INTRODUCTION GENERALE
Les différents bouleversements qui se sont produits dans le monde ont poussé les États à créer
des organisations d’intégration afin de renforcer leurs relations dans des domaines
spécifiques. Cela donnera lieu à l’édification d’un droit communautaire. Le droit
communautaire est un droit particulier ayant des caractéristiques propres distinctes du droit
international et du droit interne, et, fait référence au système juridique qui régit les relations
entre les membres d’une communauté souvent utilisé pour décrire le droit de l’Union
européenne. Il englobe les traités, règlements et directives qui définissent les droits et
obligations des Etats membres et de leurs citoyens au sein de cette communauté. De plus,
c’est un ensemble de dispositions contenues dans les différents traités constitutifs de l’Union
européenne et dans les textes élaborés par les institutions communautaires (le Conseil, la
Commission et le Parlement européen). Sa définition a évolué dans un cadre européen pour
aboutir à une définition générale aujourd’hui. De la sorte, le droit communautaire aussi
appelle droit de l’intégration peut être sommairement définit comme l’ensemble des règles
juridiques édictées dans le cadre d’un processus d’intégration régional, conduisant à la mise
en place d’une organisation supranationale. C’est donc l’ensemble des règles qui encadrent
l’organisation et le fonctionnement de cette organisation supranational dans laquelle beigne
les Etats membres. C’est un “système juridique propre, intégré aux systèmes juridiques des
Etats membres“. Cela signifie qu’il confère aux particuliers des droits qu’ils peuvent invoquer
en justice, éventuellement à l’encontre d’une règle nationale (ou interne) ne respectant pas la
règle communautaire. Il a pour objectif d’harmoniser les législations nationales ou de les
coordonner. Selon les cas, il complète le droit propre à chaque état ou le remplace dans le
respect du principe de la subsidiarité. Selon ce principe, l’Union européenne n’intervient que
si les objectifs de l’action envisagée ne peuvent être réalisés de manière suffisante par les Etas
membres. Il s’applique directement sur le territoire des Etats membres de l’Union européenne
et prime sur le droit des Etats membres. Les Bases du droit communautaire sont issues du
traité de Rome(1957) qui crée la Communauté Economique Européenne(CEE) avec pour
objectif la mise en place d’un marché commun et un rapprochement des politiques
économiques et nationales. L’acte unique européen, (1993), le traité de Maastricht(1993), le
traité d’Amsterdam (1999), le traité de Nice (2003), le traité de Lisbonne (2007) modifient et
complètent le traité de Rome. Les domaines d’interventions du droit communautaire sont très
variés : transactions économiques, consommation, environnement, politique sociale,
formation, droits des citoyens. Les sources du droit communautaire représentent les actes
juridiques qui composent l’ordre juridique communautaire. Nous pouvons distinguer quatre
grandes catégories : le droit originaire, le droit dérivé, le droit complémentaire et la
jurisprudence de la cour de justice (ou les principes généraux du droit). Toutes ces sources
sont hiérarchisées, l’ordre juridique des communautés se ressemblant par cela à l’ordre
juridique des Etats. Son respect, son application et interprétation uniformes sont assurées par
la cour de justice de l’Union européenne (anciennement Cour de justice des communautés
européennes) et le tribunal (anciennement Tribunal de Première instance). Ainsi dit, « Une
justice n’existe et n’a de sens que si ses décisions sont exécutées »1. D’où la notion
d’exécution des décisions de justice dans l’ordre communautaire faisant l’objet de ce
mémoire. Cependant, il conviendra de mettre en lumière certaines expressions comme
exécution - décisions de justice et ordre communautaire. En effet, le concept d’exécution a
1
Déclaration du Président de la chambre judiciaire de la cour suprême du Benin, Jacques
Mayaba à l’occasion du colloque organisé à la Cour de Cassation française le 23 mars 2012
par l’AHJUCAF sur le thème « l’exécution des décisions de justice dans l’espace
francophone ».
d’abord émergé dans le domaine de la psychologie, avant de pénétrer progressivement
d’autres champs disciplinaires, notamment les sciences juridiques2.
Réceptionnée premièrement en droit civil3, la notion d’exécution va être appréhendée comme
la mise en œuvre d’une prestation contractuelle ou l’accomplissement par le débiteur d’une
prestation due4. En matière administrative, l’exécution renvoie à l’obligation pour
l’administration de se conformer spontanément aux décisions rendues par le juge 5. Cette
approche de l’exécution des décisions en matière administrative peut être ramenée mutatis
mutandis en droit international. Selon le dictionnaire du droit international public, la notion
d’exécution renvoie au moins à quatre acceptions différentes6.
Primo, elle désigne l’accomplissement par un sujet de droit international, des actes
nécessaires pour remplir les obligations qui résultent pour lui de normes internationales.
Secundo, l’exécution renvoie à l’idée d’accomplissement par un sujet de droit international
des actes nécessaires pour remplir les obligations qui résultent pour lui, des décisions
juridictionnelles. Tertio, elle indique l’obtention par la contrainte de l’accomplissement d’une
obligation et enfin quarto la mise en œuvre d’une législation ou d’une décision non
judiciaire7. Du point de vue de sa seconde perception, l’idée d’exécution renvoie clairement à
une obligation juridique qui se déploie en droit du contentieux dans la phase dite « post-
juridictionnelle »8 à l’aune de la chose jugée. L’exécution s’articule ainsi systématiquement
avec l’existence d’une décision juridictionnelle revêtue de l’autorité de chose jugée 9 donc
normative10.L’exécution, au sens d’obligation juridique, va ainsi mobiliser dans la phase de sa
2
G. DEHARO, « Ce qu’exécuter veut dire... Une approche théorique de la notion d’exécution
», Droit et procédures, n° 4, 2005, p. 210. L’auteur la définit comme le droit à la réalisation du
droit substantiel (...), le passage d’une rhétorique judiciaire à la réalisation du résultat
effectivement attendu par le plaideur.
3
G. CORNU, Vocabulaire juridique, PUF, 2016, p. 432 ; D. ALLAND, S. RIALS (dir.),
Dictionnaire de la culture juridique, PUF, 2003, p. 678.
4
D. ALLAND, « Qu’est-ce que l’exécution d’une décision juridictionnelle internationale et
qui l’assume ? », RGDIP, 2017, vol. 121, n° 3, p. 864.
5
J. C. VENEZIA, « Les mesures d’application », in Mélanges R. CHAPUS, Montchrestien,
1992, p. 673 ; G. EVEILLARD, « Le concept d’exécution », in F. BARQUE, S. NICOT
(dir.), Vers l’instauration d’une procédure d’exécution des décisions du Conseil
constitutionnel?, LGDJ, 2020, pp. 25 et s.
6
J. SALMON (dir.), Dictionnaire de droit international public, Bruylant, 2001, pp. 475-477.
7
P.-M. DUPUY, Y. KERBRAT, Droit international public, Dalloz, 2018, p. 232.
8
C. HILLEBRECHT, « Rethinking Compliance: The Challenges and Prospects of Measuring
Compliance with 34 International Human Rights Tribunals », Journal of Human Rights
Practice, n° 3, 2009, p. 362 ; C. SANTULLI,« L’obligation d’exécuter les décisions
juridictionnelles internationales », op. cit., p. 564
9
L’autorité de la chose jugée emporte le caractère obligatoire de la décision en droit
international. Elle est par principe relative, c’est-à-dire qu’elle ne lie que les États au
différend, dans les limites de ce qui a été décidé par la juridiction. [Link],
L’autorité de la chose jugée. Étude de procédure internationale contentieuse, Thèse,
Université Bordeaux IV, 2009, 698 p.
10
Denis ALLAND souligne que toutes les décisions juridictionnelles ne sont pas normatives,
donc susceptibles d’être exécutées. À titre d’exemple, il évoque celles dites performatives
c’est-à-dire dont on pourrait tout aussi bien dire que leur exécution se confond avec leur
prononcé. C’est le cas d’une ordonnance de clôture, d’une décision de rejet pour
incompétence, ou encore de déclaration de responsabilité à titre satisfactoire. Voir affaire du
Détroit de Corfou pour ce qui est de la demande de l’Albanie. Il évoque aussi dans ce registre
les décisions qui renvoient les parties dos à dos.
mise en œuvre à la fois une dimension psychologique que matérielle. Dans sa dimension
psychologique, à l’instar du processus coutumier11, elle va faire appel à l’opinio juris, c’est-à-
dire la conviction de respecter une obligation juridique 12 pour fonder une mise en œuvre
spontanée des décisions des juridictions par l’État 13. Sur ce fondement, l’État défendeur
s’oblige à une exécution spontanée et de bonne foi des décisions qui le concernent 14. Une telle
obligation repose fondamentalement sur le droit international coutumier qui postule
l’obligation pour tous sujets du droit international d’assumer de bonne foi et en principe
spontanément ses engagements15. Dans sa seconde dimension, l’obligation d’exécuter, renvoie
à des actes concrets c’est-à-dire à l’aspect opérationnel. Elle fait donc référence aux initiatives
administratives et/ou politiques adoptées par l’État défendeur dans le but d’une mise en œuvre
concrète d’une décision juridictionnelle16. L’obligation d’exécuter ici consiste à concrétiser
l’opinio juris par le déploiement nécessaire d’un large spectre d’actions déterminées en
principe par la teneur de chaque décision [Link] décision dans ce cadre s’entend de « tout acte
d’une juridiction internationale qui a un caractère obligatoire pour ses destinataires »18. Elle
évoque donc, l’idée d’un arrêt ou d’une sentence arbitrale rendue par un juge international 19
ou régional dans le cadre de sa fonction de juger 20. La décision peut aussi désigner des
ordonnances en indication de mesures provisoires prises dans des cas d’extrême gravité et
Voir dans ce sens, La sentence du 12 juillet 2016 rendue dans l’affaire de la Mer de Chine
méridionale. D. ALLAND,
« Qu’est-ce que l’exécution d’une décision juridictionnelle internationale et qui l’assume ? »,
op. cit., p. 869.
11
La coutume résulte selon Denis ALLAND d’un processus en deux étapes, d’abord
l’existence d’un acte émanant de la volonté d’un État puis l’acceptation de celui-ci de se voir
opposer ledit acte en tant qu’obligation juridique. [Link], Manuel de droit international
public, PUF, 2014, p. 146.
12
J. VERHOENEN, Droit international public, Larcier, 2000, pp. 318 et s. ; P.
HAGGEMACHER, « La doctrine des deux éléments du droit coutumier selon la pratique de
la Cour internationale de justice», RGDIP, 1986, pp. 23-26.
13
P.-M. DUPUY, Y. KERBRAT, Droit international public, Dalloz, 2018, p. 380.
14
A. AZAR, L’exécution des décisions de la Cour internationale de justice, Bruylant, 2003, p.
247 et s.
15
Dans l’affaire des Essais nucléaires (Australie c. France), CIJ, 20 décembre 1974, Rec.
1974, p. 253, § 46, la CIJ affirme que les principes pacta sunt servanda et notamment de la
bonne foi président les déclarations unilatérales des États, de sorte que les autres « États
intéressés peuvent donc tenir compte des déclarations unilatérales et tabler sur elles ; ils sont
fondés à exiger que l’obligation ainsi créée soit respectée ». Partant, lorsque les États
acceptent la juridiction de la CIJ par le biais d’une déclaration unilatérale facultative, ils
s’engagent en vertu de ces deux principes coutumiers à s’en tenir à ce qu’ils ont déclaré.
16
Il s’agit généralement des mesures visant à effacer ou à corriger les conséquences des faits
illicites ou à prévenir d’éventuelle violation future (versement d’indemnité compensatoire,
construction de mémorial …); voir Cour africaine des droits de l’homme et des peuples,
Étude comparative sur le droit et la pratique des réparations en cas de violation des droits de
l’homme, 2019, pp. 1 et s.
17
D. ALLAND, « Qu’est-ce que l’exécution d’une décision juridictionnelle internationale et
qui l’assume ? », [Link]., pp. 869-870.
18
J. SALMON (dir.), Dictionnaire de droit international public, op. cit., p.298.
19
En droit international, ne peuvent avoir ce caractère que, les décisions émanant d’un organe
habilité à adopter des« décisions obligatoires » résultant de l’« application du droit » ; C.
SANTULLI, Droit du contentieux international, Montchrestien, 2005, p.15 ; A. SALL, Les
relations extérieures de la CEDEAO, L’Harmathan, 2016, p. 64.
d’urgence afin de préserver les victimes potentielles des dommages irréparables que peut
causer l’acte illicite21. Il s’agit donc de décisions à caractère temporaire, 22 mais obligatoire
pour les parties23.D’après le dictionnaire Larousse, l’exécution ou le caractère exécutoire se
définit comme l’action d’exécuter quelque chose. De ce fait exécuter quelque chose,
reviendrait à appliquer, à mettre en œuvre une chose. De plus, la Recommandation
Rec(2003)17 en matière d’exécution des décisions de justice définit l’exécution comme «le
fait de donner effet à des décisions de justice, ainsi qu’à d’autres titres exécutoires, qu’ils
soient judiciaires ou non judiciaires, conformément à la loi qui oblige le défendeur à faire, à
s’abstenir de faire ou à payer ce qui a été décidé». La Recommandation Rec(2003)17 relative
à l’exécution décrit les tâches et les devoirs des agents d’exécution ainsi que la procédure
d’exécution et les droits et obligations du demandeur et du défendeur. La Recommandation
définit l’agent d’exécution comme «toute personne, qu’elle soit un agent public ou non,
autorisée par l’Etat à mener une procédure d’exécution». Elle part du principe que l’agent
d’exécution peut avoir un statut public (par exemple, un juge) ou privé (par exemple, un
huissier), les deux statuts pouvant coexister dans un même Etat (régime mixte). Sur cette base,
il a été possible d’estimer, sans discontinuité entre 2004 et 2008, le nombre d’agents
d’exécution dans 33 Etats ou entités.24 Le terme exécution, pris isolément, renvoie à l'idée de
passage du virtuel au réel. Avec référence aux décisions juridictionnelles, G. Deharo la définit
comme « le droit à la réalisation du droit substantiel (...), le passage d'une rhétorique
judiciaire à la réalisation du résultat effectivement attendu par le plaideur ».25 En outre, il
s'agit d'une notion polysémique : elle peut designer l'exécution volontaire (en anglais «
compliance »), à savoir l'achèvement matériel de ce que le juge a décidé, ou bien l'exécution
forcée (en anglais « enforcement »), qui est une procédure devant un organe à son tour
juridictionnel ou exécutif, pour contraindre ledit achèvement. L’exécution volontaire d’une
décision de justice est de se conformer volontairement et spontanément à cette décision, de la
respecter et d’y obéir. Si la personne condamnée par une décision ne s’exécute pas
volontairement, on passe alors à l’exécution forcée. Le terme d’exécution forcée concerne une
procédure utilisée à la suite d’un jugement. 26 Lorsqu’une personne condamnée à une
obligation d’exécution ne s’acquitte pas de sa tache volontairement, elle peut alors être forcée
à le faire. La mise à exécution d’un jugement vient d’une décision du procureur de la
république .Ensuite c’est à un huissier de justice de procéder à l’exécution forcée du jugement
.Ils sont les seuls habilités à le faire afin de mettre à la disposition du demandeur les sommes
20
Voir l’article 28 (1.) du protocole portant création de la Cr. ADHP, et l’article 69 du
règlement de la Cour qui stipule que « conformément à l’article 28, alinéa 1er du Protocole, la
Cour rend son arrêt dans les quatre-vingt-dix (90) jours qui suivent la clôture des délibérations
».
21
Voir l’article 27, alinéa 2 du Protocole portant création de la Cr. ADHP.
22
En attendant l’intervention d’un arrêt au fond, le juge peut prima facie, lorsqu’il l’estime
nécessaire pour préserver des droits menacés indiquer des mesures urgentes à prendre pour
leur sauvegarde. Voir l’article 27 alinéas 2 du protocole l’instituant la Cr. ADHP. Aussi,
Affaire des Prisons de Mendoza, mesures provisoires à l’égard de l’Argentine,
ordonnance de la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme du 26 novembre 2010,
cons.p.4.
23
Rapport de la CEPEJ. 2010 en matière d’exécution des décisions de justice
24
G. DEHARO, Ce qu'exécuter veut dire... Une approche théorique de la notion d'exécution,
25
Droit et procédures, juil-août 2005, n. 4, pp. 208-214, Spéc. p. 210.
26
[Link]
ou les prestations qui lui sont dues, il procède à des saisies sur le patrimoine du défendeur. 27
Encore, selon les cas, elle peut se décliner sous plusieurs formes : la disparition d'un acte
annulé, le paiement d'une somme d'argent, l'imposition d'une sanction ou d'une peine, le
rétablissement d'une situation, mais aussi le respect d'une disposition, l'abstention d'un certain
comportement etc. Quant aux décisions juridictionnelles, il s'agit encore une fois d'une
catégorie vaste, qui comprend tout type de décision contentieuse promenant d'une juridiction.
Il faut cependant préciser, que le critère organique ne suffit pas pour qualifier une décision de
juridictionnelle : il ne suffit pas qu'un organe soit qualifié de juridiction afin que sa décision
ait un caractère juridictionnel, l'organe pouvant bien adopter des actes d'autre nature,
administrative ou diplomatique. Il faut plutôt que l'organe exerce substantiellement – peu
importe son nom ou sa qualification formelle – une fonction juridictionnelle et que la décision
en soit le résultat. Un organe exerce la fonction juridictionnelle (et adopte donc des actes
juridictionnels, qui eux permettent de qualifier l'organe de juridictionnel) lorsqu'il « [met] fin
à un différend par une décision obligatoire Résultant de l'application du droit »28. L'existence
d'un différend29, l'application du droit30 et la force obligatoire sont donc les éléments
constitutifs et cumulativement nécessaires de la fonction juridictionnelle. Il faut en outre entre
eux un « lien fonctionnel » : la force obligatoire doit découler de l'application du droit, qui est
justement destinée à fonder le caractère obligatoire et est requise de l'existence d'un
diffé[Link] ces trois éléments constitutifs, il y a lieu de s'attarder sur le concept de force
obligatoire, ou autorité de la chose jugée, en ce qu'il est extrêmement pertinent dans notre
analyse. Il s’agit d’une propriété nécessaire et intrinsèque à toute décision juridictionnelle,
qui autrement ne saurait être qualifiée comme telle (mais de simple avis, communication ou
conseil). Elle implique le caractère définitif de la décision et donc l'impossibilité de revenir
judiciairement sur un fait précédemment jugé. Cet effet exprimant le principe de « non bis in
idem », n'est que relatif : il joue en cas de triple identité de parties, d'objet et de cause de
l'affaire, lorsqu'ils se répètent devant un tribunal. La catégorie des décisions juridictionnelles
comprend également les sentences arbitrales. Si la nature d'arbitrage divise la doctrine, les
tribunaux arbitraux peuvent bien être considérés comme des institutions juridictionnelles, en
ce qu'ils présentent les trois éléments d'identification susmentionnés. Cette thèse est soutenue
parmi d'autres, par le Professeur L. Cavaré, quand il dit qu'« [i]l est clair qu'aucun problème
n'existe pour attribuer le caractère de juridiction internationale [...] aux Tribunaux d'arbitrage
formés suivant les formules classiques ».32Ce terme comprend bien donc les arrêts et les
sentences arbitrales et nous l'utilisons de manière interchangeable avec le terme jugement.
27
[Link]
28
C. SANTULLI, Droit du contentieux international, LGDJ, 2ème édition (2015), p. 18 et 36 ;
en ce sens, également J. P. JACQUÉ, Éléments pour une théorie de l'acte juridique en droit
international public, LGDJ, Paris (1972), p. 361 : « l'acte juridictionnel est l'acte adopté par un
organe juridictionnel international en vue de trancher un différend sur la base du droit avec
autorité de la chose jugée »
29
« Un différend est un désaccord sur un point de droit ou de fait, une contradiction, une
opposition de thèses juridiques ou d'intérêts entre deux personnes » – CPJI, 30 août 1924,
Affaire des concessions Mavrommatis en Palestine (Grèce c. Grande Bretagne), Rec. Série A,
n° 2, Spéc. § 11
30
Appliquer le droit signifie ne pas tenir compte des considérations autres que juridiques,
telles que les considérations 7 politiques ou étiques – cf. CIJ, 13 juin 1951, Affaire Haya de la
Torre (Colombie c. Pérou), Rec. 1951, p. 71, Spéc. p. 79 : « [u]n choix entre elles ne
pourraient être fondé sur des considérations juridiques, mais seulement sur des considérations
de nature pratique ou d'opportunité politique ; il ne rentre pas dans la fonction judiciaire de la
Cour d'effectuer ce choix ».
31
C. SANTULLI, Droit du contentieux international, LGDJ, 2ème édition (2015), p. 38-39
Pour définir ces décisions juridictionnelles d'internationales ou européennes, il y a lieu de
préciser que, comme le Professeur C. Santulli l'a observé, ce ne sont pas les caractéristiques
de la juridiction qui permettent de qualifier celle-ci (et donc ses décisions) d'internationale. Il
faut alors se tourner vers les qualités de l'acte juridictionnel, en particulier il faut regarder si
l'autorité juridictionnelle (à compléter après). La juridiction communautaire était à l’origine
uniquement constituée de la cour de justice des Communautés européennes. Mais, pour faire
face à l’encombrement croissant du prétoire, il lui a été adjoint, selon la possibilité ouverte par
l’Acte unique européen, une juridiction de première instance par la décision 88 /591 du
conseil du 24 octobre 1988. En ce qui concerne la répartition des compétence entre la Cour de
justice et le Tribunal de première instance, le Tribunal est compétent pour connaitre en
première instance et sous réserve d’un pourvoi devant la Cour de justice limitée aux questions
de droit, de l’ensemble des recours ( en annulation, en carence , et en indemnité) introduits par
les personnes physiques ou morales. Pour s’assurer que l’action des institutions s’inscrit dans
le cadre délimité par la légalité communautaire, la cour de justice est habilitée essentiellement
à vérifier la légalité des actes communautaires par le biais d’un recours en annulation (art 263
TFUE ) + renvoi préjudiciel en appréciation de la validité (art 267 TFUE), de contrôler la
légalité de l’inaction des institutions par le biais d’un recours en carence(art 265 TFUE),
d’assurer la réparation des préjudices causées par l’actions des institutions (art 340 TFUE). La
Cour de justice peut encore contrôler la conformité du droit de de l’Union des comportements
des Etas membres par le biais d’un recours en constatation de manquement, saisie soit par la
Commission soit par un Etat membre (art 258 TFUE). Elle assure enfin l’Uniformité du droit
de l’Union par le biais d’un renvoi préjudiciel en interprétation ou en appréciation de validité
opérée par le juge national (art 267 TFUE).seuls les recours en annulations et en indemnité
ont une importance pratique pour les particuliers ainsi que le renvoi préjudiciel. Le recours en
carence est très peu exercé. La genèse et la création d'un ordre juridique communautaire ont
été de pair avec la création d'un ordre économique européen. Les principes et les objectifs du
traité énoncés aux articles 1 à 8 ont permis à la Cour de dégager les règles fondamentales de
cet ordre. Selon Charles LEBEN, « l’ordre juridique est l’ensemble structuré en système, de
tous les éléments entrants dans la constitution d’un droit régissant l’existence et le
fonctionnement d’une communauté humaine. La communauté peut regrouper directement les
personnes, par exemple l’ordre juridique étatique ou les regrouper de façon médiate
seulement comme la communauté des Etas dans l’ordre juridique international »33. Cet auteur
insiste sur l’expression « structuré en système » qui signifierait que l’ordre juridique n’est pas
une simple collection d’objets disparates mais un ensemble organisé d’éléments
interdépendants formant une unité, un tout, qui ne se réduit pas à la simple addition de ses
composantes. 34Résumant ces caractères de l’ordre juridique, Jacques CHAVALLIER dira de
celui-ci qu’il « exprime cette conjonction et ce croisement des deux dimensions de
systématicité et de normativité de droit »35. Il pourrait s’avérer instructif d’aller au-delà de
cette approche conceptuelle de l’ordre juridique et de s’orienter vers une définition de l’ordre
juridique qui renseignerait sur son identité intrinsèque, on en retiendra que c’est « un
ensemble organisé et structuré, possédant ses propres sources de droit, dotés d’organes aptes à
les émettre et à les interpréter au profit de destinataires qu’on peut appeler les sujets »36. Ainsi
de cette définition, on admettra qu’à côté des ordres étatiques, il existe d’autres ordres
32
33
Charles LEBEN, « De quelques doctrines de l’ordre juridique », Droits, 2001, n°33, p.20,
du même auteur, « Ordre juridique », in Denis ALLAND, Stéphane RIALS (dir), dictionnaire
de la culture juridique, paris, Puf, 2003, p.133.
34
Ibid.
35
Jacques CHEVALLIER, « L’ordre juridique », in Le Droit en procès, paris, CURAPP, Puf,
1984, p.9, Santi ROMANO, L’ordre juridique, paris, Dalloz, 1975,174pages.
juridiques externes qui ne se construisent pas à partir d’un seul Etat. Tels sont les exemples de
l’ordre juridique communautaire ou encore l’ordre juridique international. Ce qui retiendra
notre attention est l’ordre communautaire. Par ailleurs, l’ordre ou l’espace communautaire
fait référence à l’ensemble des règles, principes et institutions qui régissent le fonctionnement
de la Communauté européenne. Il englobe le droit issu des traités européens, les décisions des
institutions de l’Union européenne. Cet ordre vise à assurer l’intégration économique et
politique entre les Etats membres de l’Union européenne. L’ordre juridique communautaire,
rattaché à l’ordre international par l’origine de sa charte constitutionnelle, participe à ce
développement de la subjectivité individuelle en dehors du cadre juridique national : il a pour
sujets les Etats membres et leurs ressortissants selon les affirmations répétées de la Cour de
justice des Communautés europé[Link]-ci ne peut cependant pas être conçus
indépendamment de l’ordre juridique des Etats membres, dans lequel il trouve son point
d’application. La matière sur laquelle s’exercent les compétences des institutions de la
communauté n’est pas différente, elle n’est pas autre que celle qui normalement fait l’objet de
l’activité des Etats.38 L’ordre juridique communautaire se présente donc comme un « système
contentieux ». En d’autres termes, Il se caractérise par l’autonomie des sources et par la
primauté de la norme communautaire sur la norme nationale. (Situation avant l’entrée en
vigueur du traité de Lisbonne, le 1 er décembre 2009.39 La nature de l’ordre communautaire est
qu’elle est une organisation d’intégration à la fois régionale et sous régionale. Il s’agit entre
autre de l’UEMOA, de la CEDEAO, de la CEMAC, de l’OHADA etc. Ces différentes entités
ont chacune une sphère régionale dans laquelle chaque organe joue un rôle essentiel favorise
ainsi l’intégration de divers pays qui sont membres ou qui souhaiteraient être membres. En
définitive, le caractère exécutoire des décisions de justice signifie que ces décisions ont force
exécutoire, c’est-à-dire qu’elles peuvent être mises en œuvre et appliquées par les autorités
compétentes pour assurer l’exécution. En d’autres termes, une fois qu’une décision de justice
est rendue, elle peut être exécutée et les parties concernées doivent s’y conformer.
L’exécution des décisions de justice apparait ici comme une manière de rendre justice à ceux
dont les droits ont été bafoués, à appliquer le bon droit car la justice est la même pour tous et
tous ont droit à ce que leur cause soit entendue par une juridiction indépendante et impartiale,
ce qui écarte tout forme de discrimination et prend en compte l’intérêt de chacun. 40 Cela a le
mérite de donner du crédit au système judiciaire qui est une institution, et chaque institution
fonctionne en suivant les règles qu’elle s’est même imposée. En cas de violation de ces règles,
il y a des sanctions qui sont prévues en la matière. Ce qui revient alors à dire que l’exécution
des décisions de justice dans l’ordre communautaire, comme au sein de l’Union européenne
par exemple, repose sur des mécanismes spécifiques. Les Etats membres sont tenus de
reconnaitre et d’exécuter les décisions émises par les institutions communautaires
conformément aux traités et aux règles établies. Des organismes tels que la cour de justice de
l’Union européenne (CJUE) jouent un rôle crucial dans l’interprétation du droit
communautaire et la résolution des litiges entre les Etats membres. Les procédures
d’exécution varient en fonction du type de décision, mais elles visent à assurer une application
uniforme et efficace du droit communautaire dans l’ensemble de la communauté. Pour
36
Marc BLANQUET, Cours de Droit général de l’Union européenne, Leçon n°1,
Introduction, Université Numérique Francophone, p.2.
37
[Link]
38
« LA SPECIFICITE DU DROIT COMMUNAUTAIRE » par Jacques MEGREE, Maitre
des requêtes au Conseil d’Etat Jurisconsulte des Conseils des Communautés européennes.
39
Cf. Ressources de l’ordre juridique de l’UE
40
Cf. article 4 de la constitution burkinabè
paraphraser les mots du Président de la cour suprême du Benin, il ressort que l’exécution des
décisions de justice est centrale dans un Etat qui se veut du droit. « L’Etat de droit suppose un
système juridique jouissant d’effectivité, dotée d’un mécanisme de contrôle juridictionnel apte
à veiller au respect et à la bonne application de la règle de droit, du sommet de l’édifice
normatif jusqu’à l’acte d’application ». Cela requiert une structure juridictionnelle adaptée,
des voies de recours effectives et que les décisions rendues soient revêtues de l'autorité de la
chose jugée. Un autre aspect fondamental est la successive régulière et entière exécution de la
décision, faute de quoi, la justice et avec elles l’état de droit, perdent leur sens. 41 S‘inscrivant
dans cette logique des « Communautés de droit », les Communautés d’intégration africaine
telle que la CEMAC et l’UEMOA ont dès leur création mis sur pied les juridictions
communautaires, lesquelles ont pris la dénomination de cour de justice de la CEMAC 42 et de
cour de justice de L’UEMOA43. Ces dernières possèdent les moyens d’un pouvoir judiciaire
suprême44, en ce sens qu’elles détiennent le monopole de l’application et de l’interprétation
des traités et des textes subséquents. Ceci ouvre la voie à un procès communautaire. Partant
de la conception jurisprudentielle de procès, il convient d’observer que « l’exécution d’un
jugement ou d’un arrêt, de quelque juridiction que ce soit, doit être considérée comme partie
intégrante du procès ».45 C’est dire que le procès ne se limite pas essentiellement à l’examen
du litige et au prononcé de la décision. Celle-ci indique l’issue judiciaire donnée à la
demande. Cette issue porte la nouvelle orientation du droit et demande à être mise en œuvre.
Cette mise en œuvre d’une décision de justice interpelle ainsi son exécution. En tant que droit
fondamental, l’exécution des arrêts communautaires doit - être garantie à toute personne en
faveur de qui la cour s’est prononcée. Ce sujet soulève plusieurs questionnements : le juge
communautaire assure-t-il au mieux la bonne application des normes communautaires ?
Dispose-t-il d’un pouvoir d’injonction en matière d’exécution ? L’exécution des décisions de
justice se heurte-t-elle à une fragilisation du système juridique communautaire ? Le sujet revêt
un double intérêt c’est-à-dire un intérêt théorique et pratique. Le premier se démarque du fait
qu’il nous permet d’appréhender clairement le sujet en cernant la notion d’exécution de
décision de justice et de comprendre par la même occasion le fonctionnement de l’appareil
judiciaire et les mesures à prendre pour assurer au mieux la justice. Quant au second il nous
montre que même si le système judiciaire n’est pas totalement parfait du fait de certaines
lacunes que l’on perçoit par moment, néanmoins nous pouvons nous en convaincre que les
41
L'exécution des décisions de justice, XIIe journée d'études de l'UMR DICE, 11 octobre
2019, présentation disponible 1 en ligne sur le site : [Link]
recherche/manifestations/32853-l-execution-des-decisions-de-justice
42
Initialement crée par le Traité du 16 mars 1994, la Cour de Justice de la CEMAC est entrée
en fonction en [Link] a pour siège Ndjamena, capitale du Tchad.
43
La cour de justice de l’UEMOA en ce qui la concerne, a été créée le 10 janvier 1994, et
officiellement installée en Septembre 1995 à Ouagadougou au Burkina Faso.
44
[Link] Nguepjo, Le rôle des juridictions supranationales de la CEMAC et de l’OHADA
dans l’intégration des droits communautaires dans les Etats membres, Thèse de doctorat,
Université de Panthéon-Assas, 2011, p.69.
45
CEDH, Hornsby /Grèce , 19 mars1997, §44, lire aussi L. Berthier, La qualité de la justice ,
Thèse de doctorat, Université de Limoge, 2011, p, 303, E. Lambert Abdelgawad, L’exécution
des décisions des juridictions européennes (Cour de Justice des Communautés Européennes et
Cour Européenne des droits de l’homme ), Annuaire français de droit international,
2006,p.677-724, Spéc .679.
autorités en place veille au mieux à ce que la bonne justice soit appliquée garantissant par la
même occasion la bonne application des règles, et, offrant toutes les garanties possibles aux
citoyens que leur causes seront entendues de façon indépendante et impartiale sans aucune
influence extérieure ou interférence dans les décisions qui seront rendues à la suite d’un
procès enclenché. Ce qui sera un acquis parce le peuple prendra conscience et verra que l’on
peut donner du crédit à la justice (avoir une entière confiance en la justice) car celle est là
pour assurer aux mieux leurs droits et répondre à leurs différentes préoccupations. Le sujet
sera structuré de deux manières : la première est celle de l’ordre juridique communautaire
européen et la seconde fait mention de l’ordre juridique ouest africain. Pour l’ordre juridique
communautaire européen, il est question ici de montrer l’influence du droit communautaire
sur le droit national. Ce qui revient à parler de la primauté du droit communautaire, de sa
spécificité, de ses effets et sa portée dans l’application des normes communautaires.
S’agissant de l’ordre juridique communautaire ouest africain il sera question de l’origine, de
l’organisation et du fonctionnement des institutions communautaires et enfin de son impact.
Ce mémoire se propose de mener nos réflexions en premier lieu sur l’administrabilité de la
justice communautaire (TITRE 1) et en second lieu, de discuter sur la complexité du système
juridique communautaire (TITRE 2).