Les Technologies d’occlusion numérique et leurs applications :
Chapitre 1 : Fonctions et dysfonctions de l’occlusion
1.L’occlusion dentaire
1.1. Définition
L’occlusion dentaire désigne l’ensemble des relations statiques et dynamiques
établies entre les surfaces des dents des arcades maxillaire et mandibulaire
lorsqu’elles entrent en contact. Elle est un concept clé en odontologie, englobant à la
fois la position de repos des dents, les mouvements fonctionnels (mastication,
déglutition, phonation) et les interactions complexes avec les structures associées,
notamment les articulations temporo-mandibulaires (ATM), les muscles masticateurs
et les tissus parodontaux.
Une occlusion équilibrée et fonctionnelle est essentielle pour garantir l’efficacité
masticatoire, préserver l’intégrité des structures orales et prévenir les désordres
temporo-mandibulaires. En revanche, un déséquilibre occlusal peut entraîner une
cascade de dysfonctions, incluant des douleurs, des usures dentaires excessives,
des troubles musculaires et articulaires, voire des impacts sur la posture globale.
1.2. L’occlusion statique
L’occlusion statique fait référence à la relation entre les surfaces occlusales des
dents des arcades maxillaire et mandibulaire lorsque la mandibule est au repos, en
position fixe. Elle correspond typiquement à la position d’intercuspidation
maximale (PIM), où les dents établissent un contact stable et maximal sans
mouvement mandibulaire.
- L’intercuspidie maximale :
L'Occlusion d'Intercuspidie Maximale (O.I.M.) est la position d'occlusion où le
rapport d'engrènement dentaire se caractérise par le plus grand nombre de contacts
inter-arcades permettant une intensité maximale des contractions musculaires. Chez
l'adulte, cette relation inter arcade influence directement la situation des condyles
dans les fosses mandibulaires.
Ce terme est à préférer à « Occlusion Centrée », très ambiguë, comme à celui
d'occlusion « habituelle ». De même le terme de « Position d'Intercuspidie
Maximale (PIM) » vide de sens est à rejeter.
Notons que le mot « Intercuspidation » comporte la notion de déplacement ; il signifie
donc, non pas la position, mais le mouvement de la mandibule aboutissant à
l'intercuspidie maximale.
- La Relation Centrée (RC)
Le Collège National d’Occlusodontologie (CNO) définie la relation centrée en
1984 comme la situation condylienne de référence la plus haute, réalisant une
coaptation bilatérale condylo-disco-temporale, simultanée et transversalement
stabilisée, suggérée et obtenue par contrôle non forcé, réitérative dans un temps
donné et pour une posture corporelle donnée et enregistrable à partir d’un
mouvement de rotation mandibulaire sans contact dentaire.
Aujourd’hui, nous la définissons comme une relation maxillo- mandibulaire,
indépendante du contact dentaire, dans laquelle les condyles s’articules en position
antéro-supérieure contre les versants postérieurs des éminences articulateurs.
La relation centrée est ainsi un élément pratique qui permet de retrouver une position
de référence lorsque le référent dentaire est pathologique, incomplet, absent ou que
l'on veut l'évaluer. Elle constitue un réel intérêt diagnostique et thérapeutique car
cette position est réitérative, enregistrable et transférable sur articulateur.
La relation centrée est en lien avec une position ligamentaire et une position osseuse
contrairement à l'intercuspidie maximale qui correspond à un positionnement
dentaire. Pour l'atteindre, il faut la suggérer au patient par une succession de
mouvements d'ouverture/fermeture en rotation et non l'imposer par un guidage forcé.
Aucun contact occlusal ne doit influencer cette position condylienne, qui reste stable
théoriquement lors de la totalité du mouvement axial terminal.
Cette position sert ainsi à reconstituer une position d'intercuspidie maximale idéale,
perdue (ou inexistante) par le patient, dont les adaptations ont conduit la mandibule à
se décaler de façon latérale et vers l'avant.
1.3. L’occlusion dynamique
L’occlusion dynamique désigne l’ensemble des relations entre les surfaces
dentaires des arcades maxillaire et mandibulaire pendant les mouvements
fonctionnels de la mandibule. Ces mouvements incluent la mastication, la phonation
et d’autres activités telles que les déplacements latéraux, antérieurs ou postérieurs
de la mandibule.
-Le Guidage Antérieur
Le guidage antérieur est une composante essentielle de l’occlusion dynamique. Il
se réfère aux contacts dentaires qui se produisent entre les dents antérieures
(incisives et canines) des arcades maxillaire et mandibulaire lors des mouvements
fonctionnels de la mandibule, tels que la protrusion et la latéralité.
La protrusion ou la proclusion qui est définie par une projection vers l’avant de la
mandibule avec un chemin presque parallèle au plan sagittal médian, guidée par le
jeu neuro-musculo-articulaire, avec des contacts dento-dentaires antérieurs.
La situation de départ est alors l’occlusion d’intercuspidie maximale dans le but
d’aboutir à une position de propulsion maximale. C’est ce mouvement qui est
essentiellement utilisé lors de l’évaluation clinique du guidage antérieur en clinique.
Les bords libres des incisives mandibulaires glissent sur les faces palatines des
incisives maxillaires. Durant ce déplacement, aucun contact dentaire postérieur ne
doit exister et un désengrènement postérieur se produit sans être excessif.
-La Fonction Canine
La fonction canine est un mécanisme essentiel qui implique le rôle des canines
dans la protection des dents postérieures et la stabilisation des mouvements
mandibulaires. Lors des mouvements de latéralité (déplacement de la mandibule
vers la droite ou la gauche), les canines du côté travaillant (côté où se déplace la
mâchoire) entrent en contact, guidant la mandibule tout en désoccluant les dents
postérieures. Grâce à leurs racines longues et robustes, les canines sont
parfaitement adaptées pour absorber les forces latérales, réduisant ainsi les
contraintes sur les prémolaires et molaires. Cette désocclusion préserve les dents
postérieures des usures excessives et protège l'articulation temporo-mandibulaire
(ATM) en minimisant les interférences occlusales. La fonction canine, en concentrant
les forces sur les canines pendant les mouvements latéraux, garantit une occlusion
dynamique équilibrée et contribue à prévenir les dysfonctions musculaires et
articulaires.
-La Fonction de groupe
La fonction de groupe désigne une situation où plusieurs dents du côté travaillant,
telles que les canines, prémolaires et parfois les premières molaires, participent
simultanément au guidage lors des mouvements de latéralité. Contrairement à la
fonction canine, où seule la canine assure le guidage et désocclue les dents
postérieures, la fonction de groupe répartit les forces latérales sur plusieurs dents.
Cette répartition peut être bénéfique en cas d’usure, d’absence ou de faiblesse des
canines, mais elle expose les dents postérieures à des forces latérales non
physiologiques, augmentant les risques d’usure, de surcharge et de pathologies
occlusales. Bien qu’elle constitue une alternative fonctionnelle dans certaines
conditions cliniques, la fonction de groupe est généralement moins protectrice que la
fonction canine pour les dents postérieures et l’articulation temporo-mandibulaire
(ATM).
1.4. Les mouvements physiologiques
Les mouvements physiologiques dentaires tels que l’incision et la mastication
sont primordiaux lors de la réalisation de prothèses dentaires (couronnes, onlay…). Il
est impératif de les analyser finement afin de respecter les fonctions du patient et
d’intégrer les prothèses au mieux dans son environnement occlusal.
-Le mouvement de propulsion
Le mouvement de propulsion correspond à un glissement des incisives
mandibulaires sur les faces palatines des incisives maxillaires. Il existe deux phases
lors de ce mouvement :
- L’incision : Le point de départ étant le bout à bout incisif. Les contacts
doivent être répartis sur les deux incisives centrales au minimum. Ce
mouvement permet la section des aliments ainsi que leur introduction dans la
cavité buccale et correspond à l’inverse de la protrusion.
Figure : Guidage incisif
- La protrusion : Les incisives mandibulaires se déplacent en direction du
bord incisif des incisives maxillaires guidées par leur face palatine.
Dans ce mouvement, les dents postérieures sont en inocclusion. Ce
désengrènement postérieur aide à préserver les dents des contraintes tangentielles
(Force de frottement).
-La mastication
La mastication physiologique est le processus naturel et harmonieux par lequel
les aliments sont broyés et mélangés à la salive, en préparation à la déglutition et à
la digestion. Elle repose sur une coordination efficace entre les dents, les muscles
masticateurs, l’articulation temporo-mandibulaire (ATM) et les glandes salivaires. Ce
processus implique des mouvements précis de la mandibule, tels que l’élévation, la
descente, les mouvements latéraux et de propulsion, permettant un broyage optimal
des aliments. Elle contribue à maintenir un équilibre occlusal, à préserver l’intégrité
des structures dentaires, et à stimuler les muscles et les articulations de manière
équilibrée. Elle favorise également une digestion efficace en assurant une réduction
mécanique des aliments et en les mélangeant à la salive pour amorcer leur
dégradation chimique. Toute altération de ce processus peut entraîner des
dysfonctionnements dentaires, articulaires ou digestifs.