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Nullité du contrat et effets rétroactifs

La nullité d'un contrat est la sanction judiciaire d'un manquement à ses conditions de validité, entraînant son anéantissement rétroactif. Elle se distingue de la caducité, de la résolution et de l'inopposabilité, et peut être relative ou absolue selon l'intérêt protégé. En cas de nullité, les parties doivent se restituer mutuellement ce qu'elles ont reçu, et les effets de la nullité s'étendent également aux tiers, sauf en matière de meubles où la possession de bonne foi peut prévaloir.

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Nullité du contrat et effets rétroactifs

La nullité d'un contrat est la sanction judiciaire d'un manquement à ses conditions de validité, entraînant son anéantissement rétroactif. Elle se distingue de la caducité, de la résolution et de l'inopposabilité, et peut être relative ou absolue selon l'intérêt protégé. En cas de nullité, les parties doivent se restituer mutuellement ce qu'elles ont reçu, et les effets de la nullité s'étendent également aux tiers, sauf en matière de meubles où la possession de bonne foi peut prévaloir.

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La nullité du contrat : définition

On peut définir la nullité comme la sanction


judiciaire d’un manquement à l’une des conditions de validité
du contrat. Par exemple, un contrat est nul si le consentement
donné par l’une des parties a été vicié par dol.
La nullité consiste en l’anéantissement rétroactif du contrat : le
contrat est annulé de manière rétroactive, on fait comme s’il
n’avait jamais existé.

Il faut distinguer la nullité de plusieurs autres notions.


La nullité doit d’abord être distinguée de la caducité. En effet,
contrairement à un contrat nul, un contrat caduc est un contrat
qui a été régulièrement formé, mais a simplement perdu, après
sa conclusion, un élément nécessaire à sa validité, en raison
d’un évènement indépendant de la volonté des parties. De
plus, contrairement à la nullité, la caducité entraîne
l’annulation du contrat seulement pour l’avenir : les effets
qu’a produit le contrat avant qu’il ne devienne caduc ne
doivent pas être remis en cause.
La nullité doit également être distinguée de la résolution,
qui implique l’annulation rétroactive d’un contrat, non pas
parce qu’il n’était pas valablement formé à l’origine, mais en
raison de son inexécution ou de sa mauvaise exécution.
Il faut enfin distinguer la nullité de l’inopposabilité, qui
sanctionne le défaut de publicité du contrat. L’inopposabilité
n’affecte pas la validité du contrat, mais ses effets à l’égard
des tiers : les tiers peuvent en écarter les effets mais l’acte
reste valable.

La distinction entre nullité relative et nullité absolue


La nullité est absolue lorsque la règle violée a pour objet la
sauvegarde de l’intérêt général. Elle est relative lorsque la
règle violée a pour seul objet la sauvegarde d’un intérêt privé.
Ainsi, dans l’exemple précité du contrat nul en raison du
consentement vicié par dol, il s’agit d’une nullité relative. De
même, un contrat dont l’une des parties est un mineur non
émancipé (incapable de contracter) est nul d’une nullité
relative. Dans ces exemples, la règle violée a pour objet la
sauvegarde d’un intérêt privé, celui du contractant.
En revanche, si Jean-Célestin achète 5 grammes de cannabis à
Jean-Archibald, il s’agit bien d’un contrat, mais ce contrat est
nul d’une nullité absolue. En effet, le contenu du contrat étant
illicite, la règle violée a ici pour objet la sauvegarde de
l’intérêt général.
Mais qu’est-ce que cette distinction implique au juste ?
D’abord, la nullité absolue peut être invoquée par toute
personne ayant un intérêt à agir, tandis que la nullité relative
ne peut être invoquée que par la ou les personnes protégées
par la règle violée. Ainsi, dans l’exemple de Jean-Célestin et
Jean-Archibald, on peut imaginer un grand nombre de
personnes pouvant demander la nullité du contrat (en dehors
des parties) : leurs héritiers, leurs créanciers (par exemple la
banque qui a prêté de l’argent à Jean-Célestin pour qu’il
finance ses études de médecine) ou même le ministère public,
qui pourrait demander la nullité de ce contrat contraire à
l’ordre public et aux bonnes mœurs.
Ensuite, la nullité relative est susceptible de confirmation,
tandis que la nullité absolue ne l’est pas. La confirmation est
l’acte par lequel celui qui pourrait se prévaloir de la nullité y
renonce. Ainsi, dans le cas d’une nullité relative, la personne
protégée peut renoncer à demander la nullité du contrat.
Reprenons l’exemple du contrat nul en raison du
consentement vicié par dol. La victime du dol pourrait, après
la conclusion du contrat, renoncer à se prévaloir de la nullité
du contrat. Le contrat produirait donc ses effets alors même
qu’il n’était pas valablement formé à l’origine.

Les effets de la nullité


Nullité totale ou nullité partielle ?
Admettons que dans un contrat seule une ou quelques clauses
sont entachées de nullité. Faut-il alors annuler le contrat dans
son ensemble ou simplement les stipulations qui sont illicites ?
La question ne pose pas de difficultés quand le consentement a
été vicié, ou bien quand le contenu du contrat est totalement
illicite. Ainsi, dans l’exemple de nos amis Jean-Célestin et
Jean-Archibald, c’est bien la totalité du contrat qui doit être
annulé.
Mais que faire lorsque seulement une clause ou un élément
isolé du contrat est irrégulier ?
Parfois, le législateur règle la question en utilisant la solution
de la clause réputée non écrite. Par exemple, dans les contrats
d’adhésion, les clauses abusives sont réputées non écrites).
Avec cette solution, seules les clauses irrégulières sont
annulées, tandis que le reste du contrat est maintenu.
Mais quelle est la solution de droit commun en l’absence de
textes spécifiques réglant la question ?
Il faut donc distinguer deux cas :
 soit les parties n’auraient pas contracté en l’absence de
la ou des clauses litigieuses, et dans ce cas c’est le
contrat entier qui doit être annulé ;
 soit les parties auraient tout de même contracté même
en l’absence de cette ou de ces clauses (il ne s’agissait
pas d’un élément déterminant) et dans ce cas le contrat
doit être maintenu.
Les effets de la nullité du contrat entre les parties :
les restitutions réciproques
Comme on l’a évoqué ci-dessus, la nullité entraîne
l’annulation rétroactive du contrat. Le contrat est censé n’avoir
jamais existé. Il s’agit donc de revenir à la situation antérieure
au contrat, en annulant tous les effets produits par le contrat
depuis sa conclusion. Vous le comprenez, cela suppose
des restitutions. Chaque partie doit rendre à l’autre ce qu’elle a
reçu : les parties doivent être remises dans l’état dans lequel
elles se trouvaient avant la conclusion du contrat.
Si une partie a reçu de l’autre partie une somme d’argent, elle
doit lui rendre cet argent. Si une personne a reçu une chose,
elle doit rendre cette chose à l’autre partie.
Précisons que si la chose a subi des dégradations, alors la
partie qui doit restituer la chose à l’autre partie est également
tenue de lui verser une indemnité afin de compenser la perte
de valeur de la chose en raison de ces dégradations, à moins
qu’elle ne soit de bonne foi et que les dégradations ne soient
pas dues à sa faute
A l’inverse, si des frais ont été occasionnés pour la
conservation de la chose, la partie qui la restitue pourra obtenir
un remboursement de la part de son cocontractant.
Toutefois, on se rend bien compte que la restitution en nature
est parfois impossible. C’est en particulier le cas pour les
contrats à exécution successive. Prenons l’exemple d’un
contrat de bail. Le locataire ne peut tout simplement pas
restituer les prestations qu’il a reçues, c’est-à-dire la
jouissance du bien. Dans ce cas, la restitution pourra être faite
en valeur : le locataire versera une indemnité au bailleur pour
compenser la jouissance du bien.

Les effets de la nullité du contrat à l’égard des tiers


Comme le contrat annulé est censé ne jamais avoir existé, il
faut également annuler les effets qu’il a produits à l’égard des
tiers.
Par exemple, si A vend un immeuble à B et que B le revend
ensuite à C, alors l’annulation du contrat entre A et B entraîne
l’obligation pour C de restituer l’immeuble, en échange de la
somme d’argent qu’il a versée pour l’acheter. En effet, la
nullité du contrat conclu entre A et B fait que B n’était pas
propriétaire de l’immeuble au moment où il l’a vendu à C : il
n’a donc pas pu transmettre valablement la propriété du bien à
C.
Il s’agit de l’application du fameux adage « nemo plus juris in
alium transferre potest quam ipse habet » (nul ne peut
transmettre plus de droits qu’il n’en a) !
Petite précision : il en va différemment en matière de meuble.
« en fait de meubles, la possession vaut titre ». La personne
qui possède un bien meuble est ainsi considérée comme le
propriétaire de ce bien si elle est de bonne foi. Si l’on reprend
l’exemple ci-dessus, la nullité du contrat – portant cette fois
sur un meuble – conclu entre A et B n’a aucune conséquence
sur C. Ce dernier n’est pas tenu de restituer le meuble à partir
du moment où il est possesseur de bonne foi.

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