LA VERSIFICATION
I- Définition
La versification est l’ensemble des règles et techniques concernant l’écriture du poème.
II- L’étude des vers et des strophes
1- La mesure des vers
Le vers est un ensemble de syllabes régulier et accentué. On distingue des vers pairs et impairs. Pour mesurer un
vers, il faut compter les syllabes prononcées (ou mètre) :
Exemple : C’était l’heure tranquille où les lions vont boire. Victor Hugo
C’é / tait / l’heu / re / tran / qui / lle où / les / li / ons / vont / boire.
Cependant, il faut tenir compte de trois particularités : 1- la règle du « e » muet, 2- la synérèse, 3- la diérèse.
- La règle du « e » muet
A l’intérieur d’un vers, on compte la syllabe qui se termine par un « e » muet si la syllabe suivante commence par
une consonne, on ne la compte pas si la syllabe suivante commence par une voyelle. A la fin d’un vers, on ne compte
jamais le « e » muet.
Exemple : Il tire, traîne, geint, titre encore et s’arrête. Victor Hugo
Les « e » soulignés sont comptés et les « e » non soulignés ne sont pas comptés.
- La synérèse
Elle associe deux voyelles en une seule syllabe.
Exemple : hospitalier → hos /pi /ta /lier
- La diérèse
Elle consiste à séparer deux voyelles en deux syllabes. Elle ralentit la prononciation du mot, l’adoucit.
Exemple : million → mi / lli / on ; na / ti / on
2- Les différents types de vers
La désignation de la plupart des vers provient du décompte des syllabes :
Monomètre (vers d’une syllabe),
Dissyllabe (vers de deux syllabes),
Trisyllabe (vers de trois syllabes),
Quadrisyllabe (vers de quatre syllabes),
Pentasyllabe (vers de cinq syllabes),
Hexamètre (vers de six syllabes),
Heptasyllabe (vers de sept syllabes),
Octosyllabe (vers de huit syllabes),
Enneasyllabe (vers de neuf syllabes),
Décasyllabe (vers de dix syllabes),
Hendécasyllabe (vers de onze syllabes),
Alexandrin (vers de douze syllabes).
Les vers ont le plus souvent un mètre pair (les plus fréquent ont douze, dix, huit syllabes) :
Les vers de douze syllabes, l’alexandrin. C’est le plus long vers régulier. Il peut donner du calme ou de la
majesté au sujet traité.
Le vers de six syllabes, le décasyllabe. C’est le vers le plus couramment employé. C’est un alerte, léger, qui
convient surtout à des poèmes courts.
Le vers de huit syllabes, l’octosyllabe. On l’emploie encore aujourd’hui pour la poésie légère, pour les
chansonnettes.
Les vers de six, quatre, deux syllabes s’emploient rarement en série continue. Ces vers très courts sont
utilisés pour contraster avec des vers plus longs et créer ainsi un effet de surprise, de brièveté. Dans tous les
autres cas, on parle de vers impairs.
Au-delà de 12 vers, le poème devient un poème en vers libres.
3- Du vers à la strophe
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La strophe est l’ensemble constitué par un nombre de vers limité, avec une disposition fixe des rimes et des mètres,
et, qui peut se reproduire indéfiniment. Elle comprend en général de quatre à quatorze vers.
Nom de la strophe Nombres de vers
Le distique 2 vers
Le tercet 3 vers
Le quatrain 4 vers
Le quintil 5 vers
Le sizain 6 vers
Le septain 7 vers
Le huitain 8 vers
Le dizain 10 vers
4- La forme de la strophe
Des strophes carrées : elles sont composées de 6 vers de 6 syllabes, 8 octosyllabes, 10 décasyllabes, 12
alexandrins qui donnent l’impression de la force, de la plénitude et de la cohésion.
Des strophes horizontales : elles sont composées de 4, 5 ou à la rigueur 6 alexandrins qui donnent
l’impression de la durée, de l’étendue, de la majesté. C’est la strophe de la nostalgie, des regrets, c’est la
stance des adieux à la vie.
Des strophes verticales : elles sont composées de 8 vers de deux syllabes, 10 vers de trois syllabes, 12 vers
de 4 syllabes qui donnent l’impression d’un écoulement rapide, d’une succession d’actes précipités, parfois
badins et légers. C’est la strophe de la clochette et de la cascatelle.
La strophe hétérométrique : elle est généralement en forme de cône renversé c’est-à-dire qui va des vers
longs aux vers courts. La phrase tend à s’achever sur les vers qui représentent comme l’épuisement du
souffle.
5- La rime
a- La qualité de la rime
Rimes pauvres : elles sont constituées d’un seul phonème commun (un seul son-voyelle) comme dans matin
et chemin, pas et plats...
Rimes suffisantes : elles sont constituées de deux phonèmes (deux sons) communs comme dans brève et
sève / ville et agile…
Rimes riches : elles sont constituées de trois phonèmes ou sons et plus comme dans image, et hommage /
patin et matin…
b- Le genre de la rime
On appelle rime féminine celle qui se termine par un « e » (joue, loue), même si le « e » figure dans une marque du
pluriel : s, ent (tues, ignorent).
On appelle rime masculine toutes les autres rimes (doux, vous).
N.B. : On appelle rime vocalique des rimes dont les phonèmes sont des voyelles (joue, nous) et on appelle rime
consonantique des rimes dont les phonèmes sont des consonnes (goutte, route).
c- La disposition de la rime
Elle est déterminée par leur succession. Plusieurs combinaisons sont possibles.
Rimes plates ou suivies : AABB
Rimes croisées : ABAB
Rimes embrassées : ABBA
6- L’unité sonore
Elle est la réunion d’allitérations et d’assonances dans un ensemble de mots ou de vers.
L’allitération : elle est la répétition du même son-consonne. Elle peut créer une harmonie imitative : elle
évoque alors le bruit que ferait ce dont le poème parle. Elle peut également produire un effet humoristique.
Exemple : Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles (Pierre Corneille). L’allitération en « f » et en « v »
exprime le bruit des bateaux sur l’eau.
L’assonance : elle est la répétition du même son-voyelle. Elle instaure des échos entre les mots et, par là-
même, installe des correspondances de sens entre eux.
Exemple : Tous ces jours passeront, ils passeront en foule.
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Le « i » et le « u » expriment la douleur
Le « a » exprime l’éclat
Le « é », « è », « en », « in » expriment la joie, la légèreté
Le « ou », le « o » fermé, et le « on » expriment la lourdeur la tristesse, le menace
Le « a » le « o » ouvert, « an », « un » expriment la puissance, la majesté et la menace
Le « p », « b », « t », « d », « k », « gr » expriment la colère, l’agitation
Le « m », « n », « l », « r » expriment la douceur
Le « f », « v », « s », « z » expriment le sifflement, la jalousie, le mépris, la colère
Les voyelles nasales « an, on, ym » évoquent une musique éclatante
Le hiatus : il consiste dans la rencontre de deux voyelles appartenant au même mot (c’est le hiatus interne)
ou à deux mots successif (c’est le hiatus externe)
Exemple : po / ète, ma / ïs.
7- Le rythme du texte en vers
L’accent fixe : on compte un accent au milieu du vers qui est la césure. Elle sépare un vers de 12 pieds en
deux parties que l’on appelle hémistiche.
Exemple : Un jour sur ses longs pieds,//
Le héros au long bec,//
La coupe : c’est un repos, une pause dans un vers. Elle se situe après chaque syllabe accentuée et marque la
fin d’une mesure. Les vers longs comportent plusieurs coupes : la plus importante placée au milieu est
appelée césure (voir l’exemple de l’accent fixe). Dans l’alexandrin classique, la césure se situe après la
sixième syllabe prononcée. Chacune des deux moitiés d’un alexandrin s’appelle un hémistiche comme on a
déjà vu avec l’accent fixe ci-dessus.
L’enjambement : quand la pause finale n’accomplit pas le sens du vers et que l’on doive le continuer dans le
vers suivant, on dit qu’il y a enjambement.
Exemple : Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi. (Arthur Rimbaud)
Le rejet : on dit qu’il y a rejet lorsque le sens su vers se termine au début du vers suivant.
Exemple : Fleur grasse et riche aucun de toi ne flotte aucun
Arôme, et la beauté sereine de ton corps.
Le contre-rejet : quand une phrase ou une proposition commence à la fin du vers pour se prolonger au vers
suivant on parle du contre-rejet.
Exemple : Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne
Faisait voler la grive à travers l’air atone. (Paul Verlaine)
8- Le champ sémantique et le champ lexical
Le champ sémantique : l’ensemble de sens dénotés et connotés d’un mot constitue le champ sémantique
de ce terme. Le dictionnaire donne l’ensemble de sens dénoté et usuellement connotés d’un mot. Mais,
dans un texte littéraire, selon contexte et selon l’auteur, l’étendue du champ sémantique peut être très
vaste. L’exploration et la bonne interprétation de ce champ supposent une certaine complicité entre l’auteur
et le lecteur.
Le champ lexical : il est formé par les termes ou mots qui désignent des réalités ou des idées qui se
rapportent à un même domaine de sens et appartiennent à un même thème. L’étude du champ lexical
dépend de l’interprétation des sens connotés des mots relevés. Par exemple, selon son contexte, le mot toit
peut appartenir au champ lexical de la protection ou bien à celui de la hauteur.
Attention : lors du relevé d’un champ lexical, il ne faut pas oublier de repérer d’éventuelles répétitions d’un mot
appartenant à ce champ lexical. Il ne faut pas non plus oublier de relever le terme générique correspondant à ce
champ lexical. Par exemple, si on vous demande de relever le champ lexical de la nature, vous devez relever tous
les termes qui s’y rapportent sans omettre de recopier aussi le mot nature si l’auteur l’a employé.
9- Les différents types de poème
Les formes fixes
Ce sont des poèmes qui répondent aux règles de la versification imposées. Les formes fixes les plus utilisées sont :
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o Le rondeau : cette forme fixe date du Moyen Âge, c’est un poème construit sur trois strophes en
octosyllabes avec un refrain repris d’une strophe à l’autre
o La ballade : elle est composée de trois strophes dont le nombre de vers dépend du nombre de syllabe de
chaque vers. Le dernier vers de chaque strophe est commun : c’est le refrain.
o Le pantoum : c’est un poème en quatre quatrains à rimes croisées, construits de telle sorte que le deuxième
et le quatrième vers de chaque strophe forment le premier et le troisième vers de la strophe suivante.
o Le sonnet : il est composé de quatorze vers répartis en deux quatrains et deux tercets. C’est la forme fixe la
plus utilisée bien qu’elle ait connu des évolutions. À l’origine, la disposition des rimes était ABBA dans les
deux quatrains et CCD/EED dans les tercets mais à partir du XIXᵉ siècle tous les poètes ne respectent plus
cette disposition.
Les formes régulières
Les poèmes de forme régulière se définissent par leur thème.
o La fable : poème didactique ou satirique utilise l’hétérométrie (différents mètres)
o L’ode : poème lyrique composé de strophes longues aux rimes identiques.
o L’idylle et l’églogue : forment de petits poèmes amoureux dans un carde pastoral.
o L’élégie : c’est un poème lyrique qui exprime une plainte ou une méditation. Cette poésie utilise des
hexamètres (vers de six pieds) qui alternent avec des pentamètres (vers de cinq pieds) très souvent exprime
des sentiments mélancoliques provoqués par la mort ou un amour malheureux. Genre inventé dans
l’Antiquité, composé de couplets de deux vers d’inégales longueurs (distique éléagique)
o Le blason : poème en vogue au XVIᵉ siècle qui décrit tout ou une partie du corps féminin.
o L’hymne : c’est un poème chanté qui, dans l’Antiquité, célébrait un dieu. Dans la poésie française, souvent
écrit en alexandrins, il se prête au traitement de sujets religieux, historiques et philosophique.
Les formes libres :
o Le poème en prose : genre né de la rencontre entre la prose rythmée et harmonieuse des genres oratoires
antiques et les images évocatrices que permet la poésie. La cohésion de cette forme, souvent brève, est
notamment assurée par les sonorités. Affranchi de contraintes formelles, le poème en prose se présente
sous la forme de paragraphes, ou strophes, composés de versets et d’adapte librement au sujet qu’il traite.
o Le poème en vers libres : le vers libre n’obéit pas à une structure régulière : ni mètre, ni rime, ni strophe. Le
vers libre se caractérise par la recherche du rythme le plus adapté à la création du poète. Surtout employé
depuis la fin du XIXᵉ siècle (symbolisme), ce vers est caractéristique de la poésie moderne. La ponctuation
est souvent absente, ce qui permet toutes les modulations du rythme et multiplie les interprétations.