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Cours de Bioéthique : Fondements et enjeux

Le cours de bioéthique, dirigé par le Dr Zambe Jean, explore l'évolution de l'éthique médicale vers la bioéthique, en mettant l'accent sur les atrocités médicales commises pendant la Seconde Guerre mondiale et l'importance de la protection de l'humain. Les étudiants apprendront à naviguer dans les problématiques éthiques liées aux pratiques médicales et à comprendre les implications des biotechnologies. Le cours inclut des évaluations continues et des travaux de recherche pour renforcer la compréhension des concepts abordés.

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Cours de Bioéthique : Fondements et enjeux

Le cours de bioéthique, dirigé par le Dr Zambe Jean, explore l'évolution de l'éthique médicale vers la bioéthique, en mettant l'accent sur les atrocités médicales commises pendant la Seconde Guerre mondiale et l'importance de la protection de l'humain. Les étudiants apprendront à naviguer dans les problématiques éthiques liées aux pratiques médicales et à comprendre les implications des biotechnologies. Le cours inclut des évaluations continues et des travaux de recherche pour renforcer la compréhension des concepts abordés.

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FICHE DESCRIPTIVE DU COURS DE BIOETHIQUE

Responsable pédagogique : Dr Zambe Jean(jean.zambe2016@[Link], Mon-CV)

Concepteur de contenu : Dr Zambe Jean

Cible :

Préambule : Ce cours nous rappelle que parler des sciences de la santé avant
Nuremberg n’est pas parler des sciences de la santé après Nuremberg. Une prise de
conscience a vu le jour après la seconde guerre mondiale dans le domaine médical.
L’instrumentalisation de la vie humaine n’est plus acceptable.

Résumé : comment se produit le passage de l’éthique fondamentale à cette autre


éthique que nous qualifions de professionnelle ou appliquée ? La Bioéthique étant
théorique et pratique, en licence, nous mettons plus l’accent sur l’aspect théorique
de cet enseignement. En effet c’est au cycle de maîtrise que nous envisageons
l’initiation des étudiants à un véritable discernement des problématiques éthiques
soulevées par les pratiques en milieu médical.

Glossaire : Activité à compléter par l’apprenant

Objectif général du cours :

L’étudiant entre dans la découverte d’une nouvelle discipline qui interroge le pouvoir des sciences médi-
cales. Combattre la maladie peut se transformer en un combat contre l’homme. Les conditions et les ba -
lises sont à poser pour un respect des vies humaines.

Pré-test/ Questions

La bioéthique est un concept ancien ? Vrai ou Faux

La bioéthique est en opposition à l’éthique médicale. Vrai ou Faux ?

La deuxième guerre mondiale a déclenché la réflexion en bioéthique ? Oui ou Non ?

Nuremberg : nom d’un homme ou d’une ville ?

Y a-t-il un lien entre la bioéthique et l’année 1970 ? Oui ou Non.

1
La bioéthique un obstacle aux biotechnologies. Vrai ou Faux ?

La bioéthique n’a rapport qu’à la vie humaine. Vrai ou Faux ?

La pluridisciplinarité, un débat désordonné. Vrai ou Faux ?

Est-il facile de définir la bioéthique ? Oui ou Non ?

Les médecins sont écartés du débat bioéthique. Vrai ou Faux ?

La bioéthique et l’éthique biomédicale, c’est la même chose. Oui ou Non ?

Avant la bioéthique, les soignants avaient-ils des préoccupations éthiques ? Oui ou Non.

Objectifs spécifiques du cours

A la fin de ce cours, l’étudiant comprendra mieux le passage de l’éthique médicale à cette


nouvelle discipline que l’on appelle la Bioéthique. Il entrera dans un usage juste des concepts :
éthique médicale, éthique biomédicale et bioéthique. Enfin il pourra réaliser que le monde de la
santé et l’éthique constituent les deux bouts d’une chaîne à tenir ensemble. En effet si le monde
des sciences de la santé a pour fondement la bienfaisance pour notre humanité ; du fait de son
ambivalence, il représente en temps une menace qui fait poser la question suivante à Axel Khan
« Et l’homme dans tout ça ? ». Au minimum, on peut espérer que l’étudiant s’interrogera sur le
pourquoi de son action, avant d’agir techniquement. Dans les meilleurs cas, on peut souhaiter
avoir donné des outils de réflexion effectifs, permettant, à l’étudiant, de développer ses
compétences morales, dans sa pratique médicale à venir, ou, si l’on préfère, des outils lui
permettant de faire sens de situations difficiles au plan moral.

Fiche de progression
Date Séquence Contenu de l’enseignement Lectures, travaux et
directives
Séquence 1 Médecins et 2è guerre mondiale A lire : L’éthique
médicale de Claire
Ambroselli, in Que
sais-je.
Séquence 2 Contexte d’éclosion de la Bioéthique A lire : La bioéthique,
Guy Durand
Séquence 3 La santé dans un nouveau cadre de débat A lire : L’ éthique
médicale ou

2
bioéthique, Christian
Hervé
Séquence 4 L’éthique médicale est-elle morte ? A lire : La Bioéthique,
Guy Durand
Séquence 5 La Bioéthique : Du contenu à la naissance d’un
mot
Séquence 6 Le Code de Nuremberg

Approche et stratégie pédagogique


Le cours sera présenté en vidéo ou PowerPoint commenté, étayé avec suffisamment d’exemples
et d’illustrations, pour que l’objectif de compréhension soit atteint. A la fin de chaque séquence
de cours, des activités d’apprentissage sous forme de questions ou exercices seront proposées aux
étudiants pour leur permettre de faire une autoévaluation de leur compréhension du cours et poser
des questions. La dernière intervention en vidéo est une occasion de revenir sur les points
sombres révélés par les questions des étudiants.

1. Evaluation sommative
L’évaluation sommative quant à elle est faite à trois niveaux :
 Contrôle continu. Ce contrôle sera fait sous forme de QCM.
 Travail de recherche individuel ou de groupe. Chaque étudiant aura un travail de
recherche à faire sous forme d’exposé : seul ou avec des camarades dans la mesure du
possible.
 Examen final.

Références bibliographiques
 Christian Hervé, Ethique médicale ou bioéthique, Harmattan, 1996
 Claire Ambroselli, L’éthique médicale, Que sais-je ?, PUF, 1988
 Gilbert Hottois, Qu’est-ce que la bioéthique ?, Vrin, 2004
 Guy Durand, la Bioéthique, Cerf, 1997
 Monique Canto-Sperber, in Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, PUF, 1996.

SEQUENCE 1 / Médecins et 2è guerre mondiale

Cette séquence est un outil indispensable à la compréhension de la banalisation de


l’humain dans l’Allemagne de Hitler. En même elle permet la prise de conscience et la
nécessité de la protection de l’humain. Le sens du serment d’Hippocrate est celui d’un
engagement personnel. Dans la tradition médicale ancienne la conscience du médecin,
autant que son savoir sont au service de ses pratiques. Le Docteur Leibrand parle d’une
médecine nazie qui s’est construite à partir des années vingt sur la base d’un

3
nietzschéisme radical antihumaniste, ouvrant ainsi la porte à la réduction biologique de
l’être humain. Il reconnaît l’incompatibilité du serment d’Hippocrate avec les valeurs du
national-socialisme.

1/Les atrocités médicales de l’Allemagne nazie

Le mot « éthique », lorsqu’il est appliqué aux sciences et à la médecine appelle à


l’exigence d’une prise en compte des valeurs pour le service des malades. La bioéthique,
en tant recherche pluridisciplinaire veut éclairer les conflits de valeurs suscités par le
développement techno-scientifique dans le domaine du vivant.
La deuxième guerre mondiale et les atrocités du monde médical.
L’Allemagne de Hitler a connu des atrocités perpétrées par l’armée mais aussi par le
personnel soignant. Des médecins et des scientifiques seront auteurs d’actes barbares. Les
camps de concentration seront des viviers permettant des expérimentations et des
recherches sur des êtres humains. Le procès de Nuremberg mettra à nu ces actes d’horreur
après la capitulation du régime nazi. Les progrès scientifiques ne représentent-ils pas un
réel danger ?

Au cours de la seconde guerre mondiale, des médecins allemands menèrent des


expériences douloureuses et souvent mortelles sur des milliers de détenus des camps de
concentration, sans leur autorisation. Etant donné les conditions inhumaines de ces
expériences, l’absence de consentement des personnes testées et les critères de recherche
appliqués, la science moderne rejette, pour une large majorité, l’utilisation des résultats
obtenus dans les camps. Les « expériences » menées au mépris de toute déontologie
médicale pendant le troisième Reich peuvent être classées n trois catégories :
- La première regroupe les expériences visant à faciliter la survie du personnel militaire.
A Dachau, des médecins de l’armée de l’air allemande et de l’Institut expérimental
allemand pour l’aviation, menèrent des expériences sur la haute altitude, en utilisant
une chambre à basse pression, afin de déterminer l’altitude maximale à laquelle les
équipages des avions endommagés pouvaient se parachuter. D’autres chercheurs
menèrent des expériences dites de congélation utilisant des prisonniers afin de trouver
un traitement efficace à l’hypothermie. Ils utilisèrent aussi des détenus afin de tester
différentes méthodes pour rendre l’eau de mer potable.
- La deuxième catégorie d’expérience visait à mettre au point et à tester des
médicaments et des méthodes de traitement des blessures et des maladies que les
soldats allemands pouvaient subir ou contracter au combat.
- La troisième catégorie d’expériences médicales visait à confirmer les dogmes racistes
et idéologiques de la conception du monde nazi. Les plus cruelles furent celles de
Josef Mengele à Auschwitz.

Les objectifs raciaux des nazis ont mis en place des stérilisations massives des juifs,
des tsiganes et d’autres minorités jugées indésirables.

2/ Le procès des médecins à Nuremberg

Tout le long du procès, les accusés développèrent une stratégie de défense qui consista
non à nier les faits qui leur étaient reprochés, mais à nier le fondement normatif de la
4
qualification criminelle de ces faits. Aucune norme valide n’interdit l’expérimentation
humaine à leur avis. L’éthique médicale était pratiquement contestée. Par ailleurs, et selon
la défense dans un état totalitaire en guerre, il n’y a pas de responsabilité personnelle. La
nécessité d’Etat substitue la volonté individuelle. Aucun consentement ne vaille ni du côté
des médecins expérimentateurs, ni des sujets. L’intérêt de la science au service de la
nation prime sur l’individu.
C’est le problème de l’universalisme de la morale médicale qui se pose ici.

Le ton est donné le Brigadier-Général, l’Américain Telford Taylor : « Pour ces victimes,
il est que ces incroyables évènements soient clairement démontrés et prouvés en public,
afin que nul jamais ne puisse mettre en doute que ce sont des faits et non des
affabulations ; et que cette Cour, qui représente à la fois les Etats-Unis et la voix de
l’humanité tout entière, imprime à jamais ces actions et les idées qui du sceau du crime
et de la barbarie ». Ces accusations vont être retenues contre les médecins allemands :
- Intention commune et complot de commettre des délits
- Crimes de guerre
- Crime contre l’humanité

Très vite les juges prennent conscience du caractère éthique de ce procès et du jugement
sur des actes de barbarie réalisés non pas par des monstres, mais des médecins ayant prêté
serment. Les camps de concentration vont servir de viviers pour leurs projets expérimentaux de
recherche. Ces juges devaient rendre justice pour les victimes mais aussi baliser les
expérimentations médicales pour des générations futures.
Les avocats de la défense ne vont pas rendre la tâche facile au ministère public. Dans leur défense
il déclare obsolète le serment d’Hippocrate. Une analogie est faite avec les expériences faites aux
USA. Par ailleurs la responsabilité pèse sur le totalitarisme d’Hitler. Quant aux chercheurs leurs
actes étaient désintéressés, avec le souhait d’améliorer le sort de l’humanité. L’expérimentation à
base d’animaux a étalé ses limites. Expérimenter sur des détenus était un bien leur permettant de
se racheter pour des crimes commis.
Ces arguments ne vont convaincre personne. Il s’agit tout simplement d’une perversion d’un
groupe de déviants. Les avocats ont voulu démontrer que l’ensemble du corps médical était
informé de ces expériences et les approuvaient par leur silence. En fin de compte, ils voulaient
souligner que ces expériences étaient bénéfiques.
Il sera tout de même constater un vide juridique pour encadrer l’expérimentation sur l’homme.
Ceci va conduire à la rédaction du Code de Nuremberg pour prémunir l’humanité contre les
exactions condamnées. Un code de droit international en quelque sorte va naître, afin d’encadrer
l’expérimentation humaine. L’obligation d’informer les sujets des risques encourus avant qu’ils
ne donnent leur accord apparaît.
L’agression de la Pologne marque le début d’une guerre tournée vers l’extérieur et vers
l’intérieur. A l’intérieur cette guerre est tournée vers les membres de la population considérés
comme inférieurs pour des raisons raciales, génétiques ou sociales. Au nom d’une éthique

5
utilitariste certains membres de la société sont à éliminer au profit du reste de la population. Ces
atrocités sont présentées comme gestes de miséricorde pour délivrer ces exclus de souffances.
Parmi les dizaines d’expériences réalisées « au nom de la recherche scientifique », les plus
spectaculaires et horribles étaient celles de Carl Clauberg et Mengele à Auschwitz. Ce sont des
centaines de médecins qui, à travers l’Allemagne ont fait ce genre d’expériences sur des milliers
de personnes et ces actes étaient volontaires. Ils étaient convaincus que ces expériences allaient
pouvoir faire avancer l’humanité, surtout allemande. On évalue à 70%, le nombre des médecins
allemands ayant adhéré à l’idéologie nazie.

Présentation de la séquence 2

Objectifs spécifiques de la séquence 1

Il est question de comprendre pourquoi l’on est passé de l’éthique médicale à la bioéthique.
Si le développement des biotechnologies est à applaudir, attention à la réification de
l’homme. Au regard de ce qui s’est passé dans l’Allemagne de Hitler, le pouvoir de la
science médicale nous expose à des dérives.

Eléments de Contenu

1. Une crise de confiance

2. Refus du mépris de l’humain

Type de matériel: Ces six parties sont sur support Pdf

Outils mobilisés pour la séquence : Salon de discussion, Forum, Wiki

Évaluation: Dans cette séquence 1 vous aurez des exercices d'auto-évaluation formative. Pour ce
qui est des exercices d'auto-évaluation, il est fortement recommandé de commencer par l'auto-
évaluation 1 qui est un pré-test mesurant votre niveau de maîtrise des pré-requis des concepts
abordés dans cette séquence. Une fois cette auto-évaluation achevée, relever votre score puis lisez
et suivez les instructions relatives au contenu. En fin, passer à l'auto-évaluation 2 qui vous
permet de mesurer le niveau de maîtrise des concepts abordés dans cette séquence 1.

6
1. Pré-test : porte sur l’idée qu’on a de cette discipline appelée bioéthique.

2. Devoir 1 : Que savez-vous de l’éthique ?

3. Devoir 2 : Avez-vous déjà entendu parler de la bioéthique ? qu’avez-vous retenu ?

4. Devoir 3 : La science peut-elle se soumettre à un pouvoir politique ?

Ressources bibliographiques : se référer à la bibliographie du cours.

Séquence 2 : Contexte d’éclosion de la bioéthique

Nous voulons relever ici les raisons qui ont conduit à l’émergence d’une
discipline qu’on dirait à la mode aujourd’hui. Tout le monde en parle ; mais très
souvent de façon approximative, parfois, dans le flou total. Reconnaissons que la
bioéthique s’impose comme une exigence dans un monde où la technique prend de
plus en plus de la place. Avec Guy Durand, nous notons que les biotechnologies
posent à notre temps des questions importantes et troublantes. Quel est la place de
l’homme devant le pouvoir de la science médicale ?

Comment faire ?

Quoi faire ?

Quoi permettre ?

Qui décide ?

Quel monde voulons-nous ?

Vers quel monde tendons-nous ?

Quel est l’avenir de notre humanité ?

1. Une crise de confiance

7
L’éthique médicale remontant à Hippocrate a balisé l’activité des soignants
bien avant l’ère chrétienne. La période des deux guerres mondiales va marquer né-
gativement jusqu’à traumatiser les consciences au point d’évaluer et de s’interroger
sur ce qui vient de se passer aux yeux du monde. La confiance aveugle faite jusque-
là aux professionnels de la santé est à revoir. L’implication active des médecins al-
lemands dans la destruction de l’humain, qui est en fait de la barbarie, est le point
culminant de cette crise de confiance. En effet au mépris de l’éthique d’Hippocrate,
les médecins allemands ont réduit des prisonniers juifs à du simple matériau d’ex-
périmentation. Ce fut l’expression d’une cruauté et une réification inédites de l’hu-
main. En 1990, J. Bernard, président du CCNE, a fait état des dangers des crimes
du « bio-despotisme » mettant à nu, la crise de l’éthique médicale et des droits
fondamentaux de l’homme. On découvre, dans les procès d’après-guerre, com-
ment des citoyens européens ayant des fonctions publiques médicales et poli-
tiques sont devenus des criminels en transformant les pouvoirs et les appareils
d’Etat démocratiques en pouvoirs et appareils politiques criminels dont l’atrocité
des actes laisse sans voix.
Les limites de l’éthique médicale traditionnelle, une médecine de plus en
plus techno-scientifique, des revendications sociales et l’affirmation des droits in-
dividuels, la crise des formes d’autorité, dont l’autorité médicale, sont autant de
raisons pour revoir en profondeur, la formation en éthique de la médecine. Celle-
ci avait, en effet, disparu depuis les années 1960, laissant l’étudiant en médecine
acquérir les valeurs et les principes guidant l’agir médical, soit, au chevet du ma-
lade, soit, sous l’influence bénéfique du « grand patron ».
Bref, la pratique médicale s’est modifiée, et il convient de former des fu-
turs soignants qui sauront s’adapter à un monde changeant, sans, pour autant,
perdre le sens de la pratique et la nécessité de la prise en compte des valeurs qui
sont liées à la médecine.
Comment ne pas aborder la question de la relation du corps et de l’esprit,
quand on discute le cas du refus, exprimé par un parent croyant, de donner cer-
tains organes de son enfant qui vient de mourir accidentellement, et dont on
maintient l’apparence de la vie par diverses techniques ? Comment ne pas discu-
ter du statut moral de l’embryon humain, dans la question de l’avortement ? Ou
encore, comment ne pas discuter de la différence entre le normal et le patholo-
gique, lorsqu’il est question de test de dépistage génétique prédictif ?
Le pari est donc, de tenter d’articuler la pratique à la réflexion plus théo-
rique, et de décentrer de la stricte relation patient-médecin vers des interroga-

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tions éthiques et philosophiques relatives à une authentique anthropologie de fa-
çon plus large.
2. Refus du mépris de l’humain

La bioéthique est un refus du mépris de l’humain. Sans s’opposer au pro-


grès de la recherche et des pratiques, elle plaide pour le respect de l’homme et de
tout homme. La banalisation de l’humain dans l’Allemagne nazie a déclenché une
prise de conscience suffisamment large, en même temps qu’une solidarité ontolo-
gique mettant en place le sens d’une véritable famille humaine.
Le thème de la personne humaine est bien présent en bioéthique. Faisant
partie du champ des représentations mentales, la personne humaine apparaît en
bioéthique aujourd’hui comme éclatée. Les différentes facettes du concept sont le
fruit de représentations individuelles ou collectives. D’où le problème philoso-
phique de la constitution de la personne. La visée éthique porte le souci de réta-
blir la personne dans une dignité plénière. L’homme étant désormais maître de
son destin, il doit pourtant répondre à la question de savoir ce qu’il veut faire de
sa vie. L’on ne saurait dans ce sens se satisfaire de pratiques médicales à ten-
dances discriminatoires pour ne pas dire eugénistes. La réponse aux questions sur
l’homme doit mettre à contribution les apports spécifiques des médecins, des ju-
ristes, des philosophes, des scientifiques et des théologiens.
L’homme en tant que sujet ne saurait jamais être traité comme un objet
par la science. La bioéthique rappelle donc à un être humain qu’est le soignant,
qu’il a affaire à d’autres êtres humains que sont des malades. Dans le cas de la
médecine, la bioéthique engage donc le praticien à consolider sa réflexion sur sa
place dans la « famille humaine » et sur celle de son malade, sur les conséquences
de ses décisions, de sa pratique, non seulement sur la vie de ce malade, mais,
comme on le voit avec les progrès de la génétique, de la biologie, sur l’avenir de
l’humanité. Cette réflexion est une urgence pour Odette Dufloux-Graff (in éthique
médicale ou bioéthique).
La question de l’homme est-elle résolue en bioéthique ? Quels sont les en-
jeux anthropologiques en bioéthique ? Pourquoi la question de l’homme se pose
en bioéthique aujourd’hui ?
L’interrogation porte aujourd’hui sur certaines expériences scientifiques,
en particulier dans le domaine génétique, et sur leurs conséquences du point de
vue du respect de la personne et du devenir de l’humanité. « En chaque personne,
même la plus humble, il y a le principe du caractère sacré de la vie. Tout projet qui
9
risque de menacer une seule personne est à condamner. Car la mort, ou l’humilia-
tion, d’une personne contient la mort et l’humiliation, de toute l’humanité » Mar-
tin Gray.
L’enjeu de la bioéthique c’est la vie, une vie à sauvegarder, à favoriser, à
rendre meilleure, à respecter. Les impératifs de cet enjeu sont très concrets. Ils
visent les personnes impliquées dans la pratique clinique ou les programmes de
recherche, que ce soit comme patients, intervenants, chercheurs ou gestionnaires.
A travers la bioéthique, on effleure la fibre même de l’humain, dans ses secrets re-
tranchements, où oscillent fragilité, vulnérabilité et dignité.

En résumé, la bioéthique voit le jour dans un contexte d’interrogations


éthiques face aux nouvelles possibilités des biotechnologies.

Présentation de la séquence 3

Eléments de Contenu

1. La reconnaissance de la dignité et du droit des patients

2. La relation soignant-soigné : sortie du paternalisme


1. Pré-test : quel est l’événement historique qui a conduit à la Déclaration des droits de
l’homme ?

2. Devoir 1 : Voyez-vous un lien entre la Déclaration des Droits de l’Homme et la naissance


de la bioéthique ?

3. Devoir 2 : Parlez des droits des patients a-t-il du sens pour vous ?

Ressources bibliographiques : se référer à la bibliographie du cours

Séquence 3 : La santé dans un nouveau cadre de débat

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Avec l’éthique hippocratique, le corps médical avait toute la confiance du
social, en matière de recherche du bien des personnes malades. Les principes de
bienfaisance et de non malfaisance, piliers de cette éthique garantissaient cette
grande confiance. L’après deuxième guerre mondiale est marquée par un vent de li-
berté sur le plan social qui va s’accompagner du rejet de toute forme d’autorité,
même médicale. Ce mouvement de contestation loin d’être nihiliste, va plutôt enri-
chir la réflexion relative à la santé des patients.

1. La reconnaissance de la dignité et des droits du patient

Les questions relatives à la santé de l’homme deviennent l’objet d’interven-


tions diverses et multidisciplinaires. Ces interventions revendiquées, loin d’être une
simple cacophonie autour du monde médical vont plutôt être d’un apport significa-
tif et bénéfique pour la communauté humaine. Des concepts comme « la prise en
charge globale du patient » vont prendre plus de justesse et de pertinence. La bioé-
thique n’est pas une simple juxtaposition d’approches disciplinaires, mais se veut
un réel lieu d’échanges, où des synthèses sont tentées. La bioéthique s’entend
comme un lieu de réflexion éthique, dans le secteur de la santé, de la vie et de la
mort. Le Pr Guy Durand la définit comme une éthique tenant compte de la globali-
té de la personne. Cette réflexion profitera de l’héritage éthique de l’humanité,
sans en être prisonnière. C’est une réflexion d’enjeu crucial « l’humain, rien que
l’humain, tout l’humain » (Daniel Sylvestre in éthique médicale ou bioéthique).
La bioéthique s’efforce de ne pas entrer dans des querelles de fondements.
Le pluralisme de critères de reconnaissance du bien de la bioéthique et l’imbrica-
tion d’une réflexion théorique et de recommandations pratiques combinent normati-
vité et casuistique. La bioéthique ne peut être normative sans reconnaître des prin-
cipes. Mais quels principes éthiques son pluralisme axiologique l’autorise-t-elle à
reconnaître.
James Childress affirme qu’il existe quatre principes susceptibles de guider
l’action de tous les dilemmes éthiques de la biomédecine : le principe d’autono-
mie ( supposant que le sujet soit raisonnablement informé et que les influences
externes ne suffisent pas à déterminer sa décision) exprime la capacité d’un sujet
à prendre une décision libre pour lui-même ; le principe de bienfaisance, le prin-
cipe de non-malfaisance, le principe de justice. Le philosophe américain Tristan
Engelhardt commence par constater qu’aucun critère du bien ou du mal ne re-
cueille d’approbation unanime.

11
Quant à Jurgen Habermas, il fait appel à la foi pour contrebalancer l’épui-
sement du sens, et notamment du sens de la vie. Le religieux nous fait ressentir un
certain nombre d’obligations morales dont la justification nous fait défaut. La
tâche du philosophe consiste à traduire ces convictions dans un langage universel,
affranchi des « visions du monde », acceptable par tous.
Le principal mérite d’Habermas est de considérer le développement des
biotechnologies comme une liberté qui requiert d’être réglementer. L’appel aux
autorités religieuses, pour rappeler les fondements de l’humanité, et favoriser le
consensus politique, est-il autre chose ici qu’un aveu d’impuissance de la raison,
incapable de trouver un fondement rationnel suffisant ? L’abandon de la vérité au
profit du consensus et du compromis politique n’est pas dénué de conséquence.

2. La relation soignant-soigné ou la sortie du paternalisme

L’après Nuremberg va marquer un virage positif dans le domaine médical.


Le refus des abus sur les patients, entraine la reconnaissance de leurs droits. Fini le
temps où les patients pouvaient se réduire en cobayes d’expérience, dans l’indiffé-
rence de l’opinion publique. La judiciarisation du domaine médical se met en place.
Il ne s’agit plus tout simplement de rendre compte dans un cadre corporatiste, mais
dans un cadre juridique et social.

L’après Nuremberg met en place un nouveau type de rapport Soignant/soi-


gné. Au nom du principe de la bienfaisance, le soignant classique devait travailler
dans la détermination de parvenir au meilleur résultat en faveur du patient ; mais
dans un rapport asymétrique. Avec la bioéthique, le soignant ne peut plus décider
tout seul de ce qui est bien pour le patient. Le patient devient un interlocuteur qui a
son mot à dire dans le cadre de sa prise en charge. Il peut dénoncer ce qui ne contri-
bue pas à son bien ; quant au soignant, il doit désormais être prêt à rendre compte
de ses actes.

Présentation de la séquence 3

Objectifs spécifiques de la séquence 4

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Parler avec justesse de certains concepts et expressions que l’on tend à confondre.

Eléments de Contenu

3. Ethique médicale

4. La bioéthique

5. Leur rapport

Pré-test : Pouvez-vous situer dans le temps les notions suivantes : éthique médicale, bioéthique,
éthique biomédicale ?

Devoir 1 : La pluridisciplinarité a quel sens pour vous ?

Devoir 2 : L’arbitrage est-il possible dans la pluridisciplinarité ?

Ressources bibliographiques : se référer à la bibliographie du cours.

Séquence 4 : L’éthique médicale est-elle morte ?

La naissance de la bioéthique ne supprime pas l’éthique médicale ancienne.


Dans le cadre de la communication aujourd’hui, l’on fait face à une réelle difficulté
ou mieux confusion dans l’usage de certains concepts : éthique médicale, bioé-
thique, éthique biomédicale.

1. Ethique médicale

Nous réservons ce nom à cette éthique appliquée à la profession médicale


depuis Hippocrate. Cette éthique est la préoccupation des médecins de bien faire
dans le cadre de leur profession ; c’est leur déontologie. Son élaboration est l’af-
faire de ces seuls médecins habités par le désir de définir les règles et les normes
des bonnes pratiques. Articuler leurs pratiques à l’éthique, ce lien est ancien. C’est
le lieu de souligner que l’éthique médicale garde son actualité. Dans l’Allemagne
13
de Hitler, ce n’est pas l’éthique médicale qui a failli, c’est plutôt certains hommes
du corps médical qui ont trahi et dénaturé la profession sous l’influence d’une poli-
tique discriminatoire.

2. La bioéthique

Sur le plan structural, ce mot est composé : bios, la vie ; ethos, mœurs. Ce
qui autorise à définir la bioéthique comme l’éthique de la vie. Cependant, cette dé-
finition reste vague bien que gardant l’avantage de couvrir la réalité de la bioé-
thique dans toute sa dimension.

La bioéthique s’intéresse donc à toutes les formes de vie : animale, végé-


tale, humaine sans toutefois laisser de côté des questions relatives à la biosphère.
C’est une nouvelle dimension de la responsabilité qui voit le jour avec la naissance
de la bioéthique. Au-delà de la responsabilité morale de nos actes, nous portons une
responsabilité vis-à-vis des générations futures, une responsabilité vis-à-vis de
toutes les formes de vie, une responsabilité vis-à-vis de l’environnement. Toucher à
une seule forme de vie, c’est toucher à toutes les autres. « Nous sommes aujour-
d’hui, responsables de demain ». Cette formule de Guy Durand interpelle nos
consciences par rapport à la qualité du monde que nous laisserons derrière nous. Il
s’agit de mettre en place une responsabilité ontologique qui unit tout le vivant.

Dans sa nature, la bioéthique est pluridisciplinaire. Mais donner une défini-


tion qui engloberait toutes les préoccupations de la bioéthique reste aujourd’hui
quelque chose de difficile. Cependant l’on peut trouver certaines définitions qui ac-
cordent un grand nombre de voix.

Il faut tout simplement reconnaître que la bioéthique est un mot nouveau


qui est apparu aux USA dans les années 1970. Elle veut questionner et même re-
mettre en cause les avancées des techniques biomédicales.

3. Leur rapport

La bioéthique englobe et dépasse aussi bien l’éthique médicale que


l’éthique biomédicale.

La bioéthique dépasse l’éthique médicale par la nouveauté de sa méthode,


par la nouveauté des problèmes en débat. Elle n’est pas seulement une éthique pour

14
les médecins. Elle concerne tous les professionnels de la santé et de par ses aspects
sociopolitiques, s’ouvre à toutes les sciences humaines.

Elle englobe et dépasse l’éthique biomédicale car l’éthique biomédicale,


bien que pluridisciplinaire, se concentre sur ce qui est fait de l’homme en milieu de
soins de santé.

Présentation de la séquence 5

Objectifs spécifiques de la séquence 5

Nous montrons ici que les questions qui sont celles de la bioéthique ont existé avant le mot lui-
même. Par ailleurs la délimitation du champ thématique de la bioéthique est une chose difficile.

Eléments de Contenu

1. Du contenu à la naissance d’un mot

2. Le vécu d’un débat

3. Une définition est-elle possible ?

4. Les différentes approches


1. Pré-test : A votre avis, quand est-ce que la bioéthique est-elle née ?

2. Devoir 1 : Pourquoi est-il difficile d’englober le champ de la bioéthique dans une


définition ?

3. Devoir 2 : La bioéthique est dynamique. Comment le comprendre ?

Ressources bibliographiques : se référer à la bibliographie du cours.

Séquence 5 : La Bioéthique : Du contenu à la naissance d’un mot

15
Le contenu et l’objet de la bioéthique ont existé avant la création du concept
même. C’est pour cette raison que certains penseurs voudraient faire remonter la
naissance de la bioéthique au Code de Nuremberg.

Quant au mot « bioéthique », il fut utilisé pour la première fois dans un ar-
ticle « Bridge to the future » de l’Américain van Rensselaer Potter. Ce mot arrivait
à résumer les préoccupations qui étaient celles des pionniers de la bioéthique.

1. Son objet

La formation en bioéthique implique la reconnaissance :


 du champ de la bioéthique, donc d’un phénomène
qui interroge, tant les pratiques individuelles des médecins
que les institutions
 du pluralisme des valeurs sociales, et la nécessité
de la clarification théorique des enjeux ;
 d’un dialogue multidisciplinaire en médecine, avec
des acteurs participants ( et non une simple juxtaposition des
sciences humaines).
 d’outils pédagogiques spécifiques, dont, en parti-
culier, l’analyse éthique de cas cliniques.

Les thèmes de la bioéthique sont multiples et la liste peut s’allonger. Mais il


est reconnu certains thèmes-phares de la bioéthique les uns concernant les humains
et les autres les non humains :

La relation patient-médecin

L’expérimentation humaine

Les techniques de début de la vie humaine

Les techniques de fin de vie

Les interventions sur l’ADN

Les interventions sur le corps humain

Les techniques concernant l’environnement etc…

16
La bioéthique est pluridisciplinaire. Des tensions sont donc inévitables dans
ce débat où la rationalité et le respect de la dignité humaine doivent rester de ri-
gueur. Il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition des points de vue. Les points de
vue peuvent se valider ou s’invalider du fait de leur rationalité en lien avec la digni-
té humaine.

2. Une définition de la bioéthique est-elle possible ?

Plusieurs définitions ont été proposées pour dire ce qu’est la bioéthique.


Mais chacune d’elles met l’accent sur un aspect au détriment des autres.

Cette définition de David Roy est une tentative suffisamment équilibrée :


« la bioéthique est l’étude interdisciplinaire de l’ensemble des conditions qu’exige
une gestion responsable de la vie humaine dans le cadre des progrès rapides et
complexes du savoir et des technologies biomédicales ». Cette définition met l’ac-
cent sur l’interdisciplinarité et la responsabilité au sujet de la vie humaine. L’on re-
marquera que cette définition ne tient pas compte des vies non humaines. D’autres
tentatives de cette nature sont faites, d’où l’intérêt pour nous de recenser les diffé-
rentes approches de la bioéthique.

3. Les différentes approches de la bioéthique

En parlant des différentes approches de la bioéthique, il faut souligner que


ceux qui s’engagent dans cette réflexion ne sont pas tous habités par les mêmes
préoccupations, ou mieux ne donnent pas priorité aux mêmes thématiques. Ces ap-
proches sont en quelque sorte des portes d’entrée dans le vaste domaine de la bioé-
thique. Nous pouvons compter ainsi quelques-unes de ces approches.

Approche séculière

Approche interdisciplinaire

Approche prospective

Approche globale

Approche systématique

17
EVALUTION SEQUENCE 1

1- Le serment hippocratique était-il soucieux d’éthique ?

2- Les bioéthiciens sont-ils en opposition aux soignants ?

3- Les biotechnologies suscitent des espoirs et des peurs. Expliquez.

EVALUATION SEQUENCE 2

1. Existe-il un lien entre la bioéthique et la philosophie ?

2. La pluridisciplinarité, un avantage ou un obstacle à la science médi-


cale ?

3- Sans la reconnaissance de la dignité de tous les humains les portes sont


ouvertes pour toutes les dérives en milieu médical. Qu’en pensez-vous ?

EVALUATION SEQUENCE 3

1. A votre avis les soignants sont-ils des criminels ?

2- Quelles sont les limites, s’il y en a, de l’éthique médicale par rapport à la


bioéthique.

3- La formation en bioéthique : sa pertinence ?

EVALUATION SEQUENCE 4

1- Quelle réaction auriez-vous si quelqu’un disait que la bioéthique est née


avec le Code de Nuremberg ?

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2- Définir la bioéthique, une tache simple ?
3- Quel lien existe-il entre la vie humaine et les autres formes de vie ?

SEQUENCE 6/Le Code de Nuremberg


Les juges s’accordent sur ceci que certains principes fondamentaux doivent être observés afin de
répondre aux notions éthiques et légales :
1. Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel. Cela veut dire que
la personne concernée doit avoir la capacité légale de consentir ; qu’elle doit être placée
en situation d’exercer un libre pouvoir de choix, sans intervention de quelque élément de
force, de fraude, de contrainte, de supercherie, de duperie. Elle doit avoir une
connaissance et une compréhension suffisantes de ce que cela implique, de façon à lui
permettre de prendre une décision éclairée.
2. L’expérience doit être telle qu’elle produise des résultats avantageux pour le bien de la
société, impossibles à obtenir par d’autres méthodes ou moyens d’études, et de aléatoires
ou superflus par nature.
3. L’expérienc doit être construite et fondée de façon telle sur les résultats de
l’expérimentation animale et de la connaissance de l’histoire naturelle de la maladie ou
autre problème à l’étude, que les résultats attendus justifient la réalisation de l’expérience.
4. L’expérience doit être conduite de façon telle que soient évitées toute souffrance et toute
atteinte, physique et mentale, non nécessaire.
5. Aucune expérience ne doit être conduite lorsqu’il y a une raison a priori de croire que la
mort ou des blessures invalidantes surviendront ; sauf, peut-être, dans ces expériences où
les médecins expérimentateurs servent de sujets.
6. Le niveau des risques devant être pris ne doit jamais excéder celui de l’importance
humanitaire du problème que doit résoudre l’expérience.
7. Les dispositions doivent être prises et les moyens fournis pour protéger le sujet
d’expérience contre les éventualités, mêmes ténues, de blessure, infirmité ou décès.
8. Les expériences ne doivent être pratiquées que par des personnes scientifiquement
qualifiées. Le plus haut degré de compétence professionnelle doit être exigée tout au long
de l’expérience, de tous ceux qui la dirigent ou y participent.
9. Dans le déroulement de l’expérience, le sujet humain doit être libre de mettre un terme à
l’expérience s’il atteint l’état physique ou mental où la continuation de l’expérience lui
semble impossible.
10. Dans le déroulement de l’expérience, le scientifique, le scientifique qui en a la charge doit
être prêt à interrompre à tout moment, s’il a été conduit à croire qu’une continuation de
l’expérience pourrait entraîner des blessures, l’invalidité ou la mort pour le sujet
d’expérience.

Eléments bibliographiques

19
Eugen Kogon, Hermann Langbei et Adalbert Rückerl, Les chambres à gaz, secret d’Etat, Minuit,
1984
Gerrit Hohendorf, L’extermination de malades et handicapés mentaux sous le régime national-
socialiste, 2016
Esther Buitakant, Procès de Nuremberg : les criminels nazis devant la justice, 2020
Philippe Amiel, expérimentations médicales : les médecins nazis devant les juges.
Christian Hervé, Ethique médicale ou bioéthique, Harmattan, 1996
Claire Ambroselli, L’éthique médicale, Que sais-je ?, PUF, 1988
Gilbert Hottois, Qu’est-ce que la bioéthique ?, Vrin, 2004
Guy Durand, la Bioéthique, Cerf, 1997
Monique Canto-Sperber, in Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, PUF,
1996.

ETHIQUE BIOMEDICALE/ COURS POUR MASTER


L’implication des professionnels de la santé dans les expériences sauvages
de l’Allemagne nazie fut un signal d’une grave crise de confiance vis-à-vis du
monde médical. Alors que le respect de l’homme était considéré comme un acquis
dans la conscience occidentale, la soumission des médecins allemands à la volonté
d’un dictateur et l’attrait qu’exerça sur certains, une idéologie inhumaine, fut une
déroute de la médecine. L’éthique médicale hippocratique fut foulée au pied. La
revendication de la liberté dans le cadre de la recherche représentait un bienfait
pour l’humanité.
Pouvait-on encore laisser aux seuls médecins les questions de grand enjeu
du domaine médical ? Non. Les innovations et les avancées vertigineuses des bio-
20
technologies vont se débattre dans un cadre pluridisciplinaire. Ceci va conduire à
une nouvelle définition et de la santé et de la maladie ; c’est un nouveau rapport
soignant-soigné qui va se mettre en place. L’asymétrie de ce rapport est désor-
mais dénoncée. Dès lors, on peut distinguer une médecine d’avant Nuremberg et
une médecine d’après Nuremberg. A travers la bioéthique, on effleure la fibre
même de l’humain, dans ses secrets retranchements, où oscillent fragilité, vulné-
rabilité et dignité. Le Pr Guy Durand définit la bioéthique comme une éthique te-
nant compte de la globalité de la personne. Une définition de l’homme qui tienne
compte des différentes entités de la personne humaine apparaît comme une né-
cessité. Nous entendons par là, une recherche d’une vision où l’homme est res-
pecté dans toutes ses dimensions, avec ses pesanteurs et ses attentes. Il faut
maintenir sa confiance dans le véritable progrès, qui s’interdit les pratiques inhu-
maines. La clé d’un tel progrès réside largement dans le regard porté sur les plus
fragiles et les plus visiblement dépendants de nos contemporains. Les pauvres et
les petits, ce sont eux qui nous élèvent au respect des êtres humains les plus reje -
tés, et qui peuvent le mieux libérer la bioéthique.

3. Les avancées et l’ambivalence des biotechnologies

Les recherches en soins de santé et leurs applications vont connaître un dé-


veloppement fulgurant entre les deux guerres. Ceci est à applaudir. En effet
l’éthique médicale classique se retrouvait désarmée pour pouvoir faire face à la
nouveauté des questions citées plus haut. Si les innovations biotechnologiques
étaient porteuses d’un réel espoir pour l’ensemble de l’humanité, le traitement de
l’humain était-il soucieux de cette dignité inhérente à toute personne humaine ?

 L’on s’emploie ici à nuancer entre ce qui est appelé « recherche


éthique » et « éthique de la recherche ». La recherche dont il est question
doit aussi être précisée. L’éthique de la recherche vise une recherche
éthique.

 La recherche dans le domaine médical est exposée à faire de


l’homme un matériau d’expérimentation. Face à cette réification de l’hu-
main, la dignité humaine doit être réaffirmée comme la boussole devant
guidée toute recherche qui se veut éthique. Cette préoccupation est expri-
21
mée par ce titre de l’éthicien français Axel Khan : « Et l’homme dans tout
ça ? ». Nous sommes là devant une vieille tradition, de l’Europe occidentale
élaborée par Emmanuel Kant : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité
en ta personne et la personne de tout autre, toujours et en même temps
comme une fin, mais jamais comme un moyen ».

 Sans la recherche, les prouesses applaudies dans le domaine médical


n’auraient pas été possibles. Mais entre autres, les expériences barbares de
l’Allemagne nazie ont traumatisé la conscience universelle. Humaniser la re-
cherche consiste à respecter l’individu dans toute sa grandeur. De ce fait, si
le serment d’Hippocrate garde de la pertinence, le Code de Nuremberg se
révèle un repère éthique réajusté au regard des innovations biotechnolo-
giques. La recherche doit préciser ses objectifs et ses finalités sans oublier
ses bénéfices pour notre humanité.

Les recherches en biotechnologie sont exposées à instrumentaliser


l’homme. Les principes éthiques, représentant des acquis communs de l’Europe oc-
cidentale vont se trouver bafoués. Le respect de l’individu était devenu relatif et
non plus un fondement solide. L’héritage de l’éthique kantienne finira par perdre sa
pertinence en milieu médical. Les innovations en matière de thérapie, de prévention
et de recherche médicale vont apparaître comme une épée à deux tranchants ; d’un
côté, de légitimes espoirs, de l’autre, des peurs évidentes.

En clair, le début du XXè siècle a multiplié les capacités de la médecine


dans ses interventions sur l’être humain. Des techniques de pointe apparaissent
mettant en place une technicité accrue de la pratique médicale. Mais l’inquiétude
vient de ce que les techniques biomédicales peuvent être utilisées à des fins autres
que thérapeutiques. De là va surgir une question capitale : le techniquement pos-
sible est-il éthiquement et socialement acceptable ?

Nature
L’enseignement de l’éthique biomédicale passe par la pluridisciplinarité. Le
seul point de vue médical n’est plus suffisant pour analyser les enjeux éthiques
22
des décisions cliniques. Cet enseignement se démarque donc de la morale médi-
cale traditionnelle, faite par les médecins, pour les médecins. Au-delà de cette op-
position, l’analyse éthique de cas cliniques oblige à prendre en considération une
donnée incontournable de notre société : le pluralisme des valeurs, c’est-à-dire, le
fait que nous ne partageons pas tous une même vision du bien.
Pour Jean Bernard, Yves Pelicier et Pierre Changeux, l’éthique doit impré-
gner et doit s’intégrer dans la gestion de la médecine moderne. L’homme-méde-
cin, l’homme-soignant doit se positionner face au multiculturalisme. La médecine
nécessite aujourd’hui des connaissances anthropologiques, sociologiques, psycho-
logiques et idéologiques. Le médecin doit connaître l’altérité subjective de ses pa-
tients avant même de les traiter, afin de mieux analyser les éléments qui déter-
minent l’acte médical. Il s’agit d’enter dans la maîtrise des connaissances bonnes
ou fâcheuses des actes médicaux.
L’éthique doit ainsi conduire à l’appréciation critique de ce qu’il convient
de faire pour bien faire, dans une situation singulière. La bioéthique doit toujours
rappeler à un être humain qu’il a affaire à d’autres humains de même dignité que
lui. Pour Noelle Lenoir, « l’homme, en tant que sujet, ne saurait être traité comme
un objet par la science ». La déclaration Universelle des Droits de l’homme, quant
à elle affirme « l’égale dignité inhérente à tous les membres de la famille hu-
maine ».

PERTINENCE

La nécessité de respecter l’être humain à la fois comme individu et dans


son appartenance à l’espèce humaine devient une conviction à partager afin d’as-
surer la dignité de tous. Le bien de l’être doit prévaloir devant tout autre intérêt,
qu’il soit scientifique, social ou économique.
Face aux dangers et aux crimes de ce que Claude Bernard appelle le « bio-
despotisme », le problème moral ne peut plus rester à l’extérieur de la médecine.
Dans le cadre de la recherche, il constitue la base de la méthode expérimentale.
« On a le devoir et par conséquent le droit de pratiquer une expérience sur
l’homme, toutes les fois qu’elle peut lui sauver la vie, le guérir ou lui procurer un
avantage personnel » in L’éthique médicale, Que sais-je p.21
Comment ne pas aborder la question de la relation du corps et de l’esprit,
quand on a devant soi des patients ayant des conceptions anthropologiques diffé-
rentes. Ces appartenances confessionnelles, quand elles ne sont pas idéologiques,
23
peuvent déterminer la décision d’un acte médical ; en exemple, la transfusion san-
guine. Comment ne pas discuter du statut moral de l’embryon humain, dans la
question de l’avortement ? Ou, encore, comment ne pas discuter de la différence
entre normal et le pathologique, lorsqu’il est question de test de dépistage géné-
tique prédictif ?

OBJECTIF ( L’éthique ou l’éveil d’une conscience d’évaluation)

Nous voulons permettre à l’étudiant d’identifier les problèmes éthiques, soulevés


par la révolution biomédicale. Qu’il puisse s’interroger sur le pourquoi de son ac-
tion, avant d’agir techniquement. Le souci est ici d’évaluer les pratiques médi-
cales. Cette évaluation se veut multidisciplinaire dans le champ des pratiques. En
effet la bioéthique est une véritable tribune confrontant les mouvements d’idées,
dans la multidisciplinarité et la pluralité des conceptions, tout comme des idéolo-
gies, les unes et les autres étant mises en valeur, non d’un point de vue dogma-
tique, mais discursif propre à alimenter le débat, un débat à promouvoir. Les replis
de conviction sont ici à écarter pour l’option des vérités argumentées en vue du
bien de l’homme. C’est ce qui est appelé ici l’Ethique de l’esprit appliquée aux réa-
lités complexes et mouvantes du monde de la science et des technologies.

REFLEXION ETHIQUE
L’objectif est ici de développer chez l’étudiant une sensibilité éthique. Qu’il puisse repérer là où
se pose une interrogation éthique, bien cibler les valeurs qui sont en jeu et éventuellement en
conflit. L’éthique est une question de discernement. Certains actes médicaux sont posés comme
de façon naturelle et machinale. Quant à l’interprétation et l’analyse objective du cas, l’étudiant
n’est pas toujours suffisamment armé en face. Bien des soignants arrivent à des décisions
apparemment bonnes, sans pouvoir expliquer pour autant le geste et la décision prise. L’éthique
met à notre disposition un certain nombre de principes qui rendent licites des décisions bien
que portant de la malice pour le plus grand bien du patient. En soins de santé chaque cas est
unique. Une décision acceptable pour un cas ne le sera pas pour un autre. De nombreux
étudiants sont tentés par la facilité de l’application de décisions bien arrêtées. L’on veut éviter
de s’investir à nouveau pour des analyses des interprétations et des décisions appropriées à
l’unicité des cas. L’apprenant doit se familiariser à de nouveaux concepts pour légitimer ses
décisions en matière de thérapie, de chirurgie ou tout simplement de la recherche.

24
ETHIQUE/ PROGRAMME GENERAL

1-ETHIQUE FONDAMENTALE

ETHIQUE : L’homme veut donner du sens à son agir.


L’éthique veut donc se mettre au service de l’homme
pour l’aider à mieux vivre dans un sens plus humain.
La vie a-t-elle un sens ? C’est une question
essentielle, y répondre négativement conduit au
suicide. En effet, tout être humain veut orienter sa
vie vers un sens. Alors que l’existence des êtres
inorganiques, des minéraux, est vouée à la passivité
subissant les lois du déterminisme, il n’en est pas
ainsi de l’homme. Les plantes et les animaux ont une
vie programmée. L’homme, quant à lui, participe à sa
dialectique de croissance et de développement.
La vie biologique de l’homme est aussi programmée,
mais il a une grande capacité d’adaptation, reflet
d’une variabilité d’un autre ordre. L’être humain est
doté d’une capacité réflexive. La vie humaine s’ouvre
donc à une extraordinaire multiplicité de sens et
d’orientations diverses. Mais l’homme reste un être

25
doué de liberté lui permettant de décider de lui-
même.
L’homme, face à des choix multiples pour donner
sens à sa vie, et appelé à créer lui-même sa
réalisation, est confronté constamment à des choix,
à agir en responsables de ses actes. Donner un sens
signifie opter pour une direction donnée. Il y a des
buts qui puissent détruire la vie individuelle ou
collective. La violence est donc immorale.
La morale a un champ universel, elle étudie l’homme
dans sa totalité. Les autres sciences humaines ne
portent pas un jugement. La morale veut une
orientation pour le meilleur avenir de l’homme.
Toute science, du moment qu’elle se veut positive,
sort de son rôle si elle veut prononcer des jugements
éthiques. C’est le propre de la morale d’avoir à le
faire.
L’homme est un être qui veut être heureux. Même
quand il se révolte, « L’homme révolté » A. Camus, il
croit atteindre un certain bonheur. Cet arrière-fond
s’observe chez les uns et les autres quand ils
agissent. Pascal l’avait dit : « Tous les hommes
recherchent d’être heureux, même celui qui va se
pendre ». le propre de l’être humain est de donner
sens à sa vie et de se prendre en charge, de
s’accomplir, trouver un peu de bonheur, un peu de
26
joie apaisante. Mais il reste vrai que la satisfaction
présente laisse une amertume en raison de sa
brièveté.

Réussir sa vie
L’appel au bonheur peut s’identifier à la réussite de
la vie dans le choix d’une carrière épanouissante ou
dans la rencontre d’un amour véritable. Les
difficultés de la vie sont traversées dans l’espoir de
trouver un peu de bonheur.

L’homme un être de besoins


Tous les êtres humains sont des êtres de besoins, ils
sont habités par un manque permanent. L’homme
prend conscience de son désir d’être heureux, quand
un besoin, qu’il croit essentiel, est devenu conscient.
Il reporte sur ce besoin sa quête de bonheur et
l’investit de toute sa charge affective. L’homme veut
être heureux à tout prix.

L’homme est en réalité malheureux


C’est un homme malheureux que décrit Kafka par
l’absurdité de l’existence. Un petit enfant manifeste
déjà un désir illimité ; on lui doit tout. Le malheur de
l’homme vient essentiellement de ce qu’il est fait
pour le bonheur. Malheureusement, son
27
aveuglement conduit à chercher ou à mettre le
bonheur là ou il n’est pas et ne peut être.

L’homme désire toujours plus, mais reste insatisfait.


Un constat : la satisfaction de tout besoin, loin
d’apaiser, crée une tension vers autre chose, crée un
désir nouveau. Chaque besoin assouvi en fait
émerger un autre. Une propriété chez l’homme c’est
d’être triste après l’apaisement d’un besoin. L’être
humain est toujours à la recherche de quelque chose
de nouveau. Le Don Juan jamais apaisé par ses
conquêtes amoureuses. Les satisfactions, en fait de
bonheur n’apportent que routine, lassitude et ennui.
Une autre cause de malheur et de désenchantement
c’est le mal dans le monde, une cause extérieure à
l’homme. Des hommes arrivent à briser l’espoir de
bonheur d’autres hommes, c’est là le mal moral.
( definition, objectif, importance)
ETHIQUE : concepts fondamentaux
Norme, valeur, loi , conscience, régulation,
légitimation, bien, évaluation d’un acte, qualification
d’un acte, hiérarchisation des valeurs, conflit des
valeurs, acte à double effets, composantes d’un acte,
intention d’un acte, circonstances d’un acte, finalité
d’un acte, pluralisme, acte intrinsèquement mauvais,

28
culpabilité et responsabilité, le légal et le moral,
l’éthique et la morale.

L’idéal personnel
On voit dans le mot « idéal », le terme « idée ». Il y a
des réalités plus authentiques vers lesquelles
l’homme aspire. Ces réalités ne sont pas palpables
dans le monde de tous les jours. Ce sont ces idées là
qu’on appelle des idéaux. On peut rencontrer un
médecin, mais il existe le médecin idéal ou l’idéal du
médecin ; celui-là qui remplirait toutes les conditions
que l’on attend d’un médecin.
Il y a des modèles qui serviraient d’étalon et vers
lesquels nous devrions tous tendre ; des exemples de
perfection, d’excellence qui sont des idéaux ; d’où la
comparaison de ces idéaux à des rêves. Il ne s’agit
pas d’une incarnation, mais d’une vision.

L’idéalisme
C’est l’attitude de celui qui entretient un certain
nombre d’idéaux vers lesquels il tend et vers lesquels
il aspire. C’est le fait de rêver d’un monde meilleur
différent de celui dans lequel on vit. L’on dira que la
jeunesse est l’âge de l’idéalisme, on entretient de
belles idées, de beaux rêves. L’on dira de celui qui a
cette attitude qu’il est idéaliste.
29
Pris dans ce sens, l’idéalisme est une attitude
positive à cultiver. Mais il ne faut pas confondre
idéalisme et utopie. L’utopie est un mirage, une
illusion, un rêve trompeur. Le rêve de l’idéaliste est
pur. L’utopiste n’a pas de pied sur terre. Il entretient
des idées qui n’ont aucun rapport avec ses
possibilités, ses moyens.

ETHIQUE/ Ses caractéristiques


Singularité, particularité, universalité, dignité
humaine et droits de l’homme

2-BIOETHIQUE

3-ETHIQUE BIOMEDICALE

L’éthique de la santé/ Jocelyne Saint-Arnaud


Guide pour une intégration de l’éthique dans les
pratiques infirmières.

30
Gaetan Morin, éditeur, 2009
Objectif : intégrer l’éthique dans les pratiques à partir des
bases philosophiques et méthodologiques exposées
clairement et de manière critique.
Le but premier de toute intervention en santé vise le
bien-être du bénéficiaire. L’intervention du soin n’est
jamais moralement neutre.
Englehardt fait remarquer à juste titre que la société
démocratique contemporaine, respectueuse du
pluralisme des valeurs, ne peut se rallier à une échelle de
valeurs canoniques. Cependant il n’est pas de choix
réfléchi sans hiérarchisation des valeurs.
« Chaque fois qu’il y a délibération, que l’action ne paraît
pas tout indiquée, quand le problème du choix se pose à
la conscience, que celle-ci est amenée à peser le pour et
contre, il y a un conflit de valeurs que celui qui agit doit
trancher en hiérarchisant les valeurs opposées et en
opérant de cette façon un début de systématisation dans
le domaine axiologique. » Perelman et Olbrechts-Tyteca.
Le développement scientifique et technique ainsi que la
surspécialisation a imposé à l’éthique clinique des balises
visant à minimiser les conséquences négatives de ces
avancées. La sacralisation de la science et de ses résultats
a évincé de la sphère publique toute référence à des
valeurs autres que celles qui sont « prouvées
31
scientifiquement. Le défi de l’éthique de la santé consiste
donc à redonner aux connaissances scientifiques ou aux
données probantes la place qui leur revient, celles de la
connaissance portant sur les faits.
Les règles institutionnelles, notamment la loi et la
déontologie professionnelles sont incontournables, mais
elles sont insuffisantes au regard de la complexité des
situations éthiquement problématiques engendrées par
des développements scientifiques et techniques. Le
relativisme des valeurs ne peut constituer le fondement
des décisions.
Comment choisir les théories éthiques les plus
appropriées ?
- Les théories de la vertu, pour l’importance accordée
à la bonne volonté et aux dispositions personnelles
favorisant l’exercice d’une compétence
professionnelle
- Le situationnisme, pour l’importance qu’il donne au
contexte
- L’utilitarisme, pour l’importance accordée aux
conséquences de l’action
- Les théories déontologiques, pour la primauté
qu’elles accordent aux devoirs et aux obligations
morales

32
- L’éthique du caring, pour l’importance qu’elle
accorde prioritairement aux relations humaines et
aux échanges dans le soin
- Les théories des droits fondamentaux, pour
l’importance qu’elles accordent au respect de
l’autonomie de la personne
- Les théories de la justice, pour la spécification des
critères d’équité dans l’attribution des soins de santé
- L’éthique consensuelle, pour l’importance de
favoriser des solutions qui seront applicables parce
qu’elles seront partagées.
A proprement parler, ces théories sont incompatibles.
Chacune présente un assemblage structuré de postulats,
de considérations, de principes, de règles et de
jugements, conçu à une époque et dans un contexte
donnés. Autrement dit, chacune constitue un assemblage
hiérarchisé qui s’appuie sur des valeurs jugées
pertinentes pour la gouverne des individus et des
sociétés. Choisir l’une de ces théories constitue ce
qu’Englehardt nomme une « échelle de valeurs
canonique »
Ce sont les caractéristiques de l’intervention de soin qui
guident le choix des théories les plus appropriées pour
définir des repères qui seront par le fait même pertinents
et applicables dans la pratique de soins.

33
Nous proposons une approche par principes. Elle
introduit l’idée d’obligation morale prima facie. Ce sont
les principes éthiques qui portent cette obligation morale
et qui fournissent aux professionnels de la santé des
repères dont ils doivent tenir compte dans leurs prises de
décisions et dans leurs interventions : le respect de
l’autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance et la
justice sont proposés par Beauchamp et Childress en
2001.
Cette approche de Beauchamp, pour certains, reste
abstraite et éloignée de la réalité quotidienne de la
pratique infirmière. Face à cette difficulté,
l’inconditionnelle obligation du respect de l’humanité en
chaque homme devient fondement éthique universel
accessible à l’éthique biomédicale. Un accord de principe
reste donc possible. Il est donc possible de sortir du
relativisme des valeurs et de s’entendre sur de grands
principes, sans entrer dans une éthique dogmatique.
Une formation en éthique des soins n’apporte pas de
recette miracle à la résolution des problèmes et
dilemmes éthiques.
La morale et l’éthique
Ces deux termes peuvent être utilisés indifféremment.
Morale de moralis, éthique de éthikon. Les deux termes
désignent les mœurs, le caractère, les attitudes
34
humaines, les règles de conduite, les justifications de ces
règles. Pour Pierre Fortin, le mot morale désigne les
règles régissant les comportements et l’éthique désigne
une réflexion critique sur les fondements de ces règles.
Le moralisme est déteint de religieux et de métaphysique
alors que l’éthique, rationnelle et laique est plus
compatible au pluralisme des sociétés démocratiques.
L’éthique normative peut être générale ou appliquée.
Quand elle est générale, elle répond aux questions
suivantes : Quelles sont les meilleurs guides pour l’action
éthiquement bonne et pourquoi sont-ils les meilleurs ?
L’éthique normative appliquée recherche les meilleurs
guides pour un champ d’activités donné.
L’éthique descriptive décrit tous simplement des
comportements et les valeurs éthiques prises en compte.
Selon Paul Ricœur, les normes exercent une fonction
d’universalisation par rapport aux jugements de premier
niveau, opèrent des fonctions critiques, traitent des
conflits. Quant au jugement éthique, il s’appuie sur des
théories éthiques et approfondit des concepts : la vie, la
mort, la santé, le bonheur…Nous sommes là dans une
analyse métaéthique.
L’éthique de la santé
Elle se situe dans la sphère de l’éthique normative
appliquée. Elle s’identifie comme l’analyse et la
35
résolution des problèmes éthiques qui surviennent, tant
dans des soins directs, que dans la recherche,
l’enseignement ou la gestion dans le domaine de la santé.
Les soins directs sont la raison d’être des services de
santé. Les buts de l’intervention de santé sont les
suivants :
- Rétablir, améliorer ou maintenir la santé
- Rétablir, améliorer ou maintenir une fonction
compromise
- Sauvegarder ou prolonger la vie
- Soulager les symptômes, de même que la douleur
physique, morale
- Informer, former et conseiller les patients sur les
conditions de santé et leur pronostic
- Informer, former et conseiller les individus, les
communautés et les populations sur leur condition
de santé et sur des moyens de prévention et de
protection pertinents.
L’éthique, la morale et les droits
Le mot « droit » fait référence « à ce qui est conforme à
une règle ou à ce qu’il est légitime d’exiger » selon
Lalande. Ici des confusions sont possibles entre le légal, le
moral et le philosophique. La règle de droit se reconnaît
par son caractère impératif . Elle indique aux membres
d’une société « ce qui est à faire ou à ne pas faire, ce qui
36
est permis ou licite, ce qui est attribué comme pouvoir
aux uns et aux autres » selon Dabin. Des sanctions sont ici
applicables.
C’est justement la sanction qui distingue normes
juridiques et normes morales.

Les droits fondamentaux


Les droits fondamentaux ont une portée plus large que
les droits objectifs et ils concernent tout être humain. Ces
droits trouvent leur fondement dans la nature (John
Locke…) et la raison (Emmanuel Kant) sans oublier une
entente contractuelle (JJ Rousseau et John Rawls).
L’état de nature « c’est aussi un état d’égalité dans lequel
tout pouvoir et toute juridiction sont réciproques,
personne n’en ayant plus qu’un autre ».
Impératif catégorique dans sa forme pratique : « agis de
telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta
personne que dans la personne d’autrui toujours en
même temps comme une fin, jamais comme un moyen. »
En cela se trouve le fondement du respect dû à tout être
humain.
Par le contrat social se crée une personne morale mue
par la volonté « générale » qui tend vers le bien commun.
« dans cette institution, chacun se soumet
37
nécessairement aux conditions qu’il impose aux autres :
accord admirable de l’intérêt et de la justice…le pacte
social établit entre les citoyens une telle égalité… ».
Le Serment de Nigthingale
Comme le serment d’Hippocrate en son temps pour les
médecins, le serment de Nightingale (1893) est formulé à
une époque où l’infirmière aspire à une reconnaissance
professionnelle. On est en recherche d’une confiance
publique. En effet les hôpitaux et les hospices sont perçus
comme des endroits de corruption et d’illégalité.
Florence Nigthingale ne considère pas l’infirmière comme
l’assistante du médecin.
Les codes de déontologie professionnelle
Le mot ‘déontologie’ désigne la science des devoirs. En
éthique, les théories déontologistes sont celles pour
lesquelles il existe des obligations morales ou devoirs. En
effet, chaque profession qui veut être reconnue
socialement cherche à se donner des règles de conduites.
Une telle démarche est à l’origine des serments. La
déontologie est une codification plus détaillée des
devoirs professionnels.
Les codes ont une visée corporatiste et exercent un
contrôle sur le comportement professionnel. Des
sanctions disciplinaires sont ainsi possibles. Comme la loi
des codes peuvent aussi connaître des vides. Les normes
38
déontologiques ne remplacent pas la réflexion. La
personne qui veut agir de façon éthique doit exercer son
jugement personnel. Si la règle de confidentialité peut
être transgressée, le code ne précise pas les cas où cela
est possible. Dans de tels cas les valeurs et les principes
servent de base.

L’ETHIQUE DU CARING
Ethique plus ou moins contestée. Elle a tout de même
inspiré l’une ou l’autre étape de la réflexion sur le soin.
C’est Carol Gilligan qui l’a développée.
Le caring concerne une obligation morale de répondre de
manière sensible aux besoins de l’autre. Cette obligation
a son fondement dans la relation originaire de la mère à
l’enfant. Elle devient éthique quand elle n’est plus
instinctive mais suscitée par l’atteinte d’un idéal. La
relation de réciprocité qui s’établit entre le soignant et le
soigné est le fondement de l’éthique du caring. En fait, ce
sont les sentiments, les attitudes d’ouverture et
d’empathie, la présence et la sensibilité aux besoins de
l’autre.

La clarification des valeurs : un préalable à l’analyse des


problèmes éthiques.

39
Les enjeux éthiques sont liés à des conflits de valeurs.
Clarifier les valeurs est donc fondamental comme étape
dans la résolution des dilemmes éthiques. Notre époque
est celle où la conscience individuelle prend beaucoup de
place. Seulement le respect des valeurs de tous laissent
entendre que toutes les valeurs se valent et qu’il revient
à l’individu de faire le choix sur la base de ses valeurs
personnelles. La clarification des valeurs est utile et
essentielle, elle est un préalable à toute démarche de
réflexion éthique.
Selon Carl Rogers, il faut tenir compte de la personne
globale. Un problème de relation humaine peut se poser
entre le thérapeute et le patient. Le patient aimerait
parler sans être jugé. Rogers propose ainsi trois
conditions : la congruence, acceptation inconditionnelle
d’autrui et l’empathie.
La congruence concerne un accord de la conscience, de
l’expérience et de la communication. Pour établir une
relation thérapeutique positive, le thérapeute doit
adopter une attitude et un langage cohérents. L’autre
n’est pas un objet mais un sujet. Le thérapeute doit
s’exempter de porter des jugements de valeur : c’est bien
ou c’est mauvais. « Le sens et la valeur de son expérience
dépendent uniquement d’elle et aucun jugement
extérieur ne peut rien changer à cela ».

40
Le thérapeute doit être capable d’empathie, arriver à
saisir les sentiments et les réactions de son client, tout en
manifestant cette compréhension.
La clarification des valeurs rend explicite les priorités
d’une personne. Elle établit une cohérence entre la
pensée et l’action. La valeur réfère à un ensemble de
croyances et d’attitudes orientées vers l’action qui donne
un sens à la vie.
En éthique de la santé, le processus de clarification des
valeurs s’exerce surtout dans des discussions de cas.
La définition de la valeur
Aucune société ne peut se constituer sans « créer de
l’idéal » disait Durkheim. Un système de valeurs est
constitué par un ensemble de principes, de normes, de
croyances et de connaissances collectives. Les valeurs
déterminent, chez les membres d’une société, des
préférences, des attitudes et des comportements, c’est-à-
dire qu’elles constituent un cadre de référence qui doit
normalement guider leurs actions. Le respect de la vie
humaine est un exemple de valeur fondamentale, ceci
implique le respect de la vie des autres, les assassins sont
ainsi punis.
Les systèmes de valeurs assurent l’équilibre du groupe
social. Les valeurs constituent le ciment des institutions
sociales.
41
La société est constituée de groupes multiples dont les
systèmes de valeurs ne coincident pas obligatoirement
pouvant parfois s’opposer.
Toute collectivité tend à considérer ses valeurs comme
étant les seules souhaitables, et à vouloir les faire
partager. Les valeurs ne sont pas les mêmes partout. Elles
diffèrent dans l’espace et peuvent évoluer dans le temps.
Et Pascal dira « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-
delà ».
On peut appeler ‘valeur’ tout ce qui fait l’objet soit d’une
attitude d’adhésion ou de refus, soit d’un jugement
critique.
Les valeurs peuvent être décrites en fonction des
caractéristiques suivantes :
- Elles sont essentiellement des croyances, des
habitudes liées aux attitudes et aux comportements
dans la vie privée et dans la vie professionnelle.
- Elles sont relativement stables dans le temps.
- Elles sont intimement liées à la vie ou à la pratique
de l’individu ou du groupe.
- Elles constituent des références finales relativement
aux fins à atteindre ou des références instrumentales
relativement aux moyens mis en œuvre pour
atteindre les fins.

42
- Elles font généralement partie d’un système
hiérarchisé, la hiérarchisation rendant possible le
choix parmi des comportements, des attitudes et des
interventions.
- Elles sont des indicateurs des préférences de
l’individu ou du groupe.
Les valeurs professionnelles
Elles sont le prolongement des valeurs personnelles.
D’habitude, on ne choisit pas une profession sans en
partager les valeurs. Seulement, les valeurs d’une
profession ne se fondent pas sur des préférences
individuelles, puisque ces dernières sont subjectives et
relatives, alors que les valeurs d’une profession sont
définies dans et par la finalité. La finalité de la pratique
infirmière réside dans le bien-être du bénéficiaire. Le
bien-être du bénéficiaire devient une valeur morale
puisqu’il constitue un but.
Les buts sont élevés au rang de valeurs professionnelles
pour remplir la finalité qui consiste à viser au bien-être
des patients. Quand l’intervention est faite par routine,
que la technique est utilisée pour elle-même, détachée
de la finalité et des buts poursuivis, le patient devient un
moyen d’exercice de la technique. C’est alors que
survient le risque de déshumanisation de la personne.
Comment assurer les buts poursuivis ?
43
- Evaluer l’intégrité et les besoins du patient
- Interpréter ses réponses physiologiques, psychiques,
sociales et spirituelles relativement à sa propre
expérience de santé
- Evaluer l’influence de ses réponses sur ses capacités
- Soutenir le patient dans ses choix autonomes
- Evaluer les besoins et fournir la formation et le
soutien aux aidants
- Accompagner le patient et ses proches dans
l’expérience de la perte et du deuil.
Les conflits de valeurs
Les habitudes, les traditions et les valeurs de groupes
peuvent entrer en conflit avec des interventions de santé,
visant à favoriser une meilleure santé. Des traditions
peuvent s’opposer à des techniques de soins. Ici les choix
des patients ont toujours priorité sur les valeurs de leur
communauté.
Les infirmières travaillent dans un contexte où
s’affrontent des systèmes de valeurs.
Résolution des dilemmes éthiques
Dans les conflits éthiques, il y a nécessairement des
valeurs qui s’affrontent. Comment passer des valeurs aux
normes et principes.
Les enjeux éthiques.

44
Ils naissent des conflits. L’utilisation des techniques
médicales de pointe est au cœur de cet affrontement
entre le monde scientifique et le monde social vécu.
L’infirmière est au cœur de ce conflit.
Le problème éthique est différent de l’enjeu éthique.
L’enjeu éthique est un objet d’étude, de débat, de
recherche, alors que le problème éthique exige un
examen en vue d’une décision.
Le dilemme éthique est un type de problème dans lequel
se présentent une ou plusieurs options d’intervention
éthiquement acceptables, mais exclusives. Dans le cas du
dilemme éthique la personne veut bien agir, mais elle ne
sait pas comment le faire de la meilleure des façons.
L’action éthiquement bonne
Il faut nécessairement hiérarchiser les valeurs.
Structure de la théorie éthique classique :
- Théorie : théorie de la loi naturelle
- Principe : respect de la vie
- Règle : l’avortement est défendu en toute
circonstance
- Jugement particulier : cette demande d’avortement
est irrecevable.
On peut définir la théorie éthique classique comme un
ensemble cohérent de principes et de normes.
45
L’éthique de la discussion (Appel, Ferry, Habermas)
Il est question ici de sortir de l’arbitraire des préférences
et des intérêts individuels. L’on veut mettre en place une
éthique procédurale qui ambitionne de justifier des
normes éthiques à partir d’une éthique de la discussion.
La moralité a ici une validité intersubjective. L’éthique de
la discussion sort la morale du subjectivisme et de
l’irrationalité.
« Seules peuvent prétendre à la validité les normes qui
pourraient trouver l’accord de tous les concernés en tant
qu’ils participent à une discussion pratique » Habermas.
« Les conséquences et les effets secondaires qui, de
manière prévisible, découlent d’une observation
universelle de la norme dans l’intention de satisfaire les
intérêts de tout un chacun doivent pouvoir être acceptés
sans contrainte par tous ». Dès lors c’est l’argumentation
qui est le centre de la démarche sur laquelle s’appuie le
consensus final qui légitime la norme.
« Dans les argumentations, les participants doivent partir
du fait qu’en principe tous les concernés prennent part,
libres et égaux, à une recherche coopérative de la vérité
dans laquelle seule peut valoir la force sans contrainte du
meilleur argument » Habermas

46
Tous les arguments sont recevables, et ceux qui sont
retenus sont ceux qui recueillent l’assentiment général,
qui font consensus et sur lesquelles des normes valides
peuvent être formulées.
Conditions d’un consensus éthique :
- Chacun doit avoir la possibilité de prendre une part
active aux discussions
- L’expression des dissensions doit pouvoir se faire
sans contraintes ni empêchement
- Ni la bonne entente et la cohésion interne d’un
groupe, ni l’objectif d’atteindre un consensus ne
doivent être valorisés au point de chercher à éviter
les débats ou à neutraliser rapidement les conflits
pouvant surgir dans le groupe.
Les limites de l’éthique de la discussion
Pour Habermas, toute la procédure peut être
rationnelle sans que le résultat soit valide du point
de vue d’une éthique substantielle ou de contenu. La
cohérence n’est pas une garantie que les valeurs et
les convictions de base sont moralement
acceptables.
On pourrait argumenter que l’aspect démocratique
de l’éthique de la discussion prévient l’imposition par
la force d’une échelle de valeurs canoniques. Sans le
respect des règles de l’éthique de la discussion elle
47
se retrouverait elle-même dans ce qu’elle
combattait.
Les participants à l’éthique de la discussion
garantissent-ils l’universalité des normes ? Il faudrait
donc une théorie comme celle de la loi naturelle
pour la compléter. L’éthique de la discussion ne peut
donc être appliquée intégralement et sans
adaptation.
Cependant l’éthique de la discussion garde
l’importance de l’intersubjectivité.
Pour Kant l’essence des choses demeure
inconnaissable. Quant à Hume, il n’existe que des
impressions venues des perceptions que nous avons
des choses.
Somme toute, ni les théories classiques, ni les
théories empiristes ou positivistes ne peuvent
générer une morale applicable dans notre contexte
actuel.
- Ancrer la réflexion dans la description et la
connaissance des faits cliniques, scientifiques et
relationnels, institutionnels, déontologiques et
juridiques.
- Faire référence à divers types de théories
pertinentes en éthique de la santé

48
- Utiliser une approche par principe comme point
d’interprétations des faits sans oublier les repères
éthiques théoriques : normes, principes et théories.

Les principes et les normes


Les principes ont une portée beaucoup plus large
que les règles dans l’ordre de l’action et ils sont plus
fondamentaux dans l’ordre de la raison.
La règle ou la norme est plus catégorique. Elle
permet ou prohibe une action.
Le fait est établi par une constatation positive de ce
qui est ; la norme est établie pour régler à l’avance
une décision à venir ou juger après coup un acte
humain. La norme pour un moraliste désigne une
règle à suivre et à faire appliquer pour obtenir un
bien, un mieux-être social. Enoncer des normes
éthiques est donc une tache indispensable pour le
bien de l’homme.

49
EVALUATION
1. Donne du sens à la coexistence. Précisez laquelle
de ces disciplines joue ce rôle : la pédagogie, la
philosophie, l’éthique, l’éducation.
2. « Moi, je fais ce que je veux ». Comment peut-on
qualifier cette éthique ?
3. Je ne sais quoi faire entre deux choses bonnes.
Laquelle de ces solutions vous semble appropriée ?
décider au hasard, ne rien faire, hiérarchiser les
valeurs avant d’agir.
4. Devant un conflit de valeurs, connaîtriez-vous le
titre d’un ouvrage qui traduit cette situation ?
5. « agis de telle sorte que………..en ta personne………
toujours comme une fin………….
6. Donnez le nom de l’auteur de cette citation.
7. Formulez la règle d’or.

Michel Tibon-Cornillot/ Respect éthique, biologie et


médecine in Encyclopaedia Universalis.
Le développement remarquable des connaissances
scientifiques a fait éclater le cadre des systèmes de
valeurs éthiques autour desquels s’accordent les
démocraties occidentales. Peut-on trouver des
interprétations de l’intention éthique qui seraient
50
capables de répondre aux difficultés nouvelles posées par
les mutations scientifico-techniques de la biologie et de la
médecine ?
La question du respect éthique et de l’instrumentalisation
des corps est au fond assez classique ; ce qui ne l’est plus,
en revanche, c’est le contexte contemporain dans lequel
se joue à nouveau ; ce qui restait bien souvent une
question d’école, ne concernant que des spécialistes,
médecins, juristes, hommes politiques, est maintenant la
question de tous et de chacun ; elle intéresse aussi bien
le destin individuel que le destin collectif de l’humanité.
La nécessité et l’urgence d’une réflexion éthique avaient
trouvé leur premier point d’ancrage dans la
reconnaissance, en 1966, du fait que des
expérimentations sur l’homme avaient eu lieu pendant
les années cinquante, donc après Nuremberg, dans des
conditions assez effrayantes. De plus, la conscience
écologique, très vive aux EU dès les années soixante,
avaient orienté, plus qu’ailleurs, l’attention des
chercheurs sur le danger que pouvaient faire courir à
l’environnement et à l’espèce humaine les manipulations
génétiques.
Du serment d’Hippocrate aux comités d’éthique
C’est dans un champ très large, situé à l’intercession de la
biomédecine, des problèmes éco-biologiques et de la
51
lutte contre les armements nucléaires et
bactériologiques, que s’est peu à peu mis en place ce
qu’on appelle au Canada et aux EU une réflexion
bioéthique.
Il faut contrôler le pouvoir médical, et la réflexion éthique
doit se pencher sur la recherche elle-même. Des
problèmes moraux sont posés par la recherche dans les
domaines de la biologie, de la médecine et de la santé.
Ces problèmes concernent l’homme, les groupes sociaux
ou la société tout entière.
Dans l’Europe préindustrielle, les relations entre la
médecine et les exigences éthiques sont
fondamentalement adéquates. Les difficultés, les
premiers grands débats ont eu lieu au cours du 19è s.
avec le début de la médecine expérimentale. Le débat
entre les exigences d’une froide objectivité scientifique et
le respect des personnes a donc occupé tout le 19è S.
L’abandon par les médecins des interdits du serment
hippocratique et des références aux droits de l’homme a
révélé à l’opinion publique l’étendue du pouvoir médical
et les ravages que peut causer un tel pouvoir s’il s’exerce
hors des régulations éthiques.
Pour une morale provisoire
L’approfondissement du débat sur le maintien des
exigences éthiques face aux mutations scientifico-
52
techniques en biologie et en médecine conduit à
formuler trois constats fondamentaux. Le premier
souligne l’importance, mal perçue le plus souvent, de ces
mutations en cours ; c’est le destin des hommes et de la
biosphère tout entière qui est sans doute concerné.
Le deuxième a trait à la crise des valeurs ayant
traditionnellement rapport à la sphère du vivant et de
son destin. L’estimation éthique de la vie, de la mort, de
la reproduction et de la souffrance est ébranlée par les
pouvoirs jusque-là insoupçonnés de la médecine et de la
biologie.
Elle l’est aussi par la crise très profonde que traversent
les grandes institutions traditionnellement
représentatives du consensus en fait de valeurs morales :
Eglises, communautés, universités…
Le troisième acquis de cette réflexion tient à la certitude
qu’il n’est pas possible de renoncer trop vite aux
systèmes classiques de valorisation éthique. L’expérience
limite du nazisme montre à quelles extrémités peut
mener un tel abandon.
En une période où de tels bouleversements scientifiques
et techniques entraînent d’importantes mutations des
systèmes de valeurs, la nécessité de garder quelques
repères s’impose. Il s’agit donc de trouver un invariant
éthique capable d’assurer la conduite humaine dans ces
53
dangereux passages. Le respect entant qu’invariant
éthique s’exprime ici par l’engagement affectif que
chacun peut éprouver pour l’éminente dignité de son
propre corps et par la reconnaissance des autres corps
comme devant être investis de la même façon. L’invariant
éthique réside dans le respect du corps humain, qui, c’est
là un des acquis de l’écologie, tend à s’étendre à des
formes de plus en plus larges de la vie terrestre. Les
nouveaux rapports que doivent établir les hommes entre
eux et avec leur environnement au sein d’un monde
envahi par les techniques seront déterminés par la
volonté de maintenir à tout prix une telle forme de
respect.

René Simon
Ethique de la responsabilité
Le pouvoir que l’homme s’est acquis l’a fait passer, en un
laps de temps extrêmement court, d’une soumission
quasi fataliste aux lois de la nature, dont il ignorait les
structures et le fonctionnement, à une maîtrise
technoscientifique, dont on ne saurait nier les résultats
positifs et les promesses qu’elle porte ; mais cette
maîtrise, pour la première fois dans l’histoire de

54
l’humanité, nous donne la capacité de détruire, d’une
manière irréversible ce que nous avons appris à dominer.
Parlant de la mentalité technicienne, Jean Ladrière,
estimait que le risque majeur qui lui est inhérent est de
réduire l’homme au statut d’objet, d’objet d’expérience,
d’éliminer, en conséquence, ce qui fait l’essence même
de la subjectivité, à savoir « le contenu spirituel et
éthique de l’être humain ».
Cette brève évocation voulait souligner l’urgence actuelle
de l’éthique et de son renouvellement, face aux graves
défis posés par l’inédit des problèmes, qui résultent, pour
une bonne part, de nos pratiques et de notre action.
Le concept de responsabilité est à comprendre selon une
double acception contrastée : celle d’une libre
assomption, par le sujet, de l’action et de ses
conséquences en relation avec les autres ; celle, plus
fondamentale, d’une responsabilité que je n’ai pas
choisie, qui précède mon initiative et joue, en quelque
manière, le rôle de principe. (Ma référence principale est
ici l’œuvre d’Emmanuel Lévinas, à l’égard de laquelle je
ne me croirai cependant pas obligé à une fidélité
littérale.)
L’éthique comme démarche d’humanisation

55
La démarche éthique se conjugue toujours à la première
personne, même si d’autres dimensions essentielles
doivent être prises en considération.
Dans un second temps, il faut enlever l’isolement relatif
de l’agent moral pour le situer dans le cadre conceptuel
plus large de son rapport à autrui et de son inscription
dans le pluriel d’une société instituée.
L’action « comporte dans sa structure même, comme
l’écrit Jean Ladrière, une dimension d’enracinement ou
de sustentation et une dimension de dépassement ou de
transcendance ». L’enracinement désigne les
conditionnements de l’action : « ceux-ci la sous-tendent
et lui fixent effectivement des conditions, mais ils ne la
déterminent pas » ; la visée les transcende et les oriente.
L’éthique doit pouvoir se « compromettre » avec la
concrétude de l’existence quotidienne, affronter la
résistance de l’environnement physique et social.
Les composantes de la démarche éthique
Action et indétermination
Toute action part du concret et retourne au concret. Ce
procès du concret au concret comporte une triple
indétermination, à savoir celle de la situation initiale,
celle de la visée, et entre les deux, l’indétermination de la
phase délibérative.

56
Indétermination initiale : pour expliquer le meurtre, on
fera appel à la psychologie du meurtrier, à ses
antécédents familiaux et éducationnels…La
détermination de soi par soi a pour nom liberté ; « je me
décide », « je m’engage à ». L’action s’inscrit donc dans
un univers de liberté que Karl Max appelle « le royaume
de la liberté ».

Conditionnements socio-historiques : l’éthos se présente


comme le terrain dans lequel l’éthique prend racine.
L’habitus désigne un ensemble de dispositions à agir, à
penser, à percevoir d’une manière déterminée.
Action et intention
Une des caractéristiques de l’action est d’être
intentionnelle. L’intention d’une action est aussi toujours
une intention motivée. La formule scolastique est
parfaitement claire : dans l’agir ce qui est premier dans
l’ordre de l’intention est dernier dans l’ordre de
l’exécution.
Personne d’autre que moi, quelles que soient les
influences et les contraintes qui s’exercent sur moi, ne
peut dire « je » à ma place.
Selon Aristote, la délibération porte sur les moyens et
non sur la fin. La plupart de nos actes sont posés sans

57
délibération préalable, par « habitude ». La délibération
individuelle ne peut prétendre à la clarté d’une
rationalité sans ombre. La délibération analyse, examine,
comparait, évalue.
Une fin axiologiquement mauvaise disqualifie les moyens.
La malice morale des moyens retentit d’une manière ou
d’une autre sur la qualité éthique de la fin. Qui veut la
bonté éthique de la fin veut la bonté éthique des moyens
et réciproquement. On ne peut, pour atteindre une fin
axiologiquement bonne, choisir des moyens
axiologiquement mauvais.
La justice légale pèche par défaut. Et c’est ici que l’équité
intervient pour désigner le juste ou l’équitable au-delà de
la lettre de la loi et de ses limites.
La norme morale contient en elle-même la raison d’être
de sa propre « transgression » éventuelle, au sens où
cette raison est à chercher dans le dynamisme originaire
dans lequel elle s’enracine. Il faut donc resituer la norme
elle-même dans l’intention éthique première qui la porte.
Une morale de responsabilité sans le contrepoids de la
morale de conviction court le risque du machiavélisme et
du cynisme ; une morale de conviction sans le
contrepoids de la morale de responsabilité vire au
moralisme inopérant.

58
ESS/UCAC 2017/2018
Evaluation Master1 Immunologie/Microbiologie

Sujet de réflexion : « La clarification des valeurs est utile


et essentielle ; elle est un préalable à toute démarche de
réflexion éthique ».

Pouvez-vous justifier ce point de vue ?


Après avoir dégagé une problématique, faites ce petit
travail en deux pages organisées et construites.
Dr Zambe.

59

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