Méthodes Numériques en Sciences Techniques
Méthodes Numériques en Sciences Techniques
COURS
DE MÉTHODES NUMÉRIQUES
P RÉPARÉ PAR :
- E L H ASSAN BEN-AHMED
- H OSSAIN OULAD YAKHLEF
3 Interpolation polynômiale 15
3.1 Introduction et position du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
3.2 Interpolation de Lagrange . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3.2.1 Base de Lagrange . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3.2.2 Méthode d’interpolation de Lagrange . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3.3 Interpolation de Newton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
3.3.1 Base de Newton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
3.3.2 Interpolation par la méthode de Newton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
3.4 Étude de l’erreur d’interpolation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
3.5 Interpolation par les splines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
3.5.1 Phénomène de Runge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
3.5.2 Points de Chebyshev . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3.5.3 Splines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1
Chapitre 1
2
CHAPITRE 1. INTRODUCTION AU CALCUL NUMÉRIQUE 3
∆ x ≤ 0.5 × 10m ,
alors le chiffre correspondant à la m-ième puissance de 10 est dit significatif exact et tous ceux à
sa gauche, correspondant aux puissances de 10 supérieures à m, le sont aussi. On arrête le compte
au dernier chiffre non nul.
Remarque 1.2.2. Il existe une exception à la règle des chiffres significatifs. Si le chiffre correspon-
dant à la m-ième puissance de 10 est nul ainsi que tous ceux à gauche, on dit qu’il n’y a aucun
chiffre significatif. Inversement, si un nombre est donné avec n chiffres significatifs, on commence
à compter à partir du premier chiffre non nul à gauche et l’erreur absolue est inférieur à 0,5 fois le
puissance de 10 correspondant au dernier chiffre significatif.
En pratique, on cherchera à déterminer une borne pour ∆ x aussi petite que possible et donc la valeur
de m la plus petite possible.
22 ∗ 22
µ ¶
Exemple 1.2.1. On obtient une approximation de π ( x = π) via la quantité x = = 3.142857 . . . .
7 7
On en conclut que : ¯ ¯
22
∆ x = ¯¯π − ¯¯ = 0.00126 · · · ≈ 0.126 × 10−2 < 0.5 × 10−2 .
¯ ¯
7
D’où l’on tire que le chiffre des centièmes est significatif, et l’on a en tout 3 chiffres significatifs (3.14).
Si l’on retient x∗ = 3.1416 comme approximation de x = π, on a :
f (α) = 0.
On dit aussi résoudre l’équation f ( x) = 0. Dans ce cas, α est appelé racine (ou zéro) de l’équation.
Exemple 2.1.1. Exemple d’équations non linéaires simples à résoudre numériquement :
• I = R, f ( x) = ax2 + bx + c. L’équation f ( x) = 0 a zéro, une ou deux racines selon le signe de
∆ = b2 − 4ac.
• I = R+ , f ( x) = sin( x).
• I = [1, 2], f ( x) = x3 + x2 − 3 x − 3.
4
CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUE DES ÉQUATIONS NON LINÉAIRES 5
On calcule f ( x i ) f ( x i+1 ), pour i = 0, ..., n − 1, jusqu’à ce que f ( x i ) f ( x i+1 ) < 0. Alors α ∈] x i , x i+1 [. On
refait le même travail sur l’intervalle [ x i , x i+1 ] jusqu’à ce que | x i+1 − x i | < ε où ε est l’erreur tolérée
(ou la tolérance).
Théorème 2.2.1. Si f est une fonction continue sur un intervalle [a, b] et si f (a) f ( b) < 0, alors l’équa-
tion f ( x) = 0 admet au moins une solution α ∈]a, b[. Si de plus, f est strictement monotone sur ]a, b[,
alors α est unique.
a0 +b0
On suppose que f (a) f ( b) < 0. On pose a 0 = a et b 0 = b. Soit x0 = 2 le milieu de l’intervalle
[a 0 , b 0 ]. On calcule f (a 0 ) f ( x0 ) :
— Si f (a 0 ) f ( x0 ) = 0 alors α = x0 . Fin.
— Si f (a 0 ) f ( x0 ) < 0 alors α ∈ [a 0 , x0 ], et on pose a 1 = a 0 et b 1 = x0 .
— Si f (a 0 ) f ( x0 ) > 0 alors α ∈ [ x0 , b 0 ], et on pose a 1 = x0 et b 1 = b 0 .
Donc α ∈]a 1 , b 1 [.
On répète ce processus plusieurs fois. On construit ainsi deux suites (a n )n∈N et ( b n )n∈N qui
convergent vers la racine α.
Les suites (a n )n∈N et ( b n )n∈N sont définies comme suit :
a 0 = a, b0 = b
an + bn an + bn
µ ¶
Si f f (a n ) < 0, a n+1 = a n , b n+1 =
2 2
an + bn an + bn
µ ¶
Si f f (a n ) > 0, a n+1 = , b n+1 = b n
2 2
an + bn an + bn
µ ¶
Si f f ( a n ) = 0, α =
2 2
a n +b n
On pose xn = 2 , n = 0, 1, 2 . . . . Alors, on a le théorème suivant :
Théorème 2.2.2. La suite ( xn )n∈N construite par la méthode de dichotomie converge vers α. Cette
suite approche α à ε près après n itérations avec :
¡ b−a ¢
ln ε
n> .
ln(2)
Remarque 2.2.1. Le deuxième résultat du Théorème 2.2.2 permet d’obtenir le nombre d’itérations
nécessaires pour avoir la racine à ε près.
Exemple 2.2.1. L’équation f ( x) = 0 où f ( x) = x3 + x2 − 3 x − 3 possède une racine dans l’intervalle ]1, 2[.
En effet,
f (1) × f (2) = −4 × 3 = −12 < 0.
On a alors x0 = 1, 5 et f (1, 5) = −1, 875.
CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUE DES ÉQUATIONS NON LINÉAIRES 6
L’intervalle [1, 5; 2] possède encore un changement de signe, ce qui n’est pas le cas pour l’intervalle
[1; 1, 5]. Le nouvel intervalle de travail est donc [1, 5; 2], dont le point milieu est x1 = 1, 75. Puisque
f (1, 75) = 0, 17187, on prendra l’intervalle [1, 5; 1, 75] et ainsi de suite. Le tableau suivant résume le
résultat des 5 premières itérations :
Méthode de dichotomie
an bn xn f (a n ) f (b n ) f ( xn ) Erreur
1 2 1.5 −4 3 −1.875 0.5
1.5 2 1.75 −1.875 3 +0.17187 0.25
1.5 1.75 1.625 −1.875 0.17187 −0.94335 0.125
1.625 1.75 1.6875 −0.94335 0.17187 −0.40942 0.0625
1.6875 1.75 1.71875 −0.40942 0.17187 −0.12478 0.03125
Si l’on veut une erreur absolue plus petite que ε = 0.5 × 10−2 , ce qui revient à s’assurer que le chiffre
des centièmes est significatif, il faut avoir :
ln 2−ε 1
¡ ¢
n> .
ln(2)
Soit n > 7.64. On fera donc n = 8 itérations pour s’assurer de cette précision. On peut aisément vérifier
qu’après 8 itérations l’erreur maximale liée à xn est de 0.00390625 et que la véritable erreur est
0.001582.
Les avantages de la méthode de dichotomie sont la certitude de sa convergence, sa progmmma-
tion facile et la possibilite d’estimer à l’avance le nombre d’itérations nécessaires pour avoir la racine
avec une précision donnée. Le seul inconvénient de cette méthode est sa lenteur, elle nécessite un
très grand nombre d’itérations.
Méthode de la sécante f ( x) = e− x − x
n xn Erreur à l’itération n
0 0000000 0.5671
1 1.0000000 0.4328
2 0.6126998 0.4555 × 10−1
3 0.5638384 0.3305 × 10−2
4 0.5671704 0.2707 × 10−4
5 0.5671433 0.1660 × 10−7
6 0.5671433 ≈ 0
Ainsi, la méthode de la fausse position utilise le schéma de la méthode de la sécante pour accélérer
la convergence de la méthode de dichotomie en se basant sur le principe de cette dernière méthode.
Remarque 2.2.2. La convergence de cette méthode est plus rapide que celle de la bissection.
1−0
= 1 − (3 + sin(1) − e) = 0.470990
(3 + sin(1) − e) − (0 + sin(0) − e0 )
xn+1 = g( xn ), (2.5)
en démarrant d’une donnée initiale x0 qui peut être considérée comme une première approximation
de la racine α. Une seconde approximation est obtenue via la formule x1 = g( x0 ) et une troisième via
la formule x2 = g( x1 ), et ainsi de suite. Si la suite construite ( xn )n∈N converge alors sa limite est un
point fixe de la fonction d’itération g :
Exemple 2.2.7. Comme exemple simple, on souhaite résoudre, par la méthode de point fixe, l’équation
x 2 − 2 x − 3 = 0, (2.7)
qui a pour solutions exactes α1 = −1 et α2 = 3. Ce n’est pas nécessaire de faire recourt aux méthodes
numériques pour la résolution de cette équation, mais cet exemple permet de mieux comprendre la
méthode de point fixe. On choisit la formulation de la méthode de point fixe en considérant les trois
fonctions d’itérations suivantes :
p
g 1 ( x) = 2 x + 3 (en isolant x2 )
3
g 2 ( x) = (en écrivant x( x − 2) − 3 = 0)
x−2
x2 − 3
g 3 ( x) = (en isolant x de − 2 x)
2
Si on applique le schéma de la méthode des points fixe à chacune de ces fonction g i ( x), i = 1, 2, 3, en
démarrant de la donnée initiale x0 = 4, on obtient pour g 1 :
p
x1 = g 1 (4.0000000) = 2 × 4.0000000 + 3 = 3.3166248
p
x2 = g 1 (3.3166248) = 2 × 3.3166248 + 3 = 3.1037477
p
x3 = g 1 (3.1037477) = 2 × 3.1037477 + 3 = 3.0343855
p
x4 = g 1 (3.0343855) = 2 × 3.0343855 + 3 = 3.0114402
.. .. .. ..
. . . .
p
x10 = g 1 (3.0000470) = 2 × 3.0000470 + 3 = 3.0000157
La méthode numérique semble donc converger vers la deuxième racine α2 = 3. Pour g 2 et en partant
toujours de x0 = 4, on obtient les résultats numériques suivants :
3
x1 = g 2 (4) = = 1.5
4−2
3
x2 = g 2 (1.5) = = −6
1. 5 − 2
3
x3 = g 2 (−6) = = −0.375
−6 − 2
3
x4 = g 2 (−0.375) = = −1.2631579
−0.375 − 2
.. .. .. ..
. . . .
3
x10 = g 2 (−0.9989841) = = −1.0003387
−0.9989841 − 2
CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUE DES ÉQUATIONS NON LINÉAIRES 12
Dans ce cas, la méthode de point fixe converge clairement vers la première racine α1 = −1. Reprenons
maintenant l’exemple avec g 3 :
42 − 3
x1 = g 3 (4) = = 6.5
2
6. 52 − 3
x2 = g 3 (6.5) = = 19.625
2
19.6252 − 3
x3 = g 3 (19.625) = = 191.0703
2
191.07032 − 3
x4 = g 3 (191.0703) = = 18252.43
2
.. .. .. ..
. . . .
Contrairement aux cas précédents, on constate que la méthode de point fixe ne converge vers aucune
racine car la suite ( xn )n∈N diverge vers l’infini.
xn+1 = g( xn ), n = 0, 1, 2, . . . , (2.8)
f (x)
où g( x) = x − f ′ (x) . Ainsi, on a :
α = g(α) et f (α) = 0.
La convergence de la suite (2.8) ne suffit pas numériquement, on aimerait avoir une estimation de
la rapidité de convergence. Soit | e n | = | xn − α| l’erreur à l’itération n.
Définition 2.3.1. La méthode numérique définie par xn+1 = g( xn ) est dite d’ordre p si
| e n+1 | | e n+1 |
lim =0 et lim ̸= 0.
n→+∞ | e n | p−1 n→+∞ | e n | p
Remarque 2.3.1. — Lorsque la méthode est d’ordre 1, on dit que la convergence est linéaire.
— Si la méthode est d’ordre 2, on dit que la convergence est quadratique.
Théorème 2.3.2. On suppose que la fonction f est de classe C 2 sur ]a, b[ et qu’il existe α ∈]a, b[ tel
que f (α) = 0 et f ′ (α) ̸= 0. Alors, le schéma (2.8) de Newton vérifie
On en conclut que :
g′′ (α) e2n g(3) e3n
e n+1 = g′ (α) e n + + +... (2.9)
2! 3!
CHAPITRE 2. RÉSOLUTION NUMÉRIQUE DES ÉQUATIONS NON LINÉAIRES 13
e n+1 ≈ g′ (α) e n .
x2n − 2
xn+1 = xn − , n = 0, 1, 2, . . . .
2 xn
p p
Comme f ′ ( 2) = 2 2 ̸= 0, alors on doit s’attendre à une convergence au moins quadratique d’après la
Remarque 2.3.2. On peut constater ce résultat théorique dans le tableau suivant
Méthode de Newton f ( x) = x2 − 2
| e n+1 | | e n+1 |
n xn |e n| |e n| | e n |2
0 2.0000000 0.5858 × 100 0.1464 × 100 0.2499
1 1.5000000 0.8578 × 10−1 0.2860 × 10−1 0.3333
2 1.4166666 0.2453 × 10−2 0.8658 × 10−3 0.3529
3 1.4142157 0.2124 × 10−5 0.7508 × 10−6 0.3535
4 1.4142136 0.1594 × 10−11 - -
| e n+1 | p
On constate que | e n | tend vers 0 et que tend aussi vers 0 (c’est-à-dire vers g′ ( 2), qui est égale
|e n|
| e n+1 |
à 0 dans ce cas). En outre, le rapport tend vers à peu près 0.35. Encore une fois, ce dernier
| e n |2
nombre n’est pas arbitraire et correspond à :
Définition 2.3.3. Le taux de convergence d’une méthode de point fixe est donné par | g′ (α)|.
Remarque 2.3.4. • Si | g′ (α)| < 1 et g′ (α) ̸= 0, alors la méthode de point fixe est d’ordre 1 ;
• Si g′ (α) = 0 et g′′ (α) ̸= 0, alors la méthode de point fixe est d’ordre 2 ;
• Si g′ (α) = 0, g′′ (α) = 0 et g′′′ (α) ̸= 0, alors la méthode de point fixe est d’ordre 3 ; et ainsi de suite.
Chapitre 3
Interpolation polynômiale
Remarque 3.1.1. — Les points x0 < x1 < x2 < · · · < xn sont appelés les noeuds d’interpolation.
— Si la fonction f construite est un polynôme alors on parle d’interpolation polynomiale.
b
Dans ce cas, fb est appelée polynôme d’interpolation ou polynôme interpolateur.
Étant donnée une fonction f continue sur [a, b], le problème d’interpolation polynomiale consiste
à trouver un polynôme p n de degré inférieur ou égal à n dont le graphe de f passe par les n + 1 points
( x i , f ( x i )), i = 0, 1, . . . , n, c-à-d
Théorème 3.1.1 (d’approximation de Weierstrass). Pour toute fonction f définie et continue sur un
intervalle [a, b] de R et pour tout ε > 0, il existe une fonction polynomiale p à cœfficients réels telle que
pour tout x ∈ [a, b], | f ( x) − p( x)| < ε.
p n ( x) = a 0 + a 1 x + a 2 x2 + · · · + a n x n ,
15
CHAPITRE 3. INTERPOLATION POLYNÔMIALE 16
Démonstration. On peut démontrer le Corollaire 3.1.3 par l’absurde en utilisant le Théorème 3.1.2.
p n ( x) = a 0 + a 1 x + a 2 x2 + · · · + a n x n ,
qui admet une unique solution {a i }ni=0 si les points ( x i , yi ), i = 0, 1, . . . , n, sont deux à deux distincts.
En effet, le déterminant de la matrice du système (3.1) est :
n
Y
( x j − x i ).
i, j =0,
i< j
Ainsi, une condition nécessaire et suffisante simple pour que le Problème d’interpolation admette
une solution unique est que les nœuds d’interpolation soient deux à deux distincts. Cette approche
est appelée méthode directe. Mais, elle est inutilisable en pratique si l’on veut calculer de manière
effective le polynôme d’interpolation p n ; il faut en effet résoudre un système linéaire de plusieurs
inconnus.
Définition 3.2.1. Soient { x i }ni=0 les nœuds d’interpolation, qui sont n + 1 points deux à deux distincts.
On appelle base de Lagrange relative aux points x i les polynômes :
n x−x
Y j
L i ( x) = , i = 0, 1, . . . , n.
j =0, xi − x j
j ̸= i
Lemme 3.2.2. On peut obtenir de la Définition 3.2.1 le résultat immédiat suivant : L i ( x j ) = δ i, j , i.e.
½
L i ( x i ) = 1,
L i ( x j ) = 0, si i ̸= j.
Démonstration. La famille {L i ( x)}ni=0 est composée de n + 1 éléments. Pour montrer qu’elle forme une
base de P n , qui est de dimension n + 1, il faut et il suffit d’établir que tous les L i ( x) sont linéairement
indépendants, c’est-à-dire que :
n
X
α i L i ( x) = 0, ∀x ⇒ α i = 0, ∀ i ∈ {0, 1, . . . , n}.
i =0
Exemple 3.2.1. Le polynôme d’interpolation p 2 de degré inférieur ou égal à 2 qui interpole les valeurs
y0 = 2, y1 = 7 et y2 = −1 aux nœuds x0 = 1, x1 = 3, x2 = 4 est donné par la méthode de Lagrange :
Définition 3.3.1. La base de Newton relative aux nœuds x i , i = 0, 1, . . . , n, est définie par les n + 1
polynômes N i ( x) suivants :
N 0 ( x ) = 1,
iY
−1
i
N ( x ) = ( x − x j ), pour i = 1, 2, . . . , n.
j =0
Remarque 3.3.1. — On peut établir que la famille { N i }ni=0 est une base de P n .
— Pour exprimer le polynôme d’interpolation p n dans la base de Newton, i.e.
n
X n
X iY
−1
p n ( x) = c i N i ( x) = ci ( x − x j ),
i =0 i =0 j =0
il suffit de trouver les cœfficients c i tels que p n ( xk ) = yk = f ( xk ), pour tout k ∈ {0, 1, . . . , n}.
Définition 3.3.2. Soit f une fonction définie aux points x i , i = 0, 1, . . . , n, supposés deux à deux
distincts. On définit les différences divisées par récurrence comme suit :
f [ x i+1 , . . . , x i+ j+1 ] − f [ x i , . . . , x i+ j ]
f [ x i ] = f ( x i ), f [ x i , x i+1 . . . , x i+ j+1 ] = .
x i+ j+1 − x i
CHAPITRE 3. INTERPOLATION POLYNÔMIALE 18
Remarque 3.3.2. Par unicité du polynôme d’interpolation l’expression donnée par le Théorème 3.3.3
(formule de Newton) définit le même polynôme que la formule de Lagrange (Proposition 3.2.3).
Exemple 3.3.1. On va reprendre l’Exemple 3.2.1, cette fois-ci en utilisant la méthode de Newton. Le
tableau des différences divisées correspondant est de la forme :
xi f [xi ] f [ x i , x i+1 ], i = 0, 1 f [ x0 , x1 , x2 ]
1 2
3 7 5/2
4 −1 −8 −7/2
d’après ce tableau, le polynôme d’interpolation de Newton s’écrit :
5 7
p 2 ( x) = 2 + ( x − 1)− ( x − 1)( x − 3).
2 2
Soit le même polynôme obtenu dans l’Exemple 1 :
7 33
p 2 = − x2 + x − 11.
2 2
En ajoutant un nœud d’interpolation (5, −2), on obtient le même tableau des différences divisées avec
l’ajout de la dernière ligne, comme suit :
xi f [xi ] f [ x i , x i+1 ], i = 0, 1, 2 f [ x i , x i+1 , x i+2 ], i = 0, 1 f [ x0 , x1 , x2 , x3 ]
1 2
3 7 5/2
4 −1 −8 −7/2
5 −2 −1 7/2 7/4
Ainsi, le polynôme qui interpole les valeurs 2, 7, −1, −2 aux nœuds 1, 3, 4, 5 en utilisant la formule de
Newton est :
5 7 7
p 3 ( x) = 2 + ( x − 1)− ( x − 1)( x − 3) + ( x − 1)( x − 3)( x − 4).
2 2 4
On remarque que : p 3 ( x) = p 2 ( x) + f [ x0 , x1 , x2 , x3 ]( x − x0 )( x − x1 )( x − x2 ).
Proposition 3.3.4. Si p n interpole les f ( x i ) aux nœuds x i pour i = 0, 1, . . . , n, alors le polynôme
d’interpolation de f aux nœuds x i , i = 0, 1, . . . , n, n + 1, est donné par :
n
Y
p n+1 ( x) = p n ( x) + f [ x0 , x1 , . . . , xn , xn+1 ] ( x − x i ).
i =0
Théorème 3.4.1 (Erreur ponctuelle d’interpolation). Soit f ∈ C n+1 ([a, b]) et x ∈ [a, b]. Alors, il existe
ξ x ∈ I n tel que :
f (n+1) (ξ x )
E n ( x) = Π n ( x ),
( n + 1)!
où
n
Πn ( x) = ( x − x j ).
Y
j =0
Démonstration. Si ∃ i ∈ {0, 1, . . . , n} tel que x = x i , alors le résultat du théorème est vérifié trivia-
lement. On suppose que x ∉ { x0 , x1 , . . . , xn } sans perte de généralité. On définit alors le polynôme
Q n+1 ∈ P n+1 comme suit :
E n ( x)
Q n+1 ( t) = p n ( t) + Π n ( t ).
Π n ( x)
Ainsi, pour tout i ∈ {0, 1, . . . , n},
Q n+1 est donc égal au polynôme d’interpolation aux points x0 , x1 , . . . , xn , x. En particulier, la fonction
F définie par F ( t) = f ( t) − Q n+1 ( t) s’annule n + 2 fois. Par application du théorème de Rolle de manière
itérée, F (n+1) s’annule donc une fois en un point ξ x ∈ I n , ce qui donne :
E n ( x)
0 = F (n+1) (ξ x ) = f (n+1) (ξ x ) − ( n + 1)!,
Π n ( x)
Corollaire 3.4.2. Soit p n le polynôme interpolant f aux points a = x0 < x1 < · · · < xn = b, si f ∈
C n+1 ([a, b]) alors :
M n+1
|E n ( x)| = | f ( x) − p n ( x)| ≤ max |Πn ( x)|, ∀ x ∈ [a, b],
( n + 1)! a≤ x≤b
où
M n+1 = max | f (n+1) ( x)|.
a≤ x≤ b
Plus particulièrement, on a :
M n+1
|E n ( x)| = | f ( x) − p n ( x)| ≤ ( b − a)n+1 , ∀ x ∈ [a, b].
( n + 1)!
1
f ( x) = , x ∈ [−5, 5].
1 + x2
CHAPITRE 3. INTERPOLATION POLYNÔMIALE 20
On remarque que plus le nombre de points augment plus des oscillations apparaissent au niveau des
bords de l’intervalle [−5, 5].
Remarque 3.5.1. On constate alors que l’interpolation par la méthode de Lagrange ou Newton peut
conduire à des oscillations importantes lorsque le nombre de points d’interpolation augmente. Pour
se remédier à ce problème, on peut utiliser :
— Interpolation en utilisant les points de Chebyshev ;
— Interpolation par les splines.
2i + 1
µ ¶
t i = cos π , i = 0, 1, . . . , n.
2n + 2
3.5.3 Splines
Quand on fait une interpolation, on souhaite généralement que celle-ci reste valide même en
dehors des points utilisés pour calculer le polynôme. Cependant, comme il a été noté plus tôt, l’inter-
polation polynomiale peut diverger rapidement en dehors des points d’interpolation. Ce phénomène
se produit notamment aux bords du domaine, comme dans le cas des fonctions de Runge où des
oscillations apparaissent chaque fois que le nombre de points augmente. Même si une meilleure
distribution des points (distribution de Chebyshev) permet de diminuer l’erreur, le problème des os-
cillations persiste.
C’est pourquoi on privilégie une approche différente : l’interpolation par morceaux, appelée spline.
Dans cette méthode, la spline (qui est un polynôme) peut changer de forme aux points ( x i , f ( x i )),
i = 0, 1 . . . , n.
On remarque que l’utilisation des splines cubiques permet de résoudre les problèmes d’oscillations
associés à l’interpolation de Lagrange.