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Chapitre 2
Racines, interpolation
2.1 Racines
2.1.1 Racines rationnelles d’un polynôme à coefficients entiers
Proposition 2.1 Soit A = an X n +· · ·+a0 un polynôme à coefficients entiers avec an a0 6= 0.
Si p/q est une racine rationnelle de A (avec p et q entiers premiers entre eux), alors p divise
a0 et q divise an ; de plus, le quotient de la division de A par qX −p est à coefficients entiers.
Exercice 2.1
Si A est un polynôme unitaire à coefficients entiers, toute racine rationnelle de A est un
entier.
Exercice 2.2
Trouver toutes les racines rationnelles des polynômes suivants :
1. 5X 3 − 4X 2 + 3X + 2
2. 3X 4 + 5X 3 + 2X 2 − 6X − 4
3. X 4 − X 3 − 32X 2 − 62X − 56
Exercice 2.3
Si A est un polynôme à coefficients entiers et p/q une racine rationnelle de A, avec p et q
premiers entre eux, alors, pour tout entier m, qm − p divise A(m).
Exercice 2.4
Soit A = 6X 3 + 13X 2 − 22X − 8. Calculez A(−2), A(−1), A(1), A(2). Trouvez toutes les
racines rationnelles de A (vous pouvez utiliser l’exercice précédent).
2.1.2 Bornes sur les racines
Proposition 2.2 Soit A = an X n + · · · + a0 un polynôme à coefficients dans C avec an 6= 0.
Alors toute racine z ∈ C de A vérifie
|an−1 | |a0 |
|z| ≤ max(1, + ··· + ).
|an | |an |
Exercice 2.5
Montrer que si z est racine de A = an X n + · · · + a0 (avec an a0 6= 0) si et seulement si 1/z
est racine de an + an−1 X + · · · + a0 X n . En déduire une borne inférieure > 0 sur le module
des racines de A.
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12 CHAPITRE 2. RACINES, INTERPOLATION
Exercice 2.6
Soit A = an X n + · · · + a0 un polynôme à coefficients dans R
1. On suppose 0 < an ≤ an−1 ≤ . . . ≤ a1 ≤ a0 . Montrer que toute racine z ∈ C de A
vérifie |z| ≥ 1. (On pourra raisonner par l’absurde et considérer (1 − z)A(z).)
2. On suppose an ≥ an−1 ≥ . . . ≥ a1 ≥ a0 > 0. Montrer que toute racine z ∈ C de A
vérifie |z| ≤ 1.
Soit B = bn X n + · · · + b0 un polynôme à coefficients dans R, tous > 0. Soit u le minimum
(resp. v le maximum) des quantités bn−1 /bn , bn−2 /bn−1 ,. . .,b0 /b1 .
3. Montrer que toute racine z ∈ C de B vérifie u ≤ |z| ≤ v.
4. Vérifier que toutes les racines dans C de 7X 4 + 6X 3 + 2X 2 + 3X + 1 ont un module
compris entre 1/4 et 3/2.
2.1.3 Comptage de racines réelles
Soit P ∈ R[X]. La suite de Sturm de P est la suite de polynômes obtenus dans l’algo-
rithme d’Euclide pour la recherche du pgcd de P et de son polynôme dérivé P 0 , à ceci près
que l’on prend à chaque fois l’opposé du reste de la division euclidienne, au lieu de
prendre le reste : P0 = P , P1 = P 0 , Pk+1 = l’opposé du reste de la division euclidienne de
Pk−1 par Pk pour k ≥ 1, PN = le dernier polynôme non nul obtenu (un pgcd de P et P 0 ).
Si a n’est pas une racine de P , on pose vP (a) = le nombre de changements de signe
dans la suite des valeurs P0 (a), P1 (a), . . . , PN (a). On compte un changement de signe quand
Pk (a)Pk+1 (a) < 0, ou quand Pk (a)Pk+` (a) < 0 et que Pk+1 (a) = . . . = Pk+`−1 (a) = 0.
Théorème 2.3 (Théorème de Sturm) Soient a < b deux nombres réels qui ne sont pas
racines de P . Alors le nombre de racines réelles distinctes de P dans ]a, b[ est égal à vP (a) −
vP (b).
Exemple : la suite de Sturm de P = X 2 − 1 est X 2 − 1, 2X, 1. On a vP (−2) = 2,
vP (0) = 1, vP (2) = 0. On sait bien qu’il y a une racine de P dans ]−2, 0[ et une dans ]0, 2[.
Le théorème de Sturm permet d’isoler les racines réelles de P dans des intervalles, par
dichotomie. On peut ensuite obtenir des valeurs approchées des racines en utilisant l’algo-
rithme de Newton.
Un autre résultat permet de majorer facilement le nombre de racines réelles.
Théorème 2.4 (Règle de Descartes) Le nombre de racines de P (comptées avec multi-
plicité) dans ]0, +∞[ est inférieur ou égal au nombre de changements de signe dans la suite
des coefficients de P , et la différence est paire.
Par exemple, le nombre de racines du polynôme X 9 +3X 7 −24X 6 +X 2 −63 dans ]0, +∞[
est égal à 1 ou 3.
Exercice 2.7
Calculez la suite de Sturm de X 3 − 3X + 1. Trouvez des bornes pour ses racines, et isolez
les racines réelles dans des intervalles.
Exercice 2.8
Sans calcul, que pouvez-vous dire du nombre de racines réelles de X 2011 + 1407X 1789 −
1210X 1492 + 1 ?
2.2. INTERPOLATION 13
2.2 Interpolation
2.2.1 Interpolation de Lagrange
Théorème 2.5 (Polynôme d’interpolation de Lagrange) Soient c0 , c1 , . . . , cn des éléments
distincts de K. Soient a0 , a1 , . . . , an des éléments de K (pas forcément distincts). Alors il ex-
iste un unique polynôme P de degré inférieur ou égal à n tel que P (ci ) = ai pour i = 0, . . . , n.
Ce polynôme est donné par
∏
∑
n
(X − cj )
P (X) = ∏j6=i ai .
i=0 j6=i (ci − cj )
Par exemple, le polynôme d’interpolation de Lagrange P tel que P (−1) = 2, P (0) = 1,
P (1) = −1 est
X(X − 1) (X + 1)(X − 1) (X + 1)X
P =2 + − .
(−1) × (−2) 1 × (−1) 2×1
2.2.2 Polynômes de Bernstein
Les polynômes de Bernstein de degré n sont les polynômes
( )
n
Bn,i = X i (1 − X)n−i pour i = 0, . . . , n.
i
Les polynômes de Bernstein sont ce qu’on trouve en développant (X + (1 − X))n = 1 suivant
la formule du binôme.
Théorème 2.6 Les polynômes de Bernstein de degré n forment une base de l’espace Rn [X]
des polynômes à coefficients réels de degré ≤ n. Si l’on décompose un polynôme P ∈ R[X]
dans cette base :
∑n
P = ai Bn,i ,
i=0
alors le nombre de racines (comptées avec multiplicité) de P dans l’intervalle ]0, 1[ est
inférieur ou égal au nombre de changement de signes dans la suite a0 , . . . , an , et la différence
est paire.
Les polynômes de Bernstein (surtout de degré 3) sont utilisés pour la construction des
splines, un outil esssentiel de dessin de courbes. Le théorème ci-dessus et des techniques
de subdivision d’intervalles, utilisant l’algorithme de De Casteljau, sont à la base des algo-
rithmes les plus performants d’isolation de racines réelles.
Exercice 2.9
Ecrire le polynôme d’interpolation de Lagrange P tel que P (−2) = 7, P (1) = 2 et P 3) = 1,
et le mattre sous la forme aX 2 + bX + c.
Exercice 2.10
Soient c0 , c1 , . . . , cn des éléments distincts de K. On pose, pour i = 0, . . . , n,
∏
j6=i (X − cj )
Li = ∏ .
j6=i (ci − cj )
Montrer que (L0 , . . . , Ln ) est une base de l’espace vectoriel des polynômes de degré ≤ n.
14 CHAPITRE 2. RACINES, INTERPOLATION
Exercice 2.11
( ) ( ) ( ) ( )
X X X X
On définit les polynômes ∈ R[X] pour k ∈ N par = 1, = X et =
k 0 1 k
X(X − 1) · · · (X − k + 1)
pour k ≥ 2.
k!
Pour tout polynôme P ∈ R[X], on pose ∆P (X) = P (X + 1) − P (X), et on définit par
récurrence ∆k P = ∆(∆k−1 P ) pour k ≥ 2.
( )
n
1. Vérifier que pour tout n ∈ N, est bien le coefficient binomial (avec la convention
( ) k
n
= 0 si n < k).
k
2. Vérifier que pour tout polynôme non constant P , deg(∆P ) = deg(P ) − 1. En déduire
que deg(P ) ≤ k si et seulement si ∆k+1 P = 0.
3. Vérifier que si ∆P = ∆Q et P (0) = Q(0), alors P = Q.
( ) ( )
X X
4. Vérifier que ∆ = pour tout k ≥ 1.
k k−1
∑r ∑r
5. Vérifier que ∆( i=1 λi Pi ) = i=1 λi ∆Pi .
6. Etablir par récurrence sur le degré de P que pour tout polynôme P de degré ≤ k, on
a ( ) ( ) ( )
X X X
P (X) = P (0) + ∆P (0) 2
+ ∆ P (0) + · · · + ∆ P (0)
k
.
1 2 k
7. Dans le tableau suivant, chaque nombre est la différence entre celui au-dessus à droite
et celui juste au-dessus.
−4 0 1 1 2 6 15
4 1 0 1 4 9
−3 −1 1 3 5
2 2 2 2
0 0 0
Expliquer pourquoi la première ligne de ce tableau est formée des valeurs d’un polynôme
P du(troisième
) degré en 0, 1, 2, . . ., 6. Que valent P (7), P (8) ? Exprimer P en fonction
X
des .
k
Exercice 2.12
Montrer que Bn,i = XBn−1,i−1 +(1−X)Bn−1,i , si l’on convient que Bn−1,−1 = Bn−1,n = 0.
0
Montrer, avec la même convention, que Bn,i = Bn−1,i − Bn−1,i−1 .
Exercice 2.13
∑n
Montrer que Bn,i (x) ≥ 0 pour tout x ∈ [0, 1]. Montrer que si P = i=0 ai Bn,i , alors, pour
tout x ∈ [0, 1], on a min(a0 , . . . , an ) ≤ P (x) ≤ max(a0 , . . . , an ).