ta it c e q ui s e p as sa it .
des a nC1e~s et aient la qU1 disait : Sans la t ete , il n'y pas de tre sses". Liguidy avait appris par ses agents de renseignement, dans la nuit, que dans les
!ro1S Jeunes balayerent soigneusement la tombe comme une case. Les vieux vil lage s envi ronnants, 1'heure et ait a ux hesita tions qua nt a un eve ntuel soutien a
~ ss 1st a1 en t, e mu s p ar c e ~ ~p ~o ie me n, t d 'a mf ti e e t p ar c e t er ni og na ge d e f ra te rn it e I) Rougbe inga et a sa troupe . Selon cert aine s sourc es, sures, le gra nd vil lage de Thyou,
I ~ n,dr01t . de CelU1 q U1 n etait naguere qu un arrogant, Les jeunes exigerent dCH a quarante-cinq kilometres au sud, aurait deja opte pour Rougbeinga- Voila
ceremonies comme les coutumes Ie voulaient. Ainsi avec la biere de mil que k~

136 137
pourquoi, sur les recommandations de ses conseillers, Liguidy se decidait a ("!l0useavec joie notre noble cause, il est desormais des notres, Il nous eclairera de
le nombre de ses ennemis h i 1 11 experience et il commandera Ie groupe arrne des fusils pris au nassara.

Les tingsoramba mirent du temps pour croire qu'ils n'etaient pas victimes Voici un deuxierne forgo. Il se nomme Tinga. Il n'a pas rnontre un enthousiasme
[Link]
hallucination, qu'ils buvaient de la vraie biere de mil et que, surtout, ils :1 nous suivre. Nous lui laissons la vie sauve. Seulement, il restera ici jusqu'a la fin67/82
devant eux un vrai Liguidy qui riait avec eux, eux qui avaient ete sauvagemcrt I -s operations ...
attaches la veille. - Comme mon collegue Som'miba, j'epouse votre [Link] souhaite vous aider.
- Tout ce que j'ai fait hier, je l'ai fit pour montrer a mon peuple que je SUiH - Nous ne t'obligeons pas a faire quoi que ce soit pour nous. Notre foi en la
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r es ter ai s on se ul r oi , l eu r d it L ig ui dy . Il f all ai t bi en qu e j e c omm enc e pa r v ou s, I li ste ss se d e n ot re g ue rre e st n ot re m ei ll eu r a ll ie, Q ua nd n ous v ou s a vo ns s ur pri s
p lus i mpo rt an ts . L a s age ss e d es a nci en s n ous a t ou jou rs a pp ris q ue Ie couteau p,ard an t le s ar me s d u c ou ma nd ow , t u au ra is t ir e su r n ou s s i t u n' av ai s p as r ec u u n
plus tranchant commence d'abord par couper son fourreau quand vous le degai ('()up de gourdin sur les mains; tandis que Som'miba nous a presque aides a
V ou s e te s vi eu x e t v ou s sa ve z q ue g ouv er ner u n p ay s ou m er ne un e s im ple f ami ll rccuperer les armes. Mieux vaut etre l'ennemi du lache que son ami.
c'est l'art de creer l'harmonie entre la haine et l'amour, entre le mensonge (li' - J e l e s ai s. M ai s j e s ou hai te a uj our d' hui e tr e d es v ot re s. J e j ur e s ur l 'h on ne ur d e
v er it e. Nu l ne p eu t et n e s au ra g ou vem er e n s e p r es en ta nt au x y eu x d u m ond e vous aider!
l'image fidele de sa vraie nature. Je vous ai fait venir, ce matin, pour vous apprend - Soit. Nous t'acceptons.
que je suis le "Pouirga", cet oiseau qui vole le jour avec les autres oiseaux et - Me rc i, v ou s n e l e r egr et te re z p as . S i j 'ai v ou lu t ir er s ur v ou s, c 'e ta it u ne si mp le
dort dans les trous avec les rats lanuit venue. !' I' ac ti on i ns ti nc ti ve . J e j ur e s ur l a t om be d e mo n pe re d e m e v oue r d es or ma is a la
La confiance naquit et toute mefiance ecartee, les vieux comrnencerent a rire tli' ruuse des peuples noirs.
remercier Liguidy en claquant les pouces. Ils burent et mangerent toute la jou - J e n e su is p as p ou r l a p a rti ci pa ti on d e T in ga d an s l es o pe ra ti on s, d it u n an ci en
Le soir, on les laissa repartir chez eux. Le lendemain matin, ils furent i"pr'''''''''''' prisonnier, Le l on g s ejo ur d u m or cea u de b oi s d an s l 'e au n e l e t ra ns fo rme ra j am ais
a u p al ai s. I ls se c on cer te ren t et am en er en t av ec eu x si x be li ers b ie n n ou rr is , ('II caiman, Je ne connais pas d'arme plus rneurtriere ni de poison plus violent que la
remercier Ie g ra nd L ig ui dy d es b ie nfa it s de l a ve il le . Il s f ur en t e nco re b ie n lrahison.
mais Liguidy affichait de nouveau un air grave. Les tingsoramba pressentirenr - Tinga a jure sur l'honneur et sur la tombe de son pere; accordons-lui une
rnalheur. rhance, repondit Rougbeinga aussitot approuve par Balilyet les autres.
Ce fut un soulagement total quand les vieux apprirent que le coumandow - Que tous ceux qui savent manier nos fusils a poudre se presentent ici,demanda
d e c on voq ue r Li gu id y et t ou s l es me mb re s d u c on se il a u bu re au du ce rc le. : l(im' miba.
leur apprit l'arrivee des nouveaux renforts et le debut prochain des Une centaine de personnes sepresenterent. Soum'miba dit d'une voix calme :
militaires contre ces gourounsis qui avaient ose defier son autorite et Que ceux qui sont reputes bons tireurs seulement, restent. Inutile de vouloir
coumandow. II t ou t p rix m an ier c es f us il s d u n as sa ra s i o n n 'e st pa s s ur s oi .

- Le c oum an do w ve ut v ou s e nt en dr e d ir e, d e v os b ouc he s, q ue vo us n e - I l n e f aut p as r at er u n s eul c ou p c ar n o us n 'av on s p as a ss ez de "p ie rr es " po ur


pas Rougbeinga et son groupe, ajouta-t-il. I'I'S fusils, et ils ne tirent pas la poudre de nos fusils, ajouta Rougbeinga, Il faut

P ar ad ox al eme nt , l e m er ne m at in , Ro ug be in ga af fm na it a t ou s l es c omb at ta uussi des gens tres solides qui peuvent courir vite et pendant longtemps.
, I
reunis: Sa m ' mib a pr it l a p ar ole :
I

- Nous n'avons pas besoin de soutien. Avec ces armes nous sommes a rnesure ..Mes freres, je connais parfaitement l'armement du coumandow et croyez-moi,
remporter la victoire. Nous venons d'apprendre que plus de trois-cents fo, II IlOUS faut faire plus usage de nos cerveaux que de nos annes. Il nous faut des
viennent d' arriver de Ouagadougou. Donc le nassara-rouge va nous attaquer 1 II Iaq ue ss ur pr is es c omm e v ous l 'a vez f ai t po ur a vo ir c es a rme s. E n p re na nt ce s
d eux o u t ro is j ou rs . I l fa ut a le rt er R eo , G ou nd y, Te na do , Th yo u et t ou s l es alii urmes, vous avez oublie quelque chose de tres important: le beurre. II y a un
petits villages qui sont avec nous. D'apres ce forgo, ici present, le nassara a un . I(('((frespecial pour frotter les fusils. Ces fusils demandent un entretien serieux et
q ui ti re b ea uc ou p d e « pi er re s » a la fois, done il nous faut, comme nous l'av: I onstant,

toujours dit, eviter de nous grouper au cours des combats. Nous utiliserons si possible le beurre de karite en attendant d'avoir le bon
Je vous presente ce forgo que vous voyez sourire. Il se nomme Som'mil [n-urre au cours de nos attaques.
Co mme l a m au va is e c hen il le « ri ob er e » nuisible et rneprisee, il a mue en II ..C 'es t c e qu e n ous a ll ons f ai re . Il n 'y a p as d 'al te rn at iv e d an s l 'i mr ned ia t, I l y a
papillon, joie des yeux et maitre des reves des enfants. Il n'est plus forgo, II 1 1 1 1 1 r c c ho se d e t res i mp or tan t q ue j e v a is v ous d ir e: a u co ur s d es c om ba ts n e r es tez

138 139
jamais deb out. Lorsque vous entendrez un fusil tenner, couchez-vous immediate Un soir, tandis que je revenais de mon champ, j'ai apen;u quelque chose de blanc
ment. 11111' n buisson. Ma curiosite m'amena a voir l'objet de plus pres. A quelques pas du
Vous ne ferez que ce que je vous dirai de faire, rien d'autre. Ce conseil est alll."i huisson je vis une tete d'homme ainsi que quelques rnorceaux de chair epars ; un
[Link]
valable pour tout le monde. C'est sur et certain que le nassara enrolera des ardwl'M 1 1 1 1 1 1 avait attaque cet homme. Par les morceaux de tissu, je compris que c'etait un68/82
de Koudogo contre nous. Alors comment nous reconnaitons-nous en cas d ll Illrgo. Alors j'amenai avec moi au village et la tete et I'objet blanc. Le conseil des
melee? uncren,s par crainte d'eventuelles represailles du coumandow, decida de me faire
- Je propose que chacun se ceigne la tete avec tois cordelettes nattees, f l' l1 1e tt re I 'o bj et b la nc a u n ab a Li gu iq y a fm q u' il le r em it l ui - r ne me a u c ou ma nd ow.
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Rougbeinga. I )1 1 me felicita et le coumandow me fit prendre la place du forgo devore par les
- C'e st un signe de deu il, cria quel qu'u n, III llS. Voil a c omment je sui s d evenu forgo.
- C'est pourquoi nous devons le porter, repondit Rougbeinga. Nous S01111l1~. Revenons a l'organisation de nos pro chaines operations. Il nous faut encore
tous en deuil depuis l'arrivee du nassara. C'est la prise de conscience de ce deuil qlll" rhcrcher a recuperer d'autres armes. Apres-dernain dans la nuit, nous ferons une
nous a fait prendre les armes. Exprimons notre deuil, car ces milliers de N()II'. nouvelle attaque. Objectif: recuperer de nouvelles armes et detruire les stocks de
morts sont nos freres et nos sceurs d'ou qu'ils viennnent. Tout Noir conscienr dll muni tion s du coumandow. Si nous reussisson s, il y aura une attaque de grande
porter le deuil. Que chacun porte ce signe de deuil des cet instant. l'll vergur e e n ple in jour le lend ema in. Ces de ux a tt aques dec idero nt ce nai nement de
Maintenant que nous avons de bonnes armes, nous attaquerons les premi('I~", l'issue des combats actuels, mais n'influenceront que tres peu Ie cours de la guerre
avec pour seul but la liquidation du coumandow et des autres nassaramba. Cat' Ie 1IIIIt re l e nassara, qui , j e vous le repe te , sera longu e e t dure.
pense que ceux-c i morts, le s forgos ne combat tront plus. 1,(1 premiere attque que je vais dirigee sera capitale. Si elle reussissait, elle
- Erreur! dit calmement Som'miba. Les forgos ne viennent pas tous des pll jI: lra lise rait l'enn emi et favori serai t ainsi la sec onde. Ga rdez votre organi sati on
voisins. Il y en a qui viennent de tres loin et le coumandow les payent pour le scrv 1ll ll l~rie ure, c 'est-a -dire l es di ffere nts group es que vous ave z c onstit ues, moi je me
Meme si nous reussissons la liquidation de tous les nassararnba, d'autres h iM Ih;trge uniquement du mien. Nous bougerons des ce soir. Que penses- tu de mon
rempla ceront , ce la est sur e t ce rta in. Be auc oup de forgos sont plus a cha mes quel tlM jlLIIl, Rougbeinga ?
n as sa ra mb a e ux -me rn es d an s l 'a sse rv is se me nt d es N oi rs. Je suis d'accord avec toi. Ce soir, quand le soleil s'inclinera, no us bougerons
La lutte que vous avez engagee va etre plus longue que vous ne le peI1H(\~1 "'[Link] et ton groupe irez droit sur Koudogo. Les autres groupes se posterons sur
D'autres nassaramba viendraient au secours du coumandow et de son armee ~'il. 1.1route de Ouagadougou. Le comandow pense que nous viendrons des regions
etaient battus. Ce que no u s esperons, c'est que, dans les nombreux pays noirs f',l lIlrou nsi s. Comme tu l'as si bien di t, Ie go s du tra vail re pose sur toi et t on groupe.
proie a la "vari ole-n assa ra", un jou r, j ail li sse l a subl ime e tinc ell e qui a ll ume ra Ie II v ous faut re ussi r cout e que cou te. Une ta che combien e norme , nobl e et ex alt ante .
sac re des c onscie nces. Alors nos frere s Noirs opt eront pour la vi e, c'est -a-di re p O l l r - N' oublions pas d' e nvoyer des ernissaires pour avertir les villages qui nous
une exi st ence ou la mort se ra un e real ite et non une hant ise de s esprit s. Ils op l'tH'ol ll ' uuuricnnent. L'heure est grave et il faut surtout eviter les discours inutiles. Mon
done pour l e c omba t. f',1lll1peva se j oindre a celui de Soum'miba,
Si j'a i epouse vot re c ause, c e n 'e st null eme nt par cra inte d'un e vent uel c hat il1l ('JI~ .Ie suis d'acc ord, Bali ly. N'oub lions pa s que c es vill age s doi vent e tre t ouche s Ie
que vous pouvez me reserver en cas de refus, car avec vous ou contre vous, je H It jiitlS t ot possible. Il faut etre tres exigeant car les jeunes n'aiment pas ce genre de
condamne a combattre et certainement a mourir. Mais toutes les morts 11(' MI. nussions qui le s empec he de prendre u ne pa rt a cti ve al a bat ai lle . Mais i l faut sauve r
ressemblent pas. III':; vies h umai nes et ce la a so n imp ortanc e. Donn ez l es b oules de be inga (ha ricot )
Un temps viendra ou nous, combattants pour la liberte ici reunis, bien qll~ I H' li lt es e t d es mo rc ea ux d e v ia nd e f ur ne e. Le d ep ar t e st i mmi ne nt .
morts, serons plus estimes que des vivants. Le nassara nous tuera peut-etrc 1 1 \ 1 1 1 . II nous faut suspendre le coumandow et ses acolytes. Ils apprendront tous a
nos noms re st eront a jamai s viva nts, e t le ur ec ho t radui ra tout e une a pothe osc do It t "'III'S depens qu'un hornme, qu'il soit noir ou vert, n'est pa un poussin qui peut
liberte. 11':01('1" te rnel lerne nt prisonni er de la c oquil le d'un c euf selon l e bon de si r d'un a utre
Le na ssa ra n'a pas seu lement e nvahi les terr es noire s, il a envahi des COnSc1('III'I.'. III I lime. On ne garde pas eternellernent un peuple en esclavage. On ne relegue pas
noires. Cenains des forgos que vous vo)'ez viennent de pays tels que le Sin'inglll 1 11 ,l Il 1a isn e r ac e e nt ie re a u r an g d e m at er ie l. C 'e st a ll er c on tr e I e s en s d e l 'h is to ir e.
(Senegal), Mogtana (Mauritanie), etc., ou des Noirs trouvent un ignoble phlil1it' A II apprendront a leurs depens qu'il n')' a pas un marche de peaux et que rnerne
ma rtyri se r l eurs fre res No irs pour avoi r l es bonne s gra ces du nassa ra. J'a i o ptc 1 " 1 1 1 1 ' n ' r l \' en avait, beaucoup payeraient des peaux noires. " La mort a la honte!" cria-t-
vous, apres une longue et sage reflexion, J'ai ete fait forgo par un simple hasunl tit' il
circonstance. 1111 h ur le me nt l ui r ep on di t a uss it ot ,

14 0 14 1
Dans l e burea u du co mmanda nt, Li guidy e t ses c hefs d e quart iers a ffirrna ie nt.'']
mort a l'abandon de nos amis."
- Les nassaramba sont venus ici pour nous aider, commenca Liguidy. Pour
apprendre mille et une merveilles qui rendront notre vie aussi douce que l ' h u i l
[Link] Dans tous les quartiers, la nouvelle fut acceuillie avec stupeur. Si les jeunes ont69/82
d'arachide. Seulement, cela exige beaucoup d'efforts de notre part. La vic . plie a la decision des vieux, ils ne cachaient pas leur rnecontentement et leur
l'Hornme est comme la gibeciere du chasseur, seul son effort et son courage desarroi.
remplissent. Les nassaramba sont de bons genies qui nous transmettrons mille Sambisgo, beau village connu et aime de tous, etait le fief des champions de lutte
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un savoirs. Ne nous montrons pas deja tres ingrats. Voyez les lorries, les dont la renommee rayonnait a plus de cent lieues a la ronde. Combien de jeunes et
de-fe r (bi cyc let te s) et l es zi rgous (le s camion s); si le s na ssa ramba n'e tai ent pas merne de vieux de Koudogo, qui, pour affirmer et vanter leurs talents de lutteur se
che z nous, ou l es auri ons-nous vus? plaisaient a dire: " Une nuit, dans l'aire de lutte de Sambisgo, j'ai fait ceci, jai fait
Le coumandow m'a dit qu'a partir de cette annee; il va construire une r cl a . . . "
maison pour initier nos jeunes a la pratique de certains tours de charlatanisms, - II faut raser ce village! Parce que le coumandow le veut, hurla un jeune les
savoir : parler et reconnaitre des paroles par de simples signes sur une feu' larmes aux yeux. Le coumandow, un homme rouge des orteils aux cheveux en
c omme l e font les nassaramba-n oirs. D'apre s lui , le s me il leu rs, l es pl us doue s, passant par les oreilles, venu d'on ne sait ou ! .... Un diable avec un nez plante au
au pays des nassaramba et boiront ainsi directement a la source de la magie milieu de deux yeux de serpent vert, comme un bee de doulgou (Kalao), qui vient
e t i ncompara ble du na ssa ra. Bie n sur on c ommenc era pa r l e comme nce me nt, II()US d on ne r d es o rd re s.

a -d ir e p ar l 'i ni ti at io n d es p et it s p ri nc es . - Et pourquoi faut-il executer ces ordres? risqua tout haut un jeune d'Issouka
Soyons sinceres. La tige de mil ne pourra jamais etre plus dure que le """""'1111 dont la mere venait de Sambisgo ?
de bois. Le Noir ne sera jamais l'egal du nassara. Aussi sur que le gourounsi ne Aucune reponse ne filtra de cette foule compacte, formee par tous les hommes il I'
'II'
j amais l'egal du mossi. . lu q ua rt ie r, q ui s' ap pr et ai en t a rejoindre le palais de Liguidy. Le tingsoba fit ,I

- Vous savez bien que nous sommes vos fideles sujets, Majeste, as sura ucmblant de n'avoir merne pas entendu la question et continua a egrener son long
I
tingsoba de Dapoya. Nous nous battrons a vos cotes tous ensemble. Avec chapelet de recommandations et de conseils pour la bataille du soir. Pour achever
fleches nous ferons mieux que les forgos du coumandow .. lion discours, il fit pourtant allusion a cette question a laquelle personne n'avait II
I'
1,1

- Tres bien! C'est ce que je voulais vous entendre dire. Nous allons demander v ou lu r ep on dr e e t q ui p ou rt an t, t el le u ne l an ce , a va it f ra pp e l es c on sc ie nc es.
permission de nous retirer au coumandow ... notre ami. Nous allons rejoindre - L'Homme n'est pas la terre, pour etre sans limites. II y a des limites a la
quartiers et preparer la chasse aux gourounsis, parce que je suis certain qu'ils hravoure, il y a des limites a la folie, il y a des limites au courage ... tout cornrne il y a
pourront que fuir devant les mossi. Le grand coumandow t-il quelque chose des barrieres a l'honneur. Reconnaitre ces limites est aussi vital que manger. Mes
a jo ut er d ema nd a- t- il ? cnfants, quand les poussins vont en guerre contre l'epervier, c'est l'acte le plus
- Oui. Nous avons concu un plan general d'attaque avant les insultant qu'ils puissent faire a l'endroit de leur espece. C'est l'acte le plus insense
evenements de es derniers jours. II est maintenu. Demain matin de p al" leque l ils de mon t rent qu'il s s'i gnore nt. To ut ce que je vai s v ous d ema nder p our
heure n ous l e mett rons a exe cut ion. liuir, c'est de serrer les coudes au moment de la bataille. Surtout, faites tout pour ne
Liguidy et son groupe d'archers vont attaquer Sambisgo ce soir, de facon a lIas te rnir l 'hi stori que bonn e re nornrne e d e nos vale ureux an cet res. Nous reste rons
croire aux villages gourounsis, que nous allons surprendre demain, que woupes par quartier; done a chacun de nous incombera la responsabilite de tout un
viendra du Sud-Eest. Evitez de tuer beaucoup de gens. II en faut pour les rhac un. J'ai choi si que lque s vie ux pour m'ai der a soig ner l es ble sses. Mai nte nant en
Mais n'epargnez aucun vieillard dans les quartiers. Sans eux les jeunes route pour le pal ai s de Li gui dy et ha tons-nous po ur ne pa s e tre le s derni ers.
desorientes et ne sauront plus ce qu'il faut faire. Ne brulez pas les Le t ingsoba en te te , le l ong c orte ge des arc hers s'e branl a vers le pa la is de Ligui dy.
e mp ar ez -v ou s d e t ou s l es b ie ns . I\'rsonne ne remarqua l'absence du "jeune insolent" comme on l'avait appele, le
- Tree bian ! dit Liguidy apres la traduction. Vous avez tous entendu, ajouta .. i('lIne Managuin, qui avit voulu savoir pourquoi il fallait se plier aux ordres du
a l'intention des notabes et tingsoramba. Nous n'avons plus de temps a perdro , uassara, Le jeune Managuin avait opte pour ses oncles maternels a Sambisgo, et
rentrons. Le kounga vous invitera au rassemblement devant mon palais. n'crait e cl ip se a la f av eu r d u t umu lt e.
tingsoba commandera ses hommes. A bientot pour Ie plus grand temoignagc A pei ne Manag uin ava it-i l fa it deux-c ent s me tre s de s ca se s que l a brousse l 'a val a.
notre fidelite a n os g ra nd s a mi s l es n as sa ra mb a. II s e mit a courir comme s'il ignorait les dix kilometres qu'il avait faire en passant
pilI' Palogo. De temps en temps il ietait un coup d'ceil furtif derriere lui pour voir

142 143
s'il n'etait pas poursuivi; et a chaque fois qu'il constatait qu'il etait soul, n-rour, donnez-leur trois bceufs et sept chevres. Que les dieux vous assistent et
redoublait de courage. Il maintint son rythme pendant longtemps, sur d'avoir 1',llidentvos pas. Allez, depechez-vousl
cheval a Palogo ou il a vert irai t la p aisibl e pop ulat ion qui n'avai t ce sse de s'inq i ' I/affolement s'empara de la foule. Les chiens, comme pour ponctuer le
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depuis que son tingsoba etait parti a Koud6go pour y tenir une reunion avec d("sordre , se mire nt a aboye r de tout e l a forc e de l eurs po umons. On courai t pa rtout 70/82
pairs. ,IIIIlS le village. Les tout petits furent hisses par groupes de cinq ou six sur les
Evidemment personne ne savait ce qui etait arrive a ce malheureux vieillard til' quelques anes du village. Les vieilles femmes, volontairement, se sont elles aussi
sa suite. Pourtant, les vieux, connaissant le point de vue de leur aine sur uoustraites du groupe: "Nous avons deja eu tout ce que la vie peut donner a W1e
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eventuelle lutte contre l'enfer du nassara, ne cachaient pas leur desarroi ii-m me : l'heureuse douleur de donner la vie, et la joie de la voir donner par son
jour grandissant. II I rerrnediare. La mort pour nous est un simple retour, un depard pour la famille
Quand le jeune Managuin deboucha dans le village de Palogo, il trouva tous I invisible. Laissez-nous et faites votre chemin. Si nos ancetres sont morts dans
vi eux re unis sous l 'arbre a pal abre , formant une dele gat ion pour a lle r s'i nforrnen, l'honneur, il ne n ous arrive ra rie n ". Tel e tai t leu r la ngage .
Koud6g6, au sujet de leur tingsoba. Il se dirigea tout droit vers eux et entre Le rassemblement terrnine, les hommes mirent le groupe des femmes et des
h al et er ne nt s, i ll eu r b ro ss a r ap id em en t l e s om br e t ab le au d e l a s it ua ti on . cnfants devant eux et fermerent la marche. En peu de temps, la silencieuse
- Fuyez! fuyez ! V ous ne pourrez pas contenir la horde des ignobles bourrcaus procession fondit dans la brousse. Personne n'ouvrait la bouche si ce n'etait pas
d u c oma ndow. Il vous tuera tous. Vous m'e ntend ez ? I ls vo nt ve nir inc essarnment, pour crier sur un groupe de chiens que le hazard de la rencontre, permettait e
Fuyez, fuyez et t out de sui te . r{~gler quelques vieux comptes, ou pour repondre aux questions de quelq~es
Les vi eux fir ent resonner l eur kounga e t donne rent un c heva l a u jeun e Managl li lt rnfants curieux qui cherchaient a savoir ou on les conduisait. On disait a certams
comme il le demandait. Il pressa sa monture. Moins d'une demi-heure plus tard,ltlM q u'on a ll ait a u c hamp . A d 'a utres on imposait le sil ence pa r une simple gifl e.
toits des cases de Sambisgo se dessinerent a l'horizon. Le cheval buta contre On pressait le pas. Mais vers ou P Il y avait un village a
une trentaine de
souche et valsa son cavalier au-des sus des buissons. Managuin se releva, k il om et re s d e S amb is go . S eu le me nt , il fallait eviter les villages car nul ne savait
heureux de cons tater qu'il n'avait rien de casse. Il abandonna sa monture qui [usqu'ou ira it Ligui dy q uand il trouverait Sambisgo vide. Pour que celui-ci ne
e t se re mi t a couri r. rcrrouvat pas les fuyards, le tinggsoba avait prononce trois fois une incantation et
Son arrivee a Sambisgo et les grondements du kounga du village furent presque av ait noue solidement une queue de buffle avec un fil rouge. Cette queue que le
si rnult anes. Le Kounga gronda it sans arret . Quel qu'un cri a comme on l e faisai t [ cu ne M an ag ui n t en ai t e n m ai n, r as su ra it l es f uy ar ds.
a nnonce r l es grands i nce ndie s. Merri e le s femmes e ta ient i nvit ees chez le t ingsohu,
Une vraie panique s'installa dans le village. L'heure n'etait pas au longues tlt'
interminables discussions pendant lesquelles on usait de rnetaphores et d o
p arabol es, po ur expr ime r ce qui pouva it etre simplement dit .
Le t ingsoba, d'u ne voix gra ve, deci da seu l, sans ses co nse ile rs : L'astre du jour amorc;ait sa traditionnelle chutte quand Liguidy et sa troupe
- Que les hommes conduisent imrnediatement les femmes et les enfants ( . ~ n nrriverent aux abrds de Sambisgo. Il decida d'operer en tenailles. "Il faut les
brousse. Ne vous arretez pas en route, sous aucun pretexte. Montez les enfants surprendre", repetait-il sans cesse. Ill anc a sa ca val erie qu i c ompt ai t une ce nta ine de
incapables de marcher sur les anes, Il faut marcher toute la nuit. Allons, ne perdcz chevaux. Sabre au clair, les cavaliers se ruerent sur le village en poussant des cris
pas le temps. Que les femmes ernmenent avec elles la farine de mil qui leur res III Icrrifiants. Les archers ernboiterent aussit6t leurs pas en hurlant de la rnerne
so us l a ma in . maniere.
Dieu merci, nous sommes en periode de fruits sauvages. Vous vivrez de fruil'M Quand les differents groupes firent leur jonction, ce fut pour abattre leur
jusqu'a ce que tout se calme. Allons, videz le village; que tout le monde quitte et gtl{1 a hu ri sse me nt e t c on s t at er u ne t ri st e r ea li te : l e v il la ge e ta it a ba nd on ne .
seul demeurent les membres du conseil. Petit Managuin, je te donne, au nom ck~H . Le tingsoba et son conseil, toujours assis sous leur arbre a p al ab re , a va ie nt s ui vi
manes des ancetres, le commandement de ces hommes dont tu es le sauveur. Dirigt, routes les rnanceuvres des troupes ennernies.
et organise leur voyage a travers la brousse. Tout le monde te doit obeissance ct La colere, tel un venin, secouait l'etre de Liguidy. Pas de nouvelles dents! Quel
respect. ma igre bila n all ai t-il fai re a u c ouma ndow? Il de cha rgea to ute sa rage sur le ti ngsoba
Les membres de mon conseil et moi allons rester pour attendre l'arrivee dCH c t ses c onseil lers. De vant le ur muti sme, il fit pendre trois membres du conseil.
"ceeurs vides" du nassara. Si les manes des ancetres favorisent votre fuite, a votru Mais cela ne delia pas pour autant les langues. Il usa de douceur sur les conseils de

144 14 5
son etat-major. Et d'une voix qu'il voulait amicale, il s'adressa de nouveau 1111 Le s arch ers s'ebra nlerent d an s toutes les directio ns. Si les c avaliers pisrcurs

tingsoba: II'V111rentb redouilles, les autres reussirent a ra ssembler en peu de temps un burin

- Tu vois mon cher vieux, no us n'avons rien contre ton village. Les bnlvl'M .ippreciable qui n'etei gnit pour tant pas l es ter ri bl es fl ammes de l a col er e qui brul ai r
Liguidy.
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I'll
habitants de Sambisgo sont nos parents. Dites-moi ou i ls se cachent; nous VOUI"11M
seul ement l es i nt er roger sur l es acti vi tes des r ebeI les ... Desoli dari sez-vous de C I '! ! II d ec ida d e fon cer sur Pa logo a vec l'espoir d'a voir un comba t po ur se ca lmer les
bandi ts g our ounsi s et i l ne vous arr iv er a ri en. Je sais qu'aucun de v ous ne souhai l« lints. Desagreable fut encore sa surprise: il trouva Ia encore un groupe de vieillards

avoir pour chef un go uroun si, alo rs dites-mo i simplement ou je peux les trouvrr, !jl li refusa ient d e lui dire quo i que c e soit. II ta nc a ses tortio nna ires, les traita de
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t.- mmes et d'incapables; ceux-ci redoublerent d'effort.
ces rebeIles. Vo us savez bien, tres b ien, que depuis que le mon de est rnon dc, hI
mossi a toujours ete superieur aux autres. Un vieillard que l'on cornrnencait a cast rer avec un couteau chauffe a bla nc se

Le t ingsoba sour it faiblement, et dit cal mement : Il'solut a parler:

- Je sais que les mossi sont les plus courageux, les plus audacieux et les piliM - Un j eune est venu i ci auj our d'hui quand l e solei ! attei gnai t tout j uste l e dessus

libres. IIs son t les seuls qui n 'on t j ama is c onn u les fers de l'escla va ge des alllW~ Ill' nos teres. II est venu de Koudogo, tout essouffle, po ur no us a vertir de vo tre
peupl es, pas r neme l es fer s du nassara. Les mossi n'ont j amais fui dev ant personno, ,111'!Vee.I a continue a Sambisgo.

II n'y a qu'a voir la courageuse attitude du Mogh Naba Wobgo (le Mogho Nailll [Link] hurl a :

Wobg o s'etait enfui en Gol d Coast a l'arrivee des troupes d'occupation francaises) - Ou sont l es gour ounsi s et l eur Rougbei ng a ?

Les mossi sont superieurs a tout l e r este, parce que l eur ancetr e gr ands-mer e vi l'l \I - Je ne sais pas. Nous ne les avons vus qu'une seule fois et nous ne savons pas

de Gamba ga. Et o n dit qu'eIle eta it venue ch erch er un homme .. . Un h omme. 1 \1 1 , 111'1
l sse som caches.

ah! ah! A croire que personne, parmi les hommes de Gambaga, ne pouvull - Menteur! Fouttez-Iui les tripes dans la gueule s'il refuse de reveler ou se cachent
It-:; gourounsis.
satisfaire son appetit sexuel.
Lig ui dy fi t eclater l a tete du ti ng soba d'un coup de massue. I I decapita l es all ll 'I '" Ce qui fut fait, mai s Ligui dy n'appri t r ien de nouveau. Tous l es v ieux de Palogo

membres du con seil sa uf un seul qu'il to rtura de la fa con la plus inh uma ine, pI H I I ' [Link], a tour de r ol e, l e genie des torti onnair es. Ils affi rr ner ent tous i gnor er l a
avoir l es i nformati ons qu'i l voul ai t. I I fi t couper l e v iei ll ar d en plusi eurs endr oi rs I II 1 ;l chette de Rougbei ng a et de sa tr oupe. Bi en sur , cette i gnor ance l eur couta a tous

le fit masser a vec un e pate de piment ecra se. II aIluma un gra nd feu a proxirnirc lill .l'mhumaines souffrances et W1emort qui fut plutot une delivrance.

l 'arbre auquel l e vi ei ll ard etait attache. Les morsur es du piment fur ent i ntenal li ll K l. e cc eur ecuman t de rage, suan t par tous ses po res la dec eption, l'esprit noye
.m s l'immense et h ouleuse mer de la des i llusio n, Liguid y se reso lut a rentrer a
avec la chaleur des flammes. Le vieillard semit aussitot a hurler comme un econ:iu\
I

ce qui provoqua l'hilarite de Liguidy et de ses hommes. La vieille femme till [Link]. Qu'allait-il dire a son ami Ie coumandow, lui qui voulait se presenter a lui

a a p~dllv 111111
ouver t de sang et l amassue ri che de nouvel les dents?
tingsoba, qui assistait l'affreuse scene travers les fissures d e la n atte de
serva nt de porte, sortit de sa ca se. S'appuyant sur un bato n, elle se rn ela a la m~IIIIUI
Une peti te i dee consolatr ice effl eur a son espr it. Tout n'etait peut-etr e pas fini,
II·L, n e faisa it que c ommen cer d'a illeurs : il les aurait tous un jour, pen sa -t-il. En
des" cceur s vi des" du nassara et parvi nt au niv eau de Lig ui dy. Pleur ant de r age, I ' l i p
l eva son b aton pour le frapper, en c riant :
.urcndant, ilmettrait le feu a ces villages.
IIattendit la nuit.
- Soit maudit, que les dieux te maudissent avec toute ta lignee, jusqu'n III
Mettez Ie feu aux cases et rentrons, ordonna-t-il. Que trois personnes
derniere de ta generation!
Dun seul coup, un c avalier fi t vo ler et l e ba ton et le b ra s qui le tena it. La vi('iilll 11'llIurnent a Sa mb isgo pour y mettre a ussi le feu. Evitez d e bruler les greniers de
11111 car j 'enver rai l es vi der des demain par l es femmes du palais.
poussa un seul cri et chut, flasque. On eut dire que le coup etait porte aussi 1 1 1 1
1,;1nuit s'etait installee, Comme pour combattre sa noirceur, Sambisgo et Palogo
vieillard que les tortionnaires continuaient de cuisinner : il rendit l'ame.
1;('
- Pourquoi les habitants de Sambisgo ont-ils deserte leur village? de [Link] Iircnt deux 1'eux incandescents.
I,i guid y de son cote b rulait d e rage sur le chemin d u retour. II a lIa d irectement
Liguidy.
- Quel qu'un, un tr ai tr e, l es a prevenus du danger , dit un de ses l ieutenants.
undre compte au command ow qui Ie felicita et dec i da a son tour de lancer ses
1IIIIIpescette nuit merne sur Reo, Goundy et Tenado. II fit choisir cinquante jeunes
- Que cinq cavaliers prennent le chemin du village de \V'oro et essa1'en I (iiI'
dllhers par quartier pour renforcer ses cavaliers. On sonna imrnediarernent le
relever les tra ces des fuya [Link] ne peuvent pa s etre b ien lo in. Penda nt c e Il'lIqlH
1,1!;sL'mblement.
rassemblez tout ce que vous tr ouver ez comme biens dans l e vi ll age. Vous gardl'I '"''
La nuit nous sera defavorable. IIs vont profiter de l'obscurite pour fuir,
l a volaiI le pour vous. Foui ll ez toutes l es cases et r apportez pagnes neufs, col li e I'll p i
I I .nscilla Liguidy
bracelets. Vous garderez les calebasses et les vieux pagnes pour vos femmes.

146 1.47
- J'ai pense a cela, mais il y aura la pleine lune a partir de minuit. "Allez, leur avait dit le chef, no u s ne savons pas ou en sont les combattants
a tt en dr on s q u'i l f as se t re s c la ir . dans le ur orga nisat ion. Nous somme s plus de termine s que j amais, seu lement pa s de
- Tree bia n ! boucherie inutile."
Plus de deux cents forgos, tous a che val, le fusil su r l 'epaul e, la ca rtouc hier e Ce fut l e c onta ire a Tenado. Aux premiers coups de feu, le chef fit tonner son
[Link] 72/82
pleine a craquer, etaient regroupes dans un ordre impeccable. Le lieutenant lusil a pierre, monta sur laterrasse de sa maison et invita to u te la population a
Mercadieux donna le commandement d'un groupe de cent forgos au sergent I.o prendre des armes pour chasser I'agresseur. Chaque homme se saisit de son arc rt
R ose , u n a ut re g ro up e a l 'a djuda nt Yves Lesca rrea u. Cha que groupe et ai t dote d'une courut ver la grande maison du chef, mais rares furent ceux qui y parvinrent. La
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c la rte de l a lune-, [Link]
to ute grosse dans l e c iel , n'ava it de pare ill e que l a lu rniere du so lei l.
mitrailleuse.
La lune se leva vers minuit. Le commandant et ses troupes prirent tout leur [Link] forgos, a plat ventre, faisaient d'une cible facile, les ombres proches et
temps pour parcourir la quinzaine de kilometres qui les separaient de Reo. V(~I~M loi ntai nes qui c ourai ent sans auc une prec aut ion. On int all a l a r nitra il leuse fa ce a la
deux heures dui matin, ils encerclerent Reo totalement endormi et ouvrirent le feu, grande porte de Ia maison du chef. Le rose fit cesser Ie feu.
A leurs coups de feu, seuls les chiens repondirent par des hurlements et d(l~ - Laissez -les s'e mpil er. Le jeu ser a pl us i nte ressa nt, affi rms-t- il ap res a voir pri s
a boie me nts e ffrene s ; pas une seule arne ne se signa la . position derriere Ia mitrailleuse.
Liguidy voulut lancer ses archers sur le village mais le commandant refusa. II Des minutes s'ecoulerent.
envoya au contriare deux emissaires exiger la reddition du chef du village. Celui-cl Le chef de Tenado rassembla rapidement les quelques hommes qui avaient
affirma aux envoyes qu'il avait toujours ete I'ami et le vassal du nassara d o cc happe aux bal les en reponda nt a son appel. Les coups de feu etaient venus de
Koudogo et que cette attaque le surprenait. II en etait terriblement consterne. Lt'H rous Ies cotes. Vers quel cote fallait-il contre-attaquer?
e mi ss ai re s l 'a rn en er en t q ua nd r ne rn e d ev an t l e c om ma nd an t. - IIs doivent etre venus de Koudogo, leur dit-il, done nous attaquerons vers cette
- Ou so nt l es rebe ll es ? lu i demanda Li guidy. route. Restez courbes et deployez-vous en cercle. Ce n'est pas une chasse au lievre.
- Ah, ces bandits ! Ils viennent chaque fois nous voler ( )n nous a surpris et quand on surprend un homme il se defend. Beaucoup sont
mo utons. Si vous le s ra tt rapez , tue z-l es tous. morts avan t d'at tei ndre ma ma ison; Ie nassara est ve nu c ett e nuit pour no us de cimer
- Ne sont-ils pas des gourounsis comme toi ? mais nous ne nous Iaisserons pas decimer sans reagir. II a de puissants fusils, donc
- C'est un seul singe qui detruit les recoltes et tous les singes sont accuses, t i i nous a tte ndons Ie jo ur, nous ne pourron s pas ri poster. Sui vez-moi.
Attendez qu'il fasse jour et vous fouillerez toutes les cases. Interrogez qui V O U M Une centaine d'hommes ernboiterent Ies pas de leur chef, un quinquagenaire
voulez sur ces bandits, ces voleurs qui ne cessent de nous ruiner. Si vous trouvea I( iuj ours sol ide, reput e rne ill eur tir eur a I'arc depuis sa tendre jeunesse. A peine
un seul qui sait quelque chose sur eux, que je sois pendu ... Oui, bien pendu. Et aVtle uvaient-ils fait vingt pas que la mitrailleuse de Le Rose coucha plus de la rnoitie des
homrnes. Le reste regagna a nouveau la maison du chef. Les cris des blesses
u ne t re s g ro ss e c or de .
Le chef gesticulait comme un acteur de theatre. II roulait a terre, rampait a U K ncheverent d'installer la panique. Les hommes se ruerent dans Ies cases. Ils y
pieds de Liguidy, se relevait, prenait le ciel a t er no in d an s t ou te s se s d ec la ra ti on s, rcste ront tou t Ie reste de Ia nui t.
"Que je so is pendu ", hurla it- il e n at trapa nt son cou. Le le ndemain ma tin, Ies forgos e nvahi rent Ie vil lage . Ils ne rencon trere nt aucune
- Pendu avec une grosse corde tu le seras si tu n ou s m en s, d it l e c omma nd an t. resistance. Les hommes se confondaient aux femmes et aux enfants. Tous
- Nous sommes prets, mon peuple et moi, a fai re parti e de votre arrn ee pOUl : poussaient des cris de terreur. Le Rose demanda le chef du village. "II est mort", lui
poursuivre , e t de s le le ver d u jour. .. I'l'pondit-on .
Ligui dy gifl a vi ole mme nt le c hef de Reo. - Qui le remplace ? Qui doit heriter du trone maintenant ?
- 1 1m en t, c ri a- ti l. C 'e st u n m en te ur i nv et er e. Pour la premiere fois on ne se disputa pas pour un trone vide. Les princes

- Laissons-le jusqu'au lever du jour, on verra bien, intervint le cornmandanr, u'osaient lever Ie doigt. Le Rose choisit une dizaine d'hommes au hasard et exigea
Ouvrez I'ceil surtout. Dites-lui d'aller dire aux autres de ne pas quitter leurs C H H t l M rl'cux un rapport detaille sur les activites des rebelles. Ils se haterent de raconter ce
jusqu'a nouve l ordre. Si vo us voyez que lqu'un dehors, desc endez -le , All ez, qu'i l qu'ils ne savaient pas. Ils accuserent Ie chef defunt d'etre Ie seul responsable de la
avertir les autres et qu'il agite ce drapeau blanc quand il voudra passer d'tulQ p act isat ion avec le s rebe lle s. Ils jurere nt une fi del ite a toute epreuve au nassara de
k()udogo.
concession a une autre.
C'etait l'occasion que le chef attendait. 11 passa de case en case donner h i Le Rose fit fouiller toutes les cases. Dans chaque famille, Ies forgos
consigne. Le matin, sa sagesse paya. Le coumandow eut confiance en lui, epat:gllil russemblaient les hommes et les vieilles femmes au milieu de la cour. Les jeunes
son vi ll age et ac ce pta meme l e groupe des je unes volont aire s c omme port eurs. li-mrnes et les filles devaient rester dans les cases. On ne decouvrit aucune trace des

148 14 9
r eb el le s. L e Ro se s e f it i nst al le r u n h am ac d an s l e j ar din d u c he f p ou r s e r ep os cr ('II IICportent pas la culotte dans leur foyer, ca me degoute. Allons, on verra bicn cc
attendant l'arrivee du groupe du commandant. qu'il va nous dire. Nanga, rassemble les hommes ; nous levons l'ancre.
T out l e m on de e ta it t re s o cc up e c e m at in a T en ad o. L es f or go s et ai en t O CC UP (! H ~ "Sernbliment, sernbliment, sembliment, sembliment."
g ri lle r mo ut on s et p oul et s. L es h ab it an s d e T ena do p as sa ie nt de se nt ier e n s enl 'i tW O n a ban do nna d es p ou le ts e t d es m ou to ns au f eu e t o n pr it l e c h em in d u r et our .
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pour recuperer leurs morts et proceder aux enterrements. Les jeunes femmes e r It'" Ce rt ai ns f org os r emp li ren t d e v ian de c rue l es s ac s a cc ro che s a ux s el le s de l eur s
montures, D'autres avalaient des morceaux chauds de poulets mal grilles et ne
filles occupaient les forgos.
Le jeune combattant venu pour avertir les habitants de l'imminent arrivee < i t t M [craient que les os ensanglantes.
5/10/2018
troupes du cornmandow, entra dans le village vers le milieu de la journee, ]I,n Norbert Zongo- rougbeinga
Le [Link] etait general. Ordonner un repli brutalement sans donner
lIll motif valable. Tout n'etait quand meme pas fmi, puisqu'aucun rebelle n'avait ete
q ue lqu e t em ps i l co mp ri t q u' il e ta it v en u t ro p t ard e t r eb ro us sa i mr ne di at emo n]
chemin. Il fallait alerter les combattants le plus tot possible. Il marcha toute lanuir, capture. On en discuterait a Koudougou. En attendant, les ordres etaienr les ordres,
Q ua nd , a u p eti t m ati n, i l r ejo ig ni t c e qu i po uv ai t e tr e a pp el e l e q ua rt ie r g en cl '1 1I se disait Le Rose.
des combattans, il ne trouva que la dizaine de gardiens laisses sur place pour
p ro te ge e l es r es er ve s d e n our ri tu re . L es a ut res a vai en t b oug e t ou t j us te a pr es
depart. Ils avaient appris les attaques contre Sambisgo et Palogo et avaient mod' .
leur plan d'attaque. Ils s'etaient tous diriges vers Ramongo, sur la route
Ouagadougou, a quinze kilometres de Koudougou.
Ramongo fut pris sans difficulte. Quelques coups de fusils tires en l'air aValt'll Le soleil declinait, Le flot d'or qu'il deversait sur la nature s'epandait sur les
s uf fi a o bte ni r la r ed dit io n d u c he f d e R amo ng o q ui f ut o bl ig e d e p ac ti se r a ve c Icuilles des arbres et coulait en rivieres ondulantes sur les larges etendues
c omb at tan ts . On en ro la s ur -I e- cha mp t ou s l es j eu nes d u v il la ge . L 'a tt aq uc lateritiques de la savane.
Koudougou etait fixee au coucher du soleil. Le Rose et ses hommes, dissirnules dans les buissons a quatre kilometres de
- Les combatatnts annes de fusils attaqueront, detruiront les stocks de munition. I":'oudougou, sur la route de Ouagadougo, attendaient, l'ceil vif et le cceur
et d'armes du cornmandow, et reviendront avec des armes pour presque tout' Ie l amb ou ri na nt. Le s f or go s n' et ai en t in fo rme s de r ie n. I ls e ta ien t a p ein e r ent re s de
monde, On fera la fete du nassara. 'I cnado que Le Rose, apres un bref entretien avec le commandant, sortit
Tout etait simple. precipitemment du bureau, ordonna un rassemblement et decida un depart
- D es de ma in l e n ass ar a e t s on e nf er a pp ti en dr ont a l 'h ist oi re , a j ama is , s 'cl !I 'l ft. , im me di at a p ie d. I l n 'y a va it ev id emm en t p as d e q ue st io n a p os er . Le s c on s ig ne s
Rougbeinga. Adieu bourrades. Adieu impot et travaux forces. Surtout, adieu forgo",' (,,'aientstrictes : n'obeir qu'aux ordres et se taire.
No s t er re s, no s fe mm es e t n os e nfa nt s s ero nt d eso rr nai s a n ous ! De s d ema in n :Ill. - Merrie si un serpent entre dans votre culotte, ne le tuez pas avant que je vous
v iv ron s c om me no s a nc etr es : l es a me s l ib re s, d an s u ne l ibr e c om mun io n av ec donne l'ordre de le faire ? avait ajoute Ie sergent De Gaule.
nature. Nous vivrons la vie de nos dieux. Nous vivrons au rythme de nos tam • L'attente durait depuis plus de deux heures. On cornmencait a s'ankyloser
t ams . No us v iv ron s a la me lo di c d e n os f eu x d e b rou ss e. N ou s vi vr on s l a p lui c d u quand apparut la colonne de combattants.
ci el q ui se ra de so rma is n otr e p lu ie . N ou s vi vr ons no s ma rc hes . No us v iv ro ns 1 1 1 1 . Les forgos furent ahuris quand ils apercurent leur collegue Som'miba a la tete de
lu tt es .N ous v iv ron s no s da ns es . No us v iv ro ns n os ri vi er es et n os b ro us se s. NO li . rcux qu'il appelaient les rebelles. Ils s'appreterent a ouvrir le feu. Som'miba avancait
vivrons notre mort. Seule cette vie est liberte. .l'un pas lent avec ses hommes.
A Tenado, le sommeil de Le Rose fut interrompu par un forgo venu a bdd0' - Les espions nous ont assures hier soir que le coumandow et ses forgos sont
abattue de Reo. Ordre du coumandant, il fallait rentrer immediaterneut A p art is e n ca mp ag ne e n p ay s g ou ro un si . La vi ll e s er a f aci le a p re ndr e. N ou s a ll on s

Ko ud oug ou . "C 'e st t re s g rav e" , ne c es sa it d e r epe te r l e f or go q ui n e p ou va it ri en l'investir en attendant leur arrivee. Il doit rester une vingtaine de forgos qui assurent
d ir e d e p lu s. To ut ce q u'i l s ava it , c 'et ai t q u'u n f org o e ta it v enu de Ko ud oug ou , A 1: 1 garde des armes et des munitions. Avec la surprise, nous les abattrons tres
l 'i ss ue de so n e nt re ti en a ve c l e c ou ma nd an t, o n l 'a va it en vo ye a Te na do L e H()M~~I. Elcilement. Balily, une fois la ville prise, on requisitionnera des hommes pour trans-
visiblement mecontent, grommelait. I )() rt er l es ar me s a R am on go e t t u i ra s a vec u ne d iza in e d e c om ba tt an ts ec ra ser l a
- On elabore un plan d'attaque que l'on entarne, ensuite on se rappelle de M .I vipere Liguidy dans son palais.

petite paire de fesses et on fout tout a l'eau pour aller les chatouiller. C'est mat"nlllll - D'accord, Som'miba. A l'entree de lavilleprise, nous nous scinderons en quatrc
On verra quel motif ilva evoquer pour justifier cet ordre de repli, Des hornmcs ( 1 1 I 1 )"i'()upescomme convenu.

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- Nous ne modifierans pas notre plan. Rappelez-vous que de nous depend vitO avait ere tragiquement ecarte. II s 'et ai t ev an ou i av ec I e s ol ei l. " Pa rt ou t a u d es
succes au l'echec de ce qui a ete entrepris jusqu'ici. Je ne rappelerai jamais Noirs luttent pour se liberer, i l s e tr ou ve ra d' aut re s N oi rs p ou r le s c om ba tt re ."
a ux pa s d e c our se p ou r en tr er d an s l a v il le .L a c our se n e s'arretera que lorsque l'urtout a u de s p eu pl es l ut te nt p ou r s e l ib er er , i l se t ro uve ra t ou jo ur s d es e lem ent s
a ur on s c er ne l es ma is on s du co uma nd ow . Co ur ir e n z ig za g. S e j ete r a p lat 1 1 ( ' ces peuples pour les combattre.
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des qu'on tire sur vous. Ne tirez que lorsque vous verrez l'ennemi. Bref, Tout etait calme maintenant. Tout? Non. Les forgos riaient a gorge d ep lo ye e. I I
exactement ce que nous avons fait pendant les entrainements. I' uvait de quoi : taus les fusils des combattants avaient leurs percuteurs sectionnes.
Apres ces dernieres recommandations, la colonne reprit son chemin. Elle l.e s er ge nt De Ga ule p ass ai t d 'u n c or ps a u n a ut re p ou r d on ner c e qu 'i l ap pel ai t
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p ei ne a d eu x ce nt s m et re s d es f or go s e t d e le ur s s er ge nt s, ma is L eNorbert
Ro se Zongo-rougbeinga -[Link]
It , coup de grace. II enfonc;:ait le canon de son fusil dans le pavilIon de l'oreille et
rien. Les forgos etaient sideres. Nanga, qui faisait partie du detachement r-rv........... 1 pressait sur la detente. L'impact de la balle soulevait violemment la tete. Des
par Le Rose, posa, a la satisfaction de taus, une question: iuorceaux de cervelle s'envolaient. Quand il tomba sur le c or ps d e S om' mib a, D e
- Cheif sarsent, ce qu'est -ce qui y a on tire pas? Ce sont le gouiriga des, ah ( luule s e m it a r ir e.
- Ta g ue ul e. F ai s c e q ue j e t e d ema nd e de f air e e t b ouc le l ao " T e v oi la , ch ie n! Te s a nc et re s e t t ou te l a r ac e de s ing es a nt p ri e p our t oi e t j e n e
L a c olo nn e n 'e ta it p lus q u'a un k il om etr e d e l 'en tr ee d e l a vi ll e. El le av ai l: 1'I1ias eu vivant.
Le Rose et ses forgos loin derriere elle. II retourna le c orp s a c ou ps d e p ie d.
E ll e n e l es a vai t p as v us s e d epl oy er e n un va st e ev en tai l a pre s so n p as sa ge , ,.Toi, c'est par lagueule que jevais te donner le coup de grace, hurla-t-il,
pr em ie rs cr ep ite rn en ts de l a mi tr ai ll eu se d e L es ca re au , s ui vis de s c ou ps d e II se pencha pour deserrer les macho ires de Som'miba. L'inattendu se praduisit.
nourris, le f org o T in ga c ou ru t l es b ra s e n l 'a ir e n c ri an t : II recut un coup de pied violent dans les testicules et lacha son arme avant de
- Co uma nda nt , co uma nd an t, n e t ir ez p as m oi , ne t ir ez p as ce m oi, n e ... II Imber.
Les forgos faisaient pleuvoir un veritable deluge de projectiles. Tinga fut Sorn 'miba, gravement blesse, avait rassernble ses dernieres energies pour donner
de cinq balles a la poitrine. Les combattants, surpris, se jetterent a plat n' coup de pied. II te nd it l a ma in p ou r s ai si r so n f usi l, m ai s i l e ta it lo in ... p re s de
essayant de riposter. Les hommes en tete de colonne roulerent dans la pous dl'ux metres. II ne p ou rr ait p as l 'a tt ei nd re. P ou rt an t i l le fallait. II rassembla ses
- Tirez! Tirez! hurla Som'miba. lorces. Sapoitrine etait en feu. Ses efforts lui arracherent un cri. Non, ilne pourrait
Le s c omb at ta ns a ct on ner en t f iev reu se rne nt l e le vi er d e l a c ul as se d e l eu r pitS pr en dr e c e f usi l po ur ac hev er c e n as sa ra . M ais s i ! II n'avait pas pense a ca plus

viserent et appuyerent avec rage sur la detente. Aucune d et on na ti on . I ls 11"1'.I m it s a m ai n t rem bl an te a s a ce in tur e e t degaina un c out ea u a l a l am e effilee. II
la manceuvre u ne f oi s, d eu x f oi s, c in q f oi s ... p lu si eu rs a ut re s fo is , s an s It ' planta dans le mallet du sergent, voulut le retirer pour frapper a nouveau; sa
pluie de projectiles tombait sur eux, drue, rneurtriere, de taus les cotes. muin resta accrochee au manche. Il ne bougea plus. Mort.
- Man fusil ne fonctionne pas !gemit un jeun,e desempare. De Gaule, revenu de son evanouissement, se mit a hurler. II se releva, boitillant.
-Le mien aussi, cria son voisin avant de recevoir une balle en pleine poitrine, 1,losorgos accoururent pour Ie soutenir. Trop tard. II tomba. Le poison du couteau
Seulle fusil de Som'miba put faire [Link] avait sabote les percuteurs de 1 1 111il:
res violent. II mourut sur-le-champ.
les fusils dont ilavait la garde. l.e Rose fit examiner de pres taus les cadavres. Ainsi il recupera dix blesses
- Replions-nous. Depechez-vous, nous sommes trahis! cria Som'miba h"/'.crs.B alilyetait parmi les prisonniers. II avait recu six balles dans les cuisses mais
aplati. nucune n'avait atteint les as.
Balily aussi cria le repli, mais il etait trap tard pour plus de la moiti6 On n'eut pas besoin de torturer les prisonniers pour savoir tout sur les
combattants. Le reste s'engaga dans une course effrenee yes Ramongo. uuubattants. Un j eu ne q ui a vai t un e o mop la te brisee par une balle, raconta a la
Ce fut au tour de Le Rose d'entrer dans le j eu. N e s ac ha nt p lu s qu e pl'(omierequestion, l'histoire de son enrolernent jusqu'au depart de Ramongo pour
combattants, totalement desernpares d es qu 'i ls s 'a pe rc ;: ure nt q ue le f t l a i l l '; ll ud ou go u. Ba li ly cr ia s ur l ui po ur l e fa ir e t ai re . Ce fu t p ei ne p er du e. L ig ui dy ,
fonctionnait pas, tournoyaient sur place avant de s'ecrouler, dechiquetes I 'xi ls per e de n 'a voi r pa s e u u n r ol e a j oue r d an s c et te b re ve a tta qu e, degaina son
nombreuses balles. Som'miba et Balily, qui avaient recupere le fusil de I IIiuteau et tailla les levres de Balily.

essayerent de s'echapper en tirant droit devant eux. Peine [Link] furent Mercadieux ordonna l'encerclement imrnediat de R am ong o po ur e n f mi r a ve c l es
par une rafale de mitrailleuse. 1 ' 1 · 1 Idles.
Q ue lq ue s i ns tan ts p lu s t ar d, I e ca lm e r ev in t d an s ce p eti t c oin d e s ava ne , " N ou s a von s e u l a c ha nc e qu e T in ga a it e nvo ye c et ho mme n ous av er tir , d ii t- il .
m ir ag es d e l a l ib er te qu e l 'ar de ur du s ol eil de l a l utt e a vai t c re es su r l e t CJ :I :a ln I :loSalauds nous auraient donne du fil a retordre.
sacrifice, se dissipaient .... a jamais peut-etre, En peu de temps, l'espoir d'unc .

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- Mon lieutenant, on etait fichu. Ces hommes auraient vole nos armes et q u i Lo rs que v ou s t ro uv ere z u n h om me qu i pe ns e qu e t ou t s eu l, p ar s on i nt el lig en ce
s ai t, i ls a ur ai en t p u g agn er l a ba ta il le. N ou s a ur io ns p u e tr e a c ou rt d e mu ni ti on s et son courage, illiberera un peuple, ne Iesuivez pas. Les vrais dirrigeants sont ceux
parce qu'ils allaient nous interdir toute retraite vers Ouagadougou. qui se font echo de la voix de tout le peuple, et non ceux qui se font la voix et le
- C' es t p os sib le , Le R os e. T ou s l es f us il s v ol es on t e te r ep ri s. Po ur l e m om en t il ce:rveaude leur [Link] avez eu l'occasion de voir comment il fallait proceder,
[Link] L'union suppose la liberte de pensee et d'opinion. Le dirigent qui muselle l'Homme 75/82
f au t me tt re l 'a cc en t s ur l 'a tta qu e d e R am on go . L ig uid y e t s es a rch er s f er me ron t .
r ou te s v er s l e S ud ca r s i l es r ebe ll es d ec ida ie nt l a f uit e, c' es t p os si bl e q u' il s est un ennemi redoutable de son peuple. Nos ancetres avaient la sagesse de
vers le Sud. dire :"Pour tout ce qui interesse la tribu, c'est toute la tribu qui en debar."
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Mais cette fois ils arriverent trop tard. Rougbeinga, qui avait envoye Norbert Zongo-
un groupe i.
A l'avenir vous
rougbeinga vous rnefierez plus de l'Hornme, plutot de son cceur qui reste
-[Link]
d e j eun es a l a r en con tr e d e l eu rs c am ar ad es q ui d ev aie nt re ve ni r c ha rg es toujous un inconnu pour lui-rnerne, Nous avons ete battus par la trahison car
a va it ap pr is a te mp s l e d esa st re e t s' et ait r et ir e a vec s es h om me s e n p le in eUJlJU~~,",.
quelqu'un a signale notre presence a Ramongo, quelqu'un nous a vendus au
Illes avait arretes dans une clairiere, les avait fait asseoir et au milieu du cercle na ss ara . Ma is d an s l a v ie t ou t e st u ti le , l es d ef ait es co mme l es succes, Pour le cas
formaient, illeur parla : pr es ent , l a d ef ai te e st u n d ou bl e s uc ce s : s uc ce s d 'av oi r o se, s uc ces d 'a vo ir b ra ve
- Mes freres, nous le savons tous, la situation est tres grave. En perdant toutes les difficultes.
bataIlle nous avons perdu, momentanernent, une guerre qui durera autant D iv is ez -v ou s e n p et it s g ro up es d e v ing t ou t re nt e p er so nn es , e t me tt ez- vo us
durera l'esclavage des peuples noirs, sous toutes ses formes. Elle durera autant imrnediatement en route. Vous avez toute la nuit pour marcher. Le nassara va
continuera l'oppression des peuples noirs, de la race noire entiere, encercler Ramogo cette nuit, mais il attend:ra Iepetit matin pour attaquer le village.
Nous avons allume un foyer de lutte, il ne s'est pas eteint et il ne -Et vous ? sanglota un jeune combattant.
qu'avec le depart du nassara, c'est-a-dire avec notre liberation. Partout et lVl!IV'LIIol I I n 'e ta it p as l e s eu l a pl eu rer . D an s l a n o irc eu r d e l a n u it o n s e s ent ai t pl us q u'o n
des foyers similaires s'allumeront lorsque l'homme noir sera relegue au ne se voyait, mais par les respirations on pouvait imaginer les pleurs. D'autres yeux
d'animal ou d'objet par Ienassara. plus voyants s'etaient ouverts et percaient les tenebres : ceux de la conscience.
J e v ais v ous d em an de r q ue lq ue ch os e d e t re s g ra ve . P arm i no us , i l y a d es Rougbeinga resta muet un instant. Ses levres se mirent a frernir. Le froid qui
presque la majorite, qui ont eu leur families entieres massacrees, a Reo, a Tenado, s'etait ernpare de tout son etre interdisait tout mouvement a son corps. II lui
Sambisgo et a Palogo. Ce que jevais demander aces jeunes... semblait qu'on le vidait de toute son energie. Son cceur battait follement. Le souffle
IImarqua un temps d'arret. l ui m an qu a p re squ e. I I h ale ta u n m ome nt e t s e r ess ai si t, ma is t ro p t ar d : il v en ai t d e
- Ce que jevais demander aces combattants ...Je leur demande de rejoindre pleurer.
villages. - Mes freres, ne perdons pas de temps. J'exige au nom de Balily et de tous les
Toute l'assernblee sursauta. Rougbeinga ne laissa pas le temps aux reactions. autres qui se sont eteints ce soir, heroiquement, que vous rejoigniez sans tarder vos
- N ou s d evo ns n ous se pa rer d es a uj our d' hui , di t- il . Re to urn ez c he z v ous v il la ge s r es pe ct if s. On p eu t c ou pe r l 'a rb re m ai s t ant q ue s a r ac in e r es te s ou s l e s ol ,
a ide r a r eor ga nis er l a j eu ne sse d e v os v ill ag es . L ai sse z p ass er a u m oi ns t ro is demeure l'espoir de voir encore un autre arbre se dresser. Vous etes tous cette
quatre ans et declenchez la guerre de nouveau car cette fois labataille est perdue. racine consolatrice et generatrice d'espoir dans le fertile sol du combat. Allez!
Les combattants protesterent. Rougbeinga resta imperturbable: debout et partez. Un jour, grace a vous on saura que dans cette region, des hommes
- Pas de sacrifice inutile! Le vaillant Som'miba vous disait que la guerre contre ont vecu, des hommes comme il en faHait et comme il en faudra toujours, pour
nassara est une longue, longue guerre. Ce n'est que le debut . .. Un debut . , ai de r l es p eu pl es a af fe rmi r et r af fer mi r le ur p er so nn ali te . Vo us et es de s ho mm es
mais riche en enseignements. responsables et vous avez fait de votre peuple, un peuple responsable. Responsable
S eul s l es a nci en s pr is onn ie rs r es te ro nt av ec m oi ; c ar eu x i ls n e pe uv ent de sa v ie et d e so n d es ti n, s ous l a c o nd ui te d e s es d ie ux .

vivre dans les villages. Avec leurs oreilles coupees, ils seront facilement reconnus Mon groupe et moi, nous ferons ce que nous pourrons afm qu'il ne vous arrive
r ep ri s, a lo rs de s vi ll ag es en ti er s p euv en t e tr e pe rs ecu te s. T ou t n' es t pa s rien, Calmez-vous, nous ne ferons pas face a l'ennemi. Nous allons seulement nous
L'avenir appartient plus a l'esclave qui lutte qu'au maitre. faire des appats pour attirer les" crocodiles ". Mais nous comptons rejoindre Boilga
Si vous etes les hommes que j'ai connus et admires, rentrez chez en Golgoss (Gold Coast). Sil'ennemi ne nous rattrape pas. Vivant, je reviendrai au
Reorganisez patiemment les populations a la lueur de votre courte mais bout d'une annee, M or t, j e s er ai t ouj ou rs av ec v ou s, p ou r v ou s r ap pe le r I e d evo ir
experience. Soyez des fourmis, et comme telles, rassemblez les graines de l'unite sacre de la lutte.
mossi, des gourounsis, des bwabas ... de tous les Noirs. Rappelez-vous bien: Que les dieux vous protegent, Ne craignez pas les fauves car les genies de la
l'union des esclaves peut les affranchir. Union, union, union. br ou ss e le s r en dr ont d ou x p ou r v ou s. De ta ch ez l es co rd ele tt es qu an d vo us s er ez

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chez vous. Mais conservez-les soigneusement. Mes freres, aurevoir. Je [Link]" Le chef de Thyou envoya un cavalier vers Ramongo pour guetter l'arrivee du
s ou ha it e u n b on r et ou r d an s v os f am il Ies . A ll ez, pa rt ez. J e v eu x vo us v oi r S O Ud l: C, . nassara. Le cavalier ne fit pas plus de dix kilometres qu'il entendit les
Dites-vous que vous ne fuyez pas le combat mais seulement que vous reculez hennissements des chevaux des forgos. Ils rebrousssa chemin a bride abattue.
mieux attaquer. Dans vos villages, attelez-vous a la reconstruction, a l'organisation En le voyant revenir, le chef de Thyou et tous les autres, comprit.
[Link]
p ou r l a l ut te. A ur ev oi r. J e ne pe ux p as s er rer t out es l es m ai ns . Qu e s eu ll es an ci ens - II Y a des grottes la-bas dans les rochers, vous allez vous y cacher. Je ferai76/82
le
prisonniers demeurent. necessaire pour simuler l'attaque dont vous avez parlee. Allez, depechez-vous, cria
- La liberte ou la mort ! hurlerent dans la nuit les combattants en guise Ie chef.
reponse a leur leader. I I f it m et tre l e f e u a de v ie il le s c as es , f it p ou sse r d es c ri s e t s onn er u n k ou ng a. O n
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- L'essentiel n'est pas de mourir mais de liberer un peuple, en chassant tira des fleches sur des arbres et on planta des lances a terre. II n'y a pas de guerre
n as sar a- ro ug e. J e c om pt e su r v ou s. Le c ha ti me nt p re vu po ur le d ia bl e- rou ge n' cs t ..• . sans blesses, Ie chef comme tous les autres le savaient bien. On fit preparer
q ue di ff er e. P as d e s acr if ic e i nu ti le . V oy on s l' es sen ti el , et l 'e ss en ti el e st d e . rapidement des infusions et a l'aide de bandes de cotonnades rouges de sang de
notre peuple. Allez, retounez chez vous. poulet, on se fit des blesses dans plusieurs families. Les habitants respectaient les
L es c omb at tan ts s e d is pe rs er en t e n s il en ce . Ro ug be in ga s e re tr ou va a ve consignes a la lettre sans rien comprendre.
quarantaine "d'oreilles fendues". Le c he f r ass em bl a l es v ie ux d u v ill ag e et l eu r e xp li qu a l a s it uat io n. P er so nne
- V oy on s ce q ue no us d evo ns fa ir e, l eu r d it- il . L e p rob le rne p ou r l e m ome nt n 'e ut l e t em ps d e l ui p ose r de s q ue st io ns , l es fo rg os e ta ie nt d ej a la, Leurs chechias
d e f ai re c roi re a u n ass ar a qu e n ou s r es to ns t ou jou rs u nis . N ou s i ro ns v er ss rouges flamboyaient au soleil naissant.
Dieu rnerci, non loin d'ici il ya une riviere, elle nous sera d'un grand s Ils avaient fouille tout Ramogo des que la lune avait offert toute sa clarte, et
Rejoignons-Ia sans perdre de temps. i mr ne di te rn en t i ls s a va ien t c om pr is q ue l es a ut re s a vai en t d ec ro ch e. Ils avaient
Une heure plus tard, le silencieux cortege etait au bord de la rrviere. organise tout de suite la poursuite. Au bord de la riviere les traces reperees
co mp ag no ns d e R ou gb ein ga c om pr ir ent a fm I e s ec ou rs q u'a tt end ai t l eu r c he f de l i nd iq uai en t c lai re men t l a di re ct io n d es f uy ar ds . Me rc adi eu x a va it f ai t r al en ti r l a
ce tt e r iv ier e, q ua nd i ll es f it p ie ti nn er t ou t l e l on g d es d eu x r ive s. On a ur ai t c ru marche et mis Liguidy et ses archers a l'avant-garde. II faisait clair mais une
pl us d e m ill e pe rs onn es e ta ie nt p ass ee s pa r la. Apres cette rnanceuvre, Ie "'~.~"'J" e mb us ca de e ta it p os sib le . A u p eti t r nat in il s a va ie nt en te ndu s on ner l e k ou ng a a
reprit son chemin, cassant branches et arbustes de facon a laisser des T hyo u e t av ai ent p re sse l e p as. I ls e ta ie nt s ur l a b on ne v oi e.
reperables derriere lui. Ils rn ar che re nt t ou te l a n ui t et a u p eti t ma ti n, i ls atteizmrei A T hyo u i ls t ro uv er ent d es c as es t ou jou rs f uma nt es . Le chef essaya de lancer
Mercadieux, Liguidy et leurs hommes dans la brousse a la pousuite de rebelles
Thyou.
Un ancien prisonnier revela a la satisfaction de tous, son appartenance a e e l f an to rne s, m ai s l e c ou ma nd ow m an if es ta de l a la ss it ud e e t o rdo nn a u ne p os e. L es
village. II fit asseoir tout le groupe sous un grand arbre et se perdit au millieu .. poulets et les moutons furent les premiers a regretter cette pose. Des grilleurs,
c as es. Qu el qu es in st ant s a pr es, il revenait avec une grande calebasse pleine .. .. recrutes sur-le-champ, allaient et venaient des poulaillers et des bergeries aux grands
d'arachides et une gourde d'eau. Le groupe avait de quoi calmer sa faim. buchers. La popultion restait enfermee dans les cases. Le chef de Thyou apporta sa
L e c hef d e T hy ou l eu r f it p rep ar er d e b on s p la ts d e g ate au x d e m il . R oug be ing A· reserve de biere de mil au grand Liguidy qui, depuis son arrivee, affichait un air
lui presenta le sombre tableau de la situation. effrayant. II refusa la biere en degageant le canari d'un coup de pied. Le chef
- II faut eviter la destruction de ton village. Quand le nassara viendra, tu lui dicIl8 sursauta. IIpensait s'enfuir quand Liguidy seleva et decida de fouiller samaison. Ce
que nous sommes passes ici,au moins un millier, en direction de Golgoss, et qu'il y sera de la folie, se dit-il en derniere minute.
a eu combat entre vous et nous. Fais bruler quelques vieilles cases. Tu lui diras Ma lg re la mi nu ti e do nt f it pr eu ve L ig ui dy d an s s es f oui ll es , il n e t ro uv a a uc un
n ou s a vo ns p ri s d es c hev au x d an s l es vi ll ag es e nvi ro nna nt s. P ou r ce f air e, t u no us indice lui permettant d'inculper le chef pour complicite avec les rebellles. Ses yeux

reuniras tous les chevaux disponibles de ton village. Nous te les renverrons quand flamboyaient.
avait eu [Link] lui
II semblait
se mit a que quelque
caresser, chosele ne
reveur, beltournait pas rond.
etalon attache au Pourtant y
milieu deilla
nous serons en Golgoss. Depeche-toi, chef. Ils doivent etre a nos trousses.
- Calmez-vous. Je ferai Ie necessaire, O n a pp re te d ej a le s pr ov isi on s p ou r v ot re cour. Le cheval se cabra et le palefrenier accourut aussitot pour assayer de le
depart. Tu as ete sage de ne pas exposer les jeunes a un massacre inutile. Avec le calmer. Liguidy lui saisitle bras et le tira de cote.
t em ps , n ou s no us r eo rg ani se ro ns e t no us g ag ne ron s l a b at ai ll e. S an s l a t ra hi so n Le palefrenier prit peur et semit a hurler:
- C'est le chef qui m'a envoye, c'est le chef qui m'a envoye, c'est le chef...
vous auriez r eu ss i, "
- Tais-toi, dit ferocement Liguidy. OUt'a-t-il envoye ?
- IIm'a envoye voir siyous veniez.

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Le chef qui avait entendu les cris de son palefrenier s'approcha timidement, prit tuberculeux et larmoyant. II fallut attendre un bon moment avant de voir toute la
son courage a deux mains et declara : f um ee p im en te e d eg ag er d es g ro tt es .
- Maj este ... c'est moi qhi l 'a vai s e nvoye voir si vou s ve nie z. Un de s re bel les a vail : Quand Rougbeinga revint a lui, on le traina devant Mercadieux. C'etait bien le
ordonne une retraite a ses camarades en dis ant que vous risquiez d'etre la d'un chef des rebelles tel que l'avaient decrit les gens de Reo, de Tenado et de Ramongo.
mo me nt a l 'a ut re .
[Link] On le deta cha a l'ordre de Merca die ux. 77/82
- Tais-toi, je ne t'ai rien dernande, Si je compte jusqu'a trois et tu es encore la, je A la premiere question :"Qui es-tu ?" Rougbeinga entama un long discours qu'il
te fai s pendre . Un ... a va it r nu ri d an s l a g ro tt e.
Le chef etait deja dehors. Avant de filer il toisa Ie palefrenier d'un ceil qui - Je m'appelle Soura. Je viens du pays bwaba. Mon nom de combat est
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ca lmerai t un buffle . Qui saura it garde r se s n erfs deva nt Li guid y ? II domi nai t le p eti t: Rougbeinga. Le but de mon action etait de prendre la place du nassara, de devenir
pa le freni er de sa haut e sta ture . Se s c ris a che vai ent de pani quer le pauvre qui a vait le chef comme lui et Liguidy. J'ai su par la ruse et la force, mobiliser les pauvres
visage couve rt d e jet s de sa liv es proje te s a c haque hurle me nt du tit an. imbeciles en leur promettant de l'argent et des animaux. Quand les salauds ont
- II Y a des hommes qui sont venus ce matin. Ils etaient nombreux ... Et ... compris que je voulais vous evincer, les laches m'ont abandonne et ils ont fui en
- Et quoi ? hurl a Liguidy en ecrasant de plus en plus fortement le poignet du G ol go ss a va nt l e d eb ut d es h os ti li te s.
palefrenier. Les quelques jeunes de Sambisgo, Reo, Tenado, etc., qui me suivaient ne
- Je vous dirai tout ... Les hommes sont dans les grottes des collines la-bas, hots faisaient que voler leurs freres pour moi et mes hommesO. Maintenant qu'ils ont
du village. compris leur erreur et se voyant rejetes par leurs parents, ils ont prefere l'exil en
Li guidy h urla sa joie . II rayo nnai t. D'un p as a le rte, i l sorti t et revel a a Mer cadi eux Goldgoss.
sa decouverte. On ligota le chef de Thyou et on proceda a l'encerclement des Tous mes chefs de groupe sont morts dans la grotte. IIs ont ete blesses pendant
collines et des rochers. Les forgos releverent des traces de pas a l'entree de la plus l'attaque que nous avons menee contre Thyou. J'ai echoue dans rna tentative. Je
grande grotte qui avait un diametre de plus de trois metres et une hauteur de deux reconnais comme tout le monde main tenant que le nassara est un dieu pour nous
metres. Le Rose installa sa mitrailleuse a l'entree. L'emplacement terrnine, les Noirs, et que l'attaquer ou refuser de se soumettre a lui, est aussi insense que
Mercadieux ordonna le feu. Pendant plus de deux minutes on tira sans arret dans vouloir dormir sur la tete. Tuez-rnoi ! j e ne merite pas de vivre, apres avoir rnene a
les grottes. la tombe des milliers et des milliers de mes freres Noirs par mes folIes idees. Toute

- Cessez le feu! Balonnette au canon! Dans cinq minutes, nous investirons CCR guerre est un jeu dont la vie est l'enjeu. J'ai perdu la partie, je dois payer de rna vie.
grottes. Pas de quartier. - Pour la mort qu'il ne s'inquiete pas; il aura rnerne plus. Qu'il nous dise
- Mon c ouma ndow, ce pa la pe l, affi rma Li guidy . comme nt i l a pro ce de pour e mpoi sonner l es puit s.
II fit retirer les mitrailleuses et comrnenca a amasser du bois sec a leur place, y - Cela a ete tres simple. J'ai propose a Nanga que j'ai contacte secretement par
aj outa de s fe uil les frai che s e t des pan iers de pi men t re che rche s da ns le vil la ge, a vant : l'intermediaire de Balily, un troupe au de bceufs et six jeunes filles contre sa
de mettre le feu. II avait mis en exergue tout son talent de chasseur de rat. Un epais p ar ti ci pa ti on d an s l 'e mp oi so nn em en t d es p ui ts .
r id ea u d e f ur ne e s 'e le va . D es q ui nt es e cl at er en t p ar to ut , l es a rc he rs l ar mo ya ie nt . - Oh aaa ! Quel menteur! Tu me connais toi ? OU rn'as-tu rencontre pour
Dans l a grott e la sit uat ion eta it i nte nabl e. Rougbe inga , qui ava it compris que tout conclure de tels macabres accords? Pour tout l'or du monde je ne trahirais pas mon
et ai t fi ni, pensa qu'il pouv ait etre e ncore u til e a quel que chose : empech er le n assa ra coumandow.
d'aller a la recherche des combattans dans leurs villages. II resolu de se rendre. LCR - Laisse-le parler! gronda Liguidy. Je ne sais pas comment parmi tous les forgos
au tres s'e tai ent p oigna rdes e t dla ien t de ja sous l 'e ffet du poi son . c'est toi seul qu'il a choisi ?
- II ne t arde ront pas a sorti r, ave c c et te fumee. R afal ez -le s t ous. - Je ne mens pas. Merrie l'attaque pour le vol du haricot a ete mene a partir de

- Dis au coumandow que je veux le fameux Rougbeinga vivant. Ne tirez pas, chez Nanga. Nanga, tu n'as pas besoin de me trahir toi aussi? Quand on t'a envoye
mes hommes et moi allons les assomer au fur et a mesure qu'ils mettrons le nez demander les renforts a Ouagadougou et que tu as envoye Som'miba m'avertir,
dehors. qu'est-ce que je t'ai donne? D'ailleurs Som'miba m'avait dit que tu avais garde tous
- Tres bien, comme vous voulez. En effet, il nous faut Ie Rougbeinga vivant. les animaux pour toi seul et que tu les avait envoyes dans ton village.
A l'etonnement de tous, une seule personne sortit de la grotte a demi evanouie, Si tu veux jouer au plus malin je dirai tout. J e vais ...
Une nuee de gourdins l'aplatirent au sol. On s'empressa de le ligoter. Comma -Traduisez- moi ce qu'il est en train de dire.
personne ne se decidait encore a sortir, on eteignit le feu. Liguidy entra lui-memo - M on c omm an da nt , ille me nti r, ment ir bou cou ! C e fo ufafou.
dans la grande grotte, mais il ressortit l'instant d'apres, toussant comme un

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- Allons Nanga! pas de mensonges inutiles! Nous avons joue et nous aVOl1H Le s f em me s se d is ti ng ue re nt d an s c et te o eu vr e d e r ec on st ru ct io n. El le s f ou il la ie nt
perdu. Malheur aux vaincu ! voila la fondamentale de la guerrre. Tu sais bien que III opi nia tre me nt la brousse pour cuei ll ir des feu ill es et de terre r de s ra cin es, e lement s
devais me seconder en cas de victoire, done n'essaie pas de mentir. Nanga, tW de base des rep a s dans les familIes. La cuisine achevee, elles rejoignaient les
m'aba ndonne pas ca r. .. hommes dans les travaux des champs. On cultivait merne la nuit s'il y avait clair de
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- Ca va ! N ous verrons cela plus tard. En attendant, occupons-nous des rebelles, lune. Le mois de juillet etait le mois de la saison, disait-on. Celui qui ne reussissait 78/82
dit s ne rveusemen t Merc adie ux. Nan ga, tu e s au x arre ts. pas son champ en juillet, perdait toute une saison. Et depuis l'arrivee du nassara,
Apres tro is j ours de foui ll es min utie uses d ans tout e l a brousse de Thyou comma rater une saison, c'etait rater une vie entiere si les parents ne vous venaient pas en
dans toutes les cases, Mercadieux ordonna le retour a Koudougou, convaincu C ] t W aide.
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les fuyards avaient deja reussi a joindre la Gold Coast. Liguidy nomma le jeune Ce qui e tai t tr es e nerva nt, c'eta it q ue d epui s son arri vee, cha que an nee, l e n assa ra
p ale freni er che f de Thyou. L'anc ie n c hef e ta it dec hu. Lig uidy obl ige a la pop ulat ion rravaillait a faire avorter les champs au mois de juillet: c'etait ce mois qu'il avait
r as se rn bl ee a l e h ue r e t a a cc la me r l e n ou ve au , l 'e x- p al ef re ni er . choisi pour feter ou honorer on ne sait quel dieu. Une semaine avant la fete il
- Si quelqu'un remarque la presence d'un rebelle dans les environs, qu'il alerto cxigeait que tout le monde soit a Koudogo. On ne repartait que trois jours apres la
votre jeune chef qui viendra m'informer. Je m'adresse aux anciens conseillers cit! fete. Plusieurs fois, les chefs de village avaient saisi Liguidy pour lui demander de
che f e cart e. Je vous pre vie ns que si pa r ha za rd, un mal heur quel conque arri vai t ell a faire reculer la date de la fete du "katosse joulier". IIs voulaient que "joulier "fUt
jeune chef, je vous ferai tous pendre, d'abord par les pieds et en s uite par la tete. Jt l apres les recoltes, C'etait peine perdue. La fete de joulier continuait a perturber les
sais de quoi vous etes capables avec vos poisons et vos "mauvais yeux". L'ancieu c ult ures. Ma is av ec l es da nses e t l es j eux, o n tro uvai t de quo i se console r.
chef sera le palefrenier du nouveau qui heritera tout de lui, y compris ses femmes ! Le "jo ulie r" de ce tt e an nee fut exce pti onne l. Ligui dy a vai t con voque les vil la ges
et j'enverrai des gens constater que tout reste en ordre dans ce village. Si jarnais plus d'une semaine a l'avance. Aucune absence n'etait toleree, II fit preparer de la
vous ne restez pas sages, on entendra plus parler de Thyou. biere de mil pour tous les etrangers. Chaque quartier de la ville fut oblige d'abattre
La foule se je ta a te rre et s'ar rosa d e poussi ere en signe de so umi ssio n. par jour un bceuf et de preparer des boules et des boules de mil bouilli pour nourrir
les etrangers, "Le katosse joulier de cette annee doit etre dujamais vu. II faut que
d es g en er at io ns e nt ie re s p ar le nt d e c et te f et e ! " a ff fi rma it L ig ui dy .
Chaque nuit, apres le repas, un tam-tam s'allumait timidement, s'accentuait,

appelait d'autres tam-tams a son secours, et tous ensemble ils allurnaient le feu de
Les evenements avaient precipite le temps. Le mois de juin venait de mourir, l a d an se . L a v il le e nt ie re s 'e nf la mm ai t c omm e Wl torchon sous le feu des flutes, des
Jui ll et eta it venu a grande s enja mbe es e t a vai t he rit e d e gran des pl uie s. Dame na ture tam-tams, des tambourins, des balafons, etc. On s'entrainait pour le "katosse
etait verte et rayonnante de sante. Elle s'etait remise de ses brulures des feux do joulier".
tout genre. Le jour de la fete arriva. II plut toute la nuit comme si "Ie ciel s'etait ouvert le
La faune, de la gent herbivore a la gent carnivore en passant par les autres, tels ventre", mais cela ne changea rien a l'animation. Les "indigenes" sortirent
que l es vers de t erre , dans cet ed en, se mul ti plia it . Le te mps eta it a l'abon danc e. nombreux le matin, pour le grand rassemblement devant la grande maison du
Tout enfer cree son paradis, ou de tout enfer nait un paradis. Toutes lCH coumandow. L'orage avait presque cesse et l'eau charriait les ordures de la ville qui
populations durement eprouvees par le soulevernent furent tres heureuses semblait nager dans l'eau couleur de laterite. Une fine pluie continuait de tomber et
d'apprendre que tout etait fmi, que l'ordre ancien etait revenu. L'ordre ancien ... L{I le sol eil he si ta it a se mont rer c e mat in.
nassara et son enfer demeuraient. On pleurait les morts mais la vie prenait le Liguidy installa lui-rneme les differents groupes de danseurs. Mais il confia a
dessus. Les familIes et les villages se reorganisaient, On trimait dur et on se hatait chaque chef de quartier, la responsabilire de l'organisation des danses. Toute

de rattraper la saison des pluies qui, furtivement, s'etait enfuie a la faveur des defaillance serait severernent sanctionnee, ajouta-t-il.
evenernents. Derriere les rangs que formaient les forgos, de la maison du coumandow a son
Pour l es ca se s det ruit es, il fallait attendre la fin de la saison des pluies. En bureau, Liguidy installa deux rangees de fusiliers pour rendre des honneurs
attendant, on s'empilait dans les cases en bon etat, ou tout simplement on bruyants a son ami. Quand il jugea que l'organisation etait parfaite, il ordonna les
de poui lla it l es gren iers vid es pour re faire d es toi ts. II fa lla it te nir bon. II et ai t insen se danses.
de croire que si les greniers etaient aussi vides que les ventres, cela empecherait lc Les tam-tams s'ebranlerent. Flutes, cors ou simples voix d'hommes jaillirent de
nassara d'etre moins cup ide et moins exigeant. Tout le monde s'attela done a III pa rtout . La foul e na guere ca lme s'exc it a. Les da nseurs s'e nli se rent d ans la boue . Il s
r ec on st ru ct io n, s ur to ut a Pa lo zo e t a S ar nb is zo . rnal axe rent la terre trer npee de l eurs l arge s e t durs pi eds fend ill es comme de s mari-

ill'I I

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gots sees de la savane. Guerre de tam-tams; frenesie des pieds et inondatation c' es t l e d ebu t de l a m a lad ie ", d is en t l es a nci en s. O n fa it t ou t p ou r vo us re nd re b ien
corps. Le diable de la danse posseda tous les corps, rnerne ceux des . et vous persisteza rester dans l'anirnalite. Comparez le morceau de pagne qui vous
spectateurs. traverse les fesses a rna culotte. La difference: est enorme, Soyez plus malins que ca,
Liguidy, confortablement installe sous le grand hangar avec tous les et comprenez que les nassaramba ne seront jamais les egaux des Noirs.
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de laville, les mong peres y compris, lanca un concours de danse. L'enjeu :le Les routes que Farance vous fait faire, les ponts, les pampams et autres maisons 79/82
qui allait t ri omp he r a ur ai t u n i rn pot s upp ri me po ur c et te a nne e, en tr e l e qu'il vous fait construire, c'est pour votre bien. C'est pour vous rendre un jour
l 'a ra ch id e e t le s n oi x de k ar it e. D e vi eu x d an se ur s r er np la cer en t l es pl us j eun es heureux. Vous ne serez plus des sovasses (sauvages) mais des senvilises (civilises),
firent rejaillirent des rythmes et des pas qui n'etaient plus que des souvenirs. Paranee va vous apprendre des choses merveilleuses, seulement il faut travailler
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ra ge d e v ain cr e s 'e mp ar a d es g ri ot s c omm e d es d an se ur s. L' en je u e ta it d e t ai ll e, q ua nd o n v ous l e de man de . S i vo us e te s b at tu s c ha qu e f oi s p our l es i rn po ts , c 'e st
faliait sebattre et surtout gagner. On dansa comme on ne le fit jamais. parce que vous ne les cherchez pas a temps.
Le soleil avait gagne en hauteur mais il etait aussi doux: qu'un feu de Ceux qu'on envoie a Bamonko, vont construire une route pour le tirain. Le
pe nd an t l e f roi d. L a da ns e. El le s eu le p ouv ai t s up pr im er l es im po ts . L a f ou le s nassara n'amenera pas cette route chez lui. Elle restera pour vous, vos petits-fils et
laissee emporter. L'univers de la danse s'installa. vos arrieres, arriere-petits-fils.
Le coumandow aliait bientot sortir de sa maison et rejoindre sa place SOliS Merrie chose pour les travaux au bord de la grande eau salee a Rakar et a
ha ng ar . L es f org os s e r ed res se ren t l eur s r an gs e t ep au ler en t l eu rs f us il s. L es ., Ba ss am. C' es t po ur v ot re bi en , m oi j e s ui s d eja ci ta yie n d e P ara ne e. J e r emp la ce
j au ge re nt l a p ou dr e d e l eu rs f us il s a p ie rre . Le s g rio ts de Li gu idy f ro tt er en t desormais le fusille Nanga, un salou comme vous.
index sur leurs tam-tams et irniterent le rugissement du lion. Farance veut vous ..."
Tout de blanc vetu, le coumandow et sa femme apparurent. Les Le commandant fit taire l'interprete. La foule toujours assise cornrnenca a
tonnerent, Les forgos releverent leurs tetes rouges a la maniere des vieux: ', .' remuer. Des commentaires furent entarnes. On se chuchotait a l'oreille. Mais
La grande flute jaune sonna son tarra ... tata, tarratata, son paki bousse, paki paId", soudain, sans que l'on ait erie cette fois silence, la foule se tut. Elle porta son
Le coumandow fit hisser le morceau de pagne. Tous les nassaramba se . at te nt io n s ur u n f or go a c he va l q ui se d ir ig ea it ve rs l e h an ga r du c omm and an t.
e t p or te ren t l eur ma in d ro it e a l a h aut eu r de l eu r te mp e dr oi te. Dr ol e d e [Link]~UUI De rr ier e l ui v en ai t u n h omm e de gr an de t ai ll e, ba rb u, l es ma in s de rr ier e le d os e t
L es ta m- ta ms s 'et ai ent t us . La fo ul e re st a s il en cie us e. O n s ou le va it d e qu i s emb la it m ar ch er a u r yt hm e d u c hev al . Q ua nd l e f org o a rr iva a u n iv ea u de la
t em ps l es p eti ts e nf an ts tr op cu ri eu x a fi n q u' il s vi ss ent l es n ass ar am ba foule, celle-ci fremit. L'homme portait au cou une grosse corde dont le forgo tenait
grand hangar. Iebout.
Le coumandow fit ordonner a la foule de s'asseoir a merne le sol boueux:. Le ventre plat, les yeux:creux:,extenue a l'extrerne, le prisonnier dandinait a la
se leva, parla fort et pendant longtemps. maniere des gens qui avaient beaucoup bu. Alars se produisit un evenement des
- II a dit, repeta le forgo interprete, qu'il n'est pas content de vous cette p lus i na tt end u. U n je un e h om me j ai ll it d e l a f ou le , u n co ut eau a la m ai n. I I h ur la it
Vous avez manque du respect a son pays, a sa personne, a tous les nas co rn me u n po ss ed e : "Rougbeinga ! Rougeinga !..." II se saisit de la corde et se mit
naba Liguidy et a moi meme Koorgo le chef des gardsekse. i li a co up er e n p le ur ant d e r ag e. L e f or go s au ta d e s on ch ev al e t v oul ut i nt er ven ir .
Farance son pays, le pays de tous les nassaramba et rnerne de moi-rneme, l .e je un e l ai ssa l a c ord e e t b ond it s ur l ui . S on p oi gna rd p en et ra p lus ie urs f oi s d an s
que je suis un citayien, je dis alars, notre pays, veut vous aider, vous . K a p oi tr in e. L e f or go s 'a ff ais sa . L e j eu ne se m it a c he va l s ur l ui e t c on ti nu a a le
f air e d e v ou s l es N oi rs, d es h om mes u ti les m ai s v ous le s No ir s v ou s n e l-VlllJJJ;1II11 frapper de son poignard. Les autres forgos accoururent, essayerent de maitriser le
rien, [[Link] d'entre eux:furent frappes au foie. I1sreussirent neanrnoins a le ligoter.
Le coumandant par rna noble voix vous demande de cesser votre Le Rose, tres furieux, sortit son pistolet, plaqua le canon contre l'oreille du jeune
paresse et de comprendre que seul le travail, rien que le travail, fera de vous: t'I'
tira. La balle fit peter sa cervelle et entra dans la foule ou elle se logea dans le
Noirs des hommes valables. ventre d'un danseur en tenue d'apparat. La foule voulut se lever pour fuir. Les
Le nassara, vous le savez tous, est superieur et de loin incomparable au Noir, Ii)rgos se firent menacants, Elle se rassit. Des enfants criaient. L'effroi se lisait sur
n as sa ra mb a v on t vo us a pp re nd re la v ra ie v ie c ar , j us que -l a, v ou s n' et es ( ,1 \.10 tous les visages.
a ni ma ux et p eut -e tre r nem e m oi ns . C omp are z- vou s a ux a ne s o u au x b eeu fs : R ou gb ei ng a n on pl us n 'a p as b oug e, I I n 'a va it p lu s la f orc e de I e f ai re .D ep ui s s a
marchez pieds nus, eux ils ont des sabots, eux:ilstravaillent et vous, vous capture, il avait decide de mettre fin a s es j our s e n r ef us an t d e s' al ime nt er , rn a is
Le coumandant n'est pas content de vous. II est afflige par votre cornoortera quand les forgos s'apercurent qu'il jetait les rares plats qu'ils lui donnaient, ils
i rr es po ns ab le d e c et te a nn ee , " Qu an d le p ie d ve ut d ev en ir p lu s gr os qu e l a

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l'obligerent a boire et a avaler de la nourriture, car le coumandow le voulait vivant .. futures ne feront rien aussi. Pis, quand eiles payeront pour emprunter le tirain ou la
j'usqu'au j our de la fet e du quatorz e j uil let . Au ssi rata -il rne rne sa mort. gra nde, grande pirogue , ell es ne se ra ppele ront jamais que c es deu x morce aux de fer
A l a vue de ce tt e i mme nse foule , i l se sent it renai tre, Une se nsa tion i ndescrip t •...,.. reposent sur vos os, que cette eau n'a ete rnaitrisee que par votre courage et votre
s'empara de tout son etre et l'excita a teile enseigne qu'il se mit a transpirer. sacrifice et que son ecurne a ete blanchie par vos squelettes. Alors, il est temps de
re sse ntai t l e t orrent i rnpet ueux de ses ve ine s. Cett e foul e lui avai t insuffl e un "C;\,..VU\,I)
[Link] faire quelque chose mes freres. Prenez du temps pour vous reorganiser mais 80/82 ne
souffle. Le film de sa vie pas s a. Son enfance merveilleuse dans l'eden du c ess er j ama is l e c omb at . J am ai s.
bwaba. Son amour pour Botoni. Ill'appela a haute voix deux fois. Non, eile n Les forgos s'ernparerent de lui. Quand il arriva sous le hangar, Liguidy se leva,
pas la, se remit-il a l'evidence. Il la retrouverait bientot, se consola-t-il. . sorti t prompt ement son cout eau e t l ui coupa sa l ongue barbe .
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IIn'avait pas peur de mourir, car il avait eu tout ce qu'un homme POUVa1t - Que tous ceux qui connaissent cet hommese se levent ! r ugit Liguidy en levant
dans la vie . IIavait connu la joie de la victoire et celIe du combat. IIavait eu la I e g er be d e p oi ls .
en la liberte et goute le nectar qu'est la prise de conscience d'un peuple, le sien, et Evide ment personne ne se l eva.
revolution consequente. - Voil a sa barbe , dit-i l a vec hai ne. Cet homme s'a ppelIe R ougbeing a. C'est lui qui
IIavait vecu par le souffle de la danse. IIavait vecu par Ie souffle de la lutte, a induit en erreur des milliers et des milliers de mes sujets. Le voila aujourd'hui.
le souffle de la chasse et de la peche, il avait vecu, IIvivra. Eternel. Tout ce qu'il vous a raconte est tres faux. Les nassaramba sont la pour nous aider.
A present il comprenait mieux que l'homme le plus ignorant etait celui A que l qua rti er appa rtie nt l e je une qui a essaye de le secouri r ?"
cal cula it son age en a nnee s. L'age d.u n homme deva it se ca lcul er e n servi ces Aucune reponse.
a son peuple . Lui , So ura Rougbe inga Da kuo, e tai t c ent enai re. IIse rappela du - Que tous les chefs de quartier viennent ici I s'ecria-il,
sauveur dont avait parle Tempoure. Voila un homme! IIs'eta it fait t uer pour Les vieux vinrent de la foule, courbes et claquant des pouces en signe de
p eu pl e. Un a ct e c ou ra ge ux b ie n q u' il r ot c el ui d 'u n n as sa ra -r ou ge . soumission. Aucun d'eux n'affirma reconnaitre le cadavre du jeune qui baignait
Bamonko, ses huttes, ses morts, morts pour rien. Morts pour nourrir la dans une mare de sang.
Morts pour nourrir Bamonko. La route du tirain. La chicotte des forgos .. 1.)£[Link]\,.'Ulli - C'est mon frere, dit en souriant Rougbeinga. Regardez-le, il sourit. Le voyez-
Le s c hoses-noires-pour-Ie -trav ail . Le s c hose s-n oires-pour-Ie -trava il vous sourire ? IIe st h eu re ux . V iv re . IIvivra. Eternel. IIn 'e st p as mo rt . IIne saurait
d'inhumaines conditions. mourir. Par son acte il s'est immortalise. Je ne vous demande pas de faire sur-le-
I lo uv ri t l a b ou ch e p ou r l a p re mi er e f oi s d ep ui s s on e mp ri so nn eme nt . cha mp comme l ui. Non! Prene z votre te mps, uni sse z-vous et c ombat te z.
- Re stez c almes mes freres. Le s h yenes que vous voyez deva nt vous, nc :ane ll Ci! - Tais-toi ! hurl a Li guidy. Reg ardez t ous, dit-i l, nous all ons vous mont rez a t ous,
croient vous exterminer tous. Rassurezvous, mes frere, un jour les comme nt desorma is, le c ouma ndow et moi trai terons l es reca lc itra nts. Voye z-vous
retourneront d'ou ils sont venus et la liberte renaitra. Un jour tous les Noirs ce long mat ? Vous vous demandez sans doute a quoi il va servir. Eh bien! je vais
r on t e t b oi ro nt e ns em bl e. vous le dire : Rougbeinga y sera au sommet tout de suite pour y faire bouillir du
S'ils disent que nous les Noirs sommes des nimaux, ils ont menti car ils b ei ng a ( ha ri co t) !
avec nos seeurs ces nassaramba. Les peuples noirs sont comme le ciel, on ne Et il se mit a ri re. Les c hefs de quart ier ri rent aussi d'un rire mi nabl e.
fa ire se mbl ant d'ignore r son e xiste nce en evi tant de le regard er. La f ou le , s il en ci eu se , a ss is ta it p et ri fi ee . L ig ui dy d et ac ha l es m ai ns d e R ou gb ei ng a.
J'ai entendu un menteur vous conter tout de suite que vous travaillez pour I I a v ai t d ec id e d e c on du ir e l ui -me rn e l 'e xe cu ti on ,
propre interet et pour celui des futurs generations. Quel noble mensonge I Rougbeinga se leva avant qu'on ne le lui cornmandat, sourit ala foule et alia vers
routes du tirain et tous ces amenagernents des bords de la grande eau salee Ie poteau. Avant qu'un forgo ne le rattrap at il avait deja mis une deuxierne corde a
lesquels vous mourez, ne profitent qu'aux nassaramba et a leurs forgos. Et Han cou, celle qui pendait le long du mat, et criait a l'intention de la foule :

profite ront a l 'a venir qu'aux pet its-fil s, arri ere-pe tit s-fl ls
nouveaux forgos, c ar ils a uront de nouv eaa ux forgos.
d es na ssa ramba e t
a - N 'a ba nd on ne z j am ai s l e c omb at . E nse ig ne z- Ie a v as f il s q ui I e t ra ns me tt ro nt
au x generations futures. Mort aux nassaramba et a leurs forgos ! Mort aux chefs ala
Nous mourons pour rien, nos enfants ne profiteront de rien. Je vous parie Ho ld e d es n ass ar nr ab a c om me l es Li gu id y !
jour on demandera aux petits-fils des gens qui sont morts dans ces . Le forgo qui le tenait eut un mouvement de recul et le lacha. IIavait subitement
payer de l'argent ou des animaux pour profiter du fruit du sacrifice de leurs el l peur de cet homme qui semblait defier la mort.
Il s paye ront, j e v ous l e di s, et aux nassara mba et a l eur nouvea ux forgos. Le commandant tonna un ordre et quatre forgos se mirent derriere le poteau.
Si vous n'engagez pas le combat tout de suite, si vous vous laissez mener 1' : 11 peu de temps Rougbeinga fut au sornrnet du mat. On eut dit qu'il continuait de
des animaux au sacrifice du Tinse (sacrifices aux dieux de la terre), les gene:a1:l1

164
souri re a l a foul e. Ell e fremit, Des femmes pl eure rent e t detou rnerent
l'horrible spectacle.
Liguidy aligna ses fusiliers, les disposa face au mat, et a son ordre, il s
dechargerent sur Rougbeinga deja mort en haut du mat. Des griots crierent p o u r
saluer l'aete.
[Link] L'HARMATTAN 81/82
-: Debou t ! q ue le s danses re prenne nt, eri a Li guidy a l 'inte nti on de l a foule. 5-7, rue de l'E co1e-Po1ytechnique; 75005 Paris
La foule se l eva . [Link]
- Que les dieux protegent le eommandow ! h urla Liguidy. Que les dieux harmattan l@[Link]

5/10/2018
nuit et jour sur nos amis nassaramba! Norbert Zongo-
Vivre Farance ! V ivre Farance ! R epetez tous [Link]
L'HARMATTAN, ITALIE
ense mbl e. Vi vre Fa ranc e ! Via De1ghi Artisti 15 ; 10124 Torino
La foule repeta d'une voix hesitante : T e1 :( +3 9) 0 11 8 17 1 3 88 1 ( +3 9) 3 48 3 9 8 91 98

- Dibre Farnce ! [Link]@[Link]


- Vivre eoummandow ! Plus fort! plus fort! L'HARMATTAN HONGRIE
- Dibre eoumandow ! Konyvesbolt; Kossuth L.u. 14-161053 Budapest
Tel.: (+36-1) 267-59-79,
- Vivre Farance I hurla-t-il de nouveau.
Fax: (+36-1) 328-09-19
- Dib re Faranc e ! r epri t la foul e. [Link]
- Vi vre Ie k atosse jouli er !
- Dibre le katosse joulier ! ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA
Faculte des Sciences Socia1es,
- Que les danses reprennent de plus belle; e'est Ie katosse jouilier! Danser
Po1itiques et Administratives
amusez-v ous en l'honne ur de s nassaramba, nos amis de t oujou rs. B P 2 43 , K IN X I ; U n iv er si te d e K in sh as a
matangilamusadi1a@[Link]

L'HARMATTAN GUINEE
FIN
A lm am ya R ue K A 0 28 .
E n f ac e d u r es ta ur an t I e c e dr e
O KB a ge ng y B P 3 47 0 C on ak ry
(+224) 60 208508
hannattanguinee@[Link]

L'HARMATTAN COTE D'I VOIRE


M . E ti en N 'd ah A hm on
Residence Karl 1 Citedes arts
A bi dj an -C oc od y 0 3 B P 1 58 8 A bi dj an 0 3
( +2 25 ) 0 5 7 7 8 7 3 1
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BP 11486 Yaounde
( +2 37 ) 4 58 6 7 0 0 1 9 7 6 61 6 6
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[Link] 82/82

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