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Architecture rurale du Rif occidental

Le document traite de l'architecture rurale du Rif occidental, en particulier de la maison jebliya, qui est construite avec des matériaux locaux et reflète un savoir-faire ancestral. Il décrit les caractéristiques de cette architecture vernaculaire, ses typologies, et son adaptation à l'environnement naturel et culturel. La maison jebliya se compose de modules appelés 'bit', organisés autour d'un patio central, et utilise des techniques de construction traditionnelles comme l'adobe.

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Architecture rurale du Rif occidental

Le document traite de l'architecture rurale du Rif occidental, en particulier de la maison jebliya, qui est construite avec des matériaux locaux et reflète un savoir-faire ancestral. Il décrit les caractéristiques de cette architecture vernaculaire, ses typologies, et son adaptation à l'environnement naturel et culturel. La maison jebliya se compose de modules appelés 'bit', organisés autour d'un patio central, et utilise des techniques de construction traditionnelles comme l'adobe.

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Hespéris-Tamuda LII (3) (2017): 301-316

L’architecture rurale du Rif occidental:


La maison jebliya1

Ana Julia González Sancho


Architecte, spécialisée en patrimoine bâti
Professeure de projets à l’ENAT

Le cadre, le paysage
Le Rif, mot arabe qui signifie “terre fertile” ou aussi “bord ou côte” en
langue amazighe (berbère), ces deux acceptions définissent clairement le
lieu. Le Rif est une chaîne montagneuse qui s’étend tout au long du littoral
méditerranéen au Nord du Maroc, de Saïdia jusqu’à Tétouan. Géologiquement,
le Rif fait partie de l’Arc de Gibraltar avec la Cordillère Bétique espagnole
qui se développe du Golfe de Cadix jusqu’aux Îles Baléares. Ce donné est
très intéressant parce que la liaison entre ces deux rivages méditerranéens
ne s’arrête pas au niveau de la géographie, depuis des siècles il y a eu des
échanges commerciaux et culturels à travers la mer.2
Les montagnes du Rif ont une altitude moyenne de 2.000 m, hauteur
dépassée juste par quelques sommets, comme par exemple le mont Tidighin,
près de Kétama, le mont Akra à Bab Taza et d’autres monts à proximité de
Chefchaouen, dont on peut voir les blancs sommets enneigés jusqu’au mois
de mai. Dû à son étendue longitudinale, la cordillère se caractérise par une
grande diversité paysagère. Entre Nador et Tétouan, le Rif rencontre les eaux
méditerranéennes à travers d’abruptes falaises et des criques en contraste
avec les vertes et douces collines des alentours de Tanger et d’Assilah (côté
atlantique) et les terres rouges, vastes et nues, des versants orientaux qui
dominent le paysage de Kétama à Oujda.
La végétation est typiquement méditerranéenne, dans les zones les plus
basses, il y a des forêts de sabines, de chênes verts et d’oliviers sauvages
appelés en arabe de la zone, berri, accompagnés d’un sous-bois de myrte,
lentisques et arbousiers. Lorsque l’altitude augmente en arrivant aux zones
de majeure pluviosité, le paysage se couvre de forêts de chêne rouvre, chêne-
liège, sapin et cèdre.

1. Traduction au français: Maria Zugari González.


2. Numéro spécial de la revue Maroc Europe dédié à la thématique: Le Maroc et la mer, 2 (1992):
13, 25, 71, 111.

Journal Indexed in Emerging Sources Citation Index (Web of Science)


Covered in Clarivate Analytics products and services, ISSN: 0018-1005
302 Ana Julia González Sancho

L’architecture vernaculaire: la maison jebliya


Nous comprenons par architecture vernaculaire toute construction
développée dans un environnement rural, bâtie avec des matériaux locaux,
tels que la terre crue, la pierre ou le bois, comme principaux éléments
structuraux, et porteuse d’un savoir-faire ancestral. Ces constructions sont
destinées fondamentalement à l’habitation. En plus de cela, nous trouvons
d’autres types de bâtiments complémentaires comme les greniers, les étables,
les moulins, etc. Mais dans le Rif nous pouvons aussi découvrir des mosquées
ou jawami‘, en signalant la mosquée de Cherafat, des sanctuaires ou daourih,
comme le sanctuaire de Mouley Abdessalam et des greniers collectifs comme
à Beni Sechyel.3
L’architecture rurale bâtie avec des matériaux locaux possède une série
de caractéristiques essentielles et fonctionnelles communes dans tous les
lieux où elle se développe (fig. 1). Les caractéristiques qui la définissent et
l’identifient sont les suivantes:

Fig. 1: Maison patio avec


galerie intérieure, zone de Bab
Berred (Cliché de l’auteur).

- Enracinement à la terre et au village, à la tradition historique et culturelle


du territoire.
- Capacité d’adaptation au lieu, prétendant rarement modifier radicalement
l’environnement.
- Fonctionnelle et pleine de bon sens dans tous les aspects constructifs,
volumétriques et matériels.

3. Alfonso de Sierra Ochoa, La vivienda marroquí. Notas de una teoría (Málaga: Editorial Algazara,
Colegio de Arquitectos, 1996).
L’architecture rurale du Rif occidental: La maison jebliya 303

- Architecture préindustrielle du point de vue technique mais aussi


pour les outils et les matériaux employés. D’une simplicité constructive, un
problème complexe se résout à travers une chaine de problèmes simples.
- Typologies présentant peu des variations de forme dans le temps,
reflétant la vie paysanne.
- Dû à une carence des moyens et aussi à l’utilisation de l’Homme comme
canon de proportionnalité, le résultat est sobre et élégant.
- Elle a une intention d’ouvrage définitive, la demeure sera habitée par
son auteur et pour ses descendants en éliminant tout aspect provisoire.
L’architecture vernaculaire, comme nous l’avons vu, est une architecture
très bien adaptée et fortement liée à l’environnement où elle se développe. Et
par conséquent, dans cette cordillère du Rif, dans laquelle nous trouvons une
grande diversité paysagère ainsi que culturelle grâce à l’action des différents
groupes humains, les Arabes et les Berbères qui apportent leurs complexités
linguistiques et spirituelles, nous trouvons des typologies architectoniques
uniques.

Fig. 2: Maison Ghmara, à


proximité d’Oued Laou, côte
méditerranéenne (Cliché de
l’auteur).

La maison rurale du Rif, répond principalement à deux typologies:


- la première est réalisée à travers la répétition d’un module rectangulaire
d’un niveau, appelé bit, lequel peut apparaître individuel ou bien, au fur et à
mesure que la famille s’agrandit, en rassemblant un ensemble de modules de
façon à former un patio ou mraḥ;
- et la deuxième est la maison patio, de plan quadrangulaire fermé sur
elle-même avec un patio intérieur. Quand la demeure présente deux niveaux,
la division habituelle est de situer les espaces publics, espaces de jour et
304 Ana Julia González Sancho

espaces pour les animaux, au rez-de-chaussée (en permettant d’obtenir une


certaine chaleur en hiver grâce aux animaux) et des espaces privés à l’étage.
Ces typologies ont de nombreux sous-genres, conséquence de l’adaptation
nécessaire au paysage culturel où elles sont nées. Ces adéquations pourront
s’apprécier par:
1. Leurs différentes toitures, tant dans le bit que dans les maisons patio:
nous pouvons voir qu’ils possèdent des toitures inclinées ou bien plates, en
fonction de la pluviométrie de la région. Dans le flanc occidental, la plupart
des maisons présentent des toitures inclinées réalisées à quatre versants tandis
que dans la partie orientale, la toiture la plus commune est la plate. Nous
trouvons également différentes finitions pour ces couvertures, ce choix donne
en plus de très différents aspects plastiques et constructifs aux maisons. Il y a
des toits plats faits avec des tuiles en terre cuite, de toits couverts de plaques
rudimentaires à façon de tuiles, faites en pierre locale, par exemple dans la
région des Tsoul; des toits réalisés avec des feuilles de zinc ondulées dans la
région occidentale,4 des toitures plates de terre végétalisée surtout dans les
zones côtières de la région des Ghmara, qui pourraient rappeler les maisons
rurales des îles Baléares,5 et des couverture sde terre inclinées dans le Prérif.
Par contre, les toitures réalisées avec des fibres végétales, appelée ssqaf,6 se
trouvent de moins en moins dans le Rif (les toitures végétales étaient utilisées
dans les anciennes maisons rurales, appelées kabusas, qui sont des cabanes
rondes de 4 mètres de diamètre maximum et un toit conique, et aussi dans les
nuwala, cabanes de plan rectangulaire ou carré faites avec des troncs enfoncés
dans le sol, en forme de fourche que soutiennent la toiture à deux versants).
2. Leurs différentes adaptations à la topographie, nous pouvons la trouver
avec des maisons qui ont un rez-de-chaussée et un étage, partiel ou total, pour
profiter de la pente naturelle du terrain. Le rez-de-chaussée est utilisé pour
garder le bétail et les outils agricoles et à l’étage des espaces privés connectés
à travers une galerie, ou loggia, parfois supportée en console ou bien par
retrait du plan de façade, protégée de la pluie par la prolongation de la toiture.
3. En fonction du choix du matériel de construction, il est également
possible d’identifier des typologies à partir de leurs systèmes constructifs,
chaque matériel possède ses propres caractéristiques physiques et mécaniques
qui permettront différentes solutions à un même problème. Il existe une grande

4. Ana Julia González Sancho, Arquitectura rural en tierra en el Norte de Marruecos. Un paisaje en
transformación (Sevilla: Edición Rosalibros, 2011).
5. Article intitulé “La casa ibicenca de Abárzuza.” Ferrer Antoni.
6. De Sierra Ochoa, La vivienda.
L’architecture rurale du Rif occidental: La maison jebliya 305

variété de matériaux locaux employés dans cette région des Jbala, comme:
l’adobe ou brique de terre crue, la terre pisée o tápia, supports en bois ou en
pierre pour monter les murs porteurs de la maison. De manière exceptionnelle,
nous pouvons trouver aussi des cloisons intérieures non structurales, faites
par un grillage de roseaux recouvert des deux côtes avec une pâte de terre. Les
finitions de ces murs extérieurs et intérieurs sont faites habituellement avec
une application de mortier de terre et chaux. Les couleurs utilisées dans les
socles, les portes et les fenêtres sont le bleu indigo, l’ocre, le vert... identifiant
clairement la région à laquelle la maison appartient.
4. L’emplacement de la maison définit également sa typologie, si la demeure
se trouve dans un village, ou dchar, la disposition de la maison est plus ouverte
et plus connectée à son environnement, ce type de maisons se trouve près de Ben
Harus. Mais si la maison se trouve isolée dans la campagne, en formant de petites
cellules familiales, la distribution spatiale des modules est plus protectrice et
défensive, habituellement en clôturant les latéraux avec l’approche des modules
et l’aidant par une enceinte faite avec des arbustes épineux ou bien finalement la
clôture totale de la maison avec la création d’un patio intérieur.

Fig. 3: Maison jebliya, avec


deux niveaux (Cliché de
l’auteur).

Le Rif occidental est habité par les Jbala,7 en arabe “habitants des
montagnes” et par les Ghmara sur le versant méditerranéen. Les maisons
jebliya-s sont des logements paysans formés par la répétition d’un module
appelé bit, en arabe dialectal du Nord, où il signifie “chambre.” Ce bit
représente la minimale unité d’habitation dans la maison rurale (fig. 3). C’est
un rectangle avec une proportion8 de 1: 3, largeur et longueur, principalement

7. Jacques Jawhar Vignet-Zunz, Les Jbala du Rif. Des lettrés en montagne (Casablanca: Éditions La
Croisée des Chemins, 2014).
8. De Sierra Ochoa, La vivienda.
306 Ana Julia González Sancho

sur un seul niveau qui est divisé intérieurement en deux espaces principaux
de position presque identique où se trouvent la salle principale, ou maq‘ad, et
la chambre à coucher, ou ghorfa.
Ce module du bit initial peut s’augmenter si la famille grandit, avec
l’addition de deux ou plusieurs modules qui sont disposés autour d’un patio
central, mraḥ qui signifie en arabe “lieu de repos,” espace de vie principal;
le deuxième module qui habituellement accueille la salle de bain ou bit l-ma;
un troisième où se trouve la pièce de feu9 et la cuisine, le bit ennar. Autrefois
dans les anciennes maisons, sur le feu au bois de la cuisine il y avait toujours
un récipient rempli d’eau qui se chauffait, soit pour prendre un bain soit
pour faire du thé. Un quatrième module, non toujours présent dans toutes les
maisons mais très important si on veut connaître le mode d’habiter des Jbala,
est la pièce pour les invités ou bit l-drari (chambre des enfants), placée à
gauche ou à droite de l’entrée.
Les chambres du bit ne communiquent pas les unes avec les autres, il
faut sortir à l’extérieur, au patio, pour rentrer dans les différentes pièces. Il y
a une zone mieux protégée de la pluie à l’abri de la toiture, ce qui permet le
déplacement entre les pièces à la façon d’une galerie, ou loggia. Il est composé
d’un banc longitudinal sut la façade de ces modules, appelé dukkana,10 élevé
au-dessus du sol à environ 35cm, de cette façon il protège l’intérieur des
chambres des eaux pluviales et des animaux et il marque aussi clairement la
transition entre l’espace public, représenté par le mraḥ, et l’espace privé.

Fig. 4: Maison jebliya, patio


avec dukkana et dalia (Cliché
de l’auteur).

9. González Sancho, Arquitectura.


10. Ibid.
L’architecture rurale du Rif occidental: La maison jebliya 307

Ce banc ou dukkana dans la période d’été (fig. 4) transforme le patio en


un grand salon ouvert où se retrouvent la famille et les voisins pour faire des
labeurs quotidiens et converser. Dans cette cour, il ne manque pas de zone
d’ombre pour rafraîchir les après-midi, avec des arbres fruitiers comme les
figuiers, les pruniers, les agrumes, etc. qui se situent au milieu du patio. Enfin,
plus simplement, nous trouvons de l’ombre au-dessous d’une vigne, ou dalia,
entrelacée à une structure simple des olives et de cordes.
Le système de construction
La plupart des maisons de cette zone du Rif occidental sont construites en
employant comme matériel de construction pour les murs porteurs, l’adobe,
mot qui viens de l’arabe, aṭṭub, et signifie “brique de terre.” L’adobe est une
pièce prismatique de terre crue, réalisée avec un moule en bois de dimensions
variables selon les villages et régions, celui qui apparaît sur la photographie
est de la zone de Ben Harus, de 40 x 20 x 12 cm (fig. 5).

Fig. 5: Adobes (Cliché de l’auteur).


Fig. 5: Adobes (Cliché de l’auteur).

Pour la fabrication de l’adobe, il faut mélanger 2/3 de terre et 1/3 de paille


ou d’autres fibres végétales, lesquelles aideront à éviter la formation de fissures
par rétraction, et finalement de l’eau. Une fois bien fait, quand le mortier est
homogène, le moule se remplit à la main en jetant la pâte avec force sur le
moule en évitant de cette manière la formation des bulles d’air à l’intérieur.
On laisse la brique sécher lentement, protégée du soleil en ombrage, pendant
un période de deux ou trois semaines, selon l’humidité de l’air.
La relation entre la hauteur du mur extérieur et sa longueur est d’H/8, la
hauteur des maisons, de sol à plafond, est environ 2.60m. Nous ne devons pas
308 Ana Julia González Sancho

oublier que la demeure rurale prend l’homme comme canon,11 elle possède
intrinsèquement une échelle humaine et de là vient son harmonie (fig. 6).

Fig. 6: Intérieur de la maison jebliya.


Proportion et échelle humaines (Cliché
de l’auteur).

Les adobes s’agglomèrent avec une pâte réalisée de terre et d’eau.


Ces parements de terre ont besoin d’un enduit extérieur pour les protéger
de la pluie et de l’action du vent. Ce revêtement de protection se réalise en
appliquant une fine couche de mortier effectué à base de terre, de fumier et de
paille émiettée ou pilée. Ce travail de finition, appelé taḥnika, est fait par les
femmes de la famille, lesquelles ajoutent les différentes couleurs typiques de
chaque région, indigos, ocres, verts, etc. (fig. 7).
La fondation est réalisée en faisant des fosses continues sous les lignes
de charge définies pour les murs porteurs. Avec une largeur supérieure aux
murs qu’elle va soutenir et une profondeur d’approximativement un mètre,
jusqu’à arriver à un bon sol, au-dessous de la couche du sol organique.
Ces fosses sont comblées avec des roches anguleuses locales, placées
soigneusement avec l’aide de cales ou fragments de pierres, les creux se
remplissent avec de la terre sablonneuse et de la chaux.
Entre la fondation et le mur de terre, nous trouvons la sur fondation en
pierre, avec l’intention de protéger le mur de l’humidité, de l’eau superficielle,
de la pluie et de l’action du vent.

11. Ibid.
L’architecture rurale du Rif occidental: La maison jebliya 309

Fig. 7: Dār fuq akhtha, petite


demeure connue comme la “maison
au-dessus de sa sœur,” avec tous les
parements revêtus de taḥnika (Cliché
de l’auteur).

Comme nous pouvons voir dans la photographie (fig. 8), la sur fondation
arrive à une hauteur assez élevée, la toiture se prolonge avec l’aide de tenseurs,
en obtenant une protection adéquate des murs de terre.

Fig. 8: Sur fondation, maison jebliya,


bit (Cliché de l’auteur).
310 Ana Julia González Sancho

Les maisons jebliya-s se ferment en réalisant des toitures inclinées à


quatre versants avec plaques ondulées de zinc. Traditionnellement, comme
nous l’avons déjà dit, les toits étaient faits avec des fibres végétales (de
achqalia –engrain–, de seigle…) lacées, comme finition de la toiture; par
exemple, dans les anciennes nwala (lesquelles représentent le premier pas
vers la sédentarisation de ces populations), en obtenant une grande intégration
paysagère; par contre cela exigeait un entretien annuel et une augmentation
des poutres de la charpente. En plus, ces toits devaient avoir une grande pente
(raison pour laquelle la longueur des poutres était importante) pour éviter que
l’eau ne se dépose et mouille les fibres végétales, en provoquant des fuites à
l’intérieur de la maison.
Vue cette évolution de la toiture vers la plaque de zinc, nous pouvons
penser que la maison jebliya, dans ces dernières cinquante années, a souffert
une régression, elle a perdu le confort et l’habitabilité. Cependant, le bon sens
et la correcte adaptation des moyens ont prévalu dans cette décision.12
Le bit se ferme à l’aide de la construction d’une double couverture, ce
qui lui donne un grand équilibre hygrométrique (fig. 9).

Fig. 9: Schéma de la double couverture du bit, de la maison jebliya.

En premier lieu, se construit une dalle plate avec poutres en bois


arrondies (habituellement d’eucalyptus), sciées, encastrées dans les murs
avec un quadrillage de roseaux formant différentes motifs géométriques entre
les poutres et une couche de terre d’environ 12cm. Cet élément constitue
le plafond intérieur du bit. Après, et au-dessus de la dalle, une deuxième
toiture à quatre versants, réalisée avec des plaques de zinc et supportée par
une structure triangulaire de poutres rondes soutenues par le mur central et

12. Ibid.
L’architecture rurale du Rif occidental: La maison jebliya 311

les façades. Les poutres verticales, ṭala‘, s’appuient et dépassent le plan de la


façade sur 1 mètre environ et elles sont stabilisées (face à la force des vents)
avec de étançons retenus par des fils de fer.
Cette double couverture permet une régulation naturelle de la température
intérieure de la maison en assurant l’adéquate étanchéité, ainsi que le confort
thermique et acoustique.
Exemples de maisons jeblia-s.
Maison nº 1

Fig. 10: Maison rurale et


grenier (Cliché de l’auteur).

Maison rurale indépendante et unifamiliale, située dans le village de Dār


Akkouba, dans les alentours de Chefchaouen. Elle est composée d’un module
rectangulaire d’un seul niveau, avec une toiture à quatre pentes en plaques de
zinc ondulées comme habituellement nous les trouvons dans tous les villages.
Sur la façade principale, le mur en terre a été substitué partiellement par
un portique avec des poteaux en bois arrondis, qui signalent l’entrée de la
demeure, en produisant une transition de lumière et d’ombre vers l’intérieur.
Nous pouvons voir cette disposition d’entrée en certaines autres maisons
rurales méditerranéennes.
À côté, une petite construction est destinée à emmagasiner le grain et à
servir d’enclos aux animaux. Plan de rez-de-chaussée sous la forme de “L”
avec une toiture à quatre versants réalisée en chaume dans un état parfait. Nous
pouvons observer des greniers similaires en usage dans la zone de Had Gharbia.
L’ensemble se trouve protégé grâce à la végétation, des arbres fruitiers
entourent l’enceinte de la maison, comme des amandiers, des néfliers, des
arbustes, des nopals, etc.
312 Ana Julia González Sancho

Nous trouvons un puits d’eau et un four traditionnel, farran beldi, avec


sa caractéristique morphologique hémisphérique, construit en terre.
Maison nº 2

Fig. 11: Maison bleue à deux niveaux


(Cliché de l’auteur).

Maison dans le même village, par sa disposition symétrique et l’utilisation


de deux couleurs différentes, nous pouvons affirmer qu’elle a été construite
pour l’habitation de deux familles (fig. 11).
Elle est un ensemble de forme quadrangulaire qui profite de la pente
naturelle du terrain, avec un patio intérieur. La pièce principale a deux
niveaux, avec un porche de réception au rez-de-chaussée, des escaliers au
centre pour accéder à la galerie privée avec des treillages qui mènent aux
chambres. Depuis le porche, il y a deux entrées latérales pour les animaux.
Nous pouvons observer comment se fixe la structure du toit au mur de
la façade, à travers des petites poutrelles arrondies encastrées pour fixer des
tenseurs en fil de fer.
Dans le porche de réception au rez-de-chaussée, une zone ombragée
apparaît avec un banc, dukkana, en terre blanchie à la chaux, comme le
reste de la demeure. La chaux s’emploie sur les murs, les sols et les toits,
taḥnika. La chaux possède d’excellentes propriétés, elle est un insecticide
naturel, consomme du dioxyde de carbone et de l’eau dans le processus de
carbonatation et permet la circulation de l’humidité au travers du mur, lui
permettant de “respirer,” en évitant les condensations intérieures.
L’architecture rurale du Rif occidental: La maison jebliya 313

Il est intéressant de noter le pavement du porche et de l’extérieur, un


pavage réalisé en galets de rivière, dans tout le périmètre de la demeure, qui
protège le mur de terre de l’eau de pluie. À l’intérieur, les sols sont en terre
damée, dans quelques demeures nous trouvons des panneaux de liège comme
finition du sol.
Maison nº3

Fig. 12: Perspective de la


maison en “L” avec galerie
ou loggia.

Alentours de Chefchaouen vers Bab Taza, Bab Berred. Dans un village


nous trouvons des ruines de cette maison, inhabitée depuis des années. Elle
possède une typologie bien marquée et peu habituelle. Avec deux niveaux et
un plan en “L” formé par un patio intérieur fermé en deux latérales par un mur.
L’espace public est au rez-de-chaussée avec un banc sur le périmètre, dukkana,
et l’espace privé est à l’étage avec galerie protégée par la toiture (fig. 12).
Maison nº 4

Fig. 13: Maison composée de


bit-s (Cliché de l’auteur).
314 Ana Julia González Sancho

Maison dans le village de Morj Hamus, zone de Ben Harus; en général,


les parcelles sont suffisamment étendues pour permettre le développement de
la vie quotidienne avec intimité. Les villageoises ont l’habitude d’avoir un
potager qui les approvisionne en légumes nécessaires pour chaque jour.
La demeure est formée par quatre modules, bit, indépendants, autour
du patio avec des arbres fruitiers, figuiers, pruniers, etc. On accède par un
passage où se trouve la zone des jeunes, bit l-‘azara ou medkhal. À gauche
de l’entrée, se situe le module où se trouvent l-maq‘ad et les chambres à
coucher, ghorfa. Dans le côté opposé, en traversant le patio, se situe la pièce
de la cuisine et des toilettes, bit l-ma. Au fond, une pièce singulière de section
carrée, la chambre de feu, ou bit ennar, où le feu reste tout le temps allumé
pour chauffer l’eau.
Cette demeure est habitée seulement pendant les vacances d’été. Les
propriétaires se sont installés en ville.

Fig.14: Croquis de l’ensemble.

Conclusion
Après avoir parcouru ces paysages, nous pouvons facilement observer la
transformation qui se produit, les demeures rurales considérées de moindre
valeur et qui représentent des modèles sociaux peu évolués, sont substituées
par de nouvelles maisons bâties avec des matériaux conventionnels, qui se
L’architecture rurale du Rif occidental: La maison jebliya 315

montrent nus et qui n’apportent pas les conditions désirées d’habitabilité, en


rompant le difficile équilibre de ces paysages ruraux.
Il est nécessaire de réfléchir à la protection de ces habitats, en renforçant
l’estime de ses habitants, porteurs de ce savoir-faire ancestral. La maison en
terre, la maison jebliya, peut offrir le confort et les conditions d’habitabilité
nécessaires aujourd’hui.
Bibliographie
Bardou, Patrick, et Veroujan Arzoumanian. Arquitectura del Abobe. Barcelona: GG, 1979.
Benelkhadir, Mohamed, et Abderrafih Lahbabi. Architectures régionales rifaines. Un
parcours à travers le Nord marocain. Casablanca: Impr. Najah El Jadida, Ecole
d’Architecture, 2012.
De Sierra Ochoa, Alfonso. La vivienda marroquí. Notas de una teoría. Málaga: Editorial
Algazara, Colegio de Arquitectos, 1996.
Fisac, Miguel. Arquitectura popular española y su valor ante la arquitectura del futuro.
Madrid: Ediciones Rialp, 1952.
Flores López, Carlos. Arquitectura popular española. Madrid: Ediciones Aguilar, 1986.
González Sancho, Ana Julia. Arquitectura rural en tierra en el Norte de Marruecos. Un
paisaje en transformación. Sevilla: Edición Rosalibros, 2011.
Minke, Gernot. Manual de construcción para viviendas antisísmicas de tierra. Kassel:
Forschungslabor fur Experimentelles Bauen, Universidad de Kassel, 2001.
Naves Viñas, Francesc. Arquitectura del paisaje natural de la península Ibérica. Barcelona:
Édiciones Omega, 2005.
Vignet-Zunz, Jacques Jawhar. Les Jbala du Rif. Des lettrés en montagne. Casablanca:
Éditions la Croisée des Chemins, 2014.
316 Ana Julia González Sancho

‫ ﺍﻟﺴﻜﻨﻰ ﺃﻭ ﺍﻟﺪﺍﺭ ﺍﳉﺒﻠﻴﺔ‬،‫ ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ ﺍﻟﻘﺮﻭﻳﺔ ﰲ ﺍﻟﺮﻳﻒ ﺍﻟﻐﺮﰊ‬:‫ﻣﻠﺨﺺ‬


‫ ﳎﺮﺩ ﻣﻦ ﺃﻱ ﻓﺨﺎﻣﺔ ﻭ ﻣﻦ ﺃﻱ‬،‫ ﺑﻜﻮﻧﻪ ﻓﻨ ﹰﺎ ﺻﺎﻣﺘﺎ‬،‫ ﻣﻨﻄﻘﺔ ﺟﺒﺎﻟﺔ‬،‫ﻳﺘﻤﻴﺰ ﻓﻦ ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ ﺍﻟﻘﺮﻭﻳﺔ ﺑﺎﻟﺮﻳﻒ ﺍﻟﻐﺮﰊ‬
‫ ﻣﻦ ﺩﻭﻥ ﺃﻥ ﻳﺴﻌﻰ‬،‫ ﻳﺘﺨﺬ ﺍﻹﻧﺴﺎﻥ ﻛﻤﺮﺟﻊ ﻭﻣﻌﻴﺎﺭ ﻟﻠﺘﻨﺎﺳﺒﻴﺔ‬،‫ ﻭﻫﻮ ﻓﻦ ﻭﻇﻴﻔﻲ‬،‫ﺷﻜﻞ ﻣﻦ ﺃﺷﻜﺎﻝ ﺍﻟﺰﺧﺮﻓﺔ ﺍﻟﻐﻨﻴﺔ‬
‫ ﻧﻘﻄﺔ ﻟﻘﺎﺀ‬،‫ ﻧﺠﺪ ﺑﺴﻠﺴﻠﺔ ﺟﺒﺎﻝ ﺍﻟﺮﻳﻒ‬.‫ ﻛﲈ ﺃﻧﻪ ﳛﻤﻞ ﻣﻬﺎﺭﺓ ﻋﺘﻴﻘﺔ ﻭﻏﲑ ﳏﺴﻮﺳﺔ‬،‫ﺇﱃ ﺗﻐﻴﲑ ﺍﻟﺒﻴﺌﺔ ﺍﻟﺘﻲ ﻧﺸﺄ ﻓﻴﻬﺎ‬
... ‫ ﻣﻨﺎﺯﻝ ﻣﺆﻟﻔﺔ ﻣﻦ ﳎﻤﻮﻋﺔ ﻣﻦ ﺍﻟﻮﺣﺪﺍﺕ ﻭ ﻣﻨﺎﺯﻝ ﲠﺎ ﺃﻓﻨﻴﺔ ﺫﺍﺕ ﺃﻏﻤﻴﺔ ﻭﻣﻮﺍﺩ ﻭﺃﻟﻮﺍﻥ ﻣﺘﻨﻮﻋﺔ‬،‫ﺍﳊﻀﺎﺭﺍﺕ‬
.‫ ﻭﺗﺸﻜﻞ ﺇﺭﺛ ﹰﺎ ﻣﻌﲈﺭﻳ ﹰﺎ ﳚﺐ ﺍﳊﻔﺎﻅ ﻋﻠﻴﻪ‬،‫ﺗﻐﻨﻲ ﻣﻨﻈﺮ ﺍﻟﺮﻳﻒ ﺍﻟﻄﺒﻴﻌﻲ‬
.‫ ﺍﳌﺤﺎﻓﻈﺔ ﻋﲆ ﺍﻟﱰﺍﺙ‬،‫ ﺍﻟﱰﺍﺙ ﺍﳉﻬﻮﻱ ﺍﻟﺒﺴﻴﻂ‬،‫ ﺟﺒﺎﻟﺔ‬،‫ ﺍﻟﺮﻳﻒ ﺍﻟﻐﺮﰊ‬،‫ ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ ﺍﻟﺮﻳﻔﻴﺔ‬:‫ﺍﻟﻜﻠﲈﺕ ﺍﳌﻔﺘﺎﺣﻴﺔ‬

Résumé: L’architecture rurale du Rif occidental: La maison jebliya


L’architecture rurale du Rif occidental, région des Jbala, est une architecture silencieuse,
non monumentale, qui ne présente pas de riches ornements, elle est fonctionnelle, prend
l’homme comme canon de proportionnalité, n’essaie pas de modifier l’environnement où elle
naît et elle est porteuse d’un savoir-faire ancestral et intangible. Dans la cordillère du Rif,
carrefour des cultures, nous trouvons des maisons composées par un ensemble de modules
et des maisons patio avec plusieurs formes de toitures, de matériels, de couleurs… qui
enrichissent le paysage du Rif, représentant un patrimoine vernaculaire à protéger.
Mots-clés: Architecture rurale, Rif occidental, Jbala, patrimoine vernaculaire,
preservation.

Abstract: The rural architecture of the Western Rif: The Jebliya House
The rural architecture of the Western Rif, Jbala’s region, is a silent and not monumental
architecture, characterized by the absence of rich ornaments. It is functional, it takes the man
as a reference, proportionality’s canon, it does not try to change the environment where it
was born, and it holds an ancient and intangible know-how. In the Rif’s mountains, place of
crossing cultures, we find houses composed of a group of units or courtyard houses, with
different and diverse types of roofs, construction’s materials, colors… enriching the cultural
landscape of the Rif, and representing a vernacular heritage which we must protect.
Keywords: Rural architecture, Western Rif, Jbala, Vernacular Heritage, Preservation.

Resumen: La arquitectura rural del Rif occidental. La casa jebliya


La arquitectura rural del Rif occidental, región de los Jbala, es una arquitectura
silenciosa, no monumental, no presenta ricos ornamentos, es funcional, toma al hombre
como medida, como canon de proporcionalidad, no pretende modificar el entorno en el cual
nace y es portadora de un savoir-faire ancestral e intangible. En la cordillera del Rif, cruce de
culturas, encontramos casas formadas por la agrupación de módulos o casas patio, resueltas
con diferentes y variadas cubiertas, materiales, colores… que enriquecen el paisaje cultural
del Rif, representando un patrimonio vernacular a proteger.
Palabras clave: Arquitectura rural, Rif occidental, Jbala, patrimonio vernáculo,
preservación.

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