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Menaces et recommandations en cloud computing

Le document présente un état des menaces informatiques liées au cloud computing, soulignant les risques croissants pour les fournisseurs de services cloud et leurs clients. Il aborde les différentes typologies d'attaques, notamment celles à des fins lucratives, d'espionnage et de déstabilisation, ainsi que les vulnérabilités spécifiques aux environnements cloud. Enfin, il propose des recommandations de cybersécurité pour atténuer ces menaces, en insistant sur la responsabilité partagée entre les fournisseurs et les utilisateurs.

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Menaces et recommandations en cloud computing

Le document présente un état des menaces informatiques liées au cloud computing, soulignant les risques croissants pour les fournisseurs de services cloud et leurs clients. Il aborde les différentes typologies d'attaques, notamment celles à des fins lucratives, d'espionnage et de déstabilisation, ainsi que les vulnérabilités spécifiques aux environnements cloud. Enfin, il propose des recommandations de cybersécurité pour atténuer ces menaces, en insistant sur la responsabilité partagée entre les fournisseurs et les utilisateurs.

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Date : 19 février 2025

Version : 1.0
Nombre de pages : 46

CLOUD COMPUTING
ÉTAT DE LA MENACE INFORMATIQUE

TLP:CLEAR
TLP:CLEAR

Table des matières


1 Synthèse 3

2 Introduction 4
2.1 Qu’est-ce que le cloud Computing ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.2 Champ d’étude et surface d’attaque dans le cloud . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2.3 Enjeux de protection face à l’application de lois-extraterritoriales . . . . . . . . . . . . . . 6

3 Menaces ciblant les fournisseurs et opérateurs d’infrastructures cloud 7


3.1 Attaques à des fins lucratives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
3.2 Attaques à des fins d’espionnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3.3 Attaques à des fins de déstabilisation par déni de service . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

4 Menaces ciblant les clients de services cloud 12


4.1 Attaques à des fins lucratives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
4.2 Attaques à des fins d’espionnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
4.3 Attaques à des fins de déstabilisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16

5 Menaces ciblant les applications de virtualisation et composants de gestion matérielle 17


5.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
5.2 Attaques à des fins lucratives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
5.3 Attaques à des fins d’espionnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

6 Le cloud comme infrastructure des attaquants 19

7 Recommandations 21
7.1 Recommandations à destination des clients de CSP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
7.1.1 Mesures générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
7.1.2 Maîtriser sa surface d’exposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
7.1.3 Assurer une continuité d’activité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
7.1.4 Protéger les identités, les accès et les données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
7.1.5 Superviser, détecter et investiguer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
7.2 Recommandations à destination des CSP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
7.2.1 Mesures générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
7.2.2 Maîtriser sa surface d’exposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
7.2.3 Assurer une continuité d’activité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
7.2.4 Protéger les identités, les accès et les données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
7.2.5 Superviser, détecter et investiguer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

8 Annexes 36
8.1 Glossaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
8.2 Inventaire des scénarios . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
8.3 Inventaire des recommandations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40

9 Références 41

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1 SYNTHÈSE
Le cloud computing est une technologie particulièrement structurante pour nos usages numé-
riques, à laquelle les secteurs privés et publics ont de plus en plus recours. Ce constat s’explique
notamment par les opportunités et l’effet levier apportés par cette technologie dans la trans-
formation numérique. Le cloud offre cependant de nouvelles opportunités d’attaques et problé-
matiques de sécurité pour les organisations qui l’utilisent, qu’elles disposent de leurs propres
environnements Cloud, ou fassent appel à des fournisseurs de services (Cloud service provider,
CSP). Ces derniers représentent à la fois une cible d’intérêt pour les données qu’ils traitent au
quotidien, mais aussi et surtout pour les accès qu’ils peuvent offrir vers leur client.
Les attaquants poursuivant des finalités lucratives, d’espionnage et de déstabilisation ont in-
tégré le ciblage et la compromission des environnement cloud dans leur mode opératoire. Cer-
tains ont notamment développé des compétences spécifiques à la compromission de ces envi-
ronnements. Par exemple, les modes opératoires d’attaque (MOA) Mango Sandstorm, Scattered
Spider, Nobelium, Storm-0558 ou encore Storm-0501, sont employés à des fins lucratives, d’es-
pionnage ou de déstabilisation, pour compromettre ce type d’environnements.
La maîtrise des environnements cloud, par certains opérateurs de MOA se traduit notamment
par la multiplication des tentatives de latéralisation depuis des environnements on-premise com-
promis, vers le cloud et parfois même réciproquement. Un savoir-faire également utilisé pour
exploiter les mauvaises configurations ou défauts de sécurisation (permissions excessives, ap-
plications obsolètes, API mal sécurisée, espace de stockage exposés etc.).
L’exploitation de vulnérabilités dans des équipements de bordure (tels que des équipements
VPN) constitue un point d’entrée privilégié par une vaste gamme d’acteurs malveillants. Dans
une moindre mesure, les attaquants réputés liés à des États et disposant de ressources plus
importantes utilisent également des vulnérabilités jour-0 (0-day) pour compromettre les envi-
ronnements ciblés.
Enfin, une des tendances grandissantes identifiée par l’ANSSI est l’utilisation des services de
cloud comme infrastructures d’attaques, qu’il s’agisse de louer de l’infrastructure d’attaque chez
des opérateurs de cloud, ou d’utiliser des plateformes grand public comme lieu de stockage,
d’accès à des codes malveillants ou d’exfiltration de données volées. Ces nouvelles pratiques
complexifient la détection en dissimulant les activités malveillantes au sein du trafic légitime
des utilisateurs de ces plateformes.
Afin d’assurer la sécurité des environnements cloud, il est important de souligner que, selon les
principes de la responsabilité partagée, les clients de services cloud sont en partie dépendants du
fournisseur pour leur sécurité mais disposent également de responsabilités importantes concer-
nant la gestion des données et des identités. Ainsi, des compromissions facilitées par un faible
cloisonnement entre systèmes d’information dû à l’hybridation générée par l’usage du cloud
ou les manquements dans la supervision des systèmes d’informations (SI) sont fréquemment
constatées.
A ce titre, cet état de la menace sur le cloud Computing comprend un volet dédié aux recomman-
dations de l’ANSSI adressées aux clients de fournisseurs de services cloud, ainsi qu’aux fournis-
seurs de services cloud eux-mêmes. Ces recommandations sont des bonnes pratiques de cybersé-
curité à adopter afin de se prémunir contre les menaces abordées. Elles ne sont pas exhaustives
et doivent être adaptées et complétées dans le cadre du contexte opérationnel et fonctionnel des
systèmes d’information considérés.

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2 INTRODUCTION

2.1 Qu’est-ce que le cloud Computing ?


Le cloud (ou cloud computing) désigne une pratique consistant à héberger certaines ressources
informatiques (équipements, applications, infrastructures ou services) dans un centre de don-
nées accessibles à distance à travers Internet, plutôt que dans un système d’information local
(on-premise).
Il existe plusieurs types de cloud : le cloud public, offre mutualisée pour l’ensemble des clients
d’un offreur de solutions cloud, le cloud privé, offre dont les ressources (processeur, réseau et sto-
ckage) sont physiquement dédiées à l’entité souscrivant à l’offre, et le cloud hybride ou commu-
nautaire, offre qui est physiquement dédiée à un ensemble d’entités d’intérêt commun, qu’elles
soient étatiques ou privées [1].
Les entreprises spécialisées en fourniture de services sur le cloud (Cloud Service Provider, CSP)
déclinent leurs services selon trois principaux modèles [2, 3] :
• Infrastructure as a Service (IaaS), qui fournit des ressources de base comme des serveurs et du
stockage (par exemple : AWS, Bleu, [Link], Cloud Temple, DS Outscale, Google
Cloud, Microsoft Azure, NumSpot, Orange Business, Oracle, OVHCloud, S3ns, Scaleway,
Scalingo, etc.).
• Platform as a Service (PaaS), qui offre des plateformes pour développer et déployer des ap-
plications. Par exemple : la plupart des fournisseurs de IaaS susmentionnés ont des offres
PaaS, ou encore Clever Cloud, Google App Engine, Heroku, Microsoft Azure App Ser-
vices, [Link], etc.
• Software as a Service (SaaS), qui permet d’utiliser des applications logicielles en ligne sans
avoir à en gérer l’infrastructure (par exemple : la plus part des fournisseurs de PaaS sus-
mentionnés offrent aussi des services SaaS, ou encore Brevo, Citadel, Google Workspace,
Microsoft 365, Nameshield Salesforce, Tixeo, Whaller, etc.).
D’autres modèles d’offres sur le cloud existent, tels que les Containers-as-a-Service (CaaS) qui
visent à déployer et gérer des applications conteneurisées sur une infrastructure cloud en se
libérant de la gestion des serveurs sous-jacents [1].

La responsabilité partagée
La responsabilité partagée sur le cloud désigne la répartition des tâches de sécurité et de gestion
entre le fournisseur de services cloud et le client.
Les différents modèles de services cloud présentent des niveaux de menace variés en fonction de
leur nature et des responsabilités partagées entre le fournisseur de services cloud et l’utilisateur.
Dans le cas d’une offre de service IaaS, le fournisseur gère l’infrastructure (serveurs, réseaux, sto-
ckage), tandis que l’utilisateur est responsable des systèmes d’exploitation, des applications et
des données. Pour une offre de service PaaS, le fournisseur gère la plateforme et l’infrastructure
sous-jacente, l’utilisateur est responsable des applications développées et des données. Enfin,
un fournisseur de SaaS prend en charge l’ensemble de l’infrastructure, de la plateforme et des
applications, tandis que l’utilisateur est responsable de la gestion de ses données et des utili-
sateurs. Le fournisseur met néanmoins à disposition les outils et mécanismes nécessaires pour
gérer ces accès de manière sécurisée.

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Du fait de la diversité des services cloud proposés, ce cadre théorique est en pratique souvent
complexifié. En effet, il est possible depuis plusieurs années de bâtir un système d’information
ou une application en « kit », reposant sur l’empilement et l’assemblage de briques disponibles
sur étagère, où chacunes d’entre elles fournissent un service spécialisé « clé en main » en fonc-
tion du niveau de délégation recherché (par ex. base de données, front-end, back-end, pipeline
de traitements, stockage, lacs de données, tableaux de bords, gestion des identités, etc). Selon
les besoins, ces briques peuvent être fournies par un même CSP ou issues de la combinaison
de services proposés par plusieurs CSP. Un défaut de configuration unitaire ou une mauvaise
sécurisation de leur interfaçage sont susceptibles de créer de nouvelles opportunités pour les
attaquants.

On-premise SaaS PaaS IaaS

Données

Équipements (appareils mobiles et ordinateurs)

Gestion des accès et des identités

Applications

Contrôles réseau

Systèmes d’exploitation

Infrastructure d’hébergement

Sécurité physique

Responsabilité du client Responsabilité du fournisseur de service Responsabilité partagée

FIGURE 1 – Principes de la responsabilité partagée (production : ANSSI) [4, 5]

En s’appuyant sur les principes de la responsabilité partagée, cet état de la menace distingue
la menace ciblant les opérateurs de services cloud, de la menace ciblant leurs clients.

2.2 Champ d’étude et surface d’attaque dans le cloud


Typologies des menaces contre le cloud
Le cloud, en tant que composante centrale de la transformation numérique, attire l’attention
d’une variété d’acteurs malveillants. Les cybercriminels motivés par des objectifs lucratifs ciblent
les environnements cloud à des fins de vol de données d’authentification, d’extorsion aux don-
nées volées, de déploiement de rançongiciel et de cryptominage. Des modes opératoires d’at-
taque réputés liés à des États sont utilisés pour cibler des environnements cloud à des fins d’es-
pionnage, mais également de déstabilisation au travers d’attaques par déni de service distribué
(DDoS) ou le sabotage des environnements cloud ciblés. Des groupes hacktivistes ciblent égale-
ment les infrastructures cloud au moyen d’attaques par DDoS.

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D’une manière générale, l’ANSSI constate un intérêt grandissant des attaquants pour la compro-
mission des environnements cloud. En premier lieu, cette augmentation est le résultat de la mul-
tiplication des environnements hybrides, basés sur des infrastructures on-premise et cloud, of-
frant davantage d’opportunités de latéralisation aux attaquants. En second lieu, c’est également
la conséquence d’un attrait grandissant des attaquants pour des environnements cloud avec les-
quels ils semblent gagner en expertise, qui présenteraient davantage de failles de configurations
et sur lesquels les défenseurs pourraient manquer de visibilité [6, 7]. La compromission des en-
vironnements cloud semble accessible à des MOA disposant de capacités variables. Au contraire
des infrastructures on-premise qui diffèrent selon les organisations, la relative standardisation
des environnements cloud faciliterait notamment les campagnes d’attaques des opérateurs de
MOA disposant d’une bonne connaissance de la documentation publique sur le cloud, mise à
disposition par les fournisseurs de services cloud eux-mêmes.

Quelle surface d’attaque sur le cloud ?


La surface d’attaque sur le cloud est vaste, notamment en raison des nombreux points d’entrées
et de latéralisation exploitables par des attaquants :
• les interfaces de gestion, telles que les portails Web et les API utilisées pour administrer
les ressources cloud, sont des cibles de choix ;
• les vulnérabilités logicielles dans les systèmes d’exploitation, les hyperviseurs, les conte-
neurs, les plateformes de gestion et les services cloud eux-mêmes peuvent être exploitées
si elles ne sont pas corrigées ;
• les mauvaises pratiques de gestion des accès et des identités, comme l’utilisation de mots
de passe faibles ou l’exposition d’interfaces d’authentification en l’absence d’authentifica-
tion mutli-facteur (MFA), peuvent permettre à un attaquant de s’introduire dans le système
et d’élever ses privilèges ;
• les erreurs de configuration dans les services cloud, telles que des permissions excessives
sur les bases de données, le stockage ou les ressources réseau, peuvent également exposer
des données sensibles à un accès non autorisé ;
• les dépendances avec des tiers, comme des fournisseurs de services ou des applications
tierces intégrées au cloud, peuvent également être exploitées si ces fournisseurs sont com-
promis.
Malgré l’étendue et la diversité de ces vecteurs d’attaques, il apparaît que certaines techniques
sont particulièrement récurrentes pour obtenir un accès initial sur des environnements cloud.
Selon GOOGLE CLOUD, en 2023, 51,1% des accès initiaux sur le cloud ont été obtenus suite
à l’exploitation d’interface cloud sans mots de passe ou dotés d’un mot de passe faible, tandis
qu’une étude de la société THALES pointe les erreurs humaines et les problèmes de configura-
tion comme premiers responsables de compromissions sur le cloud entre 2023 et 2024 (31% des
compromissions), suivis par l’exploitation de vulnérabilités (28% des compromissions) [6, 8].

2.3 Enjeux de protection face à l’application de


lois-extraterritoriales
Le recours à un service de cloud opéré par un prestataire non européen présente plusieurs risques
spécifiques, liés à l’application de lois à portée extraterritoriales. De telles lois imposent, en
effet, aux hébergeurs l’obligation de transmettre à leurs autorités les données de leurs clients,
sans voie de recours ou même d’information de ces derniers. Un risque qui porte dès lors sur

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la confidentialité des données hébergées dans le cloud. Le seul chiffrement des données n’offre
d’ailleurs pas une protection adéquate contre ces risques, dès lors que les clés de chiffrement
sont également dans le cloud (ce qui est généralement le cas lorsque les données chiffrées font
l’objet de traitement dans le cloud, et non d’un simple stockage).
Ainsi, certains hébergeurs sont soumis à des législations spécifiques telles que le Cloud Act
(Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act) et le FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act)
américains, ou encore à la loi sur le renseignement chinois, permettant aux autorités de ces pays
d’accéder aux données conservées dans le cloud, y compris en dehors de leurs territoires [9, 10].
Pour répondre à cette menace, la version 3.2 du référentiel d’exigences pour les prestataires de
services d’informatique en nuage SecNumCloud intègre des exigences assurant une protection
face à l’application de ces lois extraterritoriales [11].
L’usage de services cloud étrangers peut également présenter des difficultés en matière de sécu-
rité des données hébergées. Des différences de normes de sécurité, de transparence, ou l’absence
de contrôle direct sur les infrastructures, peuvent en effet complexifier la gestion de la sécurité
des infrastructures et des données. Par ailleurs, une telle situation peut également soulever des
risques sur la disponibilité des données et applications hébergées dans le cloud, la fourniture de
la prestation cloud étant dans ce cas potentiellement soumise à des restrictions à l’exportation
ou à d’éventuelles sanctions, qui peuvent évoluer dans le temps. Il est indispensable d’évaluer
ces risques au cas par cas.
En cohérence avec les recommandations de l’ANSSI pour l’hébergement de systèmes d’informa-
tion sensibles dans le cloud, les clients de fournisseurs de services cloud doivent évaluer, selon la
nature des données qu’ils souhaitent héberger et la typologie de menaces à laquelle ils peuvent
être confrontées, quels sont les types de services cloud qu’ils peuvent envisager d’utiliser [1].

3 MENACES CIBLANT LES FOURNISSEURS ET


OPÉRATEURS D’INFRASTRUCTURES CLOUD
Les opérateurs de services cloud sont ciblés par des attaquants poursuivant des finalités lucra-
tives, d’espionnage et de déstabilisation. La compromission d’un fournisseur de service cloud
peut octroyer un accès centralisé à des données sensibles, souvent en grande quantité, et offrir
un point d’entrée unique vers de nouvelles victimes.

3.1 Attaques à des fins lucratives


Les attaquants poursuivant des finalités lucratives ciblent les opérateurs de services cloud à des
fins d’extorsion par rançongiciel mais également dans l’objectif d’accéder à des secrets d’au-
thentification permettant de se latéraliser vers des systèmes d’information (SI) en aval.

Attaques par rançongiciel


En portant atteinte à la confidentialité et à l’intégrité de leurs données, les opérateurs de rançon-
giciels constituent une menace d’importance majeure pour les fournisseurs de services cloud.

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Incident ANSSI
En 2024, l’ANSSI a traité la compromission et le chiffrement du SI d’un opérateur de
communications électroniques proposant différents services dont une solution PaaS. La
compromission d’un équipement de sécurité de bordure PaloAlto vulnérable à la CVE-
2024-3400, connu publiquement depuis le mois d’avril 2024, puis la latéralisation et les
actions malveillantes qui s’en sont suivies ont entraîné l’indisponibilité des ressources
du bénéficiaire et de ses clients durant plusieurs semaines.

En mai 2023, les systèmes d’information de SCANSOURCE, une société américaine spécialisée
dans les services de migration sur le cloud et propriétaire du fournisseur de service cloud INTELI-
SYS, auraient été compromis par les opérateurs du rançongiciel Cactus [12]. Les données volées
ont ensuite été mises en vente sur le site de divulgation de données du groupe cybercriminel.
Dans un registre similaire, en août 2023, tous les serveurs, systèmes de sauvegardes inclus, de
l’hébergeur danois CLOUDNORDIC auraient été compromis puis chiffrés, menant à la perte de la
totalité des données clientes de l’entreprise. Pour compromettre l’intégralité des SI de CLOUD-
NORDIC, les attaquants auraient tiré profit d’une migration de serveurs effectuée par les équipes
de la société durant l’été 2023. En effet, pendant cet intervalle de temps, les systèmes de gestion
et de sauvegarde du prestataire auraient été temporairement installés sur un réseau partagé
composé de serveurs potentiellement déjà compromis. La société AZEROCLOUD, liée à CLOUD-
NORDIC par la même maison mère CERTQA HOLDINGS, aurait également été compromise. À
la suite de cet incident, les sociétés CLOUDNORDIC et AZEROCLOUD ont été contraintes de
déposer le bilan [13, 14].

Incident ANSSI
En 2024, un opérateur de solution SaaS à destination de professionnels de santé a été
ciblé par une attaque par rançongiciel contraignant ses clients à travailler dans un mode
de fonctionnement dégradé pendant plusieurs jours. Le prestataire a été compromis au
moyen du rançongiciel Lockbit 3.0 qui a causé l’indisponibilité de sa plateforme SaaS.
Cette compromission était liée à l’exploitation d’un équipement de sécurité de bordure
CITRIX NetScaler vulnérable à la CVE-2023-4966, qui a permis à l’attaquant de récupérer
les informations d’authentification d’un compte utilisateur.

Vol de données d’authentification et compromission de la chaîne


d’approvisionnement
Les attaquants motivés par des objectifs lucratifs s’intéressent également aux fournisseurs de
services cloud parce qu’ils peuvent constituer des points d’entrée vers leurs clients. La compro-
mission d’une de ces sociétés peut accroître les risques de vols de secrets d’authentification et
les attaques par la chaîne d’approvisionnement. À cet égard les sociétés spécialisées en gestion
d’accès et d’identité constituent des cibles privilégiées.
En janvier 2022, les opérateurs du groupe cybercriminel Lapsus$ se seraient introduits sur l’or-
dinateur professionnel d’un ingénieur de la société OKTA, spécialisée dans la gestion des iden-
tités. Cette intrusion aurait permis à l’attaquant de réinitialiser les mots de passe et les jetons
d’authentification multifacteur (MFA) d’une partie des clients de l’entreprise. Selon un commu-
niqué publié par OKTA, 2,5% des clients de la société, soit 366 entités, auraient été affectés par
cette compromission [15].

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Entre le 28 septembre et le 17 octobre 2023, l’entreprise OKTA a de nouveau été confrontée à un


incident de sécurité. Un acteur malveillant, muni d’identifiants d’authentification volés et aux
motivations inconnues, a pu accéder au système d’assistance client de la société. Cette intrusion
aurait ensuite permis aux attaquants d’obtenir des fichiers d’archives HTTP (« .HAR ») téléversés
par les clients de OKTA sur la plateforme compromise et dont certains contenaient des cookies et
jetons de session. D’après OKTA, 134 clients auraient été affectés par cette campagne d’attaques
[16, 17].

1. Probable compromission des identifiants d’un compte


de service Okta hébergés sur un Google Drive personnel
2. Compromission et accès au système d’assistance client de Okta
3. Accès aux fichiers de 134 clients
(dont des fichiers .HAR téléversés par les clients de Okta)
4. Utilisation par l’attaquant des secrets récupérés dans les fichiers .HAR
pour se connecter aux sessions Okta de 5 clients

28/09/2023 1 2 3 4 17/10/2023

FIGURE 2 – MOA employé contre OKTA entre les mois de septembre et octobre 2023 (produc-
tion : ANSSI)

La compromission d’OKTA en octobre 2023 aurait permis aux attaquants de se latéraliser vers
les SI de CLOUDFLARE, un autre fournisseur de services cloud également client de OKTA 1 .
Au-delà du vol de données d’authentification, la compromission d’un prestataire de service cloud
rend également possibles les attaques sur la chaîne d’approvisionnement logicielle. En juin 2023,
la société JUMPCLOUD, un prestataire de cloud en SaaS spécialisé en service de gestion d’iden-
tités et d’accès, aurait été ciblé puis compromis par les opérateurs du MOA réputé nord-coréen
UNC4899. Après une campagne d’hameçonnage leur ayant octroyé un accès de niveau dévelop-
peur, les opérateurs du MOA seraient parvenus à se latéraliser avant de diffuser une applica-
tion JUMPCLOUD piégée vers certains clients de l’entité. D’après JUMPCLOUD, 10 machines
dans 5 sociétés différentes auraient reçu la charge malveillante. Les attaquants, motivés par
des objectifs lucratifs, cherchaient à compromettre des entités spécialisées dans le secteur des
cryptomonnaies [20, 21, 22].
1. Grâce à la récupération de fichiers « .HAR », les opérateurs du MOA employé auraient utilisé un jeton d’accès
et les identifiants de trois comptes de service pour accéder au wiki interne de l’entreprise et à une base de donnée de
débogage. Cinq jours plus tard, ils auraient utilisé l’application ScriptRunner pour obtenir des moyens de persistance
sur le cloud de l’entreprise, avant de s’introduire dans ses systèmes de gestion de code source et d’essayer, sans succès,
d’accéder à un serveur de console [18]. Un autre client aurait observé une tentative de connexion à son tenant OKTA
moins de trente minutes après le téléversement d’un fichier « .HAR » sur la plateforme d’OKTA compromise [19].

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3.2 Attaques à des fins d’espionnage


Les fournisseurs de services cloud sont également des cibles pour des opérateurs de MOA so-
phistiqués poursuivant des objectifs d’espionnage. Entre 2023 et 2024, les services cloud de MI-
CROSOFT auraient été ciblés puis compromis au moyen de deux MOA distincts : Storm-0558
réputé lié aux intérêts stratégiques chinois, et Midnight Blizzard (Nobelium), publiquement at-
tribué au service de renseignement extérieur russe (SVR) [23].
Commentaire : dans ces deux cas de figure, les attaquants cherchaient à compromettre les SI de Micro-
soft en amont pour se latéraliser ou obtenir des informations sur des utilisateurs des services cloud de
l’entreprise.

Compromission au moyen du MOA Storm-0558


En mai 2023, les opérateurs du MOA Storm-0558, réputé lié aux intérêts stratégiques chinois,
auraient obtenu des accès aux boites messageries Microsoft Exchange Online de 500 individus
liés à 22 entités différentes, dont certaines localisées aux États-Unis et au Royaume-Uni. Les
messageries électroniques de représentants du Département d’État américain (U.S. Department
of State), du Département du Commerce (U.S. Department of Commerce) ainsi que de la chambre
des représentants (U.S. House of Representatives), dont les fonctions ont trait aux relations bila-
térales sino-américaines, auraient été compromises. Lors de cet incident, l’obtention d’une clé
de signature client MSA (Microsoft Account) 2 datant de 2016 3 aurait permis aux opérateurs
de Storm-0558 d’obtenir un accès potentiel à n’importe quel compte Exchange Online dans le
monde [24, 25].

Eventuel scénario de récupération de clé MSA selon Microsoft

MOA employé en 2023


Avril 2021

1. Crash du système de gestion de clés de signature client


2. Présence d’une clé MSA de 2016 dans la capture instantée du crash
3. Transfert de la capture instantanée vers un environnement
de débogage connecté à internet

Entre avril et août 2021 6. Création de jetons d’authentification


avec la clé MSA volée
4. Compromission de Microsoft par les opérateurs de Storm-0558
5. Vol de la clé MSA contenue dans la capture instantée d’avril 2021 7. Accès aux comptes Microsoft Exchange
Online et Outlook ciblés par l’attaquant

FIGURE 3 – Emploi du MOA Storm-0558 contre MICROSOFT entre 2021 et 2023 (production :
ANSSI)

Selon le département de la sécurité intérieure américain (Department of Homeland Security), cet


incident a mis en évidence les failles de sécurisation et de configuration du cloud de MICRO-
SOFT, dont l’absence de systèmes d’alerte pour les clés trop anciennes, la possibilité de créer de
faux jetons non générés avec les algorithmes internes de l’entreprise et enfin, l’absence de jour-
nalisation et données nécessaires aux investigations pour expliquer le vol de la clé de signature
client MSA en 2016 [25].
2. Clé de signature client utilisée pour valider les jetons d’authentification sur les services cloud de MICROSOFT.
3. La principale hypothèse retenue par MICROSOFT implique la récupération de cette clé dans un journal de plan-
tage (crash dump) advenu au cours d’une attaque menée contre Microsoft en 2021. Toutefois, malgré ses recherches,
l’éditeur américain n’est pas parvenu à récupérer de journal de plantage contenant cette clé [24].

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Compromission au moyen du MOA Nobelium


Au mois de janvier 2024, les opérateurs du MOA réputés liés aux intérêts stratégiques russes
Nobelium auraient mis en œuvre des techniques de password-spraying ciblées contre un nombre
limité de comptes Microsoft Exchange Online d’employés de MICROSOFT, avant de parvenir
à compromettre un compte de test disposant de privilèges élevés mais sans authentification
multifacteur activée. Ils seraient ensuite parvenus à élever leurs privilèges pour accéder aux
comptes courriels Office 365 Exchange de l’entreprise. À la suite de cette campagne d’attaques,
des répertoires contenant des éléments du code source de MICROSOFT ainsi que les systèmes
d’information internes de l’entreprise auraient été compromis [26].
Les informations exfiltrées au cours de cette intrusion auraient ensuite été utilisées par l’atta-
quant pour se latéraliser vers de nouvelles interfaces cloud. Les opérateurs du MOA auraient
notamment exfiltré des secrets échangés entre MICROSOFT et ses clients par courriel [27].

Exploitation de vulnérabilités
L’exploitation de vulnérabilités constitue un levier couramment utilisé par des MOA réputés
liés à des États pour cibler le secteur du cloud computing. En septembre 2022, des médias japo-
nais ont rapporté le ciblage et la compromission de l’entreprise japonaise FUJITSU, qui fournit
notamment des services cloud, à la suite de l’exploitation d’une vulnérabilité touchant l’équili-
breur de charge (load balancer) de la société. D’après des médias japonais, le délai d’une semaine
entre la publication de la vulnérabilité et l’application d’un correctif a rendu possible l’exploi-
tation de la vulnérabilité et la compromission de FUJITSU [28]. Le nom du MOA employé lors
de cette attaque n’a pas été partagé publiquement.
Ces compromissions peuvent également impliquer l’usage de vulnérabilités jour-0 4 . En 2024,
le fournisseur de services cloud RACKSPACE aurait fait l’objet d’une compromission causée par
l’exploitation d’une vulnérabilité sur un programme hébergé sur les serveurs Web internes mais
vendu par le fournisseur de logiciels et de services SCIENCELOGIC. Ce programme servait à la
surveillance des systèmes et à la fourniture d’un tableau de bord aux clients de RACKSPACE.
Après l’exploitation de la vulnérabilité, les attaquants seraient parvenus à s’introduire sur trois
serveurs Web de la société et auraient exfiltré des informations sur les clients de l’entreprise,
incluant : les noms et numéros de compte client, les identifiants de clientèle, les adresse IP des
appareils clients et des identifiants de connexion chiffrés 5 [29].
Commentaire : l’ANSSI n’a pas connaissance du nom et des objectifs du mode opératoire utilisé lors
la compromission de RACKSPACE mais les données exfiltrées et l’utilisation d’une vulnérabilité jour-0
pourrait indiquer l’emploi d’un MOA lié aux intérêts stratégiques d’un État à des fins d’espionnage ciblé.
Le vol de secrets clients depuis les systèmes d’information de l’entreprise aurait pu permettre à l’attaquant
de se latéraliser sur les environnements des clients de RACKSPACE.

3.3 Attaques à des fins de déstabilisation par déni de


service
En 2024, de nombreux opérateurs cloud ont été confrontés à des attaques par déni de service
(DoS/DDoS) atteignant des intensités toujours plus importantes. Plusieurs CSP ont partagé au
4. Vulnérabilités n’ayant pas encore été rendue publiques au moment de leur exploitation.
5. Par un outil interne de RACKSPACE.

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cours de cette année des retours d’expérience permettant d’apprécier leur ampleur et leurs spé-
cificités.
A titre d’exemple au niveau réseau (couche 3-4 du modèle OSI), OVH a mis en avant le rôle
joué par certains équipements de cœur de réseau détournés à des fins de saturation [30]. De son
côté, Cloudflare a décrit une attaque impliquant plus d’une dizaine de millier d’équipements de
type internet des objets (IoT) compromis [31]. Ces deux CSP rappellent ainsi que ces attaques
peuvent être volumétriques tant par leur taille de trafic que par leur nombre très important de
paquets réseau à traiter.
L’ANSSI constate que les attaques DDoS ciblant la couche applicative (couche 7 du modèle OSI)
sont fréquentes, celles-ci sont décrites plus bas.

4 MENACES CIBLANT LES CLIENTS DE SERVICES


CLOUD
Les attaques contre les clients de services cloud peuvent entraîner des compromissions de don-
nées sensibles, de l’extorsion via rançongiciel et des perturbations plus ou moins importantes
de service. Les outils spécialisés en gestion des accès et des identités ainsi que les applications
de messagerie et de travail collaboratif sont particulièrement ciblés.

4.1 Attaques à des fins lucratives


Attaques menées au moyen de secrets d’authentification volés
Le vol de données sur le cloud expose les entreprises à des risques majeurs, qu’il s’agisse de
données sensibles ou de secrets d’authentification. D’après la société THALES, 47% des données
professionnelles hébergées sur le cloud peuvent être considérées comme sensibles 6 , tandis que
44% des organisations ont déjà subi une fuite de donnée cloud [8].
Les causes de ces fuites de données sont nombreuses. Une base de données mal sécurisée peut
permettre à des attaquants d’accéder à des informations confidentielles (comme des informa-
tions financières ou personnelles) en exploitant des failles de sécurité, telles que des mots de
passe faibles ou des permissions mal configurées. Par exemple, un espace de stockage de type
bucket S3 mal configuré peut entraîner une fuite de données sensibles si les règles de partage
sont trop permissives, rendant les fichiers accessibles à toute personne disposant d’un lien di-
rect. Des mauvaises configurations découvertes en juin 2023 dans le cloud de TOYOTA MOTOR
auraient exposé pendant huit ans les données de plus de 260 000 clients de l’entreprise [32]. De
la même façon, en novembre 2023, le plus grand fournisseur d’énergie slovène aurait été com-
promis suite à un vol de mot de passe exposé sur une instance de stockage cloud non protégée
[33]. Les secrets d’authentification comme les clés API non protégées peuvent également être
récupérés et utilisés pour accéder aux services cloud, notamment des bases de données ou des
applications critiques.
6. La sensibilité mentionnée par l’étude de THALES ne correspond pas à la notion de SI sensibles retenue dans
les recommandations pour l’hébergement des SI sensibles dans le cloud publiées en juillet 2024 [1]. L’évaluation de
la sensibilité des données impose une analyse de risques nécessaire à l’identification des protections adaptées aux
menaces pouvant cibler une organisation.

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Les secrets d’authentification de ces interfaces sur le cloud peuvent ensuite servir à des attaques
de plus grande ampleur. En juin 2024, l’éditeur MANDIANT a rapporté le ciblage systématique
d’instances clientes SNOWFLAKE, une plateforme de stockage de données dans le cloud, par
les opérateurs du MOA UNC5537 [34]. Plusieurs intrusions sur des instances SNOWFLAKE au-
raient été observées sans que les SI de SNOWFLAKE n’aient été compromis au préalable. D’après
MANDIANT, les opérateurs de UNC5537 auraient obtenu des identifiants d’accès d’utilisateurs
de SNOWFLAKE, volés suite à l’usage de plusieurs infostealers 7 . Plus de 165 organisations au-
raient été exposées à un risque de compromission lié à ces vols de données d’authentification.
D’après l’éditeur, la majorité des comptes compromis n’utilisaient pas de mécanisme d’authen-
tification multifacteur tandis que les données récupérées par les infostealers dataient parfois de
2020. Dans certains cas, les utilisateurs des infostealers seraient parvenus à voler des identifiants
de connexion suite à des usages personnels d’un ordinateur professionnel [34].
Commentaire : cette chaîne de compromission met en lumière le rôle des infostealers comme outils privi-
légiés de la menace cybercriminelle et l’importance de la supervision de toute potentielle fuite de données
d’authentification, même après plusieurs années. Au moins une société française a indiqué à l’ANSSI
avoir détecté des activités malveillantes sur une de ses instances SNOWFLAKE.

Latéralisation des environnements on-premise vers le cloud


L’émergence d’infrastructures hybrides composées à la fois d’infrastructure on-premise et sur le
cloud augmente le nombre de vecteurs d’entrées et de latéralisation potentiels. Les problèmes de
configuration entraînés par ces nouveaux types de SI sont exploités par des groupes d’attaquants
dont les compétences en matière d’intrusion informatique sur le cloud ont également augmenté.
Depuis 2022, le groupe cybercriminel Scattered Spider (également documenté sous les noms de
Octo Tempest, UNC3944, Muddled Libra) a exploité à plusieurs reprises des problèmes de confi-
guration entre des environnements on-premise et cloud pour se latéraliser de l’un à l’autre. Les
erreurs de configuration de « Microsoft Entra ID Connect », passerelle entre les Active Directory
(AD) locaux et le service Entra Connect vers le cloud, sont particulièrement ciblées 8 [7].
Dans d’autres contextes, des opérateurs de Scattered Spider ont employé des techniques d’ingé-
nierie sociale avancées pour compromettre les infrastructure cloud de leurs cibles. Ils auraient, à
plusieurs reprises, contacté par téléphone le support technique des entreprises ciblées en usur-
pant l’identité d’un employé à haut privilège et demandé ensuite la réinitialisation des mots de
passe administrateur. Dans le cadre de leur campagne d’hameçonnage, ils auraient également
créé des noms de domaine usurpant l’identité de fournisseurs de services PaaS et SaaS, tel que
SERVICENOW, pour récolter des identifiants de connexion [35].
En 2024, les opérateurs du MOA cybercriminel Storm-0501, utilisateurs de plusieurs rançon-
giciels dont Hive, BlackCat ou LockBit, se sont également latéralisés vers des environnements
cloud après avoir obtenu un accès aux environnements on-premise de leur victime. Ils obtien-
draient de premiers accès initiaux en utilisant des identifiants d’authentification volés ou en
exploitant des vulnérabilités connues d’équipements exposés sur internet. Une fois l’environne-
ment on-premise compromis, les opérateurs de Storm-0501 exploiteraient des identifiants d’ac-
cès au compte Microsoft Entra ID collectés sur les SI on-premise ou en compromettant un compte
on-premise disposant d’un compte miroir sur le cloud sans double-authentification activée. Une
7. Un infostealer est un type de code malveillant conçu pour voler des informations sensibles telles que des iden-
tifiants de connexion, des données bancaires ou des informations personnelles.
8. Entra Connect (anciennement Azure AD Connect) est un outil utilisé pour synchroniser des identités on-
premise avec Microsoft Entra ID (anciennement Azure AD), la solution de gestion des accès et des identités sur
le cloud de MICROSOFT.

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fois l’environnement cloud de la victime totalement compromis, les opérateurs de Storm-0501 y


déposeraient une porte dérobée [36].
Commentaire : ces TTP ne sont pas exclusives aux MOA utilisés à des fins lucratives. Elles sont égale-
ment susceptibles d’être utilisés par les opérateurs de MOA motivés par des finalités d’espionnage ou de
déstabilisation.

Extorsion aux données volées


Les attaques à des fins d’extorsion sur le cloud n’impliquent pas nécessairement le chiffrement
de données. Dans certains cas de figure les attaquants procèdent à l’exfiltration et à la sup-
pression des données sur le cloud avant de demander une rançon à la victime en échange de la
récupération des données volées. Dans un cas rapporté par l’éditeur de sécurité INVICTUS en
2024, l’attaquant aurait exfiltré les données d’un espace de stockage bucket S3 avant de procéder
à leur suppression et de déposer une note de rançon [37].

Détournement de ressources et nouvelles tendances


Les applications de virtualisation sont régulièrement ciblées dans l’objectif d’y déposer des
cryptomineurs. Ces codes malveillants, utilisés pour miner des cryptomonnaies depuis des in-
frastructures compromises mais légitimes, sont responsables d’une consommation de ressources
excessive au détriment des machines virtuelles s’exécutant légitimement sur l’équipement.

Incident ANSSI
Le dépôt d’un cryptomineur a été observé dans le cadre de plusieurs compromissions
récentes dont celle d’une machine appartenant à une entreprise française d’infogérance
proposant des services cloud. Le ralentissement des machines virtuelles des clients a été
à l’origine de la détection du code malveillant.

Les opérateurs du MOA TeamTNT seraient spécialisés dans ce domaine et ciblent de manière
opportuniste des solutions de virtualisation exposées sur Internet. En octobre 2024, l’éditeur
AQUASEC a rapporté l’utilisation par les opérateurs du MOA de serveurs Web et de registres
Docker Hub (service de gestion d’images docker) compromis pour distribuer l’outil d’intrusion
Sliver ainsi que des cryptomineurs [38].

Incident ANSSI
En janvier 2023, les opérateurs du MOA TeamTNT auraient compromis une partie de
l’environnement cloud d’une entreprise française du secteur de la santé dans l’objectif
d’y déposer des cryptomineurs. Après un premier accès initial depuis un serveur hôte de
conteneur docker exposé sur Internet, les opérateurs du MOA se sont latéralisés sur l’in-
frastructure cloud de la victime et ont créé quatre nouvelles machines virtuelles dédiées
au minage de cryptomonnaies.

En parallèle de l’usage de cryptomineurs, une nouvelle pratique impliquant le détournement de


modèles de langage 9 sur le cloud et mieux connue sous le nom de LLM hijacking (large language
model) s’est développée. Elle désigne l’utilisation illégale d’un modèle de langage hébergé sur le
9. Un modèle de langage est un modèle d’intelligence artificielle basé sur l’apprentissage. Son fonctionnement
entraîne une consommation importante de ressources informatiques et matérielles.

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cloud, souvent via des identifiants volés, pour exploiter ses ressources à des fins malveillantes,
entraînant des coûts élevés et des risques pour la sécurité des entités compromises.
Les coûts associés au LLM Hijacking sont élevés car les attaquants utilisent des modèles de
langage basés sur des services cloud. Ces derniers génèrent des frais liés à l’utilisation des res-
sources (calculs, stockage, etc.), ils peuvent dépasser les 100 000$ par jour avec des modèles
avancés comme Claude 3 Opus. La société SYSDIG a observé une augmentation du nombre et
du niveau de sophistication de ce type d’attaques [39].

4.2 Attaques à des fins d’espionnage


Les technologies cloud sont également ciblées par des attaquants à la recherche de renseigne-
ments d’intérêt.
Selon un rapport de MICROSOFT, les opérateurs du MOA Nobelium ont ciblé à plusieurs re-
prises les clients de services cloud à des fins de récolte d’identifiants de connexion et pour ob-
tenir des accès administrateurs aux serveurs Active Directory Federation Services (ADFS) 10 ciblés.
Dans un cas observé par MICROSOFT en 2021, les opérateurs de ce MOA seraient parvenus à se
latéraliser d’un environnement client cloud vers son environnement on-premise en utilisant des
services Microsoft Azure 11 pour se latéraliser vers les machines virtuelles de la victime [40].
Les opérations menées au moyen du MOA Nobelium se traduisent aussi par la compromis-
sion de comptes de messagerie électronique sur le cloud. En 2023, ce MOA aurait été utilisé
pour cibler et compromettre les environnements de messagerie cloud de l’entreprise HEWLETT
PACKARD ENTERPRISE. Les attaquants auraient obtenu un accès à la messagerie électronique
de certains employés de l’entreprise, dont certains étaient spécialistes en cybersécurité. Cette
intrusion serait liée à une première compromission ayant impliqué l’exfiltration de plusieurs
fichiers du serveur de partage de fichiers SharePoint de l’entreprise. Si les motivations des atta-
quants demeurent inconnues, ceux-ci auraient pu chercher à obtenir des informations relatives
aux produits HP dans le but d’améliorer leurs capacités offensives [23].

Incident ANSSI
Au cours d’investigations sur des cas de compromission de comptes de messagerie OF-
FICE 365, l’ANSSI a pu observer à plusieurs reprises que les attaquants, pour maintenir
le plus longtemps possible leurs accès frauduleux, avaient ajouté des adresses courriels
de secours, généré de jetons de secours à usage unique, enregistré des identifiants ou des
équipements de confiance additionnels, voire activé des règles de transfert automatique
de courriels. Ces actions rendent de fait inopérante l’éviction de l’acteur malveillant via
la seule mise en place d’une politique d’authentification multi-facteurs.

Plus récemment, en octobre 2023, l’agence spatiale japonaise, la JAPAN AEROSPACE EXPLORA-
TION AGENCY (JAXA), aurait été touchée par une campagne d’attaques ayant mené à la compro-
mission de ses services cloud O365. Les opérateurs du MOA employé auraient d’abord exploité
une vulnérabilité contre le VPN de la JAXA avant de se latéraliser pour compromettre son en-
vironnement O365. Des informations personnelles appartenant à des employés de la société
10. ADFS est une fonctionnalité permettant aux ordinateurs clients d’un réseau d’accèder à travers Internet et via
un partage d’identité, aux applications et services situés en dehors du réseau de l’entité.
11. Azure RunCommand couplé à Azure admin-on-behalf-of (AOBO).

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pourraient avoir été compromises ainsi que certaines données ayant trait aux activités de l’en-
tité avec des organisations externes et dont les noms n’ont pas été divulgués [41, 42]. L’ANSSI
n’a pas connaissance du nom du MOA utilisé lors de cette campagne d’attaques.
Les attaquants s’emploient à rechercher la furtivité lors de leurs tentatives d’intrusion sur le
cloud. L’utilisation de réseaux d’anonymisation et d’outils de tunnelisation de trafic disponibles
en sources ouvertes, sont de nouveaux facteurs complexifiant la détection d’intrusion sur le
cloud. Les équipes de GOOGLE CLOUD auraient observé des opérateurs de MOA réputés liées
à la Chine s’introduire dans des environnements cloud en utilisant des techniques pour se dis-
simuler dans le trafic réseau légitime et ainsi complexifier la détection [6].
Commentaire : l’ANSSI constate également un intérêt grandissant des opérateurs de MOA réputés liés
aux intérêts chinois pour les environnements cloud, notamment par l’usage d’outils disponibles en sources
ouvertes adaptés à des opérations de reconnaissance et de compromission des environnements cloud.

Incident ANSSI
L’ANSSI a récemment traité des cas de compromission d’environnement cloud servant
d’une part, à compromettre les informations de l’entité ciblée et d’autre part, à at-
teindre des entités d’intérêt notamment via l’envoi de courriels d’hameçonnage depuis
les comptes de messagerie électronique compromis.

4.3 Attaques à des fins de déstabilisation


Des interfaces cloud clientes peuvent également être ciblées à des fins de déstabilisation. En
juillet 2022, le MOA Mango Sandstorm, réputé lié au ministère du Renseignement de la répu-
blique islamique d’Iran, aurait été utilisé pour chiffrer et détruire les environnements on-premise
et cloud de plusieurs entités israéliennes. Après avoir compromis des serveurs non mis-à-jour,
notamment via l’exploitation de la vulnérabilité Log4Shell, les attaquants se seraient latérali-
sés sur le cloud grâce au service AdSync et en exploitant les comptes utilisateurs ADConnect
et AADconnect. Ils auraient ensuite procédé à la destruction totale de l’environnement Azure
en supprimant des fermes de serveurs, des machines virtuelles, des comptes de stockage et des
réseaux virtuels. Enfin les attaquants auraient utilisé leur accès au compte de messagerie de l’en-
tité compromise pour envoyer des campagnes d’hameçonnage depuis les comptes de la victime
[7].
Le MOA Volt Typhoon, réputé lié à la Chine et utilisé pour compromettre des infrastructures
critiques potentiellement à des fins de prépositionnement, voire de déstabilisation, aurait éga-
lement été employé pour cibler des environnements cloud. La CISA a publié des éléments men-
tionnant une tentative de latéralisation de l’attaquant d’un environnement on-premise vers un
environnement cloud [43].
Commentaire : une intrusion sur un environnement cloud octroie potentiellement à un attaquant un ac-
cès complet aux systèmes de l’entité compromise ; la poursuite d’objectifs de déstabilisation, en particulier
via la suppression des données de l’environnement, peut donc s’avérer particulièrement dévastatrice pour
l’entité ciblée.

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Attaque par déni de service distribué contre la couche 7


L’ANSSI constate que les attaques DDoS ciblant la couche applicative (couche 7 du modèle OSI)
sont fréquentes. À titre d’exemple, CLOUDFLARE met en avant sur son périmètre que le nombre
d’attaques visant la couche HTTP a été supérieur à celui visant les couches 3 et 4[31].
Ces attaques reposent sur le principe qu’une application, pour satisfaire une demande, va devoir
effectuer des traitements et souvent renvoyer une réponse plus conséquente que la demande re-
çue. Ainsi, les applications devant effectuer des traitements lourds ou ne sachant traiter qu’un
faible nombre de demandes en parallèles sont particulièrement vulnérables. Pour réaliser une
telle saturation, un attaquant n’a généralement pas besoin d’émettre beaucoup de trafic réseau
(couche 3 et 4), ne déclenchant par conséquent pas les mesures anti-DDoS spécifiques à la pro-
tection de ces couches réseau. Or, l’ANSSI constate que nombre de clients CSP ignorent encore
ces limites et ne prennent pas suffisamment en compte cet enjeu dans leurs développements
applicatifs et dans le choix des mesures de sécurité additionnelles permettant d’y faire face.

Menaces internes
Les menaces internes, opérées par des employés mécontents ou motivés par des objectifs lu-
cratifs, sont également susceptibles de cibler les infrastructures cloud de leurs organisations.
Celles-ci sont souvent accessibles à distance et un employé ou sous-traitant peut donc causer
des dégâts considérables. En 2023, un employé de la banque américaine FIRST REPUBLIC a
ainsi été condamné à 24 mois de prison pour avoir porté atteinte à l’environnement cloud de son
entreprise ainsi que pour avoir volé du code source de valeur. Il aurait notamment supprimé
des répertoires de code source internes, exécuté un script malveillant pour effacer les journaux,
laissé des moqueries à l’intention de ses anciens collègues dans le code source de la banque et
usurpé l’identité d’autres employés en ouvrant des sessions à leur nom [44].

5 MENACES CIBLANT LES APPLICATIONS DE


VIRTUALISATION ET COMPOSANTS DE
GESTION MATÉRIELLE

5.1 Définitions
La plupart des services cloud repose sur la mise en œuvre de technologies de virtualisation.
Ces technologies permettent la cohabitation des usages en créant une couche d’abstraction au
dessus des ressources matérielles tout en dynamisant et en optimisant leur utilisation. Il existe
différents types et technologies de virtualisation selon les niveaux d’abstraction souhaités (fonc-
tion, applicatif, service, conteneur, micro machine virtuelle, machine virtuelle, etc). Ils n’offrent
pas nécessairement les mêmes niveaux et garanties de sécurité, notamment en matière de cloi-
sonnement. Certaines compétitions de recherche de vulnérabilités, comme le PWN2OWN, ont
déjà mis en évidence le ciblage de ces technologies [45]. Elles mettent régulièrement en lumière
des cas d’exploitation réussies de vulnérabilités. En outre, des vulnérabilités sur ce type de tech-
nologie sont parfois exploitées : le patch Tuesday de janvier 2025 a mis en évidence la correction
de vulnérabilités activement exploitées affectant des hyperviseurs Hyper-v [46].

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Par ailleurs, les ressources matérielles, notamment les serveurs, sont généralement équipés de
composants de gestion matérielle permettant de les piloter à distance (gestion de l’alimenta-
tion, surveillance des capteurs, mises à jour des micrologiciels, mode de démarrage, etc.). La
compromission de ces équipements ou des infrastructures les pilotant peut générer des pro-
blèmes en matière d’indisponibilité et d’intégrité des services hébergés, et dans certains cas,
des atteintes significatives sur la confidentialité. En 2023, des attaquants motivés par des objec-
tifs de déstabilisation, auraient ciblé puis détruit les serveurs iDRAC 12 (Integrated Dell Remote
Access Controller) d’un hébergeur israélien [47].
Ces technologies sont donc des cibles de choix du fait de la cohabitation des activités, données
et clients. Les scénarios les plus couramment redoutés sont :
• qu’une ressource virtualisée malveillante puisse nuire à d’autres ressources virtualisées
mitoyennes ;
• que le système assurant la virtualisation soit compromis, mettant à mal les ressources
virtualisées hébergées ;
• que le système d’orchestration puisse être compromis, mettant à mal un ensemble de sys-
tèmes assurant la virtualisation.

5.2 Attaques à des fins lucratives


Les technologies de virtualisation et d’hypervision sont ciblées par des opérateurs de rançongi-
ciels ayant adapté leur arsenal à ces environnements, notamment en développant des rançongi-
ciels spécialement conçus pour chiffrer les environnements VMWare.
En 2023, les opérateurs du MOA Scattered Spider auraient par exemple utilisé des accès au por-
tail client de la société MGM CASINOS pour se latéraliser sur l’environnement cloud de l’entre-
prise et procéder, à l’aide du rançongiciel BlackCat, au chiffrement des 100 hyperviseurs ESXi
de son réseau. Les attaquants seraient également parvenus à exfiltrer les données de la société
dont les pertes sèches pendant cet incident se seraient élevées à 8,4 millions de dollars par jour
[48].
Cette même année, les opérateurs du rançongiciel ESXiArgs auraient exploité la CVE-2021-
21974 affectant le protocole OpenSLP de VMWare ESXi, pour compromettre et chiffrer plu-
sieurs milliers de serveurs hyperviseurs [49].

5.3 Attaques à des fins d’espionnage


D’autres campagnes d’attaques témoignent du ciblage des ces technologies à des fins d’espion-
nage. Par exemple, les opérateurs du MOA réputé lié aux intérêts chinois UNC3886 auraient
exploité la vulnérabilité jour-0 CVE-2023-34048, affectant le produit VMware vCenter, une pla-
teforme de gestion centralisée pour administrer, configurer et administrer les environnements
virtuels, pour cibler plusieurs entités considérées comme « stratégiques » par l’éditeur GOOGLE
CLOUD [50]. Les premiers signes de l’exploitation de cette vulnérabilité en tant que jour-0 par
l’attaquant remonteraient à 2021. Outre la CVE-2023-34048, les opérateurs de ce MOA auraient
exploité pas moins de trois vulnérabilités jour-0 supplémentaires au cours de cet incident. Les
12. Un serveur iDRAC facilite la gestion à distance de serveurs Dell en offrant des outils de surveillance, de diag-
nostic et de gestion du matériel.

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opérateurs de ce MOA auraient utilisé de services d’hébergement cloud pour leurs activités de
commande et de contrôle (C2) [50].

6 LE CLOUD COMME INFRASTRUCTURE DES


ATTAQUANTS
Les attaquants ont massivement intégré à leur campagnes d’attaques l’usage d’infrastructures
situées dans le cloud (serveurs privés virtuels notamment) louées auprès d’hébergeurs de services
cloud.
Les services cloud peuvent également être utilisés en tant qu’infrastructure d’attaque par les
opérateurs des MOA qui les utilisent. L’emploi de services cloud à ces fins permet aux atta-
quants d’héberger leur arsenal d’outils malveillants de manière plus durable et d’exfiltrer des
données volées en limitant les risques de détection. D’après l’éditeur NETSKOPE, en mars 2023,
58% des codes malveillants observés lors de compromissions auraient été téléchargés depuis
une application cloud légitime [51].
En 2024, les opérateurs du MOA lié aux intérêts stratégiques nord-coréens Kimsuky, auraient
utilisé Microsoft OneDrive et Google Drive comme infrastructure de stockage et de C2. Star-
Cruft, un autre MOA nord-coréen, partagerait ces TTP en utilisant notamment de l’infrastruc-
ture PCLOUD, un service d’hébergement et de stockage sur le cloud, à des fins de C2 [52].

Incident ANSSI
Lors d’un cas récent de compromission affectant une société de services numériques, un
développeur travaillant au sein de l’entité a notamment été contacté via une plateforme
de travail free-lance et incité à télécharger du code malveillant en dissimulant les flux via
l’API GitHub à destination d’un compte créé par l’attaquant.

L’API Microsoft Graph, utilisée de manière légitime pour accéder aux ressources de Microsoft
Cloud, est également employée par plusieurs attaquants à des fins de C2 et d’exfiltration. Ainsi,
la porte dérobée GoGra, utilisée en novembre 2023 contre une organisation sud-asiatique à des
fins d’espionnage, utiliserait l’API Microsoft Graph pour interagir avec son serveur C2 hébergé
sur des services Microsoft Mail. Une autre porte dérobée, baptisée Onedrivetools, utiliserait
l’API Microsoft Graph pour télécharger une seconde charge utile hébergée sur OneDrive. Selon
SYMANTEC, Onedrivetools aurait été utilisée pour cibler des entreprises des services numé-
riques en Europe et aux États-Unis. Enfin, les opérateurs du MOA FireFly, réputé lié à la Chine,
auraient employé cette API à des fins d’exfiltration en utilisant un outil accessible publiquement
et chargé de déposer les données récoltées sur un serveur d’hébergement GoogleDrive [53].
D’autres infrastructures cloud sont régulièrement utilisées pour des opérations d’exfiltration.
Selon KASPERSKY, depuis 2019, les opérateurs du MOA TheMask, motivés par la récolte de
renseignements stratégiques, se serviraient de l’API OneDrive pour exfiltrer les données récu-
pérées au cours de leurs campagnes d’attaques [54].

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Incident ANSSI
Les investigations menées par l’ANSSI lors d’une compromission ont mis en évidence
l’utilisation d’un outil d’accès à distance (Remote access tool) afin d’exfiltrer des données
en dissimulant les flux dans du trafic vers l’API de GITHUB à destination d’un compte
créé par l’attaquant.

Les attaquants peuvent également usurper l’identité de certains services cloud dans leur infra-
structure. En 2023, un MOA associé à la Chine par l’éditeur de sécurité UNIT42 aurait été utilisé
pour créer une infrastructure de noms de domaine usurpant l’identité de fournisseurs de ser-
vice cloud. Au moins 24 entités gouvernementales compromises par les opérateurs de ce MOA
auraient communiqué avec cette infrastructure malveillante [55]. Le cybersquattage impliquant
l’usurpation de l’identité de services cloud est répandu. Outre un usage potentiel en tant qu’in-
frastructure de C2, les noms de domaine créés peuvent être utilisés pour distribuer des codes
malveillants ou récolter des identifiants de connexion [34].

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TLP:CLEAR

7 RECOMMANDATIONS
Ces recommandations sont adressées aux clients de fournisseurs de services cloud et aux four-
nisseurs de services cloud eux-mêmes. Ces recommandations sont destinées à éclairer les entités
évoquées en matière de bonnes pratiques de cybersécurité à adopter afin de se prémunir contre
les menaces abordées. Elles ne sont pas exhaustives, ne se substituent pas aux réglementations
spécifiques et doivent être adaptées et complétées dans le cadre du contexte opérationnel et
fonctionnel des systèmes d’information considérés.

7.1 Recommandations à destination des clients de CSP

7.1.1 Mesures générales

Appliquer les mesures du guide d’hygiène


R1
de l’ANSSI
Les 42 mesures du guide d’hygiène de l’ANSSI représentent le socle essentiel à
respecter pour protéger les informations d’une organisation. En plus des recom-
mandations parfois plus spécifiques propres à ce document, il est fortement re-
commandé aux clients de services cloud d’appliquer les mesures générales de ce
guide d’hygiène, en particulier :
• la formalisation d’une analyse de risques ;
• la mise en œuvre de moyens d’administration sécurisés, y compris dans ses
accès aux ressources hébergées dans le cloud ;
• la mise en œuvre de moyens sécurisés dans un contexte de nomadisme.
Le guide décrit deux indicateurs de niveau (standard ou renforcé) guidant le lec-
teur vers les mesures à mettre en œuvre en priorité selon le niveau visé.

Pour aller plus loin : ANSSI, Guide d’hygiène informatique, septembre 2017 [56].

Maintenir des contacts techniques joi-


R2
gnables
Il est généralement possible pour un client d’associer des informations de contact
à des ressources louées dans le cloud. Il est même parfois possible de spécifier un
contact technique aux comptes dits de gestion.

Par conséquent, il est fortement recommandé de spécifier ces contacts, de les


maintenir à jour et d’identifier un personne ou un service apte à traiter un si-
gnalement d’incident de sécurité.

Pour aller plus loin, si des informations détaillées peuvent être spécifiées, la
RFC2350 liste les options pertinentes pour un contact de sécurité : IETF, Expec-
tations for Computer Security Incident Response, juin 1998 [57].

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7.1.2 Maîtriser sa surface d’exposition

Mettre en œuvre une politique de cloison-


R3 nement
Le niveau de sécurité et le niveau de confiance des systèmes d’information (SI)
locaux d’un bénéficiaire et de ses systèmes hébergés dans le cloud peuvent être
très hétérogènes. Si le besoin d’interconnexion de ces SI s’avère nécessaire, il est
alors indispensable de mettre en œuvre des moyens de cloisonnement adaptés
entre ces systèmes. À titre d’exemple :
• une passerelle d’interconnexion sécurisée intégrant des fonctions de fil-
trage, de rupture protocolaire et de journalisation/détection ;
• des authentifications et modes d’authentification spécifiques.

Auditer l’exposition de ses services cloud


R4
Un client de service cloud devrait auditer régulièrement l’exposition des services
qu’il a déployé, la chaîne d’intégration qui a permis ces déploiements, ainsi que
les applicatifs et modules autorisés à accéder aux données.

Ces audits devraient avoir pour objectif de s’assurer que la surface des services
exposés soit réduite au strict nécessaire, que les comptes et délégations de droits
soient cohérents, que les règles de contrôles d’accès aux ressources soient bien
configurées et que les secrets employés soient protégés de façon efficace.

Ces audits devraient également s’assurer que l’ensemble des mécanismes de tra-
çabilité permettant une supervision et une investigation sur incident soit activé.

Pour aller plus loin s’appuyer sur la partie 1 du guide : ANSSI, Crise Cyber, les clés
d’une gestion opérationnelle et stratégique), décembre 2021 [58].

Privilégier des offres cloisonnées entre


R5
clients de type SecNumCloud pour des
activités sensibles
Le référentiel SecNumCloud propose un ensemble de règles de sécurité à suivre
garantissant un haut niveau d’exigence tant du point de vue technique, qu’opéra-
tionnel ou juridique. Le référentiel couvre les thématiques de sécurité suivantes :
• le chiffrement des données clients ;
• le cloisonnement des clients entre eux (réseau, stockage, traitements ) ;
• la protection des moyens d’accès au service (portail, API) ;
• la protection contre les lois extraterritoriales.

Pour le traitement et l’hébergement de données sensibles, il est recommandé de


privilégier les services conformes au référentiel SecNumCloud.

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Pour aller plus loin : ANSSI, Prestataires de services d’informatique en nuage (SecNum-
Cloud), 2022 [11].

7.1.3 Assurer une continuité d’activité

Planifier et implémenter un PCA et un PRA


R6
Il est fortement recommandé qu’un client de service cloud mette en œuvre les
moyens techniques et humains lui permettant, suite à un incident de sécurité,
de maintenir ses activités ou ses services dans un mode dégradé et de faciliter le
retour à un fonctionnement nominal.

Ces éléments peuvent être formalisés au travers d’un plan de continuité (PCA) et
de reprise d’activité (PRA) associé à un bilan d’impact sur l’activité. Ce plan devrait
être révisé et testé régulièrement afin de s’assurer qu’il est pertinent et actionnable
en situation de crise.

Enfin, un plan de communication devrait être prévu et testé afin de permettre une
communication efficace en cas de crise, celui-ci devrait notamment :
• identifier la liste des parties prenantes à alerter, par exemple : les autorités,
partenaires, clients, prestataires, etc. ;
• identifier les informations attendues, ainsi que la forme, les moyens et les
relais pour alerter les parties prenantes ;
• sur la base de l’appréciation des risques et des scénarios identifiés, des cane-
vas de communication à adapter peuvent être établis pour faciliter la gestion
de crise le jour venu ;
• identifier les éléments devant être disponibles hors ligne.
Pour aller plus loin :
• voir le Chapitre 10 Continuité d’activité : ANSSI, Prestataires de services d’in-
formatique en nuage (SecNumCloud), 2022 [11] ;
• voir la partie 1 du guide : ANSSI, Crise Cyber, les clés d’une gestion opération-
nelle et stratégique, décembre 2021 [58].

Appliquer les bonnes pratiques de préven-


R7
tion contre les attaques par déni de service
Les attaques par déni de services doivent être prises en compte lors du déploie-
ment d’infrastructure de services et infrastructure dans le cloud.

En particulier, il est recommandé de faire appel à des prestataires capables de


gérer les attaques par déni de service distribués avant un incident. Il est géné-
ralement utile de prévoir l’intermédiation de services de distribution de contenu
(CDN) pour tout téléservice dont la disponibilité est importante. Il est prudent
d’identifier les types d’attaques couverts par ces services en distinguant la cou-
verture des attaques volumétriques (saturation de bande passante ou de capacité

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de traitement de paquets) de celle couvrant les attaques visant le niveau applicatif


(dit « Layer 7 »).

Une vigilance particulière doit être portée sur le plafonnement des coûts aussi
bien contractuellement que techniquement.

Pour aller plus loin :


• ANSSI, Les Essentiel ANSSI - « Dénis de service distribués (DDoS) », avril 2024
[59] ;
• ANSSI, Comprendre et anticiper les attaques DDoS, mars 2015 [60].

Utiliser les options de sauvegardes sécuri-


R8
sées quand elles sont disponibles
Une politique de sauvegarde des données hébergées dans le cloud devrait être dé-
finie et maintenue à jour. Cette dernière devrait être appliquée et testée afin de
pallier la corruption ou l’indisponibilité de données dues à un incident ou une
compromission. Plusieurs prestataires proposent des solutions de sauvegardes
des données clients. Pour les actifs les plus critiques, une sauvegarde hors ligne
devrait être prévue afin de garantir une restauration en cas de crise. En fonction
du niveau de sensibilité des données, les sauvegardes devraient être chiffrées afin
d’en garantir la confidentialité.

7.1.4 Protéger les identités, les accès et les données

Établir et mettre en œuvre une politique de


R9
gestion des identités et des accès
De la même manière que sur un SI local, la gestion des privilèges est centrale pour
le fonctionnement sécurisé d’un environnement cloud.

Le principe du moindre privilège devrait être appliqué pour assigner les accès
strictement nécessaires à chacun. De plus, des politiques d’accès conditionnel et
de l’authentification multifacteur (MFA) devraient être appliqués le plus large-
ment possible..

Pour aller plus loin : ANSSI, Recommandations relatives à l’authentification multifac-


teur et aux mots de passe, octobre 2021 [61] ;

Sécuriser spécifiquement les pivots entre les


R10
identités locales et le cloud
Un modèle de gestion d’identité régulièrement adopté par les clients de CSP est
une architecture hybride où une identité valide sur le SI local du client le sera éga-

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lement sur les services proposés par son CSP. Par conséquent, les équipements en
charge de gérer l’hybridation côté client sont sensibles, car embarquant souvent
des secrets de comptes privilégiés pour le SI local et le SI hébergé dans cloud.

Dans la mesure du possible, les méthodes d’hybridation nécessitant de synchroni-


ser des dérivés de secrets d’identité directement chez le CSP devraient être évitées.
De plus, les équipements en charge de gérer l’hybridation devraient être sécurisés
de la même manière que tout équipement manipulant des secrets d’administration
très privilégiés.

Pour aller plus loin : ANSSI, Recommandations relatives à l’administration sécurisée


des SI, mai 2025 [62].

Établir et mettre en œuvre une politique de


R11
gestion des comptes privilégiés
De la même manière que sur un SI local, la gestion des privilèges est centrale pour
le fonctionnement sécurisé d’un environnement cloud. Il faut donc distinguer d’un
côté l’administration de l’environnement cloud en lui-même et d’un autre l’admi-
nistration des activités métier hébergées chez le CSP.

Dans ce cadre, il est recommandé d’appliquer le principe du moindre privilège


pour mettre en place les accès exacts strictement nécessaires à chacun. De plus,
des politiques d’accès conditionnel et du MFA devraient être systématiquement
mises en place sur ces comptes. Pour les comptes les plus privilégiés, par exemple
les comptes capables d’administrer l’intégralité de l’environnement cloud, il est
recommandé que ces comptes ne soient pas hybrides, mais bien spécifiques à la
base d’identité du CSP et utilisés uniquement depuis des postes d’administration
dédiés à cet usage.

Pour aller plus loin : ANSSI, Recommandations relatives à l’administration sécurisée


des SI, mai 2025 [62].

Établir et mettre en œuvre une politique de


R12
classification et de chiffrement des données
Une politique de classification des données devrait être établie, évaluant le niveau
de sensibilité de chaque catégorie de données.

En fonction de celle-ci, les informations devraient être autorisées à transiter par


le cloud en clair, chiffrées, ou jamais. Dans la mesure du possible, le chiffrement
devrait avoir lieu avant l’envoi des informations vers le service cloud.

Lorsque cela n’est pas possible, mais que le service cloud offre des fonctions de
chiffrement, celles permettant au client de maîtriser et contrôler les clés de chif-
frement doivent alors être privilégiées.

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Établir et mettre en œuvre une politique de


R13
gestion des secrets prenant en compte le
partage de responsabilité
Il est recommandé de définir et implémenter une politique de gestion des secrets
qui tienne compte du cloud. Cette politique doit permettre d’identifier les secrets,
leur cycle de vie de la génération jusqu’au décomissionnement, leur circulation et
leur protection.

La politique de gestion des secrets devrait tenir compte des cas d’échanges néces-
saires avec un CSP lors d’une demande d’assistance technique.

Selon la complexité du dysfonctionnement rencontré, le prestataire peut parfois


avoir besoin de plus ou moins d’informations de contexte liées au fonctionnement
et à l’utilisation de son service, afin d’identifier et reproduire le problème rencon-
tré et ainsi le résoudre. Or, des secrets peuvent être présents dans les informations
collectées.

Dans la mesure du possible, seules les informations strictement nécessaires de-


vraient être communiquées, la présence éventuelle de secrets devrait être identi-
fiée et ceux-ci devraient si possible être nettoyés avant transmission. Lorsque cela
n’a pas été possible ou en cas de doute, ils devraient alors être systématiquement
invalidés et régénérés à l’issue de l’action.

La période de temps d’exposition de ces secrets devrait alors être la plus courte
possible. Les personnes autorisées à réaliser de telles transmissions devraient être
identifiées et les actions de support tracées.

7.1.5 Superviser, détecter et investiguer

Superviser les actifs hébergés dans le cloud


R14
Les actifs hébergés dans le cloud devraient être supervisés de façon continue et
leur altération détectée.

En particulier, il est nécessaire de pouvoir superviser l’état des infrastructures


IaaS, les ressources stockées dans des services SaaS, les accès à des comptes dis-
posant de privilèges étendus, l’activation de fonctions sensibles (changement de
droits, création ou altération d’objets de sécurité...), changements de configura-
tion affectant les accès ou l’exposition des ressources, services et systèmes.

Si plusieurs infrastructures cloud sont utilisées, il est important d’anticiper une


supervision globale des accès à ces différentes ressources.

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Valider les codes déployés en IAAS, PAAS,


R15 FAAS
Les codes déployés sur des services cloud d’infrastructure (IaaS), de plateforme
(PaaS) ou d’exécution de fonction (FaaS) sont sensibles et peuvent être ciblés par
des attaquants.

Ils devraient donc faire l’objet d’un suivi en version, d’une traçabilité et idéalement
de signature électronique avant mise en production. Ces mesures sont particuliè-
rement efficaces quand elles sont automatisées dans une chaîne de production de
code intégrée (CI/CD). Cette chaîne devrait aussi être protégée contre les accès
illégitimes.

Détecter et évaluer les compromissions ap-


R16
plicatives par supply chain
Il est recommandé de maintenir un inventaire des applications locales liées à
des services cloud, quel que soit l’environnement d’exécution de ces applications
(postes de travail, ordiphones ou serveurs).

La détection de compromission par supply chain d’une application ou d’un cadri-


ciel (framework) servant à la connexion depuis un SI interne vers un service cloud
est par nature complexe.

Cependant, dans de nombreux cas, la tenue d’un inventaire maîtrisé, à jour et his-
torisé des applicatifs employés a permis d’identifier les instances vulnérables ou
compromises et de circonscrire les conséquences d’une attaque.

Investiguer les changements réalisés dans le


R17
cloud en cas d’incident de sécurité
En cas de compromission de son environnement cloud, il est recommandé au client
de procéder à une investigation numérique pour déterminer les actions menées
par l’attaquant. Il est pour cela nécessaire de passer en revue les changements
ayant eu lieu sur son environnement. Cela inclue généralement, sans s’y limiter,
d’inspecter les éléments suivants :
• les authentifications de comptes ;
• les créations ou destructions de comptes ;
• les changements de configuration de comptes existants (ajout de MFA, chan-
gement de mots de passe, ajouts de droits d’accès, utilisation de rôles tem-
poraires...) ;
• les créations ou destructions de ressources ;
• les changements de configuration de ressources (droits d’accès modifiés...)
Pour effectuer cette analyse, il est crucial de disposer d’une journalisation des ac-
tions sur l’environnement cloud client. Cette journalisation devrait être activée
et disposer d’une rétention de plusieurs mois. Une activité d’analyse numérique
cloud peut être difficile à mener sans compétences spécialisées sur le sujet, il est

27/46
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par conséquent conseillé de faire appel à un prestataire de réponse à incident qua-


lifié (PRIS) pour cette tâche.

7.2 Recommandations à destination des CSP

7.2.1 Mesures générales

Mettre en œuvre le guide d’hygiène de


R18
l’ANSSI
Les 42 mesure du guide d’hygiène de l’ANSSI représentent le socle essentiel à
respecter pour protéger les informations d’une organisation. En plus des recom-
mandations parfois plus spécifiques propres à ce document, il est fortement re-
commandé aux clients de services cloud d’appliquer les mesures générales de ce
guide d’hygiène, en particulier :
• la mise en œuvre de moyens d’administration sécurisés et dédiés à l’admi-
nistration du service cloud ;
• le maintien en conditions opérationnelles et de sécurité ;
• le durcissement des configurations et systèmes.
Le guide décrit deux indicateurs de niveau (standard ou renforcé) guidant le lec-
teur vers les mesures à mettre en œuvre en priorité selon le niveau visé.

Pour aller plus loin :


• ANSSI, Guide d’hygiène informatique, septembre 2017 [56] ;
• ANSSI, Recommandations relatives à l’administration sécurisée des SI, mai 2025
[62].

Appliquer les bonnes pratiques de dévelop-


R19 pement
Le développement dans un environnement cloud devrait suivre les bonnes pra-
tiques communes de développement sécurisé. En particulier :
• les applications doivent faire l’objet d’analyses de risques ;
• leurs dépendances doivent être identifiées et gérées avec rigueur ;
• la sécurité devrait être testée dans des configurations réalistes ;
• les secrets, leur protection et leur cycle de vie doivent faire l’objet d’une at-
tention particulière.

Par ailleurs, le cycle de vie applicatif de la conception à la fin de support devrait


inclure la sécurité et les corrections de vulnérabilités identifiées.

Pour aller plus loin : ANSSI, Les essentiels DEVSECOPS, février 2024 [63].

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7.2.2 Maîtriser sa surface d’exposition

Cartographier et limiter la surface de ser-


R20
vices exposée
Les services utilisés par un CSP exposent des interfaces potentiellement critiques
telles que des interfaces d’administration des composants de gestion de matériel,
d’hyperviseur ou de gestionnaires de conteneurs.

Un inventaire de l’ensemble de ces interfaces devrait être effectué et leurs accès


devrait être limités au strict nécessaire. Dans le cadre de services cloud privés pro-
posés aux clients tels qu’un cluster de virtualisation ou de conteneurs dédiés, il est
important de limiter ces accès par défaut.

Cloisonner le SI de gestion de l’infrastruc-


R21
ture métier utilisée par les clients et le reste
du SI
Le prestataire devrait mettre en œuvre des mesures de cloisonnement appropriées
entre le système d’information du service et ses autres systèmes d’information
(bureautique, informatique de gestion, gestion technique du bâtiment, contrôle
d’accès physique, etc.).

Il devrait mettre en œuvre le système d’information du service en assurant le cloi-


sonnement entre d’une part l’infrastructure technique et d’autre part les équipe-
ments nécessaires à l’administration du service et des ressources.

Pour aller plus loin voir le Chapitre 9.7 Restriction des accès à l’information : ANSSI,
Prestataires de services d’informatique en nuage (SecNumCloud), 2022 [11].

Sécuriser les postes des développeurs de


R22
l’infrastructure métier
Les postes d’opérateur disposant de rôles étendus sur la configuration d’infra-
structure ou d’application dans le cloud doivent être considérés comme aussi sen-
sibles que des postes d’administrateurs.

À ce titre, ils doivent faire l’objet de protections telles que décrites dans le guide
d’hygiène de l’ANSSI. Cette recommandation couvre les rôles de SRE, de DevOPS,
d’ingénieur d’infrastructure, ou les rôles de support amenés à pratiquer des diag-
nostics donnant accès à des informations sensibles sur la production.

Pour aller plus loin : ANSSI, Les essentiels DEVSECOPS, février 2024 [63].

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Offrir un service conforme au ou s’inspirant


R23
du référentiel SecNumCloud
Le référentiel SecNumCloud propose un ensemble de règles de sécurité à suivre
garantissant un haut niveau d’exigence tant du point de vue technique, qu’opéra-
tionnel ou juridique.

Pour les prestataires de service cloud, ce référentiel couvre en particulier sur les
thématiques de sécurité suivantes :
• l’usage de moyens d’administration dédiés et sécurisés ;
• la maîtrise des entrants/sortants sur la plateforme ;
• le cloisonnement du système d’information SecNumCloud des autres SI ;
• l’organisation de revue et audits réguliers pour identification des vulnérabi-
lités.

Il est recommandé à tout CSP de s’inspirer du référentiel SecNumCloud et dans


la mesure du possible d’offrir un service conforme à celui-ci.

Pour aller plus loin : ANSSI, Prestataires de services d’informatique en nuage (SecNum-
Cloud), 2022 [11].

7.2.3 Assurer une continuité d’activité

Sauvegarder son infrastructure et proposer


R24
une offre de sauvegarde sécurisée
Le prestataire devrait mettre en œuvre une procédure de sauvegarde hors-ligne
de la configuration de l’infrastructure technique.

Par ailleurs, le prestataire devrait aussi mettre à disposition de ses clients un ser-
vice de sauvegardes sécurisée de leurs données. Celle-ci devrait être documentée
dans une politique de sauvegarde et de restauration des données. Cette politique
devrait prévoir des sauvegardes régulières de l’ensemble des données (informa-
tions, logiciels, configurations, etc.) ainsi que la protection de ces sauvegardes.
Pour aller plus loin voir le chapitre 12.5 « Sauvegarde des informations » : ANSSI,
Prestataires de services d’informatique en nuage (SecNumCloud), 2022 [11].

Planifier et implémenter un PCA et un PRA


R25
Afin de maintenir ou de restaurer l’exploitation du service et d’assurer la dispo-
nibilité des informations au niveau et dans les délais pour lesquels le prestataire
s’est engagé vis-à-vis de ses clients, le prestataire devrait mettre en œuvre un plan
de continuité et de reprise d’activité (PCA/PRA) ainsi qu’un bilan d’impact sur
l’activité. Ces plans devraient être révisés et testés régulièrement afin de s’assurer
qu’ils sont pertinents et efficaces en situation de crise.

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Enfin, un plan de communication devrait être prévu et testé afin de permettre une
communication efficace en cas de crise, celui-ci devrait notamment :
• identifier la liste des parties prenantes à alerter, par exemple : les autorités,
partenaires, clients, prestataires, etc. ;
• identifier les informations attendues, ainsi que la forme, les moyens et les
relais pour alerter les parties prenantes ;
• sur la base de l’appréciation des risques et des scénarios identifiés, des cane-
vas de communication à adapter peuvent être établis pour faciliter la gestion
de crise le jour venu ;
• identifier les éléments devant être disponibles hors ligne.

Pour aller plus loin :


• voir le Chapitre 10 Continuité d’activité : ANSSI, Prestataires de services d’in-
formatique en nuage (SecNumCloud), 2022 [11] ;
• voir la partie 1 du guide : ANSSI, Crise Cyber, les clés d’une gestion opération-
nelle et stratégique, décembre 2021 [58] ;

Fournir des services et options de protec-


R26
tion contre les attaques par déni de service
Les prestataires de service cloud devraient prévoir des mesures de sécurité contre
les attaques par déni de service dans l’élaboration de leur offre de service. Les
options disponibles et les niveaux de couvertures associés (uniquement attaques
capacitaires, ou couverture jusqu’au L7) devraient être clairement communiqués
aux clients.

Des possibilités de plafonner la consommation de ressources, ou le coût de celles-


ci, devraient être proposées afin que les clients puissent limiter l’impact financier
d’une attaque par déni de service. L’atteinte de ces seuils devrait faire l’objet de
notifications aux clients concernés.

L’intégration avec des services tiers devrait être communiquée au client afin que
celui-ci puisse en comprendre les éventuels impacts sur la circulation de données
personnelles.

Proposer des mécanismes de protection


R27
contre les destructions de ressources
Des options protégeant contre la destruction de ressources sensibles ou d’un
grand nombre de ressources devraient être offertes aux clients. Parmi ces mé-
canismes peuvent être identifiés : les mesures de verrouillage, les autorisations
par autorités multiples, les délais de conservation avant purge des informations,
la notification au client par des moyens tiers pour confirmation de l’action.

Les comptes « super-administrateurs » disposant de droits étendus au sein d’un


même projet, sur un ou plusieurs tenants ou encore sur l’ensemble des ressources
clients devraient par défaut, faire l’objet de ces protections.

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7.2.4 Protéger les identités, les accès et les données

Établir et mettre en œuvre une politique de


R28
gestion des secrets à l’état de l’art
Les fournisseurs de services cloud devraient établir et suivre une politique de ges-
tion des secrets à l’état de l’art. Les catégories de secrets manipulés, leurs lieux de
génération d’emploi et de transit devraient être inventoriés.

Pour chacun d’eux, leur niveau de criticité devrait être documenté. Dès que pos-
sibles les clés privées et secrètes devraient être protégées dans des enclaves maté-
rielles (Hardware Security Modules ou HSM, TPM, secure-element, enclave pro-
cesseur) et les applicatifs susceptibles de faire appel à ces éléments adaptés en
conséquence.

Dès que cela est possible, il est recommandé d’offrir des options permettant aux
clients de générer et gérer leurs propres clés, si possible en les hébergeant en de-
hors du service cloud.

Dans le cadre du support client, cette politique de gestion des secrets devrait pré-
voir une minimisation du risque de transmission des secrets par les clients. Si cette
minimisation ne peut être effectuée côté client, le CSP devrait prévoir systémati-
quement le nettoyage des secrets à la réception, leur invalidation et régénération.

De plus, le prestataire devrait systématiquement informer la DSI de son client


qu’une action de support susceptible d’avoir donné accès à des secrets a été réa-
lisée au profit de l’un de ses membres. Cette notification devrait expliciter les
mesures prises en conséquence.

Proposer des options d’authentification à


R29
l’état de l’art
La granularité des options d’authentification et accès qu’un client peut configurer
est déterminante pour la sécurité de son environnement.

Toute offre de CSP incluant de la gestion d’identité et accès devrait intégrer par
défaut les configurations suivantes :
• possibilité de mise en place du MFA sur tous les comptes clients ;
• possibilité de mise en place de politiques d’accès conditionnel avec du fil-
trage par adresses IP et par pays ;
• possibilité de configurer des accès à des ressources sur des plages de temps
limitées ;
• possibilité de soumettre les actions les plus structurantes sur l’environne-
ment (création/destruction de certaines ressources ou comptes) à l’approba-
tion de plusieurs comptes ;
• possibilité de configurer des notifications quand des comptes sont utilisés,

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des authentifications échouent ou des ressources sont accédées ;


• forcer le MFA sur les comptes à privilège ;
• accepter l’authentification des comptes clients via des fournisseurs d’iden-
tité tiers ;
• proposer par défaut des types de comptes où le principe du moindre privilège
s’applique.

Ces options ne devraient pas être réservées à un palier haut de coût de service, qui
les rendraient inaccessibles à des organisations de petite ou moyenne taille.
Pour aller plus loin : ANSSI, Recommandations relatives à l’authentification multifac-
teur et aux mots de passe, octobre 2021 [61].

Sécuriser le support client


R30
Le support client doit par définition disposer de droits importants sur l’environ-
nement de production d’un CSP et peut avoir accès à des données sensibles des
clients.

Les accès des opérateurs de support devraient donc être configurés en suivant
le principe du moindre privilège. Leurs actions devraient être particulièrement
supervisées et le nombre de clients sur lesquels des actions de support sont menées
par jour devrait être limité.

Enfin, un contact DSI client devrait être notifié si un membre du support client
accède à des informations de son SI local ou de son environnement cloud, en par-
ticulier des secrets tels que des mots de passe ou clés privées.

Mettre en œuvre un cycle de vie des envi-


R31
ronnements physiques comme logiques
Un cycle de vie des environnements physiques comme logiques devrait être dé-
fini. Celui-ci devrait, notamment, inclure un processus de décommissionnement
entraînant la suppression sécurisée des données, accès et secrets. Toute réutili-
sation, même partielle, d’un environnement devrait bénéficier de cette procédure
de décommissionnement, y compris lorsque cette réutilisation est faite au profit
d’un même client.

Revoir régulièrement comptes de test et


R32
leurs accès
Un CSP peut avoir besoin de créer des comptes pour tester de nouvelles fonc-
tionnalités ou valider le bon fonctionnement de celles existantes. Ces comptes de
test devraient cependant être maniés avec précaution, car ils peuvent bénéficier
de droits particulièrement élevés et être exempts des contraintes de sécurité ha-
bituellement associées. Il est donc recommandé d’effectuer un inventaire de ces
comptes, de déterminer leurs accès et de s’assurer qu’ils ne peuvent pas accéder

33/46
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aux environnements de production.

7.2.5 Superviser, détecter et investiguer

Superviser la sécurité des ressources client


R33
Le prestataire devrait superviser les accès et modifications des ressources qui lui
sont confiées et leurs méta-informations (accès, paramétrages, etc.).

Les configurations anormalement exposées devraient aussi être détectées et noti-


fiées.

Le niveau de traçabilité activé par défaut devrait permettre des levées de doutes
sur les évènements de sécurité les plus communs. Ces journaux devraient être
horodatés précisément avec mention du fuseau horaire, et permettre de tracer
les adresses sources des opérations ainsi que les identités associées. Les durées
de rétention proposées devraient permettre de diagnostiquer des événements au
moins antérieurs au mois courant.

Il devrait être permis au client d’accéder aux journaux de ces événements dans des
niveaux de contrats ordinaires.

Il devrait être aussi permis au client de paramétrer des notifications sur des évé-
nements spécifiques, des dépassements de seuils ou des détections d’anomalies
(connexions depuis des zones géographiques nouvelles, création/destruction de
ressources en masse, usage élevé de ces ressources mémoire/CPU/bande passante,
etc.).

Mettre en œuvre une supervision renforcée


R34
des actifs transverses
Les prestataires de service cloud devraient mettre en œuvre une supervision de
sécurité renforcée sur les éléments d’infrastructure les plus sensibles.

L’ANSSI rappelle en particulier que les éléments porteurs de la gestion d’iden-


tité de l’infrastructure ou des clients, les systèmes de gestion des ressources entre
clients (création, modification, suppression), les API et portails d’administration
des clients en interne, les API et portails d’administration destinés aux clients, ou
encore les orchestrateurs, sont des actifs transverses.

La compromission de tels actifs a des effets potentiels sur la totalité de l’infra-


structure, ou des clients, et doit être détectée le plus tôt possible.

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Offrir à ses clients des fonctions de gestion


R35
et de supervision de la consommation finan-
cière (finOps)
Afin de réduire les risques et les impacts en cas de d’une utilisation abusive de res-
sources de ses clients, que celle-ci soit la résultante d’une action malveillante ou
d’une erreur, un fournisseur de service cloud devrait offrir à ses clients des fonc-
tions de gestion et de supervision de la consommation financière (finOps) :
• allocation de quota et plafonds de consommation par utilisateur, compte de
services ou encore par projet ;
• traçabilité des comptes et ressources à l’origine de ces consommations ;
• tableaux de bord permettant à la fois de voir les usages passés, mais aussi
la projection des usages courants s’ils se poursuivaient sur les mois à venir (
capacity planning ) ;
• points d’API documentés permettant d’automatiser l’export des traces et
données de supervision pour exploitation hors du service cloud ;
• alertes sur des changements de profils de consommation de ressources ;
• comptes utilisateurs métiers pouvant être dédiés à cette fonction, devant
être considérés comme des comptes à privilèges lorsque ceux-ci disposent
de capacités de configuration de quota/seuils, et pouvant être protégés en
conséquence (ex. MFA).

Effectuer une veille sur les noms de domaine


R36
Les noms de domaine d’un CSP sont fréquemment typosquattés par des acteurs
malveillants pour collecter des secrets de ses clients, prestataires ou employés.
Il est par conséquent conseillé aux CSP d’effectuer une veille sur les dépôts de
noms de domaine typosquattant les leurs et de mettre en place une stratégie de
protection de leur marque (notifications aux bureaux d’enregistrement, dépôt de
plainte, etc.).

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8 ANNEXES

8.1 Glossaire
• Application Programming Interface (API): une interface de programmation d’application
permet de définir l’ensemble des éléments nécessaires et utiles pour interagir avec une
application ou un service.
• Authentification multifacteur (Multi-Factor Authentication, MFA) : processus de sécurité
qui exige deux ou plusieurs facteurs (comme un mot de passe et un code envoyé par SMS)
pour vérifier l’identité d’un utilisateur.
• Cloud dit application en « hybride » : infrastructure incluant à la fois des ressources hé-
bergées en propre (on-premise) et des ressources hébergées dans le cloud
• Content Delivery Network (CDN): un réseau de diffusion de contenu correspond à un en-
semble de serveurs placés au plus proche des consommateurs afin d’être en mesure de leur
partager rapidement et efficacement du contenu ou des données issues d’un serveur d’ori-
gine, facilitant ainsi la répartition de la charge de travail tout en réduisant les risques de
congestion réseau.
• Conteneur (Docker) sur le cloud : permet d’exécuter des applications de manière isolée et
portable, en emballant l’application et ses dépendances dans un conteneur léger, qui peut
être déployé sur n’importe quelle infrastructure cloud.
• Common vulnerability and exposure (CVE): dictionnaire des informations publiques rela-
tives aux vulnérabilités de sécurité.
• Déni de Service Distribué/Réparti (DDoS): attaque consistant à saturer une ressource en
la sollicitant intensivement depuis plusieurs sources.
• Fournisseur de service cloud (Cloud Service Provider, CSP) : entreprise qui propose des res-
sources informatiques (serveurs, stockage, réseaux, applications etc.) via Internet, souvent
sous forme d’abonnement.
• Hyperviseur : logiciel qui permet de créer et gérer des machines virtuelles (virtual machine,
VM) en virtualisant les ressources matérielles d’un système physique.
• Gestion des accès et des identités (Identity and Access Management, IAM) : cadre de gestion
qui permet de contrôler l’accès aux ressources d’une organisation en vérifiant l’identité des
utilisateurs et en gérant leurs permissions.
• Mode opératoire d’attaque (MOA) : il s’agit de l’ensemble des techniques, tactiques et
procédures (TTP) spécifiques mises en oeuvre par un acteur offensif, dans le but de réa-
liser des attaques. Il intègre des outils, des infrastructures, des manières de procéder etc.
qui sont cohérents entre eux et permettent de relier différentes activités offensives en
s’appuyant sur ces similarités.
• on-premise : désigne des solutions informatiques déployées et gérées localement plutôt que
dans le cloud. Cela inclut des serveurs, des logiciels et des données hébergées sur place.
• Request For Comments (RFC) : série numérotée de documents décrivant les aspects et
spécifications techniques, dont certains d’entre eux sont devenus de standards au sens
normatif terme. Les documentations émises par l’Internet Engineering Task Force (IETF)
sont sous la forme de RFC.

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• Réseau privé virtuel (VPN) : mécanisme permettant d’établir une connexion réseau sécu-
risée entre deux ressources, afin de protéger en intégrité et confidentialité l’ensemble des
données qui seront échangées.
• Tenant ou locataire sur le cloud : désigne une entité ou une organisation qui utilise des
ressources cloud partagées, où ses données et applications sont isolées des autres tenants.
• Virtualisation : la virtualisation consiste à créer des ressources informatiques virtuelles,
comme des machines ou des réseaux, qui peuvent notamment être gérées et utilisées à
distance sur le cloud.

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8.2 Inventaire des scénarios


• Menaces ciblant les fournisseurs et opérateurs d’infrastructures cloud :
• Scénario 1 : Chiffrement d’un OCE à travers un équipement de sécurité de bordure
vulnérable
• Scénario 2 : Compromission de ScanSource par les opérateurs du rançongiciel Cactus
• Scénario 3 : Compromission et dépôt de bilan de CloudNordic et AzeroCloud
• Scénario 4 : Compromission à travers un équipement de sécurité de bordure vulnérable
d’un opérateur de solution SaaS destiné aux professionnels de santé
• Scénario 5 : Compromission de Okta, spécialiste en gestion d’identités, à travers la
compromission d’un poste utilisateur
• Scénario 6 : Nouvelle compromission de Okta à l’aide d’identifiants d’authentification
volés
• Scénario 7 : Compromission, après une campagne de hameçonnage, de JumpCloud,
spécialiste en gestion d’identités et d’accès
• Scénario 8 : Compromission de messageries Microsoft Exchange Online et obtention
d’une clé MSA
• Scénario 9 : Accès à des comptes courriels Office 365 après compromission d’un compte
de test Microsoft Exchange Online sans MFA activée
• Scénario 10 : Compromission de Fujitsu à travers un équilibreur de charge vulnérable
pour lequel un correctif a été appliqué trop tardivement
• Scénario 11 : Compromission du CSP RackSpace à travers l’exploitation d’une vulné-
rabilité jour-0 d’un logiciel de supervision et de reporting pour les clients
• Scénario 12 : Déni de service distribué (DDoS) couches L3-L4, retours d’expérience
OVH et Cloudflare
• Menaces ciblant les clients de services cloud :
• Scénario 13 : Exposition pendant plusieurs années de données clients de Toyota Motor
en raison de mauvaises configurations
• Scénario 14 : Fuite de données ou de secrets et compromissions liées à de mauvaises
configurations
• Scénario 15 : Compromissions, suite à des vols d’identifiants via des infostealers, d’ins-
tances clientes SnowFlake, dont la majorité n’utilisait pas de MFA
• Scénario 16 : Exploitation de problèmes de configuration entre des environnements
on-premise et cloud afin de se latéraliser de l’un à l’autre
• Scénario 17 : Latéralisation vers des environnements cloud après obtention d’un accès
aux environnements on-premise
• Scénario 18 : Exfiltration et suppression de données sur le cloud suivies d’une demande
de rançon contre récupération
• Scénario 19 : Détournement de ressources cloud au moyen de cryptomineurs
• Scénario 20 : Incident ANSSI : Compromission d’une partie de l’environnement cloud
d’une entreprise du secteur de la santé en vue d’y déposer des cryptomineurs
• Scénario 21 : Détournement de modèles de langage sur le cloud (ou LLM hijacking) afin
d’exploiter leurs ressources à des fins malveillantes
• Scénario 22 : Récolte d’identifiants de connexion sur le cloud en vue d’obtenir des accès
administrateurs à des serveurs ADFS ciblés par le MOA Nobelium
• Scénario 23 : Compromission de comptes de messagerie électronique sur le cloud de
l’entreprise Hewlett Packard Enterprise
• Scénario 24 : Incident ANSSI : Ajout de moyens de persistance sur le cloud
• Scénario 25 : Compromission de l’agence spatiale japonaise à travers un VPN vulné-

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rable suivie d’une latéralisation dans son environnement O365


• Scénario 26 : Discrétion croissante des attaquants sur le cloud
• Scénario 27 : Incident ANSSI : utilisation de l’environnement cloud compromis pour
atteindre des entités d’intérêt via des courriels de hameçonnage utilisant des comptes
usurpés
• Scénario 28 : Compromission à des fins de déstabilisation (chiffrement puis destruction
d’environnements on-premise et cloud) via l’exploitation de vulnérabilités connues et non
corrigées
• Scénario 29 : Latéralisation vers des environnements cloud depuis des environnements
on-premise à des fins de prépositionnement, voire de déstabilisation
• Scénario 30 : Dénis de service distribué (DDoS) observés contre la couche applicative
L7
• Scénario 31 : Ciblage des infrastructures cloud par un employé de l’entité victime
• Menaces ciblant les applications de virtualisation et composants de gestion matérielle :
• Scénario 32 : Ciblage des composants de gestion matérielle permettant de piloter à
distance les ressources matérielles
• Scénario 33 : Ciblage des technologies de virtualisation et d’hypervision
• Scénario 34 : Exploitation d’une vulnérabilité jour-0 affectant le produit VMWare
vCenter afin de cibler des entités stratégiques
• Le cloud comme infrastructure des attaquants :
• Scénario 35 : Utilisation par les attaquant de l’hébergement cloud comme infrastructure
de C2, d’exfiltration et de stockage
• Scénario 36 : Incident ANSSI : Utilisation d’un dépôt GITHUB pour stocker du code
malveillant que la victime était ensuite incitée à télécharger
• Scénario 37 : Utilisation de l’API Microsoft Graph par les attaquants à des fins de C2
et d’exfiltration
• Scénario 38 : Utilisation de l’API OneDrive par les attaquants pour de l’exfiltration de
données
• Scénario 39 : Incident ANSSI : Utilisation d’un Remote access tool pour exfiltrer des
données en dissimulant les flux dans du trafic vers l’API de GITHUB
• Scénario 40 : Utilisation de services cloud afin de créer une infrastructure de noms de
domaine usurpant l’identité de CSP

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8.3 Inventaire des recommandations


• Recommandations à destination des clients de CSP :
• R1 : Appliquer les mesures du guide d’hygiène de l’ANSSI
• R2 : Maintenir des contacts techniques joignables
• R3 : Mettre en œuvre une politique de cloisonnement
• R4 : Auditer l’exposition de ses services
• R5 : Privilégier des offres cloisonnées entre clients de type SecNumCloud pour des
activités sensibles
• R6 : Planifier et implémenter un PCA et un PRA
• R7 : Appliquer les bonnes pratiques de prévention contre les attaques par déni de ser-
vice
• R8 : Utiliser les options de sauvegardes sécurisées quand elles sont disponibles
• R9 : Établir et mettre en œuvre une politique de gestion des identités et des accès
• R10 : Sécuriser spécifiquement les pivots entre les identités locales et le cloud
• R11 : Établir et mettre en œuvre une politique de gestion des comptes privilégiés
• R12 : Établir et mettre en œuvre une politique de classification et de chiffrement des
données
• R13 : Établir et mettre en œuvre une politique de gestion des secrets prenant en compte
le partage de responsabilité
• R14 : Superviser les actifs hébergés dans le cloud
• R15 : Valider les codes déployés en IAAS, PAAS, FAAS
• R16 : Détecter et évaluer les compromissions applicatives par supply chain
• R17 : Investiguer les changements réalisés dans le cloud en cas d’incident de sécurité
• Recommandations à destination des CSP :
• R18 : Mettre en œuvre le guide d’hygiène de l’ANSSI
• R19 : Appliquer les bonnes pratiques de développement
• R20 : Cartographier et limiter la surface de services exposée
• R21 : Cloisonner le SI de gestion de l’infrastructure métier utilisée par les clients et le
reste du SI
• R22 : Sécuriser les postes des développeurs de l’infrastructure métier
• R23 : Offrir un service conforme au, ou s’inspirant du référentiel SecNumCloud
• R24 : Sauvegarder son infrastructure et proposer une offre de sauvegarde sécurisée
• R25 : Planifier et implémenter un PCA et un PRA
• R26 : Fournir des services et options de protection contre les attaques par déni de
service
• R27 : Proposer des mécanismes de protection contre les destructions de ressources
• R28 : Établir et mettre en œuvre une politique de gestion des secrets à l’état de l’art
• R29 : Proposer des options d’authentification à l’état de l’art
• R30 : Sécuriser le support client
• R31 : Mettre en œuvre un cycle de vie des environnements physiques comme logiques
• R32 : Revoir régulièrement comptes de test et leurs accès
• R33 : Superviser la sécurité des ressources client
• R34 : Mettre en œuvre une supervision renforcée des actifs transverses
• R35 : Offrir à ses clients des fonctions de gestion et de supervision de la consommation
financière (finOps)
• R36 : Effectuer une veille sur les noms de domaine

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ANSSI/SDO/DCA

Version : 1.0 – 19 février 2025

AGENCE NATIONALE DE LA SÉCURITÉ DES SYSTÈMES D’INFORMATION

ANSSI – 51, boulevard de la Tour-Maubourg – 75700 PARIS 07 SP


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