Derivées de fonctions non dérivables
Derivées de fonctions non dérivables
La partie intégrée est nulle car la fonction p (x) ϕ(x) est nulle à l’infini (p
est à croissance polynômiale et ϕ à décroissance rapide). Il reste
+∞
Tp , ϕ = p (x) ϕ(x) dx = Tp , ϕ (1.3)
−∞
pas à être défini partout, mais seulement presque partout(1) . Entre ces deux
exemples, il y a une différence qualitative : la fonction de Heaviside comme la
fonction x sont toutes deux des fonctions au sens usuel, mais si on les dérive
au sens des distributions, on obtient dans le premier cas une distribution
singulière, et dans le second une distribution régulière. Cela provient de la
discontinuité : la première est discontinue, la seconde continue.
On peut généraliser ces exemples comme suit.
Théorème 1. Soit p (x) une fonction poids dérivable par morceaux,
c’est-à-dire qu’il existe un nombre fini de points a0 , a1 , a2 , . . . an tels que p
soit dérivable sur chacun des intervalles ] , a0 [, ]a0 , a1 [, ]a1 , a2 [, ]a2 , a3 [,
. . . ]an−2 , an−1 [, ]an−1 , an [, ]an , +[, mais pas aux points a0 , a1 , . . ., an . On
suppose aussi que la fonction a en chacun de ces points une limite à gauche
et une limite à droite finies, mais non nécessairement égales, de sorte qu’il
y a un saut de discontinuité si au point ai . Alors la dérivée au sens des
distributions de cette fonction p (x) est
Tp = Tp + si δ{ai } (1.4)
i
231
Calculer avec les distributions
p− (an ) ϕ(an ) + p+ (an ) ϕ(an ), les termes p () ϕ() étant nuls. Con-
formément aux hypothèses, p+ (ai ) n’est pas forcément égal à p− (ai ), mais
ϕ est continue. En regroupant les termes deux par deux, on obtient bien la
somme des [p+ (ai ) p− (ai )] ϕ(ai ) = si ϕ(ai ). CQFD
Il existe des fonctions qui sont si irrégulières qu’on ne peut découper leur
domaine en intervalles sur chacun desquels elle est dérivable. Par exemple
il existe des fonctions qui ne sont dérivables en aucun point. D’ailleurs,
il n’est même pas correct de dire qu’il en existe, car les fonctions qui ne
sont dérivables en aucun point sont infiniment plus nombreuses que les
fonctions dérivables par morceaux, et on les rencontre bien plus souvent
dans la nature. On est habitué en mathématique à utiliser des fonctions
construites avec les opérations arithmétiques, ce qui donne généralement
des fonctions analytiques. On finit alors par croire que ces fonctions sont
la règle, alors qu’elles sont l’exception. La trajectoire d’un grain soumis au
mouvement brownien ou un bruit blanc donnent une idée des fonctions qui
ne sont nulle part dérivables. C’est pourquoi il ne serait pas sans intérêt de
calculer les dérivées au sens des distributions de telles fonctions. Certaines
applications reposent même sur de tels calculs (géométrie fractale, analyse
du bruit). Mais cela demanderait un chapitre à part entière.
Bien entendu on obtiendrait pour les dérivées de telles fonctions des
distributions vraiment singulières, alors que le théorème 1 ci-dessus et le
théorème 2 ci-après prédisent que si on se limite aux fonctions “normales”,
on ne rencontrera rien d’autre en les dérivant que des combinaisons des trois
sortes de distributions suivantes : 1. les distributions régulières (ou fonctions
usuelles) ; 2. les pics de Dirac ; 3. les pseudofonctions.
La formule 1.4 donne la dérivée d’une fonction n’ayant que des disconti-
nuités dites de première espèce, c’est-à-dire lorsque les limites à gauche et à
droite de la discontinuité existent et sont finies. On va maintenant étudier
les distributions qu’on obtient en dérivant une fonction ayant une disconti-
nuité de seconde espèce (mais intégrable, car il doit s’agir d’un poids). Pour
simplifier l’énoncé on considérera le cas d’une seule discontinuité, contraire-
ment à ce qui a été fait au théorème 1 ; le passage au cas plus général où
il y aurait n discontinuités de seconde espèce, ou un mélange de disconti-
nuités de première et de seconde espèce, est alors une complication purement
technique.
Théorème 2. Soit p (x) une fonction dérivable sur 0, et ayant en
x = 0 une discontinuité de seconde espèce, mais intégrable ; c’est-à-dire que
l’une au moins des deux limites à droite ou à gauche est infinie, mais de
sorte que l’intégrale p (x) dx converge en x = 0. Alors la distribution Tp
232
J. Harthong : cours d’analyse
est définie par
Tp , ϕ = lim [p(+ε) p(ε)]ϕ(0) + p (x) ϕ(x) dx (1.6)
ε→0
|x|>ε
p (ε) ε
p (ε) ϕ(ε) p (ε) ϕ(0) ε 0 ϕ(x) dx
233
Calculer avec les distributions
ce qui montre que si on introduit le poids
0 si x < 0 ;
qε (x) = p (ε)/ε si 0 < x < ε ;
p (x) si x > ε.
on peut écrire
+∞
T, ϕ = lim qε (x) ϕ(x) dx
ε→0 −∞
figure 1
Le calcul ci-dessus a été effectué pour un poids p (x) qui, dans le cadre
de l’exemple, était supposé être xα−1 (pour x > 0, et 0 pour x < 0). Mais le
calcul est le même pour n’importe quel poids du même type. On voit que,
si p (ε) tend vers l’infini lorsque ε tend vers zéro, p (ε)/ε tendra encore plus
vite vers l’infini ; par contre la dérivée p (x), forcément négative puisque
p (x), partant de +, ne peut que décroı̂tre, tend vers quand x 0+ .
C’est bien ce qu’on peut voir sur la figure 1. Il faut donc se représenter la
distribution T comme la limite (faible) des fonctions du type qε . Ceci est
évidemment à rapprocher des distributions Iα , qui sont obtenues comme
limite des fonctions Iα,ε : pour p (x) = xα−1 (0 < α < 1), on a T = (α) Iα .
Un autre exemple illustrant le théorème 2 est la distribution de poids
ln(x]) (figure 2). La fonction ln(x]) a bien une singularité intégrable en
234
J. Harthong : cours d’analyse
figure 2
n’est pas une intégrale au sens usuel, et qu’on ne peut pas lui appliquer
par exemple l’inégalité de la moyenne ou les théorèmes généraux de passage
à la limite sous le signe : il faut remplacer ces derniers par de nouveaux
théorèmes de passage à la limite, prévus pour les distributions, et qui sont
essentiellement les suivants :
235
Calculer avec les distributions
— on peut passer à la limite sous le signe T, ϕn selon ϕn , si ϕn tend
vers une limite dans ( ) (donc au sens défini par les semi-normes j,k ) ;
— on peut passer à la limite sous le signe Tn , ϕ selon Tn , si Tn tend
faiblement vers une distribution T .
Il est donc absurde, pour passer à la limite sur ϕ dans l’intégrale 1.8,
d’invoquer la convergence uniforme comme s’il s’agissait d’une intégrale au
sens usuel.
figure 3
236
J. Harthong : cours d’analyse
Ê
ne peut être convergente pour toute ϕ ∈ S( ) que si la fonction p est dépourvue de
singularités qui la rendraient divergente, et si la décroissance rapide de ϕ(x) compense la
croissance de p(x). Pour que la fonctionnelle linéaire soit continue, il faudra aussi pouvoir
appliquer l’inégalité de la moyenne comme ceci :
+∞ +∞
|p(x)|
p(x) ϕ(x) dx ≤ dx × N0,m (ϕ)
1 + |x|m
−∞ −∞
et il faudra donc pouvoir choisir un m tel que le pemier facteur soit fini.
— la dérivée d’une distribution est toujours une distribution (en effet,
si T est une distribution et que -lim ϕn = 0, alors -lim ϕn = 0, donc
T , ϕ = T, ϕ tend vers zéro) ;
— la transformée de Fourier d’une distribution est toujours une distribu-
tion (même argument : si T est une distribution et que -lim ϕn = 0, alors
n = 0, donc T
-lim ϕ , ϕ = T, ϕ
tend vers zéro).
237
Calculer avec les distributions
En fin de compte on voit que
+∞
T, ϕ = lim fε (x)ϕ(x) dx
ε→0 −∞
figure 4
d 1
Suite de fonctions qui tendent faiblement vers la distribution dx V.P (x).
Pour que dans l’une ou l’autre des deux dernières variantes, Tp ou Tq puisse
être considérée comme une fonctionnelle opérant sur ( ), il faut que
(respectivement) qϕ ou pϕ soit dans ( ).
Or si p est infiniment dérivable et à croissance polynômiale ainsi que
toutes ses dérivées, alors ϕ ( ) pϕ ( ). De même pour q. Par
analogie on est donc conduit à poser :
Définition. Si T est une distribution et p une fonction infiniment
dérivable et à croissance polynômiale ainsi que toutes ses dérivées, le produit
pT est la fonctionnelle
239
Calculer avec les distributions
dj− p
et chacun des facteurs dxj−
sera majoré par une expression du type Mj, (1 + |x|nj ) ;
de sorte que
=j
j
Nj,k (pϕ) ≤ Mj, N,nj
=0
f g
g =f (2.9)
241
Calculer avec les distributions
Pour VI.6.3 : +∞
2πixξ
Φ1 f (ξ) = f (x) e dx
−∞
on aura
Φ1 (f ∗ g) = Φ1 (f ) · Φ1 (g) (2.9 b)
et enfin pour VI.6.3 (qui est la transformation de Fourier de la Mécanique quantique) :
+∞
− i xξ
Fh̄ f (ξ) = √ 1 f (x) e h̄ dx
2πh̄ −∞
on aura √
Fh̄ (f ∗ g) = 2πh̄ Fh̄ (f ) · Fh̄ (g) (2.9 c)
Si on utilise une autre variante, il faudra faire les modifications convenables ; par exemple
pour la transformation f → f (inverse de f → f), on aura
f
∗ g = 2π f · g (2.9 d)
CQFD
Il s’agit maintenant d’étendre la convolution aux distributions. On
procède toujours par analogie à partir des intégrales avec poids. Si p et
q sont deux fonctions de 1 ( ), et ϕ ( ), l’intégrale de poids p q est
+∞
+∞
p (x y) q(y) dy ϕ(x) dx (2.10 a)
−∞ −∞
+∞ +∞
= p (x) q(y) ϕ(x + y) dx dy (2.10 b)
−∞ −∞
+∞ +∞
= p (x y) ϕ(x) dx q(y) dy (2.10 c)
−∞ −∞
+∞
+∞
= p (x) q(y x) ϕ(y) dy dx (2.10 d)
−∞ −∞
p q , ϕ = q , p̆ ϕ = p , q̆ ϕ (2.11)
242
J. Harthong : cours d’analyse
où on a introduit la notation p̆, q̆ qui représente la fonction p̆(x) = p(x).
D’autre part, puisque p q =p q , on peut aussi écrire :
p q , ϕ = p q , ϕ
= p
, =
qϕ q , p ϕ
(2.12)
243
Calculer avec les distributions
Dans 2.14 on a défini la fonctionnelle p T , ϕ comme étant égale à
T , p̆ ϕ. Cela peut paraı̂tre à première vue contraire à la nature des
distributions, qui veut qu’en tant que fonctionnelles, elles opèrent sur les
fonctions infiniment dérivables ; mais en réalité, la fonction p̆ ϕ est bien
infiniment dérivable, car :
(p ϕ) = p ϕ (2.15)
Pour voir que p ∗ ϕ n’est pas forcément à décroissance rapide, on examine le contre-
exemple H ∗ ϕ, où H est la fonction de Heaviside :
∞ x
H ∗ ϕ(x) = ϕ(x − y) dy = ϕ(z) dz
0 −∞
+∞
Il est clair que si −∞ ϕ(z) dz n’est pas nulle, H ∗ ϕ(x) ne tend pas vers zéro quand
x → +∞. CQFD
244
J. Harthong : cours d’analyse
3. Exemples et applications des produits et convolutions.
A Convolution par les distributions de Dirac.
La transformée de Fourier de δ est la constante 1. En effet, d’après la
définition VIII.8.1, on doit avoir
+∞
δ, ϕ = ϕ(0)
= δ, ϕ = ϕ(x) dx . (3.1)
−∞
iax
C’est l’intégrale de poids e .
iax
On constate que ces fonctions, 1 et e , sont infiniment dérivables et à
croissance polynômiale. On peut donc appliquer la définition 2.13, ce qui
donne pour une distribution arbitraire T : δ T, ϕ = T , 1 ϕ
= T, ϕ.
D’où le résultat :
δT =T (3.3)
k k
k k
|x − a|k = (−a)k− x ≤ |a|k− |x|
=0 =0
et
k k k
k k k
|a|k− (1 + |x| ) = |a|k− + |a|k− |x|
=0 =0 =0
k
k
= (|a| + 1)k + |a|k− |x|
=0
k
k
≥1+ |a|k− |x|
=0
d’où
k
k
1 + |x − a| ≤
k
|a|k− (1 + |x| ).
=0
Par conséquent
k
k
Nj,k (ψa ) ≤ |a|k− Nj, (ϕ)
=0
Ê
Cette dernière inégalité montre que si ϕ tend vers zéro dans S ( ), il en sera de même
pour ψa . CQFD
−εx2
Il faut donc commencer par√majorer les expressions Dj− e . Pour cela, on remarque
d’abord qu’en posant X = ε x, on a
d = √ε d (dem.2)
dx dX
d −X 2 −X 2
donc on est ramené à majorer les dérivées dX e . Comme e est une fonction
analytique dans tout le plan complexe, on peut utiliser les inégalités de Cauchy (chapitre
II, corollaire 6a) :
2
dn e−X = n! M (dem.3)
dX n rn r
−z 2 −(z 2 )
où Mr désigne le maximum de la fonction z → |e |=e sur le cercle |z − X| = r.
r 2 −X 2/2
Un calcul élémentaire montre que Mr ≤ e , de sorte que si on choisit r = 1 :
2 2
dn e−X ≤ n!e · e−X /2
(dem.4)
dX n
248
J. Harthong : cours d’analyse
Le choix r = 1 est loin de donner la majoration la plus serrée, mais c’est celui qui donne
l’expression la plus simple. Par conséquent on aura :
2 1 2
dn e−εx ≤ n!e · εn/2 · e− 2 εx (dem.5)
dxn
En reportant cela dans dem.1, compte tenu de dem.2 et de l’inégalité dite du triangle,
on obtient
−εx2 −εx2
j
D (1−e )ϕ(x) ≤ (1 − e )|Dj ϕ(x)| +
j−1
j − 1 εx2
+ (j − )! e ε(j−)/2 · e 2 · D ϕ(x) (dem.6)
=0
Pour avoir toutes les semi-normes, il faut encore multiplier cela par les facteurs 1 + |x|k ,
ce qui donne
−εx2 −εx2
(1 + |x|k ) Dj (1 − e )ϕ(x) ≤ (1 − e ) (1 + |x|k ) |Dj ϕ(x)| +
j−1
j − 1 εx2
+ (j − )! e ε(j−)/2 · e 2 · (1 + |x|k ) D ϕ(x) (dem.7)
=0
−εx2
Dans le premier terme à droite ci-dessus, on a le produit (1 − e ) (1 + |x|k ) ; il faut
2
−εx
utiliser le fait que 1 − e tend vers zéro quand ε tend vers zéro, mais de manière à
retrouver la convergence au sens des semi-normes. Pour cela, on remarque que pour tout
−εx2
x, 1 − e ≤ εx2 ; d’où
−εx2
(1 − e ) (1 + |x|k ) ≤ ε(x2 + |x|k+2 ) ≤ ε (1 + x2 ) + (1 + |x|k+2 ) (dem.8)
− 1 εx2
Dans les termes sous de dem.7, on a aussi le facteur e 2 , qui est toujours ≤ 1 de
sorte que dem.7 se majore comme suit :
−εx2
(1+|x|k ) Dj (1 − e )ϕ(x) ≤ ε (1 + |x|2 ) |Dj ϕ(x)| + (dem.9)
j−1
j
+ ε (1 + |x|k+2 ) |Dj ϕ(x)| + (j − )! e ε(j−)/2 · (1 + |x|k ) D ϕ(x) ≤
=0
j−1
j
≤ ε Nj,2 (ϕ) + ε Nj,k+2 (ϕ) + (j − )! e ε(j−)/2 · N,k (ϕ) (dem.10)
=0
Sur cette dernière inégalité, on voit clairement ce qui se passe : à droite on a une somme
de j termes, dont chacun contient un facteur εα , la plus petite valeur prise par α étant 12 .
Les coefficients de εα sont formés de factorielles qui ne dépendent que des indices j, k, ,
et de semi-normes Nj,2 (ϕ), Nj,k+2 (ϕ), N,k (ϕ) qui sont toutes finies et indépendantes de
ε. Donc le tout tend bien vers zéro, et cela quels que soient les indices j, k choisis.
CQFD
2
ξ T + k 2 T = 2π (δ δ ) (3.6)
4. La famille Yα
La famille de distributions Yα est à des détails près la famille déjà
rencontrée sous le nom Iα . Il s’agit des distributions définies comme suit
251
Calculer avec les distributions
pour α :
+∞ α−1
x
ϕ(x) dx si α > 0;
0 (α)
Y α , ϕ = (4.1)
1 +∞ ϕ(ξ)
α
2π −∞ α dx si < 1.
[(+iξ) ]2
(ξ) = ϕ(
Mais d’autre part, ϕ ξ)/2π ; en substituant et en effectuant le
252
J. Harthong : cours d’analyse
changement de variable ξ ξ, on obtient :
+∞ −εx +∞
xα−1 e 1 ϕ(ξ)
ϕ(x) dx = dξ . (4.4)
0 (α) 2π −∞ [(ε + iξ)α ]2
on peut passer à la limite
Cette fois (grâce à la présence du facteur ϕ ou ϕ),
sous le signe lorsque ε 0, ce qui donne 4.2 et prouve ainsi la cohérence
de la définition 4.1.
Les théorèmes généraux garantissent aussi que l’intégrale
+∞
xα−1 ϕ(x) dx
0 (α)
est analytique dans tout le demi-plan α > 0, et que l’autre intégrale
+∞ (ξ)
1 ϕ
dξ
2π −∞ [(+iξ)α ]2
est analytique dans tout le demi-plan α < 1. Cela prouve donc que pour
toute ϕ ( ), la fonction
α Y α , ϕ
ce qui, grâce à la présence du facteur ϕ(x), est garanti par les théorèmes
généraux.
Donc, d’après la théorie, les transformées de Fourier des pε vont aussi
tendre (faiblement) vers Yα ; or les pε , eux, sont des fonctions de 1 ( ),
et on peut calculer leurs transformées par le calcul intégral usuel. Ce qui
donne :
+∞ −εx
xα−1 e ixξ
pε (ξ) = e dx (4.7)
0 (α)
figure 5
— a) on vérifie que pε tend faiblement vers p, ce qui est possible par les
passages à la limite élémentaires ;
— b) on en déduit que pε tend faiblement vers p, ce qui résulte de la
théorie ;
— c) en utilisant le fait que les pε sont des fonctions intégrables, on
calcule leur transformée de Fourier par le calcul intégral classique ;
— d) on obtient ainsi une approximation (au sens de la limite faible) de
la distribution cherchée par des fonctions.
Cette méthode a été suivie ici pour calculer les transformées de Fourier
−εx
des fonctions xα−1 , avec le facteur régularisant e . Mais la même méthode
avait été suivie au chapitre VIII (section 8, exemples 4 et 5) pour cal-
ix2
culer les transformées de Fourier des fonctions [(iξ)−α ]2 et e ; les fac-
256
J. Harthong : cours d’analyse
−ε|x| −εx2
teurs régularisants étaient respectivement e et e . Le choix du fac-
teur régularisant est essentiel : il faut choisir celui qui rendra le calcul
ixξ
des intégrales pε (x) e dx le plus simple possible. C’est la théorie
qui garantit que le résultat ne dépend pas du choix du facteur
régularisant : p est une distribution bien définie, qui sera forcément la
limite faible de n’importe quelle suite pε , pourvu que p soit bien la limite
faible de pε .
On peut aussi déduire de 4.8 par la formule d’inversion :
+∞ −ixξ
1 e
pε (x) = dξ (4.9)
2π −∞ [(ε iξ)α ]2
En posant z = ε iξ, on voit que la fonction sous le signe est une fonction
analytique de z en dehors de la demi-droite z < 0, et on peut interpréter
l’intégrale ci-dessus comme intégrale prise selon z le long du chemin z = ε,
qu’on peut donc déformer sans changer la valeur de l’intégrale :
+∞ −ixξ zx
e −εx e
dξ = i e dz (4.10)
−∞ [(ε iξ)α ]2 γ [z α ]2
En particulier, on peut prendre pour γ un chemin qui suit l’axe z = 0
excepté autour de z = 0, où le chemin fait un détour pour éviter la
singularité.
Ainsi se trouve justifié le procédé de régularisation d’intégrale divergente
introduit au chapitre VII section 3.
257