Université de Sousse
Faculté de droit et des sciences politiques de Sousse
Première année Mastère Professionnel droit de l’entreprise et des affaires
Séminaire :
Le droit pénal et la constitution de société commerciale
Sous la direction du Professeur :
Monsieur, [Link] Ferjani Amine
Elaboré par :
Souad Maarouf
Wiem chebbi
Aya khelifi
Liste des abréviations:
Art: article
C.p: code pénal
Cass :cour de cassation
Csc : code de société commercial
Com: chambre commerciale
CMF: conseil de marché financier
RCS: registre du commerce et des sociétés
SA: société anonyme
SARL: société à responsabilité limitée
Plan :
Paragraphe 1 : Les infractions relatives au capital social :
section1: Les infractions relatives à la souscription.
Section 2: Les infractions relatives à la libération.
Paragraphe 2:Les infractions relatives aux obligations de publicité :
Section 1: Les infractions relatives à l’obligation d’immatriculation au registre
nationale d’entreprise.
Section 2:Les infractions relatives aux mentions obligatoires
Introduction :
La constitution d’une société commerciale repose sur le respect de règles
strictes visant à garantir la transparence et la sécurité des affaires. Cependant,
certaines irrégularités peuvent entacher cette étape. Face à ces risques, le droit
pénal des affaires intervient pour sanctionner les manquements et prévenir les
détournements. Ainsi, l’application des règles pénales dès la création d’une
société permet de lutter contre les fraudes et de garantir un environnement
économique sain et sécurisé.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le sujet suivant : « le droit pénal et la
constitution de la société commerciale
Le droit pénal est une branche particulière du droit privé. Cette branche
comprend le droit pénal général et le droit pénal spécial.
En effet, dans sa conception classique, il est l’ensemble des règles juridiques
qui régissent aussi bien de l’incrimination de tout comportement illégale par le
législateur. Ce droit traite de l’infraction, de la peine et de la procédure pénale.
Alors que le droit pénal spécial définit chaque infraction en particulier, et
prévoit la peine qui lui est applicable1.
Concernant, L’expression « affaires » implique les activités économiques
notamment dans leurs conséquences commerciales et financières. On la
retrouve dans de nombreuses expressions populaires. Dumas disait : Les
affaires c’est bien simple c’est l’argent des autres. Parfois on dit que les affaires
c’est un monde de mensonge.
On peut donc avancer dans ce cadre la définition de Mirel Dellas Marty qui est
le premier à avoir utilisé la notion de droit pénal des affaires dans son livre " le
droit pénal des affaires" comme étant :" une branche du droit pénal qui
sanctionne essentiellement d'une part les atteintes à l'ordre financier,
économique et sociale. D'autre part les atteintes à la propriété publique,
1
Droit pénal des affaires : cours et fiches – Cours et fiches
l'intégrité physique lorsque l'auteur agit dans le cadre de l'entreprise soit pour
le compte de celle-ci, soit pour son propre compte »
Ainsi, La constitution d'une société commerciale fait référence à l'acte juridique
qui marque la création officielle de cette société. Elle comprend l'ensemble des
démarches et des formalités nécessaires à la naissance de la société en tant
qu'entité légale. Cette dernier, est définit par l’article 2 de code de société
commercial qui prévoit « La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs
personnes conviennent d’affecter en commun leurs apports, en vue de
partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourraient résulter de
l’activité de la société. Toutefois, dans la société unipersonnelle à
responsabilité limitée, la société est constituée par un associé unique. »
La notion de DPA est une notion relativement récente puisqu’entre les deux
guerres mondiales principalement apparait le droit pénal des financier, ainsi
que le droit pénal des sociétés et ceci en 1935. Le droit pénal financier
concerne tous les actes permettant l’acquisition ou l’utilisation frauduleuse des
richesses.
Ensuite, aux alentours de la seconde guerre mondiale apparait le droit pénal
commercial ou le droit économique en 1945. Qui vient régir plusieurs branches
du droit telles que le droit de la consommation, le droit bancaire ou encore le
droit de société.
C’est au début du 20ème siècle que le droit pénal des affaires s’est réellement
confirmé avec des autres tels que Mirel Dellar Marty dans son livre « le droit
pénal des affaires » qui a utilisé pour la première fois cette notion et qui a été
ensuite reprise par tous les autres.
En Tunisie, le droit tunisien a suivi le même cheminement que le droit français.
En effet, la Tunisie, a connu le socialisme dans les années 60,70 passant par le
libéralisme des années 70 jusqu’au libéralisme corrigé par l’intervention de
l’Etat des années 90 jusqu’au nos jours l’intervention de l’Etat marque la
pénalisation croissante des affaires.
Le droit pénal des sociétés s’est développé en plusieurs étapes successives. Dès
1856, les premières infractions apparaissent pour lutter contre les abus liés aux
sociétés commerciales, notamment l’émission illicite d’actions et la distribution
de dividendes fictifs. La loi de 1867, qui libéralise la création des sociétés
anonymes, introduit également des incriminations pour encadrer leur
fonctionnement.
Au fil du XXᵉ siècle, plusieurs lois et décrets viennent renforcer la répression,
notamment en 1925 avec la création de la société à responsabilité limitée
(SARL) et en 1935-1937, après des scandales politico-financiers, avec
l’introduction de nombreux délits tels que l’abus de biens sociaux et le faux
bilan. L’apogée est atteinte avec la loi du 24 juillet 1966 qui regroupe et étend
l’arsenal répressif en intégrant plus de 200 infractions dans un véritable « code
pénal des sociétés ».
Cependant, cette hyper-pénalisation, critiquée pour son inefficacité, aboutira à
une vague de dépénalisation progressive à partir des années 2000, marquant le
début d’une période de déclin du droit pénal des sociétés.
Le mouvement de dépénalisation du droit des sociétés a débuté dès les années
1980 avec la suppression progressive de certaines infractions, soit parce
qu'elles étaient devenues obsolètes, soit par volonté de simplification du droit.
Ainsi, plusieurs délits ont disparu, comme ceux liés à la fixité de la comptabilité
en 1983 ou encore à la négociation d'actions sans valeur nominale en 1998.
Cette tendance s'est accélérée avec la loi du 15 mai 2001 sur les nouvelles
régulations économiques, qui a supprimé de nombreuses infractions
concernant l'information des actionnaires et le financement des sociétés. La loi
de sécurité financière du 1ᵉʳ août 2003 a poursuivi cette dynamique en
dépénalisant des délits liés aux assemblées générales, aux obligations et aux
liquidations.2
D'autres textes, comme la loi pour l'initiative économique de 2003 et
l'ordonnance du 25 mars 2004, ont également contribué à ce mouvement en
substituant des sanctions civiles aux sanctions pénales. Toutefois, ces réformes
ont parfois manqué de cohérence, certaines infractions mineures ayant été
maintenues alors que d'autres plus graves ont été dépénalisées. Malgré ces
avancées, la dépénalisation du droit des sociétés reste incomplète et sujette à
des incohérences juridiques.
2
Droit pénal des affaires : les infractions V2 DALMAS-MARTY 1990
Les infractions commises par les dirigeants sociaux dans le cadre de leur
gestion d’entreprise sont nombreuses et variées, allant de la fraude financière
à l’abus de biens sociaux, en passant par la corruption ou la mauvaise gestion.
Ces comportements peuvent avoir des conséquences graves, tant sur la société
elle-même que sur ses actionnaires, ses employés, et l’économie en général.
Afin de prévenir et sanctionner de tels abus, le droit des sociétés commerciales
intègre des dispositions répressives dans chaque chapitre de son code, visant à
garantir une gestion transparente et éthique. Ces règles imposent des
sanctions pénales et civiles aux dirigeants fautifs, tels que des amendes, des
peines d’emprisonnement ou des actions en réparation des préjudices causés.
Les mécanismes de contrôle, tels que les audits et la gouvernance d’entreprise,
viennent renforcer ces mesures pour assurer que les dirigeants agissent dans
l’intérêt de la société et de ses parties prenantes, tout en préservant l’ordre
public économique.
On peut ajouter que le droit pénal des affaires a émergé dans plusieurs raisons.
D’un côté, à cause de l’infraction pénale évidente dans le domaine des affaires
caractérisé par l’augmentation de la délinquance des affaires et la diversité des
procédures auparavant inconnus. D’un autre côté, les soucis de la protection
de l’ordre public social, c’est-à-dire la protection de la structure même de
l’Etat, protection de société, de la banque. Et, enfin, faire régner la confiance
en matière d’affaire.
Le droit pénal des sociétés se justifie ainsi, par la nécessité de réprimer une
criminalité aux conséquences politiques, économiques et morales majeures,
que le droit pénal général ne peut sanctionner de manière adéquate. Il vise à
combler les lacunes du droit des sociétés, notamment en sanctionnant les
comportements délictueux de certains dirigeants qui faussent la concurrence
et menacent l’équilibre social. Par ailleurs, les sanctions non pénales, telles que
les nullités ou la responsabilité civile et fiscale, s’avèrent souvent insuffisantes
pour dissuader ces dérives, renforçant ainsi l’impératif d’un droit pénal
spécifique adapté à ces enjeux3
Quelles sont les infractions pénales liées à la constitution des sociétés
commerciales ?
3
Droit pénal des affaires et des société commerciales DUPONT-DELESTRAINT 1980 pages 23, 24, 25.
Les infractions en droit pénal des affaires incluent celles liées au capital social
(A) et aux obligations de publicité(B). Les premières concernent les atteintes
aux règles de constitution et de gestion du capital, comme la fausse déclaration
ou l’émission illégale d’actions. Les secondes sanctionnent le non-respect des
obligations de transparence, telles que la publication des comptes annuels. Ces
infractions compromettent la confiance des investisseurs et justifient une
répression adaptée.
I : Les infractions relatives au capital social :
L’article 5 du Code des Sociétés Commerciales (CSC) considère le capital social
comme une garantie pour les créanciers. Il repose sur trois principes :
• La réalité du capital : Il doit correspondre à la valeur réelle des apports.
• L’intangibilité du capital : Les associés ne peuvent pas demander de
remboursement avant la dissolution.
• La fixité du capital : Toute modification du montant doit être rendue
publique.
Les infractions relatives au capital social englobent les violations concernant la
souscription (section 1) et la libération (section 2) du capital, qui sont des
obligations fondamentales lors de la constitution d’une société commerciale.
A: les infractions relatives à la souscription du capital social:
Le capital social est essentiel à la constitution des entreprises, représentant
non seulement leur solidité financière, mais aussi leur crédibilité auprès des
partenaires, créanciers et investisseurs. En droit tunisien, la régulation des
infractions liées au capital social est cruciale pour protéger les droits des
actionnaires et des créanciers, ainsi que pour maintenir la stabilité du marché.
Le Code des Sociétés Commerciales (CSC) établit des règles précises pour la
gestion du capital social, assurant la transparence et la sécurité des opérations
commerciales.
En ce qui concerne la constitution du capital social, l’article 161 du CSC définit
des montants minimums spécifiques. Pour les sociétés anonymes (SA), le
capital social doit être d’au moins 5000 dinars si l’entreprise ne fait pas appel
public à l’épargne, et de 50 000 dinars si un tel appel est effectué. Cette
distinction permet de tenir compte de la nature de l’entreprise, tout en
garantissant un capital suffisant pour soutenir ses activités et rassurer les
investisseurs. Toutefois, il est important de souligner que les apports en
industrie ne peuvent pas être comptabilisés dans le capital social, car ces
apports ne fournissent pas de garanties tangibles pour les créanciers. Cela a
pour but de protéger ces derniers, qui doivent pouvoir se fier à la solidité
financière de la société.
Le capital social est constitué par l'ensemble des apports à l'exception des
apports en industrie4. Son montant est égal à la valeur des apports en
numéraire ou en nature faits par les associés. Il est obligatoire qu'il atteigne le
montant exigé par la loi chaque fois où le législateur impose un capital social
minimum (article 161 pour la SA). Le capital social est dissocié des patrimoines
individuels des associés sous peine de responsabilité pénale y compris dans la
SUARL5.
Les infractions relatives au capital social reposent sur deux éléments clés :
l’élément moral et l’élément matériel. L’élément moral renvoie à l’intention
frauduleuse des fondateurs ou des dirigeants de manipuler le capital social en
vue de tromper les investisseurs ou de faussement attirer des fonds publics.
Cette intention de manipulation est une condition essentielle pour que
l’infraction soit caractérisée. Quant à l’élément matériel, il correspond à la
fausse déclaration ou à la diffusion d’informations mensongères, telles que la
publication de souscriptions fictives ou de versements non réalisés. Cela peut
inclure la mise en place de structures ou de procédés permettant d’induire le
public en erreur sur l’ampleur réelle du capital social.
Le Code des Sociétés Commerciales met un accent particulier sur la nécessité
d’assurer une transparence totale dans les opérations financières liées à la
constitution du capital social. Cette transparence vise à garantir la protection
des parties prenantes, qu’il s’agisse des créanciers, des actionnaires ou des
investisseurs. En effet, un capital social doit refléter fidèlement la réalité
4
article 5 du csc
5
L'article 158 du CSC dispose que « sera puni d'un emprisonnement de 1 à 5 ans et d'une amende de 500 à
5000 dinars ou de l'une de ces deux peines seulement, l'associé unique dans la société unipersonnelle à
responsabilité limitée qui sciemment :..... 4/ .... de mauvaise foi a fait des biens ou du crédit de la société un
usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci dans un dessein personnel..... »
économique de la société afin de maintenir la confiance des acteurs du marché
et d’assurer un équilibre financier stable.
La souscription peut être définie comme l'engagement pris par une personne
physique ou morale de faire un apport équivalent au nominal des titres
souscrits.
Le débat doctrinal le plus intense s'est rapporté à la détermination de la nature
juridique de cet engagement. Lors de la constitution de la société, l'acte de
souscription s'analyse comme un engagement unilatéral de la part du
souscripteur.
La souscription intéresse les apports en numéraire. Dans cet ordre, l'article 165
CSC évoque des actions « souscrites» par l'apporteur en numéraire alors que
l'article 166 précise que les actions sont « attribuées » à l'apporteur en nature.
Par ailleurs, la souscription doit être intégrale du moment que l'article 165 CSC
exige la souscription de la totalité du capital social. 6
Les infractions liées à la souscription et au versement des fonds sont
sévèrement punies. L’article 186 du CSC prévoit des sanctions sévères pour les
fausses déclarations de souscription ou de versement, telles qu’une peine de
prison de 1 à 5 ans, ainsi qu’une amende pouvant aller de 1000 à 10 000 dinars.
Cela inclut également les simulations de souscriptions ou de versements, et la
non-dépôt des fonds souscrits dans un établissement bancaire dans les dix
jours, comme l’exige la loi. Ces sanctions ont pour objectif de prévenir les abus
et de garantir que l’ensemble des souscriptions et des versements soit réalisé
dans un cadre légal et transparent.
Le délit de simulation de capital social est un cas spécifique où les fondateurs
ou associés, en raison d’un manque de fonds suffisants pour constituer le
capital social, cherchent à fausser la réalité du montant du capital en recourant
à des moyens frauduleux. Bien que la loi permette aux fondateurs de
rechercher des fonds auprès des épargnants et du public7,
6
hamdi Fathi cours droit de la société anonyme 2023/2024 page 8
7
Dans la définition des sociétés réputées faire appel public à l'épargne, l'article 162-2 CSC les désigne comme «
celles qui émettent ou cèdent des valeurs mobilières en appelant le public à l'épargne ».
Dans le même ordre, l'article premier de la loi du 14 novembre 1994 portant
réorganisation du marché financier dresse une énumération des sociétés
réputées faire appel public à l'épargne sans contenir de définition de la notion
Elle impose des procédures strictes en matière d’information et de
transparence dans l’appel public à l’épargne8, afin de protéger les investisseurs
et de garantir que ces derniers soient informés de manière précise et complète
des risques liés à leur investissement. Selon l’article 186, alinéa 2 du Code des
Sociétés Commerciales, toute simulation de souscription ou de versement,
ainsi que la publication de fausses informations dans ce cadre, peut entraîner
une peine d’emprisonnement de 1 à 5 ans et une amende allant de 1 000 à 10
000 dinars. Ce délit repose sur deux éléments essentiels : l’élément moral, qui
désigne l’intention frauduleuse des fondateurs de manipuler la réalité du
capital social afin de tromper le public, et l’élément matériel, qui consiste en la
diffusion de fausses informations, telles que la publication de fausses
souscriptions ou de versements fictifs. Ces pratiques visent à fausser les bases
financières de la société, ce qui peut nuire gravement à la crédibilité de
l’entreprise et à la sécurité des transactions commerciales.
L’infraction liée à la fausse évaluation des apports en nature est une question
d’une grande importance dans le cadre de la législation tunisienne. Selon
l’article 186, alinéa 4 du Code des Sociétés Commerciales (CSC), des sanctions
pénales sont prévues pour ceux qui participent à l’évaluation frauduleuse des
apports en nature. Un apport en nature désigne toute contribution apportée à
la société sous forme de biens autres que de l’argent (par exemple, des
immeubles, des machines, des droits de propriété intellectuelle, etc.).
L’infraction survient lorsque ces apports sont volontairement surévalués, dans
le but de gonfler artificiellement le capital social de la société. Une telle
manipulation peut avoir des conséquences financières graves, notamment en
faussant la situation financière de la société et en trompant les créanciers et
investisseurs sur la valeur réelle de l’entreprise. Dans la société anonyme les
8
La constitution de la société ne faisant pas appel public à l'épargne est moins compliquée. Non tournée vers le
public, cette constitution n'obéit pas aux exigences de transparence prévues pour protéger l'épargne. C'est
dans ce sens que se prononce l'article 180 du CSC qui allège la constitution . La constitution sans appel public à
l'épargne est réalisée sans recours aux formalités suivantes :
la rédaction d'un projet des statuts avant toute souscription,
la publication d'une notice destinée à informer le public,
l'approbation de la valeur des apports en nature par l'assemblée générale constitutive.
Ali neni ,droit des sociétés commerciales,groupe Latrach des livres spécialisés ,2020 , page 274/275
apports en nature devront également subir la procédure d'évaluation par un
commissaire aux apports désigné sur demande formulée par social.
Le commissaire aux apports rédige un rapport d'évaluation qu'il dépose au
siège social. Ce rapport est mis à la disposition des souscripteurs qui peuvent le
consulter.
La souscription totale du capital social et la libération du montant exigé des
apports en numéraire ainsi que l'évaluation des apports en nature constituent
la dernière étape qui précède la tenue de l'assemblée générale constitutive. 9
L’article 146, alinéa 2 du CSC renforce cette régulation en imposant des peines
sévères à ceux qui se livrent à ce type de fraude. En cas de fausse évaluation
des apports en nature, la législation tunisienne prévoit des sanctions allant de 1
à 5 ans de prison et une amende allant de 500 à 5 000 dinars, en fonction de la
gravité de l’infraction. Ces peines visent à garantir que les valeurs inscrites dans
les documents constitutifs de la société soient conformes à la réalité, afin
d’éviter toute distorsion dans la structure financière de la société.
L’importance de ces sanctions réside dans le fait qu’elles assurent l’intégrité du
processus de constitution du capital social. Toute exagération dans l’évaluation
des apports en nature peut induire en erreur non seulement les actionnaires
mais aussi les créanciers, qui se basent sur les informations financières de la
société pour évaluer les risques liés à leur investissement. Si le capital social est
artificiellement gonflé par des évaluations incorrectes, cela pourrait nuire à la
solidité financière de l’entreprise à long terme et entraîner des litiges ou des
pertes pour les créanciers.
L’infraction relative à l’augmentation et à la réduction du capital social est
strictement encadrée par le Code des Sociétés Commerciales (CSC). En ce qui
concerne l’augmentation de capital, l’infraction peut résulter d’une violation du
droit préférentiel de souscription des actionnaires, tel qu’établi à l’article 296
du CSC10, Ce droit garantit aux actionnaires existants la possibilité de maintenir
9
(Ali neni ,droit des sociétés commerciales,groupe Latrach des livres spécialisés ,2020,page 271
10
: » Les actionnaires ont, proportionnellement au montant de leurs actions, un droit de préférence à la
souscription des actions de numéraire émises pour réaliser une augmentation du capital. Toute clause
contraire est réputée non avenue.
Pendant la durée de la souscription, le droit préférentiel de souscription est négociable lorsqu'il est détaché des
actions elles-mêmes négociables.
Dans le cas contraire, le droit préférentiel est cessible dans les mêmes conditions prévues pour l'action elle-
leur proportion dans l’entreprise, afin d’éviter une dilution injustifiée de leur
participation. Toute suppression injustifiée de ce droit, ou son non-respect,
peut entraîner la nullité de l’opération d’augmentation de capital. Cette
sanction vise à protéger les actionnaires contre des décisions qui pourraient
porter atteinte à leur position au sein de la société.
De même, la réduction du capital social est également encadrée par des règles
strictes. Le capital ne peut être réduit en dessous du minimum légal, sauf dans
le cas où la société se transforme en une autre forme juridique, conformément
à l’article 2 du CSC. Si cette règle est enfreinte, des actions en dissolution
peuvent être engagées contre la société. Ces infractions sont des mécanismes
légaux qui assurent que les décisions relatives à l’augmentation ou à la
réduction du capital social se font dans le respect des droits des actionnaires et
de la stabilité financière de l’entreprise.
En conclusion, le droit tunisien vise à garantir un cadre juridique rigoureux pour
la constitution, la gestion et la manipulation du capital social des sociétés. La
législation est conçue pour protéger les intérêts des parties prenantes,
maintenir la stabilité des entreprises et assurer la sécurité des transactions
commerciales. Les infractions liées au capital social sont sévèrement punies
afin de prévenir les abus et de garantir que les entreprises soient constituées et
opérées sur des bases financières solides et transparentes.
B : les infractions relatives à la libération du capital social :
Pour contribuer en réalité à la réunion du capital social, il faut que les
fondateurs s’assurent qu’il y a eu libération effective de ce capital et ceci après
la constitution de la société.
La libération du capital peut être définit comme, l’opération par laquelle le
capital dû à la société est apporté par les associés. Autrement dit, la libération
du capital correspond au versement de la somme ou à la dépossession du bien
au profit de la société.11
La libération du capital social consiste à mettre effectivement à disposition des
fonds ou des biens par les associés, conformément à ce qui a été promis lors de
même.
Les actionnaires peuvent renoncer à titre individuel à leur droit préférentiel de souscription. »
11
Libération du capital social : guide complet et avantages | 2025
la création de la société. Cette étape est essentielle pour garantir la validité
juridique de la société. Elle se matérialise généralement par un virement
bancaire effectué sur un compte séquestre12 ouvert à cet effet, que ce soit
auprès d'un établissement bancaire, d'un notaire ou d'un avocat. Une fois les
fonds versés, un certificat de dépôt du capital social est remis aux associés,
attestant de la libération effective du capital. Ce processus est crucial pour que
la société puisse être immatriculée au registre du commerce et des sociétés et
pour assurer la crédibilité de l'entreprise vis-à-vis de ses créanciers et
partenaires commerciaux
C’est pourquoi le législateur a accordé une grande attention à l'infraction
relative au défaut de versement des apports lors de la constitution de la
société. Cette infraction est considéré comme grave car le non-versement des
apports met en danger la validité juridique de la société et peut entraîner des
abus ou des comportements frauduleux. Le législateur a donc mis en place des
règles strictes pour garantir que le capital social soit effectivement versé lors de
la création de l'entreprise, afin de protéger les droits des associés, des
créanciers, et d’assurer la transparence et la crédibilité des activités
commerciales.
En effet, tout souscripteur est débiteur de la société du montant, des actions,
ou de parts sociales qu’il a souscrits.
Il convient de faire la distinction en fonction du type de société, qu'il s'agisse
d'une SARL ou d'une SA, pour cette incrimination.
En matière de société à responsabilité limité la libération doit être intégrale et
immédiate lors de la constitution de la société, selon l’article 97 code de
société commercial qui prévoit que « La société à responsabilité limitée n’est
constituée définitivement que lorsque les statuts mentionnent que toutes les
parts représentant des apports en numéraires ou en nature, ont été réparties
entre les associés et que leur valeur a été totalement libérée »
12
Un compte séquestre est un compte bancaire spécifique dans lequel les fonds sont déposés en toute
sécurité, mais ne sont pas immédiatement accessibles. Ce compte est généralement utilisé pour des
transactions où les fonds doivent être conservés jusqu'à ce que certaines conditions légales ou contractuelles
soient remplies. Dans le cas de la libération du capital social, les fonds sont déposés sur un compte séquestre
jusqu'à ce que la société soit légalement constituée et enregistrée.
Quant à la société anonyme, la libération du capital social fait l'objet de règles
spécifiques visant à assurer la solidité financière de la société dès sa
constitution. À ce titre, l’article 165 du même code dispose que la société n’est
constituée qu’après la souscription de la totalité du capital social. L’apporteur
en numéraire doit verser au moins le quart du montant des actions souscrites
par lui. Ce montent doit être libérer dans le délai de 5ans, car à défaut, le
capital social serait fictif.
Cependant, le Code des sociétés commerciales n'impose pas toujours une
sanction pénale en cas de non-respect de l'obligation de libération du capital
social. L'article 165 prévoit en effet une possibilité de régularisation de la
formation irrégulière du contrat de société par des actes antérieurs
La répression pénale n'intervient que si, malgré le défaut de libération, des
actions sont émises et mises en circulation. C'est pourquoi la loi réprime
pénalement l'émission et la négociabilité irrégulières des actions.
Selon l’article 183 CSC dispose que : « L'émission d'actions d'une société
constituée en violation des articles 160 à 178 du présent code est punie d'une
amende de 1.000 à 10.000 dinars » en plus l’article 187 du même code prévoit
que : « Sera « punie » d’une amende de 1.000 à 10.000 dinars toute personne
qui aura négocié des actions dont le premier quart n’a pas été libéré, ou avant
l’expiration du délai pendant lequel la négociation est interdite ».
Donc on peut dire que l’interdiction de la négociation d’action dont le quart n’a
pas était libérer a pour but d’empêcher que le titre représentatif représente
une valeur n’existe pas encore.
Comme on a déjà démontré pour les sociétés anonymes13, les actions en
numéraire doivent être versées dans une limite de ¼ de leur valeur nominal
alors que pour les sociétés de la SARL la libération doit être totale lors de la
constitution de la société.
Cependant, l’associé comme l’actionnaire demeure de ces faites tenues envers
la société de la somme qu’il n’a pas payées et qu’est dit ‘’le non versé’’ qui est
égale du ¾ de la somme restante de l’apport en numéraire.
13
Fondation (La) de la société anonyme NOUIR MAHJOUB MARIEM Fac. De Droit et des sciences politiques
sousse 2016
En matière de la société anonyme, ce sont les dirigeants qui doivent veiller en
recouvrant par la société de ce qui lui est dû au titre de capital social la
libération du le reliquat c’est-à-dire la différence entre la somme promis et la
somme d’argent versé, en plus des montants des actions souscrites doit
intervenir à la demande soit de commissaire au compte, soit de directeur du
conseil d’administration selon l’article 325CSC.
Donc on peut dire qu’après la lecture des deux articles 325 et 185 CSC, la
responsabilité de défaut de non versé est assumée par plusieurs personnes le
conseil d’administration ou le directeur. Mais aussi il a appartenu au dirigeant
représentant légal et le commissaire aux compte d’exécuter cette décision sous
réserve d’engager la responsabilité pénal.
Le but de cette incrimination qui est server réside dont la protection d’une
créance importante puisque le capital social est le gage exclusif des créances
sociales.
Il convient également de souligner que l’article 185 n’utilise pas le terme de
mauvaise foi ou une intention frauduleux ou bien le terme de sciemment. Dès
lors, on peut en conclure que le défaut de non-versé est une infraction
matérielle dont l'élément constitutif principal réside dans la matérialité de
l'acte, c'est-à-dire que l'infraction est caractérisée par un fait concret, une
action ou un comportement tangible.
En outre, le défaut de libération des apports expose l’actionnaire souscripteur à
plusieurs sanctions civiles, destinées à protéger la société et ses autres associés
contre les conséquences de cette irrégularité, Parmi ces sanctions, on retrouve
la vente des actions non libérées en bourse. Le prix de cette vente sera retenu
par la société comme étant le montant de leur libération. En outre, la société
peut engager une poursuite judiciaire en paiement des sommes dues. Enfin,
l’actionnaire défaillant peut être privé de ses droits d’actionnaire, tels que le
droit de percevoir des dividendes ou le droit d’assister aux assemblées
générales.
En matière de SARL l’article 97 CSC dispose que : «La société à responsabilité
limitée n’est constituée définitivement que lorsque les statuts mentionnent
que toutes les parts représentant des apports en numéraires ou en nature, ont
été réparties entre les associés et que leur valeur a été totalement libérée. Les
fondateurs doivent mentionner expressément dans les statuts que ces
conditions ont été respectées »
Aussi l’art 146 CSC sanctionne les associés que les fondateurs qui dans l’acte
constitutif ou lors de l’augmentation de capital font sciemment de fausse
déclaration mensongère concernant la libération de capital.
II : Les infractions relatives aux obligations de publicité :
Dans le cadre du droit pénal des affaires, la publicité des sociétés commerciales
joue un rôle essentiel dans la transparence et la sécurité juridique des
échanges économiques. Elle vise à informer les tiers sur l’existence, la structure
et les caractéristiques des entreprises, garantissant ainsi une meilleure
régulation du marché. Cependant, cette publicité est strictement encadrée par
la loi : certaines mentions sont obligatoires afin d’assurer la fiabilité des
informations diffusées, tandis que d’autres formes de publicité sont interdites
lorsqu’elles sont susceptibles d’induire en erreur, de manipuler le public ou de
porter atteinte à la loyauté de la concurrence.
Dès lors, il est crucial d’analyser d’une part les obligations légales en matière
de publicité des sociétés commerciales aI- La publicité obligatoire) et, d’autre
part, les restrictions et sanctions applicables en cas de publicité illicite (b-La
publicité interdite).
A- : Les infractions relatives à l’obligation d’immatriculation au
registre nationale d’entreprise :
En matière de société commerciale, la publicité joue un rôle déterminant
puisque cette obligation doit être observée dans toutes les étapes de la vie de
la société (constitution, fonctionnement, dissolution) mais aussi concernant
toute modification quant à sa forme, son capital, ou partage des dividendes.
Tout d’abord, L'infraction peut être définie comme étant tout comportement
antisocial prévu et puni par la loi pénale.
Donc au centre de cette définition on trouve l'élément légal. L'élément légal de
l'infraction exprime un principe politique fondamental : le principe de légalité.
Ce principe à une signification simple c'est-à-dire que, les règles de droit pénal
sont exprimées par la loi14, Ce principe est formulé le plus souvent par
l'expression « il n'y a ni infraction ni peine sans texte » les prévoyant.
Ce principe est hérité de la locution latine « nullum crimen nulla poena sine
lege » élaboré par le criminaliste Feuerbach15.
Cependant, la publicité des sociétés commerciales poursuit deux objectifs
essentiels. D’une part, elle vise à informer le public sur la situation juridique et
financière de la société, garantissant ainsi la protection des tiers, notamment
lors de sa constitution ou de certaines opérations majeures16. Dans ce cadre, la
publicité est obligatoire afin d’assurer la transparence et la sécurité des
transactions. D’autre part, elle permet de prévenir et de détecter toute
tromperie ou fraude susceptible de tromper le public. C’est pourquoi le droit
pénal des affaires intervient pour sanctionner les infractions liées à la publicité
trompeuse, qu’il s’agisse d’omissions volontaires ou de déclarations
mensongères.17
Ainsi, l'article premier de la Loi n° 2018-52 du 29 octobre 2018, relative au
Registre national des entreprises Dispose que: « Le Registre national des
entreprises vise à renforcer la transparence des transactions économiques et
financières en collectant des informations, des données et des documents
relatifs aux personnes physiques et morales et aux constructions juridiques
actives dans le domaine économique ainsi qu’aux associations afin de les
conserver et les mettre à la disposition du public et des structures de l’Etat
concernées par ces informations “18
Donc, L'article premier du Registre national des entreprises vise à améliorer la
transparence des transactions économiques en collectant des informations sur
les acteurs économiques, qu’ils soient des personnes physiques, morales ou
des associations. Ces données sont ensuite mises à la disposition du public et
des autorités compétentes, contribuant à renforcer la sécurité juridique et à
prévenir la fraude dans le domaine économique.
14
.Crim. 10 nov. 1964, D. 65.43
15
Paul Johann Anselm von Feuerbach (1775-1833) était un célèbre juriste et criminaliste allemand, connu pour
ses contributions au droit pénal moderne.
16
cass. crim. 22 janvier 1990 p.458, note Bouloc.
17
Didier Paul, Le droit commercial, Dalloz, coll. « Connaissance du droit »,
18
Chapitre premier : Dispositions générales
Néanmoins, la publicité fait l'objet d'une infraction si elle n'a pas était respecté
par les dirigeants Donc on peut comprendre d’après les termes de article 20
CSC que ce dirigeant doivent accomplir toute publicité liée à la constitution,
modification, dans le cadre de sociétés commerciales.19 Cette article dispose
que: « Nonobstant les dispositions des articles 14, 18 et 19 du présent code,
l'inobservation des formalités de publicité susmentionnées expose les
dirigeants sociaux qui en ont la charge à une sanction d'amende de trois cent à
trois mille dinars. »
En plus de cet article, il convient d’ajouter la loi n° 2018-52 du 29 octobre 2018
relative au Registre National des Entreprises, qui vient combler les lacunes de la
loi du 2 mars 1995 relative au registre du commerce. En effet, cette dernière ne
prévoyait pas, dans son article 69, de sanctions pénales en cas de défaut
d’immatriculation ou d’absence d’actualisation des informations.
Ainsi, la loi de 2018 a complété ces dispositions en renforçant le cadre juridique
applicable. Il est également important de noter que bien avant la loi de 2018, la
loi du 14 avril 2010 était intervenue pour modifier celle de 1995. Cette réforme
de 2010 visait principalement à améliorer la procédure de contrôle du registre
du commerce, jugée à l’époque insuffisante.
Cependant, malgré ces ajustements, certaines lacunes subsistaient, ce qui a
nécessité l’adoption de la loi de 2018 pour renforcer davantage la
réglementation en matière d’immatriculation des entreprises 20 est tenu de se
renseigner sur les personnes physiques et morales assujetties afin de les inviter
à s’inscrire au registre du commerce. Il doit également veiller à la continuité et
à la concordance des informations enregistrées avec les données réellement
existantes.
Ainsi, à partir de l’entrée en vigueur de la loi n° 2018-52, l’immatriculation au
Registre National des Entreprises est devenue l’une des mesures de publicité
les plus importantes en matière de sociétés commerciales, renforçant la
transparence et la sécurité juridique des transactions économiques. En
revanche, certains auteurs considèrent que le défaut d’immatriculation ne
constitue une infraction pénale que pour certaines sociétés, selon la
19
Wilfrid JEANDIDIER, Droit pénal des affaires, Précis Dalloz, 4eme édition, 2000, n° 2, p. 3.)
20
L’article 33 dispose que le greffier est responsable de la tenue et de la mise à jour des inscriptions relatives
aux entreprises (immatriculations, modifications statutaires, radiations, etc.
localisation de leur siège. D'autres auteurs, en revanche, rejetant cette
distinction, jugent l'infraction à même d'être retenue à propos de toutes les
sociétés, quel que soit l'endroit où se situe leur siège 21.
Mais, il faut noter que la publicité en matière de sociétés ne se limite pas à
l’immatriculation initiale, mais s’étend à toutes les modifications importantes
qui peuvent affecter leur fonctionnement. 22 Dans ce cadre, l’article 16 CSC
stipule que : “Sont soumis aux formalités de dépôts et de publicité tous les
actes et les délibérations ayant pour objet la modification des statuts, la
nomination des dirigeants des sociétés, le renouvellement ou la cessation de
leur fonction, la dissolution de la société, les cessions de parts sociales ou
d’actions à l’exception de celles concernant une société cotée en bourse ou
d’une société anonyme dont l’acte constitutif ne comporte pas les conditions
de cession, ainsi que les opérations de fusion, de scission, d’apport partiel ou
total d’actif et de liquidation.”
De ce fait, cet article impose la publicité obligatoire pour certains actes
affectant la structure des sociétés, afin de garantir la transparence et
d’informer les tiers. Sont concernés les modifications statutaires, les décisions
sur les dirigeants, les opérations de restructuration23 et certaines cessions de
parts sociales. La publicité doit être effectuée dans un délai d’un mois après
l’inscription de l’acte au registre du commerce. Le non-respect de cette
obligation peut entraîner des sanctions civiles ou pénales24. Ces formalités
visent à protéger les créanciers et partenaires commerciaux en assurant la
sécurité des transactions économiques.
En outre, l’article 17 CSC souligne l’importance des formalités de publicité dans
la constitution et la gestion des sociétés commerciales. La publicité permet
d’informer les tiers des actes qui affectent la structure et la vie juridique des
sociétés. Ainsi, si une société ne respecte pas ces obligations, elle risque d’être
frappée de nullité, ce qui signifie qu’elle perd sa validité juridique. Toutefois,
une possibilité de régularisation est prévue par la loi, permettant à la société ou
aux parties concernées de corriger l’irrégularité afin d’éviter l’annulation 25. Par
21
W. Jeandidier, Droit pénal des affaires, Dalloz, 5° éd. n° 226
22
Ch. Réunies, ler Août 1949 J.C.P. 1949 II n° 5033.
23
fusion, scission, dissolution, etc.
24
Crim., 15 juin 1992, B.C., n? 235, Dr. pénal., 1992, comm. 281, note M. Véron.
25
en publiant l’acte manquant afin d’éviter sa nullité.
ailleurs, ces règles s’appliquent à toutes les sociétés commerciales 26, en
complément des autres obligations de publication prévues par la législation en
vigueur, ce qui garantit une transparence accrue dans les affaires économiques.
Section 2 : Les infractions relatives aux mentions obligatoires:
Lorsqu’une entreprise est immatriculée au Registre du Commerce et des
Sociétés (RCS), elle doit veiller à la publicité de son identification à travers des
mentions spécifiques, imposées par la législation, sur l’ensemble de ses
documents professionnels. Cette obligation vise à garantir la transparence des
informations relatives à l’entreprise et à permettre aux tiers de connaître son
identité légale.27
La législation tunisienne impose des exigences strictes en matière de
transparence lors de la création d’une société anonyme.
Conformément à l’article 164, alinéa 3 du Code des Sociétés Commerciales
(CSC), les fondateurs d’une société doivent publier une annonce destinée à
informer le public avant toute souscription aux actions de la société. Cette
annonce doit paraître dans le Journal Officiel de la République Tunisienne et
dans deux journaux quotidiens, dont l’un doit être en langue arabe. L’objectif
de cette publication est de garantir que les fondateurs respectent les règles
légales et que le public, en particulier les futurs investisseurs, puisse prendre
une décision éclairée avant d’engager des fonds.
Les informations essentielles à inclure dans l’annonce sont les suivantes :
1. La dénomination sociale de la société à constituer, accompagnée, le cas
échéant, de l’adresse du siège social.
2. La forme juridique de la société (par exemple, société anonyme).
3. Le montant du capital social à souscrire.
4. L’adresse du siège social prévue.
5. L’objet social, défini de manière succincte.
26
article 18 csc
27
SPREUTELS J.-P., « Vers un droit pénal international des affaires »,J.T., 1981, pp. 181-190 ; RIGAUX
M., « Sur la route du droit pénal européen », R.D.P.C., 1972-1973, p. 658
6. La durée de la société, précisant la période de fonctionnement.
7. La date et le lieu du dépôt du projet de statuts.
8. Le nombre d’actions à souscrire et la somme exigible immédiatement pour
chaque action.
9. La valeur nominale des actions, s’il y a plusieurs catégories d’actions.
10. La description sommaire des apports en nature, leur évaluation et leur
mode de rémunération, avec l’indication du caractère provisoire de cette
évaluation.
11. Les avantages particuliers stipulés dans les statuts au profit de toute
personne, le cas échéant.
12. Les conditions d’admission aux assemblées des actionnaires et l’exercice du
droit de vote, avec l’éventuelle mention de l’attribution d’un droit de vote
double.
13. Les stipulations relatives à la répartition des bénéfices, la constitution de
réserves et la répartition du boni de liquidation.
14. Le nom et le siège de la banque qui recevra les fonds de la souscription.
15. Le délai de souscription, ainsi que la possibilité de clôture anticipée en cas
de souscription intégrale avant la fin du délai fixé.
16. Les modalités de convocation de l’assemblée générale constitutive et le lieu
de réunion.
L’annonce doit être signée par les fondateurs, qui devront indiquer leur nom,
prénom, domicile, nationalité ou, pour les personnes morales, leur
dénomination, forme juridique, siège social et montant du capital social.
Enfin, cette publication est soumise à l’obligation de respecter la législation en
matière de régulation du marché financier. Toute infraction à ces règles
pourrait entraîner des sanctions à l’encontre des fondateurs, afin d’assurer une
transparence totale vis-à-vis des futurs actionnaires et du public. 28
28
En droit français: Selon l’article 72 du décret n° 84-406 du 30 mai 1984, toute société immatriculée doit
afficher des informations essentielles sur ses documents commerciaux, telles que les factures, devis et
correspondances. Cela inclut le numéro d’identification de l’entreprise, délivré conformément au décret n° 97-
L’obligation de publier ces informations dans des journaux officiels vise à
garantir que les futurs investisseurs et toute personne intéressée par la société
aient une vue d’ensemble complète et transparente avant toute souscription.
Le respect de cette procédure est essentiel pour la validité de la création de la
société et pour éviter tout risque de publicité mensongère qui pourrait nuire à
la confiance des investisseurs.29
Il convient de noter que l’article 164 du Code des Sociétés Commerciales (CSC)
ne prévoit aucune sanction pénale en cas de falsification ou d’altération de la
véracité des informations figurant dans la notice publiée pour la constitution
d’une société anonyme. L’article se contente de souligner l’obligation pour les
fondateurs de respecter la réglementation applicable aux marchés financiers,
mais il ne définit pas de mesures pénales pour les éventuelles infractions à
l’exactitude des données fournies, par contre en droit français Le non-respect
de ces obligations entraîne des sanctions. Selon l’article 131-13 du Code pénal,
l’omission des informations requises constitue une contravention de quatrième
classe, passible d’une amende allant jusqu’à 750 euros. Cette infraction peut
être commise par négligence ou intentionnellement.
Cependant, la législation tunisienne prévoit une solution spécifique à cette
problématique dans le cadre de la loi régissant le marché financier. Plus
précisément, l’article 2 de la loi du 14 novembre 1994 portant réorganisation
du marché financier qui fait partie du deuxième chapitre intitulé “Information
du public”, introduit une disposition qui permet de lutter contre la publicité
mensongère ou incomplète. Selon cet article, les sociétés doivent publier un
prospectus destiné à l’information du public, lequel doit impérativement être
soumis à l’approbation (ou visa) du Conseil du Marché Financier (CMF)30.
Cette approbation vise à garantir la conformité et la fiabilité des informations
diffusées, afin de protéger les investisseurs contre les risques d’informations
fausses ou trompeuses.
497 du 16 mai 1997, ainsi que la mention “RCS” suivie du nom de la ville du greffe d’immatriculation. Ces
informations doivent être clairement visibles.
29
Introduction au colloque Autorité et responsabilité en matière économique organisé à Rennes par
l'Association internationale de droit économique, 29 et 30 septembre 1983
30
Crim. 19 oct. 1978, D. 79.153
Il est important de souligner que la mesure prévue dans l’article 2 de la loi sur
le marché financier, bien qu’elle implique une forme de contrôle et de
validation des informations, ne constitue pas une sanction pénale.
Au lieu d’une sanction directe, il s’agit d’un mécanisme administratif qui
permet de vérifier la véracité des informations avant leur diffusion publique. Ce
contrôle par le CMF vise à assurer la transparence, mais ne comporte pas de
peine pénale en cas de non-respect des obligations d’information. Ainsi, bien
que cette mesure renforce la rigueur des pratiques de publication, elle ne
dissuade pas nécessairement de manière aussi forte que des sanctions
pénales31
L’article 183 du Code des Sociétés Commerciales (CSC) aborde directement les
sanctions en cas de violation des dispositions légales régissant la constitution
des sociétés anonymes. Cet article stipule que l’émission d’actions d’une
société constituée en violation des articles 160 à 178 du code est passible d’une
amende allant de 1 000 à 10 000 dinars. Cet article se trouve dans le chapitre 3
intitulé “Les infractions relatives à la constitution de société anonyme”, et vise
à garantir que toutes les étapes de création d’une société, notamment
l’émission d’actions, respectent strictement les normes prévues par le code.
Dans le contexte de la publication de la notice d’information exigée à l’article
164, cette infraction pourrait bien être utilisée pour incriminer la publication
d’une notice mensongère ou erronée, notamment lorsque les informations
fournies au public ne respectent pas les exigences légales concernant la
transparence et la précision des données. L’article 164 impose la publication
d’une annonce détaillant plusieurs éléments essentiels relatifs à la constitution
de la société, tels que la dénomination sociale, le montant du capital, l’objet
social, et les conditions de souscription des actions. Si cette notice contient des
informations fausses ou omises, elle pourrait constituer une violation des
obligations légales prévues par ce même article, et en conséquence, entraîner
une sanction en vertu de l’article 183.32
L’obligation de mentionner la dénomination sociale et la forme juridique sur les
documents commerciaux est une mesure fondamentale visant à assurer la
31
«White-Collar Criminality », American Sociological Review, 1940,p. 1 cité par KeLLeNs G., « Du Crime en col
blanc au Délit de Chevalier », [Link]ège, 1968, p. 63)
32
LAUNAIs H., AccARIAs L., Droit pénal spécial des sociétés par actions et à responsabilité limitée
transparence et à protéger les tiers en leur permettant d’identifier clairement
l’entreprise avec laquelle ils interagissent. Le non-respect de ces obligations
expose les sociétés à des sanctions, qui peuvent être de nature financière ou
judiciaire en fonction de leur statut juridique. Il est donc impératif pour les
entreprises de respecter scrupuleusement ces exigences afin d’éviter les
risques de sanctions et de garantir leur conformité aux obligations légales.
Cette version étoffe les points abordés tout en les clarifiant, en insistant sur
l’importance de la transparence pour les entreprises et les implications
juridiques du non-respect de ces obligations.33
Toutefois, bien que l’article 164 du Code des Sociétés Commerciales (CSC)
insiste sur cette obligation, il ne prévoit pas de sanctions pénales en cas de
falsification ou d’omission des informations dans la notice publiée. L’article 164
se contente de stipuler l’obligation de respecter les règles du marché financier,
sans imposer de mesures pénales spécifiques en cas de non-respect.
Cependant, la loi sur le marché financier, notamment l’article 2, introduit une
approche administrative pour vérifier la véracité des informations par
l’approbation du Conseil du Marché Financier (CMF). Bien que ce contrôle soit
destiné à assurer la fiabilité des informations, il ne constitue pas une sanction
pénale mais un mécanisme administratif.
D’autre part, l’article 183 du Code des Sociétés Commerciales prévoit des
sanctions pécuniaires en cas de violation des règles relatives à la constitution
de la société, comme l’émission d’actions dans des conditions irrégulières.
Cette disposition pourrait être appliquée en cas de publication d’une notice
erronée ou mensongère. Toutefois, cette sanction reste une amende
administrative et non une sanction pénale directe.
LA BIBLIOGRAPHIE :
33
Sociétés sur les caractères et tendances de ce droit pénal, lire LARGUIER J., Droit pénal des affaires, .
Ouvrages Généraux
• Introduction au colloque “Autorité et responsabilité en matière
économique”, organisé à Rennes par l’Association internationale de
droit économique (1983).
• Kellens, G. (1968). Du Crime en col blanc au Délit de Chevalier. Ann.
Liège. Cité par White-Collar Criminality (1940). American Sociological
Review.
• Rigaux, M. (1972-1973). Sur la route du droit pénal européen.
R.D.P.C.
• Spreutels, J.-P. (1981). Vers un droit pénal international des
affaires. J.T.
Ouvrages Spéciaux
• Dalmas-Marty, V. (1990). Droit pénal des affaires : les infractions
V2.
• Dupont-Delestraint, M. (1980). Droit pénal des affaires et des
sociétés commerciales.
• Launais, H., & Accarias, L. (n.d.). Droit pénal spécial des sociétés
par actions et à responsabilité limitée.
• Larguier, J. (n.d.). Droit pénal des affaires.
Mémoire
• Mahjoub, M. (2016). La Fondation de la société anonyme NOUIR.
Fac. De Droit et des Sciences Politiques, Sousse.
Cours
• Hamdi, F. (2023/2024). Cours de droit de la société anonyme.
Site
• Cours de Droit Pénal des Affaires. (n.d.). Récupéré de [Link]
[Link]/droit-penal-des-affaires-c27647552/
Droit pénal des affaires : cours et fiches – Cours et
Table des matières :
Plan…………………………………………………………P
Liste des abréviations……………………………………………… P
Introduction : …………………………………………………………….P
Partie I : Les infractions relatives au capital social …………………………………..P
Section 1 : Les infractions relatives à la souscription :................................P
Section 2 : : Les infractions relatives à la libération : …………………………………P
Partie 2 : Les infractions relatives aux obligations de publicité :……………...P
Section 1 : Les infractions relatives à l’obligation d’immatriculation au registre
nationale d’entreprise : …………………P
Section 2 : Les infractions relatives aux mentions obligatoires: …………………P
La bibliographie :…………………………………………….P
La table de matières :………………………………………P