Notions Fondamentales de Télédétection
Notions Fondamentales de Télédétection
DE LA TELEDECTION
A RASOLOHERY
« La télédétection est la technique qui, par l'acquisition d'images, permet d'obtenir de l'information sur
la surface de la Terre sans contact direct avec celle-ci. La télédétection englobe tout le processus qui
consiste à capter et à enregistrer l'énergie d'un rayonnement électromagnétique émis ou réfléchi, à
traiter et à analyser l'information, pour ensuite mettre en application cette information. »
Principe de la télédétection
Dans la plupart des cas, la télédétection implique une interaction entre l'énergie incidente et les cibles.
Le processus de la télédétection au moyen de systèmes imageurs comporte les sept étapes que nous
élaborons ci-après. Notons cependant que la télédétection peut également impliquer l'énergie émise
et utiliser des capteurs non-imageurs.
2. Rayonnement et atmosphère (B) - Durant son parcours entre la source d'énergie et la cible, le
rayonnement interagit avec l'atmosphère. Une seconde interaction se produit lors du trajet entre la
cible et le capteur.
3. Interaction avec la cible (C) - Une fois parvenue à la cible, l'énergie interagit avec la surface de
celle-ci. La nature de cette interaction dépend des caractéristiques du rayonnement et des propriétés
de la surface.
4. Enregistrement de l'énergie par le capteur (D) - Une fois l'énergie diffusée ou émise par la cible,
elle doit être captée à distance (par un capteur qui n'est pas en contact avec la cible) pour être enfin
enregistrée.
5. Transmission, réception et traitement (E) - L'énergie enregistrée par le capteur est transmise,
souvent par des moyens électroniques, à une station de réception où l'information est transformée en
images (numériques ou photographiques).
6. Interprétation et analyse (F) - Une interprétation visuelle et/ou numérique de l'image traitée est
ensuite nécessaire pour extraire l'information que l'on désire obtenir sur la cible.
7. Application (G) - La dernière étape du processus consiste à utiliser l'information extraite de l'image
pour mieux comprendre la cible, pour nous en faire découvrir de nouveaux aspects ou pour aider à
résoudre un problème particulier.
Ces sept étapes couvrent le processus de la télédétection, du début à la fin. C'est dans cet ordre que
tout au long de ce cours, nous vous invitons à construire, étape par étape, votre connaissance de la
télédétection. Bon voyage!
Le rayonnement électromagnétique
Premièrement, une source d'énergie sous forme de rayonnement électromagnétique est nécessaire
pour illuminer la cible, à moins que la cible ne produise elle-même cette énergie.
Selon la théorie des ondes, tout rayonnement électromagnétique possède des propriétés
fondamentales et se comporte de façon prévisible. Le rayonnement électromagnétique est composé
d'un champ électrique (E) et d'un champ magnétique (M). Le champ électrique varie en grandeur et
est orienté de façon perpendiculaire à la direction de propagation du rayonnement. Le champ
magnétique est orienté de façon perpendiculaire au champ électrique. Les deux champs se déplacent
à la vitesse de la lumière (c).
La longueur d'onde et la fréquence sont donc inversement proportionnelles, c'est-à-dire que plus la
longueur d'onde est petite, plus la fréquence est élevée, et plus la longueur d'onde est grande, plus la
fréquence est basse. Afin de comprendre l'information tirée des données de télédétection, il est
essentiel de bien saisir les caractéristiques du rayonnement électromagnétique. Nous examinerons
maintenant la classification du rayonnement électromagnétique.
Le spectre électromagnétique
Le spectre électromagnétique s'étend des courtes longueurs d'onde (dont font partie les rayons
gamma et les rayons X) aux grandes longueurs d'onde (micro-ondes et ondes radio). La télédétection
utilise plusieurs régions du spectre électromagnétique.
Les plus petites longueurs d'onde utilisées pour la télédétection se situent dans l'ultraviolet. Ce
rayonnement se situe au-delà du violet de la partie du spectre visible. Certains matériaux de la surface
terrestre, surtout des roches et minéraux, entrent en fluorescence ou émettent de la lumière visible
quand ils sont illuminés par un rayonnement ultraviolet.
La lumière que nos yeux (nos tout premiers "capteurs de télédétection") peuvent déceler se trouve
dans ce qui s'appelle le "spectre visible". Il est important de constater que le spectre visible représente
un bien petite partie de l'ensemble du spectre. Une grande partie du rayonnement électromagnétique
qui nous entoure est invisible à l'oeil nu, mais il peut cependant être capté par d'autres dispositifs de
télédétection. Les longueurs d'onde visibles s'étendent de 0,4 à 0,7 &um;m. La couleur qui possède la
plus grande longueur d'onde est le rouge, alors que le violet a la plus courte. Les longueurs d'onde du
spectre visible que nous percevons comme des couleurs communes sont énumérées ci-dessous. Il
est important de noter que c'est la seule portion du spectre que nous pouvons associer à la notion de
couleurs.
Le bleu, le vert et le rouge sont les couleurs (ou les longueurs d'onde) primaires du spectre visible.
Une couleur primaire ne peut être créée par deux autres couleurs, mais toutes les autres couleurs
peuvent être créées en combinant les couleurs primaires. Même si nous voyons la lumière du Soleil
comme ayant une couleur uniforme ou homogène, en réalité, elle est composée d'une variété de
longueurs d'onde dans les parties de l'ultraviolet, du visible, et de l'infrarouge du spectre. La portion
visible de ce rayonnement se décompose en ses couleurs composantes lorsqu'elle traverse un
prisme. Le prisme réfracte la lumière de façon différente en fonction de la longueur d'onde.
Examinons maintenant la partie de l'infrarouge (IR) du spectre. L'infrarouge s'étend
approximativement de 0,7 à 100 µm, ce qui est un intervalle environ 100 fois plus large que le spectre
visible. L'infrarouge se divise en deux catégories: IR réfléchi et IR émis ou thermique. Le
rayonnement dans la région de l'infrarouge réfléchi est utilisé en télédétection de la même façon que
le rayonnement visible. L'infrarouge réfléchi s'étend approximativement de 0,7 à 3 µm. L'infrarouge
thermique est très différent du spectre visible et de l'infrarouge réfléchi. Cette énergie est
essentiellement le rayonnement qui est émis sous forme de chaleur par la surface de la Terre et
s'étend approximativement de 3 à 100 µm.
Depuis quelques temps, la région des hyperfréquences suscite beaucoup d'intérêt en télédétection.
Cette région comprend les plus grandes longueurs d'onde utilisées en télédétection et s'étend
approximativement de 1 mm à 1 m. Les longueurs d'onde les plus courtes possèdent des propriétés
semblables à celles de l'infrarouge thermique, tandis que les longueurs d'onde les plus grandes
ressemblent aux ondes radio. La nature particulière des hyperfréquences et l'importance qu'elles
revêtent pour la télédétection au Canada, nous ont incités à leur consacrer un chapitre entier du
présent cours.
Interactions avec l'atmosphère
Avant que le rayonnement utilisé pour la télédétection n'atteigne la surface de la Terre, celui-ci doit
traverser une certaine épaisseur d'atmosphère. Les particules et les gaz dans l'atmosphère peuvent
dévier ou bloquer le rayonnement incident. Ces effets sont causés par les mécanismes de diffusion
et d'absorption. La diffusion se produit lors de l'interaction entre le rayonnement incident et les
particules ou les grosses molécules de gaz présentes dans l'atmosphère. Les particules dévient le
rayonnement de sa trajectoire initiale. Le niveau de diffusion dépend de plusieurs facteurs comme la
longueur d'onde, la densité de particules et de molécules, et l'épaisseur de l'atmosphère que le
rayonnement doit franchir. Il existe trois types de diffusion :
• la diffusion de Rayleigh
• la diffusion de Mie
• la diffusion non-sélective.
La diffusion de Rayleigh se produit lorsque la taille des particules est inférieure à la longueur d'onde
du rayonnement. Celles-ci peuvent être soit des particules de poussière ou des molécules d'azote ou
d'oxygène. La diffusion de Rayleigh disperse et dévie de façon plus importante les courtes longueurs
d'onde que les grandes longueurs d'onde. Cette forme de diffusion est prédominante dans les
couches supérieures de l'atmosphère. Ce phénomène explique pourquoi nous percevons un ciel bleu
durant la journée. Comme la lumière du Soleil traverse l'atmosphère, les courtes longueurs d'onde
(correspondant au bleu) du spectre visible sont dispersées et déviées de façon plus importante que
les grandes longueurs d'onde. Au coucher et au lever du Soleil, le rayonnement doit parcourir une
plus grande distance à travers l'atmosphère qu'au milieu de la journée. La diffusion des courtes
longueurs d'onde est plus importante. Ce phénomène permet à une plus grande proportion de
grandes longueurs d'onde de pénétrer l'atmosphère.
On parle de diffusion de Mie lorsque les particules sont presque aussi grandes que la longueur
d'onde du rayonnement. Ce type de diffusion est souvent produite par la poussière, le pollen, la fumée
et l'eau. Ce genre de diffusion affecte les plus grandes longueurs d'onde et se produit surtout dans les
couches inférieures de l'atmosphère où les grosses particules sont plus abondantes. Ce processus
domine quand le ciel est ennuagé.
Le troisième type de diffusion est celui de la diffusion non-sélective. Ce genre de diffusion se produit
lorsque les particules (les gouttes d'eau et les grosses particules de poussière) sont beaucoup plus
grosses que la longueur d'onde du rayonnement. Nous appelons ce genre de diffusion "non-
sélective", car toutes les longueurs d'onde sont dispersées. Les gouttes d'eau de l'atmosphère
dispersent le bleu, le vert, et le rouge de façon presque égale, ce qui produit un rayonnement blanc
(lumière bleue + verte + rouge = lumière blanche). C'est pourquoi le brouillard et les nuages nous
paraissent blancs.
L'ozone absorbe les rayons ultraviolets qui sont néfastes aux êtres vivants. Sans cette couche de
protection dans l'atmosphère, notre peau brûlerait lorsqu'elle est exposée au Soleil.
Vous avez peut-être entendu dire que le bioxyde de carbone est un gaz qui contribue à l'effet de
serre. Ce gaz absorbe beaucoup de rayonnement dans la portion infrarouge thermique du spectre et
emprisonne la chaleur dans l'atmosphère.
La vapeur d'eau dans l'atmosphère absorbe une bonne partie du rayonnement infrarouge de grandes
longueurs d'onde et des hyperfréquences de petites longueurs d'onde qui entrent dans l'atmosphère
(entre 22µm et 1 m). La présence d'eau dans la partie inférieure de l'atmosphère varie grandement
d'un endroit à l'autre et d'un moment à l'autre de l'année. Par exemple, une masse d'air au-dessus
d'un désert contient très peu de vapeur d'eau pouvant absorber de l'énergie, tandis qu'une masse d'air
au-dessus des tropiques contient une forte concentration de vapeur d'eau.
Parce que ces gaz et ces particules absorbent l'énergie électromagnétique dans des régions
spécifiques du spectre, ils influencent le choix de longueurs d'onde utilisées en télédétection. Les
régions du spectre qui ne sont pas influencées de façon importante par l'absorption atmosphérique, et
qui sont donc utiles pour la télédétection, sont appelées les fenêtres atmosphériques. En comparant
les caractéristiques des deux sources d'énergie les plus communes (le Soleil et la Terre) avec les
fenêtres atmosphériques disponibles, nous pouvons identifier les longueurs d'onde les plus utiles
pour la télédétection. La portion visible du spectre correspond à une fenêtre et au niveau maximal
d'énergie solaire. Notez aussi que l'énergie thermique émise par la Terre correspond à une fenêtre
située à près de 10 mm dans la partie de l'infrarouge thermique du spectre. Dans la partie des
hyperfréquences, il existe une grande fenêtre qui correspond aux longueurs d'onde de plus de 1 mm.
Le rayonnement qui n'est pas absorbé ou diffusé dans l'atmosphère peut atteindre et interagir avec la
surface de la Terre. Lorsque l'énergie atteint la cible, la surface peut absorber (A) l'énergie, la
transmettre (T) ou réfléchir (R) l'énergie incidente. L'énergie incidente totale interagira avec la surface
selon l'une ou l'autre de ces trois modes d'interaction ou selon leur combinaison. La proportion de
chaque interaction dépendra de la longueur d'onde de l'énergie, ainsi que de la nature et des
conditions de la surface.
L'absorption (A) se produit lorsque l'énergie du rayonnement est absorbée par la cible, la transmission
(B) lorsque l'énergie du rayonnement passe à travers la cible et la réflexion (C) lorsque la cible
redirige l'énergie du rayonnement. En télédétection, nous mesurons le rayonnement réfléchi par une
cible. La réflexion spéculaire et la réflexion diffuse représentent deux modes limites de réflexion de
l'énergie.
Une surface lisse produit une réflexion spéculaire, c'est-à-dire que toute l'énergie est redirigée dans
une même direction (comme c'est le cas d'un miroir). La réflexion diffuse se produit quand la surface
est rugueuse, ce qui redirige l'énergie uniformément dans toutes les directions. La plupart des objets
de la surface terrestre se situent entre ces deux extrêmes. La façon dont une cible réfléchit le
rayonnement dépend de l'amplitude de la rugosité de la surface par rapport à la longueur d'onde du
rayonnement incident. Si la longueur d'onde du rayonnement est beaucoup plus petite que la rugosité
de la surface ou que la grosseur des particules qui composent la surface, la réflexion diffuse domine.
Par exemple, un sable fin paraît uniforme aux rayonnements à grandes longueurs d'onde, mais
rugueux aux longueurs d'onde visibles.
Examinons quelques exemples de cibles de la surface de la Terre et voyons comment l'énergie aux
longueurs d'onde visible et infrarouge interagit avec celles-ci.
Les feuilles : la chlorophylle, une molécule que nous retrouvons à l'intérieur des feuilles, absorbe
fortement le rayonnement aux longueurs d'onde du rouge et du bleu, mais réfléchit le vert. Les
feuilles, qui contiennent un maximum de chlorophylle en été, sont donc plus vertes pendant cette
saison. En automne, les feuilles qui contiennent alors moins de chlorophylle, absorbent moins de
rouge, et paraissent donc rouges ou jaunes (le jaune est une combinaison des longueurs d'onde du
vert et du rouge). La structure interne des feuilles en santé agit comme un excellent réflecteur diffus
pour les longueurs d'onde de l'infrarouge. Si nos yeux pouvaient percevoir l'infrarouge, les feuilles
paraîtraient très éclatantes sous ces longueurs d'onde. Les scientifiques utilisent d'ailleurs l'infrarouge
pour déterminer l'état de santé de la végétation.
L'eau : l'eau absorbe davantage les grandes longueurs d'onde du rayonnement visible et du proche
infrarouge. Ainsi, l'eau paraît généralement bleue ou bleu-vert car elle réfléchit davantage les petites
longueurs d'onde, elle paraît encore plus foncée si elle est observée sous les longueurs d'onde du
rouge ou du proche infrarouge. Lorsque les couches supérieures de l'eau contiennent des sédiments
en suspension, la transmission diminue, la réflexion augmente et l'eau paraît plus brillante. La couleur
de l'eau se déplacera légèrement vers les plus grandes longueurs d'onde. Nous confondons parfois
l'eau qui contient des sédiments en suspension avec l'eau peu profonde et claire, car ces deux
phénomènes paraissent très semblables. La chlorophylle dans les algues absorbe plus de bleu et
réfléchit plus de vert. L'eau paraît donc plus verte quand elle contient des algues. L'état de la surface
de l'eau (rugueuse, lisse, vagues, débris flottants, etc.) peut aussi susciter des problèmes dans
l'interprétation à cause de la réflexion spéculaire et des autres influences sur la couleur et la brillance.
Ces exemples démontrent que nous observons des réponses très différentes aux mécanismes
d'absorption, de transmission et de réflexion selon la composition de la cible et la longueur d'onde du
rayonnement qui lui est propre. En mesurant l'énergie réfléchie ou émise par la cible avec une variété
de longueurs d'onde, nous pouvons construire la signature spectrale pour un objet. En comparant les
signatures de différents objets, nous pouvons les distinguer les uns des autres, alors que nous ne
pourrions peut-être pas les distinguer si nous les comparions seulement avec une longueur d'onde.
Par exemple, l'eau et la végétation peuvent avoir une signature spectrale similaire aux longueurs
d'onde visibles, mais sont presque toujours différenciables dans l'infrarouge. Les signatures spectrales
peuvent être très variables pour la même sorte de cible et peuvent aussi varier dans le temps et dans
l'espace. Pour interpréter correctement l'interaction du rayonnement électromagnétique avec la
surface, il est important de savoir où regarder dans le spectre et de comprendre les facteurs qui
influencent la signature spectrale de la cible.
Jusqu'à maintenant, dans ce chapitre, nous avons vu que le Soleil est une source d'énergie ou de
rayonnement pratique pour la télédétection. L'énergie du Soleil est soit réfléchie (la portion visible) ou
absorbée et retransmise (infrarouge thermique) par la cible. Les dispositifs de télédétection qui
mesurent l'énergie disponible naturellement sont des capteurs passifs. Le capteur passif peut
seulement percevoir l'énergie réfléchie lorsque le Soleil illumine la Terre. Il n'y a donc pas d'énergie
solaire réfléchie le soir, tandis que l'énergie dégagée naturellement (l'infrarouge thermique) peut être
perçue le jour ou la nuit.
Un capteur actif produit sa propre énergie pour illuminer la cible : il dégage un rayonnement
électromagnétique qui est dirigé vers la cible. Le rayonnement réfléchi par la cible est alors perçu et
mesuré par le capteur. Le capteur actif a l'avantage de pouvoir prendre des mesures à n'importe quel
moment de la journée ou de la saison. Les capteurs actifs utilisent les longueurs d'onde qui ne sont
pas produites en quantité suffisante par le Soleil telles que les hyperfréquences ou pour mieux
contrôler la façon dont une cible est illuminée. Par contre, les capteurs actifs doivent produire une
énorme quantité d'énergie pour bien illuminer une cible. Le laser fluoromètre et le radar à synthèse
d'ouverture (RSO) sont des exemples de capteurs actifs.
Avant de passer au prochain chapitre qui traite des capteurs et de leurs caractéristiques, nous devons
définir et expliquer quelques termes et concepts fondamentaux associés aux images de télédétection.
Une photographie peut être présentée et affichée en format numérique en divisant l'image en petits
morceaux de taille et de forme égales, que nous nommons pixels. La luminosité de chaque pixel est
représentée par une valeur numérique. C'est exactement ce qui a été fait à la photographie de
gauche. En effet, en appliquant les définitions présentées plus haut, nous déduisons que l'image est
vraiment une image numérique de la photographie originale ! Cette photographie a été numérisée et
subdivisée en pixels. Chaque pixel a été doté d'une valeur représentant les différents niveaux de
luminosité. L'ordinateur affiche chaque valeur numérique comme un niveau de luminosité. Les
capteurs enregistrent alors électroniquement l'énergie en format numérique (en rangées de chiffres).
Ces deux différentes façons de représenter et d'afficher les données de télédétection, par des moyens
photographiques ou numériques, sont interchangeables car elles représentent la même information
(mais chaque conversion peut engendrer une perte de précision).
Dans la section précédente, nous avons décrit la portion visible du spectre et le concept de couleur.
Nous percevons les couleurs parce que nos yeux captent la gamme entière des longueurs d'onde
visibles et notre cerveau transforme cette information en couleurs distinctes. Imaginez le monde si
nous ne pouvions percevoir qu'une seule bande étroite de longueurs d'onde ou de couleur ! De
nombreux capteurs fonctionnent de cette façon. L'information d'une gamme étroite de longueur d'onde
est captée et emmagasinée sous forme numérique dans un fichier représentant la bande de
longueurs d'onde. Il est ensuite possible de combiner et d'afficher de ces bandes d'information
numérique en utilisant les trois couleurs primaires (rouge, vert, bleu). Les données de chaque bande
sont représentées comme une couleur primaire et, selon la luminosité relative (c.-à-d. valeur
numérique) de chaque pixel dans chaque bande, les couleurs se combineront en proportions
différentes pour produire des couleurs distinctes.
Lorsque nous utilisons cette méthode pour afficher une seule bande ou gamme de longueurs d'onde,
nous affichons réellement cette bande avec les trois couleurs primaires. Parce que la luminosité de
chaque pixel est la même pour chaque couleur primaire, les couleurs se combinent et produisent une
image en noir et blanc. L'image est donc affichée avec ses différentes teintes de gris, de noir à blanc.
Lorsque nous affichons plus d'une bande, chaque bande ayant une couleur primaire différente, le
niveau de luminosité peut être différent pour chaque combinaison de bandes ou de couleurs
primaires, et les couleurs se combinent pour former un composé couleurs.
Plates-formes et capteurs
Pour enregistrer adéquatement l'énergie réfléchie ou émise par une surface ou une cible donnée, on
doit installer un capteur sur une plate-forme distante de la surface ou de la cible observée. Ces
plates-formes peuvent être situées près de la surface terrestre, comme par exemple au sol, dans un
avion ou un ballon ; ou à l'extérieur de l'atmosphère terrestre, comme par exemple sur un véhicule
spatial ou un satellite.
Les capteurs au sol sont souvent utilisés pour enregistrer des informations détaillées sur la surface.
Ces informations sont, par la suite, comparées aux informations recueillies par avion ou à partir d'un
satellite. Dans certains cas, on utilise les capteurs au sol pour mieux caractériser les cibles observées
par d'autres capteurs, de manière à améliorer la compréhension de l'information de l'image. Les
capteurs au sol sont souvent placés sur des échelles, des échafaudages, des édifices élevés, des
grues, etc. Les plates-formes aéroportées sont principalement situées sur des avions à ailes fixes,
quoique des hélicoptères soient parfois utilisés. L'utilisation des avions est fréquente car cela facilite la
cueillette de données ou d'images détaillées de la surface de la Terre, exactement à l'endroit et au
moment voulus.
Dans l'espace, la télédétection est parfois effectuée à partir de la navette spatiale ou plus
fréquemment, à partir de satellites. Les satellites sont des objets qui sont en orbite autour d'un autre
objet, dans ce cas-ci, la Terre. Par exemple, la Lune est un satellite naturel de la Terre, par opposition
aux satellites artificiels de la Terre que sont les plates-formes placées en orbite pour les besoins de la
télédétection, des communications et de la télémétrie (positionnement et navigation). Grâce à leur
orbite, les plates-formes spatiales permettent une couverture répétitive et continue de la surface de la
Terre. Le coût est souvent un facteur déterminant dans le choix des différentes plates-formes.
Caractéristiques d'un satellite : l'orbite et sa fauchée
Dans la section précédente, nous avons vu que les capteurs peuvent être placés sur différentes
plates-formes. Bien que les plates-formes terrestres ou aéroportées soient utilisées, ce sont les
satellites qui fournissent la majeure partie des données recueillies par télédétection de nos jours.
Certaines caractéristiques propres aux satellites en font des instruments particulièrement utiles pour
l'acquisition d'information sur la surface de la Terre.
Ces satellites géostationnaires ont une altitude d'environ 36 000 kilomètres et se déplacent à une
vitesse qui correspond à celle de la Terre, donnant ainsi l'impression qu'ils sont stationnaires. Cette
configuration orbitale permet au satellite d'observer et d'amasser continuellement de l'information sur
une région spécifique. Les satellites de communication et d'observation des conditions
météorologiques sont situés sur de telles orbites. L'altitude élevée de certains satellites
météorologiques leur permet d'observer les nuages et les conditions qui couvrent un hémisphère
complet de la Terre.
De nos jours, la plupart des plates-formes satellitaires sont placées sur orbite quasi-polaire. Elles se
déplacent donc vers le nord d'un côté de la Terre, et vers le sud dans l'autre moitié de leur orbite. Ces
deux types de passage du satellite se nomment respectivement orbite ascendante et orbite
descendante. Si l'orbite est aussi héliosynchrone, l'orbite ascendante du satellite se fait du côté
ombragé de la Terre, tandis que l'orbite descendante se fait du côté éclairé par le Soleil. Les capteurs
qui enregistrent l'énergie solaire réfléchie par la Terre ne recueillent donc de l'information qu'au cours
leur orbite descendante, lorsque le Soleil illumine la Terre. Les capteurs actifs qui possèdent leur
propre source d'illumination ou les capteurs passifs qui enregistrent l'énergie émise par la planète
(l'énergie infrarouge thermique par exemple) peuvent amasser des données autant lors des orbites
ascendantes que descendantes de leurs satellites.
Les points sur la surface de la Terre qui se trouvent directement en dessous de la trajectoire du
satellite sont appelés les points nadir. On définit le cycle de passage du satellite comme étant la
période de temps nécessaire pour que le satellite
revienne au-dessus d'un point nadir pris au
hasard. Le satellite aura alors effectué un cycle
orbital complet. La période de temps nécessaire
pour compléter un cycle orbital complet varie d'un
satellite à l'autre. La durée du cycle orbital ne doit
pas être confondue avec la période de revisite.
Avec les capteurs orientables, les instruments
peuvent observer une surface avant et après les
passages de l'orbite au-dessus de la cible, ce qui
permet une période de revisite beaucoup plus
courte que le cycle orbital. La période de
passage au nadir est un facteur important pour
plusieurs applications de la télédétection,
spécialement lorsque des images fréquentes sont
nécessaires (par exemple : pour surveiller la
dispersion lors d'un déversement
d'hydrocarbures ou pour mesurer l'ampleur d'une
inondation). Les satellites à orbite quasi-polaire ont une couverture plus fréquente des régions de
latitude élevée par rapport à la couverture des zones équatoriales. Cette plus grande couverture est
due à l'élargissement, vers les pôles, de la zone de chevauchement entre deux fauchées adjacentes.
Le détail qu'il est possible de discerner sur une image dépend de la résolution spatiale du capteur
utilisé. La résolution spatiale est fonction de la dimension du
plus petit élément qu'il est possible de détecter. La résolution
spatiale d'un capteur passif (nous regarderons plus loin le cas
spécial des capteurs actifs) dépend principalement de son
champ de vision instantanée (CVI). Le CVI est défini comme
étant le cône visible du capteur (A) et détermine l'aire de la
surface "visible" à une altitude donnée et à un moment précis
(B). La grandeur de cette aire est obtenue en multipliant le CVI
par la distance de la surface au capteur (C). Cette aire est
appelée la superficie de résolution ou cellule de résolution
et constitue une étape critique pour la détermination de la
résolution spatiale maximale du capteur. Pour pouvoir
différencier un élément de la surface observée, l'élément en
question doit être de dimension égale ou supérieure à la cellule
de résolution. Si l'élément est plus petit, il ne sera
généralement pas différencié puisque c'est l'énergie moyenne
des éléments de la cellule de résolution qui sera captée.
Cependant, dans certaines conditions, un élément plus petit
peut être détecté si sa réflexivité domine celle des autres éléments présents dans la cellule de
résolution. On parle alors de détection plus fine que la résolution.
Comme nous l'avons mentionné au chapitre 1, les images de télédétection sont composées d'une
matrice d'éléments appelés pixels. Le pixel est le plus petit élément d'une image. Il est normalement
carré et représente une partie de l'image. Il est cependant important de faire la distinction entre
l'espacement des pixels et la résolution spatiale. Si un capteur a une résolution spatiale de 20 mètres
et qu'il est possible de charger à l'écran une image provenant de ce capteur avec la pleine résolution,
chaque pixel à l'écran représentera une superficie correspondant à 20 m sur 20 m au sol. Dans ce
cas, la résolution et l'espacement des pixels sont identiques. Par contre, il est possible d'afficher la
même image avec un espacement des pixels qui soit différent de la résolution. Sur de nombreuses
affiches montrant des images de la Terre prises à partir d'un satellite, on combine plusieurs pixels en
les moyennant, mais ceci ne modifie en rien la résolution spatiale du capteur utilisé.
Les images sur lesquelles seuls les grands éléments sont visibles ont une résolution "grossière" ou
"basse". Les images à résolution fine ou élevée permettent l'identification d'éléments de plus
petites dimensions. Les capteurs utilisés par les militaires par exemple, sont conçus pour obtenir le
plus de détails possible. Ils ont donc une résolution très fine. Les satellites commerciaux ont une
résolution qui varie de quelques mètres à plusieurs kilomètres. De façon générale, plus la résolution
augmente, plus la superficie de la surface visible par le capteur diminue.
Résolution spectrale
Au chapitre 1, nous avons abordé la réponse spectrale et les courbes d'émissivité spectrale qui
caractérisent une cible ou une surface pour un ensemble de longueurs d'onde. Il est souvent possible
de distinguer des classes de caractéristiques et de détails dans une image en comparant leurs
réponses différentes sur un ensemble de longueurs
d'onde. Comme nous l'avons vu à la section 1.5, des
classes très larges, comme l'eau et la végétation,
peuvent être séparées en utilisant un intervalle de
longueurs d'onde assez grand (le visible et
l'infrarouge par exemple). Des classes plus
spécifiques comme par exemple différents types de
roche ne sont pas aussi faciles à différencier et
nécessitent l'utilisation d'un intervalle de longueurs
d'onde beaucoup plus fin. Pour ce faire, nous devons
utiliser un capteur ayant une résolution spectrale
beaucoup plus grande. La résolution spectrale décrit
la capacité d'un capteur à utiliser de petites fenêtres
de longueurs d'onde. Plus la résolution spectrale est
fine, plus les fenêtres des différents canaux du
capteur sont étroites.
Plusieurs instruments de télédétection peuvent enregistrer l'énergie reçue selon des intervalles de
longueurs d'onde à différentes résolutions spectrales. Ces instruments sont appelés capteurs
multispectraux et seront décrits plus en détail dans les sections suivantes. Des capteurs
multispectraux plus développés, appelés capteurs hyperspectraux, sont capables de détecter des
centaines de bandes spectrales très fines dans la portion du spectre des ondes électromagnétiques
réunissant le visible, le proche infrarouge et l'infrarouge moyen. La très grande résolution spectrale
des capteurs hyperspectraux facilite la différenciation des caractéristiques d'une image basée sur la
réponse différente dans chacune des bandes spectrales.
Résolution radiométrique
L'arrangement des pixels décrit les structures spatiales d'une image tandis que les caractéristiques
radiométriques décrivent l'information contenue dans une image. Chaque fois qu'une image est
captée par une pellicule ou un capteur, sa sensibilité à l'intensité de l'énergie électromagnétique
détermine la résolution radiométrique. La résolution radiométrique d'un système de télédétection
décrit sa capacité de reconnaître de petites différences dans l'énergie électromagnétique. Plus la
résolution radiométrique d'un capteur est fine, plus le capteur est sensible à de petites différences
dans l'intensité de l'énergie reçue. La gamme de longueurs d'onde à l'intérieur de laquelle un capteur
est sensible se nomme plage dynamique.
Les données images sont représentées par une valeur numérique variant entre 0 et 2 à une certaine
puissance moins un. Cet intervalle correspond à un nombre de bits utilisés pour encoder des valeurs
en format binaire. Chaque bit représente un exposant de la base 2 (par exemple, 1 bit = 21 = 2). Le
nombre maximum de niveaux d'intensité disponibles dépend du nombre de bits utilisés pour
représenter l'intensité enregistrée. Par exemple, un capteur utilisant 8 bits pour enregistrer les
données aura 28 = 256 niveaux d'intensité disponibles car il aura 256 valeurs numériques disponibles
allant de 0 à 255. Si seulement 4 bits sont utilisés, alors seulement 24 = 16 valeurs allant de 0 à 15
seront disponibles. La résolution radiométrique sera donc plus faible. Les données enregistrées sont
souvent affichées en tons de gris, avec le noir représentant une valeur numérique de "0" et le blanc
représentant la valeur numérique maximale. En comparant une image de 2-bits à une image de 8-bits
à une image de 8-bits d'une même scène, on peut voir l'énorme différence dans le nombre de détails
qu'il est possible de distinguer selon la résolution radiométrique.
Introduction ................................................................................................................................ 2
Définition ............................................................................................................................... 2
Principe de la télédétection .................................................................................................... 2
Le rayonnement électromagnétique ....................................................................................... 3
Le spectre électromagnétique................................................................................................. 4
Interactions avec l'atmosphère ............................................................................................... 7
Interactions avec la cible ........................................................................................................ 9
Détection passive et active ................................................................................................... 12
Caractéristiques des images ................................................................................................. 12
Plates-formes et capteurs.......................................................................................................... 15
Sur Terre, dans l'air et dans l'espace..................................................................................... 15
Caractéristiques d'un satellite : l'orbite et sa fauchée ........................................................... 16
Résolution spatiale, espacement des pixels et échelle.......................................................... 17
Résolution spectrale ............................................................................................................. 19
Résolution radiométrique ..................................................................................................... 20