0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
9 vues1 page

La mort tragique de Manon Lescaut

Dans cet extrait de 'Manon Lescaut', le narrateur décrit les derniers moments de sa maîtresse, Manon, alors qu'elle s'éteint dans ses bras. Dévasté par sa perte, il décide de l'enterrer dignement et se prépare à mourir près de sa tombe. Le passage illustre l'amour profond et la douleur du narrateur face à la mort de celle qu'il chérit.

Transféré par

Martin Campo Celaya
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
9 vues1 page

La mort tragique de Manon Lescaut

Dans cet extrait de 'Manon Lescaut', le narrateur décrit les derniers moments de sa maîtresse, Manon, alors qu'elle s'éteint dans ses bras. Dévasté par sa perte, il décide de l'enterrer dignement et se prépare à mourir près de sa tombe. Le passage illustre l'amour profond et la douleur du narrateur face à la mort de celle qu'il chérit.

Transféré par

Martin Campo Celaya
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Objet d’étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIème siècle

Abbé Prévost, Manon Lescaut

L. 7 La mort de Manon

Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse
endormie, et je n’osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je
m’aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu’elle les avait froides et tremblantes. Je
les approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement ; et faisant un effort pour
5
saisir les miennes, elle me dit d’une voix faible, qu’elle croyait à sa dernière heure. Je ne pris
d’abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l’infortune, et je n’y répondis que par les
tendres consolations de l’amour. Mais ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le
serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes, me firent connaître
que la fin de ses malheurs approchait. N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments,
10
ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d’elle des marques
d’amour au moment même qu’elle expirait ; c’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre, de ce
fatal et déplorable événement.
Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point sans doute assez
rigoureusement puni. Il a voulu que j’aie traîné, depuis une vie languissante et misérable. Je
15
renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse.
Je demeurai plus de vingt-quatre heures, la bouche attachée sur le visage et sur les mains
de ma chère Manon. Mon dessein était d’y mourir ; mais je fis réflexion au commencement du
second jour, que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes
sauvages. Je formai la résolution de l’enterre et d’attendre la mort sur sa fosse. J’étais déjà si
20
proche de ma fin, par l’affaiblissement que le jeûne et la douleur m’avaient causé, que j’eus
besoin de quantité d’efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux liqueurs que j’avais
apportées. Elles me rendirent autant de forces qu’il en fallait pour le triste office que j’allais
exécuter. Il ne m’était pas difficile d’ouvrir la terre, dans le lieu où je me trouvais. C’était une
campagne couverte de sable. Je rompis mon épée, pour m’en servir à creuser ; mais j’en tirai
25
moins de secours que de mes mains. J’ouvris une large fosse. J’y plaçai l’idole de mon cœur,
après avoir pris soin de l’envelopper de tous mes habits, pour empêcher le sable de la toucher. Je
ne la mis dans cet état qu’après l’avoir embrassée mille fois, avec toute l’ardeur du plus parfait
amour. Je m’assis encore près d’elle. Je la considérai longtemps. Je ne pouvais me résoudre à
fermer la fosse. Enfin, mes forces recommençant à s’affaiblir, et craignant d’en manquer tout à fait
30
avant la fin de mon entreprise, j’ensevelis pour toujours dans le sein de la terre, ce qu’elle avait
porté de plus parfait et de plus aimable. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers
le sable ; et fermant les yeux, avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j’invoquai le secours du
Ciel, et j’attendis la mort avec impatience.

Vous aimerez peut-être aussi