Introduction à l'Islam et ses croyances
Introduction à l'Islam et ses croyances
L’islam (en arabe : اِإْلْس اَل ُم, al-islām, « la soumission ») est une religion
abrahamique qui s'appuie sur le dogme du monothéisme absolu (َتْوِحيُد, Islam
tawhid) et qui prend sa source dans le Coran, tenu, par les adhérents de
l'islam, pour la parole de Dieu (الله, Allah) révélée au viie siècle en Arabie
à Mahomet (ُمَح َّمُد, Muhammad), qui est considéré par ces mêmes
adhérents comme étant le dernier prophète de Dieu.
Le mot « Musulman » (avec une majuscule) désignait au sein de l'ex-Yougoslavie une des communautés nationales (nationalité
15
distincte depuis 1974) et la désigne encore dans certains des États qui en sont issus . Au temps du Troisième Reich, dans les
camps de concentration, le mot « musulman » ou « muselmann » est utilisé pour désigner « les faibles, les inadaptés, ceux qui
16, 17, 18
étaient voués à la sélection » .
Histoire
Pour l'historienne Jacqueline Chabbi, l'islam des origines souffre encore d'un déficit d'historicité. La
lecture historico-critique qui s'est appliquée pour « le judaïsme et le christianisme n'a guère touché
19
l'islam jusqu'à présent ». L’étude de cette période reste complexe, pour des raisons méthodologique et
l’état des sources. « Ce passé primordial arabo-musulman se donne, en effet, à lire comme un récit
composé a posteriori et visant à légitimer un pouvoir musulman confronté à ses propres divisions et à la
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splendeur des empires passés ». Cette histoire est une construction du ixe et xe siècles .
Les chercheurs en histoire islamique ont étudié l'évolution de la qibla au fil du temps pour le berceau de
l'islam. Patricia Crone, Michael Cook et de nombreux autres chercheurs, basés sur des textes et des
recherches archéologiques, pensaient que le « Masjid al-Haram » (la mosquée abritant la Kaaba) était
située dans le nord-ouest de la péninsule arabique (pas à La Mecque comme exprimé dans les œuvres
21, 22, 23
basées sur la culture narrative) . Dan Gibson a déclaré que les premières orientations de la Mihrab de la Grande
mosquée islamique et du cimetière ont montré Pétra [pas clair], Muhammad a reçu ses premières Mosquée de
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révélations ici [Où ?] et l'Islam a été établi ici [Où ?] . Kairouan, celle-ci
étant le plus ancien
L'islam est apparu en Arabie au viie siècle sous l'impulsion de Mahomet (570 - 632). Un siècle après sa lieu de culte de
l'Occident
mort, l'empire islamique s'étendait de l'océan Atlantique à l'ouest jusqu'à l'Asie centrale à l'est. L'islam
musulman. La niche
naît dans un contexte de « violence endémique ». De nombreuses batailles caractérisent cette période.
est un joyau de l'art
Dès le premier calife, Abou Bakr, une guerre est menée par des Arabes qui défendaient leurs croyances islamique du
Note 4 25
ancestrales . La mort du troisième calife entraîne une guerre civile parmi les musulmans . e
ix siècle.
Cette période d'expansion territoriale et de construction politique du califat voit se mettre en place la
20
religion islamique, ses dogmes, ses normes et ses rites . L’universitaire britannique William Montgomery Watt écrit : « On
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estime en général que le dogme ne s’est développé qu’à partir du califat d'Ali » , quatrième calife dans la seconde moitié du
e
vii siècle. Pour l'historienne Sabrina Mervin, « l'adoption de l'acharisme (xe et
e 27
xi siècles)acheva la construction de l'orthodoxie sunnite » . De même, l'apparition
du nom de Mahomet à la fin du viie siècle est considérée par Frédéric Imbert comme
28
une évolution dans l'expression de la foi [pas clair] . Cette période est aussi celle de la
rédaction du Coran, qui, pour François Déroche, n'est pas stabilisé avant le
e 29, Note 5
viii siècle . Le califat abbasside voit se mettre en place une fixation de la
Au moment de sa mort en 632, Mahomet religion musulmane. Durant celui-ci (approximativement du ixe au xie siècle de l'ère
avait réussi à réunir toute la péninsule 30, 31
commune), la sîra et les hadiths sont mis par écrit et des chaînes de transmission
arabique. 32
orale reconstruites . Pour Jacqueline Chabbi : « La tradition prophétique s’invente à
ce moment-là, à travers ce qu’on appelle les hadiths, c’est-à-dire les paroles et les
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actes prêtés au prophète sur lesquels on veut calquer sa conduite. Mais c’est une figure complètement reconstruite » .
Après l'éclatement politique du premier califat, il y eut des dynasties rivales réclamant le califat, ou la conduite du monde
musulman, et beaucoup d’empires islamiques furent gouvernés par un calife incapable d'unifier le monde islamique. En dépit de
ce morcellement de l'islam en tant que communauté politique, les empires des califes abbassides, l’Empire moghol et les
Seldjoukides étaient parmi les plus grands et les plus puissants au monde. [réf. nécessaire] Plus tard, aux xviiie et xixe siècles,
plusieurs régions islamiques tombèrent sous les puissances impériales européennes. L'islam ottoman est influencé par la pensée
34 35
occidentale et connaît plusieurs réformes tandis que naît le wahhabisme, prônant un retour aux sources .
Bien qu'affectée par diverses idéologies telles que le communisme pendant une bonne partie du xxe siècle, l'identité islamique et
la prépondérance de l'islam sur des questions politiques augmentèrent au cours de la fin du xxe siècle et le début du xxie siècle. La
croissance rapide, les intérêts occidentaux dans des régions islamiques, les conflits internationaux et la globalisation influencèrent
l'importance de l'islam dans le moulage du monde du xxie siècle [réf. nécessaire].
Démographie et géographie
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En 2015, le nombre de musulmans dans le monde est estimé à 1,8 milliard, soit 24 % de la population mondiale . La diffusion
37 38
de l'islam, hors du monde arabe, s'explique par la préférence communautaire, les migrations et le prosélytisme . L'islam est
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aujourd'hui la religion ayant la plus forte croissance démographique . D'après le Pew Research Center, si les tendances
démographiques actuelles se poursuivent, l'islam pourrait dépasser le christianisme et devenir la première religion au monde d'ici
40
2070 . Cette croissance rapide s'explique essentiellement par un taux de fécondité plus élevé permettant un rajeunissement de la
41
population .
L'islam est la seule religion dont le nom figure dans la désignation officielle de plusieurs États, sous la forme de « République
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islamique ». Il s'agit alors officiellement de la religion d'État . Toutefois, ces républiques ne sont pas les seuls pays musulmans
ayant décrété l'islam religion d’État. Plusieurs pays allient le droit des anciens pays colonisateurs au droit islamique. [réf. souhaitée]
Il peut se produire une confusion entre Arabes et musulmans, principalement à cause de deux facteurs : l'origine arabe de l'islam
43
et la place centrale qu'occupe la langue arabe dans cette religion. Il y a environ 422 millions d'Arabes , dont la grande majorité
Note 6 41
est musulmane . En réalité, seulement 20 % des musulmans vivent dans le monde arabe . Un cinquième de ceux-ci est situé
44
en Afrique subsaharienne, et la plus grande population musulmane du monde est en Indonésie, suivie par le Pakistan .
D'importantes communautés existent au Nigeria, au Bangladesh, en Afghanistan, en Inde, en Iran, en Chine, en Europe, dans l'ex-
36
Union soviétique, et en Amérique du Sud. Il y a 3,3 millions de musulmans aux États-Unis (1 % de la population) et
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2,1 millions de musulmans « déclarés » en France (3,2 % de la population) selon l'INED et l'INSEE, principalement issus de
l'immigration, auxquels il faut ajouter les conversions, dont le nombre est très difficile à déterminer d'autant qu'il y a des
conversions en sens inverse et des apostats. Toutefois, selon l'Ipsos, la perception du nombre de musulmans est globalement
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surévaluée dans 40 pays analysés .
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Au début du xxie siècle, l'athéisme est, selon certains sociologues, en progression dans des pays traditionnellement musulmans .
48
Ce phénomène s'observe principalement au Maghreb, en Égypte et au Soudan .
Géographie de l'islam
Pays ayant une Carte de la distribution
religion d'État. Vert: mondiale des
islam. Bleu: musulmans, exprimée
christianisme. Jaune: en pourcentage dans
bouddhisme. chaque pays. Données
du Pew Research.
L'origine de ces différents piliers interroge les chercheurs. Ainsi, pour Mohammad Ali Amir-Moezzi, « on n’a d’ailleurs pas
encore mesuré le poids de l’influence manichéenne en islam. J’ai l’habitude de rappeler que quatre des cinq piliers de l’islam
semblent avoir des antécédents chez les manichéens : la profession de foi, les cinq prières quotidiennes, un mois de jeûne par an,
l’aumône, tout cela fait partie des fondements du manichéisme et se retrouve en islam. Le chiisme sert de catalyseur et de porte
53
d’entrée à de multiples influences qui vont ensuite imprégner l’islam parfois dans son intégralité » . Selon Joseph Chelhod,
54
d'autres influences, chrétiennes, juives, polythéistes, ont pu être repérées dans ses obligations ou dans leurs formes .
( الُّصْبُحAl-Sobh)
( الُّظْهُرAl-Dohr)
( اْلَعْصُرAl-Asr) Chahada gravée sur une
colonne dans la Grande
( اْلَمْغِرُبAl-Maghreb)
Mosquée de Kairouan,
( اْلِعَش اُءAl-Ichâa) Tunisie.
3. Saoum, le respect du jeûne lors du mois de ramadan ;
4. Zakat, l'aumône légale envers les nécessiteux si on est imposable : elle consiste en
un prélèvement obligatoire de 2,5 % dès un seuil d'imposition de 20 dinars (évalués à 84 grammes d'or de
8
18 carats) ;
5. Hajj, le pèlerinage : il consiste à se rendre à La Mecque au moins une fois dans sa vie, si on en a les moyens
matériels et physiques.
6. Djihad : « abnégation », « effort », « résistance », « lutte » ou « combat », parfois traduit par « guerre sainte ».
7. Khoms (« cinquième du butin ») : il a été étendu par la suite à tout revenu qui ne correspond pas à un travail ou à un héritage
(dons, offrandes, récompenses, primes, etc.) afin de rémunérer les savants considérés comme les héritiers des prophètes ;
8. Al Wala' Wal Bara' (« la loyauté et le désaveu ») : elle régit les rapports de la Oumma avec le monde extérieur : elle implique
de reconnaître l'autorité des douze imams de la maison du prophète Mahomet (Ahl al-bayt) et de se désavouer de leurs ennemis ;
9. Amr-Bil-Ma'rūf Wa Nahi-Anil-Munkar (« ordonnance du bien et interdiction du mal ») : elle régit les rapports internes de la
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Oumma ;
61
10. Taqiya (« arcane du secret » ) : elle consiste initialement à dissimuler sa foi pour échapper aux persécutions religieuses : par
la suite, elle sera dévoyée pour cautionner des entreprises de subversion dans le cadre de l'activisme politique : en tout état de
61
cause, elle est volontairement passée sous silence .
Les ismaéliens (courant minoritaire) rajoutent aux six « piliers » (arkān) : (7°) la Wilayah (« amour et dévotion pour Allah, les
62 61
prophètes et l'imam ») ; (8°) la Tahara (« pureté rituelle ») ; et (9°) la Taqiya . Par contre, les druzes (branche de l'ismaélisme)
59
les rejettent en bloc .
Dans la jurisprudence religieuse, l'adhérent à l'islam est nommé mouslim (musulman, circoncis de la chair) et l'adhérent à l'imane
est nommé mou'min (croyant, circoncis du cœur), sans pour autant faire de dissociation entre les deux car ces deux termes sont
64
considérés par l'islam comme indissociables et complémentaires .
Dans l'islam, la croyance et la pratique, le fond et la forme, sont intimement liés. En effet, les versets coraniques décrivent
souvent le croyant mou'min comme étant « celui qui croit et pratique de bonnes œuvres ». Dans la pratique, cela n'exclut pas la
présence de croyants ne pratiquant pas (considérés comme « pécheurs »), ou des pratiquants ne croyant pas (considérés comme
64
« hypocrites » par l'islam) . Pour l'islam, les actes sont le reflet de la foi et ils ne valent que selon leurs intentions. Autrement dit,
65
les rites sont inutiles s'ils ne sont pas accomplis avec sincérité [réf. incomplète].
Allah
Allah (avec l'article agglutiné) est le terme sans pluriel, ni genre, utilisé par les musulmans et par les arabophones chrétiens et
66
juifs en référence à Dieu, alors que 'ilāh (arabe : )ِإَلٌهest le terme générique utilisé pour une divinité, une déesse ou un dieu .
67
L’islam croit en un dieu unique, créateur de toute chose, maître du jour du Jugement Dernier , qui juge souverainement les êtres
68
suivant des critères impénétrables et indiscutables . Le Coran ayant été rédigé en langue arabe, c'est donc naturellement le terme
69
Allah qui est utilisé pour désigner ce dieu unique, créateur, omniprésent et omniscient , terme qu'on retrouve notamment dans la
profession de foi (Chahada) : « J'atteste qu'Il n'y a pas de divinité si ce n'est Dieu (Allah) et que Mohammed est Son messager »
70
(Ashhadu an lâ ilâha illa-llâh wa ashhadu ana Mouhammadan Rasûlu-l-llâh) .
Certains passages coraniques rappellent que le nom Allah désignait pour les Mecquois
Note 9, 67, 71
avant la période islamique le Dieu créateur . Le terme Ilah apparaît, précédé de
l’article, dans la poésie préislamique comme un nom divin impersonnel et signifie le dieu
évoqué dans le contexte (déjà mentionné, par exemple…) [pas clair]. Cette littérature
72
montre aussi que le nom Allâh est la contraction de al-'ilâh . Le terme Allah est attesté
dans des poèmes des tribus arabes chrétiennes d'Arabie comme les Ghassanides et les
73, 74, 75
Tanukhides . Une inscription du vie siècle trouvée à Umm al-Jimal atteste de
69, 76
l’usage de ce nom . Dans une inscription chrétienne datant de 512, les références à
Allah sont en arabe et en araméen, soit « Allah » et « Alaha » ; l'inscription commence par
77, 78
la déclaration : « Par le secours d'Allah » . Le nom Allah était donc utilisé par les
79 Allah écrit en arabe.
chrétiens arabophones avant l’islam .
Allah est présent dans le Coran mais ce texte n’a pas pour but d’exposer ses attributs. Le
Coran est regardé par les musulmans comme la parole de Dieu, qui demeure inaccessible, bien que ses « perfections
67
transcendantes » soient évoquées . Dans le Coran, certains versets donnent une image anthropomorphique d’Allah : il a une
67
face, des mains, des yeux… Ces descriptions ont fait l’objet de débats exégétiques et théologiques . S’appuyant sur les hadiths
d’une part et sur le tafsir de l’autre, la théologie (‘ilm al-kalam), principalement d’origine mutazilite, s’est penchée sur la question
du divin, de son unicité et de sa justice. La question du rapport entre l’essence divine et ses attributs est particulièrement sensible,
67
certains traditionalistes refusant toute recherche rationnelle .
Anges
Le Coran affirme l'existence des anges (arabe : َمَلٌك, malak), à laquelle tout musulman doit
80, 81
croire . Ils sont les ambassadeurs de Dieu (comme ses homologues en hébreu, malakh, et en
grec, angélos), dont ils exécutent ou transmettent les ordres.
Les musulmans croient que les anges sont faits de lumière. Ce verset coranique les décrit ainsi : "Louange à Allah, Créateur des
cieux et de la terre, qui a fait des Anges des messagers dotés de deux, trois, ou quatre ailes. Il ajoute à la création ce qu'Il veut, car
81, 87, 88, 89
Allah est Omnipotent" (Coran, sourate 35, verset 1) .
90
Parmi les anges, Gabriel (Jibrîl), Michel (Mîkâ'îl) et Raphaël (Isrâfîl) jouent des rôles d'une importance considérable. À leur
91
tête, l'archange Gabriel est chargé de la révélation (coranique entre autres ), en laquelle il y a « vie pour les âmes et les cœurs ».
L'archange Michel est chargé de la pluie, en laquelle il y a « vie pour la terre, les plantes et les animaux ». L'archange Raphaël est
92
chargé de souffler dans la trompe, en laquelle il y a « vie des êtres après leur mort » .
Satan
Il y a débat au sein de l'islam au sujet d'Iblis (Satan, le diable) : appartient-il au monde des djinns (abeings ardents et
97
aériens [pas clair]) , ou est-il un ange déchu (être de lumière, parfois considéré comme igné), le Coran étant contradictoire sur ce
93
point ? Les salafistes (tenants du dernier avis) fondent leur position sur la lecture de la sourate Al-Baqara, alors que les soufis
Note 10, Note 11, Note 12 [réf. nécessaire]
(tenants du premier avis) fondent la leur sur celle de la sourate Al-Kahf notamment . Si Iblis est
98 99
présenté par le texte coranique tantôt comme un ange déchu , tantôt comme un djinn , la majorité des commentateurs du Coran
100
(le jumhûr), le considère comme un ange déchu devenu djinn . L'islam reconnaît l'existence de divers satans (sheitan)
101
subordonnés. Ils causent du tort et incitent les humains à pécher .
Écritures
L'islam reconnait plusieurs textes comme étant des textes révélés. Les plus connus sont le Coran (qour’ân) révélé à Mahomet, la
102, 103
Torah (tawrât) révélée à Moïse, les Psaumes (zaboûr) révélés à David, les Évangiles (injîl) révélés à Jésus . Il y a aussi des
104
références aux feuillets d'Abraham et de Moïse dans le Coran .Le Coran porte néanmoins une accusation contre les juifs et les
chrétiens d'avoir falsifié leurs Écritures. Elle s'inscrit dans le prolongement du refus de ceux-ci de reconnaître Mahomet comme
105
prophète et dans l'accusation portée contre ceux-ci d'être de mauvaise foi . Cette accusation a une mise en place longue et la
forme maximaliste d'Ibn Hazm, de réfutation systématique, est celle aujourd'hui largement répandue dans le monde
105 106, 107
musulman . Jacques Jomier considère ces critiques comme « insoutenables scientifiquement » .
Selon les musulmans, le Coran est le dernier des livres révélés, car Mahomet est pour eux le dernier prophète et, de toutes ces
écritures révélées, seul le texte du Coran serait demeuré intact. Le texte des autres livres révélés aurait été falsifiés sur Terre, mais
préservés dans les cieux. [réf. nécessaire]
Révélation du Coran
Le Coran (en arabe : اْلُقْر آُن, al-Qor’ân, signifiant « la récitation ») est le principal texte sacré de l'islam. Il
contient 114 sourates, commençant par la sourate fatiha-al-kitab, arabe : ( َف اِت َح ُة ٱْل ِک َت اِبsourate-al-Hamd,
arabe : )ُس وَر ُة ٱْل َح ْم ِدet se terminant par la sourate Al-Nas, arabe : ُس وَر ُة ٱلَّن اِس. Pour les sunnites, il reprend
108 Note 13
verbatim la parole du Dieu unique . Ce livre est le plus ancien document littéraire, complet en arabe
109, 110
connu jusqu'à ce jour . La tradition musulmane le présente comme un ouvrage en arabe « clair » ou
111 112
« pur » , avec le caractère spécifique d'inimitabilité dans la beauté et dans les idées .
Pour les musulmans, le Coran regroupe les paroles d'Allah, révélations (āyāt) faites au dernier prophète et
113
messager de Dieu Mahomet (ُمَح َّمُد, Muhammad, « le loué ») à partir de 610–612 jusqu'à sa mort en 632
par l'archange Gabriel (ِج ْبِريٌل, Jibrîl).
Note 14
Selon les traditions, Mahomet étant analphabète jusqu'à l'âge avancé de 40 ans , il n'est pas celui qui a Calligraphie de
mis par écrit le Coran. Durant la vie de Mahomet, la transmission des textes se faisait principalement de la sourate Al-
manière orale et se fondait sur cette « récitation » qu'évoque précisément le terme qur'ān, même après Fatiha, sur une
l'établissement à Médine. Le terme « collecte » (jama'a) a été rendu ambigu par les lexicographes omoplate de
musulmans pour y rajouter l'idée de mémorisation. Cette évolution permet de résoudre des contradictions chameau,
e
114 xix siècle.
internes aux traditions et d'occulter les luttes entourant la mise à l'écrit du Coran . Certains versets ou
groupes de versets ont été occasionnellement écrits sur des omoplates de chameaux ou des morceaux de
115, 116
cuir, par des croyants. Il s'agit de témoignages fragmentaires et rudimentaires de la notation .
Toujours selon ces traditions, peu après la mort de Mahomet (en 632), un premier recueil du Coran fut compilé sous l'autorité du
117
premier calife et beau-père de Mahomet, Abou Bakr As-Siddiq , qui, à la demande d'Omar ibn al-Khattâb, lorsqu'un grand
nombre de compagnons ayant mémorisé le Coran par cœur furent tués à la bataille d'Al-Yamama, met le scribe du prophète Zayd
ibn Thâbit à la tête d'une commission ayant pour mission de réunir tous les passages récités de son vivant afin de les sauvegarder
dans un écrit déposé entre les mains de sa fille Aïcha, veuve de [Link] troisième calife, Othmân ibn Affân (644-656), à la
suite de divergences de récitations survenues entre Irakiens et Syriens, aurait demandé à Hafsa de lui prêter le manuscrit en sa
possession afin de fixer un texte unique et officiel à partir de cette édition et d'expédier des copies reliées dans les différentes
8, 118
provinces musulmanes . Afin d'éliminer tout risque d'erreur et de parer à toute éventuelle contestation, la commission
n'accepta que les écrits qui avaient été rédigés en présence de Mahomet et exigea deux témoins fiables à l'appui, qui avaient
119
réellement entendu Mahomet réciter les versets en question . Malgré ces efforts pour prévenir tout schisme à l'intérieur de
l'islam, les kharidjites, par puritanisme, ont rejeté notamment comme apocryphe la sourate Yusuf, en ce qu'elle évoquerait en des
termes scabreux la femme du Potiphar d'Égypte s'entichant du beau Joseph (Youssef dans le récit coranique) et ce, en dépit du
8
récit biblique convergent quant à cette affaire .
Aujourd'hui, de nouvelles approches réétudient les traditions musulmanes. Ainsi, toutes les traditions de compilation sous Abu
Bakr et celle d'Othman remontent à Ibn Shihāb al-Zuhrī, mais pour François Déroche, « il n’est pas totalement certain que le récit
120
d’al-Zuhrī ne soit pas le résultat sinon d’une falsification totale, du moins d’une réécriture de l’histoire » . Les sources
120
anciennes montrent, en réalité, une multiplicité de traditions . L'examen de fragments, pourtant censés être postérieurs à
Othman, montre que l'écriture manque encore de précision. L'absence de diacritique sur toutes les lettres laisse « la porte ouverte
120
aux divergences » . « La nature de l’intervention du calife ‘Uthmān serait donc différente de celle que la tradition lui
attribue. ». Pour Amir-Moezzi, la plupart des traditions liées à la collecte du Coran naissent à l'époque omeyyade, quelques
dizaines d'années après les faits « quelques dizaines d'années qui comptent pour plusieurs siècles tant entre les deux époques, les
énormes conséquences des guerres civiles et des grandes et fulgurantes conquêtes ont bouleversé l'histoire et la mentalité des
121
premiers musulmans » . Pour Anne-Sylvie Boisliveau, « [Viviane Comerro] revient une dernière fois, et magistralement,
prouver qu’il y a eu « théologisation progressive de l’histoire du texte canonisé » : les informations transmises en Islam à propos
122
de la manière dont le Coran a été rassemblé et fixé ont été rendues conformes au dogme définissant le Coran » .
Concernant ces questions de la rédaction du Coran, les chercheurs proposent différentes alternatives allant d’une durée de mise à
l'écrit courte à partir de l'œuvre d'un seul auteur jusqu’à un travail rédactionnel collectif et tardif. Deux principaux modèles se
dégagent : celui d’une « collecte » précoce du texte coranique sous le calife Othmân ibn Affân, à côté de celui d’une « rédaction »
123
collective et progressive tout au long du viie siècle ayant abouti à une forme quasi-définitive sous le califat d'Abd Al-Malik .
Pour François Déroche (du 1er modèle), « l’histoire de la vulgate coranique est donc à reconsidérer sur une plus longue durée. Si
les bases en ont été jetées assez tôt, avant l’intervention du calife ʿUthmān, le rasm [litt. « tracé »] n’était pas encore stabilisé à
124
l’époque où a été copié le Parisino-petropolitanus et ne le sera sans doute pas avant le IIe /VIIIe siècle » . En effet, ce
manuscrit contient encore des variantes au niveau du rasm « qui ne sont ni conformes à celles que reconnaît la tradition, ni
125
réductibles à des particularités orthographiques » . Dye conclut que « si certains écrits coraniques datent de l’époque du
Prophète, il ne convient pas pour autant de se limiter au Ḥiǧāz du premier tiers du VIIe siècle pour comprendre l’histoire du
Coran. Il y a eu une activité compositionnelle et rédactionnelle après la mort de Muḥammad. Les rédacteurs du Coran sont des
auteurs (et non de simples compilateurs) qui ont pu réorganiser, réinterpréter et réécrire des textes préexistants, voire ajouter des
126
nouvelles péricopes […] » .
Le Coran est composé de cent-quatorze chapitres nommés sourates, de longueurs variables. Chaque chapitre est connu sous un
ou plusieurs titres. Ces titres proviennent soit des premiers mots du chapitre, soit d'un épisode considéré comme prégnant. Ils
n'appartiennent pas à la révélation et ne figurent pas dans les premiers manuscrits coraniques connus, mais furent rajoutés par des
127
scribes pour distinguer les chapitres du Coran .
S'il n'y a aujourd'hui qu'un seul Coran, il existe sept lectures canoniques nommées Qirâ’at. En effet, après que le Coran a été fixé
par écrit, on en a précisé ultérieurement la vocalisation et établi les règles de la psalmodie. Seules deux variantes de lectures du
Coran (Qirâ’at) sont véritablement connues de la plupart des musulmans et ont fait l'objet d’une réelle diffusion dans le monde
arabe : la lecture occidentale (en Afrique) ou lecture de Médine est connue sous le nom de « lecture de Warch » ; et la lecture
orientale (en Asie) ou lecture de Koufa est connue, quant à elle, sous le nom de « lecture de Hafs », chaque nom étant tiré du nom
du spécialiste de cette science. La différence entre les lectures tient avant tout à la psalmodie, la manière de lire, de prononcer.
C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle de « lecture ». Mais il existe aussi et surtout des différences dans le découpage des
sourates en versets, autrement dit dans la « dimension » des versets, ce qui explique également les différentes modalités de
128
psalmodie .
La plupart des musulmans ont un grand respect pour le Coran et font les ablutions, c'est-à-dire se lavent comme pour faire les
129, Note 15
prières, avant de le toucher et de le lire .
Dogme de l'arabité
Le dogme de l'arabité proclame que le Coran a été révélé à Mahomet dans sa langue : « en une langue arabe très claire. » (Coran,
sourate 26, verset 195). Le deuxième terme « n'a aucun sens linguistiquement et historiquement » car « il n'y a aucune raison de
penser que l'environnement dans lequel naît le Coran n'était pas, d'une façon ou d'une autre, multilingue (l'ensemble du Proche-
Orient l'était) — autrement dit, il convient de reconnaître la présence de nombreuses traces de bilinguisme/multilinguisme dans la
130
langue même du Coran » . S'appuyant sur une recherche de Luxenberg, Gilliot traduit ce terme par « élucidé »/ « rendu clair ».
Pour l'auteur, ce terme est lié au Coran qui « explique/interprète/commente des passages d’un lectionnaire en langue
131
étrangère » .
De nombreux emprunts à d'autres langues sont présents dans le Coran. Certains de ces mots étaient déjà considérés comme
132
obscurs au viie siècle . Elle englobe toutes les langues des pays limitrophes de l’Arabie, celles qui appartiennent à la famille
sémitique : l’akkadien, l’araméen, l’hébreu, le syriaque, l’éthiopien, le nabatéen, le sudarabique, et les langues non sémitiques des
133
Empires grec, romain et perse . Pour Alphonse Mingana, 70 % des termes d’origine étrangère dans le Coran proviendraient du
134
syriaque .
Selon le récit religieux musulman, la langue arabe aurait été révélée à Adam en 29 lettres de l'alphabet. Et Mahomet de préciser
135
que : « Lâ est une seule lettre » (c'est-à-dire la négation et non pas la hamza qui marque seulement un coup de glotte) .
Bien que la traduction du Coran pose problème et soit rejetée par certains courants conservateurs
« littéralistes », le Coran fut tout de même traduit très tôt, du moins partiellement. Ainsi, selon une
tradition musulmane, la première sourate, la Fatiha est traduite du vivant de Mahomet par Salman
Note 16, 136
le Perse afin d'être récitée lors de la prière par les Perses , tandis que Ja`far ibn Abî Talib,
frère d'`Alî, a traduit quelques versets parlant de Jésus et de Marie en langue guèze (éthiopien
classique), lorsqu'il était ambassadeur au nom de Mahomet auprès du souverain chrétien
137
d'Éthiopie, le Négus . Néanmoins, « certaines voix se sont rapidement élevées contre tout effort
138
de traduction coranique » . Parmi d'autres, une traduction complète en persan est, tout de même,
138
établie en 956 .
Toutefois, après la mort de Mahomet, les courants les plus conservateurs de l'islam ont exprimé un
139
refus catégorique de traduire le Coran considérant que la traduction n'est plus la parole de Dieu . Une école coranique à
Le dogme du caractère inimitable du Coran, transcription écrite de la parole divine, et du caractère Touba (Sénégal).
140
sacré de la lettre a longtemps servi à s'opposer aux traductions . La traduction de ce texte ancien
peut être problématique par l'absence de « certitude [sur] le sens qu'avaient bien des termes utilisés
par le Coran, dans le milieu où il est apparu » ou par la polysémie de certains termes. « Une des traductions modernes les plus
140
scrupuleuses, celle de l'Allemand Rudi Paret, est parsemée de parenthèses et de points d'interrogation » . Ainsi, Cuypers cite le
premier verset de la sourate 96 : « Lis (ou « proclame ») au Nom de ton Seigneur ! », que la tradition associe à la lecture et à la
proclamation du Coran. Des recherches contemporaines permettent de le retraduire en « Appelle/Invoque le Nom de ton
140
Seigneur », reconnaissant dans ce passage un appel à la prière et non un envoi en mission .
Dogme de l'inimitabilité
En réponse à ses contradicteurs, les musulmans proclament que le Coran est un miracle et qu'aucune parole humaine ne saurait le
surpasser en beauté. Son inimitabilité sert le double objectif de prouver l'authenticité de l'origine divine du Coran et la prophétie
141
de Mahomet à qui il a été révélé comme messager pour le genre humain . Depuis le iiie siècle de l'hégire ce concept est devenu
112
un dogme . Le terme iʿjâz utilisé pour définir l'inimitabilité de celui-ci n'est attesté qu'à partir du ixe siècle et aucun traité ne lui
142
est consacré avant le xe siècle . Pour Liati, « on constate que le dogme de l’inimitabilité formelle du coran est tardif et qu'il ne
81
s'est imposé que contre des résistances très vives » .
Les bases du dogme sont présentes dans le texte coranique où plusieurs versets évoquent l'incapacité des hommes à frustrer la
141 Note 17
volonté d'Allah . Plusieurs versets sont des défis à produire "quelque chose comme ce Coran" . "L'idée, bien entendu, est
143
que ce défi réduirait les adversaires au silence puisque la révélation ne peut venir que de Dieu" . Gilliot voit dans cette défense
Note 18, 144
de l'inimitabilité du Coran un raisonnement circulaire . D. et M.T Urvoy cite une telle critique datant du ixe siècle :
"l’argument du défi, qui doit justifier le caractère divin du Coran, présuppose en fait l’acceptation de la validité de celui-ci et de
145
son auto-qualification" .
N 19 145
Note 19, 145
Selon l'apologétique musulmane, ce défi serait resté sans réponse . Selon la tradition islamique, un certain Musaylima
al-kadhdhâb a tenté, en vain, de relever ce défi, déclarant à ses compatriotes du Nejd venus le trouver pour contrer la prophétie de
146 Note 20
Mahomet : « À moi aussi, l'ange Gabriel m'a apporté une sourate pareille » . Par ailleurs, un certain nombre de poètes ,
147, Note 21
ont écrit des textes dépassant, selon eux, le Coran en éloquence . Si les traditions évoquent plusieurs cas de personnes
ayant tenté de relever le défi, les « révélations » conservées sont « en leur quasi-totalité […] inventées par les musulmans eux-
148
mêmes » pour critiquer ou ridiculiser les auteurs attribués .
Pour Gilliot, « Le recours à la soi-disant « inimitabilité » linguistique ou thématique du Coran ne vaut que pour qui adhère à ce
149
theologumen. Aux yeux du linguiste ou du traducteur, d’inimitabilité, point n’est ! » . Pour Maxime Rodinson, cette perfection
serait culturellement ressentie par les musulmans, comme pour tout « texte dont on a été bercé depuis l'enfance ». « La beauté du
150
style coranique a été contestée par ceux qui, pour une raison ou une autre, échappaient à l'envoûtement collectif » . Pour D. et
Note 22
M.T. Urvoy , « il n’y a de miracle coranique que pour celui qui y croit (déjà). Il s’agirait là, selon les auteurs, d’un cercle :
Dieu dit que Sa parole est un miracle, le Coran est parole de Dieu, alors le Coran est un miracle (…). Ainsi, « l’argument du défi
145
(al-taḥaddī) ne prouve rien à un non musulman s’il n’est pas déjà engagé dans la conversion à l’islam » (…) » .
Theodor Nöldeke a écrit un article sur ce qui lui paraissait être des défauts stylistiques (rimes, styles, composition…) dans le
151
Coran « dont sont exempts les poèmes et les récits de l'ancienne Arabie » ainsi que des irrégularités grammaticales . Mais pour
Jacques Berque, beaucoup de ce que Theodor Nöldeke impute à des vices rhétoriques n'est en fait qu'une spécificité stylistique
propre au discours coranique et non pas un défaut stylistique. Pour ce qui est des irrégularités grammaticales ou ce que l'on
pourrait prendre comme telles, il en admet quelques-unes comme « incontestables » mais préfère plutôt les nommer « spécificités
152
grammaticales » . Michel Cuypers récuse ainsi l'affirmation de Nöldeke selon laquelle le fait de passer d'un sujet à un autre
avant de revenir au premier sujet est une faiblesse. Il reconnait une structure non linéaire que l'on appelle la « rhétorique
153, 154
sémitique » .
Les prophètes
Les musulmans considèrent que les prophètes sont une part importante de leur foi. Pour l'islam, le prophète est à la fois quelqu'un
qui proclame un message divin (sens de « prophète », nabi, en arabe et en hébreu) et quelqu'un qui présente une législation
155 Note 23
(charia) . À la différence du prophète biblique, Mahomet ne prédit pas l'avenir , à l'exception d'un éventuel futur
triomphe de l'islam. Selon Amir-Moezzi, la prophétologie musulmane est proche, par certains aspects comme le concept de
155
« sceau des prophètes », du manichéisme ; pour le mutazilisme, elle est une grâce d'Allah pour ses créatures . La prophétie
156
coranique est avant tout la transmission d'une révélation .
Pour l'islam contemporain majoritaire, tous les prophètes d'Allah ont fait valoir un bon
157
comportement et une conduite exemplaire . Ils seraient nécessairement immunisés contre la
158
mécréance, les grands péchés et les petits péchés. Cette croyance tardive ne provient pas du
Coran et sa mention est rare dans la Sunna. Au contraire, le Coran rapporte des péchés et des fautes
159 160
de plusieurs prophètes, dont Mahomet , mais aussi Adam, Moïse et David . Le Coran ne
défend donc pas le dogme de l'impeccabilité des Prophètes. La Sunna, elle-même, n'en contient que
160
quelques traces . Cette doctrine est énoncée, pour la première fois clairement, par Ibn Hanbal
161
(855) . Ce dogme entraînera des conflits d’interprétation lorsque la vieille exégèse (y compris
162
dans les écrits attribués à Mahomet) heurtait ce principe d’impeccabilité . Cette notion aurait été
importée dans l'islam par le biais de l'islam chiite, à partir de l'influence des croyances orientales et
163
a connu dans la pensée sunnite des évolutions et une mise en place longue .
Mahomet, David et
Salomon, Afghanistan,
Une succession de prophètes Hérât, 1436.
Du point de vue musulman, tous les prophètes ont appelé à l'islam. Abraham est donc musulman au
même titre qu'Adam, Noé, Moïse et Jésus. Paradoxalement, c'est Abraham qui partage la foi de
164
Mahomet et non l'inverse puisque la vérité, selon le Coran, est connue dès le premier jour et dès le premier homme, Adam . Le
Coran propose une histoire construite sur le principe qu'Adam aurait possédé l'intégralité du message divin mais que celui-ci se
serait altéré au fur et à mesure des générations. Ces altérations ont été accompagnées de restaurations par les prophètes, appelant
156
un retour au monothéisme originel. Ce schéma est devenu systématique chez les hérésiographes .
Les textes expliquent qu'Adam a inauguré la fonction prophétique, tandis que c’est par Mahomet, le dernier prophète, qu’elle a
été clôturée. Quelques prophètes cités par le Coran : Noé (Noûh), Abraham (Ibrâhîm), Loth (Loût), Ismaël (Ismâ'îl), Isaac (Ishâq),
Jacob / Israël (Ya'qoûb / Isra'îl), Joseph (Yoûçouf), Job (Ayyoûb), Shelah (Sâlih), Eber (Âbir / Hoûd), Aaron (Hâroûn), Moïse
(Moûçâ), Jonas (Yoûnous), Jessé (Yâsa), David (Dâwoûd), Salomon (Soulaymân), Zacharie (Zakariyyâ), Jean-Baptiste (Yahyâ),
165
165
Jésus (Issa) . À l'inverse de la réserve biblique quant à l'usage de ce terme, le mot « prophète » a tendance à être attribué par
155
l'islam, selon Amir-Moezzi, à toute personne « ayant joué un rôle dans l'histoire sacrée » . Ainsi, des auteurs attribuent un rôle
166
prophétique à Alexandre le Grand (Dhû-l-Qarnayn) .
Prophétie de Mahomet
Il est possible de faire une histoire des représentations de Mahomet, mais pas une biographie historique au sens moderne du
167
terme. L’ensemble des données non islamiques sur la vie de Mahomet ne dépassent pas une page .
Le chef religieux, politique et militaire arabe Mahomet ( محمدen arabe), dont le nom est parfois aussi transcrit par Mohammed,
168 Note 24
Muhammad, etc. en français est le fondateur de l'islam et de l'oumma, la « matrie » en quelque sorte (sans aucune idée
de communautarisme, mais au contraire d'universalisme). Il est considéré comme le dernier prophète du monothéisme par les
musulmans et il n'est reconnu comme prophète que par cette congrégation. Ils ne le considèrent pas comme le fondateur d'une
nouvelle religion, mais pensent qu'il est le dernier d'une lignée de prophètes de Dieu et considèrent que sa mission est de restaurer
la foi monothéiste originale d'Adam, Abraham et d'autres prophètes, foi qui avait été corrompue par l'homme au cours du
169, 170
temps .
Selon le Coran, pendant les 23 dernières années de sa vie, Mahomet dicte des versets, qu'il reçoit d'Allah par l'intermédiaire de
l'ange Gabriel (Jibril), à des fidèles de plus en plus nombreux convaincus par ce nouveau message. Le contenu de ces révélations
Note 25
sera compilé après la mort de Mahomet en un ouvrage, le Coran, livre saint des musulmans . Néanmoins, « L'archéologie
155
expose que le thème de la prophétie de Mahomet est apparu relativement tard » .
Sunna et hadiths
Le Coran établit l'importance de la sunna (« voie », « chemin » ou « tradition ») de
Mahomet qui est racontée par des transmissions de ses paroles, faits et gestes,
171, Note 26
approbations (y compris silencieuses) , récits appelés hadîths. Les hadiths sont
considérés comme des exemples à suivre par la majorité des musulmans. Les écoles de
jurisprudence madhhabs considèrent les recueils de hadiths comme des instruments
importants permettant de déterminer la sunna, la « tradition » musulmane. Le hadith était à
l'origine une tradition orale qui rapportait les actions et coutumes de Mahomet. Cependant,
à partir de la première fitna, au viie siècle, ceux qui ont reçu les hadiths ont commencé à
172
Livres présentant des collections de questionner les sources des paroles . Pour les musulmans, leur crédibilité est
hadiths. généralement proportionnelle au crédit des témoins qui les ont rapportés. Cette chaîne de
témoins est appelée isnad. Ces recueils sont, encore aujourd'hui, pris comme références
dans les sujets en rapport avec le fiqh ou l'histoire de l'islam. Les hadiths dit
« authentiques » sont admis par l'ensemble des musulmans sunnites [réf. nécessaire]. Comme leur nom l'indique, les sunnites
considèrent les hadiths constituant la sunna comme des suppléments et des clarifications essentielles au Coran. Dans la
jurisprudence islamique, le Coran contient le germe de nombreuses règles de comportement attendues d'un
musulman [réf. nécessaire]. Ils sont considérés comme une source d'inspiration religieuse par les sunnites et les chiites, alors que les
coranistes considèrent que le seul Coran est suffisant. Les chiites ont toutefois des réserves à l'égard des recueils sunnites car ils
valident plutôt leur point de vue. Ils ont leurs propres ouvrages qui, pour Amir-Moezzi, concordent davantage avec la recherche
173
historico-critique .
Plusieurs chercheurs ont démontré que certains hadiths sont composés d'éléments plus récents que Mahomet et qui lui ont été
32 174
attribués postérieurement et qu'ils ont été forgés par le pouvoir califal . Schacht considère que, de manière générale, plus une
chaîne de transmission paraît « parfaite », plus le hadith est tardif. En particulier, les transmissions familiales sont des
32
« indications positives que la tradition en question n'est pas authentique » .
Dans la croyance musulmane, Jésus reviendra à la fin des temps pour « tuer » l'Antéchrist [réf. nécessaire]. La seule mention
186
coranique d'un retour d'ʿĪsā se trouve dans la sourate XLIII qui fait l'objet de plusieurs lectures . Pour Pons et Hilali, Jésus juge
187
le monde à la fin des temps. Cette tradition est particulièrement présente dans le corpus des hadiths . Pour Reynolds, selon une
188
tradition du début de l'islam, Jésus remettra alors l'islam en place et luttera contre les chrétiens et les juifs . Pour ces traditions,
186
« il tuera les porcs, brisera la croix, détruira les synagogues et les églises, et tuera les Chrétiens sauf ceux qui croiront en lui » .
Son retour sur terre, en tant que Massih (Messie) musulman, est le signe de la fin du monde et du Jugement dernier tandis que
Note 31
beaucoup de hadiths le présentent comme le principal compagnon du Mahdi, Sauveur de la fin des temps .
Mantran oppose la vision de Mahomet à la Mecque qui défend le libre-arbitre mais qui évolue lors de son enseignement à Médine
vers une prédestination. Dès le début de l'islam, en Syrie, des musulmans se sont opposés à cette vision qui leur semble contraire
au principe de jugement divin. Ils prennent le nom de qadarites. La prédestination fut défendue par le pouvoir omeyyade qui
190
190
légitimait ainsi ses actions . Le second courant s'opposant à la prédestination est le mo'tazilimes, à partir de la fin du califat
omeyyade. Ce courant a« estimé que l'homme possède un libre arbitre illimité de ses actes, qu'il est le créateur de ses actes, sinon
190 191
Dieu serait injuste de l'en rendre responsable » . Ce mouvement disparaît au ixe siècle .
Du reste, il est à noter que cette question du destin est à ce point controversée au sein de la Oumma et en dehors, qu'elle a conduit
l'imam Abû Hanîfa (mort en 150H/767G) à mettre en garde contre l'écueil de la mécréance en voulant aborder ce mystère : « Ne
savez-vous pas que celui qui examine le libre-arbitre est comme celui qui examine les rayons du soleil, plus il l'observe de près,
192
plus il devient perplexe » . Pour Mantran, ce principe de la prédestination « entraîne la négation de la liberté de l'homme »,
193
même si cela ne nie pas, pour les théologiens sa responsabilité .
L'islam naît dans un contexte de violences importantes et de répressions, cycle qui durera
jusqu'au iiie siècle. Le conflit "matriciel" est celui de la succession de Mahomet,
principalement entre les partisans d'Abu Bakr et ceux d'Ali. Pour les sunnites, Mahomet
n'aurait désigné personne pour lui succéder, tandis que pour les chiites, Ali aurait été
195
explicitement désigné . Cette question de la succession apparaît comme une "ligne de
196
fracture majeure de la umma originelle" . La première division est celle du
197
kharijisme
Principaux courants de l'islam.
Le sunnisme
Le sunnisme (de sunna, « voie », « chemin » ou « tradition ») est le courant de loin le plus
55
répandu. 90 % des musulmans sont sunnites . Il est apparenté à une vision orthodoxe de
198
l'islam . Ces croyants se nomment eux-mêmes « gens de la tradition et de
199
l’assemblée » . Le sunnisme est un courant qui s'installe lentement, au cours des deux
199
premiers siècles de l'islam . Le sunnisme se renforce à partir du califat abbasside même
199
Carte des pays où les musulmans s'il connait des oppositions .
représentent plus de 10 % de la
population. En vert, les pays à
majorité sunnite, en violet, ceux à Les quatre écoles de jurisprudence sunnites
majorité chiite, et en noir, ceux à Les musulmans sunnites appartiennent très majoritairement à l'une des quatre grandes
majorité ibadite.
écoles de jurisprudence (madhhab). Celles-ci s'acceptent mutuellement et ne diffèrent pas
en termes de croyances ('aqîda) — elles sont soit acharites, soit maturidites. Elles se
différencient toutefois par la méthodologie juridique utilisée pour régler les questions de jurisprudence.
Les madahib s'accordent sur quatre sources de droit : le Coran (parole verbatim de Dieu), la Sunna, (enseignements oraux et actes
du prophète de l'islam ou ahadith), le consensus juridique (ijmâ') et l'analogie juridique (qiyâs).
Ces écoles sont, dans l'ordre de leur apparition : le hanafisme (d'Abû Hanîfa, 700-767), le malikisme (de Mâlik ibn Anas, 712-
796), le chaféisme (d'Al-Chafi'i, 768-820), le hanbalisme (d'Ibn Hanbal, 781-856). Ces écoles s'acceptent les unes les autres,
organisant ainsi un relatif pluralisme en matière de solutions juridiques (fatwa).
Wahhabisme et salafisme
Entre la fin du XVIIIe et le début du xixe siècle, l'islam a vu l'apparition de nombreux réformateurs. L'un d'entre eux est
Mohammed ben Abdelwahhab, fondateur du wahhabisme. Le wahhabisme, courant né dans le Najd, a pour but de "restaurer"
l'islam selon une pureté originelle, à travers la vie des salafs. Le terme « Salafiyya » est appliqué à ces courant piétistes inspirés
200
par cet idéal d'un retour au source . Le salafisme est un courant prenant ses racines dans le xviiie siècle et né véritablement au
e
xix siècle, hors de l'Arabie saoudite. D'abord marqué par un modernisme, " la doctrine salafiste a mué vers un fondamentalisme
201
puritain, se confondant avec le wahhabisme saoudien". Celle-ci est ouverte aux quatre écoles du sunnisme .
200
Pourtant marqué par la modernité, le wahhabisme s'est propagé dans le monde entier . Cette doctrine a été la doctrine officielle
de l'état saoudien depuis le début du xxe siècle. L'Arabie saoudite, dans une récente inflexion, tente de se démarquer de celui-ci
202 201
en invoquant un réformisme salafiste . Le « wahhabisme » dérive de l'école juridique sunnite hanbalite , et en particulier de
203
203
la « pensée néo-hanbalite d’Ibn Taymiya » . "Mais à la différence du hanbalisme, ce
mouvement n’est pas seulement doctrinal ; il a une dimension politique et pratique".
201
Plusieurs courants, issus du wahhabisme ont formulé des critiques contre celui-ci .
Une des estimations les plus détaillées de la population religieuse dans le golfe Persique
est celle de Mehrdad Izady qui estime, « en utilisant des critères culturels et non
confessionnels », à moins de cinq millions le nombre de salafistes ou wahhabites dans la
(seule) région du golfe Persique (contre 28,5 millions de sunnites et 89 millions de
204, Note 32 Mosquée wahhabite sur l'île de
chiites) ; dont environ 4 millions en Arabie saoudite (surtout dans la région
Djerba en Tunisie.
centrale du Nejd) et le reste provenant majoritairement du Qatar et de l'émirat de
204 204 204
Charjah . 46,87 % des Qataris ; 44,8 % des Émiratis ; 5,7 % des Bahreïnis ; et
204 205
2,17 % des Koweïtiens sont wahhabites . Ils représentent environ 0,5 % de la population musulmane dans le monde .
Note 33
En 2016, un congrès a eu lieu à Grozny en Tchétchénie, rassemblant 200 personnalités sunnites de nombreux pays .
Organisé par le gouvernement tchétchène et inauguré par le grand imam de l'Azhar, Ahmed al-Tayeb, il s'est réuni pour définir le
Note 34, 206
sunnisme . À l'issue de leurs travaux, ces dignitaires sunnites sont convenus que les gens du sunnisme sont les acharites
et les maturidites, au niveau du credo, les hanafites, les malikites, les chaféites, et les hanbalites, au niveau du droit et les soufis
207, Note 35
de l'imam Junaid al-Baghdadi, au niveau de la gnose, des manières et de la purification [spirituelle] . Ce congrès exclut
le wahhabisme. Néanmoins, la marginalité de certaines figures présentes et le rôle de la Russie semble que ce congrès avait
davantage pour rôle "d’asseoir l’influence de Vladimir Poutine en Asie Centrale et au Moyen-Orient", au détriment de l'Arabie
206 208
Saoudite . Il est controversé dans le monde arabe .
Le chiisme
La séparation du chiisme avec les autres courantes de l'islam date aussi des premiers
temps de l'islam et de la question de la succession de Mahomet. Les chiites considèrent
que le califat doit être réservé à Ali et à ses descendants, héritier désigné, selon eux, par
209
Mahomet avant sa mort .
Le chiisme est divisé en différentes branches, dont les principales sont le chiisme
210
duodécimain (branche la plus importante), le zaïdisme et l'ismaélisme . La lignée d'Ali
est composée de douze imams. Les chiites duodécimains ou "imamites" sont ceux qui ont
Mosquée de l'imam Husayn à
Kerbala, en Irak. On distingue aussi
accepté ces douze imams. Les autres courants se sont formés à la suite d'un imam, non
209
deux longs minarets de la mosquée légitimé par le précédent (Zaydite au 5e, Ismaélien au 7e, Nousayri au 11e) .
Al Abbas sur la photo.
Pour certains auteurs musulmans des premiers siècles de l'islam, principalement alides, le
211
Coran a été falsifié par le pouvoir des premiers califes . La croyance chiite dans un
Note 36 e
Coran complet sauvegardé par Ali et rapporté à la fin des temps est majoritaire jusqu'au x siècle, date à laquelle les chiites
ont « été contraints » d'adopter la version officielle sunnite pour des raisons aussi bien doctrinales, politiques (prise du pouvoir
212
par des chiites) qu'historiques (« établissement définitif des dogmes et de l'orthodoxie islamiques » qui ne peuvent plus être
213
remis en cause) . La disparition des noms et donc du contexte des écrits coraniques rend celui-ci muet, silencieux et, pour le
214
chiisme, seul l'imam peut le rendre parlant . Cette doctrine mène vers une approche plus secrète de la lecture coranique dans le
215
chiisme .
Chiisme duodécimain
58
Les duodécimains sont « ceux qui croient en la venue de douze imams ». Ils représentent 80 % des chiites et sont majoritaires
209
depuis le xvie siècle. Les duodécimains sont nombreux en Iran, en Irak, au Liban .
Le douzième imam, Mohammed al-Kaym « al-Mahdi », un enfant, aurait été occulté. Imam caché, les chiites duodécimains
croient qu'il reviendra à la fin des temps. L'imam caché a un rôle central dans ce courant. Il sera, pour ce chiisme celui qui
209
révélera le sens caché de toutes les révélations prophétiques .
Les chiites croient que chaque grand prophète a été suivi par une succession de douze imams chargés de manifester le sens de la
révélation. Ainsi, les douze imams auraient été chargé d'expliquer le sens caché de la loi littérale transmise par Mahomet. Ainsi,
« la Révélation ne s’arrête pas à la Récitation du Verbe descendu sur Mohammed, elle continue à travers les imams chargés de
209
manifester les innombrables significations de ce Verbe » . Les duodécimains n'ont pas attribué un rôle politique aux imams.
« La seule chose clairement établie est que la souveraineté revient à l’« imam caché » et que tous les gouvernements séculiers
209
sont illégitimes » .
Les pratiques et rituels du chiisme sont proches de ceux du sunnisme. Une grande importance est donnée par la sensibilité
populaire à la souffrance des imams assassinés. Le chiisme se caractérise par des lieux saints, principalement des mausolées
209
consacrés au grandes figures de ce courant .
Pour ce courant, "un imam ou un grand personnage de l’histoire islamique [est] une émanation, une incarnation, une
transfiguration de Dieu". Ce courant rejette l'attachement traditionnel à la lettre du Coran pour mettre en avant le sens caché et
209
implicite transmis par les imams .
209
De l'ismaélisme dérivent d'autres courants comme les druzes, les nizarides ou les moustalides .
Le kharidjisme
Quelques mois après la bataille de Siffîn en 657, un arbitrage eut lieu entre Ali et
Mu’âwiya à propos de la mort d'Uthman. Ali, reconnu coupable, dut faire face à une
révolte de personnes refusant cet arbitrage humain. Ils reçurent, a posteriori, le nom de
218
kharidjites ("révoltés") et se retirèrent dans la région d'al-Koufa. À partir de la mort du
calife Yazîd (683), ce courant se divise en plusieurs branches, dont la principale est celle
219
des ibadites. Après s’être soulevés contre les omeyyades, ils s'installèrent au Maghreb .
Selon D. Sourdel, « [j]amais codifiée, la doctrine des kharijites a cependant peu varié.
Tandis qu'en politique ils désirent un califat électif, confié au plus digne, ils sont en Ghardaïa, la vieille ville ibadite en
théologie et en morale, rigoristes et littéralistes : condamnation du luxe, rejet d'une sourate Algérie.
regardée comme frivole (celle de Joseph), interprétation littérale du Coran (parole incréée
219
de Dieu), nécessité d'une conscience pure avant la Prière, des œuvres avec la foi » .
Le kharidjisme est multiple dans ses formes (sufrites, ibadites…). De nos jours la seule tendance kharidjite qui ne s'est pas éteinte
220
est l'ibadisme . Il se retrouve dans le sultanat d'Oman et dans quelques régions très localisées du Maghreb, au nord du Sahara
220
algérien ou en Tunisie (île de Djerba) .
Le soufisme
Au-delà des différents courants, les musulmans ont élaboré des approches différentes du divin. Le soufisme est la voie mystique
de l'islam, fondée sur "recherche de l’union la plus étroite avec le Divin, le plus souvent via l’ascèse, la prière et la
221 222
méditation" . Les soufis s'appuient sur des tendances coraniques de piété, "étrangères à la plupart des juristes"
Le terme « soufi » apparaît pour la première fois dans la seconde moitié du viiie siècle de l'hégire pour désigner des ascètes, des
sages, des mystiques musulmans qui prient, jeûnent, portent des vêtements blancs rugueux (l'arabe sûf, signifie « bure »,
« laine »), car les premiers ascètes musulmans furent ainsi désignés à cause des vêtements de laine qu'il portaient ; ils peuvent
223
porter le muruga, manteau fait de morceaux rapiécés symbolisant le fagr, c'est-à-dire l'illusion du monde . Le mot « soufisme »
serait tiré de souf ([ ُﺻﻮُفṣūf], « laine » qui donne [ ُصوِفّيṣūfīy], « laineux ») . Le soufi portait en effet un vêtement de laine
221
221
blanche . La modestie et la pauvreté sont évoquées dans d'autres
noms donnés à certains d'entre eux : derviche (persan : درويش
[derwiš], « mendiant ») ou [faqīr] (en arabe : َفِقيٌر, « pauvre »)
[réf. nécessaire]. Les soufis se font connaître, quant à eux, comme
Ahl al-soufa ( [ َأ هُل ٱلُّص َّف ِةahl aṣ-ṣuffa], « les gens du banc » en
référence à ceux qui vivaient dans la Mosquée du Prophète à
Yathrib (Médine), et qui furent mentionnés dans le Coran comme
« la compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir
Note 37 [réf. nécessaire]
désirant Sa face » Les soufis croient que le Coran a
224 deux niveaux de signification ; le
Le soufisme (en arabe : [ َتَصُّوُفtaṣawwuf], « initiation » ) est un zahir, sens externe ou apparent ; et
Un marabout et mouvement spirituel basé sur la recherche de Dieu et la le batin, sens interne ou caché.
son chapelet. communion avec les autres. Pour atteindre le divin, le soufisme
défend qu'il existe la voie large de la charia et la voie étroite de
l'union à Dieu. Le soufi adopte donc des pratiques spécifiques supplémentaires, comme l'examen de
conscience, l'ascèse… Deux pratiques caractérisent le soufisme, le Dikr (répétition ininterrompue du nom divin ; pratique
codifiée au xiie siècle) et le sama, « sorte de concert spirituel musical ou dansé ». Le soufisme met en avant l'importance du
221
maître, guide spirituel porteur d'une bénédiction (baraka) .
Les soufis considèrent généralement que suivre la loi (charia) ou la jurisprudence islamique (fiqh) n'est que le premier pas sur le
chemin de la soumission parfaite. Ils se concentrent sur des aspects internes ou plus spirituels de l'islam, comme la perfectibilité
de la foi ou la soumission de l'ego (nafs). Les soufis cherchent à atteindre le fana (extinction du « moi » devant Dieu l'Unique)
selon trois degrés ou étapes :
La plupart des ordres soufis (tariqas) se rapprochent, soit du sunnisme, soit du chiisme. On les rencontre dans tout le monde
islamique, du Sénégal jusqu'à l'Indonésie [réf. nécessaire].
Le coranisme
Le coranisme est un mouvement islamique dont les adeptes voient le Coran comme seule source de foi et rejettent les hadiths
comme source légale et théologique aux côtés du Coran. Cette interprétation particulière de la foi fait que certaines de leurs
compréhensions coraniques diffèrent considérablement des doctrines orthodoxes.
Au sein de la Muʿtazila, une école de théologie musulmane qui a prospéré entre le neuvième et le onzième siècle, il y avait
diverses positions critiques concernant les hadiths. L'un de leurs représentants, an-Nazzām, avait une attitude très sceptique
226
envers les hadiths. Il a examiné les traditions contradictoires concernant leurs différents contenus pour défendre sa position .
En 1906, Muhammad Tawfīq Sidqī a publié un article critique dans le journal al-Manār par Rashīd Ridā avec le titre « L'Islam
n'est que le Coran seul » (al-Islām huwa al-Qurnān wa -da-hū). Il y critiquait la Sunna et estimait que les musulmans concernant
les différents contenus afin de défendre sa position devaient s'appuyer uniquement sur le Coran, puisque les actions du Prophète
n'étaient destinées qu'à servir de modèle pour les premières générations de musulmans. L'article, qui était le résultat de
discussions avec Rashīd Ridā au cours desquelles Sidqī a présenté ses idées sur la limitation temporelle de la Sunna, a rencontré
227
une forte opposition de la part des savants musulmans de l'époque, et plusieurs d'entre eux l'ont réfuté .
Le coranisme a également pris une dimension politique au xxe siècle lorsque Mouammar al-Kadhafi a déclaré que le Coran était
228
la constitution de la Libye . À travers des érudits égyptiens tels que Rashad Khalifa, le découvreur du code du Coran (Code
19), un code mathématique hypothétique du Coran, et Ahmad Subhy Mansour, érudit et militant islamique, qui a émigré aux
229
États-Unis, les idées coraniques se sont également propagées à de nombreux autres pays de .
Au-delà de l'appartenance à l'un des grands courants de l'islam, on ne peut éluder les pratiques (cultes de "saints", pratique
232
d'intercession…) parfois dites "populaires" de l'islam . Elles sont souvent imprégnées de doctrines soufies et, en particulier,
233
d’Ibn ‘Arabî (XIIIe siècle) . L’existence de particularités populaires est attestée dans toutes les sociétés du monde musulman.
Cet islam « vit sa religion avec son cœur, son imagination » et intègre des éléments locaux et folkloriques. « Les coutumes
d'avant l'islamisation subsistent en Iran, en Afghanistan, en Indonésie aussi bien qu'en Afrique noire ou dans les multiples
234 235
groupes berbères d'Afrique du Nord » . Cette dichotomie interroge l’islamologie .
Il faut également mentionner l'apparition, à la fin du xixe siècle, de la question d'un islam réformé qui vise à un aggiornamento
Note 38
général. L'origine de celle-ci semble la rencontre avec l'Occident . "Cette réflexion sur la modernité se fera sous le mode
non pas de la rupture mais du recours à la tradition non pas du progrès mais de la renaissance.". Le premier courant réformiste fut
celui de la salafiyya. Ce mouvement a privilégié l'islam "savant" et "urbain", au détriment des pratiques dites "populaires".
Néanmoins, cette islamisation de la modernité s'est accompagnée, avec l'entrée de l'islam dans des espaces démocratiques, d'une
modernisation de l'islam, via une individualisation de la religion. Cet affaiblissement du groupe a mené à un besoin de réforme
Note 39
« soit [dans] un rapport sécularisé à l’islam qui tend à relativiser au maximum les injonctions de la tradition ou au contraire
236
un fondamentalisme qui s’inscrit dans un respect exigeant de la tradition dans sa globalité » . Plusieurs penseurs comme
Mohammed Arkoun ou Mohamed Abed Al-Jabri ont participé à ces débats. Les attentats de 2015 semblent avoir été un
237
accélérateur en France dans les débats sur la réforme de l'islam . « Même s’ils ne sont pas toujours reconnus par de larges
publics, les effets de compétition intellectuelle [que les penseurs] produisent à travers les idées qu’ils mettent en circulation
238
changent aujourd’hui profondément le paysage intellectuel et idéologique musulman » .
Création
239
Le Coran ne se présente pas, comme la Genèse, mais plutôt comme un enseignement ayant pour but d'avertir les hommes .
Création de l'homme
Organisation
Le califat
Les califes (arabe : خليفةsignifiant « lieutenant », « successeur » ou « représentant ») désignent les successeurs de Mahomet. Le
240
porteur du titre a pour rôle de sauvegarder la religion et de gérer le monde d’ici-bas : c'est le dirigeant temporel et spirituel de
Note 24 240
l'Oumma, la « matrie », les musulmans doivent lui obéir .
Le Coran fait la distinction entre les deux termes Imamat et Califat, le premier ayant une fonction de direction, le second
signifiant le successeur (dans un sens non-obligatoirement politique). La pensée politico-religieuse musulmane ira vers une
241
confusion des deux termes et l'usage du second pour désigner celui qui dirige la communauté . Les penseurs musulmans des
premiers siècles ont construit la figure du calife, comme pouvoir et autorité. Ce statut conserve des traces des représentations
241
moyen-orientales anciennes, du souverain comme intermédiaire entre le ciel et la terre . La pensée du calife s'est développée
primitivement dans le monde chiite, et "la théorie sunnite n’a pas été précisée dans toute
240
son ampleur avant le ive siècle / xe siècle" . Elle se construit en réaction à ces autres
Note 40, 240
théories . Le droit du califat se caractérise par une quasi-inexistence de sources
240
dans le Coran ou la Sunna .
Un différend politique entre sunnites et chiites conduit le califat à se diviser en deux visions très distinctes : l'une élective, l'autre
héréditaire. Les premiers considèrent que le calife doit être élu pour ses qualités morales et islamiques, mais appartenir à la tribu
246
de Quraych (tribu de Mahomet dont le monopole est récusé par les kharidjites) . Les seconds considèrent que seul un membre
Note 41, 240
de la tribu de Quraych et de la famille de ‘Alî peut prétendre à ce titre . Les sunnites ne reconnaissent que les califes
247
Abou Bakr As-Siddiq, Omar ibn al-Khattâb, Othmân ibn Affân, Ali ibn Abi Talib, Al-Hassan ibn Ali et Omar ibn Abd-al-
248
Aziz comme « bien guidés » ou « bien inspirés » par Dieu. Selon les traditions musulmanes, la période préalable au califat
Ommeyades est composée de la succession de plusieurs califes surnommé "rachidoune". Ce récit se lit comme un édifice narratif
et pour el-Hibry comme une parabole. Selon Humphrey, ce récit datant du ixe – xe siècle est construit selon un principe de pacte-
249
trahison-rédemption . Le califat rachidoune est donc une construction abbasside permettant de rêver d'un âge d’or, bien que les
recherches permettent d’attester qu’un fond historique existe. La notion de rachidoune, de califes « bien guidés », date elle-même
du ixe siècle. Les premières listes califales, issues de textes syriaques de l’époque omeyyade, ne citent pas Ali comme calife, en
249
cohérence avec la pensée omeyyade .
Après les quatre premiers califes (Abou Bakr, Omar, Uthman et Ali ibn Abi Talib), le titre a été revendiqué de manière
controversée par les Omeyyades, les Abbassides et les Ottomans, ainsi que par d'autres lignées en Espagne, en Afrique du Nord et
en Égypte. La plupart des dirigeants musulmans portaient simplement le titre de sultan ou émir, et allégeance à un calife qui avait
250
souvent peu d'autorité. Le titre n'existe plus depuis que la république de Turquie a aboli le califat ottoman en 1924 . Alors que
le califat a été un sujet de discorde entre dirigeants musulmans, il a été peu évoqué depuis 1924. "L'idéal musulman aujourd'hui
ne semble pas être celui de former de nouveau une communauté monolithique, fermée aux résonances extérieures, ayant à sa tête
251
un chef spirituel et temporel qui jouerait le rôle de calife comme aux plus belles heures du califat" .
La charia
252 253
La charia (littéralement, « le chemin vers une source » ou « le chemin menant à l'abreuvoir » ) est la loi islamique
254
comprenant l'ensemble des obligations procédant du Coran et de la Sunna . Dans le Coran, il existe seulement trois occurrences
de terme dérivés de la racine sh-r-'. Néanmoins, la prégnance des impératifs dans ce texte et la position de soumission qu'il
255
impose à ses destinataires explique l'importance de cet aspects, tant pour les sunnites que pour les chiites . Il est à noter que le
mot « charia » est employé à la même époque, en arabe, pour désigner la Torah, appelée alors la « charia de Moïse ». Il est
256
également employé par les Arabes chrétiens pour désigner l'Évangile, appelée la « charia du Messie » .
« L'idée s'est progressivement imposée que l'empire de la sharia était absolu : tout acte humain, du plus anodin au plus lourd de
255
conséquences, a une qualification sharaïque, et il appartient aux légiste de la communauté, les fuqahâ', de la découvrir » . Cette
vision qui s'est imposée n'a pas toujours fait l'unanimité et certaines sphères pouvaient, pour certains penseurs, être hors du
champ de la charia. « La représentation tellement répandue selon laquelle l'islam ne distingue jamais le sharaïque du politique ni,
plus généralement, le religieux du profane n'est pertinente que pour un certain islam, historiquement assez tardif, devenu
255
majoritaire de nos jours » .
Toutefois, depuis le xie siècle, la pensée juridique islamique s'est cristallisée avec la fermeture des « portes de l'ijtihad » (c'est-à-
dire « l’effort de réflexion ») par le calife abbasside Al-Qadir (craignant de voir son pouvoir menacé par des juristes
Note 42, 258
indépendants) en vertu d'une ordonnance intitulée : Le Message sur le Destin (Risâla al-qâdiriya) . Eric Chaumont
considère qu'il vaut mieux parler d'"étranglement de ses voies", l'itjihad n'étant pas un instrument de mise à jour des statuts
255
sharaïques . Si cette fermeture, qui n’était en rien une prescription divine, fut toujours contestée par de nombreux oulémas tels
259
qu’Ibn Hazm (994-1064) ou As-Suyuti (1445-1505), elle perdure, de fait, par paresse intellectuelle ou par impéritie . Selon des
recherches conduites par le Réseau international de solidarité WMUML en 2011 sur les lois dites islamiques (dénommées à tort
260
charia) , il s'avère qu'en réalité, elles seraient basées sur la tradition et la coutume. Le terme charia est instrumentalisé par les
autorités religieuses ou gouvernementales du pays afin de leur donner une soi-disant légitimité religieuse, mais avant tout pour
261
établir, rétablir ou renforcer le patriarcat de la société .
Selon Alain Besançon, le musulman croit à la perfection de sa Loi. De son point de vue, elle est modérée et tient le juste milieu,
c'est-à-dire le chemin raisonnable de la vertu. Elle lui apparaît comme plus adaptée à la nature humaine que la loi chrétienne
(notamment en matière de sexualité) et comme marquant par rapport à la loi juive, dont elle reprend bien des articles (cf. code
deutéronomique), un adoucissement considérable (notamment en matière alimentaire), l'interdiction du vin (à raison des troubles
164
sociaux générés) étant l'un des rares points où elle se montre plus sévère .
La question du djihad
266
Le mot « djihad » ( ِجَهاٌدen arabe) signifie en arabe « abnégation », « effort », « résistance », « lutte » ou « combat ». Dans les
267
langues européennes, il se traduit souvent par « guerre sainte » . Il désigne un devoir religieux pour les musulmans. Marie-
Thérèse Urvoy a réalisé une analyse détaillée de l'usage du mot jihâd dans le Coran. Elle relève que 41 occurrences à la racine de
ce mot s'y trouvent, dont 6 correspondant à des sens particuliers : « serment solennels » (5 fois) et « trouver le nécessaire »). Dans
16 cas, « [l'occurrence] apparaît dans un sens vague et imprécis de « mener combat pour Dieu », avec une unique référence
268
explicitement non violente » . On peut admettre que parmi les mentions coraniques vagues, certaines évoquerait un "grand
268
djihad" intérieur, « mais il est illégitime d'affirmer que le jihad coranique est uniquement spirituel » .
269 270
Le djihad a été théorisé au viiie siècle et a évolué tout au long de l'histoire . La notion de Djihad naît dans un climat de
270
conflit armé, en partie du vivant de Mahomet mais probablement aussi au cours des conquêtes musulmanes . Elle
s'accompagne de la division du monde entre un dār al-islām (territoire de l’islam) et dār al-ḥarb (territoire de la guerre). Les
270
Omeyyades possèdent une place particulière dans l'essor de la notion de djihad . Le droit musulman définit le djihad et ses
conditions. Il est principalement divisé en quatre ensembles, celui contre les infidèles, celui contre les apostats, celui contre les
268
rebelles et celui contre les brigands . Pour les chiites (littéralement, les « partisans »), le djihad ne peut être décrété que par le
57 57
Mahdi . Pour les kharidjites (littéralement, les « sortants » ou « dissidents »), le djihad serait le « sixième » pilier de l'islam .
Sous sa forme offensive, elle vise à étendre le domaine de l'islam. Cette approche a été utilisée, par exemple, lors de l'expansion
271
de l'Empire ottoman. Elle est pensée comme une « obligation collective » . Sous sa forme défensive, il consiste pour les
272
musulmans à défendre leur religion, leurs personnes, leurs biens, leurs frontières, au besoin jusqu'au sacrifice de leur vie . Il
s'agit, pour chaque croyant, d'une « obligation individuelle », dont la prolifération incontrôlée marque le monde musulman depuis
271
la dernière décennie du xxe siècle .
273
Une distinction a été faite, au ixe siècle , entre deux djihad-s, l'un externe, guerrier (dit le petit djihad) et l'autre interne, spirituel
270
(dit le grand djihad). Pour Bonner, la seconde a longtemps été prédominante . Pour M.T. Urvoy, la fin des conquêtes islamiques
268
(ixe siècle) a été à l'origine de spéculations sur un "Grand djihad", effort intérieur, qui n'a jamais supplanté l'aspect guerrier .
274, 275
Classiquement, on distingue quatre types de djihad : par le cœur, ou par la parole, ou par la plume, et par l'épée ; les trois
276
premiers constituant une obligation individuelle (fard ayn), le dernier constituant une obligation collective (fard kifaya) .
Il ne faut pas non plus confondre le « djihad » avec le « djihadisme », ce terme désignant une doctrine islamiste encensant le
273 277
djihad armé . Ce mouvement est très hétérogène mais est caractérisé par un "focus singulier" sur l'aspect violent du djihad .
Ces mouvement ont utilisé les attentats et les attentats-suicides, pourtant expressément interdits par le Coran au titre du
278
suicide . L'origine des attentats-suicides reste, à ce jour, incertaine. Selon Ehud Sprinzak, les attentats-suicides seraient à mettre
en relation avec les assassinats perpétrés par la secte chiite des haschischins (littéralement, « mangeurs de haschich », afin de
faire croire aux pressentis qu'ils sont d'ores et déjà au Paradis ; à l'origine du mot « assassin » en français) au xie siècle. Au
e
xviii siècle, le suicide de l'« assassin », déjà associé au martyr, est utilisé par des communautés musulmanes de la côte de
279, Note 44 Note 45
Malabar en Inde en lutte contre les Européens . Selon Noah Feldman et Denis MacEoin, depuis 1983 , l'attentat-
suicide a « pénétré la conscience culturelle islamique » (dit Feldman) sous couvert de djihad « musulman » et subséquemment, de
culte des martyrs (chahid), ce qui a permis sa banalisation malgré l'interdiction coranique du suicide, et autorisé par la suite des
280, 281
musulmans (sunnites ou chiites) à perpétrer des attentats-suicides .
Clergé
L'islam reconnaît divers niveaux de compétences religieuses et différentes fonctions parmi
0:00 / 0:00
ses fidèles. Il est possible de citer :
Lancement de l'Adhan à Médine.
Le muezzin fait l'appel à la prière ;
L'imam dirige la prière ;
Le recteur de la mosquée dirige la mosquée ; 0:00 / 0:00
Le cheikh est un chef de clan ou tribu ; Récitation de la Sourate Al-Fatiha à
Le mufti (arabe : )ُمْفِتيest un jurisconsulte. Lorsque des musulmans sont La Mecque.
divisés sur un sujet particulier, souvent face à des contradictions de fatwas,
ils peuvent solliciter son arbitrage pour obtenir des éclaircissements sur
l'interprétation de la charia ;
Le faqih (arabe : )فقيهest un maître en droit musulman ;
Le mouhaddith est un spécialiste du hadith ;
Le cadi est un juge dans un tribunal islamique ;
L'ouléma, 'âlim (arabe : )َعاِلٌم, est un docteur de l'islam, un enseignant-chercheur en droit musulman.
Le molla ou mollah (ayatollah ou hodjatoleslam) est un érudit musulman dans des pays dont le langage a une
influence perse (arabe : mawlān, َمْوًلى, pl. mawâlin, َمَواٍلaide ; défenseur ; seigneur). Il est la plus haute
autorité pour les chiites.
Jusqu'en 1055, le calife détenait le pouvoir temporel (politique et militaire) et spirituel (théologique et judiciaire).
En Europe et dans certains pays musulmans, la question des formations se pose. En France, "aucune université ni établissement
scolaire reconnu ne propose à l'heure actuelle de former les candidats à la fonction religieuse." Actuellement, les imams sont
282
formés soit dans l'institut des « Musulmans de France », soit à l'institut Al-Ghazali de la Grande Mosquée de Paris (GMP) .
Dans le sunnisme
Il n'existe pas « au moins dans l’islam sunnite, d’un véritable clergé comparable au clergé
284
catholique » et pas de « véritable séparation entre clercs et laïcs dans l’islam sunnite » .
Néanmoins, si « l’islam est une religion sans Église ni clergé. […] cela ne signifie pas
285
qu’il soit pour autant une religion sans clercs ni institutions » .
"L’idée que l’islam serait une « religion de laïcs » relève d’une vulgate du dogme
musulman selon laquelle l’autorité religieuse serait une capacité exclusivement divine".
L'islam sunnite possède une structure institutionnelle, autour de la place centrale occupée
286
par l'imam. Ils assurent la direction de la prière et parfois aussi la prédication . Selon la
Carte postale de 1900 montrant le
canon islamique, la prière à la mosquée doit être dirigé par un imam. Celui-ci a, dans la
minbar (chaire utilisée par l'imam
mosquée, un véritable rôle de chef d'orchestre et possède une autorité rituelle. L'imam est pour son prêche) de la Grande
distingué du fidèle par sa position et par le fait qu'il soit "seul habilité à prononcer à haute Mosquée de Kairouan. Cette chaire
et intelligible voix l’ensemble des paroles rituelles constitutives de la salat." Il a aussi du ixe siècle, toujours en place dans
286
autorité pour légitimer la validité d'une prière ou demander au fidèle de la refaire . En la mosquée, est le plus ancien
outre, ils ont parfois, en France, des fonctions, qui, en pays musulman, seraient attribué minbar encore intact du monde
283
286 musulman .
aux oulémas, au mufti ou au mourchid .
"Cette autorité passe néanmoins d’autant plus souvent inaperçue que le caractère basique
des qualifications qu’elle requiert permet aux fidèles de continuer à se représenter ce rôle comme « universellement »
286
accessible" . Ce principe est particulièrement répandue dans les mosquées française, ce qui a permis de se singulariser du
286
catholicisme .
Dans le chiisme
Le chiisme orthodoxe de la branche usuli (clergé des ayatollah) reconnaît (contrairement aux chiites akhbaris), a contrario, un
287
clergé à plusieurs niveaux hiérarchiques . Chez les chiites, le titre d'imam désigne le chef spirituel et temporel de la
communauté musulmane (calife pour les sunnites). Il est porté par les descendants d'Ali ibn Abi Talib (premier imam) et de
Fatima Zahra (fille de Mahomet) jusqu'au douzième imam (Mahdi). Les imams sont considérés comme les dépositaires du sens
288
secret de la révélation coranique et comme les seuls successeurs légitimes de Mahomet .
Économie
Le prophète Mohammed est, bien avant Adam Smith, le tout premier homme à avoir mis en avant l'idée que les marchés et la
formation des prix étaient régulés par une main invisible (bien qu'il n'emploie pas le terme "main invisible") : « Il n'y a personne
289
d'autre qu'Allah qui rend les prix faibles ou élevés » ; certains estiment même que ces paroles sont les premières fondations
290
historiques du laissez-faire .
La fiscalité dans l'islam se dit solidaire par le zakât : les fidèles qui en ont les moyens doivent redistribuer une partie de leurs
291
richesses aux plus démunis ou à l'intérêt de la cité . Bien que le montant est réglé au cinquième des revenus du musulman et au
292
tiers de son héritage , le montant effectivement versé n'est jamais explicitement communiqué car celui-ci doit faire l'objet d'un
291
dialogue entre Dieu et le fidèle .
La finance islamique est une finance réadaptée afin de convenir à la charia : il est interdit d'être rémunéré au seul motif de
l'écoulement du temps (c'est une version poussée de la critique de l'usure) ou au motif du hasard, la finance islamique ne peut pas
non plus financer les activités illicites à la charia, et les profits tout comme les pertes doivent être partagés au sein de la
293, 294
communauté musulmane .
Fêtes musulmanes
Le vendredi est, pour les musulmans, un jour consacré au culte, prenant place à la mosquée à midi. Ce jour n'inclut pas, comme le
295
sabbat ou le dimanche chrétien, une dimension de repos. Cette prière du vendredi est évoquée dans le Coran .
Dans l'islam, deux fêtes sont particulièrement sacrées : l'Aïd al-Adha et l'Aïd el-Fitr.
296
L'Aïd al-Adha, ou Aïd el-Kebir (« la grande fête ») est célébré le dixième
jour du dernier mois du calendrier islamique, en commémoration du sacrifice
d'Abraham sur le Rocher de la Fondation, et coïncide avec le pèlerinage à
La Mecque, le cinquième pilier de l'islam. Cette fête correspond à un ancien
297
usage préislamique .
L'Aïd el-Fitr « fête de la rupture du jeune » ou 'al-ʿīd al-ṣag̲ h̲ īr «la petite
fête», qui tombe le premier du mois de Chawwal célèbre la fin du jeûne du
298
mois de Ramadan . Célébration de l'Aïd el-Fitr au
299
Achoura : le jeûne de Achoura est un temps de jeûne facultatif, emprunté au judaïsme . Maroc.
Pour les chiites, c'est surtout la date anniversaire de la mort de l'imam Husayn, petit-fils de
300
Mahomet .
301, Note 46
Ramadan : Seul mois dont le nom figure dans le Coran , ramadan est pour les musulmans le « mois saint par
302 303
excellence » car il constitue le mois du jeûne (ou sCaoum) et contient Laylat al-Qadr (la nuit du Destin) . En français
comme en anglais, on emploie indifféremment le mot « ramadan » pour désigner le mois saint pour les musulmans et, par
304
métonymie, le jeûne ou saoum . Laylat al-Qadr (Nuit du Destin), considérée comme la nuit la plus sainte de l'année, est une
commémoration observée au cours de l'un des dix derniers jours impairs du mois. C'est au cours de cette nuit que le Coran aurait
305
été révélé au prophète Mahomet par l'archange Gabriel .
Mawlid (Aïd Mawlid-ennabaoui) : Cette fête qui célèbre la naissance de Mahomet est généralement célébrée le 12 rabi-el-aouel
dans les pays musulmans. Elle est aussi appelée maouloud, mouloud, mouled ou mevlid selon les pays.
Culture islamique
Ablations traditionnelles
Pour les musulmans, la nature primitive (fitra) fixe
aux hommes musulmans, outre la coupe des
306
cheveux, cinq ablations traditionnelles :
la circoncision masculine
l'épilation des poils du pubis et des aisselles Musulmane lisant un livre dans la
le coupage des ongles mosquée Nassir-ol-Molk en Iran.
la taille de la moustache Octobre 2017.
Photographie représentant une la taille de la barbe : elle ne doit pas dépasser
circoncision, Turkestan, xixe siècle. la largeur d'une main, à partir du menton,
8
c'est-à-dire à hauteur de la base du cou (tôlia) .
La circoncision est une pratique largement répandue dans le monde musulman. Elle se
pratique, selon les régions, entre le septième jour et la quinzième année. Pourtant, cette ablation n'a de fondement normatif, ni
Note 47
dans le Coran, ni dans les hadiths . Son origine, dans le monde musulman, est liée à la présence importante de cette pratique
en Arabie préislamique. Selon les hadiths, c'est un usage qui serait resté courant dans les premières communautés
307
musulmanes . Ce rite de passage et de reconnaissance de la petite fille dans sa société perdure en dehors de l'islam chez les
308
coptes, les chrétiennes d’Égypte .
Selon le droit musulman, la circoncision est un acte sunna, recommandé, mais obligatoire (pour les deux sexes) dans l'école
shafi'ite. Un argument avancé est la circoncision d'Abraham. Néanmoins, pour les musulmans, elle est perçue majoritairement
comme "une obligation rigoureuse, au même titre, par exemple, que les piliers de l'islam". Elle a acquis dans l'islam une fonction
307 309
de rite de passage . C'est donc un acte plus culturel que cultuel .
Note 48
L'excision du clitoris n'est pas davantage une pratique prescrite par le Coran. Les écoles juridiques la recommandent en se
fondant sur des hadiths qui ne la prescrivent pas explicitement. Comme pour la circoncision, le fiqh semble avoir entériné une
Note 49, 307
pratique préislamique . Selon les sociologues congolais, Régine Tchicaya-Oboa, Abel Kouvouama et Jean-Pierre
Missie, l'excision fait débat entre les commentateurs « sunnites » qui la défendent soit comme recommandation, soit comme
310, Note 50, Note 51, 311, 312
obligation, soit « sous la pression de l'État » comme un acte interdit .
Selon le sociologue ivoirien Marcel Kouassi, « certains adeptes d'un islam traditionaliste » s'appuient sur plusieurs hadiths qu'ils
313
considèrent comme « authentiques » pour défendre cette « tradition » . Le grand imam de l'Azhar au Caire, l'une des plus
grandes références du monde sunnite, a fermement condamné l'excision au motif que les textes qui la recommandent sont
308
totalement trafiqués par les salafistes pour habiller juridiquement ce qu'il considère comme un syncrétisme .
Tabous alimentaires
La loi islamique fournit un ensemble de règles prescrivant ce que les musulmans doivent manger. Ces règles spécifient ce qui est
halal (halāl), c'est-à-dire légal. Ces règles se trouvent dans le Coran, qui décrit aussi ce qui est haram (harām), c'est-à-dire illégal.
Le Coran insiste sur cet aspect normatif, de la différence entre le licite et l'illicite. Ainsi, certains versets prescrivent des interdits
314
et d'autres abrogent les interdits juifs et arabes préislamiques . Le Coran se présente comme moins contraignant que les
interdits alimentaires juifs, qui sont, selon lui, des punitions divines. Néanmoins, les lois alimentaires musulmanes sont moins le
314
fait du Coran que de la Sunna .
315
Un des premiers interdits coraniques liés à la nourriture concerne les excès . Au-delà, d'autres interdits définissent les aliments
— principalement d'origine animale — et les boissons autorisés dans le cadre de la charia. Les critères utilisés précisent à la fois
quels sont les aliments autorisés et la manière dont ils doivent être préparés. Ces interdits sont considérés comme une voie de
315 315
Salut . Ces interdits sont levés en cas de contrainte de la faim, sans intention de pécher .
Selon Florence Bergeaud-Blackler, « en Europe occidentale, jusqu'aux années 1980, la plupart des autorités musulmanes
considéraient les nourritures des gens du Livre (juifs, chrétiens, musulmans) comme halal, à l'exception du porc ». Cette absence
316
d'objection est confirmée dans une fatwa de Mohamed Abduh et s’appuie sur le texte coranique (la sourate 5 et notamment son
317
cinquième verset) . Jusque dans les années 1980, hormis quelques juristes d'écoles rigoristes et des groupes islamistes
originaires du sous-continent indien, les autorités religieuses, y compris les plus radicales « considéraient que les musulmans
318
pouvaient consommer la nourriture des pays de tradition chrétienne et juive » .
Note 52
Florence Bergeaud-Blackler, rappelle que le "marché halal" est un marché mondialisé industriel né dans les années 1980
d'une rencontre entre deux courants : l'idéologie libérale du libre-échange dans un marché mondial sans frontières et le
318
fondamentalisme islamique porté par deux tendances : les Frères musulmans et les salafistes . Cette évolution permettait aux
316
courants fondamentalistes d'« ériger des frontières symboliques entre les musulmans et les non-musulmans » .
La Ḏabīḥah ( )َذِبْيَح ةest la méthode prescrite par la loi islamique concernant l'abattage de tous les animaux à l'exception des
animaux marins. Il doit être réalisé en invoquant le nom d'Allah, en disant : « Bismillah Allahi al-Rahman al-Rahim » (Au nom de
319 320
Dieu le très miséricordieux le tout miséricordieux) . Le sacrificateur doit appartenir à la catégorie des "gens du Livre" . Mais
les savants musulmans restent en désaccord sur la licéité de la viande cacher et la conception souple du halal a tendance à être
320
marginalisée .
Calendrier islamique
L'islam possède un calendrier propre. On indique qu’une date est donnée dans ce
calendrier en ajoutant la mention calendrier musulman, calendrier hégirien, ère
321
musulmane ou ère de l’Hégire ; ou en abrégé, (H) ou (AH) (du latin anno Hegiræ) . Ce
calendrier a été mis en place par le calife Umar, qui a fixé son point de départ au premier
jour du premier mois de l'année de l'Hégire, le 16 juillet 622. Il introduit alors une ère de
322
l'Hégire .
Le Coran précise que le calendrier doit être lunaire, dans la continuité de pratiques
présentes dans certaines parties de l'Arabie préislamique. Elle est composée de 12 mois,
322
dont quatre sont considérés comme sacrés . Le Coran évoque l'interdiction d'une
pratique qui semble celle du mois intercalaire. Le calendrier musulman se décale donc
d'environ par an par rapport au calendrier solaire. Le terme "yawn" (jour) apparaît environ Les phases de la lune forment la
322 base du calendrier islamique.
460 fois dans le Coran .
Il est à noter qu'il existe un conflit méthodologique quant à la fixation de la date de début
323
du ramadan. Contre la méthode oculaire (qui ne requiert aucun clergé), la société secrète des frères musulmans milite
régulièrement pour la méthode dite scientifique, c'est-à-dire celle des calculs astronomiques, sur la base d'une réinterprétation
d'un verset du Coran. Cependant, le début du ramadan n'a jamais été fixé autrement que par l'observation du premier croissant de
lune dans le ciel, à l'époque de Mahomet, de ses compagnons, et des musulmans sunnites des premiers siècles suivant la Sunna, et
324
aucune information fiable ne permet d'établir d'autre méthode .
Musique islamique
L'islam sunnite entretient une relation assez complexe avec la musique. Si la musique comme fait
religieux est attestée dans la religion musulmane, certains auteurs soulèvent la difficulté de
conceptualiser une « musique sacrée. » Dès ses origines et la vie de Mahomet, certaines
contradictions semblent exister et plusieurs courants de pensée -de l'interdiction de la musique à
325
son autorisation- s'opposent .Les musulmans défendant cette vision s’appuient aussi bien sur le
texte du Qorʾān que sur les hadîths. Pourtant, le terme musique n'est pas utilisé explicitement dans
326
le Coran et cette interprétation s'appuie sur ce qui est perçu comme une allusion . Cet
326
argumentaire s'est construit au fur et à mesure de l'islam et suscite toujours le débat .
Dans les textes présentant la vie de Mahomet, en raison de certaines contradictions et/ou
divergences d'interprétations, différents courants de pensée allant de l'interdiction de la musique à
327
son autorisation s'opposent . Bien que l'illicéité de la musique fasse consensus au sein du Chauffage de bendirs
sunnisme, une emphase particulière sur son interdiction existe chez ses courants fondamentalistes : (tambours sur cadre), Sidi
328 Bou Said, Tunisie.
salafiste, wahhabite, etc. . Pour ce courant, la musique peut manipuler l'esprit et empêcher la
329
méditation du Coran .
La musique dans le monde sunnite est donc frappée d'interdits musicaux qui touchent aussi bien la musique religieuse que la
musique profane. Ces prescriptions interdisent tout particulièrement, la musique instrumentale qui pourrait être considérée par
l'Islam comme un art antireligieux. Pour cette raison et à la différence du soufisme, les instruments ne sont pas utilisés dans le
325
cadre de la musique religieuse sunnite .
Dans le cadre du sunnisme, la majorité des musulmans exclut de cette interdiction certaines musiques religieuses en raison de la
place première du texte dans celle-ci. Ainsi, selon l’imam égyptien Mohamed Hassan, « le chant est une parole tant qu’il n’est pas
329
accompagné d’instruments de divertissement et de musique . » Pour eux, ces musiques ne sont pas de la musique au sens
330
occidental du terme mais un mode d'énonciation du mot .
En revanche, les chiites n'éprouvent pas de gêne à la reproduction de visages humains, comme ceux de personnalités cultes telles
Ali et Hussein. En effet, contrairement aux Arabes, les Perses, à l'époque médiévale, disposaient déjà d'une longue tradition
artistique (en matière de peinture et de sculpture) qui a perduré même après l'arabisation et l'islamisation de la Perse.
Symboles
Note 54 331
On associe souvent le symbole du croissant et de l'étoile à l'islam, bien qu'il lui soit antérieur . Selon Whitney Smith , le
croissant est déjà utilisé sur les emblèmes, artefacts religieux et bâtiments de la Carthage punique. On retrouve aussi le symbole
332 333
du croissant dans l'Empire byzantin . Il est ainsi attesté sur des monnaies byzantines à partir du ive siècle . Il pourrait avoir
334
une origine sassanide. L'origine du symbole est donc obscure . À la chute de l'empire byzantin, le symbole aurait pu avoir été
335, Note 55
conservé sur des drapeaux turcs . S'il est utilisé avant par des musulmans, il s'est répandu comme symbole de l'islam
334
qu'au XIV-xve siècle .
336
Un des symboles islamiques est la couleur verte . Le vert est la couleur de la verdure et du paradis. Cette couleur est présente
337
dans les descriptions coraniques . Le paradis a été décrit comme verdoyant, où des sources d'eau couleraient en abondance, où
Note 56
les fidèles porteront des habits de soie verts . La légende d'al-Khidr (celui qui est vert), témoigne de l'importance de cette
338, 339, 340, 337 337
couleur pour ce peuple . Elle aurait été la couleur préférée de Mahomet et deviendra la bannière des chiites .
Cette couleur deviendra, par la suite, mais dans des circonstances et à une date "assez
337
floue", le symbole de l'islam . Selon Michel Pastoureau, elle prend une valeur sacrée
vers le xiie siècle. Après la chute des Fatimides, elle perd sa dimension politique familiale
pour devenir une couleur religieuse fédératrice. Cette mise en avant pourrait s'expliquer
dans le contexte des croisades et pourrait même être liée à une promotion du vert par les
Note 57, 341
croisés eux-mêmes .
La Mecque (Makkah) en Arabie saoudite, abrite la Kaaba (« le Cube »). Selon la tradition,
il est le premier lieu de culte, bâti par Adam (Adam) sur Terre, puis reconstruit par Ibrahim
(Abraham). L'histoire préislamique de la Kaaba est mal connue même si quelques récits et
342
textes semblent attester néanmoins d'une existence d'un lieu de culte . Tout musulman
se doit d'y faire un pèlerinage au moins une fois dans sa vie s'il en a la capacité physique
et financière ;
Médine (Madīnatu an-Nabî), où immigra Mahomet après s'être enfui de La Mecque, est la
deuxième ville sainte de l'islam. Selon ses propres paroles, « pour qui me visite après ma
254
mort, c'est comme s'il m'avait visité de son vivant » .
343 344 Le mont Arafat, situé à La Mecque
La ville de Jérusalem (al-Qods) est informellement acceptée par les musulmans
en Arabie saoudite, est le point
comme étant « le troisième lieu saint ». Cependant elle est reconnue comme d'une
d'orgue du pèlerinage. Les
importance moindre, et certains courants islamiques identifient d'autres lieux saints plus
345 musulmans du monde entier affluent
importants . C'est l'endroit vers lequel le prophète Mahomet aurait effectué le voyage à cet endroit pour y être absous par
nocturne et l'ascension (Isra et Miraj). Pour autant, ce statut de sainteté de la ville de Dieu.
346
Jérusalem connaît une mise en place longue puis « connut des hauts et des bas. » . Il se
346
développe principalement à partir de 1144, dans le cadre de la lutte contre les francs .
Les chiites reconnaissent deux autres lieux saints : Nadjaf, en Irak, et Kerbala, lieu du martyre d'Hussein, petit-fils du prophète
Mahomet et fils d'Ali, troisième imam, ainsi que ses compagnons, venus à Kerbala pour défendre l'imamat.
254
Par piété filiale, les sunnites reconnaissent l'importance d'Hébron, lieu du tombeau d'Abraham, père d'Ismaël . Enfin selon
347, 348, 349
l'UNESCO, la ville d'Harar en Éthiopie, est la quatrième ville sainte de l'islam .
La mosquée
La mosquée (masjid, "lieu de prosternation") est un espace spécifique réservé à la prière des
musulmans" Il n'y a que peu d'éléments coraniques la concernant. La mise en place de la mosquée
date, en effet, principalement de la période d'expansion de l'islam à partir du viie siècle. Le terme
350
est principalement utilisé dans le Coran pour désigner la Kaaba .
Simples à l'origine, elles acquièrent une dimension monumentale à l'époque omeyyade. Son
organisation et ses éléments se mettent en place lentement (mihrab au viiie siècle par exemple) et la
350
seule véritable obligation est alors la présence d'une qibla .
À la mosquée, hommes et femmes sont séparés pour la prière. Cette séparation est liée au principe
que la mosquée doit rester "pure". Néanmoins, cette séparation est avant tout temporelle puisque
351
Vue de la nef centrale de les lieux peuvent, en dehors de la prière, être occupés par les deux sexes .
la salle de prière de la
Grande Mosquée de
Kairouan (en Tunisie) ; au Rapport aux autres religions
fond deux fidèles font la
prière face au mihrab
L'islam reconnaît tous les pères fondateurs du judaïsme (Moïse, David, Salomon) et du
(niche indiquant la qibla). 156
christianisme comme des prophètes, sans pour autant s'y limiter . De nombreux récits bibliques
352
sont présents dans le Coran et l'islam naissant est marqué par des emprunts aux judaïsme . Vis-à-
vis du judaïsme, le Coran montre une attitude changeante, initialement bienveillante, avant
une rupture, date à laquelle "Le Livre" est distingué de la Torah et de l’Évangile. Les
352
rapports entre les musulmans et les juifs sont marqués par cette ambivalence . Dans les
hadiths, l'attitude principale de l'islam vis-à-vis du judaïsme et du christianisme est la
méfiance. Cela s'inscrit dans une volonté de distinguer clairement les institutions et les
communautés. Un principe largement adopté est "n'agissez pas comme le font les gens du
353
Livre", ce qui ressemble à l'interdiction talmudique de suivre les pratiques des Gentils .
Cela n’empêche pas l'islam naissant d'utiliser les éléments du judaïsme, Yom kippour
353 Le dôme du Rocher à Jérusalem.
devenant ainsi le jeûne d'Ashoura, puis du Ramadan .
L'apostasie dans l'islam vers une autre religion, quelle qu'elle soit, est fermement interdite
354 Note 58
par l'interprétation majoritaire du Coran . Le Coran condamne l'apostasie, sans y associer de peine terrestre , et encourage
Note 59
la conversion des non-musulmans. S'il est ambigu vis-à-vis des religions qu'il nomme « du Livre » , il ne l'est pas pour les
païens, "mécréants" (kouffar, au singulier kafir) et associationnistes qui n'ont le choix, parce qu'ils ont commis un crime
355, 356
exécrable en refusant d'adorer le seul vrai Dieu, qu'entre la conversion et la mort . Le droit musulman a instauré un statut
particulier pour les non-musulmans en pays d'islam, connus alors sous le nom de dhimmi. L'islam leur garantit une protection
contre l'acceptation de "la domination de l'islam et un certain nombre d'obligations" (abstention d'ostentation religieuses, marques
357
vestimentaires, impôt particulier…). L'histoire est marquée par une variation dans l'application de ces règles . Pour ce qui est
de la tolérance religieuse, la lettre de Mahomet aux chrétiens najrânites où ils purent exercer librement leur culte en l'an 631 est
souvent citée. Pour des chercheurs, ces alliances ont été tardivement « forgées par des chrétiens qui voulaient prouver à leurs
358, 359, 360
suzerains musulmans que le Prophète lui-même avait garanti leur bien-être et la préservation de leurs biens » .
Des processus de dialogues inter-religieux sont engagés, comme avec le catholicisme qui possède un " Service national pour les
361
relations avec l’islam", dont l'origine remonte aux années 1970 . Il a connu néanmoins des "bourrasques", comme après la
conférence de Ratisbonne et pose la question de la réception des échanges (comme la "lettre des 138") dans le monde musulman.
"Il semble donc que l’islam de chaque pays entende gérer le dialogue à son compte, non sans l’inscrire dans un contexte où les
362
dimensions politiques l’emportent souvent sur celles de caractère culturel, voire spirituel" . Pour Remi Brague, l'islam se
363
considérant comme un post-christianisme, le dialogue islamo-chrétien intéresse plus les chrétiens que les musulmans .
Critiques
Les critiques négatives contemporaines, faites à l'islam par de nombreux auteurs de pays dont les systèmes politiques sont laïques
ou séculiers, sont pratiquement les mêmes que celles faites aux deux autres religions monothéistes : obscurantisme, misogynie,
372
phallocratie, homophobie, intolérance, éloge de certaines violences, etc, et partage avec le christianisme l'antisémitisme .
Par exemple, parmi les auteurs anglo-saxons, l'éthologiste britannique Richard
373
Dawkins estime que l'islam est incompatible avec les avancées récentes de la science,
et en particulier la théorie de l'évolution, et a même émis le souhait personnel de
374
« populariser l'évolution dans le monde islamique » . Pour l'historien tunisien Mohamed
Talbi l'évolutionnisme est une vieille tradition dans la pensée musulmane, il cite entre
375
autres Ibn Khaldoun .
376
Le journaliste anglo-américain Christopher Hitchens , est encore plus virulent à l'égard
de l'islam et des religions en général : « Violente, irrationnelle, intolérante, alliée au
Mosquée des Omeyades à Damas
racisme, au tribalisme et au sectarisme, revêtue d'ignorance et hostile à l'investigation
en Syrie.
libre, dédaigneuse des femmes et coercitive envers les enfants : la religion organisée doit
avoir beaucoup sur la conscience ». Au sujet de l'islam, Hitchens soutient que cette
377
religion est sexiste, intolérante, et comprend de nombreuses « sectes guerrières et contradictoires entre elles » . Néanmoins,
« l'affirmation fondamentale » de l'islamisme selon laquelle l'islam « ne peut s'améliorer et est définitif » est, selon lui,
378
« absurde » . Cependant, bien des critiques peuvent paraître infondées, comme l’accusation de racisme, de tribalisme ou
d'intolérance. En effet, lors de son discours d’adieu, Mahomet a déclaré au contraire qu'« aucun Arabe n'a une supériorité sur un
379 380
non-Arabe » . Prophétisant les foutoûhât (« ouvertures à l'islam » ) entre autres de l'Égypte, il a recommandé de traiter ses
habitants avec bienveillance : « Dieu vous recommande les gens de la protection (Ahl al-dimmah), les gens de l'argile noire
(limon du Nil, ndlr), qui sont de teinte noire et ont les cheveux crépus car ils sont vos parents (par Agar, ndlr) et alliés (par Maria
381
la Copte, ndlr) » . Et d'insister : « il faut obéir à l'autorité légale, même détenue par un Noir à nez coupé (adultère,
382, Note 61
ndlr) » . Aussi, bien que les actes de Mahomet peuvent paraitre atroces et hypocrites, il convient cependant de prendre
383
en compte les contraintes des pratiques sociales rudes de son époque pour les juger . Dans sa biographie sur Mahomet, Maxime
Rodinson fait une analyse contextuelle des réformes législatives et sociales de Mahomet, et souligne que celui-ci a fait des
384
réformes concernant la condition féminine, l'esclavage, et la sécurité en général . Après une étude contextualisée de ses
réformes au regard de l'époque médiévale, Rodinson conclut : « Ainsi se constituait une législation qui, malgré ses lacunes, ses
obscurités, son caractère occasionnel, était à maints égards un progrès sur l'état antérieur. Elle répondait bien aux nécessités
particulières de la petite communauté médinoise en voie d'extension. Elle sauvegardait la sécurité de l'individu et protégeait
certaines catégories particulièrement exposées. En général, la tendance existante à l'individualisme était encouragé, sans que le
système tribal soit abandonné. Surtout au milieu de l'océan des coutumes imposées par la tradition et l'opinion publique,
385
apparaissaient des éléments d'un véritable droit des prescriptions, en principe nettement formulées et valables pour tous » .
Après la mort de Mahomet (en 632), le deuxième calife de l'islam Omar ibn al-Khattâb (mort en 644) a poursuivi ces réformes
386
sociétales en abolissant l'esclavage pourtant traditionnellement ancré dans toute l'Arabie .
« Le futur de l'islam se trouve dans le principe de l'accord des musulmans avec la conception de la [foi] universelle et la capacité,
à travers cette universalité, de faire et d'abroger des lois. À mesure que les musulmans avancent, leurs lois peuvent, de même,
387
avancer avec eux, et la prise de la mainmorte du droit canon peut se relâcher graduellement et légalement » .
Dans son livre Violence et islam, le poète arabe Adonis considère que la violence est inhérente à l'islam et au Coran, la non-
Note 62 388
violence ne s'appliquant pas envers les kafirs et les apostats , ni envers les femmes , et constate que l'islam,
389
historiquement et idéologiquement, encourage le saby (la prise de captives) .
Pour Ali Mostfa et Michel Younès, « le débat aujourd'hui autour de l'islam en Occident se cristallise autour de nouveaux repères,
telles que les revendications qui accentuent une altérité centrée sur l'observance des normes et du ritualisme en tant que variables
permettant à l'individu de s'intégrer dans la collectivité. Un nouvel imaginaire se trouve ainsi renforcé, celui du retour à un passé
mythifié comme argument pour raffermir le phénomène communautaire et densifier les références globales de
390
l'appartenance » .
Notes et références
Notes
1. Hadith : le prophète a dit : « Le croyant mange à satisfaire la faim d'un seul intestin. Le mécréant mange pour en
remplir sept. », rapporté par Boukhari.
2. Le Coran est le reflet d'une telle distinction. Ainsi, par exemple, la sourate 49 oppose chez les bédouins, deux
états : celui de croyants (mu'min) et celui de soumis (muslim). Dans ce contexte, le muslim est quelqu’un qui s’est
converti superficiellement, sans avoir la foi.
3. Cette définition ressort de toutes les études générales d'histoire ou d'histoire de l'art sur l'islam, par exemple : G.
Ryckman (dir.), « L'Islam », dans Maxime Gorce et Raoul Mortier, Histoire générale des religions, vol. 3, Paris,
Quillet, 1948, 2e éd., p. 333. L'auteur précise dans l'introduction que le génie de Mahomet est d'avoir fait de l'islam
un patriotisme dont le fondement est religieux. Le Larousse du xxe siècle donne à l'Islam le sens second
d'ensemble des pays de religion islamique. Littré aussi, mais c'est au mot Islamisme, avec le « même sens que
celui de Chrétienté pour les pays chrétiens. »
4. Les auteurs parlent parfois des "guerres d'apostasie", terme "apologétique et anachronique", l'islam n'étant pas
encore une religion constituée.
5. À propos de l'histoire de la rédaction du Coran et des débats scientifiques sur le sujet, lire Coran et Recherches
sur la datation du Coran
6. Il y a environ 20 millions de chrétiens parmi les Arabes.
7. Ni le Coran, ni le propos attribué à Mahomet ne contiennent le mot « piliers ».
8. Tradition (hadith) rapportée par Mouslim dans son livre As-sahih.
9. Le Coran, « Le Tonnerre », XIII, 16, (ar) الرعد, « L’Araignée », XXIX, 61-63, « Lokman », XXXI, 25, « Troupes »,
XXXIX, 38
10. Par exemple, sourate 2 : La vache (Al-Baqara) : « Et lorsque Nous demandâmes aux Anges de se prosterner
devant Adam, ils se prosternèrent à l'exception d'Iblis qui refusa, s'enfla d'orgueil et fut parmi les infidèles. ».
11. Par exemple, sourate 18 : La caverne (Al-Kahf) : « Et lorsque Nous dîmes aux Anges : « Prosternez-vous devant
Adam », ils se prosternèrent, excepté Iblis [Satan] qui était du nombre des djinns et qui se révolta contre le
commandement de son Seigneur. Allez-vous cependant le prendre, ainsi que sa descendance, pour alliés en
dehors de Moi, alors qu'ils vous sont ennemis ? Quel mauvais échange pour les injustes ! ».
12. Hadith : le prophète a dit : « Les Anges sont créés à partir de la lumière et les djinns le sont à partir d'une flamme
et Adam l'a été à partir de l'argile. » Rapporté par Mouslim.
13. « Auparavant, il existait quelques textes rimés, chansons et poésies en arabe, et ceci explique que le Koran soit
rythmé ». D'après Guy Franco, « L'Islam aujourd'hui », dans Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et
belles-lettres de Toulouse ([Link] vol. 157, 1995, p. 198.
14. Littéralement, le Coran affirme que Mahomet ne savait ni lire, ni écrire : « Et avant cela, tu ne récitais aucun livre
et tu n'en n'écrivais aucun de ta main droite. Sinon, ceux qui nient la vérité auraient eu des doutes. » (Coran, 29 ;
48).
15. Sourate 56 : L'évènement (Al-Waqi'a) : « que seuls les purifiés touchent ».
16. An-Nawawi, Al-Majmu`, (Cairo, Matbacat at-'Tadamun n.d.), 380.
17. « Dis : « Même si les hommes et les djinns s'unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils
ne sauraient produire rien de semblable, même s'ils se soutenaient les uns les autres ». (Coran, sourate 17,
verset 88)
18. « La conclusion du raisonnement est déjà contenue dans les prémisses, ou mieux les prémisses sont puisées
dans la conclusion. En effet, on peut déconstruire le raisonnement, et il apparaît alors que l'on passe « de la
conviction à la raison ». La conviction initiale est que le Coran révélé en arabe est la forme exemplaire de
l'expression claire ; cette certitude devient les prémisses du raisonnement… »
19. Ainsi, pour le penseur algérien Malek Bennabi, dans un ouvrage "se voulant juste [être] une tentative de prouver
la source surnaturelle et divine du Coran", «l'histoire n'a pas mentionné que ce défi [de l'inimitabilité] ait jamais été
relevé ». Il cite à ce propos la réaction attribuée au chef mecquois et ennemi de la nouvelle religion Al Walida Ibn
Al mughira : « Ce que j'en pense ? […] pardieu je pense que rien ne lui ressemble. Il est quelque chose de trop
élevé pour être atteint ». : [Link]
20. dont Bashâr Ibn Burd († 784), Abū al-ʿAtāhiyya († 828), Al-Mutanabbi († 965) et Abu-l-Ala al-Maari († 1058)
21. De même, le poète persan Ibn al-Muqaffaʿ († 757) écrivit des textes en prose rimée pour répondre à ce défi et «
montrer la banalité du langage coranique » : Youssouf T. Sangaré, MIDÉO. Mélanges de l'Institut dominicain
d'études orientales, no 34, 30 mai 2019, p. 399–403
22. Résumé par Youssouf T. Sangaré, l'auteur de la review
23. La seule formule coranique qui pourrait être perçue comme une prédiction événementielle (30, 2-3) peut être lue
de deux façons contradictoires.
24. Étymologie : de l'arabe « oum » (mère).
25. Le terme Coran a été inventé et utilisé pour la première fois dans le Coran lui-même. Cf. l'article « Coran » dans
l’Encyclopaedia of Islam.
26. Par exemple, sourate 33 : Les coalisés (Al-Azhab) : « En effet, vous avez dans le Messager d'Allah un excellent
modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment. ».
27. Coran [70:4] Les Anges ainsi que l'Esprit montent vers Lui en un jour dont la durée est de cinquante mille ans.
28. Par exemple, Sourate 14 (Ibrahim) : « au jour où la terre sera remplacée par une autre, de même que les cieux et
où (les hommes) comparaîtront devant Allah, l'Unique, Le Dominateur Suprême. ».
29. Hadith : le prophète a dit « Les gens seront ressuscités le jour de la Résurrection pieds nus et incirconcis »
rapporté par al-Boukhari et Mouslim.
30. Sourate 3 (La famille d'Amram), verset 59 : « Pour Allah, Jésus est comme Adam qu'Il créa de poussière, puis Il lui
dit « Sois » : et il fut. ».
31. Sur le Mahdi, les traditions sunnites et chiites divergent, les chiites n'attendant que son retour - imam caché tandis
que pour les sunnites, il ne naîtra que près de la fin des temps ».
32. D'autres sources donnent beaucoup moins de chiites mais n'estiment pas le nombre de wahhabites (15% des
KSA sont des chiites) source : Anees al-Qudaihi, « Saudi Arabia's Shia press for rights », BBC, 24 March 2009 ; et
Lionel Beehner, [[Link] « Council on
Foreign Relations » ([Link] June 16, 2006 ; Vali Nasr, Shia Revival, 2006,
p. 236.
33. Par exemple, les oulémas d'Arabie Saoudite n'ont pas été invités.
34. Deux documents ont été publiés lors de ce congrès, l'un en russe, l'autre en arabe. Ce dernier ne liste pas les
groupes dénoncés : [Link]
35. « Islamic conference in Chechnya: Why Sunnis are disassociating themselves from Salafists » ([Link]
[Link]/world/[Link]
ml) Sep, 09 2016 : « He stated: “Ahluls Sunna wal Jama’ah are the Ash’arites or Muturidis (adherents of Abu
Mansur al-Maturidi's systematic theology which is also identical to Imam Abu Hasan al-Ash'ari’s school of logical
thought). In matters of belief, they are followers of any of the four schools of thought (Hanafi, Shaf’ai, Maliki or
Hanbali) and are also the followers of pure Sufism in doctrines, manners and [spiritual] purification. ».
36. Qui contiendrait donc des références claires à Ali ainsi que des noms d'adversaires de Mahomet
37. Le Coran, « La Caverne », XVIII ([Link] 28, (ar)
( الكهف[Link]
7%D9%81).
38. Soit à la suite de la campagne d'Égypte (Jocelyne Cesari), soit à la suite de la poussée du wahhabisme :
[[Link]/doc/tiers_0040-7356_1982_num_23_92_4176 Le réformisme musulman et son évolution
historique]
39. Concernant environ 80% des nouvelles générations en France, cet islam se veut un attachement traditionnel et à
des valeurs, sans, pour autant, une réelle pratique
40. Cette théorie est une construction qui, rejetant des hadiths chiites, va défendre la thèse du libre choix (ikhtiyâr)
aura pour conséquence de devoir valoriser les Compagnons de Mahomet."Elle s’interdit plus que les autres la
réflexion sur la vérité des faits advenus, ce qui ne sera pas sans engendrer une tendance permanente au refus de
la réalité et à l’idéalisation du passé, et cela jusqu’à nos jours." :
41. Cette condition n'est pas suffisante pour les chiites : « chaque imâm choisit son successeur parce qu’il reconnaît
en lui une dimension eschatologique, une sorte de préexistence métaphysique : l’imâm est dans l’ordre des faits
choisi par Dieu et seulement reconnu par l’imâm qui le précède. »
42. Arabe : risāla, رسالة, message ; lettre épître.
43. Ces quatre "écoles" portent le nom de quatre imams. "Plus personne toutefois ne eut aujourd'hui prétendre que
les imams éponymes furent les initiateurs de ces écoles". Ces écoles sont nées dans des cercles de savants dans
un processus impersonnel. (E.C, "Sharia", Dictionnaire du Coran.)
44. Selon Noah Feldman, les premiers attentats-suicides pourraient remonter aux anarchistes européens du xxe siècle
(Noah Feldman, « Islam, Terror and the Second Nuclear Age », The New York Times,29 octobre 2006
(ISSN 0362-4331 ([Link] lire en ligne ([Link]
0/29/magazine/[Link]), consulté le 12 mai 2016).). Toujours est-il que, selon Constance Sereni (à l'échelle
de masse) la stratégie militaire des attaques kamikazes (japonais : « vent divin ») serait plutôt une innovation du
vice-amiral japonais Ônishi Takijirô au xxe siècle (« La tactique kamikaze - une invention fondamentalement
japonaise ? ([Link]
onstance-sereni/) », sur GIS Asie / Réseau Asie & Pacifique (consulté le 12 mai 2016).)
45. Lorsque des militants chiites ont fait exploser la caserne des Marines américains au Liban
46. Coran, II, 185.
47. Les cinq ablations, cités ci-dessus, proviennent d'un hadith mais sont davantage une invitation qu'une norme
prescriptive.
48. "sous une forme bénigne"
49. L'excision du clitoris (ou clitéroctomie) est une pratique attestée en Égypte à l'époque ptolémaïque mais mal
connue : Ange-Pierre Leca, La médecine au temps des pharaons , Paris, Dacosta, 1992, chapitre « excision ».
50. En Guinée (pays à majorité sunnite), les musulmanes défendent l'excision comme une obligation religieuse. P.
Stanley Yoder, Papa Ousmane Camara, Baba Soumaoro, L'excision et la socialisation des adolescentes en
Guinée, Calverton, Maryland, U.S A . Macro International Inc et Université de Conakry, Conakry, Guinea, 1999,
57 p. (lire en ligne ([Link] chapitre 4.
51. Selon Habib Ellouze, l'excision dont il s'agit, serait seulement une nymphoplastie ou labiaplastie : « dans les
régions où il fait chaud, les gens sont contraints d'exciser les filles à titre de thérapie, car, dans ces régions, les
clitoris sont trop grands et gênent l'époux […] On excise ce qu'il y a en plus, mais ce n'est pas vrai que l'excision
supprime le plaisir chez les femmes, c'est l'Occident qui a exagéré le sujet. L'excision est une opération
esthétique pour la femme »
52. L'auteur étudie ici le "marché halal", pratique contemporaine particulière, et non l'existence de pratiques
normatives alimentaires.
53. Exemple : « Ceux qui subiront le chatiment le plus dur, le jour du jugement dernier, ce sont ceux qui dessinent les
images » (Boukhari 78/75).
54. Les croissants de lune utilisés dans l'antiquité peuvent avoir plusieurs directions. Le croissant vertical, tourné vers
la droite, s'est développé avec l'islam : G. Camps, « Croissant », Encyclopédie berbère, 14 | 1994, 2121-2125.
55. Il n’apparaît officiellement sur les drapeaux turc qu'en 1793, en association avec une étoile à huit branches L'étoile
a cinq branches n’apparaît qu'en 1844. : Marshall, Tim (2017-07-04), A Flag Worth Dying For: The Power and
Politics of National Symbols, Simon and Schuster (ISBN 978-1-5011-6833-8).
56. Par exemple, sourate 18 (Al-Kahf) : « Voilà ceux qui auront les jardins du séjour (éternel) sous lesquels coulent les
ruisseaux. Ils y seront parés de bracelets d'or et se vêtiront d'habits verts de soie fine et de brocart, accoudés sur
des divans (bien ornés). Quelle bonne récompense et quelle belle demeure ! ».
57. "De même que ce sont probablement les croisés qui ont sorti le croissant du vaste répertoire de figures
emblématiques utilisées par les musulmans et qui l'on promu pour en faire la seule figure s'opposant à la croix, de
même peut-être ont-ils contribué à la promotion du vert dans le camp d'en face : une seule couleur pour
emblématiser l'[Link] au long de l'Histoire, dans les guerres des emblèmes et des symboles, le regard
de l'autre a toujours été déterminant"
58. La sévérité du droit musulman vis-à-vis de l'apostasie, généralement punie de mort, découle davantage de
l'histoire que du Coran.
59. Des débats ont eu lieu entre les penseurs musulmans pour déterminer la légitimité du judaïsme et du
christianisme. En effet, plusieurs attitudes sont visibles dans le Coran, accompagnant la dégradation des relations
entre Mahomet et les juifs.
60. Cela est en partie lié à la vision de l'homme et de la femme comme complémentaire.
61. Boukhari, vol. 9, livre 89, no 256 avec cette différence : « Écoutez et obeissez, même si l'on vous a donné pour
chef un esclave éthiopien noir comme un raisin sec ».
62. « Il existe dans le texte une violence théorique et une violence pratique. La violence théorique a engendré la
violence pratique. Sur le plan pratique, par exemple, l'individu ne peut nullement se défaire de la croyance de ses
parents ou de sa communauté au profit d'une autre. Beaucoup de versets condamnent l'apostasie […]. « Ne
laisse sur la terre aucun habitant qui soit au nombre des incrédules. » (Coran 71:26) Le musulman qui lit ce verset
est invité à exercer le djihad pour réaliser ce souhait et à combattre la « mécréance » avec tous les moyens dont il
dispose. C'est une violence qui n'est pas vue comme telle car considérée comme un triomphe de l'islam et du
vouloir divin. On peut d'ores et déjà dire que la violence est intrinsèque à l'islam. On peut citer également : « Nous
nous sommes vengés d'eux ; nous les avons engloutis dans l'abîme » (Coran 7:135) ; « le jour où nous les
saisirons avec une très grande violence, nous nous vengerons » (Coran 44:16) ; « Le Jour de la Résurrection
nous les rassemblerons face à face ; aveugles, muets et sourds. Leur asile sera la Géhenne. Chaque fois que le
Feu s'éteindra, nous en ranimerons, pour eux, la flamme brûlante » (Coran 17:97). Dans cette même sourate, il
est dit : « Considère comment nous avons préféré quelques-uns d'entre eux aux autres » (Coran 17:21). C'est la
loi de l'arbitraire. […] Ceux qui osent désobéir « seront traînés avec des chaînes dans l'eau bouillante et précipités
ensuite dans le feu » (Coran 40:70-72) ». Violence et islam, Adonis, entretiens avec Houria Abdelouahed, éditions
Seuil (ISBN 978-2-02-128858-2), p. 51, 52 et 53.
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souverainement les êtres, les punit et les récompense suivant des critères impénétrables et indiscutables. Terrible,
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pratiques des musulmans sont séparées par des cloisons disciplinaires. L’on se représente tantôt une étrangeté
mutuelle totale des deux sphères, tantôt une influence unilatérale des ‘ulamâ’ sur la masse » :
[Link] Trois approches peuvent avoir été utilisées. La première, essentialiste, appuie
sur cette différence au risque d’être péjoratif envers un islam « populaire », « périphérique » ou « ethnique ». La
seconde est de voir ces islams comme des entités déconnectées, au risque du relativisme. La troisième essaye
de trouver un équilibre, par l’abandon d’un universalisme dogmatique dans la recherche des diversités
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entourée de monothéistes et d'idolâtres. En principe, ces derniers sont seuls des « infidèles » (kuffar, sing. kafir).
Ils commettent un crime abominable en refusant de rendre hommage au seul vrai Dieu. Ils doivent donc être
placés devant l'alternative de le reconnaître ou d'être exterminés»
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383. A propos des critiques faites à la personnalité de Mahomet, l'historien Maxime Rodinson explique dans l'article
« Mahomet » de la Grande encyclopédie Larousse que « certains de ces actes nous paraissent atroces, et
d'autres hypocrites. Mais il faut tenir compte, pour les juger, des rudes mœurs de l'époque et des sollicitations
pernicieuses, mais permanentes, de la raison d'Etat »
384. Maxime Rodinson, Mahomet, Éditions du Seuil, coll. « Essais », 1994, 398 p. (ISBN 978-2-02-022033-0),
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Voir aussi
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Filmographie
1977 : Moustapha Akkad, Le Message.
Articles connexes