0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
64 vues12 pages

Éthique : Principes et Histoire Morale

Le document traite de l'éthique, définie comme l'étude des principes régissant la conduite humaine, et explore les réflexions de J. Robert Oppenheimer sur la responsabilité des scientifiques. Il présente également les différents courants philosophiques qui ont influencé la pensée éthique à travers l'histoire, notamment les philosophies grecques, le stoïcisme, l'épicurisme et l'éthique chrétienne. Enfin, il souligne l'évolution de la morale et son impact sur la société, en mettant en lumière les valeurs fondamentales et les normes qui ont façonné la conduite humaine.

Transféré par

cheikhibrahimambaye22
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
64 vues12 pages

Éthique : Principes et Histoire Morale

Le document traite de l'éthique, définie comme l'étude des principes régissant la conduite humaine, et explore les réflexions de J. Robert Oppenheimer sur la responsabilité des scientifiques. Il présente également les différents courants philosophiques qui ont influencé la pensée éthique à travers l'histoire, notamment les philosophies grecques, le stoïcisme, l'épicurisme et l'éthique chrétienne. Enfin, il souligne l'évolution de la morale et son impact sur la société, en mettant en lumière les valeurs fondamentales et les normes qui ont façonné la conduite humaine.

Transféré par

cheikhibrahimambaye22
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

1.

PRÉSENTATION

Ethique (du grec ethos, « coutume », « usage », « caractère »), principes ou critères
d’évaluation de la conduite humaine, parfois appelés mœurs (latin mores) et, par extension,
étude de tels principes.

Oppenheimer, la Science et le Bon Sens (extrait)


Considéré comme le père de la bombe atomique pour avoir dirigé, de 1943 à 1945, le projet
Manhattan à Los Alamos (Nouveau-Mexique, États-Unis), J. Robert Oppenheimer a consacré
les dernières années de sa vie à l’étude des relations entre la science et la société. Dans la
Science et le Bon Sens, Oppenheimer retrace l’histoire des découvertes capitales du XXe siècle
et s’interroge sur les responsabilités et le rôle des scientifiques dans le monde moderne.
ouvrir l'encadré

Le terme latin ethica désigne la philosophie morale, qui relève des sciences sociales, par
opposition aux sciences exactes (mathématiques, logique) et aux sciences empiriques (chimie,
physique).

Axée sur le concept de responsabilité, l’éthique s’inscrit dans l’histoire des idées. La
philosophie grecque la conçut comme une réflexion sur la recherche du bonheur, alors que la
pensée chrétienne fit de l’amour son fondement.

L’époque contemporaine en a renouvelé l’approche en intégrant dans l’éthique les


interrogations sur le développement des différentes branches du savoir. Cette évolution se
justifie à cause de l’impossibilité, soulignée par Albert Jacquard dans sa Petite Philosophie à
l’usage des non-philosophes (1997), de mesurer les conséquences des progrès des sciences et
des techniques, notamment dans le domaine de la physique nucléaire, de la génétique ou de la
communication. Robert Misrahi propose dans la Signification de l’éthique (1995) de définir la
discipline comme « l’ensemble des principes purement humains qui devraient permettre au
plus grand nombre d’accéder à une existence pleinement satisfaisante et pleinement
significative, c’est-à-dire à une réalisation heureuse de la personnalité ».

[Link] ÉTHIQUES

Les philosophes ont cherché à définir la valeur positive ou négative de la conduite humaine en
se rapportant à deux principes majeurs : ils ont considéré certains types de conduite comme
bons en soi ou bons parce que conformes à une norme morale particulière. Le premier type de
conduite est choisi en vertu d’une valeur fondamentale (summum bonum), c’est-à-dire
désirable en soi, il n’est donc pas conçu comme un moyen pour arriver à une fin. Dans
l’histoire de l’éthique, on trouve trois critères de conduite du second type qui ont été tenus
chacun pour le souverain bien par différents groupes ou individus : le bonheur ou le plaisir ; le
devoir, la vertu ou l’obligation ; la perfection, le développement le plus parfaitement
harmonieux du potentiel humain.

L’autorité à laquelle doit obéir la conduite humaine change selon les écoles de pensée : la
volonté divine, les lois de la nature et les règles de la raison apparaissent tour à tour comme le
fondement de la régulation morale. Pour la pensée religieuse, selon laquelle la volonté divine
représente l’autorité suprême, les actions humaines doivent obéir aux commandements
consignés dans les textes sacrés. Pour les tenants de la théorie du droit naturel, qui accordent
la même autorité à la nature qu’à Dieu, il convient de juger le comportement des individus
selon sa conformité à la nature humaine. Pour le rationalisme, enfin, qui s’en remet aux
facultés intellectuelles de l’Homme pour distinguer le Bien du Mal, les choix moraux doivent
être dictés par la raison humaine.

Certains principes moraux ne font pas appel à des valeurs fondamentales, car les adeptes du
relativisme moral sont convaincus que toute tentative d’établir de telles valeurs est vouée à
l’échec. Ce type de doctrine morale, qui érige l’épanouissement naturel de l’Homme en
souverain bien, considère la sagesse, le plaisir ou le pouvoir comme la seule source de la
satisfaction naturelle de l’Homme.

L’hédonisme est la philosophie qui enseigne que le souverain bien est le plaisir. L’hédoniste
doit faire un choix entre les plaisirs les plus durables et les plaisirs les plus intenses ; il doit
décider s’il est souhaitable de refuser des plaisirs immédiats par égard pour le bien général et
si les plaisirs intellectuels sont préférables aux plaisirs physiques.

De nombreux courants philosophiques présentent la quête du pouvoir comme une inclination


naturelle de l’Homme. Pour eux, les individus se livrent en fait une lutte sans merci pour
s’accaparer les biens matériels et pour assujettir leurs semblables (Hobbes), sans se soucier
des préceptes moraux (Machiavel). La morale catholique et les idéologies égalitaires
(rousseauisme, marxisme), qui condamnent la poursuite des intérêts privés susceptibles de
nuire à autrui et à la communauté, prônent le renoncement au pouvoir, considérant celui-ci
comme dégradant et étranger à la nature humaine.

3
HISTOIRE
.

Du jour où les Hommes vécurent en groupes, une régulation morale du comportement devint
nécessaire au bien-être du groupe. Bien que les mœurs aient été formalisées et transformées
en critères de conduite arbitraires, elles évoluèrent, parfois irrationnellement, à la suite de
violations de tabous religieux ou, par hasard, lorsqu’un comportement d’abord devenu
habituel se transforma en coutume, ou encore en raison des lois que les chefs imposèrent à
leurs tribus pour prévenir la discorde. Même les grandes civilisations anciennes d’Égypte et
de Sumer n’ont pas élaboré une éthique systématisée. Aux maximes et préceptes consignés
par les chefs séculiers comme Ptahhotep se mêlait une religion stricte qui façonnait le
comportement de tout Égyptien. Dans la Chine ancienne, les maximes de Confucius devinrent
un code moral reconnu. À partir du VIe siècle av. J.-C., les philosophes grecs ont consacré une
large part de leurs théories au comportement moral, contribuant ainsi au futur essor de
l’éthique en tant que philosophie.

[Link] premières éthiques grecques

Au VIe siècle av. J.-C., Pythagore élabora l’une des plus anciennes philosophies morales à
partir de l’orphisme. Persuadé que la nature intellectuelle est supérieure à la nature sensuelle,
et que la meilleure vie est une vie consacrée à la discipline mentale, il fonda un ordre semi-
religieux dont les règles préconisaient la simplicité du parler, du vêtement et de la nourriture.
Les rituels auxquels étaient soumis les membres furent conçus dans le but de rendre
manifestes les croyances éthiques prescrites.

Au Ve siècle av. J.-C., les philosophes grecs, connus sous le nom de sophistes qui
enseignaient la rhétorique, la logique et l’éducation civique, furent sceptiques à l’égard des
principes moraux absolus. Le sophiste Protagoras considérait que le jugement humain est
subjectif et que la perception d’un individu n’a de valeur que pour celui-ci. Gorgias alla même
jusqu’à défendre l’idée extrême que rien n’existe : s’il existait quoi que ce soit, les êtres
humains ne pourraient le connaître ; s’ils le connaissaient, ils ne pourraient pas communiquer
cette connaissance. D’autres sophistes, comme Thrasymaque, se laissèrent gagner à cette
thèse.

Socrate s’opposait aux sophistes. Sa position philosophique, telle qu’elle est présentée dans
les dialogues de son élève Platon, peut se résumer comme suit : la vertu est la connaissance ;
seront vertueux ceux qui sauront ce qu’est la vertu ; le vice ou le mal sont le résultat de
l’ignorance. Ainsi, pour Socrate, l’éducation doit être axée sur l’enseignement de la vertu en
vue de développer le sens moral des hommes.

2
Les écoles d’éthique grecques
.

La plupart des écoles grecques de philosophie morale puisèrent leur source dans les leçons de
Socrate. Quatre d’entre elles furent créées par ses disciples immédiats : l’école des cyniques,
l’école des cyrénaïques, l’école des mégariques (fondée par Euclide de Mégare) et les
platoniciens.

Les cyniques, en particulier le philosophe Antisthène, considéraient que le souverain bien est
la totale indépendance à l’égard des choses extérieures, que la maîtrise de soi représente la
seule valeur irréductible et qu’il est possible de l’enseigner. Les cyniques méprisaient le
plaisir, considéré comme un mal s’il constituait le principe de l’action. Ils voyaient dans toute
fierté un vice, y compris dans la fierté de l’apparence ou de la propreté. On rapporte que
Socrate dit à Antisthène : « Je peux voir ta fierté par les trous de ta cape. »

Les cyrénaïques, et notamment Aristippe de Cyrène, étaient hédonistes. Ils postulaient que le
plaisir est le souverain bien (pour autant que l’on ne place pas sa vie sous sa domination),
qu’aucune sorte de plaisir n’est supérieure à une autre et qu’il n’est mesurable qu’en termes
de degré et de durée.

Les mégariques, disciples d’Euclide, affirmaient que le bien est « un », même si on l’appelle
sagesse, Dieu ou raison, et que le bien est le secret ultime de l’univers qui ne peut être percé
qu’au moyen de la recherche logique.

Selon Platon, le bien est un élément essentiel de la réalité. Le mal n’a pas d’existence propre,
il est plutôt un reflet imparfait du réel. Dans ses dialogues (première moitié du IVe siècle
av. J.-C.), il soutient que la vertu humaine consiste en l’aptitude qu’a une personne à
accomplir la fonction qui lui est propre dans le monde. L’âme humaine comprend trois
éléments : l’intellect, la volonté et l’émotion, dont chacun possède une vertu spécifique et
remplit un rôle particulier chez une personne bonne. La vertu de l’intellect réside dans la
sagesse ou dans la connaissance des fins de la vie ; la vertu du courage correspond à la
capacité d’agir, et celle des émotions à la tempérance ou à la maîtrise de soi. La dernière
vertu, la justice, est la relation harmonieuse entre toutes les autres, chaque partie de l’âme
accomplissant la tâche qui lui incombe et gardant la place qui lui est assignée. Pour Platon,
l’intellect doit être souverain, alors que l’on ne doit laisser agir la volonté qu’après l’intellect,
et qu’il faut assujettir les émotions à l’intellect et à la volonté. Une personne juste dont la vie
est ordonnée de la sorte est, pour cette raison, une personne bonne.
Aristote, qui fut l’élève de Platon, considérait que le bonheur est le but de la vie. Dans son
principal ouvrage sur l’éthique, l’Éthique à Nicomaque (fin du IVe siècle av. J.-C.), il
définissait la quête du bonheur comme une activité propre à l’Homme ; si le plaisir
accompagne une telle activité, il n’en est pas le but principal. Le bonheur provient de cet
attribut exclusivement humain qu’est la raison, celle-ci opérant en parfaite harmonie avec les
autres facultés de l’Homme. Aristote pensait que les vertus sont essentiellement de bonnes
habitudes et que, si l’on veut accéder au bonheur, l’Homme doit développer deux sortes
d’habitudes : les habitudes de l’activité mentale, telle la connaissance, qui conduit à l’activité
humaine la plus noble, à savoir la contemplation, et les habitudes de l’action pratique et de
l’émotion, comme le courage. Les vertus morales sont des habitudes de conduite qui
respectent le principe de la modération, celui du « juste milieu », et qui doivent être flexibles
en raison des différences entre les hommes et de la variation des facteurs extérieurs. Ainsi, la
quantité de nourriture à consommer par un individu doit être déterminée en fonction de la
taille, de l’âge et des activités de celui-ci. De façon générale, Aristote considérait le moyen
terme comme un état vertueux entre les deux extrêmes que représentent l’excès et
l’insuffisance : ainsi, la générosité, en tant que vertu, est-elle le moyen terme entre dépense
inconsidérée et avarice. Pour Aristote, les vertus intellectuelles et morales ne sont que des
moyens en vue d’atteindre le bonheur qui résulte d’une pleine réalisation du potentiel humain.

[Link] stoïcisme

La philosophie du stoïcisme s’est développée vers 300 av. J.-C., pendant les périodes
hellénistique et romaine. En Grèce, les principaux philosophes stoïciens étaient Zénon de
Citium, Cléanthe et Chrysippe. À Rome, le stoïcisme fut la plus populaire des philosophies
grecques ; Cicéron est à ranger au nombre des Romains célèbres à avoir subi son influence.

Les grandes figures du stoïcisme de l’époque romaine furent le philosophe grec Épictète, et
l’empereur et philosophe romain Marc Aurèle. Aux yeux des stoïciens, la nature est une entité
ordonnée et rationnelle : seule une vie menée en harmonie avec la nature peut être bonne.
Affirmant que la vie est sous l’emprise des forces matérielles, les stoïciens recommandent
cependant à chacun de s’en rendre aussi indépendant que possible. Certaines vertus cardinales
telles que la sagesse pratique, le courage, le discernement et la justice permettent d’accéder à
l’indépendance et de suivre la devise stoïcienne : « Endure et renonce. » C’est de là que le
terme « stoïque » en est venu à avoir le sens de courage dans la souffrance.

4.L’épicurisme

Aux IVe et IIIe siècles av. J.-C., le philosophe grec Épicure développa un système de pensée
appelé plus tard épicurisme, qui faisait du plaisir, et tout particulièrement du plaisir
intellectuel, le souverain bien et qui, à l’instar du stoïcisme, préconisait une vie de
tempérance, voire ascétique, entièrement consacrée à des activités contemplatives. Le
principal interprète romain de l’épicurisme fut le poète et philosophe Lucrèce, dont le poème
De natura rerum (De la nature), composé au milieu du Ier siècle av. J.-C., constituait la
somme d’idées provenant des doctrines cosmologiques du philosophe grec Démocrite et
d’idées inspirées de la morale d’Épicure.

Les épicuriens cherchaient à atteindre le plaisir en conservant un état de sérénité, c’est-à-dire


en éliminant tout trouble affectif. Ils considéraient les croyances et les pratiques religieuses
comme nocives parce qu’elles génèrent des interrogations sur la mort et sur la vie après la
mort, qui sont autant de sources de préoccupation pour l’Homme. Les épicuriens pensaient
qu’il est préférable de différer un plaisir immédiat en vue de parvenir à une satisfaction
ultérieure plus sûre et plus durable ; aussi insistaient-ils sur le fait qu’une vie bonne doit
reposer sur la maîtrise de soi.

5.L’éthique chrétienne

Les systèmes éthiques de l’âge classique furent destinés à l’aristocratie, notamment en Grèce,
et nullement aux non-Grecs, dénommés « barbares », terme qui prit une connotation
péjorative. L’attitude adoptée envers les Barbares était semblable en tout point à l’attitude
envers les esclaves, décrits par Aristote comme des « outils vivants » et considérés comme
tels par l’ensemble des citoyens. C’est ce qui explique en partie que les philosophies
contemporaines du déclin des religions païennes ne suscitèrent pas l’adhésion populaire et que
l’un des principaux attraits du christianisme consistait dans le fait qu’il procédait à l’extension
de la citoyenneté morale à tous, même aux esclaves.

L’apparition du christianisme marqua une révolution en morale, dans la mesure où elle


introduisit une conception religieuse du bien dans la pensée occidentale. Dans la perspective
chrétienne, l’Homme dépendait entièrement de Dieu et ne pouvait parvenir à l’excellence ni
au moyen de la volonté, ni au moyen de l’intelligence, mais seulement avec l’aide de la grâce
divine. La doctrine de la morale chrétienne primitive établit plusieurs règles d’or : « Faites
pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous » (Évangile selon saint
Matthieu, VII, 12), formule des injonctions d’aimer son prochain comme soi-même
(Lévitique, XIX, 18), d’aimer ses ennemis (Évangile selon saint Matthieu, V, 44) et ordonne
selon la parole de Jésus : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à
Dieu » (Évangile selon saint Matthieu, XXII, 21). Jésus pensait que le sens de la loi juive était
pour l’essentiel contenu dans le commandement « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton
cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-
même » (Évangile selon saint Luc, X, 27).

Le christianisme primitif insistait sur les valeurs telles que l’ascétisme, le martyre, la foi,
l’indulgence, le pardon, la chasteté — autant de vertus considérées souvent comme centrales
par les philosophes grecs et romains de l’Antiquité.

6
L’éthique des Pères de l’Église
.

L’éthique chrétienne se constitua dans un contexte intellectuel marqué par la rivalité que le
christianisme entretenait avec le manichéisme, religion d’origine perse, qui voyait dans le
bien et le mal (la lumière et l’obscurité) des forces opposées engagées dans la conquête du
monde. Le manichéisme connut un immense retentissement aux IIIe et IVe siècles.

Saint Augustin, que l’on considère comme le fondateur de la théologie chrétienne, était à
l’origine un adepte du manichéisme, qu’il abandonna sous l’influence de la pensée
platonicienne. Après s’être converti au christianisme en 387, il chercha à intégrer les
conceptions platoniciennes au concept chrétien de bien, conçu en tant qu’attribut de Dieu, et à
celui du péché, représenté par la chute d’Adam dont la culpabilité est rachetée en l’Homme
par la miséricorde de Dieu. La croyance manichéenne dans le mal ne fut pas ébranlée pour
autant : saint Augustin lui-même demeura convaincu que la nature humaine est foncièrement
marquée par le péché. Cette conviction qui l’emporta dans le christianisme primitif peut
expliquer en partie l’importance que celui-ci accordait à la chasteté et au célibat.
À la fin du Moyen Âge, les œuvres d’Aristote, que les textes et commentaires d’érudits arabes
avaient rendu disponibles, exercèrent une influence considérable sur la pensée européenne. En
opposant la connaissance empirique à la révélation, l’aristotélisme menaçait l’autorité
intellectuelle de l’Église. Le théologien chrétien saint Thomas d’Aquin parvint néanmoins à
réconcilier l’aristotélisme avec l’autorité de l’Église en reconnaissant à la fois la vérité de
l’expérience sensorielle et sa complémentarité avec la vérité de la foi. C’est ainsi que la
grande autorité intellectuelle d’Aristote fut mise au service de l’autorité de l’Église, et que la
logique aristotélicienne fut utilisée pour défendre les concepts de péché originel et de
rédemption par la grâce divine. Cette synthèse constitue la substance de l’œuvre majeure de
saint Thomas d’Aquin, Summa theologica (Somme théologique, 1266-1273).

7.Éthique et pénitence

Au fur et à mesure que s’accroissait le pouvoir de l’Église médiévale, le système éthique


évolua, sanctionnant de punitions le péché, et de récompenses après la mort la vie vertueuse.
Les plus hautes vertus étaient l’humilité, la continence, la bienfaisance et l’obédience.
L’intériorité, ou bonté de l’esprit, était indispensable à la moralité. Toutes les actions, bonnes
et mauvaises, furent hiérarchisées par l’Église, qui institua un système de pénitence
temporelle pour l’expiation des péchés.

Les croyances morales de l’Église médiévale trouvèrent une expression littéraire dans la
Divine Comédie de Dante, qui fut influencé par les philosophies de Platon, d’Aristote et de
saint Thomas d’Aquin. Dans la partie de la Divine Comédie intitulée « Enfer », Dante
ordonne les péchés en trois catégories principales, elles-mêmes divisées en sous-catégories.
Dans l’ordre croissant du mal, il place en tête les péchés d’incontinence (péchés sensuels ou
émotionnels), suivis de la violence ou de la bestialité (péchés de la volonté) et de la fraude ou
de la malveillance (péchés de l’intellect). Il s’agit donc d’une reprise des trois facultés établies
par Platon dans leur ordre d’importance, les péchés étant considérés comme la corruption de
l’une ou l’autre de ces facultés.

8.L’éthique après la Réforme

L’influence des croyances et pratiques chrétiennes faiblit durant la Renaissance. La Réforme


protestante opéra un puissant retour aux principes de base de la tradition chrétienne, mettant
l’accent sur certaines conceptions existantes et introduisant de nouvelles idées. Selon Martin
Luther, la bonté de l’esprit est l’essence de la piété chrétienne. Si la conduite morale ou les
bonnes œuvres sont exigées du chrétien, le salut ne vient que par la foi, et la rédemption par la
grâce. Luther lui-même se maria et le célibat cessa d’être imposé au clergé protestant.

Jean Calvin acceptait la doctrine théologique du salut par la seule foi et maintenait la doctrine
augustinienne du péché originel. Les puritains étaient calvinistes et adhéraient aux thèses de
Calvin en faveur de la sobriété, de la diligence, de l’économie et de l’absence d’ostentation.
La contemplation n’était à leurs yeux que pure paresse et la pauvreté, soit la punition du
péché, soit la preuve de l’absence de grâce divine. Les puritains croyaient que seuls les élus
pouvaient attendre le salut. Ils se considéraient eux-mêmes comme élus mais ne pouvaient en
avoir la certitude à moins d’en avoir reçu un signe. Ils jugeaient leur mode de vie conforme à
l’éthique et propre à leur assurer la prospérité sur terre. Aussi la prospérité matérielle était-elle
considérée comme un signe. La bonté en vint ainsi à être associée à la richesse, et la pauvreté
au mal. L’échec d’une vocation semblait être le signe évident du refus de l’assentiment divin.
La conduite qui avait été censée ouvrir la voie à la sainteté mena les descendants des puritains
à la richesse terrestre.

Dans l’ensemble, pendant la Réforme, la responsabilité individuelle avait plus d’importance


que l’obéissance à l’autorité ou à la tradition. Ce déplacement d’accent qui a indirectement
conduit au développement de l’éthique séculière moderne est illustré dans De jure belli ac
pacis (« Sur le droit en temps de guerre et en temps de paix », 1625) de Hugo Grotius. Bien
que son œuvre adhère à certaines doctrines de saint Thomas, elle traite des devoirs politiques
et civils de l’Homme dans l’esprit de l’ancienne loi romaine. Grotius avançait que le droit
naturel fait partie de la loi divine et qu’il est fondé sur la nature humaine, dans laquelle il
voyait un désir d’association pacifique avec les autres et une tendance à se conduire selon des
principes généraux. Il trouvait donc normal que la société soit fondée sur la loi naturelle.

9
Les philosophies morales séculières
.

Dans le Léviathan (1651), Thomas Hobbes accorde la plus grande importance à la société
organisée et au pouvoir politique. Il soutient que la vie humaine « à l’état de nature » (en
dehors de l’institution de l’État ou antérieurement à celui-ci) est « solitaire, pauvre,
dangereuse, bestiale et courte » et que c’est l’état de « guerre de tous contre tous ». En
conséquence, les hommes recherchent la sécurité en passant un contrat social dans lequel
chacun renonce à son pouvoir originel en faveur d’un souverain qui règle la conduite de
chacun.

Cette position conservatrice en politique présuppose que les hommes sont mauvais par nature
et qu’ils doivent être soumis à la répression exercée par un État fort. Néanmoins, Hobbes
affirmait que si un souverain incapable d’assurer la sécurité et l’ordre est détrôné par ses
sujets, ceux-ci retournent à l’état de nature et concluent alors un nouveau contrat social. La
doctrine de Hobbes relative à l’État et au contrat social a influencé la pensée de John Locke.
Dans ses Deux Traités sur le gouvernement (1690), Locke soutient cependant que le contrat
social a pour but de réduire le pouvoir absolu de l’autorité et de favoriser la liberté
individuelle.

La raison humaine est le fondement d’une conduite bonne dans le système développé par
Baruch Spinoza. Dans son œuvre majeure l’Éthique démontrée selon la méthode géométrique,
(Ethica ordine geometrico demonstrata, 1674), Spinoza déduit l’éthique de la psychologie, et
la psychologie de la métaphysique. Il soutient la neutralité morale de toute chose du point de
vue de l’éternité (« sub specie aeternitatis » ; seuls les besoins et les intérêts humains
déterminent ce qui est considéré comme bon ou mal, juste ou faux. Tout ce qui aide
l’humanité à connaître la nature ou tout ce qui est en accord avec la raison humaine est
reconnu comme bon. Comme on peut raisonnablement supposer que ce que les hommes ont
en commun est aussi ce qui est le meilleur pour chacun d’eux, le bien auquel ils devraient
aspirer pour les autres est le bien auquel ils aspirent pour eux-mêmes. La raison est en outre
nécessaire pour tenir les passions en échec et pour connaître le plaisir et le bonheur en évitant
la douleur. Aux yeux de Spinoza, l’état suprême pour l’Homme est l’« amour intellectuel de
Dieu » dérivé de l’entendement intuitif, cette faculté supérieure à la raison ordinaire. L’usage
adéquat de cette faculté permet de contempler la totalité de l’univers mental et physique, et de
comprendre qu’il contient une substance infinie que Spinoza nomme « Dieu ».

[Link] lois de Newton


La plupart des découvertes scientifiques majeures eurent des répercussions sur l’éthique. Les
découvertes d’Isaac Newton au XVIIe siècle furent parmi les premières à en fournir un des
exemples les plus éloquents. Les lois de Newton étaient généralement considérées comme la
preuve de la rationalité de l’ordre divin. Ce sont les découvertes de Newton qui entraînèrent
les philosophes à faire confiance à un système éthique aussi rationnel et ordonné qu’était
supposée l’être la nature.

[Link] philosophies morales avant le darwinisme

Au XVIIIe siècle, David Hume, dans ses Essais moraux et politiques (1741-1742) et Adam
Smith, qui fut par ailleurs le défenseur de la théorie économique du « laisser-faire », dans sa
Théorie des sentiments moraux (1759), ont élaboré des systèmes de morale subjective
similaires. Ils assimilaient tous deux le bien à tout ce qui suscitait des sentiments de
satisfaction et le mal à tout ce qui suscitait des sentiments douloureux. Pour Hume et pour
Smith, les idées relatives à la morale et à l’intérêt public proviennent des sentiments de
sympathie que les hommes se portent mutuellement même en dehors de liens de parenté ou
d’autres liens directs.

En France, Jean-Jacques Rousseau adhéra, dans son œuvre majeure intitulée Du contrat social
(1762), à la théorie hobbienne. Cependant, dans Émile (1762) et dans d’autres ouvrages, il
attribue le mal aux anomalies inhérentes à toute organisation sociale et juge les hommes bons
par nature. L’anarchiste, philosophe, romancier et économiste politique britannique William
Godwin a poussé cette idée à l’extrême dans son Enquête sur la justice politique (1793), où il
rejette toutes les institutions sociales, y compris celle de l’État, considérant que par leur
existence même, elles constituent une source du mal.

Opérant une « révolution copernicienne » en philosophie, Emmanuel Kant apporta une


contribution majeure à l’éthique avec le Fondement de la métaphysique des mœurs (1785).
Pour Kant, aussi judicieusement que l’on agisse, les résultats des actions humaines sont
exposés aux accidents et aux aléas. Par conséquent, il ne faut pas juger la moralité d’un acte
par ses conséquences mais seulement par la motivation qui y a présidé. Seule est bonne
l’intention parce qu’elle conduit l’Homme à agir non par inclination mais par devoir, lequel
repose sur un principe général qui est juste en soi. Quant au principe moral de base, Kant
reprend la règle d’or sous une forme logique : « Agis de telle sorte que la maxime de ton
action puisse être érigée en règle universelle. » Cette règle est appelée impératif catégorique,
parce qu’elle est inconditionnelle et qu’elle a la forme d’un commandement. Aussi, Kant
insiste-t-il sur le fait que l’on doit traiter autrui « en toute circonstance comme une fin et
jamais seulement comme un moyen ».

3
L’utilitarisme
.

La doctrine morale et politique connue sous le nom d’utilitarisme fut formulée par Jeremy
Bentham vers la fin du XVIIIe siècle et exposée plus tard par James Mill ainsi que par son fils
John Stuart Mill. Dans son Introduction aux principes de morale et de législation (1789),
Bentham présente le principe d’utilité comme le moyen d’augmenter le bonheur de la
communauté. Il pensait que toute action est motivée par le désir de procurer du plaisir et
d’éviter la douleur. L’utilitarisme étant un hédonisme universel et non pas égoïste comme
l’épicurisme, il considérait le plus grand bonheur du plus grand nombre comme le bien
suprême.
4.L'éthique hégélienne

G. W. F. Hegel, dans les Principes de la philosophie du droit (1821), reprit à son compte
l’impératif catégorique de Kant en le plaçant dans une théorie universelle de l’évolution qui
conçoit toute l’histoire comme une succession de stades menant vers la manifestation d’une
réalité fondamentale à la fois spirituelle et rationnelle. Pour Hegel, la morale n’est pas le
résultat d’un contrat social mais relève d’un développement naturel qui prend son essor dans
la famille et culmine historiquement dans l’État prussien de son temps. L’histoire du monde,
selon Hegel, se développe sous l’impulsion d’une volonté naturelle incontrôlée, qui obéit à un
principe universel et qui la dirige vers la liberté subjective.

Søren Kierkegaard s’opposa violemment au système hégélien. Dans Ou bien ... ou bien,
(1843), il exposa ce qu’il considérait comme le principal problème en éthique, à savoir celui
du choix. Il était convaincu que les systèmes philosophiques comme celui de Hegel
obscurcissaient ce problème crucial en lui donnant l’apparence d’un problème objectif,
susceptible d’être résolu universellement, au lieu de le présenter comme un problème subjectif
auquel chacun est confronté individuellement. Le choix personnel de Kierkegaard a consisté à
vivre à l’intérieur du cadre de l’éthique chrétienne. En insistant sur la nécessité du choix, il
influença plusieurs philosophes associés au mouvement de l’existentialisme, ainsi qu’un
certain nombre de philosophes juifs et chrétiens.

5.L’éthique après Darwin

Après l’ère newtonienne, la découverte scientifique qui marqua le plus l’éthique fut la théorie
de l’évolution élaborée par Charles Darwin. Les découvertes de Darwin fournirent un appui
au système nommé parfois éthique évolutionniste que défendait le philosophe britannique
Herbert Spencer. Pour celui-ci, la morale n’est rien d’autre que le résultat de certaines
habitudes acquises par l’humanité au cours de l’évolution.

On doit à Friedrich Nietzsche une interprétation surprenante mais logique de la thèse


darwinienne selon laquelle la survie des plus forts est la loi fondamentale de la nature. Le
philosophe allemand affirmait que ce que l’on appelle la conduite morale n’est nécessaire
qu’aux faibles. La conduite morale — en particulier celle que préconise l’éthique judéo-
chrétienne qui, pour Nietzsche, est une morale d’esclave — tend à autoriser le faible à
empêcher le fort de se réaliser. Pour Nietzsche, chaque action devrait être orientée vers le
développement de l’individu supérieur, l’Übermensch (« surhomme ») qu’il appelle de ses
vœux et qu’il décrit comme le seul type d’Homme capable de réaliser dans l’avenir les plus
nobles possibilités de la vie. Nietzsche trouvait les meilleurs exemples de cet individu idéal
dans chacun des philosophes grecs antérieurs à Socrate ainsi que dans les dictateurs militaires
tels que Jules César et Napoléon.

Opposé à la thèse qui fait de la lutte impitoyable et incessante la loi de la nature, le prince Petr
Kropotkine, théoricien anarchiste et réformateur russe, présenta, entre autres, des études sur le
comportement des animaux vivant en liberté qui révèlent le rôle de l’entraide dans la nature.
Kropotkine soutenait que l’entraide favorise la survie de l’espèce et que les êtres humains ont
acquis leur supériorité sur les animaux au cours de l’évolution grâce à leur capacité de
coopération. Kropotkine exposa ses idées dans de nombreux ouvrages, parmi lesquels une
place singulière revient à l’Entraide (1892) et à une œuvre inachevée, l’Éthique. Persuadé que
les gouvernements sont fondés sur la violence et que leur élimination permettrait aux hommes
de donner libre cours à leurs instincts de coopération et d’instaurer un ordre coopératif,
Kropotkine défendait l’anarchisme.

Les anthropologues ont appliqué les principes évolutionnistes à l’étude des sociétés et des
cultures humaines. Entreprenant des analyses comparatives portant sur les concepts du vrai et
du faux, du juste et de l’injuste dans les différentes sociétés, ils contribuèrent à diffuser l’idée
que la plupart de ces concepts avaient une valeur relative et non universelle. Parmi les
concepts éthiques fondés sur une approche anthropologique, il faut retenir ceux de
l’anthropologue finlandais Edvard A. Westermarck, auteur de la Relativité éthique (1932).

10
Psychanalyse et béhaviorisme
.

L’éthique moderne est profondément influencée par la psychanalyse de Sigmund Freud et de


ses disciples, ainsi que par les doctrines béhavioristes inspirées des découvertes du
physiologiste russe Ivan Pavlov. Freud attribuait le problème du bien et du mal en chaque
individu au conflit entre la pulsion du moi instinctuel visant à satisfaire tous ses désirs et le
besoin du moi social qui consiste à contrôler ou réprimer la plupart de ces impulsions afin de
permettre à l’individu de fonctionner en société. Bien que l’influence freudienne n’ait pas
entièrement été assimilée par la pensée morale, la psychanalyse freudienne a montré que la
culpabilité, fondamentalement sexuelle, sous-tend pour une grande part le discours sur le bien
et le mal. Des philosophes contemporains comme Paul Ricœur ont contribué à envisager la
morale sous l’éclairage freudien.

Par l’observation du comportement animal, le béhaviorisme renforça la croyance qu’il est


possible de changer la nature humaine à condition de réunir les conditions favorables aux
changements escomptés. Dans les années 1920, le béhaviorisme était largement répandu aux
États-Unis, principalement dans les théories sur la pédiatrie, la formation de l’enfant et
l’éducation en général. Cependant, le pays où il exerça la plus grande influence sur les
consciences fut l’Union soviétique, où l’« Homme nouveau » fut forgé selon des principes
béhavioristes : les esprits furent conditionnés par une propagande incessante et aucun citoyen
ne devait échapper à ce contrôle mental. L’éthique soviétique identifiait le bien avec tout ce
qui était favorable à l’État, et le mal avec tout ce qui s’y opposait.

Dans ses écrits datant de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, le philosophe et
psychologue américain William James devança, dans une certaine mesure, Freud et Pavlov.
James est connu comme fondateur du pragmatisme, théorie pour laquelle la valeur des idées
est déterminée par leurs conséquences. Mais c’est en insistant sur l’importance des relations
réciproques entre les idées que James a apporté sa plus grande contribution à la théorie
morale.

11
Tendances récentes
.

Le philosophe britannique Bertrand Russell exerça une influence considérable sur la pensée
morale au cours des dernières décennies. Critiquant violemment la morale conventionnelle, il
considérait que les jugements moraux expriment des désirs individuels ou des habitudes
ancrées. À ses yeux, le saint ascétique, tout comme le sage détaché du monde, sont de piètres
spécimens de l’humanité parce qu’ils sont des êtres humains incomplets. Les êtres humains
complets prennent pleinement part à la vie de la société et donnent libre cours à leur nature.
Certaines impulsions doivent être réprimées dans l’intérêt de la société, d’autres, dans l’intérêt
de l’épanouissement individuel, mais c’est la croissance naturelle et relativement libre, ainsi
que la réalisation de soi, qui mènent à une vie bonne et à une société harmonieuse.

Un certain nombre de philosophes du XXe siècle, dont ceux qui avaient épousé les théories de
l’existentialisme, se sont penchés sur les problèmes du choix moral individuel soulevés par
Kierkegaard et Nietzsche. Certains d’entre eux avaient une orientation religieuse, comme le
philosophe russe Nikolaï Aleksandrovitch Berdiaiev, qui insistait sur la liberté de l’esprit
individuel, ou comme le philosophe israélien d’origine autrichienne Martin Buber, qui
s’intéressait à la morale dans les relations individuelles, ou comme le théologien protestant
américain d’origine allemande Paul Tillich, qui insistait sur le courage d’être soi-même ; de
même, le philosophe et dramaturge catholique français Gabriel Marcel et le philosophe
protestant et psychiatre allemand Karl Jaspers s’intéressaient tous deux à l’unicité de
l’individu et à l’importance de la communication entre individus. Une autre tendance de la
pensée morale moderne se profile dans les écrits des philosophes Jacques Maritain et Étienne
Gilson, qui s’inscrivent dans la tradition de saint Thomas d’Aquin.

D’autres philosophes modernes n’acceptent aucune des religions traditionnelles. Martin


Heidegger soutint qu’aucun Dieu n’existe, bien qu’un jour, il puisse en advenir un. Selon lui,
les êtres humains sont seuls dans l’univers et doivent prendre leurs décisions morales dans la
conscience perpétuelle de la mort. Jean-Paul Sartre, penseur athée, reprit la formule
d’Heidegger, « l’Homme est un être pour la mort », et développa dans l’Être et le Néant une
philosophie de la liberté totale : je suis libre d’« être » ce garçon de café ou encore ce salaud
que les autres voient en moi ou de ne pas l’« être ». Dans la Critique de la raison dialectique,
il oriente cette optique radicale dans le sens de l’engagement : l’Homme est responsable
moralement dans l’action politique et sociale.

Plusieurs philosophes modernes, tel l’Américain John Dewey, se sont intéressés à l’éthique du
point de vue de l’instrumentalisme. Dewey définit le bien comme ce que l’on choisit après
avoir réfléchi à la fois aux moyens et aux conséquences probables de sa réalisation.

La discussion philosophique contemporaine sur l’éthique a connu un prolongement dans les


écrits de George Edward Moore, en particulier dans ses Principia ethica. Moore soutenait que
les termes moraux sont définissables en fonction du mot bon, alors que « bon » est
indéfinissable. Il en est ainsi parce que le bien est une qualité simple, non décomposable. Les
philosophes en désaccord avec Moore sur ce point, qui pensent que l’on peut définir « bon »,
sont appelés naturalistes ; Moore est appelé intuitionniste. Naturalistes et intuitionnistes
considèrent les propositions morales comme des descriptions du monde, c’est-à-dire des
propositions vraies ou fausses. Les philosophes qui récusent cette position forment une
troisième grande école, le non-cognitivisme, qui considère que la morale n’est pas une forme
de connaissance et que le langage de l’éthique n’est pas descriptif. Une branche importante de
cette école non-cognitiviste constitue l’empirisme logique ou positivisme logique, qui
interroge la validité des énoncés moraux en les comparant à des énoncés de faits ou de
logique. Certains empiristes logiques soutiennent que les assertions morales n’ont qu’une
signification émotionnelle ou persuasive.

Oppenheimer, la Science et le Bon Sens (extrait)


Considéré comme le père de la bombe atomique pour avoir dirigé, de 1943 à 1945, le
projet Manhattan à Los Alamos (Nouveau-Mexique, États-Unis), J. Robert Oppenheimer
a consacré les dernières années de sa vie à l’étude des relations entre la science et la
société. Dans la Science et le Bon Sens, Oppenheimer retrace l’histoire des découvertes
capitales du XXe siècle et s’interroge sur les responsabilités et le rôle des scientifiques
dans le monde moderne.

Vous aimerez peut-être aussi