0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
78 vues38 pages

Garanties procédurales en droit congolais

Cette étude examine le respect des droits de l'accusé dans le cadre de la procédure pénale en République Démocratique du Congo, soulignant les violations fréquentes de la présomption d'innocence et des garanties procédurales. Elle met en évidence les lacunes dans l'application des lois et appelle à un renforcement des mécanismes judiciaires pour protéger les droits des accusés. L'objectif est de dénoncer ces méfaits et d'interpeller l'autorité judiciaire sur la nécessité de respecter les principes fondamentaux de la justice.

Transféré par

mukadijonathan64
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
78 vues38 pages

Garanties procédurales en droit congolais

Cette étude examine le respect des droits de l'accusé dans le cadre de la procédure pénale en République Démocratique du Congo, soulignant les violations fréquentes de la présomption d'innocence et des garanties procédurales. Elle met en évidence les lacunes dans l'application des lois et appelle à un renforcement des mécanismes judiciaires pour protéger les droits des accusés. L'objectif est de dénoncer ces méfaits et d'interpeller l'autorité judiciaire sur la nécessité de respecter les principes fondamentaux de la justice.

Transféré par

mukadijonathan64
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

NTRODUCTION

Mener à bon escient une étude requiert une démarche cartésienne, consistant avant tout entame
au fond, de poser la problématique, de proposer les hypothèses, de définir les méthodes et
techniques à suivre, de dégager l’intérêt, délimiter le champ d’étude, et d’établir enfin un plan
sommaire. La présente introduction s'assigne donc l'objectif d'épiloguer successivement ces
différents points précités.

I. Problématique

C'est par la place et le rôle que la procédure d'un pays accorde aux droits de l’accusé, qu'on peut
le mieux se rendre compte de la conception que ce pays se fait du droit, et du respect qu’il a pour
l’idée de justice : Dis-moi comment tu juges, je te dirai qui tu es. Deux conceptions totalement
différentes s’opposent en effet, si l’on veut ramener à l’essentiel les différentes procédures des
pays civilisés, souligne JEAN GRAVEN.1

JEAN PRADEL2 poursuit en ces termes : La procédure pénale, entendue comme étant un
ensemble des règles juridiques qui organisent la manière de procéder pour la constatation des
infractions, l’instruction préparatoire, la poursuite et le jugement des délinquants, a pour objet le
procès pénal. Le procès pénal est un long processus qui commence dès les premières
constatations des faits infractionnels et se termine par l’exécution de la condamnation par la
personne condamnée.3

Entre ces deux moments extrêmes s’articulent plusieurs étapes allant de la recherche de la preuve
au jugement du coupable. En fin de compte, le procès pénal vise à dégager la responsabilité
pénale de l’auteur de l’infraction et à fixer la sanction appropriée. Cette dialectique du procès
pénal demeure la même et se retrouve nécessairement, sous diverses formes, avec des conditions
différentes d’application, au fond de toutes les lois de procédure.

TASOKI MANZELE4 souligne que le procès pénal conduit donc du fait au droit, c’est à dire de
l’appréhension d’une situation de fait présentant les apparences d’un manquement à la justice loi
pénale à la constatation judiciaire de l’existence (ou non) d’une infraction et de son imputabilité
(ou non) à une personne avec les conséquences de droit.

1
Jean Graven, le Droits de l'accusé dans le procès pénal, Congrès international des juristes athènes, Grèce, 14 juin
1995,p.3.
2
Jean PRADEL, Procédure pénale, Paris, 14ème éd., Cujas, 2008, p. 11 ; Fréderic DESPORTES, Laurence
LAZERGES-COUSQUER, Traité de procédure pénal Paris, Economica, 2009, p. 1.
3
Denis ALLAND et Stéphane RIALS (dir.), Dictionnaire de la culture juridique, Paris, PUF, 2003, p. 1230
4
TASOKI MANZELE, Procédure pénale Congolaise, Paris, L'harmattan, 2016.p.22.

1
La déclaration Universelle des Droits de l’Homme, du 10 décembre 1948, pose le droit a un
jugement public indépendant, impartial et équitable et la présomption d'innocence, à la base du
procès pénal (art. 10 et 11).

Le droit à la présomption d'innocence et à un procès équitable ressort des articles 14 et suivants


du pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ces principes sont également
consacrés sur le plan interne, par la constitution, aux articles 16 et suivants.

La notion du procès équitable recouvrant de nombreux aspects également les droits et principes
suivants: le principe de la présomption d’innocence jusqu’à ce que la culpabilité ait été
légalement établie ; le droit de tout accusé de disposer du temps et des facilités nécessaires à la
préparation de sa défense ; le droit de se défendre soi-même ou d’avoir l’assistance d’un
défenseur de son choix; le droit de faire convoquer et interroger des témoins, et ; le droit de se
faire assister gratuitement par un interprète si cela est nécessaire.5

Cela veut dire d’abord que ce droit permet à l’accusé de se présenter en personne devant le juge
lors de son procès, ce que lui permet de connaître d’une matière détaillée les faits pour lesquels il
est poursuivi, ce qui lui offre la possibilité de s’exprimer et de se défendre, cela veut dire le droit
d’assister et de participer à son procès, qui apparaît comme une garantie du prévenu qui lui met à
l’abri de toute dérive du pouvoir exécutif, ensuite dans le cadre de la procédure pénale, il permet
à l’accusé de se confronter aux accusations et faits reprochés incluent dans les rapports ou les
procès-verbaux de l’autorité exerçant les fonctions de police judiciaire et enfin, ce droit offre au
prévenu la possibilité de suivre le déroulement de l’instruction de son procès, de voir le travail
fournit par sa défense et d’y participer, de répondre aux questions du parquet et des juges.6

Le procès équitable est un concept introduit par la Convention Européenne des Droits de
l’Homme. Il implique la garantie, pour tout justiciable, de pouvoir avoir recours à un juge
indépendant et impartial, statuant selon une procédure contradictoire et dans un délai
raisonnable. Il existe en ce sens, pour tout individu souhaitant faire valoir un droit devant un
juge, un droit au procès équitable. Cela étant, si la justice doit être rendue, elle ne se limite pas
qu’à l’obligation de prononcer une décision valide qui se rapporte à l’espèce examiné. L’œuvre
de la justice doit sa valeur à de nombreux facteurs. Loin de se limiter à la tâche de dire le droit,
elle s’entend aussi et surtout de la manière même de le dire.

Le droit à un procès équitable veut que toute personne ait de droit à ce que sa cause soit entendue
équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et

5
ANASS KIHLI, Le droit à un procès équitable devant la Commission africaine des droits de l’homme et des
peuples, Mémoireonline, Université Med 1er oujjda, Relations Internationales, 2008, p.9
6
MINGASHANG, « La mobilisation de l’argument du procès équitable dans le cadre d’une défense devant les cours
et tribunaux congolais », in Séminaire _de formation_Barreau_Procès_équitable, p.3.

2
impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de
caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.

Le jugement doit être rendu publiquement, mais l’accès de la salle d’audience peut être interdit à
la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l’intérêt de la moralité, de
l’ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des
mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l’exigent, ou dans la mesure jugée
strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans les circonstances spéciales la publicité serait
de nature à porter atteindre aux intérêts de la justice.

Cependant, quant est-il de toutes ces garanties procédurales en droit Congolais ? De l'instruction
préjuridictionnelle jusqu'à la phase du procès, les droits garantis à la personne accusée sont-ils
respectés par les autorités judiciaires ? Ces garanties procédurales sont-elles reellement connues
par ceux qui sont censés appliquer les lois ? Si oui, sont-elles scrupuleusement respectées ?

Telles sont les principales questions auxquelles nous tenterons de répondre tout au long de cette
étude.

II. Hypothèses

Il sied de noter que l’hypothèse est un ensemble d’une ou plusieurs réponses anticipatives qu’on
donne aux préoccupations à la problématique d’une étude susceptibles d’être confirmées ou
infirmées à la fin de ladite étude. Elle est également, une réponse dont la recherche a pour but de
vérifier le bien fondé ou le mal fondé de la question que l’on se pose. Elle est donc une
supposition que l’on se fait d’une situation possible ou non et dont on tire une conséquence
logique.7

Ainsi donc, on conviendrait que la justice congolaise offre un spectacle peu commode et même
désolant qui doit interpeler à la fois le juriste et le législateur. Très souvent, les justiciables
sortent des palais de justice avec un sentiment de résignation et d’amertume se plaignant de
l’inexistence de la justice dans nos tribunaux. Les droits de l'accusé ou du suspect ne sont pas
très souvent respectés. Le principe de la présomption d'innocence est une véritable chimère en
procédure pénale Congolaise.

L'armée et la police judicaire et plus récemment, le Ministère de la justice, traquent les


délinquants dans la ville de Kinshasa et partout ailleurs sur l'étendue du territoire national à
travers certaines opérations. Ces opérations consistent à arrêter les « Kulunas », à les présenter
publiquement, et ce, très souvent, sans procès ou jugement définitif alors que la Constitution de
la République démocratique du Congo ne prévoit aucune présentation publique des auteurs

7
GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Paris, 1971, pp.25

3
présumés des infractions, nous avons vu certains kulunas être condamnés en première instance à
la peine de mort, et exécutés alors même que le jugement les condanmant n'étaient encore coulés
en force de choses jugées. Comment justifier l'excécution des condamnés qui n'ont pas exercés
leur droit de recours ? Nous estimons que cette pratique constitue une violation flagrante de la
constitution, des droits d’autrui et de la procédure pénale congolaise; car pour punir un
délinquant, il faut d’abord l’avoir interrogé, avoir enquêté sur les circonstances objectives et
subjectives de la commission de l’infraction et avoir établi par un jugement définitif sa
culpabilité.

Certains journalistes qui présentent les auteurs présumés de l’infraction à la presse avant leur
jugement, notamment le cas des kulunas, commetent un délit de presse et s’exposent à des
poursuites judiciaires, si jamais les concernés arrivaient à saisir la justice. Faisons bref en disant
que cette pratique consistant à présenter publiquement les « kulunas » constitue une violation
flagrante de la loi.8 Ce cas fait parfois montre de l'ignorance de la loi dans le chef de certains
journalistes,mais aussi, et très souvent, d'une violention consciente du texte pénal, sous l'œil
impuissant de l'autorité judiciaire Congolaise.

Au-delà de cela, certains personnes accusées, notamment les kulanas, passent des jours au
cachot, sans être préalablement été entendus, jusqu'à à être transférés à la prison centrale de
Makala, sur base d'aucun jugement. Ce cas fait montre des graves violations des garanties
procédurales reconnues à l'accusé tout au long de la procédure.9

ll n'y a pas longtemps, à l'aéroport international de N'djili, une altercation a eu lieu entre une
femme, considérée comme suspecte par un militaire de la garde républicaine. Souhaitant à tout
prix que la dame quitte les lieux, le militaire en question lui a donné une gifle. La femme a alors
riposté en lui lançant son téléphone, ce qui a blessé le militaire grièvement aux lèvres et aux
joues. Il a ensuite commencé à lui porter des coups. Ses collègues sont intervenus pour tirer la
dame des mains du militaire, et par inadvertance, un coup de feu a été tiré.

Tout en saluant l'intervention de ses collègues militaires, cet élément de la garde républicaine a
été transféré à l'auditorat militaire pour être auditionné sur instruction du commandant. Il est vrai
que bien que cette dame soit suspecte, l'acte posé par le militaire est une violation flagrante du
principe de la présomption d'innocence.

Nous pouvons également citer le cas JM Kabund, il avait notamment dénoncé « le clientélisme et
la corruption à grande échelle » du pouvoir, accusé le Parlement de s’être « désacralisé », et

8
Voir l'ordonnance-loi n°23/009 du 13 Mars 2023 fixant les modalités de l'exercice de la liberté de presse, la liberté
d'information et d'émission à la radio et la télévision, la presse écrite ou tout autre moyen de communication en
République Démocratique du Congo.
9
Voir l'article 17 de la constitution du 18 Février 2006.

4
affirmé que « Félix Tshisekedi était un danger pour l’État ». Que les propos tenus par ce dernier
soient infractionnels ou pas, nous déplorons la façon dont il a été arrêté.10

En somme, cette façon de faire met en mal les garanties procédurales reconnues à l'accusé dans
la procédurale pénale Congolaise. Cela frise une violation flagrante des droits de l'accusé
Constitutionnellement garanties. Un renforcement de notre dispositif pénal ainsi qu’un contrôle
rigoureux et permanent des activités judicaires par les ministre de l’intérieur et de la justice
s’avèrent des impératifs intransigeants pour pallier à cette situation.

III. Intérêt de l'étude

La présente étude révèle un intérêt à la fois théorique et pratique. Sur le plan théorique, elle met
en exergue les différents princıpes fondamentaux régissant la procédure pénale Congolaise. Dans
sa dimension pratique, elle constituera un outil de dénonciation des méfaits qui pourra
interpeler l'autorité judiciaire dans le respect des textes.

IV. Délimitation de l'étude

BOULANGER BALLEY11 a affirmé à juste titre que toute démarche scientifique procède
obligatoirement par découpage de réalité et que tout travail est limité dans le temps et dans
l’espace . Ambroise KAMUKUNY MUKINAY12 renchérit en disant « restreindre le champ
d’application d’une étude est une loi de la démarche scientifique ».

De ce qui précède, notre étude sera délimitée matériellement, temporellement et


géographiquement.

Du point de vue de la matière, la présente étude porte sur le droit procédural, sur le plan
temporel, cette étude analyse le respect des droits de l'accusé sous la troisième république. Enfin
sur le plan spatial, notre champ d'étude sera essentiellement la République démocratique du
Congo.

V. Méthodes et techniques

La méthode est une démarche rationnelle de l’esprit pour arriver à la connaissance ou à la


démonstration de la vérité.13Il sied de signaler qu'en droit, écrit Ambroise KAMUKUNY

10
Voir compte x du journaliste Israel Mutombo visité dimanche le 20 octobre 2024 à 14H 5O’
11
BOULANGER BALLEY cite par SALAMU MULENGA, stabilité de texte Constitutionnel en RDC, UNIKIN,
2007-2008 p.10
12
KAMUKUNY MUKINAY.,(A) Contribution à l’étude de la fraude Constitutionnelle en droit Congolais, Paris,
Académie-Harmattan, 2011, p.13
13
OPANGA EKANGA ( V)., Cours de méthodes de recherche en sciences sociales et initiation à la recherche
scientifique, FED, UCC, 2016-2017, p. 48

5
MUKINAY,14 la méthode rêve plusieurs aspects. L’objectif du juriste étant de démontrer une
solution juridique, la méthode qu’il utilise doit être entendue comme la manière dont les juristes
organisent leur raisonnement pour parvenir à ce résultat.

Par techniques, il faut entendre les moyens auxquels le chercheur recoure pour récolter les
données.

A. Méthodes

La méthode exégétique s’offre mieux à nous car elle nous a permis, après l’accès aux textes
légaux de référence en matière, de les examiner en détail en vue d’en déceler leur contenu. Cette
méthode a été combinée avec la méthode téléologique qui nous a permis de découvrir le but
poursuivi par le législateur ( la ratio legis ) c’est-à-dire la raison d’être de la loi.

Mais, cette méthode ne suffit toujours pas à elle seule à apporter ce qu’il faut, et pour c’est pour
cette raison qu’elle a été doublée de la méthode comparative qui consiste à comparer plusieurs
systèmes juridiques différents ; c’est-à-dire les droits d'autres Etats afin de dégager certaines
solutions devant nous permettre d'améliorer notre système pénal.

B. Techniques

Dans le cadre de notre étude, nous avons utilisé, la technique documentaire ; dans le cadre de
cette technique, Il a été question de la consultation des textes, documents, journaux, films ou tout
ce qui d’une façon ou d’une autre constitue un support permettant de nous outiller. Cette
technique a été doublée de la technique d'observation directe qui a permis de palper du doigt
certaines réalités notamment dans les commissariats, parquets et maisons carcérales.

VI. Plan sommaire

In fine, outre l'introduction et la conclusion, la présente étude est subdivisée en deux chapitres
respectivement consacrés à l'analyse du système pénal congolais (Chapitre 1) puis à la mise en
œuvre des droits de l'accusé dans le système pénal congolais (Chapitre 2)

Chapitre 1. Analyse du système pénal Congolais

14
KAMUKUNY MUKINAY.,(A) [Link].p.14.

6
Si le système judiciaire peut s’entendre comme l’ensemble de toutes les institutions qui
concourent à l'administration et à la distribution de la justice dans un État 15, le système pénal n'en
serait donc qu'un diminutif, c'est-à-dire l'ensemble des structures concourant à la distribution de
la justice pénale.

Setion 1. Structure matérielle de la justice pénale Congolaise

Les juridictions de l’ordre judiciaire sont réparties en juridictions ordinaires et en juridictions


spécialisées. Les juridictions de l’ordre judiciaire sont : les tribunaux de paix, les tribunaux de
police, les tribunaux pour enfants, les tribunaux de grande instance, les tribunaux de commerce,
les tribunaux du travail, les tribunaux militaires de garnison, les cours militaires, les cours
militaires opérationnelles, les cours d’appel, la Haute Cour militaire et la Cour de cassation. Ceci
étant, il convient de les voir tout à tout afin d'en dégager le contenu.16

§.[Link] et composition des cours et tribunaux

Dans le cadre du présent paragraphe, il conviendrait de voir d'une part, les juridictions ordinaires
(A) d'autre part, les juridictions spécialisées (B)

A. Les juridictions ordinaires


Les juridictions ordinaires sont celles qui sont chargées de connaître les matières de portée
générale leur attribuées par les lois.17 On y compte les Tribunaux de paix, les Tribunaux de
grande instance, les Cours d’appel et la Cour de cassation.

1. Le tribunal de paix

I. Le ressort du Tribunal de paix


Le Tribunal de paix est établi dans chaque territoire, ville et commune. La création d’un seul
Tribunal de paix pour deux ou plusieurs territoires, villes ou communes demeure possible 18. Ceci
semble confirmer la volonté du législateur de rapprocher la justice des justiciables, les réalités
fussent-elles décevantes sur le terrain, où l’on constate des territoires entiers sans tribunaux et
parfois des tribunaux sans juge.
15
LUZOLO BAMBI LESSA (E-J) Traité de droit judiciaire Congolais : La justice Congolaise et ses institutions,
Kinshasa, PUC.,2018,p.97.
16
Article 6 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ.
17
Idem.p.236.
18
Article 7 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ.

7
II. La composition et l’organisation des Tribunaux de paix

Le Tribunal de paix est composé d’un président et des juges. En cas d’absence ou
d’empêchement, il est remplacé le juge le plus ancien, d’après la date et l’ordre de nomination.
La Loi organique de 2013 institue ainsi la collégialité au niveau du Tribunal lorsqu’il siège en
matière répressive. La composition collégiale est adoptée même en matière civile lorsque le
Tribunal de paix connaît d’une matière dont la résolution nécessite l'application de la
[Link] que le juge de paix agissait à la fois comme juge et officier du ministère public
lorsqu’il siégeait à l'audience, la loi organique sous examen exige le concours d’un officier du
Ministère public quelle que soit la matière dont le tribunal est saisie.19

III. La compétence du Tribunal de paix


Le Tribunal de paix est toujours doté d’une compétence matérielle croissante. La nature du litige,
le montant au centre d’une contestation et le taux de la peine sont les éléments essentiels qui
influencent la détermination de cette compétence.

2. Les Tribunaux de grande instance

I. Le ressort

Il. existe un ou plusieurs Tribunaux de grande instance dans chaque ville. Toutefois, il peut être
installé un seul Tribunal de grande instance pour deux ou plusieurs territoires. Le siège ordinaire
et le ressort de ces tribunaux sont fixés par décret du Premier ministre.20

Le texte de l'article 14 in fine donne au Premier ministre compétence de fixer le siège ordinaire
et le ressort du Tribunal de grande instance alors que l’Ordonnance-loi de 1982 attribuait cette
compétence au Président de la République.
III. La composition et la compétence

Le Tribunal de grande instance est composé d’un président et des juges. En cas d’absence ou
d’empêchement, le président est remplacé par le juge le plus ancien, d’après la date et l’ordre de
nomination. Le président ou celui qui le remplace est chargé de la répartition du service.

19
Article 13 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ.
20
Article 14 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ

8
Le Tribunal de grande instance siège au nombre de trois juges. Dans le cas où l’effectif des juges
du Tribunal de grande instance présents au lieu où le tribunal tient une audience ne permet pas de
composer le siège, le président peut assumer, au titre de juge, sur réquisition motivée du
Procureur de la République, un magistrat du parquet près le Tribunal de grande instance, un
avocat ou un défenseur judiciaire résidant en ce lieu ou un magistrat militaire du Tribunal
militaire de garnison ou du parquet près cette juridiction. L'avocat ou le défenseur judiciaire
assumé prête, entre les mains du président, le serment selon la formule prévue à l’article 10 de la
loiorganique sous examen.

La possibilité reconnue au président d’assumer un magistrat, un avocat ou un défenseur


judiciaire tend à contrer anticipativement l’insuffisance quantitative qui s’observe au sein du
personnel judiciaire en RDC. Pour ce qui est de sa compétence, elle est examinée en matière
civile et pénale.

3. La cour d'appel

I. Le ressort

Il est créé une ou plusieurs cours d’appel dans chaque province et dans la ville de Kinshasa. Le
siège ordinaire de la cour d’appel est fixé par le décret du Premier ministre.

III. La composition et la compétence

La Cour d’appel est composée d’un premier Président, d’un ou de plusieurs présidents et
conseillers ; le premier Président, chargé de la répartition du service, doit être remplacé, d’après
l’ordre de nomination, par le Président le plus ancien et ce dernier par le conseiller le plus
ancien. Le service d’ordre intérieur des cours et tribunaux est réglé par l’ordonnance du premier
Président, qui est de ce fait investi d’une double casquette judiciaire et administrative dans le
cadre de la théorie du dédoublement fonctionnel. En tant qu'àutorité hiérarchique, il est chargé de
la notation et de l'avancement des magistrats du siège de son ressort. La Cour d’appel siège au
nombre de trois membres, ce nombre devant passer à cinq lorsqu’elle connaît d’une infraction
prévue par le Statut de Rome de la CPI .

9
La cour d’appel n’est, au sens strict de la compétence, dotée que d’une compétence personnelle
et territoriale depuis le Code d’OCJ de 1982. Sa compétence matérielle ne pouvait être qualifiée
jusque-là que de secondaire dans la mesure où elle se limite à l’examen des affaires sur appel.
Cet état des choses a changé avec la loi organique de 2013 sur l’OFCJ, qui l'a dotée désormais
d’une compétence matérielle en matière de crimes internationaux relevant du Statut de Rome. 21
Sur le plan personnel, la Cour d’appel demeure compétente pour statuer sur les infractions
commises par les magistrats membres d’une Cour d’appel ou du Parquet général près cette cour.
Les infractions reprochées aux magistrats ainsi spécifiés sont poursuivies devant la cour dont le
siège est le plus proche de celui de la cour au sein de laquelle ou près laquelle le magistrat
poursuivi exerce ses fonctions.

La Cour d’appel connait , en outre, des infractions commises par les membres des assemblées
provinciales, les magistrats autres que ceux de la cour d’appel ou du parquet général près cette
cour, les maires, les maires adjoints, les présidents de conseils urbains, les fonctionnaires des
services publics de l’État et les dirigeants des établissements ou entreprises publics revêtus au
moins du grade de directeur ou d’un grade équivalent22

Sur le plan matériel, la cour d’appel connait au premier degré des crimes de guerre et des crimes
contre l’humanité commis par les personnes relevant de leur compétence et de celle des
tribunaux de grande instance.23
En matière civile, la Cour d’appel ne dispose pas d’une compétence matérielle. Elle connaît de
l'appel contre les jugements rendus en premier ressort par les Tribunaux de grande instance, les
Tribunaux de commerce et les Tribunaux de travail. Elle a également une compétence en appel
vis-à-vis des décisions arbitrales.24

4. La cour de cassation

I. Ressort, composition et compétence

Le siège ordinaire de la Cour de cassation est établi à Kinshasa. Son ressort s’étend sur
l’ensemble du territoire national : les Cours et tribunaux de l’ordre judiciaire sont placés sous son
21
Article 91 point 1 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ.
22
Ibidem.
23
Ibidem.
24
Ibidem.

10
contrôle. La Cour de cassation est composée d’un premier Président, de Présidents et de
conseillers. En vertu du dédoublement fonctionnel, le premier Président de la Cour de cassation
est chargé de l'administration de la Cour. Il fixe par ordonnance le règlement intérieur de la cour.
En cas d’absence ou d’empêchement, il est remplacé par le Président le plus ancien d’après
l’ordre de nomination et ce dernier par le conseiller le plus ancien.
La loi prévoit, dans le cadre de la composition de la Cour, des conseillers référendaires. 25 Ils sont,
au départ, des magistrats du siège ou du parquet choisis sur les mérites de leurs publications par
le Conseil supérieur de la magistrature. Ils assistent les magistrats de la Cour et du parquet
général dans l'accomplissement de leur mission. Ils sont affectés à la Cour conformément au
statut des magistrats.
Les conseillers référendaires ne sont pas A confondre avec les conseillers. Le grade de conseiller
est obtenu à la suite d’une élévation en grade au sein de la magistrature. En revanche, les
conseillers référendaires ne doivent pas leur qualité à l’élévation en grade mais principalement
aux mérites de leurs publications26, bien que leur affectation soit faite conformément au statut des
magistrats. De façon classique, la Cour de cassation ne juge pas les faits : elle examine et analyse
la conformité des décisions attaquées aux lois ou à la coutume. On dit qu’elle est, à ce titre, juge
des [Link] matière répressive, elle statue sur les infractions pour lesquelles sont
poursuivies certaines personnalités jouissant d’un privilège de juridiction telles que les membres
du gouvernement autres que le Premier ministre et les membres du parlement, les membres de la
Cour constitutionnelle, les gouverneurs de province, les ministres provinciaux. Sa compétence
est essentiellement personnelle27

[Link] organes de la Cour de cassation


a. Les chambres

La Cour de cassation comprend quatre chambres ayant chacune une matière qui détermine sa
compétence et sa spécificité : la chambre des pourvois en matière civile ; la chambre des
pourvois en matière commerciale28 ; la chambre des pourvois en matière sociale ainsi que des

25
Article 28 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ.
26
Article 28, idem
27
Article 93, idem
28

11
procédures spéciales devant la Cour de cassation ; la chambre des pourvois en matière pénale et
des appels des arrêts rendus au premier degré par les cours d’appel en matière répressive

b. Les chambres restreintes


La variété des formations détermine la composition du siège de la Cour. En formation normale,
chaque chambre siège au nombre de cinq membres. Elle est présidée par son Président. Celui-ci
est remplacé par le plus ancien des conseillers en cas d’absence ou d’empêchement. Le premier
Président peut présider toute chambre de la Cour. En formation restreinte, la chambre de la Cour
est composée de trois membres désignés par le premier Président de la Cour. La chambre
restreinte statue sur les pourvois manifestement irrecevables ou lorsque la cause ne relève pas, de
façon évidente, de la compétence de la Cour. La formation restreinte n’est pas souveraine. Ainsi,
un pourvoi qui lui est soumis peut être renvoyé à la composition normale, à la demande de cette
dernière

C. Les chambres réunies


Convoquées et présidées par le premier Président, les chambres réunies regroupent tous les
Présidents de chambre ainsi que les conseillers de chaque chambre. En cas d’absence ou
d’empêchement du premier Président, les chambres réunies sont convoquées et présidées par le
plus ancien des Présidents d’après l’ordre de nomination. Celui-ci est, à son tour, remplacé par le
conseiller le plus ancien en cas d’absence ou d’empêchement.

B. Les juridictions spécialisées

12
L’observation du système judiciaire congolais permet de noter l’existence de plusieurs
juridictions spécialisées, à savoir les juridictions militaires, les tribunaux pour enfants, les
tribunaux de commerce et les tribunaux de travail.29

1. Les juridictions militaires

I. Le Tribunal militaire de police


Cette juridiction occupe la base de la pyramide des juridictions militaires. Elle ne doit pas se
confondre avec le Tribunal de police, qui a été remplacé par le Tribunal de paix. 30

L’organisation et le fonctionnement du Tribunal militaire de police sont régis par les articles 23 à
26 de la Loi n°023/2002 du 18 novembre 2002 portant Code judiciaire militaire. Aux termes de
ces dispositions, il est institué un ou plusieurs Tribunaux militaires de police dans le ressort d’un
Tribunal militaire de [Link] Tribunal militaire de police siège toujours à trois juges – dont
un magistrat de carrière, qui en est le Président. Celui-ci peut être désigné par le premier
Président de la Cour militaire du ressort parmi les juges du Tribunal militaire de garnison606. Il
siège avec le concours de l'auditeur militaire et l'assistance d’un greffier. 31

II. Le Tribunal militaire de garnison


Les articles 21 et 22 du Code judiciaire militaire régissent l’organisation de cette juridiction. Elle
occupe la deuxième place après le Tribunal de police dans la pyramide des juridictions militaires.
Il est établi un ou plusieurs Tribunaux militaires de garnison dans le ressort d’un district, d’une
ville, d’une garnison ou d’une base militaire32

Localisé en principe au chef-lieu du district, dans la ville où est situé l’état-major de la garnison,
son siège est fixé par le Président de la République à un autre lieu de sa convenance 33. Le
Tribunal militaire de garnison siège au nombre de cinq membres, tous des officiers supérieurs ou
subalternes, l’un d’eux au moins devant être magistrat de carrière. Seul un magistrat de carrière
peut en être élu Président. Ce Tribunal siège avec le concours du ministère public et l'assistance
d’un greffier.

29
LUZOLO BAMBI LESSA (E-J) [Link].p.227.
30
LUZOLO BAMBI LESSA (E-J) [Link].p.227.
31
Article 25 du Code judiciaire militaire
32
Article 21, Idem
33
Article 21 alinéa 2, Ibidem

13
[Link] Cour militaire opérationnelle
Régie par les articles 18 à 20 du Code judiciaire militaire, la Cour militaire opérationnelle est une
juridiction circonstantielle donc ponctuelle car elle n’existe pas de manière permanente. Son
institution est dictée par les situations de guerre ou toutes autres circonstances exceptionnelles de
nature à mettre en péril la vie de la nation, notamment les menaces de guerre, de rébellion ou
d’insurrection armées34. Elle est établie dans les zones d’opérations de guerre pour accompagner
les fractions de l'armée en opération. Elle juge les militaires qui enfreignent les règles en rapport
avec la pratique de la guerre. Elle n’a pas de limite de compétence territoriale 35 Toutefois, les
limites de ce ressort sont déterminées par l’étendue de la zone opérationnelle.
L’implantation des Cours militaires opérationnelles est décidée par le Président de la
République.

Elle siège au nombre de cinq membres, tous officiers supérieurs au moins dont deux magistrats
de carrière, qui président ses deux chambres. La Cour militaire est présidée par un officier
général ou par un officier supérieur, magistrat de carrière. Elle siège avec le concours du
ministère public et l'assistance d’un greffier. Le premier Président de la Cour militaire peut, en
cas de nécessité, requérir les services d’un magistrat civil en vue de compléter le siège 36

[Link] Haute Cour militaire


Organisée par les articles 6 à 11 du Code judiciaire militaire, la Haute Cour militaire occupe le
sommet de la hiérarchie des juridictions militaires et a son siège à Kinshasa. Son ressort s’étend
sur tout le territoire de la République615. Elle est présidée par un officier général, magistrat de
carrière. Elle siège avec le concours du ministère public et l'assistance d’un greffier 37.
Dans le cas des circonstances exceptionnelles, le siège de la Haute Cour militaire peut être fixé à
un autre endroit du territoire national par le Président de la République alors qu’elle tient, en
temps de guerre, des chambres foraines en zones opérationnelles.38

34
Article 18 du Code judiciaire militaire.
35
Article 19, Idem.
36
Article 17 du Code judiciaire militaire
37
Article 20 alinéa 1 et 2 du Code judiciaire militaire
38
Article 7 du Code judiciaire militaire

14
La Haute Cour militaire comprend deux ou plusieurs chambres. Elle siège au nombre de cinq
membres, tous officiers généraux ou supérieurs,

dont deux magistrats de carrière.39 Lorsqu’elle siège en appel, la Haute Cour militaire est
composée de cinq membres dont trois magistrats de carrière.

La Haute Cour militaire est composée d’un premier Président, d’un ou de plusieurs Présidents et
de conseillers nommés et, le cas échéant, relevés de leurs fonctions par le Président de la
République40.

2. Le Tribunal pour enfants


La compréhension de la justice pour enfants en RDC exige le traçage de son aperçu historique
avant d’en déterminer l’organisation actuelle. Le Tribunal pour enfants est établi, aux termes de
la Loi du 10 janvier 2009, dans chaque territoire et dans chaque ville. Le siège ordinaire et le
ressort de cette juridiction sont fixés par décret du Premier ministre.
Le Tribunal pour enfants a une compétence personnelle. Cette dernière se limite aux personnes
âgées de moins de 18 ans630. Cependant, la procédure diffère selon que l’enfant a moins ou plus
de quatorze ans. En effet, l’enfant âgé de moins de 14 ans bénéficie, en matière pénale, d’une
présomption irréfragable d’irresponsabilité : il n’est pas considéré comme en conflit avec la loi ;
lorsqu’il est déféré devant le juge, celui-ci le relaxe comme ayant agi sans discernement, sans
préjudice de la réparation du dommage causé à la victime. Le juge confie, ensuite, l’enfant à un
assistant social et/ou un psychologue, qui prend des mesures d’accompagnement visant la
sauvegarde de l’ordre public et la sécurité de l’enfant et tenant compte de la réparation du
préjudice causé. Ces mesures consistent notamment dans l'accompagnement psychosocial et le
placement de l’enfant dans une famille d’accueil ou une institution privée agréée à caractère
social autre que celle destinée aux enfants en situation difficile. Un enfant de moins de 14 ans
ne peut être placé dans un établissement de garde provisoire, ni dans un établissement de garde,
d’éducation ou de rééducation de l’État. Est pris en considération l’âge au moment de la
commission des faits.

39
Article 10 du Code judiciaire militaire
40
Article 8 du Code judiciaire militaire

15
Le Tribunal pour enfants est seul compétent pour connaître des matières dans lesquelles se
trouve impliqué l’enfant en conflit avec la loi. Il connaît également des matières se rapportant à
l’identité, à la capacité, à la filiation, à l'adoption et à la parenté telles que prévues par la loi.
Dans les matières précitées, les décisions sont prises conformément aux règles de la procédure
civile. Le tribunal territorialement compétent est celui de la résidence habituelle de l’enfant, de
ses parents ou du tuteur, du lieu des faits, du lieu où l’enfant aura été trouvé, du lieu où il a été
placé à titre provisoire ou définitif. 41
[Link] Tribunal de travail
Les conflits qui surgissent dans le cadre ou à l’occasion de l’exécution du contrat de travail sont
de la compétence de juridictions spécialisées qui prennent diverses dénominations d’une
législation à une autre. En France, ils sont appelés conseils prud’homaux. En RDC , ils sont
désignés sous l'appellation de tribunaux de travail. Ils sont chargés de trancher les litiges relatifs
à la législation sociale. L’organisation et le fonctionnement de ces juridictions sont fixés depuis
le 16 octobre 2002.42

[Link] tribunaux de commencerce

Les relations professionnelles entre commerçants occasionnent souvent des conflits. La


technicité de la matière impose l’intervention d’une juridiction spécialisée pouvant aider à les
régler dans les meilleurs délais et de manière adéquate. Cette raison a donné naissance dans
plusieurs pays aux tribunaux de commerce. 43

§2. Les juridictions répressives dans la Constitution du 18 Février 2006.

A. L'ordre judiciaire

[Link] tribunal de paix

41
Articles 94 à 101 de la Loi de 2009 sur la protection de l’enfant.
42
LUZOLO BAMBI LESSA (E-J) [Link].306-307.
43
Voir la Loi n°002-2001 du 3 juillet 2001 portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux de
commerce. Référence ( [Link], n°14, du 15 juillet 2001.

16
En matière répressive, le tribunal de paix siège désormais au nombre de trois juges 44, avec
l’assistance d’un greffier et le concours du ministère public 45, pour connaître des infractions
punissables de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende, quel que soit son taux, ou de l’une
de ces peines seulement.46

2. Le tribunal de grande instance

En matière répressive, le tribunal de grande instance est compétent pour juger les infractions
punissables de la peine de mort et de celles punissables d’une peine excédant cinq ans
d’emprisonnement47. Le tribunal de grande instance est également compétent pour juger les
infractions commises par les conseillers urbains, les bourgmestres, les chefs de secteur, les chefs
de chefferie et leurs adjoints ainsi que par les conseillers communaux, les conseillers de secteur
et les conseillers de chefferie. Le tribunal de grande instance connait également des appels
formés contre les jugements rendus par le tribunal de paix au premier degré.48

3. Le tribunal de commerce

En matière répressive, le tribunal de commerce est compétent pour juger toutes les infractions,
quelle qu’en soit la gravité, pourvu qu’elles aient porté atteinte à la législation économique et
commerciale49. d’illustration, l’on ne peut manquer de citer le défaut d’immatriculation au
nouveau registre de commerce.50

4. La cour d'appel.

La volonté du constituant de 2006, relayée par le législateur de 2013, a fait de la cour d’appel
une juridiction de l’ordre judiciaire51 implantée dans chaque province du pays (une cour d’appel
pour chaque province et deux pour la ville de Kinshasa)698 en vue de connaître de l’appel formé

44
Art. 10, loi organique du 11 avril 2013
45
Art. 13, loi organique du 11 avril 2013.
46
Art. 85, loi organique du 11 avril 2013.
47
Art. 89, al. 1er, loi organique du 11 avril 2013.
48
Art. 89, al. 2, loi organique du 11 avril 2013.
49
Art. 17, loi du 3 juillet 2001.
50
LUKOMBE GHENDA, Le règlement du contentieux commercial, T.I, Les tribunaux de commerce, Kin., Pfduc,
2005, pp. 452 et ss.
51
Art. 6, loi organique du 11 avril 2013.

17
contre les jugements rendus par le tribunal de grande instance et le tribunal de commerce. 52 La
cour d’appel dispose également d’une compétence ratione personae, qui lui permet de juger au
premier degré les infractions commises par les membres de l’Assemblée provinciale, les
magistrats53, les maires, les maires adjoints, les présidents des conseils urbains et les
fonctionnaires des services publics de l’Etat et les dirigeants des établissements ou entreprises
publics revêtus au moins du grade de directeur ou du grade équivalent.54

La loi reconnaît enfin à la cour d’appel une compétence matérielle au premier degré, celle
consistant à juger le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par
les personnes qui relèvent de sa compétence personnelle et de celle du tribunal de grande
instance.

5. La cour de cassation.

La constitution de 2006 a reconnu à la cour de cassation le pouvoir d’assurer le contrôle des


juridictions de l’ordre judiciaire55 ; elle agit tantôt comme juridiction de cassation, tantôt comme
juridiction de fond.56

B. La cour constitutionnelle

La cour constitutionnelle est une juridiction créée en vue de répondre à l’option de la constitution
de séparer le contentieux constitutionnel du contentieux administratif et judiciaire, mais aussi de
renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire face aux pouvoirs législatif et exécutif. 57

Sur le plan strictement du droit pénal, la cour constitutionnelle est le juge pénal du Président de
la République et du Premier ministre 58 pour des infractions politiques de haute trahison,
d’outrage au parlement, d’atteinte à l’honneur ou à la probité ainsi que pour les délits d’initié et

52
Art. 91, al. 1er, loi organique du 11 avril 2013.
53
TASOKI p.223.
54
Idem.
55
Art. 153, al. 1er de la constitution.
56
Art. 153, al. 3. De la constitution et Art. 93, loi organique n°13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation,
fonctionnement et compétences de juridictions de l'ordre judiciaire.
57
Loi organique n°13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la cour constitutionnelle,
Exposé des motifs.
58
Art. 164, constitution du 18 février 2006

18
pour les autres infractions de droit commun commises dans l’exercice ou à l’occasion de
l’exercice de leurs fonctions. 59

Section 2. Les droits de l'accusé à l'épreuve de l'instruction en droit Congolais

La répression d’une infraction obéi à un processus préétabli par la loi. Tout devant se faire dans
le strict respect des droits de l'accusé au long du processus ré[Link] convient donc de voir la
phase de l'instruction préjuridictionnelle (§.1) avant de voir l'instruction juridictionnelle (§.2)

§1. De l'instruction préjudirictionnelle

59
Idem.

19
La phase d’instruction préjuridictionnelle est une étape de la procédure pénale au cours de
laquelle le parquet qui est saisi de la commission d’une infraction cherche à réunir les éléments
de l’infraction, en identifier le ou les présumés auteurs avant de fixer la cause au tribunal
conformément à l’article 67 de la loi du 11 avril 2013.60

La personne poursuivie bénéficie d'un certain nombre de garanties procédurales, mais peut
également faire l'objet des mesures privatives de liberté.61

[Link] garanties procédurales en matière d'arrestation62

Le procès pénal est un long processus qui commence dès les premières constatations des faits
infractionnels et se termine par l’exécution de la condamnation par la personne condamnée. 63
Entre ces deux moments extrêmes s’articulent plusieurs étapes allant de la recherche de la preuve
au jugement du coupable.64 Et certaines garanties procédures sont accordées à la personne mise
en cause pour parer à l'arbitre. Il convient ainsi de les analyser successivement.

1. Le principe de la présomption d’innocence


Le principe de la présomption d’innocence résulte de l’article 11, §1 de la Déclaration
universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, qui dispose que toute personne accusée
d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement
établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été
assurées.
Ce principe est repris dans les mêmes termes par l’article 17, al. 9 de la constitution du 18 février
2006. En droit congolais, la présomption d’innocence a donc acquis valeur constitutionnelle, Il
leur est en effet interdit non seulement de condamner sans preuve de culpabilité, mais aussi de
partir d’une certaine idée préconçue que la personne mise en cause a commis l’acte incriminé. 65
Ainsi par exemple la présomption d’innocence se trouve méconnue si, sans établissement légal
préalable de la culpabilité d’un prévenu, et notamment sans que ce dernier ait eu l’occasion
d’exercer les droits de la défense, une décision judiciaire le concernant, reflète le sentiment qu’il
est coupable.66
60
Loi organique n°13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétences des juridictions
de l'ordre judiciaire
61
MAKAYA KIELA (S) Cours de Procédure pénale, UNIKIN, 2018, p.5. inédit.
62
TASOKI MANZELE (J.M) Procédure pénale Congolaise, Paris, L'harmattan, [Link].22-30.
63
Idem.
64
Ibidem.
65
Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 ; Constitution Congolaise du 18 février 2006.
66
Bernard BOULOC, « Procédure pénale : la loi n°2000-516 du 15 juin 2000 renforçant la protection de la
présomption d’innocence et les droits des victimes », Revue de Science Criminelle, n°1, 2001, Chr., pp. 193-198 ;

20
2. Le procècs équitable
Le procès équitable est un principe général de droit selon lequel toute personne a droit à ce que
sa cause soit entendue équitablement. Ce principe a donné naissance à ce que le juge moderne
appelle l’« égalité des armes » 67, expression imaginée en vue d’exprimer à la fois l’exigence
d’équité, d’indépendance et d’impartialité, mais aussi comme une composante autonome du
procès équitable. 68
En procédure pénale l’« égalité des armes » est un droit naturel et immuable reconnu à la partie
défenderesse. Elle implique que « (…) Toute partie à une action civile et a fortiori à une action
pénale, doit avoir une possibilité raisonnable d’exposer sa cause au tribunal dans les conditions
qui ne la désavantagent pas d’une manière appréciable par rapport à la partie adverse (…) »
Le désavantage auquel peut s’exposer une personne accusée dans un procès pénal résulterait de
la décision du parquet de ne pas lui communiquer les pièces du dossier répressif sur lesquelles il
fonde ses différentes accusations. Le comportement du parquet empêcherait donc la personne
accusée de s’informer de charges qui pèsent sur sa personne et de discuter tous les arguments de
fait et de droit avancés par le Ministère public. Il s’agit par ailleurs de la violation du principe du
contradictoire.
Pour autant, dans le but d’empêcher le déséquilibre compromettant entre l’accusation et la
défense, il est important d’insister sur l’intérêt qu’il y a à ce que celui qui défend une position
contraire dispose en connaissance de cause des mêmes informations. Pour cetteraison, le
Ministère public est tenu de communiquer à la défense les copies de toutes les pièces qui fondent
l’accusation qu’il a portée contre la personne accusée, par ailleurs nécessaires à la préparation de
sa défense.69
Le Ministère public est aussi obligé de communiquer à la défense les copies des déclarations et
dépositions de tous les témoins. Il faut cependant admettre que l’égalité des armes mériterait
d’être appliquée de manière large, car l’égalité des armes entre la Défense et l’Accusation ne doit
pas être considérée comme nécessairement l’égalité matérielle de disposer des mêmes ressources
financières et/ou en personne. Il faut admettre aussi qu’il existe un lien étroit entre la
présomption d’innocence et le procès équitable. La première constitue le fondement du second,
de sorte que la démonstration de la culpabilité de l’accusé par le Ministère public se fait suivant
certaines formes protectrices que requiert le procès équitable.

MASSIAS Florence, « Jurisprudence 2001 relative à la présomption d’innocence », Revue de Science Criminelle,
n°2, 2002, Chr., p. 408.
67
Cour Eur. D.H., Affaire NEUMEISTER c/ Autriche, 27 juin1968, Publications de la Cour européenne des droits de
l’homme, Série A, 1968, p. 43
68
Jean-Pierre DINTILHAC, « L’égalité des armes dans les enceintes judiciaires », Cour de cassation, Rapport,
2003-II, Etudes et documents, Documentation française, 2003, p. 130
69
OPPETIT Bruno, Philosophie du droit, Paris, 1ère éd., Dalloz, 1999, p. 117, n°102

21
3. Les droits de la défense70
Les droits de la défense sont un principe général du droit à valeur
constitutionnel, qui se rattache aux principes fondamentaux reconnus dans
un Etat de droit. Ils constituent des véritables garanties procédurales.

- Le droit à un avocat
Le droit à un avocat est un droit constitutionnellement garanti. En effet, dit l’article 19, al. 4 de la
constitution, toute personne a le droit de se défendre elle-même ou de se faire assister d’un
défenseur de son choix et ce, à tous les niveaux de la procédure pénale, y compris l’enquête
policière et l’instruction pré-juridictionnelle. La personne poursuivie peut aussi organiser sa
représentation par un avocat, dans les conditions prévues par la loi
- Le droit de connaître l’accusation
Le droit de connaître l’accusation résulte de l’article 18, al. 1er de la constitution. Cet article
dispose que toute personne arrêtée doit être immédiatement informée des motifs de son
arrestation et de toute accusation portée contre elle, et ce, dans la langue qu’elle comprend.

-Le droit de contester l’accusation


La personne poursuivie a le droit de remettre en question les charges retenues par le Ministère
public à son endroit. Cette remise en question peut consister au refus d’être interrogé et de
répondre aux questions de l’autorité judiciaire. C’est le droit au silence. La contestation de
l’accusation passe aussi par le droit d’argumenter ou de formuler librement des explications
contraires à celles avancées par le Ministère public en vue de son acquittement. La contestation
de l’accusation passe encore par la technique de cross examination, qui permet de soumettre le
témoin à un interrogatoire à charge ou à décharge. La contestation de l’accusation implique enfin
le droit à participer à l’instruction matérielle des faits, en faisant procéder aux investigations
utiles à la manifestation de la vérité

-Le droit de contester la légalité de l’accusation


Il ressort de l’article 17, al. 2 de la constitution que nul ne peut être poursuivi, arrêté, détenu ou
condamné qu’en vertu de la loi et dans les formes qu’elle prescrit. La contestation de la légalité
de l’accusation consiste précisément en des actions qui démontrent que les poursuites de
l’autorité judiciaire n’ont pas été engagées conformément à la loi. Ainsi, le déclinatoire de
compétence, les moyens d’irrecevabilité de la procédure, comme l’extinction de l’action
publique

- Le droit de contester le jugement

70
Voy. Hervé HENRION, « La présomption d’innocence dans les travaux préparatoires au XXème siècle »,
Archives de politique criminelle, n° 27, 2005-1, p. 41.

22
La contestation du jugement est un droit reconnu et garanti à tous par la constitution et les lois de
la République. Ce droit consiste en un recours adressé à une autorité judiciaire, le plus souvent
autre que celle qui a rendu le jugement contesté, en vue d’obtenir d’elle la reformation ou
l’annulation dudit jugement. Il est exercé dans les conditions fixées par la loi.
- Le droit de contester le juge
La remise en question d’un juge ou sa récusation résulte d’une
violation ou d’un manquement aux principes de son indépendance, son impartialité et son
équitabilité. La loi congolaise a prévu les différentes causes de récusation d’un juge, la procédure
à suivre ainsi que les effets attachés à cette action. La contestation d’un juge peut résulter aussi
de la mise en cause de sa responsabilité en cas de faute ou d’infraction commise au préjudice de
la personne poursuivie. La personne poursuivie peut aussi initier une action en réparation des
dommages qui résultent d’un fonctionnement défectueux des services judiciaires. Dans ce cas, la
responsabilité de l’Etat est de plein droit engagée.

4. La liberté individuelle
L’on peut regarder la liberté individuelle comme la sûreté ou la certitude pour les citoyens qu’ils
ne feront pas l’objet, notamment de la part du pouvoir, de mesures arbitraires les privant de leur
liberté matérielle. Ce regard étroit de la liberté individuelle est complété par la conception large
qui estime que la liberté individuelle inclut, outre la
sûreté, la liberté d’aller et venir, l’inviolabilité du domicile et de la
correspondance. La liberté individuelle est un principe fondamental, à valeur constitutionnelle,
reconnu par les lois de la République. Sa protection est confiée à l’autorité judiciaire, qui en est
le garant

5. L’égalité de tous devant la loi


Tous les Congolais sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des lois. Il est
donc interdit d’introduire dans la loi de procédure des discriminations qui viendraient rompre
l’égalité des citoyens devant la loi et devant la justice. Néanmoins, le principe d’égalité ne
s’oppose ni à ce que le législateur règle de façons différentes des situations différentes, ni qu’il
déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général, pourvu que, dans l’un et l’autre cas, la
différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l’objet de la loi qui l’établit146.
C’est la raison d’être des immunités
ou des privilèges de juridiction en procédure pénale.

6. L’inviolabilité du domicile
L’inviolabilité du domicile est une autre forme de liberté individuelle. La violation de ce principe
cristallise l’infraction de violation du domicile de l’article 69 du code pénal congolais livre II.

23
[Link] mesures restrictives de liberté
1 La garde à vue
La garde à vue est définie comme une mesure privative de liberté ordonnée par la police
judiciaire pendant l’enquête préliminaire aux conditions ci-après : Lorsqu’il y a indice sérieux
de culpabilité, La crainte de la fuite du suspect, La crainte de menacer les témoins gênants,
La crainte d’effacer ou de dissiper les traces de preuve, L’identité douteuse.
L’OPJ, se retrouvant en face d’un auteur présumé de l’infraction et qui tombe sous le coup
d’une des conditions ci-haut énumérées, peut le mettre en garde à vue. La garde à vue ne peut
excéder 48 heures.71
Il existe deux de garde à vue : garde à vue mesure d’instruction et garde à vue pour des raisons
d’enquête. La garde à vue mesure d’instruction est celle qui est classique, ordonnée dans les
conditions sus évoquées ; alors que la garde à vue pour des raisons d’enquête est celle qui
accompagne une enquête et qui dure autant que dure l’enquête, sans dépasser 24 heures. L’OPJ
qui a ordonné la garde à vue est tenu à l’issue de 48 heures de la garde à vue, soit de relaxer la
personne, soit encore de la transférer au parquet avec l’ensemble du rapport.72

2 L’arrestation provisoire (Mandat d’arrêt provisoire)

L’arrestation provisoire est une mesure privative de liberté ordonnée par l’officier du ministère
public pendant l’instruction préparatoire lorsque l’inculpé tombe sous le coup de l’article 27 du
code de procédure pénale, notamment : indice sérieux de culpabilité, la crainte de la fuite, la
crainte de menacer le témoin gênant, la crainte de dissiper les traces de preuve, l’identité
douteuse. C’est par un mandat d’arrêt provisoire que l’OMP ordonne l’arrestation provisoire.
L’arrestation provisoire est ordonnée pour une durée ne dépassant pas 5 jours. Dépasser ce délai,
l’OMP qui n’a pas fini d’instruire et qui a encore besoin de garder la personne aux frais, est tenu
de saisir le juge du tribunal de paix en chambre du conseil en vue de solliciter la mise en
détention préventive.73

3 La détention préventive
C’est une mesure exceptionnelle privative de liberté ordonnée par le juge du tribunal de paix en
chambre du conseil à la requête du ministère public, la personne poursuivie entendue en
audience à huis clos organisée en chambre du conseil, lorsque l’instruction révèle les conditions

71
Voir articles 72 et 73 de l'ORDONNANCE 78-289 du 3 juillet 1978 relative à l'exercice des attributions d'officiers
et agents de police judiciaire près les juridictions de droit commun.
MAKAYA KIELA (S) Cours de Procédure pénale, UNIKIN, 2018, p.25. inédit.
Idem.
72
MAKAYA KIELA (S) [Link].p.26.
73
MAKAYA KIELA (S) [Link].p.27.

24
de l’article 27 du code de procédure pénale. Le juge du tribunal de paix en chambre du conseil
ordonne la détention préventive pour 15 jours francs. Il faut indiquer que ce délai est
prorogeable.
En effet, si après quinze jours de détention préventive le ministère public n’a pas fini d’instruire
et que les conditions de détention persistent, peut solliciter la prorogation de la détention
préventive devant le même juge qui peut accorder cette prorogation pour 1 mois et il peut en être
ainsi de mois en mois sans dépasser trois renouvellements (prorogations).
Cependant, si après trois prorogations le ministère public ne finit toujours pas son instruction et
que les conditions de détention persistent, il peut solliciter une prorogation exceptionnelle, non
pas en chambre du conseil mais en audience publique et cette prorogation peut lui être accordée
autant que durera l’enquête (son instruction), quitte à déduire le temps passé en détention de la
peine à prononcer à l’issue du procès, conformément à l’article 31 alinéa 3 du code de procédure
pénale (pour plus de détails, lire de l’article 27 à 41).
L’ordonnance de détention préventive est susceptible de recours en appel, conformément à
l’article 37 du CPP ; conformément aux articles 37 à 41 du CPP. L’appel se fait dans un délai de
24 heures.

Par ailleurs, si l’ordonnance de détention préventive est susceptible d’appel, il y a lieu de se


demander si cette ordonnance est susceptible de cassation. A cette question, il y a lieu de noter
que la période allant de 82 à 99, cette ordonnance de détention préventive était susceptible de
cassation sur la base d’une décision de la cour suprême de justice ; et la même pour en 99 avait
pris une autre décision interdisant la cassation en matière de détention préventive. Donc
désormais, plus de cassation contre les ordonnances en matière de détention préventive.
a. Conditions

 La régularité de la détention préventive implique le respect des conditions de fonds et de


forme. Conditions de fonds sont celles consacrées à l’article 27 sus analysé ; et les
conditions de forme sont :
La requête du ministère public adressée au juge en chambre du conseil
 L’interrogatoire préalable
 La tenue de l’audience à huis clos

Lorsque la personne poursuivie est privilégiée de juridiction de la cour de cassation, la détention


préventive est transformée en la mise sous résidence surveillée 74.

§2. De l'instruction juridictionnelle

74
Article 76 de loi organique n° 13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la Cour de cassation.

25
Dans le cadre de ce paragraphe, il conviendrait de voir dans un premier temps le déroulement du
procès (A) avant de d'analyser les voies de recours (B)

[Link] déroulement du procès


Le procès pénal c’est ce forum au cours duquel on cherche à établir l’infraction ainsi que son
imputabilité à son auteur. Le procès pénal c’est lieu mais également un lien qui réalise l’alchimie
du drame pénal. Il vise a priori la catharsis entendue comme la purification des passions par le
spectacle d’une action tragique. Le décor du procès pénal, partant de l’iconographie judiciaire, la
structuration du jugement, les séquences du processus, le timing dans la prise de parole,
répondent à ces objectifs. Globalement, le procès pénal se déroule en deux grandes phases, à
savoir : 75

 La phase d’instruction à l’audience ou phase de mise en état ou encore phase de l’examen


de la forme ;
 La phase de débats ou phase de l’examen au fond.
Il est de principe en droit judiciaire que l’on n’aborde pas le fond tant que la forme n’est pas
soignée. Le déroulement du procès pénal est guidé par les principes ci-après :

Le principe accusatoire : qui sous-entend l’oralité, la publicité et le contradictoire.

La plénitude du pouvoir d’instruction dévolue au juge : dans un procès pénal, c’est le


juge qui dispose de pleins pouvoirs. Il a la police de l’audience, il dirige les débats, il
veille au maintien de l’ordre pendant le procès et le rétablit s’il échée.

Accessori sequitur principale (l’accessoire sui le principal) : en plein procès pénal, le


juge saisi de l’action principale est aussi compétent pour toutes les exceptions sui sont
soulevées, sauf en cas des questions pré judiciaires. En effet, en droit judiciaire, on
distingue deux types de questions en termes d’exceptions, à savoir ; question préalable et
question pré judicielle. Une question préalable est une exception qui est soulevée devant
un juge et qui relève de la compétence de ce juge ; alors qu’une question pré judicielle est
une exception soulevée devant un juge mais qui relève de la compétence d’un autre juge.

L’intime conviction du juge : ex aequo et bono. C’est le bon sens du juge ; c’est l’équité
du juge dans l’interprétation de la loi pénale d’application. C’est le sens élevé d’équité du
juge qui est appelé à appliquer la loi sans être au-dessus d’elle.

B. Les voies de recours76


75
TASOKI MANZELE (J.M) [Link]. pp.22 et suivants.
76
Ne constituant guère le nœud de notre travail, la notion des voies de recours ne sera que sommairement étayée.
Pour des amples détails, nous convions le lecteur à consulter les ouvrages ci-après : LUZOLO BAMBI LESSA (E-
J) Traité de droit judiciaire Congolais : La justice Congolaise et ses institutions, Kinshasa, PUC.,2018 ; TASOKI

26
La justice est l’œuvre des hommes. Or, les hommes sont faillibles ; donc, les décisions de justice
peuvent contenir des erreurs. C’est pourquoi, le droit a prévu des mécanismes par lesquels les
décisions de justice peuvent être mises en cause ou réexaminées en vue d’éradiquer ou
d’endiguer autant que possible les germes d’erreurs que peuvent contenir les décisions
[Link] sont ces mécanismes qu’on appelle voies de [Link] existe types de voies de
recours que la doctrine a formalisés en deux catégories, à savoir : 77
Voies de rétractation : sont des recours formés devant le juge qui a rendu la décision
attaquée. Ex : opposition, la tierce opposition, la révision, la requête civile.
Voies de reformation : celles exercées devant le juge immédiatement supérieur (appel).
Voies d’annulation : celles subordonnées à certains préalables avant l’exercice (cassation,
révision, etc.).78
Les deux catégories sont : voies de recours ordinaires et voies de recours extraordinaires. En
procédure pénale, on étudie deux voies de recours ordinaires (opposition et appel) et deux voies
de recours extraordinaires (cassation et révision)79

MANZELE (J.M) Procédure pénale Congolaise, Paris, L'harmattan, 2016.


77
MAKAYA KIELA (S) [Link].p.35.
78
Ibidem.
79
Ibidem.

27
Chap 2. Mise en œuvre des droits de l'accusé dans le système pénal congolais
On peut se convaincre de la vérité de l’observation selon laquelle le problème capital de la
conciliation nécessaire et raisonnable des intérêts de l’individu et de ceux de l’E tat dans le
procès pénal, dépend non seulement de conditions et de considérations de technique et de
procédure judiciaire, mais autant et même davantage de données idéologiques et politiques.
L’élément politique, et toute l’histoire le démontre jusqu’aujourd’hui sous nos yeux, y joue le
rôle prépondérant, même là où la stricte séparation des pouvoirs en devrait principe, assurer la
liberté, l’indépendance pratique et la conscience insoupçonnable de la fonction judiciaire. 80

Section 1. Le système pénal congolais au regard légalité


le système pénal, avons-nous prédemment souligné, désigne l'ensemble des structures concourant
à la distribution de la justice pénale. Il conviendrait de ce fait de voir comment fonctionne ce
système en droit Congolais au regard des différents droits reconnus à l'accusé lors d'une
procédure criminelle. Ainsi donc, dans le cadre de la présente section, il conviendrait de voir les
droits dérivés de la présomption d'innocence (§1) avant de voir les atteintes à la présomption
d'innocence (§.2)

§.1. Les droits dérivés de la présomption d'innocence


Nous l'avons souligné plus haut, en effet, le principe de la présomption d’innocence résulte de
l’article 11, §1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, qui
dispose que toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que
sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties
nécessaires à sa défense lui auront été assurées. Ce principe est repris dans les mêmes termes par
l’article 17, al. 9 de la constitution du 18 février 2006. En droit congolais, la présomption
d’innocence a donc acquis valeur constitutionnelle.
Les droits au silence et celui de ne pas s'auto-incriminer dérivent de la présomption d'innocence,
et sont des composante essentielles des droits de la défense.

80
Jean Graven, le Droits de l'accusé dans le procès pénal, Congrès international des juristes athènes, Grèce, 14 juin
1995,p.3.

28
A. Le droit au silence81
En droit pénal, le silence d’une personne suspectée ou interrogée dans le cadre d’une procédure
constitue un droit, un droit qui se trouve être protégé.
En effet, en ce que chaque parole prononcée peut être consignée dans le cadre du procès-verbal,
une personne peut, pour assurer sa défense, préférer se taire et ne pas répondre aux interrogations
qui lui sont posées, sans que ce silence puisse être interprété en sa défaveur.

Les forces de l’ordre n’ont pas le droit de forcer une personne à s’exprimer, à la nuance près que
tout individu, interpellé ou interrogé dans le cadre d’une procédure pénale, est obligé à minima
de décliner ou confirmer son identité, notamment en présentant des documents d’identité.

En pratique, pour faire valoir son droit au silence, il suffit soit de se taire et de ne prononcer
aucune parole, sinon d’exprimer clairement que l’on souhaite garder le silence.
Quand bien même les forces de l’ordre procéderaient à un interrogatoire, y compris en posant à
la personne interrogée des questions fermées, celle-ci peut continuer de se taire, sinon se borner à
répondre inlassablement qu’elle exerce son droit au silence.

Dans l’hypothèse où le droit au silence ne serait pas respecté, cette violation constitue une
atteinte à un procès équitable garanti à chaque citoyen.
Lorsque les forces de l’ordre n’ont pas informé la personne de ce droit, la procédure engagée à
son encontre peut être annulée, et en tout état de cause, les déclarations faites par la personne
interrogée ne sauraient être utilisées contre elle.

[Link] droit de ne pas s'auto-incriminer82


Que veut dire le droit de ne pas s’auto-incriminer ?
Du latin nemo tenetur se ipsum accusare, ce principe fondamental de procédure pénale est prévu
tant par le droit interne que par le droit supranational et est une composante du droit à un procès
équitable.
Ce principe prévoit que toute personne accusée d’une infraction pénale a le droit de ne pas être
forcée de témoigner contre elle-même, de s’avouer coupable ou encore de collaborer à la
procédure. En d’autres termes, c’est le droit de se taire et de ne pas devoir contribuer à sa propre
condamnation.
Ainsi, les autorités pénales ne peuvent utiliser des moyens de preuves obtenus tant par la
contrainte que contre la volonté du prévu. Ce nonobstant, les autorités pénales peuvent toujours

81
[Link]
[Link]#:~:text=auto%2Dincrimination%20%C2%BB.-,Exercer%20son%20droit%20au%20silence,pr
%C3%A9sentant%20des%20documents%20d'identit%C3%A9.
82
[Link]

29
collecter en utilisant des moyens de contrainte, de preuves qui existaient déjà avant que la
mesure coercitive ne soit mise en place.
§2. Les atteintes à la présomption d'innocence

NYABIRUNGU soutient que « dans la pratique, les indices de culpabilité pèsent plus lourds que
la présomption d’innocence, et les personnes poursuivies sont généralement aussitôt mises en
détention préventive, celle-ci devenant la règle et la liberté l’exception ». 83 Ainsi, la détention
provisoire comme son nom l’indique,va entrainer l’incarcération de l’inculpé pendant
l’instruction. Il s’agit là d’une mesure très grave, contraire à la présomption d’innocence,
l’intéressé subissant l’équivalent de sa peine sérieuse, alors qu’il n’a pas encore été condamné ou
jugé.
Dans le cadre de ce paragraphe, il conviendrait de voir la présomption d'innocence dans la phase
préjudirictionnelle (§1) avant d'analyser la présomption d'innocence lors de la phase
juridictionnelle (§2)

A. La présomption d’innocence à la phase préjuridictionnelle


Cette instruction est définie par Faustin Hélie comme « une enquête judiciaire qui a pour objet de
rechercher toutes les circonstances, de réunir tous les documents et de provoquer toutes les
mesures conservatoires qui sont nécessaires, soit pour apprécier les faits incriminés, soit pour
assurer l’action de la justice ».84

A ce stade, le ministère public ou la police judiciaire se livre à une enquête très approfondie et
très poussée pour rassembler des éléments de preuve sur la culpabilité du délinquant qu’il aura à
déférer devant le tribunal. Dans cette phase, on y trouve aussi un principe de l’égalité judiciaire.
Ce principe prône l’égalité de tous les Congolais devant la loi et la jouissance d’une égale
protection devant la justice de par la loi. Il implique donc une égalité devant la justice sans
distinction. Au cours de la procédure d’instruction, il est fait aussi application de l’article 12 de
la constitution de la RDC sur l’égalité [Link], la présomption d’innocence se matérialise
par l’examen des preuves à charge et à décharge ainsi que par la possibilité des investigations de
la part du ministère public chargé de l’enquête.85

Mais une fois que la présomption de culpabilité est établie, le principe de présomption
d’innocence est forcément accompagné d’autres principes de base, notamment la privation de la
liberté avant la décision du tribunal, tout comme la détention provisoire; « Puis qu’on est
présumé innocent jusqu’à ce qu’on est jugé, alors les mesures coercitives comme l’arrestation

83
NYABIRUNGU mwene SONGA, Traité de droit pénal général congolais, 2ème éd., Kinshasa 2007,p.445.
84
Faustin Hélie, Traité de l’instruction criminelle, Tome IV, Paris 1960, p. 86
85
Constitution Congolaise du 18 Février 2006.

30
provisoire doivent être limitées ».86 Mais la privation de liberté ne peut être décidée que quand il
y a une preuve de culpabilité qui doit être constatée par le ministère public, instructeur. Les
règles procédurales applicables à ce stade sont mutatis mutandis les mêmes que celles au niveau
de la police judiciaire (OPJ) et ce, à l’égard de tous les auteurs présumés auteurs de l’infraction y
compris « les kulunas ». A cette étape de la procédure, l’instruction est secrète, c’est-à-dire,
aucune personne n’a le droit de connaître, de divulguer les éléments du dossier (déclarations,
preuves, indices…) et par conséquent, aucune présentation publique de l’inculpé à la presse ou
par toute autre voie n’est autorisée.

Pendant cette phase juridictionnelle, l’article 20 de la Constitution congolaise 87 en vigueur


prévoit que les audiences des cours et tribunaux soient publiques afin de permettre à la
population de savoir comment la justice est rendue et d’en tirer des leçons. Et aucune
présentation publique n’est autorisée à ce stade pour tout présumé auteur d’infractions y compris
les « kulunas » qui, eux aussi sont des présumés auteurs d’infractions

Malheureusement, dans la pratique, l’application, mieux, le respect du principe de présomption


d’innocence face notamment face aux « Kulunas » à Kinshasa et partout ailleurs en République
démocratique du Congo laisse à désirer. En effet, le terme « Kuluna » est régulièrement utilisé au
Congo pour désigner les délinquants ou bandits. Ces derniers sont qualifiés comme tels tant par
les autorités administratives que par la presse en l’absence de toute décision judiciaire, encore
faut-il préciser qu’aucune disposition légale ne reconnait cette appellation.

Depuis les années 2019, 2020, l’armée et la police judicaire et plus récemment, le Ministère de la
justice, traquent les délinquants dans la ville de Kinshasa et partout ailleurs sur l'étendue du
territoire national à travers certaines opérations. Ces opérations consistent à arrêter les « Kulunas
», à les présenter publiquement, et ce, très souvent, sans procès ou jugement définitif alors que la
Constitution de la République démocratique du Congo ne prévoit aucune présentation publique
des auteurs présumés des infractions, nous avons vu certains kulunas être condamnés en
première instance à la peine de mort, et exécutés alors même que le jugement les condanmant
n'étaient encore coulés en force de choses jugées. Comment justifier l'excécution des condamnés
qui n'ont pas exercés leur droit de recours ? Nous estimons que cette pratique constitue une
violation flagrante de la constitution, des droits d’autrui et de la procédure pénale congolaise; car
pour punir un délinquant, il faut d’abord l’avoir interrogé, avoir enquêté sur les circonstances
objectives et subjectives de la commission de l’infraction et avoir établi par un jugement définitif
sa culpabilité.

86
Tshipadi Kankonde, Principle of innocence presumption in face of the due of the information “case of the
presentation of the innocent presumed in Medias”, in IOSR Journal of Humanities and Social Science (IOSR-JHSS)
07 (2018), pp. 1–10.
87
Constitution Congolaise du 18 Février 2006.

31
B. La présomption d’innocence à la phase juridictionnelle
Le procès est destiné à aboutir à un jugement par lequel, il est mis fin à une contestation où les
plaideurs ne sont pas les seuls intéressés : l’infraction touche aussi, peu ou prou, la collectivité;
elle jette le trouble dans le groupe social parce que le droit d’un ou plusieurs de ses membres se
trouve mis en doute ».88
Durant le procès, la présomption d’innocence se matérialise par le droit accordé à la défense de
récuser les juges qui ne doivent déclarer une personne coupable qu’en l’absence de doute sur la
culpabilité du prévenu ou de l’accusé. Mais aussi le droit de la défense qui implique la
contradiction dans la mesure où il exige qu’aucune preuve, aucune présomption ne puisse être
retenue comme étant un motif de la condamnation si le prévenu n’a pas eu l’occasion de la
contredire ou de la renverser à l’audience publique.
Selon MERLE Roger et VITU André « le but du procès pénal est de transformer les soupçons et
les charges qui ont servi de fondement à la poursuite en une certitude suffisante pour prononcer
la condamnation ».89

De son côté, Michèle Laure RASSAT, estime que « l’objectif poursuivi par la procédure pénale
est d’aboutir à un degré raisonnable de certitude eu égard aux faits et à la personne qu’on juge,
ce qui passe par un recueil et un examen de preuves pénales ». 90
Tous les efforts et toute la science du juge tendent donc à constater les probabilités qui sont la
base nécessaire de toute poursuite, et à préparer la certitude qui est la base nécessaire du
jugement ».91
Et conformément à la règle « in dubio pro reo », le doute joue en faveur du prévenu qui devra
être relaxé ou acquitté, car il vaut mieux absoudre un coupable que de condamner un innocent.
De son côté, le professeur NYABIRUNGU soutient que « dans la pratique, les indices de
culpabilité pèsent plus lourds que la présomption d’innocence, et les personnes poursuivies sont
généralement aussitôt mises en détention préventive, celle-ci devenant la règle et la liberté
l’exception ».92 Ainsi, la détention provisoire comme son nom l’indique, va entrainer
l’incarcération de l’inculpé pendant l’instruction. Il s’agit là d’une mesure très grave, contraire à
la présomption d’innocence, l’intéressé subissant l’équivalent de sa peine sérieuse, alors qu’il n’a
pas encore été condamné ou jugé. Pendant cette phase juridictionnelle, l’article 20 de la
Constitution congolaise prévoit que les audiences des cours et tribunaux soient publiques afin de
permettre à la population de savoir comment la justice est rendue et d’en tirer des leçons.
Malheureusement, les audiences ne sont pas toujours publiques pour les présumés auteurs

88
Henri LEVY-BRUHL, La preuve judiciaire, Etude de sociologie juridique, 1964, p. 24.
89
Roger MERLE / André VITU, Traité de droit criminel, procédure pénale, 5ème éd., Paris 2001, p. 182.
90
10 Michèle Laure RASSAT, Traité de procédure pénale, Paris 2001, p. 297
91
Faustin Hélie : De la preuve en matière criminelle, Revue critique de la législation et de jurisprudence, 1853, p.
396.
92
NYABIRUNGU mwene SONGA, Traité de droit pénal général congolais, 2ème éd., Kinshasa 2007, p. 445.

32
d’infractions, y compris les « kulunas ».

Section 2. Les restrictions de la liberté de presse ou du droit à l’information en droit pénal


congolais
Dans le cadre de cette dernière section parachevant la présente étude, il conviendrait de faire un
état de la question (§1) avant de voir la responsabilité pénale (§2)

§.1. État de la question


Le droit à l’information, à la liberté d’expression et à la critique constituent des libertés
fondamentales de tout être humain. Ces droits permettent au public d’être informé et aux
journalistes d’informer en toute liberté suivant leurs règles professionnelles ».
D’où, le droit à l’information exige le respect de la loi et des droits garantis aux individus.
L’article 4 de l'ordonnance-loi n°23/009 du 13 Mars 2023 fixant les modalités de l'exercice de la
liberté de presse, la liberté d'information et d'émission à la radio et la télévision, la presse écrite
ou tout autre moyen de communication en République Démocratique du Congo 93 définit la liberté
de la presse comme : « le droit d’informer, d’être informé, d’avoir ses opinions, ses sentiments et
de les communiquer sans aucune entrave, quel que soit le support utilisé, sous réserve du respect
de la loi, de l’ordre public, des droits d’autrui et de bonnes mœurs ».

Cette liberté est donc limitée conformément à l’article 4 de l'ordonnance-loi précitée, qui exige
que la liberté de presse respecte la loi, l’ordre public, les droits d’autrui et les bonnes mœurs.
Nous remarquerons que la violation de cette disposition nous ramènera à l’infraction de délit de
presse que nous développerons et qui est définie par les articles 113 et 126 de la même
ordonnance-loi94 comme toute infraction commise par la voie de presse écrite ou audiovisuelle.

Il sied de noter que la liberté de la presse est consacrée par plusieurs instruments juridiques
internationaux dont la RDC est partie et par plusieurs textes nationaux dont certains datent de
l’époque coloniale. Tous ces instruments juridiques tant internationaux que nationaux insistent
sur le fait que la liberté de presse doit se passer dans le respect de la loi, de l’ordre public, des
droits d’autrui et des bonnes mœurs. Et donc les journalistes sont tenus de respecter le principe
de présomption d’innocence tel que prévu par la loi et de veiller à ne pas présenter un « Kuluna »
ou délinquant à la presse avant sa condamnation définitive et cela, même à la demande de
l’autorité politico-administrative, judiciaire ou militaire.
§.2. Responsabilité pénale

Nous voulons, ici, parler de la responsabilité pénale des médias en cas de délit de presse.
Rappelons que par délit de presse, il faut entendre toute infraction commise par voie de presse

93
Ordonnance-loi n°23/009 du 13 Mars 2023 fixant les modalités de l'exercice de la liberté de presse, la liberté
d'information et d'émission à la radio et la télévision, la presse écrite ou tout autre moyen de communication en
République Démocratique du Congo. In [Link].
94
Idem.

33
écrite ou audiovisuelle par les professionnels de la presse, les entreprises de presse, les personnes
physiques ou morales concernées par des écrits ou des messages audiovisuels.

A. Délit de presse
L’objectif du législateur est de ramener les usagers de la presse à respecter la loi, l’ordre public,
les droits d’autrui et les bonnes mœ[Link] quelqu'un est présenté publiquement déjà comme
coupable par la presse avant sa condamnation par un jugement définitif comme nous le
constatons à travers la radiotélévision,nous estimons que l’on peut retenir l’infraction de délit de
presse à l’égard de cette entreprise médiatique ou des journalistes qui se livrent à cette pratique et
de toute autre personne qui aurait été complice de cette présentation publique à travers la presse
sur pied des articles 112 et 126, de l'ordonnance-loi de 2023 précitée et des articles 22 et 23 du
code pénal congolais Livre I.
La loi ne permet aucune présentation publique pour une personne non encore condamnée et elle
(la constitution en son article 17 in fine) oblige que la procédure pénale en la matière soit
respectée à tous les niveaux jusqu’à ce que la culpabilité du présumé « kuluna » sera établie par
un jugement définitif le déclarant coupable.

A ce titre, l'article 113 de l'ordonnance-loi n°23/009 du 13 Mars 2023 fixant les modalités de
l'exercice de la liberté de presse, la liberté d'information et d'émission à la radio et la télévision,
la presse écrite ou tout autre moyen de communication en République Démocratique du Congo
dispose :95
Est considérée comme atteinte par voie de presse, tout comportement ou tout acte du
professionnel des médias commis à l'occasion de l'exercice de sa profession qui a porté atteinte à
l'ordre public, aux droits d'autrui et aux bonnes meurs et qui a causé préjudice. Est également
considérée comme atteinte tout comportement de tout
usager des médias qui a enfreint et porté préjudice à l'ordre public, aux
droits d'autrui et aux bonnes meurs. Les infractions de la presse en ligne sont puhies
conformément à la législation en vigueur en matière pénale.
L'article 125 du même texte prevoit à son tour :
Est puni conformément au Code pénal:
a) Quiconque viole le secret de I'instruction ou porte atteinte à la présomption d'innocence
lorsque des procédurcs judiciaires sont en cours avant débat en audience publique.

Dans ce cas nous estimons que non seulement la responsabilité pénale des journalistes sera
établie, parce que selon Jean-Désiré INGANGE WA NGANGE, il s’agit d’une responsabilité
pénale à titre principal et par défaut. La responsabilité à titre principal est imputée à l’auteur
présumé des faits mais la responsabilité par défaut se fait selon un ordre croissant établit : le

95
Ordonnance-loi n°23/009 du 13 Mars 2023 fixant les modalités de l'exercice de la liberté de presse, la liberté
d'information et d'émission à la radio et la télévision, la presse écrite ou tout autre moyen de communication en
République Démocratique du Congo. In [Link].

34
directeur de la publication, l’éditeur et l’imprimeur. Il s’agit là d’une responsabilité qui déroge à
celle de droit commun. C’est un régime similaire à celui du supérieur hiérarchique. 96 Mais aussi
la responsabilité de l’entreprise comme civilement responsable.

Mais ce qui nous intéresse plus est l’infraction d’imputations dommageables ou diffamation que
les « kulunas » (auteurs présumés de l’infraction) qui sont présentés à travers la presse en
violation du principe de présomption d’innocence pourront se prévaloir en justice pour demander
réparation des préjudices par eux subis.

B. Imputations dommageables ou diffamation


Le fait d’imputer méchamment et publiquement à une personne un fait précis qui est de nature à
porter atteinte à l’honneur ou à la considération de celle-ci ou à l’exposer au mépris public
constitue l’infraction d’imputations dommageables.
L’article 74 du code pénal congolais Livre II dispose : « celui qui a méchamment et
publiquement imputé à une personne un fait précis qui est de nature à porter atteinte à l’honneur
ou à la considération de cette personne, ou à l’exposer au mépris public, sera puni d’une
servitude pénale de huit jours à un an et d’une amende de vingt-cinq à mille francs ou d’une de
ces peines seulement ».

L’infraction d’imputations dommageables ou diffamation pour être établie, exige des préalables.
Ainsi donc, cette infraction suppose la publicité d’une part et ne concerne d’autre part que des
personnes physiques, les particuliers. L’acte matériel d’imputations.
consiste à attribuer, à mettre au compte de la personne physique un fait donné, vrai ou faux,
même de façon interrogative, négative, conditionnelle ou hypothétique. Le champ d’application
de l’infraction de diffamation ou imputations dommageables est large et dépasse le seul cadre de
la presse écrite. Les moyens tels que l’écrit informatique, la parole et l’image entrent dans le
champ répressif. En effet, la loi doit s’appliquer aussi à la radio, la télé, et même l’internet.

Et donc les journalistes qui présentent les auteurs présumés de l’infraction à la presse avant leur
jugement, s’exposent à des poursuites judiciaires sur base de cette infraction, si jamais les
concernés arrivaient à saisir la justice. Faisons bref en disant que cette pratique consistant à
présenter publiquement les « kulunas » constitue une violation flagrante de la loi.

[Link] arbitraire et détention illégale

96
Jean-Désiré INGANGE WA NGANGE, Le droit au respect de la vie privée dans le contexte médiatique : entre
intangibilité, relativité et quête de circulation d’informations personnelles. Lecture lucide des dispositions
constitutionnelles et conventionnelles en Droit congolais de droits de l’homme, p. 318. Inédit.

35
Comme nous l’avons si bien mentionné « les kulunas » par exemple, sont arrêtés sans mandat et
gardés pendant des mois au cachot avant d’être présentés publiquement à la télévision.
Pourtant le délai légal imparti aux officiers de police judiciaire tant de l’armée que de la police
est de 48 heures pour déférer les auteurs présumés de l’infraction devant l’autorité judiciaire
compétente ou les libérer. Ces gens ont des droits que les autorités judiciaires sont tenues de
respecter. A défaut de quoi, ces autorités peuvent être poursuivies sur pied de l’article 67 du code
pénal livre II.
Le fait d’enlever ou de faire enlever, d’arrêter ou de faire arrêter arbitrairement, de détenir ou de
faire détenir une personne quelconque à l’aide de ruses, de violences ou de menaces, constitue
l’infraction d’arrestation arbitraire et détention illégale.
En effet, « L’arrestation arbitraire suppose, dans le chef de son auteur, l’intention de porter
atteinte à la liberté individuelle ainsi que la conscience effective de l’illégalité de l’acte posé ». 97
L’article 67 du code pénal congolais livre II dispose : « Est puni d’une servitude pénale d’un à
cinq ans celui qui, par violences, ruses ou menaces, a enlevé ou fait enlever, arrêté ou fait arrêter
arbitrairement, détenu ou fait détenir une personne quelconque. Lorsque la personne enlevée,
arrêtée ou détenue aura été soumise à des tortures corporelles, le coupable est puni d’une
servitude pénale de cinq à vingt ans. Si les tortures ont causé la mort, le coupable est condamné à
la servitude pénale à perpétuité ou à mort ». En définitive, nous disons que les médias aggravent
leur responsabilité civile en cas de violation d’une disposition pénale. Ainsi voyons la
responsabilité civile des médias.

97
C.S.J., R.P.A. 112, 20 novembre 1985, inédit

36
CONCLUSION

La présente étude a consisté à analyser la protection des droits de l'accusé en droit congolais.
Nous avons vu le système pénal congolais dans un premier temps, avant d'analyser la question de
la mise en œuvre des droits de l'accusé dans ce système pénal.
En effet, si le système judiciaire peut s’entendre comme l’ensemble de toutes les institutions qui
concourent à l'administration et à la distribution de la justice dans un État, le système pénal n'en
serait donc qu'un diminutif, c'est-à-dire l'ensemble des structures concourant à la distribution de
la justice pénale.
Les juridictions de l’ordre judiciaire sont réparties en juridictions ordinaires et en juridictions
spécialisées qui sont : les tribunaux de paix, les tribunaux de police, les tribunaux pour enfants,
les tribunaux de grande instance, les tribunaux de commerce, les tribunaux du travail, les
tribunaux militaires de garnison, les cours militaires, les cours militaires opérationnelles, les
cours d’appel, la Haute Cour militaire et la Cour de cassation. Ceci étant, il convient de les voir
tout à tout afin d'en dégager le contenu. Ces organes concourent à l'administration et à la
distribution de la justice pénale.

Cependant, on peut se convaincre de la vérité de l’observation selon laquelle le problème capital


de la conciliation nécessaire et raisonnable des intérêts de l’individu et de ceux de l’Etat dans le
procès pénal, dépend non seulement de conditions et de considérations de technique et de
procédure judiciaire, mais autant et même davantage de données idéologiques et politiques.
L’élément politique, et toute l’histoire le démontre jusqu’aujourd’hui sous nos yeux, y joue le
rôle prépondérant, même là où la stricte séparation des pouvoirs en devrait principe, assurer la
liberté, l’indépendance pratique et la conscience insoupçonnable de la fonction judiciaire.
A titre d'exemple, dans la pratique, l’application, mieux, le respect du principe de présomption
d’innocence face notamment face aux accusés à Kinshasa et partout ailleurs en République
démocratique du Congo laisse à désirer.

37
Très souvent, les accusés sont traités de coupables tant par les autorités administratives que par la
presse en l’absence de toute décision judiciaire, encore faut-il préciser qu’aucune disposition
légale ne reconnait cette appellation.
Depuis les années 2019, 2020, l’armée et la police judicaire et plus récemment, le Ministère de la
justice, traquent les délinquants dans la ville de Kinshasa et partout ailleurs sur l'étendue du
territoire national à travers certaines opérations. Ces opérations consistent à arrêter les « Kulunas
», à les présenter publiquement, et ce, très souvent, sans procès ou jugement définitif alors que la
Constitution de la République démocratique du Congo ne prévoit aucune présentation publique
des auteurs présumés des infractions, nous avons vu certains kulunas être condamnés en
première instance à la peine de mort, et exécutés alors même que le jugement les condanmant
n'étaient encore coulés en force de choses jugées.

Nous estimons que cette pratique constitue une violation flagrante de la constitution, des droits
d’autrui et de la procédure pénale congolaise; car pour punir un délinquant, il faut d’abord l’avoir
interrogé, avoir enquêté sur les circonstances objectives et subjectives de la commission de
l’infraction et avoir établi par un jugement définitif sa culpabilité.
Cette façon de faire met en mal les garanties procédurales reconnues à l'accusé dans la
procédurale pénale Congolaise. Cela frise une violation flagrante des droits de l'accusé
Constitutionnellement garanties. Un renforcement de notre dispositif pénal ainsi qu’un contrôle
rigoureux et permanent des activités judicaires par les ministre de l’intérieur et de la justice
s’avèrent des impératifs intransigeants pour pallier à cette situation.

38

Vous aimerez peut-être aussi