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ISSN 1813-548X, [Link]
Pétrographie des métabasites sulfurées de Bounta dans le Département de
Biankouma, Ouest de la Côte d’Ivoire
Gnamba Emmanuel Franck GOUEDJI 1 *, Zié OUATTARA 1, Simon Pierre DJROH 2,
Christian PICARD 3, Marc-Antoine AUDET 4 et Baka Aymar GONHO 1
1
Université de Man, UFR Sciences Géologiques et minières, BP V20 Man, Côte d’Ivoire
2
Université Félix HOUPHOUET-BOIGNY d’Abidjan-Cocody, UFR STRM, Laboratoire de Géologie,
Ressources Minérales et Energétiques, 22 BP 582 Abidjan, Côte d’Ivoire
3
Université de Franche-Comté (UMR 6249), 16, route de Gray, 25000 Besançon, France ISTerre Université
Grenoble-Alpes (UMR 6245), France
4
Sama Nickel-CI sarl, 2 plateaux Vallons, 28 BP 1467, Abidjan 28, Côte d’Ivoire
(Reçu le 10 Août 2022 ; Accepté le 27 Septembre 2022)
_________________
* Correspondance, courriel : [Link]@[Link]
Résumé
La société minière Sama Nickel-CI explore pour la découverte de gisement de Nickel-Cuivre sulfuré dans le
département de Biankouma-Sipilou (ouest de la Côte d’Ivoire) notamment dans la zone de Bounta. A l’issue
des activités (de cartographie au marteau et de géophysique) probantes, des forages ont été réalisés dont le
forage BN59-533316 étudié. Des basites sulfurées ont été recoupées lors de ces forages d’où la nécessité de
connaitre les caractéristiques pétrographiques de ces roches. Ainsi, la caractérisation pétrographique des
basites de Bounta ainsi que les sulfures qu’elles contiennent, s’est réalisée à partir des observations
macroscopiques et microscopiques. Par la suite, ces roches ont été comparées à celles de
l’environnement géologique de la région. L’analyse pétrographique révèle que ces métabasites sont
constituées de gabbro-diorite quartzifère et de pyroxénite quartzifère, enrichis par endroits en grenat,
sulfures de fer (pyrrhotite, pyrite) et magnétite. Elles seraient des produits de l’anatexie crustale et issues
de la fusion partielle de la croûte archéenne ancienne au cours de l’orogenèse libérienne (2,8 Ga) tout comme
les jotunites/enderbites de Korouba et les pyroxénites quartzifères de Man. Mais, ces métabasites sont
différentes des basites éburnéenne (2,09 Ga) de Samapleu qui sont d’origine mantellique et enrichies en
sulfures de nickel et cuivre.
Mots-clés : pétrographie, métabasites de Bounta, sulfures, magnétite, ouest de la Côte d’Ivoire.
Abstract
Petrography of the sulfide-bearing metabasites from Bounta in Biankouma
department, Western Ivory Coast
The Sama Nickel-CI mining company is exploring for the discovery of sulfide Nickel-Copper deposits in the
department of Biankouma-Sipilou (western Ivory Coast), particularly in the Bounta area. At the end of the
conclusive activities (hammer mapping and geophysics), drilling was carried out, including drilling
Gnamba Emmanuel Franck GOUEDJI et al.
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BN59-533316 studied. The sulfide-bearing basites were intersected during these drillings, hence the need to
know the petrographic characteristics of these rocks. Thus, the petrographic characterization of the Bounta
basites as well as the sulfides they contain, was carried out from macroscopic and microscopic observations.
Subsequently, these rocks were compared to those of the geological environment of the region. Petrographic
analysis reveals that these metabasites consist of quartz-bearing gabbro-diorite and quartz-bearing
pyroxenite enriched in garnet, iron sulfides (pyrrhotite, pyrite) and magnetite in places. They would be crustal
anatexis products, resulting from the partial melting of the old Archean crust during the Liberian orogeny (2.8 Ga), just
like the jotunites/enderbites of Korouba and the quartz-bearing pyroxenites of Man but different from the Eburnean
basites (2.09 Ga) of Samapleu which are of mantle origin and enriched in nickel and copper sulfides.
Keywords : petrography, Bounta metabasites, sulfides, magnetite, western Ivory Coast.
1. Introduction
La Côte d’Ivoire appartient à la dorsale de Man du craton Ouest-Africain et la géologie de son socle
précambrien se subdivise en deux domaines par la faille de Sassandra avec d’une part à l’ouest le domaine
archéen et d’autre part à l’est, le domaine éburnéen [1 - 3]. Le village Bounta est situé à l’ouest de la Côte
d’Ivoire dans le domaine archéen. Dans la région de Sipilou – Biankouma où se trouve Bounta, les roches
sont principalement constituées de formations granulitiques (roches les plus répandues dans la région), des
ultrabasites et des basites. Les ultrabasites et les basites contiennent des sulfures de nickel (Ni) et forment
le complexe Yacouba [4 - 7]. La compagnie minière Samanickel-CI qui prospecte pour la découverte d’un
gisement de nickel-cuivre sulfuré depuis 2009 a réalisé dans la région de Sipilou – Biankouma et notamment
dans la zone de Bounta, de la géophysique aéroportée basée sur la susceptibilité magnétique des roches.
Cette méthode a mis en évidence des anomalies qui ont été forées par la suite [8]. Parmi les forages réalisés,
le forage nommé BN59-533316 a recoupé en plus des formations granulitiques dites roches de la région, des
basites contenant des sulfures. La problématique est de savoir si la nature pétrographique des basites
sulfurées recoupées dans la zone de Bounta est la même que celle caractérisée dans la région de
Sipilou – Biankouma [5, 8 - 10]. L’objectif principal de cet article est de déterminer la nature pétrographique
des basites de Bounta et des sulfures associés. Pour ce fait, il s’agira de caractériser la pétrographie de ces
basites et leurs sulfures à travers la description macroscopique et microscopique ; puis dans la discussion,
situer ces roches dans le contexte géologique environnant enfin, comparer ces roches à celles déjà décrites
dans la région de Sipilou – Biankouma.
2. Méthodologie
2-1. Zone d’étude
Bounta est un village localisé à l'ouest de la Côte d'Ivoire, dans la sous-préfecture de Santa, dans le
département de Biankouma (région du Tonkpi) (Figure 1). Ce village est situé dans le domaine archéen de
Man qui est constitué de terrains archéens (Figure 2a). Le domaine archéen de Man a été structuré au cours
de deux cycles orogéniques majeurs à savoir le Léonien (3,3 Ga à 3,0 Ga) et le Libérien (2,9 Ga à 2,7 Ga). Les
formations géologiques observées dans ce domaine archéen en Côte d’Ivoire sont des gneiss migmatitiques,
des biotitites migmatitiques, des gneiss tonalitiques à orthopyroxène (Opx), des gneiss granodioritiques,
des charnockites et des métabasites (Figure 2b) [1, 2, 8 - 15]. Dans le département de Biankouma où se
situe Bounta, les roches sont principalement constituées de granulites, de gneiss, de charnockites, de
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jotunites-enderbites, de formations quartzo-feldspathiques à magnétite (roches de la région) ; des
ultrabasites (péridotites, pyroxénites, chromitites) et des basites (gabbros, gabbronorites, diorites). Les
roches de la région sont affectées par une foliation régionale orientée NE-SW avec des pendages
globalement subverticaux (de direction 70° à 90° vers le SE ou NW) et localement subhorizontaux ou
légèrement inclinés. Des failles tardives verticales de direction (N-S, SW-NE, NW-SE) recoupent toutes les
formations géologiques évoquées (Figure 3) [4-7, 16]. Bounta est situé dans une zone tropicale avec des
couches latéritiques qui atteignent plus de 40 mètres d'épaisseur. La rareté et l'absence d'affleurements
ont conduit à combiner les données obtenues par la géophysique (cartes magnétiques), la prospection au
marteau et le forage carotté pour réaliser cette étude.
Figure 1 : Carte de localisation de la zone d’étude. (a) Région du Tonkpi ; (b) Village de Bounta
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Figure 2 : Carte géologique schématique in [10]. (a) Bouclier ouest-africain (modifiée [1]). (b) Craton de Man
dans l'ouest de la Côte d'Ivoire (modifiée [11]) ; le point jaune indique la zone de Bounta
Figure 3 : Carte géologique schématique des villages de Yorodougou-Samapleu-Gangbapleu-Yepleu et
Bounta dans la région de Biankouma incluant la zone d'étude de Bounta in [10]
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2-2. Méthodes analytiques
La caractérisation pétrographique des basites de Bounta et des sulfures associés a été réalisée à l'aide de
méthodes d'échantillonnage et de techniques analytiques. Ainsi, le prélèvement d'échantillons de roches a
été réalisé sur les carottes du forage BN59-533316. Cette étape a permis l'identification macroscopique d'une
vingtaine de roches à travers la détermination des principaux paramètres des lithologies (couleur, texture,
composition minéralogique, altération, structure et présence de sulfure). Parmi les échantillons qui ont été
prélevés pour les descriptions macroscopiques, sept (07) échantillons de roches ont été prélevés pour la
fabrication de lames minces polies afin d'affiner la caractérisation pétrographique des différentes roches au
microscope. Les minéraux silicatés de ces roches ont été étudiés en lumière transmise au microscope de type
Optika Jeulin au Laboratoire de géologie de l'Université de Man (Côte d'Ivoire). Les sulfures et oxydes de fer
ont été observés au microscope à lumière réfléchie de type Leica DMLM au laboratoire d’archéologie de
l’Université de Franche Comté (France). Les différentes lithologies ont été déterminées à partir du diagramme
Quartz - Feldspath alcalin - Plagioclase (QAP) des roches ignées de Streickesen et celui des roches
métamorphiques de l’auteur [17] en considérant les compositions minérales, les textures des échantillons
observés macroscopiquement et microscopiquement.
3. Résultats
3-1. Cartographie
La zone de Bounta est marquée par une topographie aux reliefs de plus en plus marqués au fur et à mesure
que l’on se déplace vers le sud-ouest avec des crêtes orientées SW-NE. Du fait de la couverture d’altération
latéritique (plus de 40 m d'épaisseur de latérite) dans la zone de Bounta, le peu d’affleurement observé a
impliqué que cette étude soit menée à partir des données de géophysique aéroportée, de forage et de
prospection au marteau. La zone d’étude est recouverte par des gneiss et des granulites qui constituent
l’ossature des crêtes orientées SW-NE et sont les formations géologiques les plus abondantes donc
considérées comme les roches de la région (Figure 4). Ces roches constituent des roches compactes et
leucocrates, caractérisées par une foliation bien marquée dans le cas des gneiss avec des intercalations de
xénolithes de diorite et localement des poches à gros cristaux de magnétite (taille des cristaux pouvant
atteindre 1,5 cm). Ces foliations ont une direction globale NE-SW et un plongement subvertical qui par
endroits est subhorizontal. Dans la partie Nord-Est de la carte, des diorites associées à des
gabbros/gabbronorites et des pyroxénites constituent l’ensemble qui forme le groupe des
basites. Cet ensemble, mésocrate à mélanocrate, massif et homogène est disloqué sous forme de
lentilles dispersées formant des bandes de largeurs variables de quelques mètres à quelques dizaines de
mètres au sein des gneiss et des granulites avec une direction globale NE-SW. A l’extrême Nord-Est de la
carte, l’ensemble (péridotites, chromitites) constitue le groupe des ultrabasites est en compagnie des
diorites et des gabbros/gabbronorites. Dans la partie Sud-Ouest de la carte, les diorites sont par
endroits intercalées aux gneiss et aux granulites. Aussi, des formations de jotunites/enderbites sont
intimement liées aux formations quartzo-feldspathiques à magnétite qui forment de grands blocs disloqués
sur le terrain dans la partie Sud-Ouest de la carte. Toutes ces roches (basites, ultrabasites) qui sont intrusives au sein
des gneiss/granulites sont globalement orientées NE-SW. Les épaisses couches latéritiques qui supplantent
généralement toutes les formations géologiques évoquées à Bounta sont constituées de produits d’altération formant
des sols de couleur rouge à brunâtre. Ces sols latéritiques sont composés d’hématites, d’oxydes de
manganèse en trace, de kaolinites, de quartz avec par endroits de la goethite et des minéraux lie de vin.
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Figure 4 : Carte géologique schématique de la zone d'étude de Bounta
3-2. Pétrographie
Du fait de l’épaisse couverture latéritique et de la presqu’absence d'affleurement dans la zone de Bounta,
la caractérisation pétrographique des basites a été menée à partir des données de forage et de quelques
roches prélevées lors de la prospection au marteau. Le forage BN59-533316 utilisé pour cette étude recoupe
l'unité granulite/gneiss, la série à tonalite-trondhjemite-granodiorite (TTG) et les basites (Figure 5). L'unité
granulite/gneiss ayant déjà été caractérisée par l’auteur [8] et la série à TTG étant en cours d’analyse, les
résultats de cette étude concernent la pétrographie des basites. Le forage BN59-533316 (Figure 5) permet
d’observer la lithostratigraphie des roches recoupées dans la zone de Bounta et met en relief une certaine
rythmicité entre les différentes unités (granulite/gneiss, TTG et basites). Cette alternance lithologique
observée entre ces formations géologiques pourrait indiquer une relation pétrographique entre elle.
La pétrographie des basites de Bounta a révélé que ces basites sont composées de pyroxénite quartzifère, de
gabbro-diorite quartzifère et de pyroxénite quartzifère à grenat et magnétite (Tableau 1).
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Figure 5 : Succession lithostratigraphique des roches de la zone de Bounta à travers le forage
BN59-533316 (Azimuth = 200° et pendage = 75°)
3-2-1. Pyroxénite quartzifère
La pyroxénite quartzifère est macroscopiquement massive de couleur vert-foncé à gris, faiblement
magnétique, composée de minéraux de grains fins associés avec quelques phénocristaux de pyroxène et des
mouchetures de sulfures disséminés. Elle a une structure équante (Figure 6a). Au microscope, elle présente
une texture grenue poécilitique à granoblastique avec par endroits des zones d’accumulation de minéraux
rappelant des textures de cumulat. La pyroxénite quartzifère est essentiellement composée de pyroxène,
d’amphibole, de plagioclase, de quartz, de biotite et accessoirement de sulfures (Figure 6b et c). Le
pyroxène (60 à 70 % de la roche) est le minéral le plus abondant de la roche. De taille très variée
(0,5 mm à 8 mm), il se présente sous forme de larges plages formant par endroits des porphyroclastes avec
des cristaux d’amphibole en inclusion. Les cristaux de pyroxène sont de couleur variant de l’incolore au
beige en lumière polarisée non analysée (LPNA) et polarisent dans les teintes allant du gris-blanc au jaune-
orangé du 1er ordre. Le pyroxène est en compagnie des amphiboles, du plagioclase et du quartz. L’amphibole
(15 % de la roche) qui est de forme subautomorphe, de couleur brun-pâle, de teinte orangée à vert-olive
(2nd ordre) en lumière polarisée analysée (LPA) s’apparente à de la hornblende brune.
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Tableau 1 : Caractéristiques pétrographiques des échantillons prélevés dans la région de Bounta
Echantillons Contextes Lithologies Textures Pourcentage modal des minéraux
Pyr Amp Pl Qtz Bi Grt Apth Mc Po Py Ccp Mag Ilm
Pyroxénite
Grenue/
B2 Affleurement quartzifère à 50 10 5 10 5 10 - - 4 1 5 1
granoblastique
grenat, magnétite
Gabbro-diorite
Grenue/
B18 Affleurement quartzifère à 25 10 50 5 - - - - - 1 0,5 8 0,5
granoblastique
magnétite
Grenue
Pyroxénite
BN6 Forage cumulative/ 60 15 10 5 5 - - - 2 1 0,5 1 -
quartzifère
granoblastique
Grenue
Gabbro-diorite
BN11 Forage cumulative/ 35 15 25 10 4 - 2 3 3 1 0,5 1 0,5
quartzifère
granoblastique
Grenue
Gabbro-diorite
BN12 Forage cumulative/ 20 10 50 10 - - - 3 6 2 1 1 -
quartzifère
granoblastique
Pyroxénite
Grenue
BN13 Forage quartzifère à 50 10 5 10 5 - - 2 1 15 2
porphyroïde
grenat, magnétite
Pyroxénite
Grenue/
BN18 Forage quartzifère à 60 10 5 15 5 - - 2 1 0,5 1 0,5
granoblastique
grenat, magnétite
- = minéral non observé, Pyr = pyroxène, Amp = amphibole, Pl = plagioclase, Qtz = quartz, Bt = biotite, Grt = grenat, Apth = antiperthite, Mc = microcline, Po =
Pyrrhotite, Py = pyrite, Ccp = chalcopyrite, Mag = magnétite, Ilm = ilménite.
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Elle forme de petits cristaux interstitiels ou en inclusion dans les cristaux de pyroxène avec des tailles
comprises entre 1 et 4 mm. Quant aux plagioclases (moins de 10 % de la roche), ils forment des cristaux de
petites tailles (0,5 à 2 mm), interstitiels entre les cristaux de pyroxènes. Le quartz (moins 5 % de la roche)
qui présente des extinctions onduleuses, est xénomorphe tout comme le plagioclase. Il forme des cristaux de
petite taille (500 μm à 2 mm) qui sont interstitiels entre les cristaux de pyroxène. La biotite (près de 5 % de la roche)
est de couleur brunâtre, de forme subautomorphe avec une teinte rouge magenta. Elle est associée aux cristaux de
pyroxène de façon interstitielle et est localement coronitique en réaction autour du pyroxène. Les minéraux opaques
(moins de 5% de la roche) sont disséminés, interstitiels et composés de sulfures et/ou de oxydes.
Figure 6 : Macrophotographie et microphotographies d’une pyroxénite quartzifère (a) Portion de carotte de
l’échantillon BN6 ; (b) Echantillon BN6 montrant les caractéristiques des minéraux (pyroxène,
plagioclase, quartz, amphibole, biotite) en LPNA ; (c) Echantillon BN6 montrant les caractéristiques
des minéraux (pyroxène, amphibole, plagioclase) en LPA
LPA = Lumière polarisée analysée, LPNA = Lumière polarisée non analysée, Pl = plagioclase,
Qtz = quartz, Pyr = pyroxène, Bt = biotite ; Amp = amphibole.
3-2-2. Gabbro-diorite quartzifère
La gabbro-diorite quartzifère est massive, de couleur gris verdâtre, tachetée de noir et est magnétique par
endroits. Elle présente globalement une structure équante avec une linéation minérale moins marquée
(Figure 7a). Les grains des minéraux sont fins à grossiers avec des mouchetures de sulfures de pyrite et de
pyrrhotite. Au microscope, cette roche présente une texture grenue globalement orthocumulative, supplantée
par la texture granoblastique. La gabbro-diorite quartzifère est composée de minéraux de pyroxène, de
plagioclase, d’amphibole, de quartz et de minéraux opaques. Le plagioclase (25 à 50 % de la roche) est
incolore avec sa macle polysynthétique caractéristique. Il est le minéral cumulus, est de taille millimétrique
(1 à 3 mm) avec des cristaux disposés sous forme de baguettes enchevêtrées (Figure 7b). Il a une extinction
onduleuse et est associé par endroits à des antiperthites (environ 2 % de la roche) qui présentent des macles
en zèbre. Le pyroxène (20 à 35 % de la roche) est parfois altéré avec des cristaux qui sont subautomorphes,
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de teinte orange-violacée en LPA et de taille comprise entre 0,5 et 3 mm. Ses cristaux présentent des
craquelures ainsi que des inclusions de biotite par endroits. Les amphiboles (10 % de la roche) quant à elles
sont automorphes, de couleur brun à incolore, de taille micrométrique avec une teinte jaune-orangée en LPA
pouvant être confondues aux pyroxènes (Figure 7c). Le quartz (environ 10 % de la roche) est interstitiel
entre les cristaux de pyroxène et d’amphibole. Il forme par endroits une accumulation polyminérale de
cristaux de quartz, associée à des phénocristaux de quartz (texture de recristallisation). Il en est de même
pour les cristaux de plagioclase. En outre, des extinctions ondulantes sont observées au sein des cristaux de
quartz. Également, la présente de rare microcline (environ 3 % de la roche) incolore avec des macles en
quadrillages est à noter. Les minéraux opaques (moins de 5 à 10 % de la roche) sont interstitiels, disséminés
et forment de larges plages ou des veinules par endroits au sein de la roche (Figure 7d).
Figure 7 : Macrophotographie et microphotographies d’une gabbro-diorite quartzifère. (a) Echantillon de
carotte (BN11) indiquant une fine linéation minérale ; (b) Echantillon (BN12) montrant le plagioclase
(minéral cumulus) avec des cristaux enchevêtrés en LPA ; (c) Echantillon (BN11) indiquant les
caractéristiques des minéraux (pyroxène, plagioclase, quartz, amphibole, minéraux opaques) en
LPA ; (d) Echantillon (BN12) montrant une veinule de minéraux opaques (sulfure) en LPNA
LPA = Lumière polarisée analysée, LPNA = Lumière polarisée non analysée, Pl = plagioclase ;
Qtz = quartz ; Pyr = pyroxène ; Amp = amphibole ; Opq = minéraux opaques.
3-2-3. Pyroxénite quartzifère à grenat riche en magnétite
La pyroxénite quartzifère à grenat riche en magnétite est massive, de couleur noir grisâtre, mouchetée de
couleur violet. Elle est fortement magnétique avec une structure équante. Sa granulométrie est moyenne à
grossière et elle contient des mouchetures de sulfures disséminés associés à de l’oxyde de fer (Figure 8a).
Au microscope, cette roche a une texture grenue porphyroïde à granoblastique et est composée de pyroxène,
d’amphibole, de quartz, de grenat, de biotite et de plagioclase. Le pyroxène (environ 50 % de la roche) est le
minéral le plus abondant de la roche. Subautomorphe et de taille très variée (0,5 mm à 6 mm), ce minéral de
couleur beige à incolore est régulièrement associé à l’amphibole et au quartz. L’amphibole (10 % de la roche)
est aussi subautomorphe avec une couleur vert pâle qui s’apparente à la hornblende verte. Elle forme des
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cristaux de la taille des grains du pyroxène (Figure 8b). Le quartz (10 % de la roche) est xénomorphe avec
des cristaux de taille moyenne (0,5 à 4 mm). Il est interstitiel entre les cristaux de pyroxène, d’amphibole et
du grenat. Le grenat (10 % de la roche) de taille moyenne (0,5 à 5 mm) a un fort relief (Figure 8c). Quant au
plagioclase (environ 5 % de la roche), ses cristaux sont de taille relativement petite (500 μm à 2 mm) et sont
interstitiels entre les cristaux de pyroxène, de grenat et de quartz. La biotite (moins de 5 % de la roche) est
de petite taille (500 μm à 2 mm), de couleur brunâtre et associée aux cristaux de pyroxène de façon
interstitielle et/ou coronitique. Les minéraux opaques constituent près 20 % de la roche et sont
majoritairement représentés par la magnétite et accessoirement par les sulfures. Ils sont de taille très variée
(0,5 à 4 mm), de formes xénomorphes, disséminés et interstitiels.
Figure 8 : Macrophotographie et microphotographies d’une pyroxénite quartzifère à grenat riche en
magnétite. (a) Echantillon de carotte (BN13) indiquant des mouchetures de sulfure ; (b)
Echantillon (BN13) montrant les caractéristiques des minéraux (pyroxène, quartz, amphibole,
minéraux opaques) en LPNA ; (c) Echantillon (BN13) indiquant les caractéristiques des minéraux
(pyroxène, quartz, amphibole, grenat, minéraux opaques) en LPA
LPA = Lumière polarisée analysée, LPNA = Lumière polarisée non analysée, Qtz = quartz ;
Pyr = pyroxène ; Amp = amphibole ; Grt = grenat ; Opq = minéraux opaques.
3-3. Minéralisation en sulfure et oxyde de fer
Les basites observées dans le secteur de Bounta contiennent globalement de faible proportion de sulfures
(moins de 5 %) qui par endroits peuvent s’avérer abondante (autour de 10%). Ces sulfures sont généralement
sous forme de moucheture. Ils sont disséminés et interstitiels entre les minéraux silicatés (pyroxène,
plagioclase et quartz). Localement, ils forment de larges plages et/ou des veinules recoupant les minéraux
silicatés (Figure 7d). La paragénèse sulfurée observée au sein des basites de Bounta est composée de
pyrrhotite, pyrite et accessoirement chalcopyrite (Figure 9a, b, c). Les basites de Bounta contiennent en outre, en
proportion variable, des oxydes de fer qui sont composés en majorité de magnétite et accessoirement d’ilménite
(Figure 9c, d). Ces oxydes sont aussi disséminés et interstitiels entre les minéraux silicatés.
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Figure 9 : Microphotographies de la minéralisation en sulfure et oxyde de fer des basites de Bounta.
(a) et (b) Pyroxénite quartzifère à grenat contenant des cristaux de sulfures (pyrrhotite)
disséminés et interstitiels avec des exsolutions de pyrite ; (c) et (d) Gabbro-diorite contenant des
cristaux disséminés d’oxyde de fer (magnétite et ilménite) et de sulfures (pyrite et chalcopyrite)
LR = lumière réfléchie, Sil = silicate, Po = pyrrhotite, Py = pyrite, Ccp = chalcopyrite, Mag = magnétite,
Ilm = ilménite.
4. Discussion
4-1. Pétrographie des métabasites de Bounta
La pétrographie des basites de Bounta indique que les lithologies observées sont composées de mêmes
minéraux majeurs (pyroxène, amphibole, plagioclase, quartz) et de minéraux accessoires (biotite, grenat,
microcline et antiperthite). Les minéraux majeurs étant en abondance variable ont donné lieu à la gabbro-
diorite quartzifère et à la pyroxénite quartzifère (enrichie par endroits en grenat et magnétite). Sur le terrain,
tout comme dans le forage BN59-533316, ces formations (d’épaisseur décimétrique à métrique) se suivent
de proche en proche formant l’unité de basite. Ces roches ont globalement des textures grenues cumulatives
magmatiques bien que supplantées par des textures de déformation à haute température. La stratification
lithologique constatée au sein de ces formations de l’unité de basite pourrait provenir d’un fractionnement
des minéraux majeurs au cours de la formation de la gabbro-diorite et de la pyroxénite quartzifère [18, 19].
Sur le terrain comme dans le forage BN59-533316, les basites sont étroitement liées de façon imbriquées et
intercalées aux unités de TTG et de granulite/gneiss qui sont qualifiées de roches métamorphiques [2, 8]. En
effet, les structures et textures de déformation à haute température (linéation minérale, texture
granoblastique, texture de recristallisation, extinction onduleuse, kinks de déformation) pourraient attester
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d’un caractère métamorphique de moyen/haut degré qui aurait affecté ces basites [20]. En plus de cela,
l’omniprésence du pyroxène dans les basites de Bounta, impliquerait que ces roches appartiendraient à la
série des charnockites basiques [21, 22]. Ainsi, les basites de Bounta deviendraient des métabasites et
correspondraient à des jotunites et des enderbites selon le diagramme QAP de la série des charnockites
[17]. Par ailleurs, ces métabasites contiennent de façon parsemée et en proportion relative, de la
minéralisation de sulfure (majoritairement de la pyrrhotite et de la pyrite et accessoirement de la
chalcopyrite) et des oxydes de fer (majoritairement de la magnétite et accessoirement de l’ilménite). Des
jotunites et des enderbites à Korouba (situées 19 km au NE de Bounta dans la région de Sipilou-Biankouma)
de même que des pyroxénites quartzifères (situées dans la région de Man à l’ouest de la Côte d’Ivoire) ayant
sensiblement les mêmes caractéristiques pétrographiques que les métabasites de Bounta ont été décrites par
les auteurs [2, 6, 7, 23]. Ces auteurs considèrent ces formations géologiques comme ayant subi un
métamorphisme archéen (Libérien) de type amphibolite à granulite (de pression P = 6Kbar et de
température T = 800°C) qui est daté de 2,8 Ga.
4-2. Origine des métabasites de Bounta
[6] considère les jotunites et enderbites de Korouba comme des produits d’anatexie de la croûte archéenne
qui se seraient formés au cours de l’orogenèse libérienne. Un âge de 2,8 Ga (âge de zircon métamorphique)
obtenu sur ces roches, suggère que l’événement métamorphique libérien qui a impliqué le socle ancien et sa
couverture dans des transformations est à l’origine de ces métabasites. De même, [2] admet que les
pyroxénites quartzifères dans la région de Man sont issues de la fusion partielle d’une source basique
ancienne contenant du grenat et de la hornblende et que ces minéraux (grenat et hornblende) ont été
conservés dans les pyroxénites quartzifères nouvellement formées. Ainsi, en considérant les similitudes
pétrographiques entre les métabasites de Bounta et les roches sus-jacentes, la relation lithostratigraphique
entre les métabasites et les unités (granulite/gneiss et TTG), les âges obtenus par [6] sur les
jotunites/enderbites de Korouba à proximité de Bounta, les métabasites de Bounta pourraient être
considérées comme des produits d’anatexie de la croûte archéenne. Elles seraient donc d’âge archéen
(2,8 Ga) et issues de la fusion partielle de la croûte ancienne archéenne qui se serait formée au cours de
l’orogenèse libérienne. Des âges archéens (3,6 à 3,3 Ga sur zircons hérités) obtenus sur l’unité
granulite/gneiss indiquent que ces formations seraient issues d’une protocroûte basaltique [6, 8]. De même,
un âge de 2,8 Ga (obtenu sur zircons métamorphiques) a été obtenu sur des TTG (charnockites) dans la région
de Biankouma-Sipilou (à Samapleu) qui sont considérées comme des produits d’anatexie [8]. Cela expliquerait
en partie, la relation intime entre les trois unités (granulite/gneiss - TTG - basites) observée sur le plan
lithostratigraphique (Figure 4). En outre, la présence des cristaux de grenat et d’amphibole (hornblende) au
sein des métabasites de Bounta et les textures de déformation à haute température pourraient être
attribuées à des effets de l’orogenèse libérienne dans la région [2, 6, 7, 24].
4-3. Comparaison des métabasites de Bounta et celles de la région de Sipilou - Biankouma
Les métabasites de Bounta bien qu’ayant des similitudes pétrographiques avec les jotunites/enderbites de
Korouba, présentent des différences avec d’autres basites dans la région. En effet, situées à environ 19 km
au NE de Bounta et à proximité de Korouba, des basites à Samapleu présentent des caractéristiques
pétrographiques différentes de celles de Bounta. Ces basites de Samapleu sont composées de pyroxénites,
de gabbronorites, de norites et ne contiennent pas de quartz, ni de grenat contrairement à celles de Bounta.
En plus, ces basites contiennent des sulfures de nickel (pentlandite), de cuivre (chalcopyrite) et des spinelles
chromifères [5, 8 - 10], alors que celles de Bounta en sont dépourvues. Selon [5, 8 - 10], les basites de
Samapleu sont considérées comme des roches issues de magmas mantelliques qui se sont mis en place en
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base de croûte à l’issu d’un panache mantellique au cours de l’orogénèse Eburnéenne (2,09 Ga ; âge obtenu
sur rutile). Ces basites se sont enrichies en sulfure de nickel et de cuivre par assimilation et/ou injections
multiples de magmas basiques/ultrabasiques au sein des roches encaissantes archéennes (granulite/gneiss,
jotunite/enderbite). Alors que, les métabasites de Bounta sont décrites comme des produits d’anatexie
crustale, issus de la fusion partielle de la croûte archéenne au cours de l’orogénèse Libérienne
(2,8 Ga ; âge obtenu sur zircon). Elles sont dépourvues de sulfure de nickel du fait de leur origine crustale et
contiennent en abondance relative, des sulfures et des oxydes de fer. Cependant, les métabasites de Bounta
et les basites de Samapleu présentent des aspects texturaux de déformations à haute température
(textures de recristallisation, extinctions onduleuses, kinks de déformation) semblables.
5. Conclusion
La caractérisation pétrographique des métabasites de Bounta a montré que ces formations géologiques
sont composées de minéraux silicatés majeurs (pyroxène, amphibole, plagioclase, quartz) associés à des
minéraux silicatés accessoires (grenat, biotite, antiperthite, microcline). Leurs textures sont globalement
grenues cumulatives et supplantées par des textures granoblastiques. Ces métabasites sont constituées
de gabbro-diorite quartzifère et de pyroxénite quartzifère localement enrichies en grenat et magnétite.
Elles sont faiblement minéralisées en sulfures (pyrrhotite, pyrite accessoirement chalcopyrite) et en oxydes
de fer (magnétite accessoirement ilménite). Par ailleurs, ces métabasites sont intimement liées à l’unité
TTG et intercalées au sein de l’unité granulite/gneiss. Les métabasites de Bounta seraient des produits
d’anatexie crustale issus de la fusion partielle de la croûte archéenne ancienne au cours de l’orogenèse
libérienne (2,8 Ga). Ces métabasites tout en étant similaires aux jotunites/enderbites de Korouba ainsi
qu’aux pyroxénites quartzifères de Man sont différentes des basites éburnéennes (2,09 Ga) de Samapleu
qui elles, ont une origine mantellique et sont enrichies en sulfures de nickel et cuivre. Ainsi, des analyses
ultérieures sur la géochimie des minéraux et celle des roches des métabasites de Bounta devraient
permettre d’être plus précis sur la nature et l’origine de ces roches.
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