BTS M.U.
C Management
LA GESTION DU CONFLIT
Dans de nombreuses entreprises, des conflits sont à l'origine de situations de blocage.
Ces conflits, dont les causes, les formes et les manifestations sont diverses ont parfois des
conséquences graves pour l'entreprise et les personnes.
Les conflits ne sont jamais neutres pour l'organisation et la rentabilité.
Des situations de conflit sont naturelles car des logiques et des impératifs contradictoires
induisent des oppositions.
Ces antagonismes peuvent se transformer en conflits de personnes, nuire à l'ambiance de
travail et, parfois, mettent en cause l'avenir de l'entreprise. Les effets de ces mécanismes
sont compliqués par les peurs engendrées par la crise et le chômage.
Entre "laisser-faire" et "interventionnisme", le choix de la conduite à tenir est souvent malaisé
pour l'entourage et pour l'encadrement.
« Une équipe performante n'est pas nécessairement une équipe
sans conflit mais un groupe d'individus qui prennent soin de
régler leurs différents ».
I NOTION DE CONFLIT
Conflit. Désaccord sur des questions de fond, ou résultant de problèmes relationnels entre
des individus ou des groupes. Un conflit peut porter sur les moyens, les objectifs ou les
valeurs.
o Conflit de fond. Désaccord fondement sur les buts et objectifs ou sur les moyens d'y
parvenir.
o Conflit émotionnel. Problèmes relationnels qui se manifestent notamment par des
sentiments de colères, de méfiances, d'animosités, de craintes et de rancunes.
Le conflit est inévitable : il constitue un élément naturel de la vie professionnelle, la charge
incombe ensuite au responsable d’en faire l’occasion d’une évolution.
II ORIGINE ET ANALYSE DES CAUSES DU CONFLITS
L’analyse du conflit doit être le premier reflexe du manager. Un conflit peut en effet
apparaître comme social : conflit entre deux individus mais être en fait d’ordre structurel :
objectifs contradictoires des services d’appartenance de chacun des deux individus.
Il y a généralement deux dimensions à un conflit :
Dimension sociologique Intérets individuels liés aux statuts des collaborateurs = zone
de liberté des collaborateurs
Dimension organisationnelle Structure de l’UC en différents services dont les interets sont
divergents.
A / Nature des conflits
Schéma :
1) Désaccords sur les faits
Chacun a sa vision, son interprétation des faits. Chacun a tendance à refuser les données
qui le gênent et à voir la réalité de façon différente. Dans l'entretien d'évaluation, le
responsable sera attentif à bien clarifier ce niveau de désaccord, s'il veut qu'un terrain
d'entente soit trouvé avec le collaborateur.
Exemple : un collaborateur soutient qu’une note a circulé sur le sujet donné, l’autre dit le
contraire
2) Désaccord sur l’interprétation des faits
Le responsable et le collaborateur peuvent disposer des mêmes faits, mais n'en ont pas la
même interprétation. Cette divergence est normale, puisque les statuts et les rôles sont
différents. Le même fait peut paraître très important du point de vue du collaborateur et tout
à fait accessoire pour le responsable, ou l'inverse. Cela est dû à des contextes différents,
dont les contraintes et les dépendances subies ne sont pas les mêmes. Juger un fait du
point de vue de son propre contexte, sans prendre en compte le contexte de l'autre,
engendre forcément des interprétations erronées ainsi que des malentendus.
3) Désaccord sur les méthodes
Cas le plus fréquent. Il concerne les méthodes, les procédures à mettre en œuvre pour
atteindre les objectifs. Ce n'est pas l'objectif qui est à l'origine du conflit, mais la façon dont
on s'y prend pour l'atteindre.
Exemple : le manager, pour lutter contre la démarque inconnue, impose une nouvelle
procédure quant à l’enregistrement de la casse lors du réapprovisionnement au rayon
condiments d’une GMS. D’un signalement mensuel, le signalement devra être réalisé à
chaque réappro pour éviter les oublis en fin de mois. Contrainte supplémentaire pour les
chefs de rayon…
4) Désaccord sur les objectifs
Les deux interlocuteurs peuvent être en désaccord sur ce que l'on se propose de réaliser,
sur les objectifs à atteindre. En général, le responsable essaie d'imposer, sans accepter de
les négocier, des objectifs que le collaborateur jugera irréalistes, trop difficiles à atteindre.
Exemple : un collaborateur veut faire passer la sécurité avant la productivité (demander aux
chauffeurs livreurs de respecter les limitations de vitesse au détriment des délais).
5) Désaccord sur les valeurs
Conflits généralement ingérables. « Les goûts et les couleurs ne se discutent pas ». C'est le
désaccord sur la philosophie et le style de management, sur la façon d'exercer l'autorité, sur
ce qu'on estime important dans les relations avec autrui. Il peut aussi porter sur la religion,
l’idéologie des collaborateurs, ce qui peut provoquer des réactions épidermiques…
Autres sources :
Quand certains membres ont l'impression de travailler plus que les autres.
Quand le leadership est inefficace.
Quand tous ne sont pas considérés équitablement.
Quand des membres ne sont plus solidaires de l'intérêt personnels.
Quand la compétition s'installe au sein des membres.
B / Forme des conflits
Conflit TEST On pense OUI, mais on dit NON.
Le collaborateur provoque l’autre pour tester : son humour,
son stress, sa susceptibilité…
Conflit OUVERT On pense NON, et on dit NON.
Le désaccord est clairement exprimé
Conflit LARVE On pense NON, mais on dit OUI.
Le désaccord n’est pas exprimé. On peut détecter un tel
conflit à partir d’indicateurs : absentéisme, turn over, litiges
clientèles, rumeurs, productivité en baisse…
III ETAPES DU CONFLIT
Les signes avant-coureurs d'un conflit
Dans le cadre d'un entretien d'évaluation, le manager peut le plus souvent anticiper le conflit
et savoir que, durant l'entretien, le désaccord latent va s'exprimer. En général, les
symptômes du conflit sont apparus pendant l'année : attitudes du collaborateur à son égard
ou réactions dans le travail, questions posées, contestations, etc.
Le désaccord est conscient mais non exprimé
Pendant l'entretien, le manager sent qu'il se passe quelque chose, car le collaborateur
manifeste des sentiments non verbalisés, mais aussi des réticences, des allusions, ou bien
prend systématiquement une attitude curieuse, ou ironique, ou absente et silencieuse, ou
fermée.
Pendant cette phase, rien n'est vraiment exprimé, mais le désaccord est néanmoins présent.
Chacun réussit à se parler, mais sans grand plaisir
L'évitement :
Les ressentiments à l'égard des autres ne peuvent plus être étouffés, et nous préférons
éviter de se retrouver en sa présence
L'espacement des rencontres parce qu'elles s'avèrent trop stressantes;
Les contacts deviennent de plus en plus furtifs et se produisent souvent en présence
d'une tierce personne;
La phase du conflit ouvert
Les deux interlocuteurs dépassent le stade de l'argumentation. En réalité, chacun est
enfermé dans ses arguments, campe sur ses positions et semble ne pas vouloir en changer.
Il arrive souvent que les sous-entendus, l'hostilité souterraine du début, deviennent
brutalement apparents. Il s'agit d'une sorte d'explosion, plus ou moins violente, où les deux
protagonistes se disent en clair ce qui était caché auparavant. Une fois l'explosion passée,
chacun ressent un sentiment de malaise qui rend très difficile la poursuite de l'entretien.
Eviter le conflit ouvert
Pour éviter d'en arriver là, il est évidemment préférable d'arrêter le conflit le plus vite
possible, soit dans sa première phase, en clarifiant au plus vite les relations cachées, soit
dans la phase de discussion, dès les premières répliques. Il est possible par exemple
d'amener l'interlocuteur à préciser objectivement la cause du conflit. Ou, autre solution, le
responsable peut dévoiler la nature du conflit et tenter d'orienter le collaborateur sur des
solutions à découvrir avec lui.
Accorder de l'attention aux anomalies
Les scruter
Les questionner
Se demander de quoi elles peuvent être ses indices
Considérer d'autres points de vue
Se mettre dans la peau de l'autre
Écouter
IV CAS PARTICULIER DES CONFLITS DE SUBORDINATION
Le processus de rébellion
Il s'agit pour le collaborateur d'essayer de renverser l'autorité, et de l'influencer le plus
fortement possible. Quand il s'agit d'un comportement répétitif, c'est fréquemment parce que
ce collaborateur tente de régler des comptes avec des situations et des personnes de son
passé.
L'erreur fréquente du responsable est de prendre pour argent comptant ce que dit son
collaborateur. Ce qui déclenche une escalade agressive et des réactions en chaîne qui sont
difficiles à réduire.
Le responsable peut encore utiliser cette rébellion en fixant des objectifs élevés à ce
collaborateur et en lui donnant de nombreuses tâches. Ces pistes d'action sont des « portes
d'entrée » pour rétablir une meilleure communication
Le processus de contrainte
Dans ce type de processus, le collaborateur cherche à être influent de manière détournée. Il
veut jouer un rôle, mais sans le dire clairement
Contrairement au processus de rébellion qui s'exprime directement, dans le processus de
contrainte, le collaborateur cherche à créer chez le responsable un sentiment de culpabilité,
tentant ainsi de miner celui qui représente l'autorité et, finalement, de le dominer par une
sorte de chantage psychologique.
Dans ce type de processus, le responsable doit être directif, décidé, clair, et pousser son
collaborateur à l'action
Le processus de dévouement excessif
Dans ce processus, le collaborateur s'imagine qu'il est bon pour lui, même à son détriment,
de rechercher activement la soumission au pouvoir et à l'autorité de son responsable. C'est
souvent quelqu'un qui a du mal à se comporter de manière autonome.
Le responsable commettrait une erreur en abondant dans le sens du désir du collaborateur.
Ce faisant, il renforcerait son processus en l'y enfermant. Le responsable doit aussi se méfier
de lui-même et des réactions agressives que le collaborateur recherche par la soumission. Il
ne faut surtout pas, non plus, l'encourager et le féliciter pour son dévouement, sa bonne
volonté et sa loyauté, ou encore sa gentillesse.
Le responsable doit rechercher les exemples de réussite autonome de ce collaborateur et
les reconnaître positivement en insistant sur l'autonomie.
Le processus de démission
Dans ce cas, le collaborateur ne s'intéresse pas personnellement à son travail, à l'équipe à
laquelle il appartient. On a le sentiment qu'il se met entre parenthèses par rapport aux
autres, aux objectifs, à l'entreprise
Le responsable peut se laisser abuser par sa fausse docilité et la prendre pour de
l'obéissance. Autre mauvaise idée : contraindre ce collaborateur en l'enfermant dans des
règlements et des procédures, et en lui demandant de les respecter impérativement. Son
acquiescement serait alors de façade et cela ne changerait finalement rien à sa passivité.
V COMMENT REGLER LE CONFLIT DANS L’EQUIPE
A / Attitudes possibles et leurs conséquences
Il faut distinguer les solutions selon que le manager est impliqué dans le conflit ou non.
Le manager est impliqué
Double pression : le conflit + l’enjeu personnel. La solution met en jeu l’image et le style de
management du manager. Le manager fait donc souvent le choix qui lui permette de sauver
la face par une solution gagnant-perdant. C’est ainsi que l’on utulise son pouvoir de « chef »
pour prendre des décisions sans commune mesure avec le conflit rencontré.
Le manager n’est pas impliqué
Le manager est sollicité en « dernière instance ».
Demander successivement à chacun ce qu’il veut et en quoi c’est important pour lui.
Les objectifs sont alors le plus souvent formulés en terme de position. Un conflit a
toujours plusieurs composantes de différentes natures : certaines sont
professionnelles, d'autres émotionnelles, d'autres liées à l'organisation et à sa
structure, etc. Plutôt que de vouloir traiter la globalité d'un conflit et de manière
définitive, l'attitude plus réaliste et plus efficace consiste à bien cerner les différents
facteurs du conflit, car décomposer le conflit équivaut à le réduire à des dimensions
plus maniables, moins angoissantes, et à trouver des solutions adaptées.
Reformuler ce que chacun a dit jusqu’à obtenir un accord.
Demander à chacun ce que va lui apporter l’atteinte de son objectif, ce qui permet la
formulation des objectifs sous forme d’interets.
Formuler un but commun afin que chaque collaborateur soit d’accord avec la
formulation
Ne pas décider à la place des collaborateurs mais exercer une pression pour qu’ils
aboutissent à l’accord. Les relations de travail sont gouvernées et jugées par leur
contribution à des objectifs. Il existe donc toujours des éléments concrets sur
lesquels l'attention des deux interlocuteurs peut se concentrer, en particulier ceux qui
doivent être résolus pour rapprocher l'organisation des buts à atteindre.
B / Une bonne solution respecte les intérêts de chacun
La négociation des solutions ne se fera que si le responsable cherche à clarifier les intérêts
communs qu'il peut avoir avec son collaborateur. Il doit aussi faire en sorte que chacun, lui
comme le collaborateur, puisse exprimer ses intérêts particuliers, éventuellement que ces
intérêts soient hiérarchisés.
La bonne solution est celle qui respecte les intérêts communs et les intérêts les plus
importants de chacun. Il s'agit donc de vérifier la fiabilité de la solution, en quelque sorte de
la tester en vérifiant que chacun y trouve son compte, et ce par rapport aux objectifs à
atteindre. Ce n'est que dans ces conditions qu'un accord peut être passé pour l'adoption et
l'application des solutions trouvées.
L'accord ne sera viable sur une solution donnée que si chaque partie en voit et en accepte
les conséquences. Il s'agira donc d'analyser attentivement les implications de cette solution.
C'est en effet un point très important, si le responsable veut que cette solution soit respectée.
L'adhésion, quant aux applications de la solution, ne proviendra que de l'attention portée aux
conséquences. Sinon, rien d'étonnant à ce que l'un des deux ne respecte pas la solution,
puisque ses droits ne sont pas respectés. Le conflit pourrait alors reprendre en s'aggravant.
L'accord obtenu, le responsable et le collaborateur doivent mettre au point précisément les
modalités d'application et de fonctionnement. Dans les cas difficiles et compliqués, c'est
prévoir les garanties à mettre en jeu, les sanctions à appliquer en cas de non-respect des
règles, envisager les conduites à tenir si des contraintes nouvelles venaient à mettre en
cause la solution et son application.