Cours de Bioéthique : Fondements et enjeux
Cours de Bioéthique : Fondements et enjeux
Cible :
Préambule : Ce cours nous rappelle que parler des sciences de la santé avant
Nuremberg n’est pas parler des sciences de la santé après Nuremberg. Une prise de
conscience a vu le jour après la seconde guerre mondiale dans le domaine médical.
L’instrumentalisation de la vie humaine n’est plus acceptable.
L’étudiant entre dans la découverte d’une nouvelle discipline qui interroge le pouvoir des sciences médi-
cales. Combattre la maladie peut se transformer en un combat contre l’homme. Les conditions et les ba -
lises sont à poser pour un respect des vies humaines.
Pré-test/ Questions
1
La bioéthique un obstacle aux biotechnologies. Vrai ou Faux ?
Avant la bioéthique, les soignants avaient-ils des préoccupations éthiques ? Oui ou Non.
Fiche de progression
Date Séquence Contenu de l’enseignement Lectures, travaux et
directives
Séquence 1 Médecins et 2è guerre mondiale A lire : L’éthique
médicale de Claire
Ambroselli, in Que
sais-je.
Séquence 2 Contexte d’éclosion de la Bioéthique A lire : La bioéthique,
Guy Durand
Séquence 3 La santé dans un nouveau cadre de débat A lire : L’ éthique
médicale ou
2
bioéthique, Christian
Hervé
Séquence 4 L’éthique médicale est-elle morte ? A lire : La Bioéthique,
Guy Durand
Séquence 5 La Bioéthique : Du contenu à la naissance d’un
mot
Séquence 6 Le Code de Nuremberg
1. Evaluation sommative
L’évaluation sommative quant à elle est faite à trois niveaux :
Contrôle continu. Ce contrôle sera fait sous forme de QCM.
Travail de recherche individuel ou de groupe. Chaque étudiant aura un travail de
recherche à faire sous forme d’exposé : seul ou avec des camarades dans la mesure du
possible.
Examen final.
Références bibliographiques
Christian Hervé, Ethique médicale ou bioéthique, Harmattan, 1996
Claire Ambroselli, L’éthique médicale, Que sais-je ?, PUF, 1988
Gilbert Hottois, Qu’est-ce que la bioéthique ?, Vrin, 2004
Guy Durand, la Bioéthique, Cerf, 1997
Monique Canto-Sperber, in Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, PUF, 1996.
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nietzschéisme radical antihumaniste, ouvrant ainsi la porte à la réduction biologique de
l’être humain. Il reconnaît l’incompatibilité du serment d’Hippocrate avec les valeurs du
national-socialisme.
Les objectifs raciaux des nazis ont mis en place des stérilisations massives des juifs,
des tsiganes et d’autres minorités jugées indésirables.
Tout le long du procès, les accusés développèrent une stratégie de défense qui consista
non à nier les faits qui leur étaient reprochés, mais à nier le fondement normatif de la
4
qualification criminelle de ces faits. Aucune norme valide n’interdit l’expérimentation
humaine à leur avis. L’éthique médicale était pratiquement contestée. Par ailleurs, et selon
la défense dans un état totalitaire en guerre, il n’y a pas de responsabilité personnelle. La
nécessité d’Etat substitue la volonté individuelle. Aucun consentement ne vaille ni du côté
des médecins expérimentateurs, ni des sujets. L’intérêt de la science au service de la
nation prime sur l’individu.
C’est le problème de l’universalisme de la morale médicale qui se pose ici.
Le ton est donné le Brigadier-Général, l’Américain Telford Taylor : « Pour ces victimes,
il est que ces incroyables évènements soient clairement démontrés et prouvés en public,
afin que nul jamais ne puisse mettre en doute que ce sont des faits et non des
affabulations ; et que cette Cour, qui représente à la fois les Etats-Unis et la voix de
l’humanité tout entière, imprime à jamais ces actions et les idées qui du sceau du crime
et de la barbarie ». Ces accusations vont être retenues contre les médecins allemands :
- Intention commune et complot de commettre des délits
- Crimes de guerre
- Crime contre l’humanité
Très vite les juges prennent conscience du caractère éthique de ce procès et du jugement
sur des actes de barbarie réalisés non pas par des monstres, mais des médecins ayant prêté
serment. Les camps de concentration vont servir de viviers pour leurs projets expérimentaux de
recherche. Ces juges devaient rendre justice pour les victimes mais aussi baliser les
expérimentations médicales pour des générations futures.
Les avocats de la défense ne vont pas rendre la tâche facile au ministère public. Dans leur défense
il déclare obsolète le serment d’Hippocrate. Une analogie est faite avec les expériences faites aux
USA. Par ailleurs la responsabilité pèse sur le totalitarisme d’Hitler. Quant aux chercheurs leurs
actes étaient désintéressés, avec le souhait d’améliorer le sort de l’humanité. L’expérimentation à
base d’animaux a étalé ses limites. Expérimenter sur des détenus était un bien leur permettant de
se racheter pour des crimes commis.
Ces arguments ne vont convaincre personne. Il s’agit tout simplement d’une perversion d’un
groupe de déviants. Les avocats ont voulu démontrer que l’ensemble du corps médical était
informé de ces expériences et les approuvaient par leur silence. En fin de compte, ils voulaient
souligner que ces expériences étaient bénéfiques.
Il sera tout de même constater un vide juridique pour encadrer l’expérimentation sur l’homme.
Ceci va conduire à la rédaction du Code de Nuremberg pour prémunir l’humanité contre les
exactions condamnées. Un code de droit international en quelque sorte va naître, afin d’encadrer
l’expérimentation humaine. L’obligation d’informer les sujets des risques encourus avant qu’ils
ne donnent leur accord apparaît.
L’agression de la Pologne marque le début d’une guerre tournée vers l’extérieur et vers
l’intérieur. A l’intérieur cette guerre est tournée vers les membres de la population considérés
comme inférieurs pour des raisons raciales, génétiques ou sociales. Au nom d’une éthique
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utilitariste certains membres de la société sont à éliminer au profit du reste de la population. Ces
atrocités sont présentées comme gestes de miséricorde pour délivrer ces exclus de souffances.
Parmi les dizaines d’expériences réalisées « au nom de la recherche scientifique », les plus
spectaculaires et horribles étaient celles de Carl Clauberg et Mengele à Auschwitz. Ce sont des
centaines de médecins qui, à travers l’Allemagne ont fait ce genre d’expériences sur des milliers
de personnes et ces actes étaient volontaires. Ils étaient convaincus que ces expériences allaient
pouvoir faire avancer l’humanité, surtout allemande. On évalue à 70%, le nombre des médecins
allemands ayant adhéré à l’idéologie nazie.
Présentation de la séquence 2
Il est question de comprendre pourquoi l’on est passé de l’éthique médicale à la bioéthique.
Si le développement des biotechnologies est à applaudir, attention à la réification de
l’homme. Au regard de ce qui s’est passé dans l’Allemagne de Hitler, le pouvoir de la
science médicale nous expose à des dérives.
Eléments de Contenu
Évaluation: Dans cette séquence 1 vous aurez des exercices d'auto-évaluation formative. Pour ce
qui est des exercices d'auto-évaluation, il est fortement recommandé de commencer par l'auto-
évaluation 1 qui est un pré-test mesurant votre niveau de maîtrise des pré-requis des concepts
abordés dans cette séquence. Une fois cette auto-évaluation achevée, relever votre score puis lisez
et suivez les instructions relatives au contenu. En fin, passer à l'auto-évaluation 2 qui vous
permet de mesurer le niveau de maîtrise des concepts abordés dans cette séquence 1.
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1. Pré-test : porte sur l’idée qu’on a de cette discipline appelée bioéthique.
Nous voulons relever ici les raisons qui ont conduit à l’émergence d’une
discipline qu’on dirait à la mode aujourd’hui. Tout le monde en parle ; mais très
souvent de façon approximative, parfois, dans le flou total. Reconnaissons que la
bioéthique s’impose comme une exigence dans un monde où la technique prend de
plus en plus de la place. Avec Guy Durand, nous notons que les biotechnologies
posent à notre temps des questions importantes et troublantes. Quel est la place de
l’homme devant le pouvoir de la science médicale ?
Comment faire ?
Quoi faire ?
Quoi permettre ?
Qui décide ?
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L’éthique médicale remontant à Hippocrate a balisé l’activité des soignants
bien avant l’ère chrétienne. La période des deux guerres mondiales va marquer né-
gativement jusqu’à traumatiser les consciences au point d’évaluer et de s’interroger
sur ce qui vient de se passer aux yeux du monde. La confiance aveugle faite jusque-
là aux professionnels de la santé est à revoir. L’implication active des médecins al-
lemands dans la destruction de l’humain, qui est en fait de la barbarie, est le point
culminant de cette crise de confiance. En effet au mépris de l’éthique d’Hippocrate,
les médecins allemands ont réduit des prisonniers juifs à du simple matériau d’ex-
périmentation. Ce fut l’expression d’une cruauté et une réification inédites de l’hu-
main. En 1990, J. Bernard, président du CCNE, a fait état des dangers des crimes
du « bio-despotisme » mettant à nu, la crise de l’éthique médicale et des droits
fondamentaux de l’homme. On découvre, dans les procès d’après-guerre, com-
ment des citoyens européens ayant des fonctions publiques médicales et poli-
tiques sont devenus des criminels en transformant les pouvoirs et les appareils
d’Etat démocratiques en pouvoirs et appareils politiques criminels dont l’atrocité
des actes laisse sans voix.
Les limites de l’éthique médicale traditionnelle, une médecine de plus en
plus techno-scientifique, des revendications sociales et l’affirmation des droits in-
dividuels, la crise des formes d’autorité, dont l’autorité médicale, sont autant de
raisons pour revoir en profondeur, la formation en éthique de la médecine. Celle-
ci avait, en effet, disparu depuis les années 1960, laissant l’étudiant en médecine
acquérir les valeurs et les principes guidant l’agir médical, soit, au chevet du ma-
lade, soit, sous l’influence bénéfique du « grand patron ».
Bref, la pratique médicale s’est modifiée, et il convient de former des fu-
turs soignants qui sauront s’adapter à un monde changeant, sans, pour autant,
perdre le sens de la pratique et la nécessité de la prise en compte des valeurs qui
sont liées à la médecine.
Comment ne pas aborder la question de la relation du corps et de l’esprit,
quand on discute le cas du refus, exprimé par un parent croyant, de donner cer-
tains organes de son enfant qui vient de mourir accidentellement, et dont on
maintient l’apparence de la vie par diverses techniques ? Comment ne pas discu-
ter du statut moral de l’embryon humain, dans la question de l’avortement ? Ou
encore, comment ne pas discuter de la différence entre le normal et le patholo-
gique, lorsqu’il est question de test de dépistage génétique prédictif ?
Le pari est donc, de tenter d’articuler la pratique à la réflexion plus théo-
rique, et de décentrer de la stricte relation patient-médecin vers des interroga-
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tions éthiques et philosophiques relatives à une authentique anthropologie de fa-
çon plus large.
2. Refus du mépris de l’humain
Présentation de la séquence 3
Eléments de Contenu
3. Devoir 2 : Parlez des droits des patients a-t-il du sens pour vous ?
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Avec l’éthique hippocratique, le corps médical avait toute la confiance du
social, en matière de recherche du bien des personnes malades. Les principes de
bienfaisance et de non malfaisance, piliers de cette éthique garantissaient cette
grande confiance. L’après deuxième guerre mondiale est marquée par un vent de li-
berté sur le plan social qui va s’accompagner du rejet de toute forme d’autorité,
même médicale. Ce mouvement de contestation loin d’être nihiliste, va plutôt enri-
chir la réflexion relative à la santé des patients.
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Quant à Jurgen Habermas, il fait appel à la foi pour contrebalancer l’épui-
sement du sens, et notamment du sens de la vie. Le religieux nous fait ressentir un
certain nombre d’obligations morales dont la justification nous fait défaut. La
tâche du philosophe consiste à traduire ces convictions dans un langage universel,
affranchi des « visions du monde », acceptable par tous.
Le principal mérite d’Habermas est de considérer le développement des
biotechnologies comme une liberté qui requiert d’être réglementer. L’appel aux
autorités religieuses, pour rappeler les fondements de l’humanité, et favoriser le
consensus politique, est-il autre chose ici qu’un aveu d’impuissance de la raison,
incapable de trouver un fondement rationnel suffisant ? L’abandon de la vérité au
profit du consensus et du compromis politique n’est pas dénué de conséquence.
Présentation de la séquence 3
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Parler avec justesse de certains concepts et expressions que l’on tend à confondre.
Eléments de Contenu
3. Ethique médicale
4. La bioéthique
5. Leur rapport
Pré-test : Pouvez-vous situer dans le temps les notions suivantes : éthique médicale, bioéthique,
éthique biomédicale ?
1. Ethique médicale
2. La bioéthique
Sur le plan structural, ce mot est composé : bios, la vie ; ethos, mœurs. Ce
qui autorise à définir la bioéthique comme l’éthique de la vie. Cependant, cette dé-
finition reste vague bien que gardant l’avantage de couvrir la réalité de la bioé-
thique dans toute sa dimension.
3. Leur rapport
14
les médecins. Elle concerne tous les professionnels de la santé et de par ses aspects
sociopolitiques, s’ouvre à toutes les sciences humaines.
Présentation de la séquence 5
Nous montrons ici que les questions qui sont celles de la bioéthique ont existé avant le mot lui-
même. Par ailleurs la délimitation du champ thématique de la bioéthique est une chose difficile.
Eléments de Contenu
15
Le contenu et l’objet de la bioéthique ont existé avant la création du concept
même. C’est pour cette raison que certains penseurs voudraient faire remonter la
naissance de la bioéthique au Code de Nuremberg.
Quant au mot « bioéthique », il fut utilisé pour la première fois dans un ar-
ticle « Bridge to the future » de l’Américain van Rensselaer Potter. Ce mot arrivait
à résumer les préoccupations qui étaient celles des pionniers de la bioéthique.
1. Son objet
La relation patient-médecin
L’expérimentation humaine
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La bioéthique est pluridisciplinaire. Des tensions sont donc inévitables dans
ce débat où la rationalité et le respect de la dignité humaine doivent rester de ri-
gueur. Il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition des points de vue. Les points de
vue peuvent se valider ou s’invalider du fait de leur rationalité en lien avec la digni-
té humaine.
Approche séculière
Approche interdisciplinaire
Approche prospective
Approche globale
Approche systématique
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EVALUTION SEQUENCE 1
EVALUATION SEQUENCE 2
EVALUATION SEQUENCE 3
EVALUATION SEQUENCE 4
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2- Définir la bioéthique, une tache simple ?
3- Quel lien existe-il entre la vie humaine et les autres formes de vie ?
Eléments bibliographiques
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Eugen Kogon, Hermann Langbei et Adalbert Rückerl, Les chambres à gaz, secret d’Etat, Minuit,
1984
Gerrit Hohendorf, L’extermination de malades et handicapés mentaux sous le régime national-
socialiste, 2016
Esther Buitakant, Procès de Nuremberg : les criminels nazis devant la justice, 2020
Philippe Amiel, expérimentations médicales : les médecins nazis devant les juges.
Christian Hervé, Ethique médicale ou bioéthique, Harmattan, 1996
Claire Ambroselli, L’éthique médicale, Que sais-je ?, PUF, 1988
Gilbert Hottois, Qu’est-ce que la bioéthique ?, Vrin, 2004
Guy Durand, la Bioéthique, Cerf, 1997
Monique Canto-Sperber, in Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, PUF,
1996.
Nature
L’enseignement de l’éthique biomédicale passe par la pluridisciplinarité. Le
seul point de vue médical n’est plus suffisant pour analyser les enjeux éthiques
22
des décisions cliniques. Cet enseignement se démarque donc de la morale médi-
cale traditionnelle, faite par les médecins, pour les médecins. Au-delà de cette op-
position, l’analyse éthique de cas cliniques oblige à prendre en considération une
donnée incontournable de notre société : le pluralisme des valeurs, c’est-à-dire, le
fait que nous ne partageons pas tous une même vision du bien.
Pour Jean Bernard, Yves Pelicier et Pierre Changeux, l’éthique doit impré-
gner et doit s’intégrer dans la gestion de la médecine moderne. L’homme-méde-
cin, l’homme-soignant doit se positionner face au multiculturalisme. La médecine
nécessite aujourd’hui des connaissances anthropologiques, sociologiques, psycho-
logiques et idéologiques. Le médecin doit connaître l’altérité subjective de ses pa-
tients avant même de les traiter, afin de mieux analyser les éléments qui déter-
minent l’acte médical. Il s’agit d’enter dans la maîtrise des connaissances bonnes
ou fâcheuses des actes médicaux.
L’éthique doit ainsi conduire à l’appréciation critique de ce qu’il convient
de faire pour bien faire, dans une situation singulière. La bioéthique doit toujours
rappeler à un être humain qu’il a affaire à d’autres humains de même dignité que
lui. Pour Noelle Lenoir, « l’homme, en tant que sujet, ne saurait être traité comme
un objet par la science ». La déclaration Universelle des Droits de l’homme, quant
à elle affirme « l’égale dignité inhérente à tous les membres de la famille hu-
maine ».
PERTINENCE
REFLEXION ETHIQUE
L’objectif est ici de développer chez l’étudiant une sensibilité éthique. Qu’il puisse repérer là où
se pose une interrogation éthique, bien cibler les valeurs qui sont en jeu et éventuellement en
conflit. L’éthique est une question de discernement. Certains actes médicaux sont posés comme
de façon naturelle et machinale. Quant à l’interprétation et l’analyse objective du cas, l’étudiant
n’est pas toujours suffisamment armé en face. Bien des soignants arrivent à des décisions
apparemment bonnes, sans pouvoir expliquer pour autant le geste et la décision prise. L’éthique
met à notre disposition un certain nombre de principes qui rendent licites des décisions bien
que portant de la malice pour le plus grand bien du patient. En soins de santé chaque cas est
unique. Une décision acceptable pour un cas ne le sera pas pour un autre. De nombreux
étudiants sont tentés par la facilité de l’application de décisions bien arrêtées. L’on veut éviter
de s’investir à nouveau pour des analyses des interprétations et des décisions appropriées à
l’unicité des cas. L’apprenant doit se familiariser à de nouveaux concepts pour légitimer ses
décisions en matière de thérapie, de chirurgie ou tout simplement de la recherche.
24
ETHIQUE/ PROGRAMME GENERAL
1-ETHIQUE FONDAMENTALE
25
doué de liberté lui permettant de décider de lui-
même.
L’homme, face à des choix multiples pour donner
sens à sa vie, et appelé à créer lui-même sa
réalisation, est confronté constamment à des choix,
à agir en responsables de ses actes. Donner un sens
signifie opter pour une direction donnée. Il y a des
buts qui puissent détruire la vie individuelle ou
collective. La violence est donc immorale.
La morale a un champ universel, elle étudie l’homme
dans sa totalité. Les autres sciences humaines ne
portent pas un jugement. La morale veut une
orientation pour le meilleur avenir de l’homme.
Toute science, du moment qu’elle se veut positive,
sort de son rôle si elle veut prononcer des jugements
éthiques. C’est le propre de la morale d’avoir à le
faire.
L’homme est un être qui veut être heureux. Même
quand il se révolte, « L’homme révolté » A. Camus, il
croit atteindre un certain bonheur. Cet arrière-fond
s’observe chez les uns et les autres quand ils
agissent. Pascal l’avait dit : « Tous les hommes
recherchent d’être heureux, même celui qui va se
pendre ». le propre de l’être humain est de donner
sens à sa vie et de se prendre en charge, de
s’accomplir, trouver un peu de bonheur, un peu de
26
joie apaisante. Mais il reste vrai que la satisfaction
présente laisse une amertume en raison de sa
brièveté.
Réussir sa vie
L’appel au bonheur peut s’identifier à la réussite de
la vie dans le choix d’une carrière épanouissante ou
dans la rencontre d’un amour véritable. Les
difficultés de la vie sont traversées dans l’espoir de
trouver un peu de bonheur.
28
culpabilité et responsabilité, le légal et le moral,
l’éthique et la morale.
L’idéal personnel
On voit dans le mot « idéal », le terme « idée ». Il y a
des réalités plus authentiques vers lesquelles
l’homme aspire. Ces réalités ne sont pas palpables
dans le monde de tous les jours. Ce sont ces idées là
qu’on appelle des idéaux. On peut rencontrer un
médecin, mais il existe le médecin idéal ou l’idéal du
médecin ; celui-là qui remplirait toutes les conditions
que l’on attend d’un médecin.
Il y a des modèles qui serviraient d’étalon et vers
lesquels nous devrions tous tendre ; des exemples de
perfection, d’excellence qui sont des idéaux ; d’où la
comparaison de ces idéaux à des rêves. Il ne s’agit
pas d’une incarnation, mais d’une vision.
L’idéalisme
C’est l’attitude de celui qui entretient un certain
nombre d’idéaux vers lesquels il tend et vers lesquels
il aspire. C’est le fait de rêver d’un monde meilleur
différent de celui dans lequel on vit. L’on dira que la
jeunesse est l’âge de l’idéalisme, on entretient de
belles idées, de beaux rêves. L’on dira de celui qui a
cette attitude qu’il est idéaliste.
29
Pris dans ce sens, l’idéalisme est une attitude
positive à cultiver. Mais il ne faut pas confondre
idéalisme et utopie. L’utopie est un mirage, une
illusion, un rêve trompeur. Le rêve de l’idéaliste est
pur. L’utopiste n’a pas de pied sur terre. Il entretient
des idées qui n’ont aucun rapport avec ses
possibilités, ses moyens.
2-BIOETHIQUE
3-ETHIQUE BIOMEDICALE
30
Gaetan Morin, éditeur, 2009
Objectif : intégrer l’éthique dans les pratiques à partir des
bases philosophiques et méthodologiques exposées
clairement et de manière critique.
Le but premier de toute intervention en santé vise le
bien-être du bénéficiaire. L’intervention du soin n’est
jamais moralement neutre.
Englehardt fait remarquer à juste titre que la société
démocratique contemporaine, respectueuse du
pluralisme des valeurs, ne peut se rallier à une échelle de
valeurs canoniques. Cependant il n’est pas de choix
réfléchi sans hiérarchisation des valeurs.
« Chaque fois qu’il y a délibération, que l’action ne paraît
pas tout indiquée, quand le problème du choix se pose à
la conscience, que celle-ci est amenée à peser le pour et
contre, il y a un conflit de valeurs que celui qui agit doit
trancher en hiérarchisant les valeurs opposées et en
opérant de cette façon un début de systématisation dans
le domaine axiologique. » Perelman et Olbrechts-Tyteca.
Le développement scientifique et technique ainsi que la
surspécialisation a imposé à l’éthique clinique des balises
visant à minimiser les conséquences négatives de ces
avancées. La sacralisation de la science et de ses résultats
a évincé de la sphère publique toute référence à des
valeurs autres que celles qui sont « prouvées
31
scientifiquement. Le défi de l’éthique de la santé consiste
donc à redonner aux connaissances scientifiques ou aux
données probantes la place qui leur revient, celles de la
connaissance portant sur les faits.
Les règles institutionnelles, notamment la loi et la
déontologie professionnelles sont incontournables, mais
elles sont insuffisantes au regard de la complexité des
situations éthiquement problématiques engendrées par
des développements scientifiques et techniques. Le
relativisme des valeurs ne peut constituer le fondement
des décisions.
Comment choisir les théories éthiques les plus
appropriées ?
- Les théories de la vertu, pour l’importance accordée
à la bonne volonté et aux dispositions personnelles
favorisant l’exercice d’une compétence
professionnelle
- Le situationnisme, pour l’importance qu’il donne au
contexte
- L’utilitarisme, pour l’importance accordée aux
conséquences de l’action
- Les théories déontologiques, pour la primauté
qu’elles accordent aux devoirs et aux obligations
morales
32
- L’éthique du caring, pour l’importance qu’elle
accorde prioritairement aux relations humaines et
aux échanges dans le soin
- Les théories des droits fondamentaux, pour
l’importance qu’elles accordent au respect de
l’autonomie de la personne
- Les théories de la justice, pour la spécification des
critères d’équité dans l’attribution des soins de santé
- L’éthique consensuelle, pour l’importance de
favoriser des solutions qui seront applicables parce
qu’elles seront partagées.
A proprement parler, ces théories sont incompatibles.
Chacune présente un assemblage structuré de postulats,
de considérations, de principes, de règles et de
jugements, conçu à une époque et dans un contexte
donnés. Autrement dit, chacune constitue un assemblage
hiérarchisé qui s’appuie sur des valeurs jugées
pertinentes pour la gouverne des individus et des
sociétés. Choisir l’une de ces théories constitue ce
qu’Englehardt nomme une « échelle de valeurs
canonique »
Ce sont les caractéristiques de l’intervention de soin qui
guident le choix des théories les plus appropriées pour
définir des repères qui seront par le fait même pertinents
et applicables dans la pratique de soins.
33
Nous proposons une approche par principes. Elle
introduit l’idée d’obligation morale prima facie. Ce sont
les principes éthiques qui portent cette obligation morale
et qui fournissent aux professionnels de la santé des
repères dont ils doivent tenir compte dans leurs prises de
décisions et dans leurs interventions : le respect de
l’autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance et la
justice sont proposés par Beauchamp et Childress en
2001.
Cette approche de Beauchamp, pour certains, reste
abstraite et éloignée de la réalité quotidienne de la
pratique infirmière. Face à cette difficulté,
l’inconditionnelle obligation du respect de l’humanité en
chaque homme devient fondement éthique universel
accessible à l’éthique biomédicale. Un accord de principe
reste donc possible. Il est donc possible de sortir du
relativisme des valeurs et de s’entendre sur de grands
principes, sans entrer dans une éthique dogmatique.
Une formation en éthique des soins n’apporte pas de
recette miracle à la résolution des problèmes et
dilemmes éthiques.
La morale et l’éthique
Ces deux termes peuvent être utilisés indifféremment.
Morale de moralis, éthique de éthikon. Les deux termes
désignent les mœurs, le caractère, les attitudes
34
humaines, les règles de conduite, les justifications de ces
règles. Pour Pierre Fortin, le mot morale désigne les
règles régissant les comportements et l’éthique désigne
une réflexion critique sur les fondements de ces règles.
Le moralisme est déteint de religieux et de métaphysique
alors que l’éthique, rationnelle et laique est plus
compatible au pluralisme des sociétés démocratiques.
L’éthique normative peut être générale ou appliquée.
Quand elle est générale, elle répond aux questions
suivantes : Quelles sont les meilleurs guides pour l’action
éthiquement bonne et pourquoi sont-ils les meilleurs ?
L’éthique normative appliquée recherche les meilleurs
guides pour un champ d’activités donné.
L’éthique descriptive décrit tous simplement des
comportements et les valeurs éthiques prises en compte.
Selon Paul Ricœur, les normes exercent une fonction
d’universalisation par rapport aux jugements de premier
niveau, opèrent des fonctions critiques, traitent des
conflits. Quant au jugement éthique, il s’appuie sur des
théories éthiques et approfondit des concepts : la vie, la
mort, la santé, le bonheur…Nous sommes là dans une
analyse métaéthique.
L’éthique de la santé
Elle se situe dans la sphère de l’éthique normative
appliquée. Elle s’identifie comme l’analyse et la
35
résolution des problèmes éthiques qui surviennent, tant
dans des soins directs, que dans la recherche,
l’enseignement ou la gestion dans le domaine de la santé.
Les soins directs sont la raison d’être des services de
santé. Les buts de l’intervention de santé sont les
suivants :
- Rétablir, améliorer ou maintenir la santé
- Rétablir, améliorer ou maintenir une fonction
compromise
- Sauvegarder ou prolonger la vie
- Soulager les symptômes, de même que la douleur
physique, morale
- Informer, former et conseiller les patients sur les
conditions de santé et leur pronostic
- Informer, former et conseiller les individus, les
communautés et les populations sur leur condition
de santé et sur des moyens de prévention et de
protection pertinents.
L’éthique, la morale et les droits
Le mot « droit » fait référence « à ce qui est conforme à
une règle ou à ce qu’il est légitime d’exiger » selon
Lalande. Ici des confusions sont possibles entre le légal, le
moral et le philosophique. La règle de droit se reconnaît
par son caractère impératif . Elle indique aux membres
d’une société « ce qui est à faire ou à ne pas faire, ce qui
36
est permis ou licite, ce qui est attribué comme pouvoir
aux uns et aux autres » selon Dabin. Des sanctions sont ici
applicables.
C’est justement la sanction qui distingue normes
juridiques et normes morales.
L’ETHIQUE DU CARING
Ethique plus ou moins contestée. Elle a tout de même
inspiré l’une ou l’autre étape de la réflexion sur le soin.
C’est Carol Gilligan qui l’a développée.
Le caring concerne une obligation morale de répondre de
manière sensible aux besoins de l’autre. Cette obligation
a son fondement dans la relation originaire de la mère à
l’enfant. Elle devient éthique quand elle n’est plus
instinctive mais suscitée par l’atteinte d’un idéal. La
relation de réciprocité qui s’établit entre le soignant et le
soigné est le fondement de l’éthique du caring. En fait, ce
sont les sentiments, les attitudes d’ouverture et
d’empathie, la présence et la sensibilité aux besoins de
l’autre.
39
Les enjeux éthiques sont liés à des conflits de valeurs.
Clarifier les valeurs est donc fondamental comme étape
dans la résolution des dilemmes éthiques. Notre époque
est celle où la conscience individuelle prend beaucoup de
place. Seulement le respect des valeurs de tous laissent
entendre que toutes les valeurs se valent et qu’il revient
à l’individu de faire le choix sur la base de ses valeurs
personnelles. La clarification des valeurs est utile et
essentielle, elle est un préalable à toute démarche de
réflexion éthique.
Selon Carl Rogers, il faut tenir compte de la personne
globale. Un problème de relation humaine peut se poser
entre le thérapeute et le patient. Le patient aimerait
parler sans être jugé. Rogers propose ainsi trois
conditions : la congruence, acceptation inconditionnelle
d’autrui et l’empathie.
La congruence concerne un accord de la conscience, de
l’expérience et de la communication. Pour établir une
relation thérapeutique positive, le thérapeute doit
adopter une attitude et un langage cohérents. L’autre
n’est pas un objet mais un sujet. Le thérapeute doit
s’exempter de porter des jugements de valeur : c’est bien
ou c’est mauvais. « Le sens et la valeur de son expérience
dépendent uniquement d’elle et aucun jugement
extérieur ne peut rien changer à cela ».
40
Le thérapeute doit être capable d’empathie, arriver à
saisir les sentiments et les réactions de son client, tout en
manifestant cette compréhension.
La clarification des valeurs rend explicite les priorités
d’une personne. Elle établit une cohérence entre la
pensée et l’action. La valeur réfère à un ensemble de
croyances et d’attitudes orientées vers l’action qui donne
un sens à la vie.
En éthique de la santé, le processus de clarification des
valeurs s’exerce surtout dans des discussions de cas.
La définition de la valeur
Aucune société ne peut se constituer sans « créer de
l’idéal » disait Durkheim. Un système de valeurs est
constitué par un ensemble de principes, de normes, de
croyances et de connaissances collectives. Les valeurs
déterminent, chez les membres d’une société, des
préférences, des attitudes et des comportements, c’est-à-
dire qu’elles constituent un cadre de référence qui doit
normalement guider leurs actions. Le respect de la vie
humaine est un exemple de valeur fondamentale, ceci
implique le respect de la vie des autres, les assassins sont
ainsi punis.
Les systèmes de valeurs assurent l’équilibre du groupe
social. Les valeurs constituent le ciment des institutions
sociales.
41
La société est constituée de groupes multiples dont les
systèmes de valeurs ne coincident pas obligatoirement
pouvant parfois s’opposer.
Toute collectivité tend à considérer ses valeurs comme
étant les seules souhaitables, et à vouloir les faire
partager. Les valeurs ne sont pas les mêmes partout. Elles
diffèrent dans l’espace et peuvent évoluer dans le temps.
Et Pascal dira « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-
delà ».
On peut appeler ‘valeur’ tout ce qui fait l’objet soit d’une
attitude d’adhésion ou de refus, soit d’un jugement
critique.
Les valeurs peuvent être décrites en fonction des
caractéristiques suivantes :
- Elles sont essentiellement des croyances, des
habitudes liées aux attitudes et aux comportements
dans la vie privée et dans la vie professionnelle.
- Elles sont relativement stables dans le temps.
- Elles sont intimement liées à la vie ou à la pratique
de l’individu ou du groupe.
- Elles constituent des références finales relativement
aux fins à atteindre ou des références instrumentales
relativement aux moyens mis en œuvre pour
atteindre les fins.
42
- Elles font généralement partie d’un système
hiérarchisé, la hiérarchisation rendant possible le
choix parmi des comportements, des attitudes et des
interventions.
- Elles sont des indicateurs des préférences de
l’individu ou du groupe.
Les valeurs professionnelles
Elles sont le prolongement des valeurs personnelles.
D’habitude, on ne choisit pas une profession sans en
partager les valeurs. Seulement, les valeurs d’une
profession ne se fondent pas sur des préférences
individuelles, puisque ces dernières sont subjectives et
relatives, alors que les valeurs d’une profession sont
définies dans et par la finalité. La finalité de la pratique
infirmière réside dans le bien-être du bénéficiaire. Le
bien-être du bénéficiaire devient une valeur morale
puisqu’il constitue un but.
Les buts sont élevés au rang de valeurs professionnelles
pour remplir la finalité qui consiste à viser au bien-être
des patients. Quand l’intervention est faite par routine,
que la technique est utilisée pour elle-même, détachée
de la finalité et des buts poursuivis, le patient devient un
moyen d’exercice de la technique. C’est alors que
survient le risque de déshumanisation de la personne.
Comment assurer les buts poursuivis ?
43
- Evaluer l’intégrité et les besoins du patient
- Interpréter ses réponses physiologiques, psychiques,
sociales et spirituelles relativement à sa propre
expérience de santé
- Evaluer l’influence de ses réponses sur ses capacités
- Soutenir le patient dans ses choix autonomes
- Evaluer les besoins et fournir la formation et le
soutien aux aidants
- Accompagner le patient et ses proches dans
l’expérience de la perte et du deuil.
Les conflits de valeurs
Les habitudes, les traditions et les valeurs de groupes
peuvent entrer en conflit avec des interventions de santé,
visant à favoriser une meilleure santé. Des traditions
peuvent s’opposer à des techniques de soins. Ici les choix
des patients ont toujours priorité sur les valeurs de leur
communauté.
Les infirmières travaillent dans un contexte où
s’affrontent des systèmes de valeurs.
Résolution des dilemmes éthiques
Dans les conflits éthiques, il y a nécessairement des
valeurs qui s’affrontent. Comment passer des valeurs aux
normes et principes.
Les enjeux éthiques.
44
Ils naissent des conflits. L’utilisation des techniques
médicales de pointe est au cœur de cet affrontement
entre le monde scientifique et le monde social vécu.
L’infirmière est au cœur de ce conflit.
Le problème éthique est différent de l’enjeu éthique.
L’enjeu éthique est un objet d’étude, de débat, de
recherche, alors que le problème éthique exige un
examen en vue d’une décision.
Le dilemme éthique est un type de problème dans lequel
se présentent une ou plusieurs options d’intervention
éthiquement acceptables, mais exclusives. Dans le cas du
dilemme éthique la personne veut bien agir, mais elle ne
sait pas comment le faire de la meilleure des façons.
L’action éthiquement bonne
Il faut nécessairement hiérarchiser les valeurs.
Structure de la théorie éthique classique :
- Théorie : théorie de la loi naturelle
- Principe : respect de la vie
- Règle : l’avortement est défendu en toute
circonstance
- Jugement particulier : cette demande d’avortement
est irrecevable.
On peut définir la théorie éthique classique comme un
ensemble cohérent de principes et de normes.
45
L’éthique de la discussion (Appel, Ferry, Habermas)
Il est question ici de sortir de l’arbitraire des préférences
et des intérêts individuels. L’on veut mettre en place une
éthique procédurale qui ambitionne de justifier des
normes éthiques à partir d’une éthique de la discussion.
La moralité a ici une validité intersubjective. L’éthique de
la discussion sort la morale du subjectivisme et de
l’irrationalité.
« Seules peuvent prétendre à la validité les normes qui
pourraient trouver l’accord de tous les concernés en tant
qu’ils participent à une discussion pratique » Habermas.
« Les conséquences et les effets secondaires qui, de
manière prévisible, découlent d’une observation
universelle de la norme dans l’intention de satisfaire les
intérêts de tout un chacun doivent pouvoir être acceptés
sans contrainte par tous ». Dès lors c’est l’argumentation
qui est le centre de la démarche sur laquelle s’appuie le
consensus final qui légitime la norme.
« Dans les argumentations, les participants doivent partir
du fait qu’en principe tous les concernés prennent part,
libres et égaux, à une recherche coopérative de la vérité
dans laquelle seule peut valoir la force sans contrainte du
meilleur argument » Habermas
46
Tous les arguments sont recevables, et ceux qui sont
retenus sont ceux qui recueillent l’assentiment général,
qui font consensus et sur lesquelles des normes valides
peuvent être formulées.
Conditions d’un consensus éthique :
- Chacun doit avoir la possibilité de prendre une part
active aux discussions
- L’expression des dissensions doit pouvoir se faire
sans contraintes ni empêchement
- Ni la bonne entente et la cohésion interne d’un
groupe, ni l’objectif d’atteindre un consensus ne
doivent être valorisés au point de chercher à éviter
les débats ou à neutraliser rapidement les conflits
pouvant surgir dans le groupe.
Les limites de l’éthique de la discussion
Pour Habermas, toute la procédure peut être
rationnelle sans que le résultat soit valide du point
de vue d’une éthique substantielle ou de contenu. La
cohérence n’est pas une garantie que les valeurs et
les convictions de base sont moralement
acceptables.
On pourrait argumenter que l’aspect démocratique
de l’éthique de la discussion prévient l’imposition par
la force d’une échelle de valeurs canoniques. Sans le
respect des règles de l’éthique de la discussion elle
47
se retrouverait elle-même dans ce qu’elle
combattait.
Les participants à l’éthique de la discussion
garantissent-ils l’universalité des normes ? Il faudrait
donc une théorie comme celle de la loi naturelle
pour la compléter. L’éthique de la discussion ne peut
donc être appliquée intégralement et sans
adaptation.
Cependant l’éthique de la discussion garde
l’importance de l’intersubjectivité.
Pour Kant l’essence des choses demeure
inconnaissable. Quant à Hume, il n’existe que des
impressions venues des perceptions que nous avons
des choses.
Somme toute, ni les théories classiques, ni les
théories empiristes ou positivistes ne peuvent
générer une morale applicable dans notre contexte
actuel.
- Ancrer la réflexion dans la description et la
connaissance des faits cliniques, scientifiques et
relationnels, institutionnels, déontologiques et
juridiques.
- Faire référence à divers types de théories
pertinentes en éthique de la santé
48
- Utiliser une approche par principe comme point
d’interprétations des faits sans oublier les repères
éthiques théoriques : normes, principes et théories.
49
EVALUATION
1. Donne du sens à la coexistence. Précisez laquelle
de ces disciplines joue ce rôle : la pédagogie, la
philosophie, l’éthique, l’éducation.
2. « Moi, je fais ce que je veux ». Comment peut-on
qualifier cette éthique ?
3. Je ne sais quoi faire entre deux choses bonnes.
Laquelle de ces solutions vous semble appropriée ?
décider au hasard, ne rien faire, hiérarchiser les
valeurs avant d’agir.
4. Devant un conflit de valeurs, connaîtriez-vous le
titre d’un ouvrage qui traduit cette situation ?
5. « agis de telle sorte que………..en ta personne………
toujours comme une fin………….
6. Donnez le nom de l’auteur de cette citation.
7. Formulez la règle d’or.
René Simon
Ethique de la responsabilité
Le pouvoir que l’homme s’est acquis l’a fait passer, en un
laps de temps extrêmement court, d’une soumission
quasi fataliste aux lois de la nature, dont il ignorait les
structures et le fonctionnement, à une maîtrise
technoscientifique, dont on ne saurait nier les résultats
positifs et les promesses qu’elle porte ; mais cette
maîtrise, pour la première fois dans l’histoire de
54
l’humanité, nous donne la capacité de détruire, d’une
manière irréversible ce que nous avons appris à dominer.
Parlant de la mentalité technicienne, Jean Ladrière,
estimait que le risque majeur qui lui est inhérent est de
réduire l’homme au statut d’objet, d’objet d’expérience,
d’éliminer, en conséquence, ce qui fait l’essence même
de la subjectivité, à savoir « le contenu spirituel et
éthique de l’être humain ».
Cette brève évocation voulait souligner l’urgence actuelle
de l’éthique et de son renouvellement, face aux graves
défis posés par l’inédit des problèmes, qui résultent, pour
une bonne part, de nos pratiques et de notre action.
Le concept de responsabilité est à comprendre selon une
double acception contrastée : celle d’une libre
assomption, par le sujet, de l’action et de ses
conséquences en relation avec les autres ; celle, plus
fondamentale, d’une responsabilité que je n’ai pas
choisie, qui précède mon initiative et joue, en quelque
manière, le rôle de principe. (Ma référence principale est
ici l’œuvre d’Emmanuel Lévinas, à l’égard de laquelle je
ne me croirai cependant pas obligé à une fidélité
littérale.)
L’éthique comme démarche d’humanisation
55
La démarche éthique se conjugue toujours à la première
personne, même si d’autres dimensions essentielles
doivent être prises en considération.
Dans un second temps, il faut enlever l’isolement relatif
de l’agent moral pour le situer dans le cadre conceptuel
plus large de son rapport à autrui et de son inscription
dans le pluriel d’une société instituée.
L’action « comporte dans sa structure même, comme
l’écrit Jean Ladrière, une dimension d’enracinement ou
de sustentation et une dimension de dépassement ou de
transcendance ». L’enracinement désigne les
conditionnements de l’action : « ceux-ci la sous-tendent
et lui fixent effectivement des conditions, mais ils ne la
déterminent pas » ; la visée les transcende et les oriente.
L’éthique doit pouvoir se « compromettre » avec la
concrétude de l’existence quotidienne, affronter la
résistance de l’environnement physique et social.
Les composantes de la démarche éthique
Action et indétermination
Toute action part du concret et retourne au concret. Ce
procès du concret au concret comporte une triple
indétermination, à savoir celle de la situation initiale,
celle de la visée, et entre les deux, l’indétermination de la
phase délibérative.
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Indétermination initiale : pour expliquer le meurtre, on
fera appel à la psychologie du meurtrier, à ses
antécédents familiaux et éducationnels…La
détermination de soi par soi a pour nom liberté ; « je me
décide », « je m’engage à ». L’action s’inscrit donc dans
un univers de liberté que Karl Max appelle « le royaume
de la liberté ».
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délibération préalable, par « habitude ». La délibération
individuelle ne peut prétendre à la clarté d’une
rationalité sans ombre. La délibération analyse, examine,
comparait, évalue.
Une fin axiologiquement mauvaise disqualifie les moyens.
La malice morale des moyens retentit d’une manière ou
d’une autre sur la qualité éthique de la fin. Qui veut la
bonté éthique de la fin veut la bonté éthique des moyens
et réciproquement. On ne peut, pour atteindre une fin
axiologiquement bonne, choisir des moyens
axiologiquement mauvais.
La justice légale pèche par défaut. Et c’est ici que l’équité
intervient pour désigner le juste ou l’équitable au-delà de
la lettre de la loi et de ses limites.
La norme morale contient en elle-même la raison d’être
de sa propre « transgression » éventuelle, au sens où
cette raison est à chercher dans le dynamisme originaire
dans lequel elle s’enracine. Il faut donc resituer la norme
elle-même dans l’intention éthique première qui la porte.
Une morale de responsabilité sans le contrepoids de la
morale de conviction court le risque du machiavélisme et
du cynisme ; une morale de conviction sans le
contrepoids de la morale de responsabilité vire au
moralisme inopérant.
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ESS/UCAC 2017/2018
Evaluation Master1 Immunologie/Microbiologie
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