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Énergie nucléaire pour missions spatiales

Le document présente deux modes d'utilisation de l'énergie nucléaire dans l'espace : la production d'électricité pour alimenter divers systèmes spatiaux et la propulsion nucléaire thermique. Il souligne l'importance de l'énergie nucléaire pour des missions futures, notamment l'exploration planétaire et l'alimentation de bases lunaires ou martiennes. Des considérations de sûreté et des exemples de projets, comme ERATO et MAPS, sont également abordés.

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Énergie nucléaire pour missions spatiales

Le document présente deux modes d'utilisation de l'énergie nucléaire dans l'espace : la production d'électricité pour alimenter divers systèmes spatiaux et la propulsion nucléaire thermique. Il souligne l'importance de l'énergie nucléaire pour des missions futures, notamment l'exploration planétaire et l'alimentation de bases lunaires ou martiennes. Des considérations de sûreté et des exemples de projets, comme ERATO et MAPS, sont également abordés.

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FR0202126

UTILISATION DE L'ENERGIE NUCLEAIRE DANS L'ESPACE


Xavier Raepsaet - CEA Saclay
Pascal Pempie - CNES Evry

Deux modes d'utilisation de l'énergie nucléaire sont envisageables pour des applications
spatiales. La plus triviale est la production d'électricité. Cette électricité pourra servir à
l'alimentation de satellites, de véhicules d'exploration, de bases lunaires ou planétaires ainsi
qu'à l'alimentation de propulseurs électriques. La deuxième façon de tirer parti de l'énergie
nucléaire dans l'espace est la propulsion nucléaire thermique. Le réacteur nucléaire sert alors
de simple échangeur thermique à un gaz qui viendra ensuite se détendre dans une tuyère
classique. Ces deux applications, qui concernent toutes deux des réacteurs de très petites
tailles, sont présentées ici en s'appuyant sur deux exemples de projets menés en collaboration
entre le CNES et le CEA : ERATO comme générateur électrique et MAPS pour la propulsion
nucléothermique.

Les utilisations potentielles de l'énergie nucléaire dans l'espace

La production d'électricité
Depuis le début des activités spatiales dans le monde, satellites, sondes d'exploration
planétaire, navettes, stations automatiques ou habitées... ont constamment eu besoin
pour fonctionner d'énergie électrique. Par ailleurs, quel que soit le moyen de
production d'énergie, les systèmes spatiaux opérationnels aujourd'hui ont toujours
été optimisés du point de vue de leur durée de vie et de leurs performances dans un
souci constant d'économie des réserves d'énergie embarquées. Afin de ne pas limiter
les activités de l'homme dans l'espace faute de source d'énergie convenable, les
agences spatiales n'excluent pas le recours à l'énergie nucléaire dans leurs missions
futures. Parmi celles-ci, l'exploration planétaire lointaine, l'alimentation de bases
lunaire ou martienne ou les missions lourdes vers Mars sont envisagées aujourd'hui
et l'énergie nucléaire y représente une source d'énergie sans équivalent.

Il existe des moyens très divers pour produire l'électricité dans l'espace chacun ayant
son domaine privilégié d'application (Tableau 1). En dehors des générateurs
chimiques limités à des applications de courte durée et des panneaux solaires
encombrants bornés à des applications à proximité du soleil, les générateurs
radioisotopiques (RTG#) ont assuré bon nombre de missions jusqu'à maintenant.
L'extrapolation en puissance des RTG pose néanmoins des problèmes
incontournables de faisabilité et de sûreté ainsi que d'approvisionnement en ^ P u .
Dans ce contexte, le générateur électronucléaire offre une large gamme de puissance
pour une masse spécifique relativement faible (kg/kWe).

Radioisotope Thermoelectric Generator

171
DISCLAIMER

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Le réacteur électronucléaire peut être couplé à des propulseurs électriques. C'est le
cas des missions vers les planètes extérieures où les satellites peuvent alors tirer un
bénéfice considérable de ce couplage. La source de puissance assure également
l'alimentation de la sonde pendant la mission scientifique, ce qui permet des
puissances d'émission 100 à 1000 fois plus élevées que sur les sondes de la NASA.
Enfin, le niveau de puissance (30 à 300 kWe) correspond aussi à celui exigé pour
l'approvisionnement en électricité d'une base lunaire (nuit de 14 jours) ou martienne.

Tableau 1
Gamme de
Générateurs Autonomie Masse spécifique
puissance
Turbogénérateurs à quelques - ~ 5 kg/kWe
ergols heures
plusieurs
Electrochimiques quelques dizaines de
centaines
kWe ~15kg/kWe
(piles à combustibles)
d'heures
Solaires
10 ans
quelques dizaines de 100à200kg/kWe(avec
photovoltaïques kWe batteries)
Solaires dynamiques 7 ans 20-100kWe 150à300kg/kWe
quelques ~ 200 kg/kWe (RTG)
Radioisotopiques
dizaines quelques kWe
(238Pu) : RTG, DISP* ~ 100 kg/kWe (DISP)
d'années
30 kg/kWe à 200 kWe
Réacteurs nucléaires 10 ans 10kWe-l MWe
100kg/kWeà20kWe
Dynamic Isotope Power System

La propulsion nucléaire thermique et la -problématique du transport spatial


L'énergie disponible par unité de masse d'un matériau fissile est approximativement
sept ordres de grandeur supérieure à celle produite par la meilleure réaction
chimique (H2/O2) qui chauffe le gaz avant de le détendre dans une tuyère. Bien
entendu, en aucun cas la totalité de cette énergie ne sera transformée en enthalpie
pour le gaz propulsif compte tenu des problèmes posés par les hautes températures,
les pertes par transfert thermique et du fait que seulement une partie du combustible
nucléaire est brûlé. Néanmoins, l'idée d'utiliser un réacteur nucléaire pour chauffer
un gaz propulsif semble attrayante.

En effet, la seconde loi de Newton appliquée à un véhicule spatial de masse m animé


de la vitesse V et éjectant du gaz à la vitesse Véj implique :

dV_ dm
(1)
dt

172
La poussée F fournie au véhicule pendant un certain temps permet d'obtenir un
incrément de vitesse AV :

M initi
itiale
(2)
M final

La différence entre la masse initiale et la masse finale correspond aux ergols brûlés.
Cette quantité est d'autant plus faible pour un même incrément de vitesse que la
vitesse d'éjection est élevée. Or la conservation de l'énergie d'un gaz chaud qui se
détend dans une tuyère fait apparaître que cette vitesse d'éjection est proportionnelle

à J — où M est la masse molaire du gaz éjecté. Lors de la combustion H2/O2, la


\M
température atteinte dans la chambre de la tuyère est de l'ordre de 3500 K pour une
masse M de 18 g/mol. En considérant de l'hydrogène chauffé par un réacteur
nucléaire jusqu'à des températures de l'ordre de 2000 K, un facteur 2 est vite gagné
sur la vitesse d'éjection et donc sur la consommation d'ergol. Cette estimation
rapide des ordres de grandeur montre que l'énergie nucléaire ouvre la voie à une
nouvelle gamme de propulseur là où le propulseur chimique a désormais atteint ses
meilleures performances avec le couple H2/O2.

Les missions spatiales proches de la terre pour les applications commerciales


(satellites de télécom, de télévision, d'imagerie)
Hohman
sont couvertes par la propulsion chimique
classique. Pour une mission automatique vers
Mars où la durée du voyage n'est pas un
facteur déterminant et où la charge utile est
modeste, la propulsion chimique est aussi la
solution. Par contre, pour une mission habitée
la charge utile à déposer sur Mars est de l'ordre
de 30 tonnes et la durée du voyage doit être
aussi la plus courte possible. Le déroulement
d'une mission "moderne" est d'abord une
injection par un lanceur lourd "conventionnel"
type Ariane 5, sur une orbite terrestre basse
(500 km) d'un véhicule de transfert. Il convient
de limiter la masse à mettre en orbite basse (la
capacité d'Ariane 5 est de l'ordre de 20 tonnes
!). Il s'agit aussi d'éviter de multiples
lancements, des manœuvres de rendez-vous et
d'assemblage en orbite et le critère actuel est de
"limiter" la masse en orbite basse à 120 T
(masse accessible à un super lanceur lourd).

La trajectoire de transfert la plus "économique"


est celle dite de Hohmann mais pour Mars le
voyage dure 258 jours. Pour raccourcir la durée

173
du transfert on utilise des trajectoires sécantes.

La figure 1 suivante illustre le besoin en AV pour des transferts martiens en fonction


du temps de transfert. Le AV correspond à la somme de deux termes :
• AVI pour se libérer de l'attraction gravitationnelle de la Terre et s'engager sur
une trajectoire elliptique dont le soleil est un foyer et rencontrer la trajectoire
de la planète visée,
• AV2 pour ralentir la sonde et la faire capturer par le champ gravitationnel de
la planète.
Figure 1 Figure 2

Dur** du traj«t Mars


M d**TBots ( Dur*» =205 )oun ; M H M uHta 20 T ) )

- ^ \

X
2

0
_ „ -
(T
•— ) 170
^ - "
Doit» V total
DottaV2
4

2-

La masse d'ergols fonction de l'ISP* pour une mission destinée à poser sur Mars une
charge utile de 20 tonnes et d'une durée de 205 jours, est illustrée par la figure 2. Il
apparaît clairement que la propulsion nucléaire pour des missions habitées vers Mars
est la bonne solution.

Pour des missions vers d'autres planètes, le tableau suivant indique les temps de
transfert par des trajectoires de Hohmann et les AV correspondants pour des
missions vers les planètes du système solaire :

Mercure Vénus Mars Jupiter Saturne Uranus Neptune Pluton


AV (km/s) 13,2 6,8 5,7 23,3 17,7 14,5 15,2 11,1
Durée/année 0,3 0,4 0,7 2,7 6 16 31 45

Les mêmes considérations que celles développées sur la mission martienne


conduisent à rechercher une ISP la plus élevée possible. Il convient alors d'utiliser la
propulsion électrique (ionique ou plasmique) qui permet des ISP de l'ordre de
10 000 s. Ce type de propulseur nécessite une puissance électrique de quelques
Mégawatt. Ce niveau de puissance est inaccessible aux cellules photovoltaïques. Le
recourt à l'énergie nucléaire est dans ce cas aussi une solution à retenir {propulsion
nucléaire électrique).

* Impuslsion Spécifique (s) = Vitesse d'éjection du gaz /g0

174
Les aspects de sûreté

Psychologiquement, compte tenu de l'ambiance antinucléaire latente ou active dans


de nombreux pays, l'envoi d'un réacteur nucléaire dans l'espace peut être considéré
comme une sorte de provocation.

Historiquement, il facile de rappeler que les américains et les russes ont envoyé et
continuent d'envoyer des matières nucléaires dans l'espace (réacteurs nucléaires avec
satellites militaires et ^ P u des RTG installés sur ULYSSE, GALILEO, CASSINI...). La
prise de conscience sur le plan international des questions posées par la sûreté des
sources d'énergie nucléaire dans l'espace est apparue après les accidents recensés de
satellites soviétiques équipés de réacteurs nucléaires : Cosmos 954 en 1978 (retombé
dans le nord canadien) et Cosmos 1402 en 1983 (retombé dans l'océan indien au nord
de Madagascar).

Cependant, les recommandations internationales en matière de sûreté sont moins


nettes et concrètes pour le nucléaire spatial que pour la plupart des autres utilisations
de l'énergie nucléaire (transports internationaux des matières radioactives,
propulsion navale) pour lesquelles une concertation multilatérale a conduit à
l'établissement de règles et de critères de sûreté communs. Malgré la dimension
internationale de ces aspects de sûreté liés à la mondialisation des risques
radiologiques éventuels, aucun critère quantitatif n'existe en terme de sûreté des
sources d'énergie nucléaire dans l'espace.

Cet état de fait impose aux concepteurs des systèmes nucléaires spatiaux le soin de
réaliser, en parallèle des études de dimensionnement, l'analyse de sûreté (qualifiée
d'exploratoire) basée sur des objectifs et des options de sûreté le plus souvent
définies par eux même. Il en ressort une base commune de critères de sûreté
généralement admis et pris en considération dès les études de conception :
le réacteur est lancé vierge de tous produits radioactifs (produits de fission et
transuraniens) en dehors des éventuelles sources de démarrage et des corps
formés par la première divergence de calibrage. Le recours à un combustible
uranium est incontournable.
le fonctionnement du réacteur ne sera possible que lorsqu'il sera sur une orbite
assez haute dite orbite de sécurité. Une adéquation est souvent recherchée
entre l'évolution de la radiotoxicité de l'inventaire du cœur et le temps de vie
du satellite sur cette orbite.
- les rejets de corps radioactifs dans l'espace doivent être réduits au maximum.
Cette philosophie est généralement rencontrée dans les grands programmes
de sûreté qui prévoient la réduction des risques à un niveau aussi faible que
raisonnablement réalisable.
- le réacteur est maintenu sous-critique dans tous les cas d'accident (incendie,
retombée sur le pas de tir, immersion dans l'océan,...).

175
A titre d'illustration du premier point, une évaluation faite par Technicatome au
cours des études LunPS* a montré que les risques encourus en terme de débit
d'équivalent de dose par l'échec au lancement étaient de 7 à 10 ordres de grandeur
plus faibles pour le réacteur LunPS que pour l'ensemble des RTG de la mission
CASSINI. Par ailleurs, les études MAPS ont montré qu'au bout de deux siècles,
l'inventaire radioactif du réacteur en fin d'utilisation représenterait une activité
inférieure à 1 Cu. Ceci correspondrait à une dose reçue dans un environnement
proche du réacteur très vite comparable à la dose reçue dans l'espace interplanétaire,
qui, rappelons-le, reste très hostile de ce point de vue (rayonnement cosmique et
rayonnement solaire : p + , a et ions).

Les concepts de générateurs électronucléaires

Les contraintes et le problème de la source froide Le générateur électronucléaire ERATO


Le générateur électronucléaire spatial se
compose de : cylindre
un réacteur nucléaire qui constitue la
source chaude du système
- un système de conversion d'énergie
- un radiateur qui représente la source
froide (rayonnement vers l'espace)
un bouclier de protection
radiologique qui protège de
l'irradiation les matériels sensibles
embarqués.

Parmi les contraintes imposées aux


systèmes spatiaux, celles liées à la masse et
à l'encombrement minimum sont
primordiales. Ce souci de compacité
conduit à envisager des réacteurs de petites
tailles à uranium très enrichi (93 %). Par
ailleurs, le recours au rayonnement vers
l'espace comme source froide et la minimisation de l'encombrement du radiateur
sont très contraignants. Il conduit souvent à envisager des températures de
fonctionnement dans le réacteur très élevées. En effet, la puissance rayonnée dans
l'espace est reliée à la puissance fournie Wpar :

(3)

* Lunar Nuclear Power System

176
où Î] peut être explicité par le rendement de Carnot en fonction de 7/ et Tch, les
températures des sources froide et chaude. La surface de radiateur Srad s'exprime
par :

ÎJrad
1 w (4)

Elle présente alors un minimum pour T/=(3/4)Tc^, correspondant à un rendement de


Carnot de 25 %. Tout d'abord, il convient de noter que les rendements
thermodynamiques réels seront limités à des valeurs de l'ordre de 20 %. Nous
remarquerons ensuite qu'il est exclu de travailler à des températures trop basses au
niveau du radiateur. Des températures moyennes 7/ de 500 et 800 K correspondent
respectivement à des puissances rayonnées de 2.1 et 14 kW/m 2 pour une émissivité
de 0.6. Enfin, considérer une température moyenne 7/ de 800 K au niveau du
radiateur conduit à envisager des températures en sortie du cœur bien supérieures à
1000 K.

De ces considérations, il ressort qu'un réacteur de quelques centaines de kWe avec


un rendement de 20 % devra évacuer une puissance par rayonnement de l'ordre du
MWth qui correspondra à une surface de radiateur d'environ 100 m2. Il apparaît donc
que les contraintes d'encombrement d'un système de production d'énergie dans
l'espace sont des limites à l'extrapolation de la fourniture de fortes puissances
électriques. Seule la course à des hautes températures dans le réacteur permet de
contourner le problème et de réduire significativement la taille du radiateur.
Néanmoins, pour une température TCh fixée, (1500 K) le respect du minimum de
l'équation (4) imposera des technologies d'avant garde pour les matériaux utilisés
par le radiateur.

Clés pour la conception des générateurs électronucléaires spatiaux


Que ce soit pour la fourniture d'électricité ou la propulsion électrique, les
technologies des générateurs électronucléaires spatiaux ont été largement
développées durant ces dernières décades. Plusieurs systèmes ont été étudiés pour
fournir quelques dizaines à quelques centaines de kWe de puissance sur des périodes
allant de sept à dix ans. Au cours de ces projets, différents concepts de réacteurs à
gaz ou à métal liquide ont été couplés avec une grande variété de systèmes de
conversion d'énergie (thermoélectrique, thermoionique, Brayton, Rankine et
Stirling).

Le choix du couple - concept de réacteur / système de conversion - est à la base de


toutes les études de conception d'un générateur électronucléaire. Parmi les différents
projets étudiés, le couple réacteur à métal liquide / conversion thermoélectrique a
souvent été sélectionné (programme SP-100 aux USA). Basé sur un combustible UN
refroidi au lithium (1300 K), la puissance totale du système peut varier en changeant
le nombre de crayons combustibles et de convertisseurs thermoélectriques. Cette
flexibilité et sa compacité en ont fait une référence.

177
Le couple métal liquids/Stirling offre un meilleur rendement et des températures de
fonctionnement des matériaux plus basses. En revanche, il fait appelle à un cycle de
conversion plus innovant et moins bien connu. De plus, un système de conversion de
type Stirling ou s'appuyant sur un cycle de Brayton nécessite souvent de plus
grandes surfaces de radiateur que le système de conversion statique par
thermoéléments.

En ce qui concerne le concept thermoionique, plus de 30 réacteurs de ce type (TOPAZ


I) ont été envoyés en orbite terrestre par les Russes durant la guerre froide. Dans ce
concept, un courant est généré entre la gaine métallique du combustible (~ 2000 K),
qui émet par agitation thermique des électrons, et un collecteur (~ 1000 K) situé à
quelques centaines de (am de la gaine. Le collecteur refroidi par un métal liquide
(NaK dans TOPAZ II) peut être l'objet d'un deuxième système de conversion
(thermoélément SiGe sur TOPAZ) utilisant le reste de l'énergie non convertie par
effet thermoionique. Malgré un rendement assez faible (~ 5 %), ce concept a
l'avantage de présenter une faible surface de radiateur. Cependant, la dégradation
des performances de l'espace inter-électrodes au cours de la vie du réacteur exclue
une utilisation sur plus de trois ans. De plus, cette technologie maîtrisée aujourd'hui
essentiellement par les russes est limitée à des applications de faibles puissances
(< 100 kWe).

A côté des grands programmes


américains et russes précités, la France Tableau 2 : Caractéristiques ERATO 200 kWe
a étudié entre 1982 1989 un réacteur Puissance thermique llOOkW
électronucléaire à travers le projet Diamètre/hauteur cœur 32/32 cm
ERATO issu d'une collaboration entre Diamètre réacteur 48.8 cm
le CNES et le CE A [1]. Basé sur des Combustible (93 % 235U) UO? ou UN
technologies à court terme, les études Masse d'uranium 113 kg
se sont concentrées sur un générateur Réflecteur BeO
de 200 kWe puis de 20 kWe par la Densité de puissance comb. ~100W/cm3
suite. Les études de conception & Densité de puissance coeur ~10kW/litre
dimensionnement ont abouti à trois Caloporteur Lithium
concepts de cœur classés par leur Débit 5.4 kg/s
technologie combustible-caloporteur- Température entrée cœur 1147 °C
Température sortie cœur 1197 °C
matériaux de gainage et de structure :
Surface du radiateur 140 m2
• UO2/sodium/Inox T < 700 C Hauteur totale 17m
• UC2/He/alliages sp. T < 850 C Masse de l'ensemble 7000 kg
• UN/lithium/Mo-Re T<1150C

Les critères de dimensionnement du cœur


Dans un souci constant d'optimisation de la puissance spécifique (kWe/kg) des
systèmes spatiaux électrogènes, les réacteurs présentent souvent de petites
dimensions (20 à 30 cm de diamètre et hauteur) et utilisent de l'uranium enrichi à
93 %. Les puissances spécifiques rencontrées sont alors de l'ordre de quelques
dizaines de kW/litre de cœur. Dans les choix qui sont faits lors des études de

178
conception, l'avantage d'avoir recours ou non à un cœur à neutron rapide ou bien
thermalisé n'est pas évident (Tableau 3).
Tableau 3
Type de coeur rapide thermalisé
Taille critique et masse du système -- ++
Taux de combustion du combustible ++
Contrôle de la réactivité ++
Distribution de puissance ++
Dommages subits par les matériaux
(dpa, gonflement,...)
Gestion des hautes températures ++

Si le réacteur thermique à uranium fortement enrichi offre la plus petite taille


critique, bien d'autres paramètres sont à prendre en compte. Le taux de combustion
maximum du combustible (relié à la puissance et au nombre d'années de
fonctionnement requises), le contrôle de la réactivité, les pics de puissance, ...sont
autant de critères à considérer.

Ne pas dépasser un certain taux de combustion moyen dans le cœur (par exemple
70000 MWj/t) pour un réacteur de 1 MWth (200 kWe) devant fonctionner 10 ans
impose une charge minimum en uranium supérieure à 50 kg alors qu'à l'optimum de
modération d'un cœur refroidi au NaK et modéré au ZrH, environ 11 kg suffisent. Le
seul critère technologique du combustible force le choix d'un réacteur plutôt
épithermique et donc plus massif et plus lourd. Par ailleurs, le contrôle de la
réactivité, la gestion des pics de puissance et les problèmes de refroidissement du
modérateur sont au désavantage des cœurs à neutrons thermiques.

La propulsion nucléaire thermique

La définition de principe de la propulsion nucléaire thermique citée précédemment


mène directement aux limites technologiques et aux contraintes qui seront
rencontrées lors des études de conception d'un réacteur de propulsion :
• le combustible et une partie des matériaux de structure du réacteur devront
résister à de très hautes températures ( > 2000 K ). En revanche, les temps cumulés
de fonctionnement sur la vie du réacteur sont très faibles. En effet, contrairement
au propulseur électrique de très faible poussée, le moteur nucléothermique a des
poussées comparables aux moteurs cryogéniques et les temps sont courts pour
atteindre les incréments de vitesse. Le combustible nucléaire est donc fortement
sollicité en température mais peu du point de vue du taux de combustion.

179
la température de l'hydrogène en
sortie du cœur et le débit est imposé
par le niveau de poussée requis. Par r|3| lurbopcnip.

exemple, pour une poussée dix fois w»* -&UÊ i M ^ H » ^ ~ Sorti» pomp»

plus faible que le moteur Vulcain


h d t intern - — - J | | ^ M ^ ^ ^ B
d'Ariane V, soit environ 100 kN (10 ^^^HiBr dtprekdion
tonnes), il faut un réacteur de 450
MWth pour chauffer les ~ 14 kg/ s
d'hydrogène jusqu'à 2200 K. Or,
toujours dans un souci
Mem**

H
"H^HH

fMMnf
n n t m •—a**"01'"*01*
Cylindre . • i S H 1
<[Link] EKHfl
d'encombrement et de masse
minimum, les réacteurs de ^H^JBr r*IW)mr
propulsion font appel à l'uranium
très enrichi et possèdent des tailles
de cœur similaires à celles des Tirh
réacteurs électrogènes spatiaux. Les * "—By
densités de puissances atteintes, de I-.»!»

l'ordre de 1 à 10 MW/litre de cœur


dans ce type de réacteur, soit un à deux ordres de grandeur supérieures à celles
des REP, apparaissent donc comme un défi.
• enfin, le moteur doit pouvoir démarrer et atteindre sa puissance nominale très
rapidement, ce qui suppose un élément combustible capable de supporter des
variations de température très importantes sur des intervalles de temps très
courts.

Pour atteindre ces critères, oxydes, carbures, nitrures, ... d'uranium ont été
développés et testés (en pile et hors pile) pour des applications de propulsion
nucléaire spatiale. De vastes programmes de recherche sur les combustibles et la
conception de réacteur de propulsion ont été menés aux Etats-Unis et en URSS dès le
début des années 50 [2, 3]. Ils ont permis d'identifier des options de conception et des
combustibles prometteurs. Au cours d'expérimentations de prototypes testés sur
terre, des températures allant jusqu'à 2550 K pendant 2 heures ont été atteintes
(projet NERVA). Des combustibles fonctionnant à plus de 3000 K pendant une heure
en réacteur et plus de 100 heures en laboratoire ont été testés en URSS.

Un héritage technologique colossal a donc été laissé par le programme


Rover/NERVA mené aux Etats-Unis entre 1955 et 1973. Une remarque similaire peut
être faite concernant l'expérience acquise en URSS à la même période, mais qui reste
cependant plus confidentielle et plus difficilement mesurable. Pendant les années 95-
97, le CEA, en collaboration avec le CNES, a pris part à la définition d'un réacteur
nucléaire de propulsion (projet MAPS) pour des applications adaptées à Ariane V.

180
Le réacteur MAPS [4] est construit
Tableau 4 : Caractéristiques MAPS autour d'éléments combustibles
Puissance 300 MW annulaires. Le combustible est formé
Nb d'éléments combustible 19 d'un lit de particules de quelques
Diamètre/hauteur cœur 60/70 cm centaines de um situées entre deux
Diamètre réacteur 94 cm parois poreuses concentriques.
Combustible (93 %235U) UC, L'hydrogène, distribué à la
Masse d'uranium 19.2 kg périphérie, traverse radialement les
Modérateur/réflecteur Be parois de l'élément combustible et
Densité de puissance comb. 12.1 kW/cm3 s'échauffe au contact des particules.
Densité de puissance cœur 1.5kW/cm3 Ceci permet de maximiser surface
Température entrée cœur H2 150 K d'échange et dispersion du
Température sortie cœur H2 2200 K combustible et donc de minimiser sa
Hauteur totale du moteur 3.85 m température. Ces éléments
Masse de l'ensemble 1900 kg
combustibles sont disposés au sein
d'un massif modérateur-réflecteur
constitué de béryllium.

Les performances modestes de MAPS du point de vue propulsion (vitesse d'éjection


et poussée) en regard des projets américains et russes font apparaître néanmoins déjà
un très fort potentiel d'innovation radicale. De telles innovations permettraient
d'élargir le domaine de faisabilité des technologies du nucléaire d'aujourd'hui. Elles
pourraient avoir des retombées sur le combustible et la conception des réacteurs
terrestres ou dans des applications nécessitant de très hauts flux (incinération,
irradiation de matériaux) ou de très fortes compacités.

Références
[1] Etude de comparaison de différents générateurs spatiaux de 20 kWe.
F. Carre, E. Proust et P. Keirle. Rapport DEMT/SERMA-1056,1989.

[2] Annual 1st to 10th Symposium on Space Nuclear Power Systems.


Albuquerque 1984 - 2001.

[3] A critical Review of Space Nulcear Power and Propulsion - Mohamed S. El-GENK
AIP press, 1994

[4] La propulsion nucléaire thermique spatiale - X. Raepsaet


Rapport Scientifique CEA/DRN 1996.

181

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