Corrigé : Examen régional : Académie de Marrakech-Tensift El Haouz (session de juin 2012)
Texte :
On lui a mis une petite robe qui lui va bien. - Ah ! m'a-t-elle dit.
Je l'ai prise, je l'ai enlevée dans mes bras, je l'ai assise J'ai ajouté :
sur mes genoux, je l'ai baisée sur ses cheveux. - Veux-tu que je sois ton papa ? L'enfant s'est
Pourquoi pas avec sa mère ? - Sa mère est malade, sa détournée.
grand mère aussi. C'est bien. - Non, mon papa était bien plus beau.
Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, Je l'ai couverte de baisers et de larmes. Elle a
embrassée, dévorée de baisers et se laissant faire mais jetant cherché à se dégager de mes bras en criant :
de temps en temps un coup d'œil inquiet sur sa bonne, qui - Vous me faites mal avec votre barbe.
pleurait dans le coin. (…) Alors, je l'ai replacée sur mes genoux, en la couvant
Hélas ! n'aimer ardemment qu'un seul être au des yeux, et puis je l'ai questionnée.
monde, l'aimer avec tout son amour, et l'avoir devant soi, qui - Marie, sais-tu lire ?
vous voit et vous regarde, vous parle et vous répond, et ne vous - Oui, a-t-elle répondu. Je sais bien lire. Maman me
connaît pas ! Ne vouloir de consolation que de lui, et qu'il soit le fait lire mes lettres.
seul qui ne sache pas qu'il vous en faut parce que vous allez -Voyons, lis un peu, lui ai-je dit en lui montrant un
mourir ! papier qu'elle tenait chiffonné dans une de ses petites mains.
- Marie, ai-je repris, as-tu un papa ? Elle a hoché sa jolie tête.
- Oui, monsieur, a dit l'enfant. - Ah bien ! je ne sais lire que des fables.
- Eh bien, où est-il ? - Essaie toujours. Voyons, lis.
Elle a levé ses grands yeux étonnés. Elle a déployé le papier, et s'est mise à épeler avec
- Ah ! vous ne savez donc pas ? il est mort. son doigt :
Puis elle a crié ; j'avais failli la laisser tomber. - A, R, an R, E, T, rêt, ARRET...
-Mort ! disais-je. Marie, sais-tu ce que c'est qu'être Je lui ai arraché cela des mains. C'est ma sentence de
mort ? mort qu'elle me lisait. Sa bonne avait eu le papier pour un sou.
- Oui, monsieur, a-t-elle répondu. Il est dans la terre Il me coûtait plus cher, à moi.
et dans le ciel. Il n'y a pas de paroles pour ce que j'éprouvais. Ma violence
Elle a continué d'elle-même : l'avait effrayée ; elle pleurait presque. Tout à coup elle m'a dit :
- Je prie le bon Dieu pour lui matin et soir sur les - Rendez-moi donc mon papier, tiens ! c'est pour
genoux de maman. jouer Je l'ai remise à sa bonne.
Je l'ai baisée au front. - Emportez-la.
- Marie, dis-moi ta prière. Et je suis retombé sur ma chaise, sombre, désert,
- Je ne peux pas, monsieur. Une prière, cela ne se dit désespéré. À présent ils devraient venir ; je ne tiens plus à rien ;
pas dans le jour Venez ce soir dans ma maison ; je la dirai. la dernière fibre de mon cœur est brisée.
C'était assez de cela. Je l'ai interrompue. Je suis bon pour ce qu'ils vont faire.
- Marie, c'est moi qui suis ton papa.
I. COMPRÉHENSION : (10 points)
1. En vous référant à l’œuvre dont le texte est extrait, recopiez et complétez le tableau suivant : (1 pt)
Une autre œuvre du même
Prénom et nom de l’auteur. Genre de l’œuvre. Siècle.
auteur.
Victor Hugo Roman à thèse XIXème siècle Les misérables
2. Situez le passage par rapport à l’œuvre dont il est extrait. (1 pt)
Le condamné est dans une cellule à la Conciergerie car c’est son dernier jour. On lui amène sa fille Marie car il sera exécuté dans
peu de temps.
3. Les informations suivantes sont-elles vraies ou fausses ? Justifiez chacune de vos réponses en citant une phrase du texte : (2 pt)
a. Marie est accompagnée par une autre personne. Vraie : « … sa bonne, qui pleurait dans le coin. » « Je l'ai remise à sa bonne. »
b. Marie veut bien que le narrateur soit son père. Fausse : « - Non, mon papa était bien plus beau. »
c. Marie lit au narrateur une lettre de sa mère. Fausse : « C'est ma sentence de mort qu'elle me lisait. »
d. Le narrateur est satisfait de cette rencontre. Fausse : « - Emportez-la. » « Et je suis retombé sur ma chaise, sombre, désert, désespéré. »
4. Pourquoi Marie ne reconnaît-elle plus son père ? (1 pt)
La fille ne reconnaît pas son père car son physique a énormément changé. (Elle ne l’a pas vu presque une année).
5. Relevez deux mots appartenant au champ lexical de l’affection. (1 pt)
Baisée, baisers, aimer, caressée, embrassée, amour, consolation.
6. « Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant : - Vous me faites mal … »
Transposez cette phrase au discours indirect, sachant que le narrateur rapporte ses propres paroles. (1 pt)
Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant que je lui faisais mal.
7. « Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, embrassée, dévorée de baisers et se laissant faire mais jetant de temps en temps un
coup d'œil inquiet sur sa bonne, qui pleurait dans le coin. » (0,5 pt)
La figure de style employée dans l’ensemble des éléments soulignés est une gradation. Est-elle ascendante ou descendante ?
Une gradation ascendante
8. Quel est le registre qui domine dans ce texte ? (0,5 pt)
Le registre pathétique
9. Dans ce texte, le condamné est presque exécuté par sa propre fille avant même de l’être par le bourreau. Approuvez -vous l’analyse
exprimée dans cette phrase ? Justifiez votre réponse. (1 pt)
Exemple : Oui, le fait de ne pas être reconnu par sa propre fille a brisé la dernière fibre qui le retenait à la vie.
10. Peut-on considérer ce passage comme un réquisitoire contre la peine de mort ? Justifiez votre réponse. (1 pt)
Exemple : Oui, ce passage est un réquisitoire contre la peine de mort car la famille du condamné qui est pourtant innocente; se
trouve elle aussi victime de ce châtiment.
Mohammed Bouchriha. Lycée Ibn Sina. Marrakech. E-mail : bouchrihamed@[Link] Page 1
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