Amélioration de la méthode des multiples
Amélioration de la méthode des multiples
PIERRE ASTOLFI
IAE, Gustave Eiffel
ÉDOUARD CHASTENET
IAE, Université Lyon 3
ALAIN MARION
Université Lyon 3
ARNAUD THAUVRON
IAE, Université Paris-Est
L
es banques d’affaires, les direc- vée sur le marché et sa valeur estimée par
tions financières, l’administration application de la méthode.
fiscale, les analystes financiers ainsi Après un état des lieux des pratiques, nous
que de nombreux professionnels concernés rappelons que la méthode des multiples
par l’évaluation d’entreprise sont réguliè- présente un certain nombre de limites. Il
rement sollicités pour estimer la valeur des est notamment possible de s’interroger sur
entreprises, cotées ou non, dans différents la qualité des données sources nécessaires
contextes : boursier, transactionnel, comp- aux calculs des multiples de valorisation,
table, juridique, fiscal... qu’il s’agisse des indicateurs figurant dans
En raison de sa simplicité d’usage, la les états financiers publiés en application
méthode des multiples, notamment des normes comptables ou des indicateurs
lorsqu’elle se fonde sur la valeur boursière financiers prévisionnels qui sont issus des
de sociétés « comparables », est l’une des consensus d’analystes financiers
méthodes d’évaluation des entreprises les Ces réserves nous conduisent à déployer
plus appliquées par les professionnels, à une démarche méthodologique fondée sur
titre principal ou en complément de la une étude empirique venant confirmer
méthode des flux de trésorerie actualisés et compléter les résultats des recherches
(Discounted Cash-Flows, DCF) (Liu et al., antérieures.
2007). Nos résultats, illustrés par un cas d’appli-
En revanche, la méthode est souvent consi- cation, permettent de formuler des propo-
dérée comme trop simple pour pouvoir sitions opératoires de nature à améliorer
prendre en compte l’ensemble des caracté- l’efficience du processus d’évaluation des
ristiques des entreprises, notamment celles entreprises.
qui les différencient des sociétés auxquelles
elles sont comparées (Suozzo et al., 2001), I – PRATIQUES ET LIMITES
et trop subjective quant au choix des mul- DE LA MÉTHODE DES MULTIPLES
tiples « appropriés » (Damodaran, 2006).
Cela conduit Crow et al. (2001) à considé- 1. État des lieux des pratiques
rer, dans un propos quelque peu provoca- Parmi les différentes approches à la dis-
teur, que la méthode des multiples serait la position des évaluateurs, la méthode des
méthode la plus mal comprise et la plus mal multiples est fréquemment utilisée par les
appliquée par les professionnels. praticiens dans la mesure où elle présente
Cette popularité et les critiques formulées de nombreux avantages, en particulier sa
à son encontre sont à l’origine de l’intérêt simplicité. La méthode consiste, dans un
grandissant que lui porte la recherche aca- premier temps, à constituer un échantillon
démique depuis la fin des années 1990 : la de sociétés cotées « comparables » à l’en-
littérature s’intéresse plus particulièrement treprise à évaluer (appartenant, a minima,
aux critères de sélection des multiples ou au même secteur d’activité) et à calculer,
des sociétés comparables à retenir pour pour chacune d’entre-elles, un ou plusieurs
améliorer la pertinence de la méthode, multiples représentatifs de leur niveau de
l’objectif étant de réduire l’écart entre la valorisation, obtenus en rapportant leur
valeur de l’entreprise effectivement obser- valeur observée sur le marché (capitalisa-
Méthode des multiples 85
Tableau 1 – Méthodes d’évaluation et multiples les plus utilisés par les analystes financiers
Auteurs
Méthode des
71 % 79 % 80 % 80 %
multiples
PER
89 % 58 % 80 % 68 %
(Price Earning Ratio)
PTB
6% n/r 50 % 47 %
(Price To Book)
VE/Ebitda3 55 % 55 % 75 % 83 %
VE/Ebit4 41 % 57 % 70 % 46 %
1. Valeur d’entreprise = capitalisation boursière de la société + valeur de marché de ses dettes financières nettes.
2. Prix auquel a été valorisée la société à l’occasion d’un transfert de contrôle.
3. L’Ebitda (Earning Before Interest, Tax, Depreciation and Amortization) correspond approximativement à l’excé-
dent brut d’exploitation défini par le PCG (après déduction de la participation des salariés).
4. L’Ebit (Earning Before Interest and Tax) correspond au résultat opérationnel défini par les normes comptables
internationales.
86 Revue française de gestion – N° 242/2014
retenu. Sur un autre plan, il peut aussi être ceptibles de générer des erreurs ou de
mis en avant le fait que la méthode est aisée laisser la place à des manipulations si
à expliquer et à présenter à des interlocu- l’évaluateur ne s’appuie pas sur une métho-
teurs non avertis (DeAngelo, 1990). dologie rigoureuse.
Comme le montre le tableau 1, qui présente Rappelons que la méthode des multiples
une synthèse des études consacrées aux est fondée sur le concept de « valeur de
méthodes d’évaluation et aux multiples uti- marché » qui présuppose que le marché
lisés par les analystes financiers, la méthode est suffisamment efficient, en moyenne au
des multiples est d’utilisation aussi fré- moins, pour attribuer une valeur similaire à
quente que celle des DCF, avec un recours des actifs également similaires (Esty, 2000 ;
principal au PER (multiple correspondant Meitner, 2006). Dans le cas contraire, des
au rapport entre le cours et le bénéfice par opportunités d’arbitrages existeraient. Deux
action) et, sur une période plus récente, au entreprises identiques doivent donc avoir la
multiple de l’Ebitda. Dans une moindre même valeur.
mesure, les autres inducteurs de valeurs Dans la pratique, les évaluateurs se
utilisés sont l’Ebit, le chiffre d’affaires ou fondent généralement sur la constitution
les capitaux propres comptables (avec le de « groupes de pairs sectoriels » (industry
Price To Book). peer groups), en sélectionnant des socié-
2. Limites de la méthode tés, a priori considérées comme « compa-
D’un point de vue théorique, s’il est pos- rables » en raison de leur appartenance au
sible de définir analytiquement des induc- même secteur d’activité que l’entreprise à
teurs de valeur qui expliquent le niveau de évaluer. Cette approche relativement simple
valorisation des sociétés cotées, leurs mul- conduit à supposer que toutes les entre-
tiples de valorisation sont alors exploitables prises d’un même secteur d’activité ont
pour évaluer d’autres entreprises, cotées ou les mêmes caractéristiques en termes de
non, sous réserve qu’elles leurs soient com- risques et de perspectives de flux de tréso-
parables par le profil et le risque des flux rerie futurs, ce qui est loin de correspondre
de trésorerie qu’elles sont susceptibles de à la réalité (Damodaran, 2006).
générer dans le futur (Liu et al., 2002). La Dans un second temps, les évaluateurs
mise en œuvre de la méthode des multiples doivent sélectionner les inducteurs de valeur
repose ainsi sur deux étapes principales les plus pertinents pour évaluer l’entreprise.
(Holthausen et Zmijewski, 2012), à savoir : Compte tenu des fondements théoriques de
– la constitution d’un échantillon d’entre- tout modèle d’évaluation, qu’il s’agisse de
prises comparables ; la méthode des DCF ou de la méthode des
– l’identification des inducteurs de valeur multiples, il convient d’identifier des indi-
(indicateurs comptables ou financiers cateurs comptables ou financiers qui tra-
les plus représentatifs de la valeur de duisent le mieux la capacité de l’entreprise
l’entreprise). à générer des flux de trésorerie récurrents
La démarche repose sur un certain nombre dans le futur.
d’hypothèses qui constituent autant de fai- Dans cette optique, le recours à des indica-
blesses de la méthode des multiples, sus- teurs strictement comptables (qu’il s’agisse
Méthode des multiples 87
La qualité des indicateurs comptables utilisés pour le calcul des multiples est contestée, tant
par les émetteurs que par les utilisateurs. En effet, ces indicateurs sont issus des états finan-
ciers publiés en application des normes comptables dont la pertinence est remise en cause
par de nombreuses parties prenantes.
Selon Kothari et al. (2010), les états financiers établis en application de ces normes (US
GAAP et IFRS) ne seraient pas en mesure de faciliter les travaux d’évaluation. En effet,
selon leur vision originale, les objectifs assignés à ces états financiers en termes de réduc-
tion de l’asymétrie d’information à destination des investisseurs, d’une part, et en termes
d’évaluation des capitaux propres en « juste valeur », d’autre part, loin de se compléter, ont
au contraire tendance à s’opposer.
Pour Casta (2003), la question de la légitimité des normes, appréciée à la lumière de leur
capacité à apporter une réponse pertinente à une demande effectivement exprimée par les
utilisateurs, est également au cœur de la réflexion liée au concept de valeur. Ce dernier sou-
ligne d’ailleurs que « la promotion du modèle d’évaluation à la juste valeur relève davantage
d’une logique de l’offre que d’une demande explicite de la part des utilisateurs ».
Pour sa part, Nobes (2006) souligne l’inertie des émetteurs qui peuvent souhaiter maintenir
des pratiques comptables antérieures à l’adoption des normes IAS/IFRS, dans le but de per-
turber le moins possible leur comptabilité en vue de favoriser une meilleure compréhension
tant interne qu’externe de l’information produite.
La capacité des normes comptables internationales à fournir des données directement utiles
aux investisseurs pour évaluer les entreprises est donc remise en cause par un certain nombre
de facteurs qui conduisent les évaluateurs, pour appliquer la méthode des multiples, à retenir
des indicateurs financiers « ajustés ou absents des comptes », c’est-à-dire des indicateurs
qui ne sont pas définis par les normes comptables (tels que l’Ebitda). Constatant que les
émetteurs publient ce type d’indicateurs, parce qu’ils les jugent pertinents ou parce qu’ils
répondent à une attente des investisseurs ou des analystes, l’Autorité des marchés finan-
ciers (AMF), à l’instar de l’European Securities and Markets Authority (ESMA) au niveau
européen, a publié en 20105 une recommandation les invitant notamment à définir ces
indicateurs, ajustés ou absents des compte, de façon précise et à les rapprocher des données
comptables publiées.
5. Recommandation AMF n° 2010-11 du 17 novembre 2010 relative à la communication des sociétés sur leurs
indicateurs financiers.
88 Revue française de gestion – N° 242/2014
MÉTHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
7. L’ensemble des données comptables utilisées dans le cadre de cette étude pour le calcul de la dette nette et des
capitaux employés sont issues de la base de données FactSet. Les indicateurs financiers d’exploitation (chiffre d’af-
faires, Ebitda et Ebit), qu’ils soient relatifs aux exercices réalisés, en cours et prévisionnels, sont issus du consensus
d’analystes financiers réalisé par FactSet.
8. Les multiples synthétiques généralement calculés par les praticiens correspondent aux multiples moyens ou
médians des sociétés constituant un groupe de pairs sectoriels. Il est toutefois démontré que le multiple qui minimise
l’erreur de l’évaluation correspond à la moyenne harmonique des multiples d’un échantillon (cf. Liu et al., 2002).
90 Revue française de gestion – N° 242/2014
Le taux d’erreur absolu (TEA) de l’évaluation, pour chaque entreprise j, et pour chaque
multiple appliqué, est quant à lui calculé selon la formule suivante :
Vobsj – Vestxj εxj
TEAxj = =
Vobsj Vobsj
9. L’ensemble des données comptables utilisées dans le cadre de cette étude pour le calcul de la dette nette et des
capitaux employés sont issues de la base de données FactSet. Les indicateurs financiers d’exploitation (chiffre d’af-
faires, Ebitda et Ebit), qu’ils soient relatifs aux exercices réalisés, en cours et prévisionnels, sont issus du consensus
d’analystes financiers réalisé par FactSet.
Méthode des multiples 91
Société (1 192) VE/CE0 VE/CA0 VE/CA1 VE/CA2 VE/Ebitda0 VE/Ebitda1 VE/Ebitda2 VE/Ebit0 VE/Ebit1 VE/Ebit2
Maximum x 24,3 x 5,8 x 4,5 x 4,1 x 20,6 x 14,5 x 11,9 x 34,5 x 22,8 x 16,7
Quartile 3 (75 %) x 5,1 x 1,8 x 1,6 x 1,5 x 9,9 x 8,5 x 7,5 x 14,2 c 11,8 x 10,4
Médiane x 2,8 x1,1 x 1,0 x 0,9 x 7,8 x 6,9 x 6,3 x 11,1 x 9,5 x 8,6
Quartile 1 (25 %) x 1,8 x 0,7 x 0,6 x 0,6 x 6,3 x 5,7 x 5,2 x 8,6 x 7,8 x 7,0
Minimum x 1,0 x 0,3 x 0,3 x 0,3 x 3,9 x 3,5 x 3,3 x 5,0 x 4,9 x 4,4
Écart type x 3,7 x 0,9 x 0,8 x 0,7 x 3,0 x 2,1 x 1,7 x 5,1 x 3,0 x 2,4
Moyenne x 4,2 x 1,4 x 1,2 x 1,1 x 8,4 x 7,3 x 6,5 x 12,2 x 10,1 x 8,9
Revue française de gestion – N° 242/2014
VE/CE
VE/CA0 20 %***
VE/CA1 18 %*** 97 %***
VE/CA2 18 %*** 94 %*** 99 %***
VE/Ebitda0 27 %*** 44 %*** 36 %*** 31 %***
VE/Ebitda1 29 %*** 44 %*** 46 %*** 43 %*** 84 %***
VE/Ebitda2 28 %*** 39 %*** 44 %*** 45 %*** 70 %*** 93 %***
VE/Ebit0 7 %** 26 %*** 20 %*** 16 %*** 75 %*** 55 %*** 41 %***
VE/Ebit1 7 %** 31 %*** 33 %*** 32 %*** 64 %*** 77 %*** 69 %*** 73 %***
VE/Ebit2 6 %* 30 %*** 35 %*** 37 %*** 52 %*** 73 %*** 79 %*** 57 %*** 89 %***
Seuil de signification (unilatéral à gauche – ; à droite +) : *** < 0,1 % ; ** < 1 % ; * < 5 % ; ° < 10 % ; ~ autrement
Tableau 5 – Statistiques descriptives et comparaison des TEA de l’échantillon
(date d’observation : 31 mars 2008, nombre de sociétés : 1 192, nombre de secteurs : 70)
Société (1 192) VE/CE0 VE/CA0 VE/CA1 VE/CA2 VE/Ebitda0 VE/Ebitda1 VE/Ebitda2 VE/Ebit0 VE/Ebit1 VE/Ebit2
Maximum 289 % 323 % 360 % 397 % 120 % 92 % 97 % 182 % 103 % 110 %
Quartile 3 (75 %) 62 % 56 % 55 % 54 % 35 % 30 % 29 % 41 % 32 % 29 %
Médiane 38 % 35 % 33 % 33 % 21 % 18 % 18 % 24 % 19 % 17 %
Quartile 1 (25 %) 19 % 17 % 16 % 16 % 11 % 8% 8% 12 % 10 % 8%
Minimum 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0%
Écart interquartile 43 % 39 % 38 % 38 % 24 % 22 % 21 % 28 % 22 % 20 %
Écart type 36 % 39 % 39 % 39 % 18 % 15 % 15 % 22 % 17 % 16 %
Moyenne 45 % 43 % 41 % 40 % 25 % 21 % 20 % 29 % 23 % 20 %
Inf. à 15 % 19 % 23 % 23 % 23 % 34 % 42 % 45 % 32 % 38 % 43 %
Rang – Écart interquartile 10 9 8 7 5 3 2 6 4 1
Rang – Médiane 10 9 7 8 5 3 2 6 4 1
Rang – Écart type 7 10 9 8 5 2 1 6 4 3
Rang – Moyenne 10 9 8 7 5 3 1 6 4 2
Rang – Inf. à 15 % 10 9 7 7 5 3 1 6 4 2
Méthode des multiples
93
94 Revue française de gestion – N° 242/2014
10. Dans ce graphique (et le suivant), le carré central correspond à l’écart entre moyenne et médiane. Il est gris
quand la moyenne est supérieure à la médiane et noire dans le cas inverse. Les extrêmes correspondent aux bornes
hautes du 1er et du 3e quartile (soit la mesure de l’écart interquartile).
Méthode des multiples 95
Identification du mode
Moyenne Moyenne
le plus pertinent pour
harmonique arithmétique des p < 0,1 %
calculer les multiples
des multiples multiples
synthétiques
VE/Résultats VE/CE
p < 0,1 %
Identification des (Ebitda et Ebit) VE/CA
indicateurs comptables
ou financiers les VE/Résultats
VE/Résultats réalisés
plus pertinents pour prospectifs (n et n+1) p < 0,1 %
(Ebitda et Ebit)
calculer les multiples (Ebitda et Ebit)
de valorisation les plus
représentatifs Résultats réalisés Résultats réalisés
p < 0,1 %
VE/Ebitda VE/Ebit
VE/CE
Sélection VE/CE
des comparables/ Sélection des
p < 0,1 %
secteur + taux comparables/secteur
de rentabilité seul
(r = Ebit/CE)
VE/CA
Sélection VE/CA
Identification des
des comparables/ Sélection des
ratios de performance p < 0,1 %
secteur + taux comparables/secteur
les plus pertinents
de marge seul
pour sélectionner
(m = Ebit/CA)
les sociétés les plus
« comparables »
VE/Résultats réalisés
(Ebitda et Ebit)
Sélection VE/Résultats réalisés
des comparables/ (Ebitda et Ebit)
secteur + taux Sélection des p < 0,1 %
de croissance attendu comparables/secteur
(g = Résultats seul
prévisionnels/
Résultats réalisés)
96 Revue française de gestion – N° 242/2014
– le taux de croissance anticipé des résul- tatifs du niveau de valorisation des sociétés
tats (Ebitda ou Ebit) pour les multiples de constituant un groupe de pairs sectoriels ;
résultats relatifs à l’exercice réalisé. – que les ratios de performance les plus
pertinents pour sélectionner les sociétés les
III – CAS D’APPLICATION plus comparables au sein de ce groupe de
ET DISCUSSION pairs sectoriels.
La pertinence de la méthodologie proposée
1. Cas d’application est illustrée au travers d’un cas pratique : le
Même s’ils sont validés statistiquement, les tableau 7 et le graphique 2 présentent, à titre
résultats de l’étude sont d’ordre général et d’exemple, le calcul des TEA de l’évalua-
ne doivent donc pas exclure, en pratique, tion résultant de l’application de la méthode
une analyse au cas par cas. La méthodolo- des multiples dans le cas d’un groupe
gie mise en œuvre qui consiste à comparer de pairs sectoriels constitué de 10 entre-
les TEA de l’évaluation des différents mul- prises européennes cotées et représentatives
tiples peut être aisément reproduite par les du secteur des « biens de consommation
praticiens au cas particulier de chacune de durables – appareils électroniques », iden-
leurs évaluations pour identifier : tifiées selon la classification sectorielle de
– tant les indicateurs comptables et finan- FactSet de niveau 2 (tableau 7).
ciers les plus pertinents pour sélectionner L’exemple montre que les résultats géné-
les multiples synthétiques les plus représen- raux de l’étude relatifs à la sélection des
Société (10) VE/CE0 VE/CA0 VE/CA1 VE/CA2 VE/Ebitda0 VE/Ebitda1 VE/Ebitda2 VE/Ebit0 VE/Ebit1 VE/Ebit2
Maximum 78 % 77 % 71 % 69 % 60 % 54 % 60 % 57 % 48 % 43 %
Quartile 3 (75 %) 70 % 63 % 62 % 59 % 39 % 34 % 29 % 35 % 39 % 34 %
Médiane 42 % 35 % 41 % 42 % 24 % 19 % 14 % 23 % 30 % 19 %
Quartile 1 (25 %) 21 % 23 % 18 % 18 % 12 % 14 % 10 % 9% 15 % 13 %
Minimum 5% 3% 8% 11 % 0% 2% 3% 2% 12 % 8%
Écart interquartile 49 % 40 % 44 % 42 % 27 % 20 % 19 % 26 % 24 % 21 %
Écart type 29 % 27 % 24 % 23 % 19 % 18 % 19 % 19 % 13 % 13 %
Moyenne 44 % 40 % 40 % 39 % 26 % 24 % 22 % 24 % 28 % 23 %
Inf. à 15 % 20 % 20 % 20 % 20 % 40 % 30 % 60 % 40 % 30 % 30 %
Rang – Médiane 9 7 8 10 5 3 1 4 6 2
Rang – Moyenne 10 9 8 7 5 4 1 3 6 2
Rang – Inf. à 15 % 7 7 7 7 2 4 1 2 4 4
Sociétés constituant le groupe de pairs sectoriels « biens de consommation durables – appareils électroniques » (source : FActSet / classification sectorelle de niveau 2) :
Raymarine plc, Schulthess Group AG, Loewe AG, Bang & Olufsen A/S, AFG Arbonia Forster Hldg, Gorenje, De Longhi SpA, SEB SA, Indesit Company et Electrolux
Méthode des multiples
AB.
97
98 Revue française de gestion – N° 242/2014
multiples les plus pertinents ne sont que tant pour identifier les multiples les plus
partiellement confirmés dans le cas du pertinents que pour sélectionner les sociétés
secteur considéré, dans la mesure où le les plus comparables au sein d’un groupe de
multiple d’Ebit relatif à l’exercice réa- pairs sectoriels. Elle contribue, en outre, à
lisé (VE/Ebit0) apparaît plus pertinent que améliorer la présentation et la justification
le multiple d’Ebitda correspondant (VE/ des résultats obtenus par l’évaluateur dans
Ebitda0). Même si l’écart de performance tous les contextes d’évaluation (négocia-
entre ces deux indicateurs financiers est peu tion, expertise indépendante, etc.).
élevé dans ce cas particulier (soit un TEA Sur un plan académique, la méthodologie
moyen de 26 % pour l’Ebitda contre 24 % déployée permet d’envisager des recherches
pour l’Ebit, et de 24 % contre 23 % en ultérieures complémentaires concernant :
médiane)11, il induit un questionnement sur 1) la pertinence en valeur (« value rele-
l’impact du secteur quant à la pertinence vance ») des indicateurs comptables ou
des indicateurs comptable ou financiers du financiers du point de vue des investisseurs,
point de vue de l’évaluation. avec des études plus à même d’orienter les
La démarche mise en œuvre permet toute- régulateurs dans leur démarche de norma-
fois d’identifier les multiples les plus per- lisation des éléments de communication
tinents – dans le cas particulier du secteur financière des entreprises ; 2) l’étude de
étudié : si l’évaluateur a recours au mul- l’impact du secteur sur la pertinence des
tiple VE/Ebitda2, le plus pertinent, le TEA différents indicateurs susceptibles d’être
de son évaluation s’établit à 14 % (selon la utilisés (Liu et al., 2002), ce y compris
médiane des TEA), contre 24 % en recou- les facteurs explicatifs ; 3) la sélection
rant au multiple VE/Ebitda0 (22 % versus des sociétés les plus comparables au sein
26 % selon la moyenne). Avec un TEA de d’un groupe de pairs sectoriels en fonction
35 % en médiane, il ressort que l’utilisation d’autres ratios de performance (notamment
des multiples de chiffre d’affaires VE/CA0 la taille de l’entreprise, la liquidité de
n’apparaît pas pertinente dès lors que les ses titres, son taux d’impôt effectif, etc.) ;
entreprises comparables ne sont pas sélec- 4) l’utilisation de multiples composites
tionnées, au sein de ce groupe de pairs sec- obtenus par régression linéaire compte tenu
toriel, à partir de leur taux de marge (mesuré des ratios de performance des entreprises
par le rapport entre l’Ebit et le chiffre d’af- (taux de rentabilité, taux de croissance, etc.)
faires). Une telle sélection viendrait réduire (Bhojraj et Lee, 2002) ; enfin, 5) l’identifi-
le TEA médian résultant de l’application de cation des multiples les plus pertinents dès
ce multiple à 23 % contre 35 %. lors qu’ils sont utilisés de manière combi-
née. Cette dernière question de recherche,
2. Discussion qui n’a pas été abordée dans le cadre de
Sur un plan pratique, l’analyse du TEA per- cette étude, concerne le recours à une
met d’améliorer le processus d’évaluation, pondération possible des valeurs résultant
11. Il n’a pas été réalisé de tests statistiques sur la comparaison des moyennes, variances et proportions dans le
cadre de ce cas d’application.
Méthode des multiples 99
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