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Avenir des bas-fonds après dévaluation CFA

Le document analyse l'impact de la dévaluation du Franc CFA sur les bas-fonds de l'Ouest du Cameroun, en réponse à la crise des cultures d'exportation comme le café et le cacao. Il souligne que, bien que la dévaluation ait entraîné une hausse des coûts des intrants, elle a également permis une augmentation des prix pour les producteurs de café, ce qui pourrait réduire les conflits fonciers et stimuler la production de cultures maraîchères. À moyen terme, la relance de la caféiculture et la spécialisation dans des cultures exportables pourraient générer des devises et améliorer la situation économique des populations rurales.

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Avenir des bas-fonds après dévaluation CFA

Le document analyse l'impact de la dévaluation du Franc CFA sur les bas-fonds de l'Ouest du Cameroun, en réponse à la crise des cultures d'exportation comme le café et le cacao. Il souligne que, bien que la dévaluation ait entraîné une hausse des coûts des intrants, elle a également permis une augmentation des prix pour les producteurs de café, ce qui pourrait réduire les conflits fonciers et stimuler la production de cultures maraîchères. À moyen terme, la relance de la caféiculture et la spécialisation dans des cultures exportables pourraient générer des devises et améliorer la situation économique des populations rurales.

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Les Cahiers d'

QUEL AVENIR POUR LES, BAS-FONDS


,
DE L'OUEST
DU CAMEROUN APRES LA DEVALUATION
DU FRANC CFA?

Par Hatcheu Emil Tchawé


DRSTDM MINREST

Observatoire du Changement et de J'Innovation Sociale au Cameroun


Observatory of Change and Innovation in the Societies of Cameroon
Les Cahiers d'Ocïsca N° 13 .

QUEL AVENIR POUR LES BAS-FONDS

DE L'OUEST DU CAMEROUN APRES

LA DEVALUATION DU FRANC CFA?

Hatcheu Emil Tchawé


Novembre 1994

Observatoire du Changement et de l'Innovation Sociale au Cameroun


Institutions constituant le Comité de pilotage d'Ocisca

Direction de la recherche et de le Planification Jean-Blaise Nyobe, Directeur


Charles Binan Bikoi, Conseiller en
sciences sociales

Institut National de Cartographie Paul Moby Etia, Directeur

Direction Nationale de la Statistique et la Joseph Tedou, Directeur


Comptabilité Nationale

Ecole Nationale Supérieure Polytechnique Paul Vermande, Directeur

Université de Dschang Samuel Domgang, Recteur

ORsrOM Jacques Bonval1ot, Représentant

Mission de Coopération et d'Action Culturelle Pierre Jacquemot, Chef de mission

Caisse Française de Développement Dominique Dordain, Chef d'agence

Copyright

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copie de ce document, ou partie de ce document, est autorisée à condition d'en citer la
source de façon explicite.

(C) OCISCA (MINREST-ORSTOM) 1994

Les Cahiers d'Ocisca


B.P. 1857 Yaoundé
Cameroun

2
Présentation de l'auteur

Géographe de formation, Emil Hatcheu Tchawe, travaille comme cadre administratif, à


la Direction des Affaires académique et de la Coopération de l'Université de Dschang depuis
1984. Il a rejoint l'équipe OCISCA en 1991 et participé aux différentes enquêtes menées dans
le cadre de l'Observatoire de Bafou sur les planteurs de café arabica en 1991, 1993 et 1994. Il
;

s'intéresse plus particulièrement aux mutations de l'agriculture paysanne dans les bas-fonds. Il
s'occupe, en parallèle, de tout ce qui peut contribuer à la consolidation et au développement du
projet OCISCA dans le cadre de l'Université de Dschang.

Remerciements

L'auteur tient à témoigner sa reconnaissance à tous ceux qui ont bien voulu apporter leur
contribution pour la .production de cette étude. Il s'agit tout particulièrement de Georges
Courade et Jean-Luc Dubois pour leur sollicitude et leur disponibilité. L'honnêteté me
'demande de reconnaître que sans eux ce travail n'aurait jamais été réalisé. Les remerciements
vont également à Emmanuel Foko et à Chantal Guimapi pour la pertinence de leurs
remarques.

Toutefois ce travail est dédié à tous ceux qui continuent à lutter contre l'adversité pour
qu'un jour le paysan camerounais retrouve espérance et sourire.

3
Résumé

Pour réagir à la crise des principales cultures d'exportation, café et cacao, et à la


paupérisation croissante des zones rurales, les autorités camerounaises ont adopté une série de
mesures. Sur le plan interne, la restructuration des filières, commencée en 1989, a pour
objectif de stabiliser les prix et d'améliorer le système de commercialisation. Sur le plan
externe la dévaluation du Franc CFA eut lieu en janvier 1994. Elle vise à accroître la
. compétitivité des produits camerounais sur le marché 'international et à récupérer les parts de
marché perdues par la surévaluation de la monnaie nationale. En ce qui concerne l'agriculture,
toutes ces .mesures ont entraîné une hausse du prix des intrants, . engrais,
. produits
phytosanitaires et semences. Deux catégories d'effets positifs sont pourtant perceptibles. Le
relèvement du prix payé au producteur de café arabica, de 250 à 475, voire 625 [Link], permet
d'envisager une réduction des conflits fonciers dans la mise en valeur des bas-fonds. D'autre
part, la production de certaines cultures maraîchères, comme le haricot vert, exportables hors
zone Franc, devrait augmenter. Par contre la demande urbaine en produits vivriers et
maraîchers, semble diminuer en raison de la réduction du pouvoir d'achat des agents du
secteur privé et des fonctionnaires. A moyen terme, la relance de la caféïculture et la
spécialisation dans des cultures exportables hors zone franc,avec intensification de
l'exploitation des bas-fonds, devraient générer des devises et faciliter la redistribution vers les
populations urbaines.

Mots-clés: Bas-fonds, café, maraîcher, vivrier, libéralisation, dévaluation, Franc CF A, intrants,


semences, pnx.

Abstract

Faced by the crisis of its main export crops, coffee and cocca, and the decrease in the
revenues of rural areas, the governtnent of Cameroon decided to launch a series of adjusttnent
measures. On the internaI side, the restructuring of the production chains, was initiated in 1989
aiming àtstabilizing priees and at improving the trade system. On the external side, the CF A
Franc devaluation was decided in January 1994, to improve the competitivity of Cameroonian
products on the international market. and to regain the market shares lost by the overevaluation
of the national currency. These measures lead to an increase in the priee of the agricultural
inputs, fertilizers, pesticides and seeds. However there are two positive aspects. The increase
in the priee paid to the arabica coffee farmer, from 250 to 475, even 625 [Link], which could
bring a decrease in the property conflicts, a current issue in the shallows. The production of
greens, like beans which are exportables out of the Franc zone, would increase. On the other
side, urban demand for food crops and greens seems to decrease following the decrease in
purchasing power of the civil servant .and professionnals in the private sector. In the long run,
a revival of coffee plantations and the specialization in greens' exports, such, as beans, garlic
and gombo, by intensifying the use of the shallows would bring foreign currencies into the
country and facilitate a redistribution towards urban areas.

Keywords : Shallows, Coffee, Greens, Food Crops, Liberalisation, Devaluation, CFA Franc,
Inputs, Seeds, Priees.

4
Préface

Sous la forme d'une série régulière les Cahiers d'Ocisca présentent des études produites
dans le cadre du programme de' recherche intitulé Ocisca, Observatoire du Changement et de
l'Innovation Sociale. au .Cameroun. Y sont développés des thèmes ayant trait aux
comportements des différents acteurs économiques dans le contexte actuel de la crise
économique et des politiques d'ajustement structurel qu'elle suscite. Les conditions de vie des
ménages, l'examen des situations de vulnérabilité et de pauvreté, l'analyse des comportements
sociaux, les innovations sociales, l'impact social des politiques d'ajustement comme la
dévaluation, la conception de politiques sociales sont autant de thèmes dont le résultat des
recherches et les études sont diffusées dans cette série.

Les Cahiers sont conçus comme un médium au service de tous ceux qui veulent diffuser
des informations recueillies par les différ~nts observatoires, des analyses scientifiques de
. données d'enquêtes, et des travaux de recherche individuels effectués dans les domaines ci-
dessus, ou d'actualité. L'objectif est d'informer les décideurs et les opérateurs économiques sur
.tcs recherches en cours et, dans la mesure du possible, de proposer des solutions concrètes aux
problèmes qui les préoccupent.

Conformément à cette option, ce numéro met l'accent sur le rôle des bas-fonds dans la
production vivrière et maraîchère de l'Ouest, et examine quel pourrait être r impact de la
dévaluation dans ce secteur.

C'est dans le cadre des Projets de Développement des Hauts-Plateaux de l'Ouest (1979-
i984) et de Développement Rural de la Province de l'Ouest (PRDPO 1985-1989) qu'a été
proposée la mise en valeur de nouvelles terres, et notamment de celles qui étaient disponibles
dans les bas-fonds. Le PRDPO, financé principalement par des crédits de la Banque Mondiale,
du Fonds International de Développement 'Agricole (PillA), et de l'Union Centrale des
Coopératives Agricoles de l'Ouest (UCCAO), visait à développer. la culture vivrière en
association avec le café. Un volet spécial intitulé"aménagement des bas-fonds" concernait la
mise en valeur de plus de 700 hectares de bas-fonds pour un financement de 468 millions de
Francs CFA.

Les bas-fonds présentent l'avantage de terrains alluviaux ou lirnono-sableux, ayant


bénéficiés du ruissellement des eaux et des apports d'engrais venant des pentes environnantes.
Grâce à la densité du couvert végétal l'évaporation y est limitée. L'humidité quasi-permanente
permet la mise en culture des sols, même pendant les périodes les plus sèches de l'année. Il
s'agit de terrains très fertiles et donc particulièrement aptes à la culture intensive de produits
vivriers et maraîchers.

Dans un contexte de forte pression foncière due àla densité de population élevée, 100
hab/km? pour la province de l'Ouest contre 15 hab/km' pour la moyenne nationale, il était
naturel de rechercher de nouvelles terres susceptibles d'être mises en exploitation. Et cela

5
d'autant plus que les meilleures terres étaient déjà occupées par les plantations de café. Les
incertitudes. concernant les cours du café, et leur tendance à la baisse dans le long terme
incitent à miser sur la diversification des cultures et l'augmentation de la production vivrière
comme un moyen de garantir aux agriculteurs un revenu de sécurité minimum. D'ailleurs, les
enquêtes OCrSCA effectuées dans l'observatoire de Bafou, au plus fort de la crise, en 1991,
1993, 1994 ont montré l'Importance des cultures alternatives pour générer des revenus
supplémentaires et freiner la baisse du revenu des planteurs.

Que va-t-il se passer maintenant, dans un environnement économique extrêmement


changeant ? Les baisses de salaire ont réduit le pouvoir d'achat des salariés urbains, gros
consommateurs de produits vivriers et maraîchers. La dévaluation a augmenté le prix des
intrants, autrefois gratuits, même si, les mesures de libéralisation visent à en réduire le coût des
transactions. Mais elle aussi redonné espoir aux planteurs et un regain d'intérêt pour leurs
plantations. La remontée actuelle' des cours du café, combinée aux mesures de libéralisation
commerciales, devrait se traduire par une hausse de leur revenus.

Pour les agriculteurs des bas-fonds, migrants, cadets sociaux. et femmes, orientés vers la
production de produits vivriers et maraîchers, la situation risque d'être plus initigée. Ils
bénéficieront du fait que le moindre intérêt pour leurs terres, réduira les conflits fonciers qui
toujours ont suivi leur mise en valeur. Ensuite, à condition de substituer des intrants locaux
le
aux engrais importés pour ceux qui produisent 'pour marché intérieur, ou de se tourner vers
des cultures exportables très particulières, ils pourront compenser la-perte de revenu résultant
de la baisse actuelle de la demande urbaine. A moyen .terme, avec là reprise de la production
de café, ils devraient bénéficier, à travers les phénomènes de redistribution campagne-ville, de
la hausse du pouvoir d'achat des planteurs. -

Jean-Luc Dubois
Coordonnateur d'Ocisca

6
Sommaire

Introduction

I. La nouvelle problématique du développement agricole au Cameroun

1. La crise et le drame des producteurs de café


2. La restructuration de la filière café et les effets de la dévaluation du Franc CFA

La restructuration du sous-secteur café arabica


Les effets attendus de la dévaluation
La hausse du prix d'achat au producteur de café
Le problème des engrais et des produits phytosanitaires

II. L'importance des bas-fonds dans la production agricole de l'Ouest

1. La prédominance des petites exploitations familiales


2. Le PDRPO et l'aménagement des bas-fonds

ID. Définition et présentation des bas-fonds

1. Caractéristiques géomorphologiques des bas-fonds


2. Intérêt agricole des bas-fonds
3. L'exploitation traditionnelle des bas-fonds dans la province de l'Ouest

Le rôle économique et social du raphia


Le rôle écologique du raphia

IV. La production agricole des bas-fonds face au défi de la dévaluation

1. Les difficultés de commercialisation des produits des bas-fonds

Commercialisation locale et autoconsommation


Baisse de la demande urbaine
Le cas particulier du haricot vert

2. L'impact de 1('. dévaluation sur les facteurs de production

Vers la fin des conflits fonciers dans les bas-fonds


La hausse du prix des engrais et des produits phytosanitaires

Conclusion

7
Liste des abréviations

.APPC : Association des Pays Producteurs de Café

CAPLAME : . Coopérative Agricole des Planteurs de la Menoua

NWCA: North Western Coffee Association

OCISCA : Observatoire du Changement et de l'Innovation Sociale au Cameroun

ONCPB : Office National de Commercialisation des Produits de Base

PAS: Programme d'Ajustement Structurel

PDRPO : Projet de Développement Rural de la Province de l'Ouest

PROLEG : Société de Commercialisation et de Conditionnement des Légumes

UCCAO : Union Centralè des Coopératives Agricoles de l'Ouest

UDEAC : Union Douanière et Economique de l'Afrique Centrale

. USAID .. ' United State Agency for International Development

8
Introduction

L'économie camerounaise, tous secteurs confondus, est depuis 1987, en proie à une crise
profonde dont les effets dévastateurs s'aggravent malgré les mesures de redressement prises
par l'Etat camerounais avec le concours de la communauté internationale. Si dans les zones
urbaines les manifestations de ce marasme ont tardé à se faire sentir, dans les campagnes la
rupture définitive d'avec la période bénéfique a lieu lors de la campagne agricole de
1988/1989 quand le cours du café arabica, s'est effondré sur le marché international,
entraînant, de fait, une baisse du prix payé au producteur.

Acculé par les effets de cette crise (diminution des revenus de la culture du café,
difficultés. pour assurer la scolarisation des enfants, inaccessibilité aux soins médicaux,
renforcement des égoïsmes au détriment de la solidarité familiale, endettement excessif des
ménages, etc.) le paysan, dans ses efforts pour sortir de la crise, a dû se résoudre à chercher
toutes les alternatives possibles. Il lui fallait. multiplier et diversifier ses activités pour
augmenter ses revenus, Une plus grande attention est désormais accordée à la production et à
.la commercialisation des cultures vivrières et maraîchères, au développement de l'artisanat et
de l'élevage, etc .. Certains vont même jusqu'à parler des cultures maraîchères comme culture
de substitution au café. Ce qui est certain, c'est que les produits maraîchers et vivriers sont
devenus une importante source de revenus complémentaires.

C'est dans ce contexte' qu'apparaît dans le paysage économique des 14 pays de la zone
franc la nouvelle donne qu'est la dévaluation du franc CFA de 50 % par rapport au franc
français. Elle se traduit par un doublement du prix à l'achat du café arabica. Ainsi pour la
campagne 199311994 le prix est passé de 225 à 475 [Link]/kg2 . Mais, en contrepartie, on .
observe aussi une hausse vertigineuse du prix des fertilisants, engrais chimiques et produits
phytosanitaires. Combinée à l'actualité de la restructuration de la filière café, la dévaluation
apparaît comme un nouveau défi que le paysan doit relever. Le "dynamisme Bamileke"
(Dongmo 1981) est donc encore SOUITlis à rude épreuve, les termes du défi étant à nouveau
inversés, puisque le café, longtemps prépondérant dans l'économie de la province, devrait
reprendre la place qui lui est due.

Toutefois, l'exploitation des bas-fonds pourrait servir de filet de sécurité pour certains
agriculteurs. Il s'agit donc, dans le cadre de cette étude, de voir en quel termes se posent
désormais les problèmes fonciers des bas-fonds, d'analyser les problèmes de production et de
commercialisation de leurs cultures, ainsi que la place que les cadets sociaux, femmes et les
petits exploitants, y occupent.

9
I. LA NOUVELLE PROBLEMATIQUE DU DEVELOPPEMENT AGRICOLE AU
CAMEROUN

1. La crise et le drame des producteurs de café

, Jusqu'à la campagne 1988/1989, le café arabica, en raison sa bonne tenue sur le marché
mondial et des prix élevés payés aux producteurs, a constitué la principale culture de rente de
la province de l'Ouest. Cette culture a également permis à l'Union Centrale des 'Coopérative
Agricole de l'Ouest (UCCAO) de drainer d'importantes masses de capitaux qui furent utilisés
pour le développement de la province. A partir de 1989, avec les premières manifestations de
la crise, le règne absolu du' café sur l'économie de la province commence à s'effriter. La baisse
persistante du prix payé au producteur, qui passe de 475 [Link] le kilo. en 1988 à 250 F .CFA
en 1989 traduisant une baisse de 47%, s'ajoute au vieillissement des planteurs et de leurs
plantations rendant la situation des paysans plus que précaire. Les efforts déployés. par
l'UCCAO pour atténuer les effets de la crise et jouer son rôle de caisse de stabilisation ont été
annihilés par l'insolvabilité chronique de l'Office National de Commercialisation des Produits
de Base (ONCPB) sur. qui elle détient des créances de J'ordre du milliard de [Link] au titre de
la vente du café robusta". De plus pour les campagnes 1988/1989 et 1989/1990 les producteurs
de café robusta n'ont pas pu se faire payer leur récolte. Cela a suffit pour amener les paysans
à se désintéresser peu à peu de la caféïculture au profit d'autres spéculations paraissant plus
rémunératrices, comme les cultures vivrières et maraîchères, et par ricochet à susciter un vif
intérêt pour les bas-fonds, capables de produire ces cultures.

Bien que seùlement 2% des arabicaculteurs de Bafou dans la Menou a, premier.'


, département producteur du café arabica, ait sérieusement pensé à arrêter cette culture, la bàisse
.de la part du café dans les recettes monétaires agricoles des ménages n'en demeure pas moins
inquiétante. Elle est passée de 71% en 1984 à 37% en 1991, en même à 14,4% si ~n prend en
compte l'ensemble des revenus. Le tableau ci-dessous illustre ce phénomène.

Tableau 1 : Structure du revemimonétaire agricole à Bafou .

myp,~~4~pr9~~iJ~:' Q:Çm!$§'~12~!(tJ,: ~àf9Yl~$4(~) ':m'M~119~#!~$9($){>


...,
Café arabica :> 7% 7 1% 73%
Vivriers et maraîchers 3 9% 15% 23%
El evage 24% 19% 4%
Total 100% 100% l 00%
Sources: (1) Enquête du projet ocrSCA 1991 portant sur 335 ménages à Bafou.
(2) Enquête du projet Opération Bafou I, du Centre Universitaire de Dschang, portant sur 150 ménages.
(3) Enquête de ?,ase du projet Hauts-Plateaux de l'Ouest, portant sur 70 exploitations de la Menoua,

Même si les autorités camerounaises estiment que "le dynamisme et la détermination des
nouveaux venus à l'agriculture" constituent à moyen terme un atout majeur pour la relance de

10
l'agriculture, il est probable que ceux-ci se consacreront en priorité aux cultures vivrières et
maraîchères.

C'est pour arrêter ce désintérêt pour les principales cultures de rente que les autorités
camerounaises ont entrepris, avec le concours de partenaires internationaux, comme l'Agence
Américaine pour le Développement International (USAID), et l'Union Européenne, de
restructurer la filière café. Restructuration qui était nécessitée par "la dégradation continue
des cours des produits de base et par l'accumulation de déficits ayant entraînés le blocage du
. système de commercialisation intérieur et de stabilisation des prix".

. 2. La restructurationde la filière café et les effets de la dévaluation du franc' CFA

Pour apprécier ~'impact du changement de parité monétaire sur l'agriculture en général,


et sur la production agricole dans les bas-fonds en particulier, il faut examinerIës mesures
prises pour restructurer la fil ière café et désengager l'Etat du secteur coopératif Ces
opérations commencées en 1989 font partie du Programme d'Ajustement Structurel (PAS). Au
sein de la filière café, il faut distinguer la restructuration du sous-secteur café arabica, qui
concerne notre zone d'étude et qui a bénéficié du concours de l'USAID, de celle du SOllS-
secteur café robusta, financée par l'Union Européenne grâce aux fonds du ST ABEX de la
convention de Lomé..

a) La restructuration du sous-secteur du café arabica

Pour mener à bien cette opération, le gouvernement camerounais a. bénéficié du


concours de l'USAID qui avait dès 1989 entamé des négociations avec les principaux acteurs
de la filière, à savoir l'Etat, l'Office National de Commercialisation des Produits de Base et les
coopératives des provinces de l'Ouest et du Nord-Ouest (UCCAO et NWCA).
Cette restructuration a aboutit à une libér~lisation du commerce de ce produit et à un
retrait de l'Etat du secteur coopératif. Plus précisément elle s'est traduite par:
- la suppression du monopole que l'UCCAO détenait depuis 1962 en matière de collecte
et de commercialisation de café arabica dans la province de l'Ouest. Depuis la campagne de
1991192, la concurrence estdevenue effective dans ce domaine.

- une autonomie totale en matière de fixation des prix pour les coopératives membres de
l'UCCAO. L'objectif était de responsabiliser ces institutions en les obligeant à tenir compte
des fluctuations de prix sur le marché mondial.
- Un encouragement à diversification agricole afin d'atténuer certains effets néfastes que
pourraient avoir la restructuration.
- La suppression des subventions aux engrais, qui est apparu comme la mesure la plus
douloureuse. La hausse des prix qui en est résultée risque d'handicaper à terme la production
agricole de la région, et notamment celle des bas-fonds . On assiste maintenant à une forte
spéculation inquiétante qui fait de cet intrant un "produit de luxe".

11
b) Les effets attendus de la dévaluation

- La hausse du prix d'achat au producteur de café

Les objectifs recherchés par le changement de parité de la monnaie sont nombreux et


varient en fonction des acteurs concernés. Pour les institutions de Bretton Woods, adhérents à
la théorie conventionnelle de la dévaluation, cette mesure était un passage obligé pour réussir
les programmes d'ajustement structurel et relancer la croissance économique des 14 pays de la
zone franc. Le taux de surévaluation du [Link], estimé à 68 % pour le Cameroun", était tel que
les principaux produits d'exportation avaient perdu toute compétitivité. Il fallait donc dévaluer
pour stimuler les exportations et reconquérir les parts de marché perdues.

Pour le Cameroun, dont le secteur agricole représente 25% des 'exportations, contribuant
fortement à l'équilibre de la balance commerciale, la dévaluation du Franc CFA avait pour but
de fournir une bouffée d'oxygène aux producteurs de produits exportables: banane, cacao,
coton, caoutchouc, bois, ananas, haricot vert, et; dans une certaine mesure, riz. Dans l'Ouest,
le paysan espérait un relèvement conséquent du prix du kilogramme de café et un
accroissement de la demande de ses autres produits, objectifs qui ont été globalement atteints.
En effet, alors que le producteur de cacao du Centre a du attendre la campagne suivante pour
apprécier les effets de la dévaluation, il n'en fut pas dé même 'pour le planteur de café arabica
de Bafou. Lors de' la campagne 199311994, la Coopérative . Agricole des Planteurs de la
Menoua (CAPLANIE) a payé le kilogramme de café à [Link]. Une prime de campagne de
300 [Link] A/kg a également été versée au planteur en septembre 1994, au titre de la ristourne
UCCAO. D'autres acheteurs, comme la NWCA, par exemple, ont payé le kilogramme à 625
[Link] dans la province du Nord Ouest. Loin d'être une conséquence de 1a seule dévaluation
du [Link], cette augmentation du prix serait aussi le résultat d'une' rétention de. 10% de la
production du café effectuée par J'Association des Pays Producteurs de Café CAPPC) et des
gelées qui, au Brésil; peuvent réduire de près de 40% la production de café pour la campagne
1995/1996.

- Le problème des engrais et des produits phytosanitaires

Il faudra sans doute attendre les prochaines campagnes pour mieux apprécier l'évolution
des prix payés au producteur de café. Par contre, la manifestation la plus concrète et la plus
douloureuse de la dévaluation du Franc CFA et de la libéralisation du commerce demeure la
hausse du prix des intrants agricoles importés, engrais, produits phytosanitaires, etc. Là aussi
le mécanisme de la dévaluation a joué de façon automatique en doublant les prix. Mais la
situation est plus préoccupante car les effetsconjugués de la libéralisation et de la dévaluation
se sont traduit, comme le. montre la chefferie Bafou, par une anarchie dans la détermination
des prix. On ne sait pas si la hausse des prix est le résultatd'une pénurie réelle ou si tout le
monde, y compris l'UCCAO, s'est lancée dans une spéculation effrénée.
. . Alors que l'on estime,
six mois après la dévaluation, que l'inflation se stabilise autour de 30 % pour les produits de
première nécessité, il ressort de l'enquête OCISCA dans l'observatoire 'Café de Bafou de

12
juillet 1994, que la hausse des prix en ce qui concerne l'engrais peut atteindre jusqu'à 400%.
Cette hausse est aussi d'environ 350% pour certains produits phytosanitaires comme le
Caocobre 500.

Rappelons que autrefois les coopératives membres de l'UCCAO distribuaient


gratuitement les produitsphytosanitaires, et que le prix du Caocobre était passé de 25 [Link]
. . .
~ . .

le sachet pour la catnpaghe'1992/1993 à 150 [Link] pour la campagne en cours (1993/1994).


Cette variation du prix des engrais est traumatisante pour les petits planteurs. En 1993 les
coopératives de l'UCCAO vendaient le sac de 50 kg d'engrais de type 20-10-:-10 à 2.500
.[Link]. Dans le cadre de l'enquête OCISCA de 1994 les prix relevés étaientles suivants:

Tableau 2 : Variation du prix de l'engrais sur le marché de Bafou en juillet 1994

Îtj~:.«9·~iç;~Ê~ç~~}
CAPLAME 3.500
Marché du village . 7.500 ou 8.000
Commerçant du quartier 10.000
Source: Enquête OCrSCA, Observatoire de Bafou, 1994

Prix du sac d'engrais à Batou selon


l'origine
Prix
10000
9000
8000
7000
6000
5000
4000
3000
2000'
1000
o
Caplame Marché du cOmmerçant
. village du quàrtier

Interrogés sur. les raisons de. la pénurie et de l'envolée du prix des engrais, les
responsables de l'UCCAO ont expliqué que le fournisseur europé[Link]ès de qui ils avaient
passé commande avant la dévaluation, a tout simplement refusé de livrer la marchandise après
le changement de parité du Franc CFA. .

Les exploitantsdes bas-fonds, qui sont producteurs de cultures maraîchères et vivrières


et gros consommateurs d'engrais, pourraient se contenter des fientes de poule comme substitut
à l'engrais, mais les éleveurs de volailles sont aussi confrontés à de nouveaux problèmes
depuis la dévaluation et ne peuvent répondre à la dema~de.

13
Le taux d'utilisation d'engrais dans les campagnes de l'Ouest est de loin le plus élevé du
Cameroun. Aussi la production des cultures vivrières et maraîchères, et partant la sécurité
alimentaire, de cette région en proie à une forte pression démographique pourrait être
compromise à terme.

n, L'IMPORTANCE DES BAS-FONDS DANS LA PRODUCTION AGRICOLE DE


L'OUEST

Grâce à des conditions climatiques très favorables, la province de l'Ouest produit une
gamme variée de cultures vivrières: ~aYs, haricot, macabo, taro, igname, banane, plantain,
arachide, pommes de terre, etc.. Malgré la forte densité de population, environ 100 hab/km-, et
l'exiguïté des terres cultivables, la province de l'Ouest est, au Cameroun, le principal centre de
.production et de commercialisation de pommes de terre; de légumes et, de plus en plus, de
fruits.

La production des cultures vivrières à l'Ouest comme dans les autres régions du pays, est
surtout assurée par les femmes qui exploitent jusqu'au sommet les pentes les plus escarpées et
réduisent au maximum les périodes de jachère. L'association des cultures vivrières au café sur
• J . . : '. '

les' petites exploitations est de règle dans toute la province. Bien qu'il n'y ait qu'un cycle pour
la majorité des cultures, la pratique de cultures intercalaires est si fréquente que l'intensité de
la mise. en culture peut atteindre jusqu'à 200% (Banque Mondiale 1984). Malgré les
contraintes démographiques et écologiques existantes, ce régime de production permet de
garantir la sécurité alimentaire même de dégager un surplus commercialisable. La forte
utilisation' d'engrais, soit 17 sacs/rn" (Hatcheu 1993) à contribué ft tfHîintenlr ln production deI!
cultures vivrières à un niveau élevé dans les départements de la Menoua, des Mbamboutos,de
la Mifi, et, de plus en plus, du Noun.

. La crise de la caféïculture, mais aussi le développement des voies de communications


routières entre les villes de la province : Bafoussam, Bafang, Dschang, Mbouda, Foumban et
Foumbot, et les grands centres de [Link] Douala et Ya~undé, ont ouvert de
nouvelles perspectives à laproductionet à la' -cornmercialisation des cultures vivrières et
maraîchères. La bonne tenue de ces IJroduits sur les marchés locaux et régionaux ont amené les
paysans à s'intéresser aux cultures maraîchères et vivrières. La tomate, la carotte, le choux, le
laitue, le haricot vert, la pastèque, le poivron sont ainsi devenus des cultures' courantes. Elles
contribuent à accroître les revenus monétaires des ménages, mais de plus, elles commencent à
entrer dans leurs habitudes de consommation alimentaires.

Lesefforts d'intégration et le développement des échanges au sein del'Union Douanière


et Economique del'Afrique Centrale (UDEAC) en ouvrant les marchés gabonais, congolais,
centrafricain et tchadien aux produits camerounais devraient renforcer cette tendance. Par
ailleurs la dévaluation du Franc CFA devrait favoriser un renversement du sens des échanges
frontaliers avec le Nigéria en faveur de ces produits (Herrera 1994).

14
1. La prédominance des petites exploitations familiales

L'une des caractéristiques de l'agriculture de la province de l'Ouest est la prédominance


de petites exploitations familiales, conséquence de la pression démographique et' de la
structure de la société traditionnelle Bamiléké. Il ressort du Recensement agricole de 1984 que
la population agricole de la province s'élève à 1.081.000 personnes, représentant 86,3% de la
population totale et se répartissent entre 159.300 exploitations. Ce qui donne une moyenne de
six personnes par exploitation. En fait, la taille de l'exploitation varie en fonction de la densité
de la population. Ainsi elle passe de 1,3 ha dans les départements les plus densément peuplés
comme la Mill, la Menoua et les Mbamboutos, à 3 ha dansle Département du Noun.

Le régime foncier est basé sur le droit usufruitier et ce sont les membres de la famille
qui fournissent l'essentiel
.
de la main-d'oeuvre (OCISCA, 1991, 1994). L'existence d'exploitant
.

sans terres est un phénomène encore inconnu dans la région. Les hommes s'occupent
traditionnellement des cultures d'exportation, comme le café, et exploitent les raphias, tandis
que les femmes cultivent le vivrier pour l'alimentation de la famille et pour la vente au
marché.

2. Le Projet de Développement Rural de la Province de l'Ouest et l'aménagement des


bas-fonds

L'exploitation des bas-fonds dans la province de -I'Ouest est liée au Projet de


Développement Rural, de la Province de l'Ouest (pDRPO)5. En effet, - pour accroître la
superficie des terres cultivables, des travaux de drainage rudimentaire devaient être effectués,
dans ce cadre, sur .les parcelles situées en bas-fonds et ayantun potentiel productif élevé. Plus
de 700 hectares étaient" ainsi concernés. Les parcellesaménagées devaient 'être distribuées aux
agriculteurs et il était prévu qu'un accord soit passé avec lès collectivités concernant:

- le choix des parcelles,


-le choix de spéculations agricoles appropriées pour les bas-fonds,
- l'encadrement des planteurs des bas-fonds et l'entretien régulier des terrassements et
des ouvrages,
- l'étude des débouchés pour les cultures des bas-fonds.

Ces parcelles qui devaient être distribuées en lot de 0,2 ha devaient être plantées en
pommes de terre, tomate, choux, haricots, carottes et. autre légumes. Le tableau ci-dessous
donne les caractéristiques des bas-fonds qui ont été aménagés dans le cadre du PDRPO

15
, Tableau 3 : Coût d'aménagement des bas-fonds par le PDRPO
(les prix sont en [Link] d'avant la dévaluation)

Batsingla I 22 10.533.600 478.800


Fokamezo l
Batsingla II
Balefock l
Balefock II 42 35.806.146 852.527
Fokamezo II
Bangang 185 91.432.480 494.229
Barnendou
Balessing 165 125.313.605 759.476
Bansoa
Lako 5 4.191.086 " 838.217
Barnena 7 5.030.892 718.699
Malentouen 97 30.259.342 311.952
Kanyan . . 35 28.405.856 811.596
Farnchuet 45 73.444.856 1.632.099
Barnougoum 106 57.315.099 540.700
Total 709 461.732.413 651.798
Source: Division des Aménagement techniques (OCeAO)

Avant d'examiner les conséquences de la dévaluation sur l'exploitation des bas-fonds, il


nous faut examiner les caractéristiques de ce milieu.

m. DEFINITION ET PRESENTATION DES BAS-FONDS

L'existence de bas-fonds dans la province de l'Ouest est intimement 'liée à la


configuration topographique essentiellement montagneuse de: la région. 'Il s'agit d'une zone
dominée par les hauts-plateaux dont l'altitude moyenne se situe au dessus de 1.500 m. Les bas-
fonds occupent les vallées, plus ou moins encaissées qui relient les différents sommets.

1. Caractéristiques géomorphologiques des bas-fonds

Les bas-fonds sont en général des fonds plats ou en pentes de l'ordre de 5%. Ils se
caractérisent par:

- une faible incision du chenal de vidange et l'absence de bourrelet de berge, qui se


traduisent par des difficultés de drainage pendant les fortes averses et par la constitution de
. nappes d'inondation;

16
- le con~ct entre le versant ferralitique et le bas-fonds marécageux s'effectue parfois en
angle vif, mais le plus souvent par l'intermédiaire d'une légère concavité;
- de nombreux suintements et sourcins, souvent pérennes, naissent au point d'inflexion,
démontrant l'existence d'une nappe phréatique, qui demeure toute l'année affleurante ou sub-
affieurante;
- l'existence d'un mince voile colluvio-alluvial constitué de sable grossier souvent
couvert par un sol hydromorphe à gley (Petit 1990).

2. Intérêt agricole des bas-fonds

De nombreux facteurs expliquent l'intérêt agricole des bas-fonds de la province de


l'Ouest. Il s'agit entre autres de l'environnement géo-pédologique général : les sols de l'Ouest
sont surtout des sols volcaniques. Du fait de l'action combinée des fortes précipitations et de
.l'érosion surles pentes abruptes des versants,ces sols sont lessivés et entraînés vers les bas-
fonds par le ruissellement des eaux. Ainsi transportés ils deviennent d'autant plus richés que le
taux d'utilisation de l'engrais chimique sur les pentes est très élevé.

Les sols des bas-fonds sont donc surtout des sols alluviaux ou limono-sableux dont le
degré de fertilité et d'hydromorphie justifie leur vocation agricole. De plus, en raison de
l'épaisseur et de la densité du couvert végétal constitué en majorité de feuilles de raphia,
l'évaporation-reste limitée. L'humidité y [Link] 'et autorise la mise en culture des
sols même pendant les périodes les plus arides de l'année.
En raison, d'une part, de leur extension et de leur répartition à travers
. . .
toute la province
de l'Ouest, et, d'autre part, de la pression exercée sur les ressources foncières parIa forte
croissance démographique, les bas-fonds constituent pour cette région un potentiel de terres
nouvelles.

3. L'exploitation traditionnelle des bas-fonds

Pour comprendre la portée du volet aménagement des bas-fonds dans lePDRPO, il faut
situer ce type de "terroir" dans le contexte de l'exploitation traditionnelle en pays Bamiléké.
Selon Jean-Louis Dongmo (1981), chaque terroir se définit par la structure du complexe
pente-sol-eau. C'est la topographie qui en. commande la répartition . En effet, du talweg au
sommet de l'interfluve se succèdent les trois types de terroir suivant:
- dans la vallée se trouvent les bas-fonds, objets de notre étude;
- succède ensuite la zone de faible perite, à allure concave, au sol fin et épais, domaine
exclusif des cultures vivrières avant l'introduction de la caféiculture;
- enfin, apparaît la zone de pente forte, à allure convexe, qui est le domaine de l'élevage.
On peut remarquer que dans la province de l'Ouest les bas-fonds sont fréquemment
occupés par le raphia qui y joue un triple rôle: écologique, économique et social. Il s'agit du
raphiafarinifera qui forme des peuplements denses appelés raphiale. Cette formation végétale

17
est issue des forêts-galeries originelles qui ont été par la suite remaniées par l'homme. Les
densités sont relativement homogènes et se situent entre 3.000 et 7.000 pieds à l'hectare,

a) Le rôle économique et social du raphia

Dans la société traditionnelle-Bamiléké, le raphia est cultivé en raison de ses fonctions


économiques et sociales. En effet, tout, dans le raphia, peut être utilisé.

Le bambou de raphia sert de charpente pour la construction des cases, des greniers de
stockage du bois et des récoltes, des haies et des clôtures. Sur le plan artisanal, il constitue la
matière première pour la fabrication des meubles, lits, tables, tabourets, armoires, etc.. Il est
aussi utilisé comme tuteur pour les bananiers en production. De plus en plus il est recherché
, comme matériau pour la décoration. Ainsi la moelle des bambous entre dans la constitution de
clôtures décoratives, de nattes ou de claies pour sécher les récoltes, de corbeilles, -de paniers,
de jouets et de ruches.

Mais c'est surtout à cause de son vin que le raphia joue un rôle économique déterminant,
, tant dans la société traditionnelle que dans les grands centres urbains. Il s'agit de la sève
sucrée qui est extraite par incision du bourgeon terminai. Bien avant la, période des
Indépendances le vin de raphia faisait déjà l'objet d'un commerce florissant dont les principaux
,partenaires étaient:
- en amont, le producteur que l'on trouve dans n'importe quel village de la province;
, - en aval, des grossistes spécialisés dans la collecte du vin le longs des principaux axes
routiers, et enfin des détaillants installés dans les grandes villes.
',' Le bambou de raphia sec est de plus en plus utilisé comme bois de chauffage par les
populations locales ou vendu en fagot dans des conditions équivalentes à celles consenties
pour le vin de raphia.

'~'
Sur le plan social, le vin de raphia consacre toutes les cérémonies traditionnelles en pays
Bamileke: naissance, réunion, tontine, mariage pour sceller l'alliance entre les familles, pacte
entre personnes, règlement de litige, deuil, funérailles, etc.. " '

b) Le rôle écologique du raphia

La raphiale valorise un milieu difficile, car elle génère un mièro-climat particulier avec
'des températures basses et un taux d'humidité assez élevé: Elle joue un rôle-de système-
tampon évitant l'évaporation de la nappe phréatique. Par sOll système, racinaire, le raphia
ralenti la vitesse d'infiltration de l'eau et lutte contre l'érosion hydrique. Maintenant ainsi un
écosystème' humide unique 'dans -Ie paysage de I'Ouest elle protège une flore et une faune
, importante. Complément des "bois sacrés" elle contribue à maintenir une certaine biodiversité
dans' cette zone densément peuplée. Une disparition de la raphiale entraînerait une baisse du
"'niveau' d~ l;'eau et un ~sèchement consécutif des terres-agricoles.

18
IV. L'EXPLOITATION ET LA PRODUCTION AGRICOLE DES BAS-FONDS FACE
AU DEFI DE LA DEVALUATION

1. Les difficultés de commercialisation des produits des bas-fonds

a) Commercialisation locale et autoconsommation

Les objectifs poursuivis, en matière de production, à travers l'aménagement et la mise en


valeur des bas-fonds étaient ambitieux. Ils tenaient compte de la fertilité naturelle de ces sols.
La diversification des .productions est déjà une réalité. Il ressort de l'enquête que nous avons
effectuée auprès de 110 exploitants dans les bas-fonds de Batsingla et de Fokamezo entre juin
et juillet 1993, qu'à côté des cultures vivrières traditionnelles de l'Ouest, macabo, plantain,
taro, banane, patate, 'haricot et maïs, apparaissent de nouvelles cultures maraîchères. Ces
productions agricoles, autant orientées vers la commercialisation que l'autoconsommation,
font que le maïs, le haricot rouge, le solarium -sont, avec la pomme de terre et le choux, les
cinq principales cultures de ces bas-fonds. Cette gamme est complétée par des légumes la fois
très sollicités sur le marché et de plus en plus consommées par la population locale : le
poireau, la carotte, le persil, le poivron, le basilic, le haricot vert. La certitude de débouché, ou
. la facilité de commercialisation, semblent être le motif le plus déterm inant de l'adoption des
cultures qui n'entrent pas directement dans les habitudes alimentaires des paysans. Ainsi par
exemple, sur des parcelles aménagées par les paysans eux-mêmes, où l'emprise de ]'UCCAO
était inexistante, le haricot vert, commercialisé sur place par la Société PROLEG apparaît
comme la principale culture des Bas-fonds de Fokamezo. Le tableau ci-dessous indique les
motivations premières de la production de ces cultures ..

Tableau 4 : Destination de la production agricole dans les


Bas-fonds de Batsingla et de Fokamezo

, 1"'«:,:,<·.< :::."'.. ,'/.,'.,. '-,"O"::/'' O'


î.l~~Hn~tJ9PP~~m'~rç~çt~Pt9~Mçti9n . · ·$ff~tt!ftQt~( ., 1':· .",.,.,.,,' . , ..{

Autoconsommation 9 S
Vente 32 29
Autoconsommation et vente 69 6 .J
~

Total des en quêtés 110 100


Source: Résultats des enquêtes sur les Bas-fonds de Batsingla et Fokamezo

b) Baisse de la demande urbaine

Essentiellement commercialisée sur le marché local, en milieu urbain, ou dans les pays
voisins du Cameroun et membres de l'UDEAC, donc appartenant à la zone Franc, la
production agricole des bas-fonds est exclue de la liste des produits pouvant bénéficier de la
dévaluation. On sait, en effet, que les principaux consommateurs de ces produits sont les
salariés urbains des secteurs public ou privé. Or pour la Banque Mondiale et le Fonds
Monétaire International l'un des objectifs fondamentaux dela dévaluation du [Link] était "Ia

19
baisse des revenus réels ou tout au moins de certains revenus réels, tels que ceux des
fonctionnaires, des salariés du secteur public, des boursiers de l'enseignement et généralement
des urbains" (Coussy 1994). On comprend alors que la demande de ces salariés se réduise,
expliquant .la baisse du prix de produits comme la pomme de terre ·ou la tomate qui ont des
difficultés ~ trouver des acheteurs.

Ainsi les deux baisses de salaire décidées dans la fonction publique en janvier et en
novembre 1993, en se rajoutant aux effets de la dévaluation de janvier 1994, ont drastiquement
réduit le pouvoir d'achat des salariés, et vraisemblablement eu un impact sur la demande des
produits des bas-fonds. Ainsi, par exemple, l'évolution du prix de vente du sac de pommes de
terre, à Bafou a été la suivante au cours des trois dernières années:

. Tableau 5 : Variation du prix de vente du sac de pomme de terre sur le


marché de Bafou entre 1992 et 1994

" 1992 10000 100


1993 8 000 -20
1994 5 000 -50
Source: Enquête OCrSCA, Observatoire de Barou, 1994
* Il s'agit du sac de jute d'environ 100 kg

Evolution du prix de pommes de terre


sur le marché de Batou (1992-94)

Prix.
10000
9000
8000
7000
6000
5000
4000
3000
2000
1000
o
1992 1993 1994
Années

La baisse du prix du sac de pommes de terre vendu 10.000 [Link] en 1992 et 5.000 en
1994, illustre l'ampleur du drame. Celui-ci devient plus perceptible quand on se souvient qu'au
plus fort de la crise caféière de nombreux paysans, hommes et femmes, petits et grands
planteurs se sont reportés vers les bas-fonds cherchant une alternative dans les cultures
vivrières et maraîchères. Dès 1992, les-partisans de la substitution des cultures maraîchères au
. café avançaient les chiffres suivants concernant les marges bénéficiaires à l'hectare: 1.460.000

20
[Link] pour le chou, -[Link] pour la tomate alors nue 1.800 pieds de êaféne donnent
que 130.000 [Link]:-(t~llr~d~ J992): - . - , . . . -. -' -.'--~~':'~'-'j
'sÔ: -

. O~ voit donc q~eladévaluation du Franc CFA n'a guère tranché le débat sur-l'intérêt de
la substitution des cultures maraîchères et vivrières au café. De multiples. causes expliquent la
chute de la production cai"éi~re : contraintes foÎ1cièies~-arrachagedepieds-ode caféier, non-
entretien einon-régéné rat1oii de
laplantation, abandon pur et simple. La chute a été telle que
quelque soit le prixdukilogramme, il~e sera guère possible pour cette culture de retrouver
dans .un proche avenir la piace qui' fut la sienne dans les premières décennieseuivànt
l'Indépendance. . . . .
. . . . . . .
, . .

Les résultats de Ici première enquête OCISCA réalisée auprès des planteurs de café
arabica entre janvier et mars 1991 ont montré que 73,2 % des planteurs de la chefferie Bafou
"n'osaient pas envisager l'abandon du café en l'absence d'une véritable alternative de
'production ou de la présence d'autres produits de substitution". Par [Link] appréciations
concernant la comparaison entre la rentabilité du café et celle des cultures des bas-fonds nous
,. ont paru plus tranchées. -, En effet, sur les 110 exploitants que nous avons interrogés, 105
, estiment que les cultures de bas-fonds rapportent plus d'argent que le' café, 2 d'entre eux
.répondent que ces cultures rapportent autant d'argent que le café, tandis que 3 considèrent que
., le café demeure toujours plus rentable,

Quant à savoir dans quelle mesure les cultures de bas-fonds pourraient remplacer le café,
les réponses sont plus nuancées.
.
Certains estiment que si la commercialisation des cultures .des
bas-fonds était organisée de ~amère à ce que toute la production soit vendue, alors le'
maraîcher pourrait efficacement remplacer le café.

Une deuxième catégorie, composée essentiellement de petits propriétaires, explique


.. :'"',
leurs préférences potir les cultures dès bas-fonds par les raisons suivantes:

- tout d'abord, les cultures de bas-fonds, même commercialisées, entrent en grande


partie dans l'alimentation locale;
- ensuite, à écheÜe de culture égale, les cultures de bas-fonds sont nettement plus
rentables que le café;
-enfm, depuis que le café se vend mal, les cultures de. bas-fonds constituent leur seule
source de revenu, et- donc leur garantit une certaine sécurité. Il ressort d'ailleurs de nos
enquêtes sur les bas-fonds que le revenu moyen annuel de l'exploitant se situe autour de
400.000 [Link] en 1993.

Tous les agriculteurs redoutent l'abandon total du café arabica qut conduirait à la
disparition à terme de la CAPLAME et de . l'TjCCAü dont les réalisations - sociales:
électrification rurale, hydraulique villageoise, construction des pistes, des ponts yt des salles de
classes, subvention des matériaux de construction et des intrants 'agricoles, etc" ont largement
contribué au développement de la région et sont présentes dans toutes les mémoires.

21
.i:Faute 'd'une structure de coordination, la vente comme la production, restent des
opérationsstrictement individuelles. Ainsi pour les bas-fonds de Batsingla et de Fokamezo le
", principalcentred'écoulement est la ville de Dschang ou 56% 'des producteurs enquêtés
, ;' vendent leur production. Les grossistes, pour' 52 %, et les voyageurs sont les principaux
'clients. Le paysan se trouve souventlivré à la merci des commerçants. Il ne peut conserver une
partie de sa production pour tenter de stabiliser les prix en période de surproduction, et doit
subir la baisse des prix sous peine de laisser sa production pourrir au champ.
Les difficultés de commercialisation sont donc en tête des préoccupations des
exploitants de bas-fonds. C'est pourquoi ils souhaitent que l'DCCAO s'engage dans la collecte
et la commercialisation des cultures maraîchères. Les raisons avancées sont de plusieurs
ordres:
- grâce à l'DCCAO, certains pensent qu'il leur sera plus facile d'accéder au marché
, international et d'exporter; ,
- d'autres .estiment que les prix proposés par l'DCCAO seront plus rémunérateurs que ce
',qui leur .est fourni par les commerçants grossistes, ou par les consommateurs locaux;
'- urie troisième catégorie réitère leur confiance dans partenaire' traditionnel du monde
.paysan. En effet, en raison' deson expertise en matièredé gestion et de marketing, l'DCCAO
pourrait résoudre non seulement les problèmes de transport, mais, aussi encadrer les
producteurs en organisant les circuits de commercialisation, et garantir des 'revenus stabl~s' par
la spécialisation des productions.
"Fauté de pouvoir vendre à l'DCCAb, les maraîchers de Batsinglaet de Fokamezo, '
comme ce~x. de nombreux autres bas-fonds, ,subissent la 'loi, du monopsone qu'est la société
PROLEG.

c) Le cas particulier du haricot vert

La commercialisation du haricot vert est majoritairement assurée par la Société de


Collecte, de Conditionnement et de, Transformation de Légumes (pROLEG) dont le siège
social est à Bandjoun. La PROLEG, comme tous les producteurs de 'haricots, devrait être
parmi les ~ntreprises capables de tirer le meilleur parti de la dévaluation car une bonne partie
de ses ventes est destinée à l'exportation. Il en est de même pour tout producteur orienté vers
l'exportation qui perçoit maintenant 220 [Link] par kilogramme .exporté au lieu .des 110
[Link] d'avant le changement de parité. La PROLEG ne se contente pas d'effectuer la collecte
de la 'production.
.
Elle intervient dans la fourniture, à crédit, d'intrants agricoles aux planteurs,
.

dans .l'encadrement technique des paysans par le biais d'assistants de culture recrutés et formés
sur place qui suivent individuellement les producteurs de la phase de labour jusqu'à celle de la
récolte.

Il n'y li pas encore à ce jour de conflit ouvert entre la société et les producteurs qui la
fournissent. Néanmoins les griefs' portent sur la fixation unil~térale des prix d'achat du haricot
vert' et de vente des intrants, pesticides, fongicides, fourche à fumier, arrosoir, etc., et, plus
précisément sur la faiblesse du prix d'achat.

22
· . - . .
Que cesoitpour. le haricot vert ou pour lesautresculturesde bas-fondsc-pommes de
terte, 'cho~x, to~atês,·,èk. '~ leproblème se pose de plüs,~npius ~n temièdeciJût'desfaCtêllfs
deproduction : terrain', fertilisants' et autres produits phyto,sanitaires.
Av~td'abo~d;r;'V,~impact de la dévaluati~n du F;~d éFAsur ,laprbduçtion,igricole des
bas-fonds,' on [Link]àns le tablèauci-dessous, quelques exempl~devanatio~ du prix des
sémencesavant etaprès déval~atio~ .'
, ' \.... ,.

Tableau 6: Variation des prix de certaines semences

Cheux (sachetJg) 560 1 515 270,5


, Tomate (sachet 25g) 200 465 232,5
Pomme de terre (kg) 125 400 304
Haricotvèrt (sachet 250g) 1 250 2.915 233,3
Source: Prix relevés sur le marché de Dschang en juillet 1994

Prix de certaines semences avant et après la


dévaluation
Prix

2500
2000
8Avànt dévaluation
1500 IlDAprès dév~luation
1000
500
o
Choux Tomaté Pomme Haricot
de terre vert
Semences

2. L'impact de la dévaluation du franc sur les facteurs 'de prodùction

'a) Vers la fin des conflits fonciers dans les bas-fonds

La forte pression démographique exercée sur les ressources foncières constitue l'une des
contraintes majeures pour le développement de l'agriculture de l'Ouest. -En effet, sur 'une
superficie représentant 'seulement 3% du territoire national, se trouve regroupée 17% de la
population nationale. Le principal objectif du volet aménagement des bas-fonds du PDRPO
était d'accroître les superficies cultivables. Il s'agissait de mettre de nouvelles terres à, la
disposition des populations rurales dans une région surpeuplée, où le droit coutumier limite
l'accès à la propriété foncière pour une frange importante de la population.
, ,

23
Selon les prévisions de- la Banque Mondiale pour 1990, six année~ après le début des
travaux 80.000 paysans auraient du se repartir les 709 hectares debas-fonds aménagés par le
PDRPO. Ce chiffre est aujourd'hui largement dépassé puisque les paysans qui n'ont pas reçu
de parcelles ont entrepris d'aménager eux-mêmes les parcelles qui n'ont pu l'être dans le cadre
du projet.

Bien que la superficie moyenne d'une parcelle ne soit que d'environ 1000 m 2, être
propriétaire apparaît maintenant comme un privilège car les cultures maraîchères sont
devenues l'une des principales sources de revenu de la région. Cela explique les conflits
fonciers qui -sont apparus dans ces bas-fonds dès la fin du PDRPO et après le départ des
encadreurs de l'UCCAO.

En effet, les exploitants installés sur les parcelles ont été envahis par les arabicaculteurs,
propriétaires des plantations situées à proximité des bas-fonds aménagés par le PDRPO. Ces
envahisseurs prétextent que ces zones aménagées par le projet constituent le prolongement
naturel dès plantations qu'ils ont hérité de leurs ancêtres. En juillet 1991, ces conflits se sont
traduits dans les bas-fonds de Fokamezo et de Batsingla par:
- la destruction de récoltes,
- la destruction de hangars,
- l'obstruction de drains, '
~ l'édification de maisons d'habitation dans les bas-fonds.

Une trentaine d'exploitants ont dû arrêter la mise en valeur de leurs parcelles à Batsingla
I, et à Fokamezo 1, les parcelles d'expérimentation ont été occupées par quelques .notables du
village. Dans le département de la Mifi, le bas-fond de Bamougoum qui couvre une superficie
de 106 ha, et dont le coût d'aménagement s'élève à 57.315.099 [Link] nia pu être mis en valeur
en raison de problèmes fonciers.

Ces conflits sont les conséquences de la crise qui a perturbé l'économie caféière. Quand,
en 1984, débute l'aménagement des bas-fonds, le prix d'achat du kilogramme de café arabica
est de 450 [Link], ce qui est encore assez rémunérateur. Pendant les trois, et même quatre
campagnes suivantes le prix se stabilise à 520 [Link] pour 1985/1986, 198611987, 198711988
avant de subir une légèrebaisse en 1988/1989 où il se situe à 475 [Link]. On comprend la
raison du refus, par les grands planteurs de. café, de parcelles dans les bas-fonds. La
production vivrière et maraîchère était alors considérée comme une activité essentiellement
.féminine ou, tout au plus, réservée "aux petites gens". Près de 75 % des acq~~reurs, hommes
sans terre ou jeunes, sont venus de loin pour exploiter les bas-fonds de Batsingla et de
Fokamezo, Ainsi on estime 'à 40 % la proportion de migrants qui mettent en valeur les bas-
fonds de Famchuet. Parmi les exploitants qui ont bénéficié des parcelles distribuées par
l'UCCAO, les femmes sont largement majoritaires. Elles représentent, en effet, 51% des
exploitants.

24
Avec le redressement des cours du café et le doublement des prix garantis aux planteurs
de café du fait de la dévaluation, on peut s'attendre à ce que se produise le phénomène inverse.
Les grands planteurs, et tous ceux qui disposent d'un certain capital, vont se consacrer
·davantage à l'entretien de leurs plantations alors que les cadets sociaux, les femmes, les jeunes
diplômés, les licenciés des secteurs public ou privé, continueront de travailler dans les bas-
fonds.

Ce schéma optimiste n'est mis en cause que parune contrainte: celle du coût des 'engrais
et des produits phytosanitaires.

b) La hausse du prix des engrais et des produits phytosanitaires

C'est justement dans ce domaine que la dévaluation risque d'avoir les conséquences les
plus fâcheuses. De nombreux travaux (Courade 1991, Banque Mondiale 1984) ont montré
l'importance des engrais dans la production agricole. Ceci est vrai pour le café, où l'engrais a
longtemps bénéficié de la double subvention de l'Etat Camerounais et de l'Union Centrale des
Coopératives Agricoles de l'Ouest (UCCAO). Cela l'est d'avantage pour les cultures
. maraîchères.. D'ailleurs' la province de l'Ouest absorbe plus de 25% de la' consommation
'nationale d'engrais au Cameroun (30.000 t sur 120.000 t).

La forte propension des producteurs de maraîchers à utiliser en priorité l'engrais


chimique au détriment de fertilisants organiques, comme les orduresménagères, fiente de '
poule ou compost, n'obéit à aucune norme scientifique ou exigence rationnelle. Seule la
disponibilité, ou la rareté, de l'engrais chimique sur le marché, d'une part, la capacité ou non
d'en acquérir, d'autre part, sont, les facteurs iimitant de son utilisation. Ni la nature de la
culture, et encore moins la taille de la parcelle, ne sont prises en compte.

Il ressort de notre enquête montrent que, dans les bas-fonds de Batsingla et Fokamezo,
les paysans utilisent en moyenne 5,5 sacs d'engrais par an et que chaque mètre carré exploité
reçoit en moyenne annuellement 17,35 sacs d'engrais chimique. Cette moyenne est pourtant en
deçà de la quantité utilisée avant la crise et le désengagement de l'Etat.

Les enquêtes OCrSCA effectuées en 1991, 1993 et 1994 dans l'Observatoire Café de
Bafou, montrent que le peu d'engrais que le paysan continue de se procurer est utilisé en
. priorité pour les cultures maraîchères et vivrières. On notait déjà, avant la. dévaluation, une
baisse de la quantité d'engrais utilisée par les paysans. En 1992, 41% de planteurs n'utilisaient
plus d'engrais. En' 1993, ils n'achetaient plus qu'en moyenne 5 sacs d'engrais contre 11 avant
la crise. Si bien que le nombre de planteurs qui n'utilisent plus les engrais a augmenté de 8%
entre 1992 et 1993. La situation est la même pour les produits phytosanitaires.

D'après les paysans, la quantité d'engrais utilisée a sérieusement baissée à cause de la


hausse des prix d'achat des fertilisants et pesticides. De ,plus la libéralisation de la vente a fait
que les commerçants privés sont aussi devenus les principaux fournisseurs d'intrants aux

25
exploitants des bas-fonds et imposent leurs prix. Les tableau et graphique ci-dessous donnent
une idée de la variation des prix des produits phytosanitaires [Link] dévaluation.

Tableau 7 : Variation du prix de quelques produits phytosanitaires

Dacobre 500 (sachet) 175 250 142


Manezan 80 (kg) 1.400 2.850 203
Rudonil plus (sachet) 125 550 444,4
Décis (litre) 8.500 15.700 184,4
Fastac 20EC (litre) 4.200 7.200 171,4
Source: Observations sur le marché de Dschang en août 1994

Prix de produits phytosanitaires avant et après


dévaluation
Prix
16000
14000
12000
10000 UBAvant dévaluation
8000 mAprès dévaluation
6000
4000
2000 -
o +-- +---&-u,w

Dacobre Manezan Ridonll Décis Fastac


produit

Produits

A une exception près, dans le cas du Rudonil plus, les prix ont été contenu dans une
marge égale, sinon inférieure à celle de la dévaluation. Mais cela n' empêchera pas les revenus
des producteurs de vivriers et de maraîchers de baisser, si leurs produits ne sont pas
exportables et si la demande urbaine continue .de se réduire. On risque donc d'assister à une
baisse de ce type de production avec un impact sur la sécurité alimentaire; Seul le vin de
raphia dont la consommation est en plein expansion, se substituant à la bière, continue
d'apporter des revenus, même minimes.

26
Conclusion

La dévaluation du franc CFA est intervenue à un moment où l'agriculture de l'Ouest


connaissait une mutation'profonde liée à la crise de l'économie caféière. Les effets conjugués
de la libéralisation' de la vente. des intrants, de l'arrêt des subvention de l'Etat et du
changement de parité du F:CFA'se traduisent dans l'exploitation des bas-fonds par:
, . .

- Une hausse duprix des engrais, des produits phytosanitaires et des semences. Le taux
de variation du prix de certains de ces produits a atteint jusqu'à 400%. Mais cela peut être le
résultat de spéculations à court terme.

- Une baisse de la demande urbaine, en raison de la réduction du pouvoir d'achat des


salariés des secteurs public et privé; ce qui a entraîné une chutedu prix de vente des cultures
vivrières et maraîchères.

Avec le relèvement des cours du café arabica on assiste à un relâchement des conflits
fonciers apparus dans les bas-fonds au plus fort de la: crise caféière. De même, on peut
s'attendre à une relance .de la caféïculture, en parallèle au développement de la production de
cultures comme le haricot vert.

Toutefois, si la dévaluation peut stimuler les exportations. de certains produits" vers le


Nigéria, à elle seule, cette mesure ne peut suffire, à elle seule, à relancer la production agricole
dans les bas-fonds. Des dispositions devraient être prises pour encourager la production des
cultures vivrières a destination de la consommation locale et des cultures maraîchères
susceptibles de trouver des débouchés hors de la zone Franc. A moyen terme le succès de cette
double
.
opération, de relance de la caféïculture et des cultures maraîchères exportables,
.

pourrait générer les devises favorisant une redistribution vers les populations urbaines et
classes consommatrices des produits des bas-fonds.

Dans l'immédiat le secteur agricole demeurel'un de ceux qui ressentent le plus un besoin
de mesures d'accompagnement de la dévaluation qui lui permettrait de s'acheminer vers de
. nouveaux sentiers'de croissance.

27
.. Références bibliographiques

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Alary v., Courade G., Grangeret 1., Ndembou S., ]994, Premier rapport d'étape de
l'évaluation de l'opération paiements directs des fond'! STABEX 90 aux planteurs de
café et cacao au Cameroun, Yaounde, multgr.

Cameroun-Agriculture, 1986, Revue trimestrielle du MINAGRI, n0002 avril/mai/juin 1986,


Yaounde.

Banque Mondiale, 1984, The Western Province Rural Development Project, Washington,
multigr.
."

Boserup E., ]970, Evolution agraire et pression démographique, Editions Flammarion, Paris.

Gilguy C., 1992, Filières agro-industrielles: quatre ans de restructuration au Cameroun in


Marchés tropicaux et méditerranéens, Il décembre 1992, Paris, pp. 3331-3335.

Courade G., Isabelle G., Eloundou P., 1991, L'Union Centrale des Coopératives Agricoles de
l'Ouest ( UCCAO) : de l'entreprisecommerciale à l'organisation paysanne, in Revue-
tiers monde, tome XXXII, n0128, octobre/décembre ]991, Paris, pp. 887-898.

Courade G., Grangeret 1., 1992, De nouvelles approches face à la crise, inRapport d'activité
de l'ORSTOM 1992, OR8TOM, Paris, pp. 48-50.

Courade G.; Alary v., 1994, Les planteurs camerounais ont-ils été réévalués?, in Politique
Africaine n° 54, Paris, pp. 74-87.

Courade G., GrangeretL, Janin P. ,1991, Laliquidation des joyaux du prince : Iesenjeux de la
libéralisation des filières café-cacao au Cameroun inPo/itique Africainetïi 44, Paris,
pp. 121-128.

Coussy 1., 1994, Des objectifs évolutifs, in Politique Africaine n° 54, Paris, pp. 19-31.

Dongmo 1. L., 1981, Le dynamisme Bamiléké, Volume 1 : la maîtrise de l'espace agraire,


CEPER, Yaounde, 424 p.

Hatcheu E., 1993, Une évaluation socio-économique et écologique du volet aménagement des
bas-fonds du Projet de Développement Rural de la Province de l'Ouest, mémoire de
géographie économique et de développement, Projet OCrSCA, Université de
Dschang.

28
· Ngamie L, 1982, Productions Problems of Tomato Fm-mers in the [Link], mémoire de
ffi d'étude, ENSA, Yaoundé.

Nguefang C., 1989, Une analyse économique de l'impact de la fluctuation desprix du café sur
les activités .tjes coopératives de l'UCCAO : le cas de la CAPLAlv1E, mémoire de fin
d'étude, ENSA, Dschang.

OCISCA, 1991,.Rapport d'étapephase 1, Observatoire de Bafou, Dschang, multigr.

. OCISCA, 1994, Bafou 19?J : Renforcement des inégalités [Link] sur la fertilité des
sols, par l'é[Link] l'Observatoire de Bafou, Les Cahiers d'OCfSCAN°4, juin 1994,
Yaoundé: 28 p. .

Petit M., 1990, Géographie physique tropicale, Editions Khartala-ACCT, Paris.

29
, Notes infra-paginales

1. La dévaluation du franc CFA de 50% par rapport au franc français sa monnaie de


référence (1 FRF. =100 [Link] au lieu de 50 [Link]) a pris effet le 12 janvier 1994 à la
suite de -la réuniém_de Dakar -qui a regroupé ,les 1O~t Il précédents, les chefs d'état ou de
gouvernement des 14 pays membres de la Zone Franc ainsi que le Ministre Français de la
, Coopérationet le Directeur Général du Fonds Monétaire International.
• ""{'o"

2. Il s'agit des prix offerts par l'Union Centrale des Coopératives Agricoles de l'Ouest
- (UCCAO).

"3. EIi mai 1992, le rapport sur la situation de la dette de l'ONCPBfaisait apparaître un
montant d'arriéré de 2~ 180 milliards de [Link] A.

4. Revue Marchés Tropicaux et Méditerranéens du 15 Avril 1994.

5. Le Projet de Développement Rural de la province de l'Ouest (PDRPO) a remplacé


l'ancien, Projet des Hauts Plateaux de l'Ouest en 1984. Il s'agit d'un projet de
développement rural intégré qui a bénéficié du financement conjoint de la Banque
Mondiale, du Fonds International pour le de Développement Agricole (FIDA), de l'Etat
- Camerounais et de l'Union Centrale des Coopératives Agricoles de l'Ouest (UCCAO).

"" ,.'

30
Liste des Cahiers parus ou programmés

Cahier N°l, "Le programme OCISCA: cadre théorique et orientations de recherche" par
. l'équipe d'animation d'Ocisca (en préparation).

Cahier N°2, "Du passé recomposé au futur improbable: les observatoires ruraux d'Ocisca
comme mode opératoire d'une recherche impliquée" par Georges Courade, Mars 94, Ocisca,
Yaounde, 31 p.

Cahier N°3, "1991 - 1993 : Evolutions majeures dans la zone cacaoyère" (observatoire de
Yemessoa) par l'équipe de l'Observatoire de Yemessoa, Avril 94, Ocisca, Yaounde, 35 p.

Cahier N°4, "Bafou 1993: Renforcement des inégalités sociales, menaces sur la fertilité des
. sols" par l'équipe de l'Observatoire de Bafou, Juin 1994, Ocisca, Yaounde, 28 p.

Cahier N°S, "Mesurer la pauvreté: systèmes d'information et cadres d'analyse" par Jean-Luc
Dubois, Avril 94, Ocisca, Yaounde, 33 p.

Cahier N°6, "Yemessoa, auto-approvisionnement et apport extérieur dans la consommation


alimentaire en période de crise" par Michel Simeu Kamdem, Mai 94, Ocisca, [Link]? p.

Cahier N°7, "Impact de la dévaluation sur l'habitat" par C. Pettang, T. Tamo Tatietse and L.
Mbumbia, Juillet 94, Ocisca, Yaounde, 38 p.

Cahier N°8, "Le secteur vivrier sud-camerounais face à la crise de l'économie cacaoyère" par
Athanase BOP9a (en préparation).

Cahier Ney,. "Human Development through a Universal Development Initiative: a Practical


Agenda" par Emmanuel Yenshu, Août 94, Ocisca, Yaounde, 23 p.

Cahier N°IO, "Migrants de retour et développement rural: le cas de Yernessoa" par Laurent
Manga Bella (en préparation).

Cahier N'Tl, "Quelle place pour l'agriculture familiale dans le secteur de la banane au
Cameroun ?" par Isabelle Grangeret-Owona, Octobre 94, Ocisca, Yaounde, 37 p.

Cahier N°l2, "Les planteurs de café et de cacao du Sud-Cameroun dans le tourbillon de la


crise, de la libéralisation et de la dévaluation" par Samuel Ndembou (en préparation).

Cahier N°l3, "Quel avenir pour l'exploitation des bas-fonds de l'Ouest Camerounais dans le
contexte de la dévaluation du Franc CFA ?" par Emil Hatcheu Tchawe, Novembre 94, Ocisca,
Yaounde, 33 p.

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