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Anneau des entiers d'un corps de nombres

Ce chapitre présente l'anneau des entiers algébriques d'un corps de nombres, introduit par Richard Dedekind, et explore les concepts fondamentaux tels que la trace, la norme et le discriminant. Il aborde également les extensions de corps de nombres, les plongements, et établit des résultats clés sur la structure des corps de nombres et leurs propriétés arithmétiques. Enfin, des exemples historiques, notamment les corps quadratiques et cyclotomiques, sont discutés pour illustrer ces concepts.

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Anneau des entiers d'un corps de nombres

Ce chapitre présente l'anneau des entiers algébriques d'un corps de nombres, introduit par Richard Dedekind, et explore les concepts fondamentaux tels que la trace, la norme et le discriminant. Il aborde également les extensions de corps de nombres, les plongements, et établit des résultats clés sur la structure des corps de nombres et leurs propriétés arithmétiques. Enfin, des exemples historiques, notamment les corps quadratiques et cyclotomiques, sont discutés pour illustrer ces concepts.

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CHAPITRE 5

L’anneau des entiers d’un corps de nombres

Ce chapitre a pour but d’introduire l’anneau OK des entiers algébriques d’un


corps de nombres K, tel qu’il a été défini en toute généralité en 1877 par Richard De-
dekind, le dernier élève de Gauss, dans son livre "Sur la théorie des nombres entiers
algébriques" (en français !). Cette définition englobe notamment les anneaux intro-
duits par Gauss et √Eisenstein dans leurs études des lois de réciprocité supérieures, à
2iπ
savoir Z[i] et Z[ 1+i2 3 ], et plus généralement celui des entiers cyclotomiques Z[e n ],
étudié en détail par Kummer dans ses travaux sur le grand théorème de Fermat.
Elle contient aussi certains anneaux d’entiers quadratiques étudiés au chapitre pré-
cédent, ce qui a par exemple permis à Dedekind de découvrir un point de vue plus
simple sur la loi de Gauss de composition des formes binaires, que nous exposerons
par ailleurs plus tard.
Nous commençons par développer les outils fondamentaux nécessaires à l’étude
des nombres algébriques, à savoir les notions de trace, norme et discriminant. Cela
nous obligera à commencer par quelques rappels de théorie des extensions de corps
et de leurs plongements, avec lesquels nous supposerons une certaine familiarité,
bien que les démonstrations ici soient complètes. Le résultat central de ce chapitre
est un théorème de structure du groupe additif de OK . L’étude arithmétique de ce
dernier fera l’objet des chapitres suivants.
Références : Nous renvoyons par exemple au livre Algebra de Serge Lang
pour les rudiments de théorie des corps. En ce qui concerne les entiers des corps de
nombres, on pourra consulter le chapitre 12 du livre de Ireland et Rosen, le chapitre
2 du livre de Samuel, ou le livre sus-cité de Dedekind !

1. Les corps de nombres et leurs plongements

Si L est un corps et si K ⊂ L en est un sous-corps, l’addition de L et l’application


K × L → L induite par la multiplication de L définissent une structure de K-espace
vectoriel sur L. En particulier, tout sous-corps L de C admet ainsi une structure
naturelle de Q-espace vectoriel : 1 ∈ L par définition, et donc Q ⊂ L.
Définition 5.1. Un corps de nombres est un sous-corps de C qui est de dimension
finie comme Q-espace vectoriel.

Une extension L/K de corps de nombres est la donnée de deux corps de nombres
L et K tels que K ⊂ L. Toute famille génératrice de L comme Q-espace vectoriel
en est encore une comme K-espace vectoriel, et donc L est alors de dimension finie
comme K-espace vectoriel. On note [L : K] cette dimension, que l’on appelle degré
de L sur K. Lorsque K = Q on parle simplement du degré [L : Q] du corps de
nombres L. Évidemment, [L : Q] = 1 si, et seulement si, L = Q, qui est le plus
simple des corps de nombres. De même, [L : K] = 1 si, et seulement si, L = K.
73
74 5. L’ANNEAU DES ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES

On rappelle que x ∈ C est algébrique s’il existe un polynôme non nul P ∈ Q[X]
tel que P (x) = 0. On note Q ⊂ C l’ensemble des nombres algébriques. Si K est un
corps de nombres de degré n, et si x ∈ K, la famille 1, x, . . . , xn a n + 1 éléments :
elle est donc Q-liée et x ∈ Q. Autrement dit :
Proposition 5.2. Tout corps de nombres est inclus dans Q.

Si x ∈ C et si K est un sous-corps de C, on note K[x] = {P (x), P ∈ K[X]} la


sous-K-algèbre de C engendrée par x.
Proposition-Définition 5.3. Si K est un corps de nombres et si x ∈ Q, alors K[x]
est un corps de nombres, que l’on notera aussi K(x).

Une manière de voir ceci est de considérer l’ensemble Ix,K = {P ∈ K[X], P (x) =
0} des polynômes annulateurs de x à coefficients dans K. C’est clairement un idéal
de K[X], donc principal, qui est non nul car x ∈ Q : il est donc engendré par un
unique polynôme unitaire
Πx,K ∈ K[X].
Par définition, c’est le polynôme annulateur de x unitaire, de degré minimal, à
coefficients dans K, et il est appelé polynôme minimal de x sur K. En particulier,
il est irréductible dans K[X]. Le morphisme surjectif d’anneaux K[X] → K[x],
P 7→ P (x), a pour noyau Ix,K = (Πx,K ), et induit donc un isomorphisme d’anneaux

K[X]/(Πx,K ) → K[x].
On en déduit d’une part que si n = deg(Πx,K ) alors 1, x, . . . , xn−1 est une K-base de
K[x] ("division euclidienne et unicité du reste dans K[X]"). On en déduit aussi que
K[x] est un corps. En effet, tout élément non nul de K[X]/(Πx,K ) est représenté par
un polynôme P ∈ K[X] non nul tel que deg(P ) < n. Comme Πx,K est irréductible,
il est premier avec P , et donc il existe U, V ∈ K[X] tels que P U + Πx V = 1 (Bézout
dans K[X]), et donc P U ≡ 1 mod Πx,K : P est inversible dans K[X]/(Πx,K ). 

Le cas le plus important de cette définition est celui où K = Q. Nous verrons en


fait plus loin que tout corps de nombres K est de la forme Q(x) pour (une infinité
de) x ∈ K (théorème de l’élément primitif).
Exemple 5.4. (Corps quadratiques et cyclotomiques) Parmi les exemples histori-
quement importants de corps de nombres, mentionnons les corps cyclotomiques, qui
√ où ζ est une racine de l’unité, ainsi que les corps quadratiques, de la
sont les Q(ζ)
forme Q( d) où d ∈ Q n’est pas un carré.

Si K est un corps de nombres et si x1 , . . . , xn ∈ Q, on note aussi K(x1 , . . . , xn )


le corps de nombres défini récursivement comme étant (K(x1 , . . . , xn−1 ))(xn ). C’est
le plus petit corps de nombres contenant K et les xi , il ne dépend en particulier pas
de l’ordre des xi . En particulier, si x, y ∈ Q alors Q(x, y) est un corps de nombres.
Comme xy et x−y ∈ Q(x, y), on en déduit le fait bien connu suivant, qui se déduirait
aussi très simplement de la proposition 1.15 :
Corollaire 5.5. Q est un sous-corps de C.

La proposition suivante, dite "de la base télescopique", est bien connue.


1. LES CORPS DE NOMBRES ET LEURS PLONGEMENTS 75

Proposition 5.6. Si K ⊂ L ⊂ M sont des corps de nombres alors [M : K] = [M :


L][L : K].

Démonstration — On vérifie immédiatement que si e1 , . . . , en est une base du L-


espace vectoriel M , et si f1 , . . . , fm est une base du K-espace vectoriel L, alors les
éléments ei fj , avec 1 ≤ i ≤ n et 1 ≤ j ≤ m, forment une base du K-espace vectoriel
M. 

Définition 5.7. Si K est un corps de nombres on note Σ(K) l’ensemble des mor-
phismes de corps K → C, appelés aussi plongements, ou plongements complexes, de
K.
Si L/K est une extension de corps de nombres, on note Σ(L/K) l’ensemble des
plongements K-linéaires L → C. Autrement dit, Σ(L/K) = {σ ∈ Σ(L), σ|K = id}.
En particulier, Σ(L/Q) = Σ(L).

La notion de plongement est une vaste généralisation de la notion de conjugaison


complexe, ingrédient crucial dans la théorie de Galois. Elle est étroitement liée à celle
de conjugué d’un nombre algébrique. On rappelle que si x ∈ Q et si K est un corps
de nombres, les K-conjugués de x sont les racines dans C du polynôme Πx,K . Le
lemme suivant montre qu’il y en a exactement deg(Πx,K ).
Lemme 5.8. Si K ⊂ C est un sous-corps et si P ∈ K[X] est irréductible (donc non
constant) alors P est scindé à racines simples dans C[X].

Démonstration — En effet, P est scindé car C est algébriquement clos. D’autre


0
part, P ∈ K[X] est un polynôme non nul de degré < deg(P ), et donc premier à P
dans K[X], de sorte que P et P 0 n’ont pas de racine commune dans C (relation de
Bézout). 

Les propriétés principales des plongements se résument en la proposition qui suit.


Proposition 5.9. (i) (Lemme de prolongement) Soient K ⊂ L des corps de
nombres. L’application de restriction Σ(L) → Σ(K), σ 7→ σ|L , est surjective,
chaque élément de Σ(K) ayant exactement [L : K] antécédents. En particulier
|Σ(L/K)| = [L : K].
(ii) (Conjugués et plongements) Soit x ∈ Q, l’application Σ(K(x)/K) → C,
σ 7→ σ(x), induit une injection d’image l’ensemble des K-conjugués de x.

Démonstration — Vérifions d’abord le (i) quand L est de la forme K(x), où x ∈ Q.



Fixons τ ∈ Σ(K). L’isomorphisme d’anneaux naturel K[X]/(Πx,K ) → K(x) entraîne
que l’application
T = {σ ∈ Σ(K(x)), σ|K = τ } −→ C, σ 7→ σ(x),
est une injection, d’image l’ensemble des y ∈ C tels que Πτx,K (y) = 0. Rappelons
que la notation Qτ , pour Q ∈ K[X] et τ ∈ Σ(K), désigne le polynôme Q auquel
on a appliqué τ à tous les coefficients, en particulier Qτ ∈ τ (K)[X]. On vérifie
immédiatement que
(P Q)τ = P τ Qτ si P, Q ∈ K[X].
76 5. L’ANNEAU DES ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES

En particulier, Πτx,K est irréductible dans τ (K)[X], car Πx,K l’est dans K[X]. Il a
donc exactement [K(x) : K] racines distinctes dans C par le lemme 5.8, et donc
|T | = [K(x) : K]. Notons que le (ii) en découle : c’est le cas où τ est l’identité.
Pour le cas général du (i), on se ramène au cas L = K(x) par induction en écrivant
L = K(x1 , . . . , xr ), l’assertion sur le nombre d’antécédents résultant de la base
télescopique. 

Corollaire 5.10. (Théorème de l’élément primitif) Tout corps de nombres est de la


forme Q(x) pour un x ∈ Q.

Démonstration — En effet, si K est un corps de nombres et si L ⊂ K en est un


sous-corps, le plongement id ∈ Σ(L) se prolonge à K de [K : L]-manières différentes
d’après le lemme 5.9 (i). Si L 6= K alors [K : L] ≥ 2, et on peut donc trouver un
tel prolongement σ ∈ Σ(K)\{id}. En particulier, le sous-Q-espace vectoriel strict
Hσ = {x ∈ K, σ(x) = x} contient L. Mais comme Q est infini, la réunion finie des
Hσ avec σ ∈ Σ(K)\{id} n’est pas K tout entier : n’importe quel élément hors de
cette réunion est donc primitif. Mieux, les Hσ introduits ci-dessus sont clairement
des sous-corps stricts de K, de sorte que
[
K\ Hσ
σ∈Σ(K)\{id}

est exactement l’ensemble des éléments primitifs de K. 

2. Trace, norme et discriminant : préliminaires algébriques

Dans tout ce paragraphe, on fixe L/K une extension de corps de nombres. Le


lecteur ne perdrait pas grand chose à supposer K = Q, mais cela ne simplifierait
aucun des arguments qui vont suivre.

Si x ∈ L, considérons l’application de multiplication par x :


mx : L → L, y 7→ xy.
C’est une application K-linéaire, autrement dit c’est un endomorphisme du K-espace
vectoriel L. On note χx,L/K ∈ K[X] son polynôme caractéristique, TrL/K (x) sa trace,
et NL/K (x) son déterminant. Notons que ces deux derniers éléments sont dans K.
Proposition-Définition 5.11. L’application TrL/K : L → K ainsi définie est K-
linéaire, on l’appelle la trace de L/K. De même, l’application NL/K : L → K est
multiplicative : NL/K (xy) = NL/K (x)NL/K (y) pour tout x, y ∈ L, on l’appelle la
norme de L/K.

Démonstration — En effet, la première assertion découle de la linéarité de la trace


et de ce que pour tout x, y ∈ L et λ ∈ K, on a l’identité mλx+y = λmx + my dans les
endomorphismes du K-espace vectoriel L. De même, la seconde assertion découle de
la multiplicativité du déterminant et de l’identité, pour tout x, y ∈ L, mxy = mx · my
dans les endomorphismes du K-espace vectoriel L. 
2. TRACE, NORME ET DISCRIMINANT : PRÉLIMINAIRES ALGÉBRIQUES 77


Exemple 5.12. Considérons par exemple
√ le cas du corps quadratique
√ L = Q( d),
d ∈ Q non carré, et K = Q. √Alors 1, d est une Q-base de Q( d). La matrice de la
multiplication par x = a + b d avec a, b ∈ Q dans cette base est visiblement
 
a db
b a
et donc TrQ(√d)/Q (x) = 2a et NQ(√d)/Q (x) = a2 −db2 . Remarquons que la multiplicati-
vité de la norme explique notamment l’identité remarquable (a2 −√db2 )(α2 − √ dβ 2 ) =
(aα + bβd)2 − d(aβ + αb) 2
√ pour tout a, b, α, β ∈ Q, car (a + b d)(α + β d) =
(aα + bβd) + (aβ + bα) d.

Le théorème de Cayley-Hamilton assure que χL/K (mx ) = 0 dans EndK (L), ce qui
revient en fait au même que χx,L/K (x) = 0 : le polynôme χx,L/K est un polynôme
annulateur de x dans K[X]. Cela fournit notamment un algorithme simple pour
trouver un polynôme annulateur d’un élément x ∈ L si l’on connaît une K-base de
L et la décomposition de x dans cette base : on calcule le polynôme caractéristique
de mx . La relation entre χx,L/K et Πx,K est donnée par la proposition suivante :
Proposition 5.13. Si x ∈ L alors χx,L/K = Πrx,K où r = [L : K(x)].

Démonstration — Soient n = [K(x) : K], r = [L : K(x)], et e1 , . . . , er une base de


L comme K(x)-espace vectoriel. Par la base télescopique, les éléments
e1 , xe1 , . . . , xn−1 e1 , e2 , xe2 , . . . , xn−1 e2 , . . . , er , xer , . . . , xn−1 er
forment une K-base de L. Mais pour chaque 1 ≤ i ≤ r, la multiplication par x
préserve le sous-espace ⊕n−1 k
k=0 Kei x . Sa matrice dans la base ei , xei , . . . , x
n−1
ei est
visiblement  
0 0 · · · 0 −a0
. . ..
 1 0 . . −a1 
 
 0 1 . . . 0 −a  ,
 
 2 
 . . ..
 .. . . . . . 0

. 
0 · · · 0 1 −an−1
n
Pn−1 i
où Πx,K = X + i=0 ai X (c’est la matrice compagnon de Πx,K ). Un développement
par rapport à la dernière colonne
P montrei que le polynôme caractéristique d’une telle
matrice est exactement X n + n−1 i=0 ai X , ce qui conclut. 

Proposition 5.14. Soient L/K une extension de corps de nombres et x ∈ L.


P
(i) TrL/K (x) = σ∈Σ(L/K) σ(x).
Q
(ii) NL/K (x) = σ∈Σ(L/K) σ(x).
Q
(iii) χx,L/K = σ∈Σ(L/K) (X − σ(x)) dans C[X].

Démonstration — Les relations (i) et (ii) se déduisent de la troisième, sur laquelle


nous nous concentrons donc. Partons du fait que
Y
Πx,K = (X − σ(x))
σ∈Σ(K(x)/K)
78 5. L’ANNEAU DES ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES

d’après la proposition 5.9 (ii). Mais pour tout σ ∈ Σ(K(x)/K) il existe exactement
[L : K(x)] éléments σ 0 ∈ Σ(L/K) tels que σ 0 (x) = σ(x), d’après la proposition 5.9
(i) et (ii). On en déduit que
Y [L:K(x)]
(X − σ(x)) = Πx,K = χx,L/K ,
σ∈Σ(L/K)

la dernière égalité venant de la proposition 5.13. 



Exemple
√ 5.15. Continuons
√ l’exemple
√ de Q( d)/Q avec d ∈ Q non carré. √ On a
Σ(Q( d)) = {id,
√ a + b d →
7 a − b d}. On retrouve bien que Tr K/Q (a + b d) = 2a
2 2
et NK/Q (a + b d) = a − db .

La forme K-linéaire trace TrL/K : L → K nous permet de considérer l’application


L × L → K, (x, y) 7→ TrL/K (xy),
qui est donc K-bilinéaire et symétrique. Elle est même non dégénérée : pour tout
x ∈ L non nul, il existe y ∈ L tel que TrL/K (xy) = 1. En effet, il suffit de considérer
1
l’élément y = [L:K]x ∈ L.

Soit n = [L : K] et soit Pe1 , . . . , en une famille d’éléments de L. Si x1 , . . . , xn ∈ K


on considère l’élement x = nj=1 xj ej . En multipliant par ei pour tout i et en prenant
la trace on obtient un système linéaire à coefficients dans K :
x1 TrL/K (xe1 )
   
  x2   TrL/K (xe2 ) 
(3) TrL/K (ei ej ) 1≤i,j,≤n   ...  = 
  .. .
. 
xn TrL/K (xen )
Cela conduit à poser la définition suivante.
Définition 5.16. Soit L/K une extension de corps de nombres de degré n. Le
discriminant relatif à K d’une famille e1 , . . . , en d’éléments de L est le déterminant
de la matrice
(TrL/K (ei ej ))1≤i,j,≤n ∈ Mn (K).
On le note discL/K (e1 , . . . , en ), c’est un élément de K.

On rappelle que si P ∈ C[X] est unitaire, Q P est traditionnel-


le discriminant de
2
Q
lement le nombre complexe disc(P ) = i<j (xi − xj ) où P = i (X − xi ).
Proposition 5.17. Soit L/K une extension de degré n et soit e1 , · · · , en ∈ L.
(i) discL/K (e1 , . . . , en ) 6= 0 si, et seulement si, e1 , . . . , en est une K-base de L.
P
(ii) Si P = (pi,j ) ∈ Mn (K), et si l’on pose fj = i pi,j ei pour j = 1, · · · , n, alors
discL/K (f1 , . . . , fn ) = det(P )2 discL/K (e1 , . . . , en ).

(iii) discL/K (e1 , . . . , en ) = det((σi (ej ))1≤i,j≤n )2 où Σ(L/K) = {σ1 , . . . , σn }.


(iv) Si L = K(x), et si x1 , . . . , xn ∈ C sont les K-conjugués de x, alors
Y n(n−1)
discK(x)/K (1, x, x2 , . . . , xn−1 ) = (xi − xj )2 = (−1) 2 NK(x)/K (Π0x,K (x)).
i<j
3. ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES 79

Démonstration — P Vérifions le (i). Si les ei sont K-liés il existe des xi ∈ K non


tous nuls tels que i xi ei = 0, la relation (3) appliquée à x = 0 assure donc
que discL/K (e1 , . . . , en ) = 0. Réciproquement,P soit t (x1 , . . . , xn ) dans le noyau de
la matrice (TrL/K (ei ej ))1≤i,j,≤n , et soit x = i xi ei . La relation (3) assure que
TrL/K (xei ) = 0 pour tout i, et donc e1 , . . . , en n’est pas K-génératrice de L par
non dégénéscence de TrL/K .
Le (ii) est une propriété générale des formes bilinéaires : pour tout xi , yj ∈ K on
a la relation
x1 y1
   
n n
yj ej )) = t  ...  (TrL/K (ei ej ))1≤i,j,≤n  ...  .
X X
TrL/K (( xi ei )(
i=1 j=1 xn yn
Dans les notations de l’énoncé on a donc (TrL/K (fi fj ))1≤i,j,≤n = t P (TrL/K (ei ej ))1≤i,j,≤n P ,
ce qui conclut en prenant le déterminant.
Pour le (iii), on rappelle que TrL/K = nk=1 σk . On constate alors que
P

(Tr(ei ej ))1≤i,j≤n = t(σi (ej ))(σi (ej )),


ce qui implique conclut en prenant le déterminant. La première égalité du (iv) s’en
déduit (déterminant de Vandermonde). La seconde découle de la proposition 5.14
(ii) appliquée à l’élément Π0x,K (x).
Observons enfin que (i) et (iv) donnent une nouvelle démonstration du lemme 5.8.


La formule (iv) s’écrit donc encore discK(x)/K (1, x, x2 , . . . , xn−1 ) = disc(Πx,K ), ce


qui explique un peu la terminologie employée ! On rappelle les formules classiques
disc(X 2 + aX + b) = a2 − 4b, disc(X 3 + aX + b) = −4a3 − 27b2 , et plus généralement
n(n−1)
disc(X n + aX + b) = (−1) 2 (nn bn−1 + (−1)n−1 (n − 1)n−1 an ).
Les coefficients de disc(P ) sont toujours des polynômes universels à coefficients en-
tiers en les coefficients de P (pourquoi ?), cependant assez compliqués quand deg(P )
grandit, par exemple :
disc(X 3 + aX 2 + bX + c) = −4a3 c + a2 b2 + 18abc − 4b3 − 27c2 .
En pratique, P étant donné, on calcule son discriminant à l’aide de l’ordinateur !

3. Entiers d’un corps de nombres

Dans tout ce paragraphe K est un corps de nombres fixé.


Définition 5.18. (Dedekind) L’anneau des entiers du corps de nombres K est l’an-
neau OK = K ∩ Z.

C’est bien un anneau, comme intersection de deux anneaux (Proposition 1.15).


À bien des égards, l’anneau OK est à K ce que Z est à Q. Par exemple, la proposi-
tion 1.14 du chapitre 1 se traduit en
OQ = Z.
On commence par observer que OK est toujours "assez gros".
80 5. L’ANNEAU DES ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES

Lemme 5.19. Pour tout x ∈ K, il existe un entier non nul m ∈ Z tel que mx ∈ OK .
En particulier, OK engendre K comme Q-espace vectoriel.

Démonstration — En effet, soient x ∈ K et n = [Q(x) : Q]. En nettoyant les


dénominateurs de l’équation algébrique Πx,Q (x) Pn= 0 on constate qu’il existe des
i
entiers a0 , a1 , . . . , an ∈ Z avec an 6= 0 tels que i=0 ai x = 0. En multipliant cette
égalité par an−1 on en déduit que (an x)n + n−1 n−i i
P
n i=0 ai an (an x) = 0, et donc m = an
convient. 

Par construction, l’anneau OK est intégralement clos.

Proposition 5.20. Pour tout corps de nombres K, l’anneau OK est intégralement


clos.

Démonstration — C’ést une conséquence de la définition OK = K ∩ Z et du fait


que Z est intégralement clos (Théorème 4.16). 

La détermination exacte de OK est un problème difficile en général que nous


allons maintenant aborder. Nous aurons besoin pour cela de critères simples carac-
térisant les entiers algébriques.
Théorème 5.21. (Critère d’intégralité) Soit x ∈ K, il y a équivalence entre :

(i) x ∈ OK ,
(ii) Πx,Q ∈ Z[X],
(iii) χx,K/Q ∈ Z[X].

En particulier, si x ∈ OK alors TrK/Q (x) ∈ Z et NK/Q (x) ∈ Z.

Démonstration — En effet, la dernière assertion découle de (i) ⇒ (iii). De plus, la


[K:Q(x)]
relation χx,K/Q = Πx,K/Qassure que (ii) ⇒ (iii) ⇒ (i). Le point crucial, à savoir (i)
⇒ (ii), découle du lemme suivant. 

Lemme 5.22. (i) Si x est dans OK et si σ ∈ Σ(K), alors σ(x) ∈ Z.


(ii) Si L/K est une extension finie de corps de nombres, et si x ∈ OL , alors Πx,L
et χL/K sont dans OL [X]. En particulier, TrL/K (x) et NL/K (x) sont dans OL .

Démonstration — Pour le (i), on Pconstate que si x ∈ OK , il existe par définition


n n−1
a0 , a1 , . . . , an−1 ∈ Z tels que x + i=0 ai xi = 0. En appliquant un élément σ ∈
Σ(K), on a σ(x)n + n−1 i
P
i=0 ai σ(x) = 0, et donc σ(x) ∈ Z.
Q
Pour le (ii), on rappelle que si x ∈ L alors Πx,K = σ∈Σ(K(x)/K) (X − σ(x)) ∈
K[X]. Mais si x ∈ OL alors Πx,K ∈ Z[X] d’après le (i), et donc Πx,K ∈ OK [X]. On
[L:K(x)]
conclut car χx,L/K = Πx,K . 
3. ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES 81

Utilisons ce critère pour déterminer l’anneau des entiers des corps quadratiques,
cas le plus simple après OQ = Z.

Proposition 5.23. Soient d ∈ Z\{0, 1} sans facteur carré et K = Q( d). Alors
 √
Z + Z d√ si d ≡ 2, 3 mod 4,
OK =
Z + Z 1+2 d si d ≡ 1 mod 4
√ √
Démonstration — Il est clair que d ∈ OK et on a déjà observé que α = 1+2 d ∈ OK
si d ≡ 1 mod 4, car on a la relation α2 − α + 1−d
4
= 0. Cela démontre les inclusions
⊃ de l’énoncé. Observons aussi que d 6≡ 0 mod 4 car d est sans facteur carré.

Réciproquement, soit x = a + b d ∈ OK avec a, b ∈ Q. On a déjà vu que
χx,K/Q = T 2 − 2aT + (a2 − db2 ), i.e. TrK/Q (x) = 2a et NK/Q (x) = a2 − db2 . Le
théorème 5.21 entraîne donc que 2a, a2 −db2 ∈ Z. En particulier, (2a)2 −d(2b)2 ∈ 4Z,
donc d(2b)2 ∈ Z, puis 2b ∈ Z car d est sans facteur carré. De même si a ∈ Z alors
b ∈ Z et on a gagné. On peut donc supposer 2a impair. Dans ce cas, la relation
(2a)2 ≡ d(2b)2 mod 4 entraîne que 2b est impair et que d ≡ 1 mod 4. Mézalors
√ √
x − 1+2 d = a0 + b0 d ∈ OK avec a0 ∈ Z, et on conclut par le cas précédent. 

En particulier, on trouve√
que OQ(i) est l’anneau Z[i] des entiers de Gauss, et
2iπ/3 −1+i 3
OQ(j) , où j = e = 2
, est celui des entiers d’Eisenstein Z[j]. Nous sommes
maintenant en mesure de terminer la démonstration de la proposition 4.17. En effet,
elle découle du calcul précédent et de la proposition 5.20.
Si α ∈ C, on rappelle que l’on note Z[α] = {P (α), P ∈ Z[X]}. C’est le plus petit
sous-anneau de C contenant α. Un sous-anneau A ⊂ C sera dit monogène si A = Z[α]
pour un certain α ∈ C. Nous verrons beaucoup d’exemples de corps de nombres K
tels que OK est monogène : c’est par exemple le cas des corps quadratiques comme
on vient de le voir. Il ne faut pas croire cependant que c’est un phénomène général.
Par exemple, nous verrons dans l’exercice 5.9 que si d, d√0 ∈ √Z\{0, 1} sont
√ distincts,

sans facteur carré, tous deux ≡ 1 mod 8, et si K = Q( d, d ) (= Q( d + d0 )),
0

alors OK n’est pas monogène.


Une propriété importante des sous-anneaux monogènes de Z est la suivante.

Corollaire 5.24. Si α ∈ Z alors le morphisme d’anneaux Z[X] → Z[α], P 7→ P (α),


induit un isomorphisme d’anneaux

Z[X]/(Πx,Q ) → Z[α].
En particulier, 1, x, . . . , xn−1 est une Z-base de Z[α] où n = [Q(x) : Q].

Démonstration — L’application de l’énoncé est clairement un morphisme surjectif


d’anneaux, de noyau I = {P ∈ Z[X], P (α) = 0}. La proposition précédente entraîne
Πx,Q ∈ I, donc (Πx,Q ) ⊂ I. Réciproquement, si P ∈ I alors P = Πx,Q Q où Q ∈
Q[X] par la propriété du polynôme minimal de x. Mais la division euclidienne d’un
polynôme de Z[X] par un polynôme unitaire dans Z[X] a toujours un reste et un
quotient dans Z[X], et donc Q ∈ Z[X], par unicité de la division euclidienne dans
Q[X], ce qu’il fallait démontrer. Le dernier point découle encore de l’existence et
unicité du reste et du quotient de la division euclidienne d’un P ∈ Z[X] par un
Q ∈ Z[X] unitaire. 
82 5. L’ANNEAU DES ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES

4. Structure additive de OK et discriminant de K

Soit K un corps de nombres.


Théorème 5.25. (Dedekind) Le groupe additif de OK admet une Z-base P à n = [K :
Q] éléments. En particulier, il existe e1 , . . . , en ∈ OK tels que OK = ni=1 Zei .

Autrement dit, OK ' Zn comme groupe abélien. Si OK est monogène, cela


découle du Cor. 5.24.

Démonstration — D’après le théorème de l’élément primitif, il existe x ∈ K tel


que K = Q(x). Quitte à multiplier x par un entier m ∈ Z, on peut de plus sup-
poser que x ∈ Z (Lemme 5.19). En particulier, Pn−1 Z[x] ⊂ OK . Réciproquement, soit
i
z ∈ OK . Si n = [Q(x) : Q] alors z = i=0 zi x où zi ∈ Q pour tout i. Mais
TrK/Q (xj z), TrK/Q (xj xk ) ∈ Z pour tout j, k ∈ N car x, z ∈ OK (Théorème 5.21). En
particulier, d = discK/Q (1, x, . . . , xn−1 ) est un entier non nul par la proposition 5.17,
et l’inversion du système linéaire (3) entraîne que les zi sont dans d1 Z, i.e.
1
Z[x] ⊂ OK ⊂ Z[x].
d
Mais d1 Z[x] est un groupe abélien libre de rang n d’après le lemme 5.24, dont OK
peut donc être vu comme sous-réseau par la propriété d’inclusion ci-dessus, il est
donc également libre de rang n d’après la caractérisation algébrique des réseaux
(Thm. 2.4). 

Notons que cette démonstration fournit un algorithme pour calculer OK en gé-


néral. En effet, on commence par choisir un x ∈ Z tel que K = Q(x) (un multiple
d’un élément primitif), et on calcule d = discK/Q (1, x, . . . , xn−1 ) où n = [Q(x) : Q].
On cherche alors à determiner le groupe abélien fini
1
OK /Z[x] ⊂ ( Z[x])/Z[x] ' (Z/dZ)n .
d
Pour chacun des dn représentants z du groupe quotient d1 Z[x]/Z[x] on détermine si
z ∈ OK , en vérifiant que son polynôme caractéristique est dans Z[X]. Ceci étant
fait, OK est le groupe abélien engendré par Z[x] et l’ensemble des représentants de
1
d
Z[x]/Z[x] qui sont des éléments de OK .

Cet algorithme résoud en théorie le problème de déterminer OK , mais il est


souvent inefficace en pratique à cause du trop grand nombre de vérifications à effec-
tuer. On peut en court-circuiter certaines étapes en étudiant directement l’équation
χx,K/Q ∈ Z[X], mais cela s’avère fastidieux même dans√les exemples les plus simples.
Nous renvoyons à l’exercice 5.7 pour l’exemple de Q( 3 2) traité par cette méthode
directe.

Observons qu’une Z-base de OK est nécessairement une Q-base de K d’après


le lemme 5.19. Comme on vient de l’expliquer, K étant donné il est en général
difficile d’exhiber une Z-base de OK . Des considérations de discriminant peuvent
être cependant très utiles pour ces questions.
5. ENTIERS DES CORPS CYCLOTOMIQUES 83

Proposition 5.26. Soit e1 , · · · , en ∈ OK une Q-base de K alors discK/Q (e1 , · · · , en )


est un entier non nul. Soit (fi ) une autre famille ayant laPmême propriété et soit
P la matrice des fi dans la base (ei ). On suppose fj ∈ i Zei pour tout j, i.e.
P ∈ Mn (Z). Alors
discK/Q (f1 , · · · , fn ) = det(P )2 discK/Q (e1 , · · · , en )
P P
et i Zfi est d’indice fini égal à | det(P )| dans i Zei .

Démonstration — En effet, si e1 , · · · , en ∈ OK alors (TrL/Q (ei ej )1≤i,j≤n ) ∈ Mn (Z),


d’après le théorème 5.21, et donc discK/Q (e1 , . . . , en ) ∈ Z. Il est non nul si (ei ) est
une Q-base de K d’après la proposition 5.17. Le premier point du lemme se déduit
alors de la proposition 5.17 (ii). PLe second découle de la proposition 2.17, après
avoir identifié le groupe abélien i Zei au réseau Z de Rn via l’application linéaire
P
n

i xi ei 7→ (xi ). 

En appliquant ce lemme à deux Z-bases de OK , de sorte que det(P ) = ±1, on


donne sens à la définition suivante.
Définition 5.27. Soit K un corps de nombres. Le discriminant relatif à K/Q d’une
Z-base de OK est un entier non nul qui ne dépend pas du choix de la base en question.
On l’appelle le discriminant de K.
La proposition ci-dessus révèle aussi que les Z-bases de OK sont exactement
les familles e1 , . . . , en ∈ OK telles que |discK/Q (e1 , . . . , en )| est non nul et minimal.
Nous verrons dans les exercices comment l’utiliser pour déterminer OK dans des cas
particuliers.

5. Entiers des corps cyclotomiques

Nous allons conclure ce chapitre en déterminant l’anneau des entiers de certains


corps cyclotomiques. Soit n ≥ 1 un entier et soit ζ = e2iπ/n . On rappelle que le
n-ième polynôme cyclotomique est le polynôme
Y
Φn (X) = (X − ζ k ) ∈ C[X].
k∈(Z/nZ)×

Il est donc de degré ϕ(n). Il est bien connu que ce polynôme est dans Z[X] et qu’il
est irréductible dans Q[X] (Gauss). Autrement dit, Φn = Πζ,Q . Le théorème suivant
est dû à Kummer.
Théorème 5.28. Si K = Q(ζ) avec ζ ∈ C une racine de l’unité, alors OK = Z[ζ].
Pour simplifier nous ne démontrerons ce résultat que lorsque ζ est une r racine
p
de l’unité d’ordre pr avec p un nombre premier. Dans ce cas, Φpr (X) = XXpr−1−1 −1
=
Pp−1 ipr−1
i=0 X ∈ Z[X]. De plus, l’irréductibilité de Φpr dans Q[X] est une conséquence
du critère d’Eisenstein, rappelons pourquoi.
On rappelle qu’un polynôme unitaire P = X n + n−1 i
P
i=0 ai X ∈ Z[X] est un
polynôme d’Eisenstein en le nombre premier p si p divise a0 , . . . , an−1 mais p2 ne
divise pas a0 . Le critère d’Eisenstein assure alors que P est irréductible 1 dans Q[X].
1. Donnons-en une démonstation. D’après le lemme de Gauss, il suffit de voir qu’il est irréduc-
tible dans Z[X] (voir l’exercice 5.13). Soit P = AB avec A, B ∈ Z[X]. On peut supposer que A et
84 5. L’ANNEAU DES ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES

Vérifions que le polynôme Φpr (X + 1) est d’Eisenstein en p. En effet, le petit


théorème de Fermat entraîne
r −pr−1
Φpr (X + 1) ≡ X p mod pZ[X].
On conclut car Φpr (0) = p (règle de l’Hôpital !). L’irréductibilité de Φpr (X+1) dans
Q[X] découle alors du critère d’Eisenstein, ainsi que celle de son translaté Φpr (X).

Observons de plus que si x = ζ − 1 alors (voir l’exercice 5.4)


r )−1 r r
discK/Q (1, x, . . . , xϕ(p ) = disc(Φpr (X + 1)) = disc(Φpr ) | disc(X p − 1) = ±prp .
En particulier ±disc(K) est une puissance de p d’après la proposition 5.26. Il suffit
donc pour conclure de démontrer que Z[ζ] = Z[ζ − 1] est d’indice premier à p dans
OK . Cela découle de la proposition suivante.
Proposition 5.29. Soit K = Q(x) un corps de nombres avec x ∈ Z. On suppose que
Πx,Q est un polynôme d’Eisenstein en le nombre premier p. Alors Z[x] est d’indice
premier à p dans OK .

Démonstration — On a déjà vu que le groupe abélien OK /Z[x] est fini (dé-


monstration du théorème 5.25). Supposons que son cardinal soit multiple de p. Le
lemmePde Cauchy entraîne alors qu’il existe z ∈ OK \Z[x] tel que pz ∈ Z[x]. Ainsi,
pz = n−1 i
i=0 bi x ∈ pOK où les bi sont Z et non tous dans pZ. Nous allons contredire
ceci en montrant que p divise bi pour tout i. On part pour cela de la congruence
dans Z
n−1
X
(4) bi xi ≡ 0 mod p.
i=0

Pour i ≥ n, on a de plus xi ≡ 0 mod p par hypothèse sur Πx,Q . Ainsi, si l’on multiplie
l’équation (4) par xn−1 , il ne reste que b0 xn−1 ≡ 0 mod p. Autrement dit, on a
b0 xn−1 = pa avec a ∈ OK . En prenant la norme on trouve bn0 NK/Q (x)n−1 ≡ 0 mod pn .
Mais NK/Q (x) = ±a0 car χx,K/Q = Πx,Q , qui est divisible par p mais non par p2 par
hypothèse. Il vient que p divise b0 . En multipliant ensuite (4) successivement par
xn−2 , . . . , x, 1 on déduit de même successivement b1 ≡ · · · ≡ bn−2 ≡ bn−1 ≡ 0 mod p.



Exemple 5.30. En guise d’exemple, vérifions que si K = Q(x) avec x = 3 2,
alors OK = Z[x]. En effet, discK/Q (1, x, x2 ) = disc(P ) = −22 · 33 où P = X 3 − 2.
En particulier, |OK /Z[x]| divise 22 · 33 . Mais P et P (X − 1) = (X − 1)3 − 2 =
X 3 − 3X 2 + 3X − 3 sont des polynômes d’Eisenstein respectivement pour p = 2 et
3. Comme Z[x] = Z[x − 1], la proposition montre que |OK /Z[x]| est premier à 2 et
à 3, c’est donc 1. On pourra comparer avec la méthode directe de l’exercice 5.7.

B sont unitaires quitte à écrire P = (−A)(−B). On a P ≡ X n ≡ AB dans (Z/pZ)[X]. Comme


Z/pZ est un corps, cela entraîne A ≡ X i et B ≡ X j avec i + j = n. Si i, j ≥ 1, alors p divise A(0)
et B(0), et donc p2 divise P (0) = A(0)B(0) : absurde, donc i = 1 ou j = 1. Mais comme A et B
sont unitaires cela entraîne A = 1 ou B = 1.
6. EXERCICES 85

6. Exercices

Exercice 5.1. Montrer qu’un corps de nombres de degré 2 est de la forme Q( d)
pour un unique d ∈ Z\{0, 1} sans facteur carré.

Exercice 5.2. Montrer que tout corps quadratique est inclus dans un corps cyclo-
tomique.

Exercice 5.3. Soit d ∈ Z. Montrer que le produit de deux nombres de la forme


a3 + db3 + d2 c3 − 3abcd, avec a, b, c ∈ Z, est encore de cette forme. On pourra
√ d’abord
3
supposer que d n’est pas un cube et considérer le corps de nombres Q( d).

Exercice 5.4. Soient P, Q ∈ Z[X] des polynômes unitaires. On suppose disc(Q) 6=


0. Montrer que si P divise Q dans Q[X] alors disc(P ) divise disc(Q) dans Z.


Exercice 5.5. Soit K = Q( d) avec d ∈ Z\{0, 1} sans facteur carré. Montrer que
disc(K) = d ou 4d, selon que d ≡ 1 mod 4 ou non.

Exercice 5.6. (i) Soient K un corps de nombres et e1 , . . . , en ∈ OK tels que


discK/Q (e1 , . . . , en ) est non nul et sans facteur carré. Montrer que e1 , . . . , en
est une Z-base de OK .
(ii) Soit K = Q(x) où x ∈ C satisfait x3 − x + 1 = 0. Montrer que [K : Q] = 3
puis que OK = Z[x].

Exercice √ 5.7. On se propose


√ de montrer sans
√ utiliser la proposition 5.29 que si
K = Q( 2) alors OK = Z[ 2]. On pose x = 2 et on fixe z = a + bx + cx2 ∈ K
3 3 3

avec a, b, c ∈ Q.
(i) Vérifier que χz,K/Q = X 3 − 3aX 2 + 3(a2 − 2bc)X − (a3 + 2b3 + 4c3 − 6abc).
On suppose dorénavant z ∈ OK .
(ii) En considérant TrK/Q (xi z), montrer que 6b, 6c ∈ Z.
(iii) En déduire que 3a, 3b, 3c ∈ Z. On pourra multiplier a3 + 2b3 + 4c3 − 6abc
par 2.33 puis 33 .
On pose 3a = α, 3b = β et 3c = γ, de sorte que α, β, γ ∈ Z.
(iv) Vérifier que α2 ≡ 2βγ mod 3, α − β + γ ≡ 0 mod 3, puis que α ≡ γ ≡
−β mod 3.

(v) Vérifier que ± 31 (1 − x + x2 ) ∈


/ OK et conclure.

Exercice 5.8. Soient m, n ∈ Z\{0, 1} des entiers distincts, sans facteur


√ √carré, et
tels que m ≡ n ≡ 1 mod 4. On se propose

de montrer

que si K = Q( m, n) alors
1+ n 1+ m
OK = Z + Zα + Zβ + Zαβ où α = 2 et β = 2 .
(i) Montrer [K : Q] = 4 et déterminer Σ(K).
86 5. L’ANNEAU DES ENTIERS D’UN CORPS DE NOMBRES

(ii) Vérifier discK/Q (1, α, β, αβ) = m2 n2 .


√ √ √ √ √ √
(iii) Montrer 4OK ⊂ Z+Z n+Z m+Z mn (utiliser des traces sur Q( n), Q( m), Q( mn))
(iv) Conclure.

√ √ 5.9. (Un exemple d’anneau des entiers non monogène) On considère K =


Exercice
Q( n, m) avec m, n ∈ Z\{0, 1} sans facteur carré, distincts, et tels que m ≡ n ≡
1 mod 8. On va montrer qu’il n’existe pas d’élément x ∈ OK tel que OK = Z[x].
(i) En utilisant le résultat de l’exercice 5.8, montrer que l’anneau OK /2OK est
isomorphe à
A = (Z/2Z)[X, Y ]/(X 2 − X, Y 2 − Y ).
(ii) Vérifier que l’anneau A admet exactement quatre morphismes d’anneaux
distincts A → Z/2Z.
(iii) En déduire que l’anneau A n’est pas isomorphe à (Z/2Z)[X]/(P ) où P ∈
(Z/2Z)[X] est de degré 4. On pourra constater que les morphismes d’anneaux
(Z/2Z)[X]/(P ) → Z/2Z sont en bijection avec l’ensemble des racines de P
dans Z/2Z.
(iv) Conclure.

×
Exercice 5.10. Soit K un corps de nombres. Montrer OK = {x ∈ OK , NK/Q (x) =
±1}.

×
Exercice 5.11. Soit K ⊂ C un corps de nombres. On note µ(K) ⊂ OK l’ensemble
des racines de l’unité appartenant à K et on pose U (K) = {z ∈ OK , |σ(z)| = 1 ∀ σ ∈
Σ(K)}.
×
(i) Montrer que U (K) est un sous-groupe de OK contenant µ(K).
(ii) Montrer que {χx,K/Q , x ∈ U (K)} ⊂ Q[X] est un ensemble fini.
(iii) En déduire que U (K) est fini, puis U (K) = µ(K) = {ζ ∈ C, ζ n = 1} où
n = |U (K)|.
(iv) (suite) Montrer ϕ(n) | [K : Q].
(v) (Kronecker) Montrer que si x ∈ Z a tous ses Q-conjugués de module 1 alors
x est une racine de l’unité.

Exercice 5.12. Soit α ∈ Z. Montrer que Z[α] est intégralement clos si, et seulement
si, Z[α] est l’anneau des entiers de Q(α).

L’exercice suivant donne un autre point de vue sur un théorème de Gauss (Exer-
cice 4.12).
Exercice 5.13. (Irréductibilité dans Z[X] et Q[X])
(i) Soient P, Q, R ∈ Q[X] des polynômes unitaires tels que P = QR. Montrer
que si P ∈ Z[X] alors Q, R ∈ Z[X]. On pourra observer que les racines de P
dans C sont dans Z.
6. EXERCICES 87

(ii) En déduire que si P ∈ Z[X] est irréductible et unitaire, alors P est irréduc-
tible dans Q[X].
(iii) (Application) Montrer que si P ∈ Z[X] est unitaire, et s’il existe un en-
tier N ≥ 1 tel que P mod N est irréductible dans (Z/N Z)[X], alors P est
irréductible dans Q[X].

2iπ
Exercice 5.14. Soit p un nombre premier impair et ζ = e p . Montrer que disc(Q(ζ)) =
p−1
(−1) 2 pp−2 .

Exercice 5.15. (Signe du discriminant) Soit K un corps de nombres. Montrer que


le signe de disc(K) est (−1)s où 2s est le nombre des σ ∈ Σ(K) tels que σ(K) 6⊂ R.

Exercice 5.16. (Théorème de Stickelberger) Soit P ∈ Z[X] un polynôme unitaire.


(i) On suppose P = ni=1 (X − xi ) dans C[X], montrer 1≤i<j≤n (xi + xj ) ∈ Z.
Q Q

(ii) En déduire disc(P ) ≡ 0, 1 mod 4.


En déduire que si K est un corps de nombres alors disc(K) ≡ 0, 1 mod 4.

Problème 5.1. Soient M/L et L/K des extensions de corps de nombres. Montrer
que :
(i) TrL/K ◦ TrM/L = TrM/K ,
(ii) NL/K ◦ NM/L = NM/K .

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