Coût de production du lait au Québec
Coût de production du lait au Québec
Valacta
Sainte-Anne-de-Bellevue
L’administration de l’axe 4 du Programme d’appui au développement des entreprises agricoles a été confiée au CEGA.
LE TEMPS C’EST DE L’ARGENT… ET BIEN PLUS!
FAITS SAILLANTS
y Un peu plus de 75 % du temps de travail total sur une ferme laitière se passe à l’étable.
y Le temps nécessaire à la production d’un hectolitre de lait varie beaucoup au sein du groupe des
fermes participant à l’enquête sur le coût de production du lait au Québec : certaines ont besoin
de trois fois plus de temps que les autres pour y arriver.
y Valacta a mené durant l’hiver 2011 un projet sur l’efficacité du travail à l’étable afin de
développer des outils permettant d’aider les producteurs désireux d’améliorer leur situation.
INTRODUCTION
L’agriculture est connue comme une activité exigeante en ce qui a trait à la main-d’œuvre. Ici, on ne
parle pas seulement du temps nécessaire pour produire des biens, mais aussi de l’effort physique
exigé et de la longueur des journées de travail. La production laitière amène en plus le travail
d’astreinte, c.-à-d. les tâches qui doivent absolument se réaliser sur une base quotidienne tout au
long de l’année. Toutes ces contraintes, combinées à la difficulté à se trouver des employés fiables,
amènent certains producteurs à opter pour une retraite hâtive. D’autre part, la relève hésite de plus
en plus à se lancer dans une aventure qui cadre mal avec ses aspirations face à la famille et aux
loisirs.
D’un point de vue purement économique, la main-d’œuvre représente une part très importante des
charges d’exploitation d’une ferme laitière. Le travail de l’exploitant, de sa famille et des employés
non apparentés comptait pour 27 % du coût production du lait au Canada en 2010, selon les chiffres
de la Commission canadienne du lait. Ce pourcentage grimpe à 32 % lorsqu’on additionne le temps
consacré à l’élevage des sujets de remplacement. À titre de comparaison, les aliments achetés pour
les vaches représentent 15 % du coût de production, tandis que la charge des approvisionnements
et des opérations culturales liées aux aliments produits à la ferme se situe à 10 %.
Malgré son importance, l’efficacité de la main-d’œuvre est un sujet peu abordé sur les fermes
laitières au Québec. Il est plus facile de discuter de coûts d’alimentation ou de charges de
machinerie que de l’utilisation du temps dans l’entreprise. Deux raisons principales expliquent
cette situation : très peu de fermes compilent des données sur le travail et aborder le sujet de
l’efficacité du travail est rapidement perçu comme une remise en question de l’organisation du
travail du producteur. Il a l’impression qu’on lui demande d’en faire plus ou que l’on remet en
question la valeur de ses efforts.
Un regard rapide sur l’évolution des entreprises au cours des cinquante dernières années nous
permet de constater à quel point leur réalité s’est transformée. La taille des fermes s’est fortement
accrue, tandis que le nombre de producteurs diminuait constamment. D’autre part, la famille a bien
changé : elle compte moins d’enfants, le travail des conjoints hors de la ferme est courant et les
aspirations des individus correspondent de plus en plus avec le reste de la société en ce qui a trait
au temps disponible pour la famille et les loisirs. Cette nouvelle situation amène les fermes laitières
à se tourner vers l’embauche de main-d’œuvre salariée non familiale pour combler leurs besoins.
Si la réalité des fermes a changé, il semble que certaines valeurs ou perceptions aient évolué moins
rapidement. Ainsi, 92 % des producteurs participant au projet de recherche « La gestion du travail
en production laitière au Québec » croient qu’être agriculteur, c’est par-dessus tout ne pas avoir
peur de travailler fort et de faire des sacrifices (Colombani-Lachapelle, 2010). Donc, se plaindre de
son sort équivaut à admettre que l’on contrôle mal l’organisation de son travail ou pire, qu’on n’a
pas la stature pour être agriculteur. Dans ces conditions, pas étonnant qu’on discute peu
d’organisation et d’efficacité du travail entre producteurs. On commence cependant à voir émerger
de nouvelles préoccupations dans le milieu et on sent une plus grande ouverture face à ce sujet.
Finalement, dans un contexte où la vision collective des producteurs laitiers est de maintenir un
grand nombre d’entreprises laitières de toutes tailles partout sur le territoire du Québec, il est
important de se pencher rapidement sur l’amélioration de l’efficacité du travail à la ferme.
Même si le sujet est beaucoup plus complexe que ce qu’une série de statistiques peut révéler,
l’utilisation d’informations factuelles permet de mieux cadrer la réalité.
La figure 1 illustre la part du coût de production du lait occupée par la main-d’œuvre au Canada et
au Québec. Le tableau présente aussi le groupe des fermes participant à l’enquête sur le coût de
production du lait au Québec ayant le plus bas ratio d’heures par hectolitre (20 % plus efficace) et
le groupe ayant le plus haut ratio d’heures par hectolitre (20 % moins efficace)1. Un premier coup
d’œil permet de constater un écart significatif du Québec en ce qui a trait au contrôle des coûts de
main-d'œuvre : la part du coût de production affectée à la rémunération du travail se situe à 42 %
comparativement à la moyenne canadienne qui affiche 32 %. On doit cependant souligner que les
entreprises québécoises les plus efficaces affichent un score de 30 %, soit légèrement mieux que la
moyenne canadienne, tandis que les moins performantes grimpent à 50 % ou près d’une fois et
demie le résultat canadien moyen.
50%
40%
30%
remplacement
20% vaches
10%
0%
Canada Québec Québec, 20% Québec, 20%
plus efficace moins
efficace
Un petit rappel sur la façon de calculer le coût de la main-d'œuvre dans la formule du coût de
production est souhaitable à ce stade-ci. Trois catégories distinctes de travailleurs sont considérées
dans l’entreprise : le ou les exploitants, les gens de la famille qui ne détiennent pas de part dans
l’entreprise et, finalement, les salariés sans liens familiaux. Le calcul des heures réalisées varie un
peu d’une province à l’autre. Au Québec, le Groupe AGÉCO, responsable de l’enquête sur les coûts
de production, demande aux différents travailleurs de compléter un journal indiquant les heures de
travail accomplies dans l’entreprise pour chaque semaine de la première année de participation à
l’enquête. Ensuite, les taux de rémunération suivants sont appliqués aux heures de travail
effectuées par chacun : exploitant et famille, 23,08 $/heure pour le travail courant, ce qui
correspond au salaire industriel moyen, et 33,63 $/heure pour le travail de gestion qui est fixé à
15 % du total des heures travaillées sur l’entreprise. Les employés sont, quant à eux, rémunérés au
taux réel payé par la ferme, incluant les charges sociales et autres avantages déclarés.
Les producteurs réagissent habituellement au taux horaire utilisé dans ce calcul en soulignant que
c’est très loin des salaires qu’ils retirent de leur entreprise. En fait, comme toute personne qui
désire se bâtir un patrimoine financier, une partie du revenu gagné se doit d’être investie à long
terme. À la différence d’un salarié qui transforme une portion de son salaire en REER, en résidence,
ou en toute autre forme de placement, l’agriculteur procède à la façon d’un entrepreneur et laisse
simplement la différence entre la valeur de son travail et son coût de vie dans l’entreprise. Les
capitaux ainsi disponibles sont alors réinvestis dans son développement et le bilan affiche une
valeur nette à la hausse. Et c’est bien sûr cette valeur nette que compte le producteur pour assurer
sa retraite. Ce serait donc une erreur d’assimiler la valeur du travail des exploitants à leurs simples
retraits.
Le tableau 1 présente la distribution du temps de travail en heure par hectolitre de lait produit
entre les différents secteurs de l’entreprise. La comparaison se limite aux trois groupes de fermes
québécoises parce que la méthode de collecte de l’information sur le temps de travail ou
simplement la façon dont on la compile varie un peu entre les provinces. La taille des entreprises et
la stabulation entravée, très populaire au Québec, rendaient l’interprétation des résultats un peu
difficile. Pas besoin d’une longue analyse pour comprendre qu’il est possible de faire mieux ici.
Imaginez : passer de 2,25 heures de travail à l’hectolitre à 0,86 heure pour une production
quotidienne de 1 000 litres représente presque 14 heures de travail par jour ou plus de 5 000
heures au terme de l’année. Autre information utile présentée dans ce tableau : plus de 75 % du
temps de travail se passe à l’étable. Ça vaut donc la peine de se pencher sur la façon d’organiser les
tâches quotidiennes… même les plus petites!
Ce n’est pas parce qu’on prend connaissance d’un potentiel d’amélioration à l’étable qu’on est pour
autant équipé pour changer la situation. Comment se comportent les différentes entreprises
individuellement? Y a-t-il des tâches qui sont accomplies efficacement et d’autres qui grugent plus
de temps qu’elles ne le devraient? Existe-t-il des outils permettant de se situer rapidement et de
poser un diagnostic utile?
Comme Valacta a pris l’engagement d’intervenir concrètement pour aider les producteurs laitiers à
améliorer leur coût de production et que le travail en est une composante importante, il est logique
de voir ce centre d’expertise s’intéresser de plus près à cette question. La part du temps de travail
passé à l’étable rend encore plus pertinente son implication. Après avoir exploré rapidement le
sujet à l’été 2009, Valacta décide de lancer un projet sur l’efficacité de la main-d’œuvre en
production laitière en 2011. L’objectif est clair : développer des outils et une approche permettant
aux producteurs de mesurer le temps affecté aux différentes tâches réalisées à l’étable. La collecte
d’information ne suffit pas, car il faut pouvoir juger le résultat obtenu. La meilleure façon pour
évaluer une performance est de la comparer avec celle d’un groupe d’entreprises similaires. Le
projet comporte donc la collecte de l’information de cent vingt fermes afin de créer des groupes de
références nécessaires (benchmarks).
Cent treize entreprises ont finalement été visitées par des employés de Valacta. Quatre de celles-ci
exploitaient deux bâtiments distincts où la traite des vaches était pratiquée, ce qui a porté à 117 le
nombre de situations analysées. Précisons que les entrevues pour la collecte d’information se sont
déroulées à la ferme et duraient deux heures trente minutes en moyenne. Des documents
permettant la préparation à cette rencontre avaient été acheminés aux participants quelques jours
à l’avance.
La taille du troupeau et la technologie utilisée pour la traite sont deux éléments faciles à identifier
et déterminants lorsqu’on aborde l’efficacité du travail à l’étable. Il fallait donc que les groupes de
références soient établis sur cette base. Trois catégories ont été définies quant à la taille du
troupeau et trois divisions ont été retenues en lien avec le système de traite utilisé. Il n’y a pas eu de
préoccupation particulière pour le type de stabulation des vaches, puisque celui-ci a un lien direct
avec le système de traite utilisé. Le recrutement des fermes s’est donc fait avec l’objectif de
retrouver dix entreprises dans chacune des divisions de chaque catégorie. Une fois sur le terrain,
quelques compromis ont dû être réalisés. Le tableau 2 présente la distribution des troupeaux
participants en fonction de cette classification. Pourquoi les fermes de moins de quarante vaches
ont-elles été ignorées? Parce que c’est un groupe en diminution constante et que les producteurs
intéressés à mesurer l’efficacité du travail chez eux trouveront plus utile de se comparer au groupe
majoritaire, soit les 40-79 vaches.
Catégorie Division
Taille troupeau (nb moyen) Lactoduc Robot de traite Salle de traite Total
40-79 vaches (58) 41 12 11 64
80-149 vaches (101) 20 4 12 36
150 et plus (211) 5 3 9 17
Total (93) 66 19 32 117
Quel est le meilleur indicateur pour l’efficacité du travail à l’étable? Deux possibilités ont été
envisagées : le temps par hectolitre produit et le temps par vache. Le premier se rapporte au
produit vendu et permet de faire un lien directement avec le coût de production tandis que le
second réfère à l’unité de production. Concrètement, le producteur s’occupe de vaches et non
d’hectolitres, mais si le temps de travail par vache est influencé par son niveau de production, alors
Alors, combien passe-t-on de temps à l’étable pour s’occuper d’une vache et de son remplacement?
Le temps moyen pour les participants au projet est de 12,7 minutes par jour. Ce résultat semble peu
élevé comparativement aux 15,1 minutes tirées de l’enquête sur le coût de production du lait au
Québec, en 2010. Précisons cependant que la taille moyenne des troupeaux participants au projet
est de 93,2 vaches contre 54,4 vaches pour ceux de l’étude sur le coût de production. Soulignons
aussi que notre groupe comptait une proportion plus importante de fermes avec robot de traite ou
salle de traite. Nous reviendrons sur cette comparaison un peu plus loin en analysant des groupes
de taille et technologie similaires.
Comment se compare le temps de travail par vache présente d’un groupe à l’autre? La figure 4
montre un temps moyen de 14 minutes par vache par jour pour la catégorie 40-79 vaches, qui
diminue à 11,7 pour le groupe 80-149 et à 10,3 pour celui de plus de 150 vaches. Ces résultats ne
surprendront personne, car il est reconnu que la main-d’œuvre est un des rares endroits où l’on
retrouve de réelles économies d’échelle en production laitière.
La disponibilité actuelle du quota laitier au Québec ne permet pas d’expansion rapide des
entreprises. Dans ce contexte, l’analyse des écarts à l’intérieur même des catégories semble un
exercice beaucoup plus intéressant pour les producteurs. Cela nous amène à comparer les
performances des fermes en fonction des systèmes utilisés. Nous avons retenu trois « divisions » :
lactoduc, robot de traite et salle de traite. Il faut toutefois décortiquer le temps de travail en
fonction des tâches accomplies plutôt qu’en le considérant globalement afin d’être en mesure de
poser un diagnostic utile. Les figures 5 à 7 présentent la répartition du temps entre les différentes
tâches en fonction du système de traite utilisé (division) pour chaque catégorie de taille de
troupeau.
Il est intéressant de rependre ici notre comparaison avec l’étude sur les coûts de production au
Québec en ciblant la catégorie 40-79 vaches, division « Lactoduc », car ces fermes sont fortement
présentes dans l’échantillon du Groupe AGÉCO. Notre projet présente un temps moyen de
15,4 minutes par vache par jour contre 14,4 pour les fermes de l’étude sur les coûts de production.
Nos résultats étant basés sur la période de travail hivernale, on peut penser que la diminution du
temps passé à l’étable durant de la saison de végétation explique ce mince écart.
Premier constat à la suite de l’examen des trois figures précédentes : la tendance à la diminution du
temps de travail en fonction de l’augmentation de la taille du troupeau se vérifie partout, sauf pour
la division « Lactoduc » du groupe des 150 vaches et plus. Dans ce cas précis, c’est la proportion
beaucoup plus élevée de fermes orientées vers la commercialisation de sujets et la génétique qui est
venue affecter le résultat. La tendance à la réduction du temps se retrouve lorsqu’on ne considère
que les trois principales activités d’une ferme conventionnelle : la traite, l’alimentation et l’hygiène.
Les fermes du groupe « Salle de traite » sauvent environ 20 % du temps de travail total
comparativement à celles utilisant le lactoduc. L’économie de temps ne se situe cependant pas
au niveau de la traite, mais plutôt du côté de l’alimentation et de l’hygiène. Comme des temps
similaires pour l’exécution de ces deux tâches se retrouvent dans la division « Robot de traite », on
peut donc conclure que l’économie est liée au type de stabulation utilisé par ces deux systèmes.
Les fermes avec robot de traite retranchent un autre 20 à 30 % du temps de travail total face aux
groupes avec salle de traite. Cet écart est bien entendu lié à la diminution du temps de traite
bien qu’on remarque en même temps une augmentation du temps consacré à la gestion et
aux autres soins du troupeau. Certaines tâches d’observation ou de suivi effectuées au moment
de la traite avec les autres systèmes se voient ici reportées à d’autres moments de la journée.
L’efficacité du travail à l’étable est-elle réservée aux grosses fermes? Sinon, doit-on accepter de
tourner les « coins ronds » pour performer à ce niveau? Le tableau 3 nous prouve que ce n’est pas le
cas. On y retrouve les résultats moyens pour l’ensemble des participants au projet ainsi que ceux du
groupe 20 % supérieur, soit ceux qui affichent les temps de travail par vache les plus bas; sont aussi
présentées les valeurs minimale et maximale observées pour chaque critère. Ainsi, même si la taille
moyenne du troupeau du groupe 20 % supérieur est de 122 vaches, on y retrouve 10 fermes de la
catégorie 40-79, dont la plus petite compte 42 vaches. Côté performances, les résultats en
production et en santé du pis ainsi le taux d’élevage sont tout à fait comparables à ceux de la
moyenne, mais sont obtenus en consacrant 40 % moins de temps.
Si ce n’est pas la taille qui fait foi de tout, est-ce que c’est le système de traite qui fait la différence?
Dans le groupe 20 % supérieur, il y a six utilisateurs du lactoduc, sept salles de traite et dix
troupeaux avec traite robotisée. C’est le nombre d’unités de traite par personne participant à
cette tâche qui explique le niveau d’efficience de la traite plus élevé chez le groupe 20 %
supérieur. Malgré tout, cette opération représente moins de 40 % du temps de travail total et c’est
sur l’ensemble des tâches que les meilleurs se démarquent. L’efficacité du travail n’est pas qu’une
question de taille ou de technologie. La planification et l’organisation du travail permettent à
des entreprises plus petites et moins nanties de très bien performer en termes d’efficacité
du travail.
Efficience de la traite
352 161 - 783 526 357 - 783
lactoduc (l/heure/personne)
Unités de traite/personne
4,5 2,2 - 8,3 5,9 4,7 - 8,3
avec lactoduc
Efficience de la traite
salle de traite 355 142 - 685 467 336 - 685
(l/heure/personne)
Unités de traite/personne
6,9 2,7 - 13,0 8,0 3,9 - 13,0
avec salle de traite
1 Troupeau provenant d’une entreprise à deux étables pour la traite.
C’est bien beau de mesurer le temps de travail et de se comparer aux autres entreprises, mais
l’objectif ultime de la démarche est de permettre aux fermes laitières d’améliorer leurs
performances économiques ou simplement d’améliorer la qualité de vie des gens qui y travaillent.
Les participants au projet ont reçu un rapport détaillé des résultats de leur entreprise, incluant les
groupes de références pertinents à la fin d’avril 2011 (Annexe 1). Ils ont donc eu très peu de temps
pour creuser l’information, poser un diagnostic éclairé et entreprendre des démarches
d’amélioration. Malgré tout, quelques producteurs ont réalisé des changements en lien avec
l’organisation du travail. Leur participation au projet n’a pas été le déclencheur de tous ces
changements, mais elle aura permis de valider les orientations retenues. Voici trois exemples :
La Ferme Barjo de Baie-Saint-Paul est une petite ferme de 42 vaches. Amélie Tremblay et
Dominique Bard se sont intéressés au projet parce qu’ils voulaient vérifier si leur efficacité au
travail était bonne, même si leurs objectifs techniques étaient élevés. De plus, ils désiraient valider
un projet d’investissement pour des retraits automatiques et des rails. Allait-on réellement sauver
du temps? Les résultats obtenus par l’entreprise dans le cadre du projet ont permis de constater
que la tâche de la traite était déjà réalisée très efficacement. Il y avait cependant un revers à cette
médaille : le producteur ne pouvait confier la tâche à d’autres personnes sans que l’efficacité du
travail diminue rapidement. Il était aussi très difficile de maintenir une qualité constante des
opérations lors d’un remplacement. Les propriétaires ont quand même décidé d’investir sur le plan
de l’équipement de traite. L’objectif poursuivi était cependant plus clair : un meilleur confort pour
le trayeur régulier et de la souplesse pour pouvoir se faire remplacer sans crainte d’une baisse de la
qualité des opérations effectuées. Comme il était évident que cet investissement ne créerait ni
nouveaux revenus ni baisse significative des dépenses, un travail très sérieux a été fait pour trouver
de l’équipement usagé répondant aux besoins de l’entreprise.
L’investissement réalisé se résume ainsi : 22 000 $ pour l’achat et l’installation de six retraits
automatiques, du système de rail et les modifications nécessaires au lactoduc. En considérant la
dépréciation, l’intérêt, l’assurance et les réparations, le coût est d’environ 12 $ par jour. Ce rapport
coût/bénéfice convient très bien aux propriétaires.
À la Ferme Strebel et fils inc. de Saint-Blaise, en Montérégie, c’est le logement des animaux de
remplacement qui posait problème. Ceux-ci étaient hébergés dans l’ancienne étable des vaches, ce
qui nécessitait beaucoup de manutention d’aliments et de litière. Monsieur Peter Strebel avait déjà
prévu réaménager le bâtiment pour en faire une stabulation libre et y ajouter une pouponnière.
Il était toutefois curieux de vérifier si l’économie de temps escomptée pouvait être au rendez-vous.
La cueillette d’information a permis de constater qu’une génisse nécessitait en moyenne
4,1 minutes de travail par jour dans sa vieille étable, comparativement à environ 2,0 minutes pour
les taures placées en stabulation libre. Quant aux veaux, l’écart était minime. Le troupeau de la
ferme compte environ 110 vaches, 80 génisses et 10 veaux. L’économie de temps représentera ainsi
deux heures par jour une fois les aménagements complétés. L’entreprise fait appel à des employés
non apparentés pour l’essentiel du travail et le salaire moyen payé dépasse les vingt dollars de
l’heure lorsqu’on y ajoute les charges sociales. Le projet devrait entraîner une baisse des charges
salariales. Les économies réalisées se situeront à 45 $/jour. Le coût du réaménagement de l’étable
et de la nouvelle pouponnière se chiffre à environ 200 000 $. Le coût quotidien de cette bâtisse
(DIRTA) représente 46 $/jour.
Les propriétaires semblent donc avoir atteint l’objectif de sauver du temps sans pour autant
affecter les charges totales de l’entreprise. Les avantages de la réorganisation des bâtiments ne se
limitent pas qu’au temps de travail. Non seulement y travaillera-t-on moins, mais on le fera
autrement : moins de pelletage et plus d’observation et de régie. Finalement, des conditions de
travail beaucoup plus agréables et une ouverture vers de meilleures performances techniques.
Un dernier exemple de changement opéré comme suite au projet nous vient de la Ferme
Pellerat inc. de Saint-Roch-des-Aulnaies, petite municipalité voisine de La Pocatière. Cette
entreprise de plus de 250 vaches emploie plusieurs personnes outre les propriétaires et leur
famille. Jean-Guy et Gervais Pelletier avaient accepté de participer au projet pour permettre à
l’équipe de Valacta de combler son échantillon de grosses fermes plutôt que par intérêt personnel.
Le rapport d’efficacité du travail à l’étable a été une agréable surprise pour eux. Ils avaient enfin la
possibilité de situer la performance globale de l’entreprise grâce au groupe de référence des
troupeaux de plus de 150 vaches. Ils ont pu constater que la performance de l’équipe de travail était
excellente et que l’entreprise bénéficiait d’un coût de main-d’œuvre inférieur à la moyenne. La
remise du rapport a coïncidé avec le départ d’un employé permanent. Les gestionnaires ont donc
décidé que le moment était venu de passer en revue l’équipe de travail de la ferme. Ils ont
commencé par évaluer chacun des employés : quelles sont ses forces? Ses faiblesses? Est-il affecté
aux bonnes tâches? Comment a-t-il géré les responsabilités confiées jusqu’à maintenant?
Les propriétaires ont ainsi réussi à identifier les employés clés de l’entreprise. À la suite de cet
exercice, deux listes ont été dressées : une des gens auxquels on tenait et une autre de ceux qu’on
laisserait partir plus facilement. Finalement, un ajustement significatif de la rémunération de
certains employés a suivi en lien avec l’exercice qui venait d’être complété.
Ces trois exemples démontrent que de pouvoir situer sa performance dans n’importe quel secteur
de l’entreprise permet de mieux évaluer sa situation et d’en arriver à des décisions éclairées. Les
outils développés par Valacta dans le cadre du projet Analyse de l’efficacité du travail en production
laitière sont très utiles pour les producteurs laitiers intéressés à se pencher sur cette facette de leur
entreprise, mais ils ne suffisent pas pour être certain de la mise en place des changements
nécessaires. Une équipe de conseillers formés devra leur venir en aide afin d’être sûr de dépasser
l’étape des constats. C’est là un domaine où la collaboration entre professionnels de différents
horizons permettra de proposer des solutions bien adaptées aux besoins des producteurs tout en
respectant la capacité financière de l’entreprise.
CONCLUSION
Les fermes laitières québécoises consacrent une part plus importante de leur coût de production à
la main-d’œuvre qu’ailleurs au Canada. Malgré tout, le sujet ne semble pas mobiliser les gens du
milieu. Est-ce parce que l’essentiel du travail en production laitière vient de l’exploitant et de sa
famille et qu’il y a peu de dollars à récupérer à court terme qu’on s’y intéresse si peu? Pourtant, les
résultats que nous avons en main aujourd’hui nous indiquent qu’il y a de grands écarts d’efficacité
d’un producteur à l’autre et donc un fort potentiel d’amélioration. La viabilité à long terme des
entreprises dépend de leur efficacité globale et des perspectives qu’elles ont à offrir à la relève. Les
producteurs qui décideront de se pencher sur l’efficacité du travail dans leur entreprise auront
besoin d’aide pour améliorer leurs résultats et leurs services-conseils devront pouvoir les soutenir.
Valacta vient de faire un premier pas dans ce sens en jetant les bases d’un nouveau service en
évaluation de l’efficacité du travail à l’étable. Il reste cependant pas mal de chemin à parcourir et
beaucoup de place pour la collaboration entre producteurs et conseillers avant d’arriver au but.
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Rapport individuel
Division: Lactoduc
13 mai, 2011
Portrait
Moyenne;
Gains potentiels
Ferme Dutravail 20% Supérieurs Entretien
Critère Unité Catégorie et
Inc. Catégorie
Division
Gestion, santé et autres
n - 18 8
minute/vache/jour
Reproduction
Travail étable 19,6 12,8 7,5
Coût de la main- Hygiène
$/hl 30,21 $ 16,97 $ 10,13 $
d'œuvre Alimentation
Salaire horaire $/heure 22,76 $ 20,50 $ 21,26 $ Traite
standardisé
Main-d'œuvre vache/travailleur 21 32 55
Salaire horaire $/h 15,74 $ 16,03 $ 15,75 $
employé
17
Répartition du temps de travail à l'étable chez vous
9% 4%
27% Traite
17% Alimentation 26% Vaches en lactation
Hygiène Vaches taries
Reproduction Génisses et taures
5%
Gestion, santé et autres 5% 65% Veaux
20% Entretien
22%
20%
Moyenne;
supérieur
Indicateurs de comparaison Unité Ferme Catégorie et
dans la 27%
Division
catégorie
n - 18 8
Temps en fonction des vaches présentes
Coût d'extraction du lait, $/hl
Temps par vache par jour min. 5,3 4,5 1,8 Benchmark Tête Moyenne Inférieur
Ferme 8.17 $
Nombre de vaches têt 84 100 104
Vaches en lactation % 86% 85% 89% 0.00 $ 2.00 $ 4.00 $ 6.00 $ 8.00 $ 10.00 $
Temps en fonction des vaches en lactation seulement
18
Temps de traite par vache par jour min. 6,2 5,3 2,1
Distribution des fermes du groupe en fonction du nombre
Nb de traites/jour nb 2 2,0 2,0 d'unités de traite par travailleur impliqué à la traite
litre
Efficience de la traite 279 358 1681 12
/heure
10
Nb unité de traite /travailleur unité 3,8 4,6 7,5 8
6
Zootechnique 4
2
CCS moyen du troupeau milliers 210 239 231 0
Inférieur à 4 Entre 4 et 6 Entre 6 et 8 8 et plus
Production kg/va/an 9 586 9 418 8 826
Ferme: Inférieur à 4
19
1 Vaches en lactation
Vaches en lactation min. 2,3 2,0 1,0 0.5
0
Vaches taries min. 1,9 2,6 1,4
Ferme Moyenne Tête
Génisses & taures min. 1,2 1,5 0,6
Distribution des fermes du groupe en fonction du degré
Veaux (non-sevrés) min. 4,6 6,9 3,2 d'automatisation de l'alimentation
Zootechnique
10
8
Coûts d'alimentation des vaches $/hl 19,94 $ 20,33 $ 19,97 $
6
4
Age des taures au vêlage mois 26,3 25,6 26,0 2
0
Poids des taures au vêlage kg 595 610 562 Peu mécanisé et peu Mécanisé et peu Mécanisé et Complètement
automatisé automatisé automatisation automatisé
Taux d'élevage % 111% 74% 78% importante
20%
Moyenne;
supérieur
Indicateurs de comparaison Unité Ferme Catégorie et
dans la
Division
catégorie
22%
n - 18 8
Temps en fonction des vaches présentes
Temps par vache par jour min. 4,2 2,3 0,8 Temps pour l'hygiène ramené par vache présente
20
Temps en fonction de chaque sujet 1 Vaches en lactation
0.5
Vaches en lactation min. 2,0 1,6 0,6
0
Vaches taries min. 1,9 1,6 0,4 Ferme Moyenne Tête
Génisses & taures min. 2,1 1,0 0,3
Distribution des fermes du groupe en fonction de la quantité de litière
Veaux (non-sevrés) min. 1,8 1,5 0,7 utilisée par vache par jour
Zootechnique 10
8
CCS `000 210 239 229 6
Réformes pour problèmes % du 4
total
6 15 10
locomoteurs 2
0
Inférieur à 1 kg Entre 1 et 2 kg Entre 2 et 3 kg Plus de 3 kg
Ferme: Entre 2 et 3 kg
Potentiel d'amélioration Unité Valeur
Objectif:
Objectif min/va
20%
Moyenne;
supérieur
Indicateurs de comparaison Unité Ferme Catégorie et
dans la
Division 5%
catégorie
n - 18 8
Temps en fonction des vaches présentes
Temps par vache par jour min. 1,0 0,5 0,2 Temps reproduction ramené par vache présente
Vaches en lactation têt 72 85 85 1.5
21
Génisses & taures min. 0,2 0,2 0,1 Ferme Moyenne Tête
20%
Moyenne; 17%
supérieur
Indicateurs de comparaison Unité Ferme Catégorie et
dans la
Division
catégorie
Temps gestion, santé et autres ramené par vache présente
n - 18 8
Temps en fonction des vaches présentes 4
Temps par vache par jour min. 3,4 1,5 0,6 3 Veaux (non-sevrés)
2 Génisses & taures
Temps santé min. 0,5 0,3 0,2
1 Vaches taries
Temps autres soins min. 2,0 0,4 0,1 0
Vaches en lactation
Ferme Moyenne Tête
Temps gestion min. 1,0 0,8 0,4
22
Efficacité du travail Analyse détaillée - Groupe d'activité: Entretien
20% 9%
Moyenne
supérieur
Indicateurs de comparaison Unité Ferme catégorie et
dans la
division Temps entretien ramené par vache présente
catégorie
n - 18 8 2
Temps en fonction des vaches présentes 1.5 Veaux (non-sevrés)
Temps par vache par jour min. 1,8 0,6 0,1 1 Génisses & taures
0.5
Vaches taries
Temps équipements min. 0,3 0,3 0,0 0
Vaches en lactation
Ferme Moyenne Tête
Temps bâtiments min. 1,5 0,2 0,1