L’adultère au Moyen Âge et au XIXe siècle
Slah Ochi
To cite this version:
Slah Ochi. L’adultère au Moyen Âge et au XIXe siècle. 2024. �halshs-04793415v2�
HAL Id: halshs-04793415
[Link]
Preprint submitted on 5 Dec 2024
HAL is a multi-disciplinary open access L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents
entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de
teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Distributed under a Creative Commons Attribution - NonCommercial - NoDerivatives 4.0
International License
L’adultère au Moyen Âge et au XIXe siècle
Slah OCHI
Le thème de L’adultère a fait l’objet de plusieurs études au XIXe siècle, mais l’intérêt
qui lui a été porté par les chercheurs est bien plus ancien. En effet, l’adultère a toujours constitué
l’un des thèmes fondateurs de la littérature courtoise. Dans Tristan et Iseult, mythe inspirateur
de l’amour courtois au Moyen Âge, l’adultère constitue déjà l’un des thèmes majeurs du roman
puisque Iseult est accusée d’avoir délaissé le roi son mari, et de l’avoir trompé avec son neveu
et son vassal Tristan. Ce phénomène traité par de nombreux spécialistes de l’amour courtois,
trouve son écho dans plusieurs productions littéraires du XIXe siècle, à savoir Le Rouge et le
noir de Stendhal et Le Lys dans la vallée d’Honoré de Balzac, œuvres auxquelles nous allons
plus particulièrement nous intéresser.
Selon les témoignages et les règles de l’amour courtois, nous ne pouvons pas parler d’amour
courtois dans le cadre du mariage, car l’opposition entre Fin’amor et l’amour conjugal est
absolue.
Dans Traité de l’amour courtois, Claude Buridant, traducteur d’André le Chapelain, insiste
dans l’introduction sur le fait que, selon André le Chapelain, l’amour courtois est à exclure de
l’amour conjugal :
« Il va sans dire, dès lors, que l’amour conjugal est radicalement exclu de l’amour
courtois et André prononce cette exclusion avec vigueur en s’appuyant sur
l’autorité de la comtesse de Champagne : « Nous affirmons comme pleinement
établi que l’amour ne peut étendre ses droits entre deux époux ». Les amants, en
effet, s’accordent mutuellement toute chose gratuitement, sans qu’aucune
obligation les pousse. Les époux, au contraire, sont tenus par devoir d’obéir
réciproquement à leurs volontés et ne peuvent en aucune façon se refuser l’un à
l’autre »1. Une autre raison avancée par la comtesse, est que l’amour conjugal ne
connaît pas la véritable jalousie. »2
Dans L’amour courtois amour adultère3, Denise Tourillon reprend la pensée d’André le
Chapelain en rajoutant que chez les troubadours, l’adultère était même une exigence car l’amour
courtois était un amour adultère depuis ses origines puisque l’amour courtois chez les
troubadours ne s’adresse qu’à des femmes mariées.
1
Le Chapelain, André, Lettre de la comtesse de Champagne in Traité de l’amour courtois, Paris, Klincksieck,
2002, p. 24.
2
Ibid.
3
Tourillon, Denise, L’Amour courtois amour adultère, Paris, Collection des amis de la langue d’Oc, 1 Mars 1995.
1
Plusieurs raisons ont été avancées pour tenter de trouver une explication à ce phénomène dont
le fait qu’à l’époque des Troubadours les maris partaient souvent en croisades. Cette absence
prolongée des maris avait tendance à laisser du temps aux femmes, ce qui a participé par
conséquent à la naissance de l’adultère. Cette explication a été avancée surtout par Pierre
Gaxotte, dans Histoire des français.
Dans L’Erotique des Troubadours, René Nelli invoque l’influence des fêtes de Mai. En effet,
le 1er mai, les femmes redevenaient aussi libres que les jeunes filles et avaient le droit de danser
avec le cavalier de leur choix. Ce « renversement temporaire de l’autorité maritale, prenait par
la force des choses, l’aspect d’un adultère symbolique ».4
Cette dernière explication nous renvoie malgré nous vers les conditions et les circonstances qui
ont favorisé la rencontre entre Madame de Mortsauf et Félix de Vandenesse dans Le Lys dans
la vallée.
En effet, Félix a rencontré Henriette pour la toute première fois à l’occasion d’une fête. Quoique
mariée, Henriette n’était point accompagnée, ni de son mari, ni de ses enfants. Sa présence toute
seule à cette fête rappelle les escapades des femmes à l’occasion des fêtes du premier Mai, telles
que Pierre Nelli les présente dans son livre. Henriette serait par conséquent partie en escapade
pour revivre à nouveau sa vie de jeune fille. C’est à l’occasion de cette première rencontre avec
Félix, et grâce à sa présence dans cette fête que le « le renversement temporaire de l’autorité
maritale » s’effectue dans la vie conjugale d’Henriette par le biais de ce baiser que Félix pose
sur ses épaules. La référence de Félix à la poésie orientale, qui a largement inspiré la poésie des
Troubadours, augmente les points de similitudes, et laisse la place à des interrogations légitimes
sur les origines de l’inspiration balzacienne au moment de sa conception de cette rencontre plus
spécialement et plus précisément :
« Aussitôt je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla
depuis la poésie orientale. Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je
ne l’avais été par la fête ; elle devint toute ma fête…Mes yeux furent tout à coup
frappés par les blanches épaules rebondies sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir
me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se
trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et
dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules
étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi
que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement
fasciné par une gorge chastement couverte d’une gaze, mais dont les globes azurés
et d’une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle.
Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des
4
Ibid., p.13.
2
jouissances infinies…Tout me fit perdre l’esprit. Après m’être assuré que personne
ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein
de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. »5
L’autre raison avancée, et qui expliquerait l’intérêt porté des poètes Troubadours aux femmes
mariées, c’est la montée en puissance du phénomène du mariage de raison ou du mariage
arrangé à l’époque.
Le mariage de raison, comme nous l’avons déjà expliqué auparavant, est un mariage conclu le
plus souvent entre deux familles ou deux puissances terriennes pour des motivations politiques
ou dans le seul but d’augmenter leur richesse et leur puissance par le biais de l’alliance comme
l’explique ici Denise Tourillon dans son livre L’amour courtois amour adultère :
« Dans les grandes familles souveraines, c’étaient des intérêts politiques qui
inspiraient les alliances. Dans les familles seigneuriales, le suzerain méritait
l’héritière d’un fief, sous sa dépendance au vassal qui servirait le mieux ses intérêts.
L’union de deux familles, de deux puissances terriennes, de deux richesses, tel était
le principe au nom duquel se faisaient et se défaisaient les mariages ». 6
Il faut rappeler dans ce contexte que dans le mythe de Tristan et Iseult, il s’agit aussi d’une
union arrangée. Tristan part en effet en Irlande pour chercher Iseult pour son oncle le roi. C’est
pour faciliter cette union que la mère d’Iseult a préparé le filtre magique pour le roi Marc.
Les principales victimes de ce mariage sont essentiellement les femmes. Mariées jeunes pour
servir l’intérêt de la famille, elles ont le plus souvent été privées de leur vie de jeune fille et
n’ont pas eu l’occasion de découvrir ou de vivre le véritable amour. Se retrouvant épouses, la
seule manière qui leur permet de vivre ou de connaître l’amour, c’est d’aimer hors mariage, car
l’amour n’avait pas de place dans ce type de mariages motivés essentiellement, comme nous
l’avons déjà souligné, par les intérêts politique et financiers :
« Evidemment, l’amour n’avait guère de place dans ces unions. Si l’on voulait
aimer, il fallait aimer hors mariage. Or, la jeune fille n’était considérée que dans
la mesure où elle était héritière en puissance, et quand elle se mariait elle était très
jeune, (quelquefois huit ou dix ans). D’enfant, la femme, sans transition, se
retrouvait épouse ».7
5
Balzac, Honoré de, Le Lys dans la vallée, Paris, Le Livre de poche, 1997, pp. 60-61.
6
Tourillon, Denise, L’Amour courtois amour adultère, Paris, Collection des amis de la langue d’Oc, 1 Mars 1995,
p. 14.
7
Ibid.
3
Ces pratiques et ces motivations sont restées d’actualité dans la première moitié du dix-
neuvième siècle puisque Henriette de Mortsauf et Madame de Rênal incarnent respectivement
dans Le Lys dans la vallée et dans Le Rouge et le noir, cette catégorie de jeunes filles passées
sans transition du stade de l’enfance à celui de la femme mariée et d’épouse. L’amour constitue
par conséquent, pour cette catégorie de jeunes femmes, une découverte voire une renaissance.
L’adultère permet aux femmes victimes des mariages arrangés de compenser un manque en
leur donnant accès de nouveau à un bonheur inespéré et en corrigeant le tort dont elles étaient
les principales victimes :
« Aucune hypocrisie ne venait altérer la pureté de cette âme naïve, égarée par une
passion qu’elle n’avait jamais éprouvée. Elle était trompée, mais à son insu, et
cependant un instinct de vertu était effrayé. Tels étaient les combats qui l’agitaient
quand Julien parut au jardin. Elle l’entendit parler, presque au même instant elle
le vit s’asseoir à ses côtés. Son âme fut comme enlevée par ce bonheur charmant
qui depuis quinze jours l’étonnait plus encore qu’il ne la séduisait. Tout était
imprévu pour elle…Les baisers remplis de passion, et tels que jamais elle n’en avait
jamais reçu de pareils lui firent tout à coup oublier que peut-être il aimait une autre
femme. Bientôt il ne fut plus coupable à ses yeux. La cessation de la douleur
poignante, fille du soupçon, la présence d’un bonheur que jamais elle n’avait même
rêvé, lui donnèrent des transports d’amour et de folle gaieté ».8
Dans Le Rouge et le noir ainsi que dans Le Lys dans la vallée nous assistons en outre à des
relations conjugales purement machistes, qui affichent un manque de considération, voire du
mépris à l’égard de la femme conditionnée à la soumission et souvent considérée comme
inférieure et objet de toutes les sortes de moqueries de la part de son mari. Ces mariages, souvent
conclus au mépris de la volonté de la jeune épouse, ont en effet très peu de chance de se
transformer en une source d’épanouissement.
La crise du mariage et la difficulté de leur vie de couple vécues notamment par Madame de
Mortsauf et Madame de Rénal constitue un motif supplémentaire qui n’a fait que pousser les
deux femmes vers des relations extraconjugales qui leur donnent la possibilité d’être écoutées,
soutenues et retrouver une certaine forme de justice, de considération et même de liberté.
L’adultère devient donc le résultat direct d’un sentiment de déception. Dans Madame Bovary
de Flaubert, Emma Bovary s’abandonne à l’adultère à cause de la déception que lui a causée
son mariage avec Charles. Les défauts de Charles Bovary étaient sa passivité, ses discours
ennuyeux et son manque d’ambition.
8
Stendhal, Le Rouge et le noir, Paris, Garnier Flammarion, 1964, p. 90.
4
Dans Le Lys dans la vallée, Henriette devient le souffre-douleur de son mari. Elle est la victime
d’une vie conjugale cauchemardesque, difficile à vivre et qui prend la forme d’un supplice au
quotidien. Accusée le plus souvent à tort d’incompétence et de négligence vis-à-vis de
l’éducation de ses enfants, elle doit supporter sans cesse les crises de nerfs de monsieur de
Mortsauf et ses changements d’humeur. Son mariage se transforme progressivement en une
forme de suicide voire de mort lente et douloureuse :
« Quelle terreur vint la saisir au moment où la nature maladive de cet homme
ruiné s’était dévoilée ! Elle avait été brisée par le premier éclat de ses folles colères.
Par combien de réflexions dures n’avait-elle point passé avant de regarder comme
nul son mari, cette imposante figure qui domine l’existence d’une femme ! De
quelles horribles calamités furent suivies ses deux couches ! Quel saisissement à
l’aspect de deux enfants morts-nés ? Quel courage pour se dire : « Je leur soufflerai
la vie ! Je les enfanterai de nouveau tous les jours ? » Puis quel désespoir de sentir
un obstacle dans le cœur et dans la main d’où les femmes tirent leurs secours ! Elle
avait vu cet immense malheur déroulant ses savanes épineuses à chaque difficulté
vaincue. A la montée de chaque rocher, elle avait aperçu de nouveaux déserts à
franchir, jusqu’au jour où elle eut bien connu son mari, l’organisation de ses
enfants, et le pays où elle devait vivre ; jusqu’au jour où, comme l’enfant arraché
par Napoléon aux tendres soins du logis, elle eut habitué ses pieds à marcher dans
le boue et dans le neige, accoutumé son front aux boulets, toute sa personne à la
passive obéissance du soldat. Ces choses que je vous résume, elle me les dit alors
dans leur ténébreuse étendue, avec leur cortège de faits désolants, de batailles
conjugales perdues, d’essais infructueux ». 9
Les reproches, souvent injustifiés, faits par Monsieur de Mortsauf à sa femme, sont des
révélateurs d’un véritable manque de considération à l’égard des femmes et mettent en outre
l’accent sur la position d’infériorité de la femme ainsi que la faible part de droits dont elle a
hérité de la part de l’institution du mariage dans la première moitié du dix-neuvième siècle. Cet
élément constitue sans doute un motif supplémentaire qui a participé à l’accentuation du
phénomène d’adultère et à la prolifération des relations extra-conjugales dans cette période.
En effet, selon les déclarations de monsieur de Mortsauf, la femme est en somme un être moins
intelligent que l’homme ; elle n’est pas en mesure de prendre des décisions. Elle doit se
contenter de l’éducation des enfants, et d’obéir aux ordres. Dans l’exemple d’Henriette,
critiquée et marginalisée par les réflexions d’un mari autoritaire qui ne cherche qu’à la rabaisser,
sa tentative de trouver auprès de Félix le soutien et la compréhension nécessaires pour rebondir
lui redonne la force pour continuer à vivre.
9
Balzac, Honoré de, Le Lys dans la vallée, Paris, Le Livre de poche, 1997, pp. 126-127.
5
Cependant, face à la mauvaise foi de son mari, Henriette préfère ne pas faire face ; elle préfère
fuir pour éviter toute confrontation :
« – Vous êtes d’une incroyable imprudence, reprit le comte avec aigreur, vous
l’exposez au froid de la rivière et l’asseyez sur un banc de pierre.
– Mais, mon père, le banc brûle, s’écria Madeleine.
– Ils étouffaient là-haut, dit la comtesse.
– Les femmes veulent toujours avoir raison ! dit-il en me regardant (…)
– Quand on fait des enfants si mal portants, on devrait savoir les soigner ! dit-il (…)
Paroles profondément injustes ; mais son amour-propre le poussait à se justifier
aux dépens de sa femme. La comtesse volait en montant les rampes et les perrons.
Je la vis disparaissant par la porte-fenêtre. »10
Lâche et incapable de reconnaître ses torts et d’assumer la responsabilité de ses propres échecs
et de ses faiblesses, le comte préfère en effet rejeter la responsabilité sur sa femme qu’il n’hésite
pas à accabler d’injures et de critiques humiliantes. Bourreau, il n’hésite pas à soustraire le rôle
de la victime à son épouse pour se lamenter sur son sort, dans le but de faire culpabiliser sa
victime et ranger les témoins, en l’occurrence Félix, de son côté, tout en essayant de le
convaincre par le biais du mensonge et d’un ensemble d’excuses complètement inventées.
En parlant de Monsieur de Mortsauf, Félix présente cet homme non seulement comme
l’archétype du mari autoritaire, mais comme un monstre sadique qui prend du plaisir à faire
souffrir sa victime pour la voir mourir en douceur. Il est en somme comme la maladie qui
attaque doucement et continuellement les organes vitaux de sa victime pour finir par les envahir,
les dominer et les étouffer :
« Si ses duretés rencontraient une silencieuse patience, il se fâchait en sentant une
limite à son pouvoir ; il demandait aigrement si la religion n’ordonnait pas aux
femmes de complaire à leurs maris, s’il était convenable de mépriser le père de ses
enfants. Il finissait toujours par attaquer chez sa femme une corde sensible ; et
quand il l’avait fait résonner, il semblait goûter un plaisir particulier à ces nullités
dominatrices. »11
Le discours de Monsieur de Mortsauf est révélateur d’un malaise dans son couple. Ce malaise
s’explique par le manque de confiance qu’il a vis-à-vis de son épouse puisqu’il l’accuse
ouvertement de mensonge et d’infidélité. Les méfiances du comte lui font voir déjà Madame
de Mortsauf comme une femme perfide qui fait tout pour le lasser et se séparer de lui afin de
10
Ibid., pp. 106-107.
11
Ibid., p. 155.
6
retrouver sa liberté de jeune fille. Cela s’explique aussi par la différence d’âge qui les sépare,
élément qui justifierait les doutes du comte et qui motiverait l’adultère de sa jeune épouse :
« - Oui, s’écria-t-il, Blanche, vous êtes mon bourreau, vous m’assassinez ; je
vous pèse ; tu veux te débarrasser de moi, tu es un monstre d’hypocrisie. Elle rit !
Savez-vous pourquoi elle rit, Félix ?
Je gardai le silence et baissai la tête.
- Cette femme, reprit-il en faisant la réponse à sa demande, elle me sèvre de tout
bonheur, elle est autant à moi qu’à vous, et prétend être ma femme ! Elle porte mon
nom et ne remplit aucun des devoirs que les lois divines et humaines lui imposent,
elle ment aussi aux hommes et à Dieu. Elle m’excède de courses et me lasse pour
que je la laisse seule ; je lui déplais, elle me hait, et met tout son art pour rester
jeune fille ; elle me rend fou par les privations qu’elle me cause, car tout se porte
alors à ma pauvre tète ; elle me tue à petit feu, et se croit une sainte, ça communie
tous les mois »12
Face à ce discours de Monsieur de Mortsauf, nous sommes tentés de croire qu’il veut se
substituer par moments au personnage de Charles Bovary dans Madame Bovary de Flaubert.
En effet, bien que l’œuvre de Flaubert soit postérieure à celle de Balzac, Monsieur de Mortsauf
dresse dans ce passage tous les symptômes du mari berné et délaissé dont Charles Bovary
incarnera les traits plus tard. En entendant monsieur de Mortsauf parler ainsi de sa femme à
Félix, on croirait en effet entendre Charles faire part de ses plaintes et de ses souffrances à Léon
ou à Rodolphe Boulanger, les amants successifs d’Emma.
Confiant dans ses doutes, le comte n’hésite pas à s’instaurer comme un homme d’expérience
pour déconseiller toute idée de mariage à Félix en le mettant en garde contre l’infidélité et les
diableries des femmes qu’il considère comme responsables de tous les maux. Le comte se
permet même de rabaisser les femmes au rang des bêtes dépourvues de toutes les notions
d’honneur ou de vertu. Cette diabolisation vise les femmes en général et son épouse en
particulier :
« - Ne vous mariez jamais, Félix, me dit le comte ; une femme est conseillée par
le diable ; la plus vertueuse inventerait le mal s’il n’existait pas, toutes sont des
bêtes brutes ».13
Cette attaque virulente à l’égard de l’institution du mariage ne constitue pas un fait nouveau
chez Honoré de Balzac, puisque nous avons déjà été les témoins de ce même genre de discours.
12
Ibid., pp. 185-186.
13
Ibid., p. 185.
7
L’écrivain ne cesse en effet de le faire passer par l’intermédiaire de ses personnages en passant
par exemple par Henriette qui déconseille à Félix de se marier dans Le Lys dans la vallée, ou
encore par le biais du discours qu’Henri de Marsay fait à son ami Paul de Manerville dans Le
Contrat de Mariage et que nous avons cité précédemment. Cela met en exergue les difficultés
qui ont marqué le fonctionnement du mariage à l’époque et justifierait, comme nous l’avons
souligné, la prolifération du phénomène d’adultère.
La souffrance d’Henriette, malmenée par un mari égoïste, mal comprise et surtout mal
récompensée pour ses efforts, rejoint celle de madame de Rênal réduite par son mari à un objet
et même à une « machine compliquée » et difficile à comprendre. Cette nouvelle attaque à
l’égard de la femme vise essentiellement à la rabaisser. Ce discours vient confirmer la
discrimination sexiste qui a régné sur la vie des couples du XIXe siècle, comme nous avons pu
le constater à travers l’exemple des Mortsauf dans Le Lys dans la vallée. Face aux assauts et
aux critiques de son mari, la réaction de Madame de Rênal s’avère tout à fait semblable à celle
de madame de Mortsauf. Sans chercher à se défendre ou à faire face, Madame de Rênal préfère
prendre la fuite à son tour pour s’isoler à fin de souffrir en silence.
« Puisque mon mari, qui ignore combien profondément il a blessé Julien, pense
qu’il nous quittera, que dois-je croire moi-même ? Se dit Mme de Rênal. Ah ! Tout
est décidé !
Afin de pouvoir du moins pleurer en liberté, et ne pas répondre aux questions de
Mme Derville, elle parla d’un mal de tête affreux, et se mit au lit.
- Voilà ce que c’est les femmes, répéta M. de Rênal, il y’a toujours quelque chose
de dérangé à ces machines compliquées. Et il s’en alla goguenard».14
Les relations extraconjugales peuvent être par conséquent considérées comme une sorte de fuite
vers une nouvelle forme d’épanouissement compensateur. Cependant, cet épanouissement est
freiné par les normes sociales et religieuses incarnées par les notions de péché et de faute.
En effet, tentée à la fois par Julien et par son envie de découvrir l’amour dont elle a été privée
par son éducation purement religieuse et par son mariage précoce, Madame de Rénal se retrouve
face à un vrai dilemme entre son envie de céder à la tentation pour goûter aux plaisirs et aux
délices de ce sentiment étrange que lui procure sa passion pour Julien, ou se conformer aux
normes et rejeter cette « passion » qui relève de la folie, puisqu’elle est femme mariée. Ce
dilemme constitue une véritable source de déchirement et d’étonnement pour le personnage qui
14
Stendhal, Le Rouge et le noir, Paris, Garnier Flammarion, 1964, pp. 95-96.
8
se retrouve bousculé dans sa vie quotidienne par un afflux de sentiment nouveaux, mais aussi
par un afflux d’interrogations auxquelles il peine à trouver une réponse tangible et raisonnable :
« Quoi ! J’aimerais, se disait-elle, j’aurais de l’amour ! Moi femme
mariée, je serais amoureuse ! Mais, se disait-elle, je n’ai jamais éprouvé pour
mon mari cette sombre folie, qui fait que je ne puis détacher ma pensée de
Julien…Tels étaient les combats qui l’agitaient quand Julien parut au jardin ».15
A cause de son éducation purement religieuse, l’adultère devient une source de douleur et de
souffrance pour Madame de Rénal. L’adultère reprend en effet sa signification purement
religieuse, en tant qu’amour des sens, et révèle aux yeux d’Henriette les conséquences
désastreuses qui peuvent en découler, en termes de punitions et de châtiments.
Se retrouvant en proie au dilemme d’un choix fatidique, Madame de Rênal appréhende par
conséquent son passage à l’adultère. Cette appréhension et cette hésitation s’expliquent par trois
grands motifs : le motif personnel ou sentimental, car elle craignait de ne pas être suffisamment
aimée par Julien, ce qui a tendance à la freiner dans son envie de sacrifier sa paisible vie et sa
famille pour suivre sa passion ; le motif religieux, qui lui fait voir l’adultère comme un crime
aux yeux de Dieu, ce qui implique un véritable sacrifice de sa vie spirituelle, son éducation
religieuse, et l’acceptation du risque de châtiment ; et le motif moral ou social qui vient enfin
couronner cette crainte et cette appréhension en mettant en relief le danger du déclin et du
déshonneur familial et social. En effet, Madame de Rênal se voyait déjà exposée au « pilori »
sur la place publique de Verrières, avec un écriteau justifiant et « expliquant son adultère à la
populace » :
« Tout à coup l’affreuse parole : l’adultère, lui apparut. Tous ce que la plus vile
débauche peut imprimer de dégoûtant à l’idée de l’amour des sens se présenta en
foule à son imagination. Ces idées voulaient tâcher de ternir l’image tendre et
divine qu’elle sa faisait de Julien et du bonheur de l’aimer. L’avenir se peignait
sous des couleurs terribles. Elle se voyait méprisable.
Ce moment fut affreux ; son âme arrivait dans des pays inconnus. La veille avait
goûté un bonheur inéprouvé ; maintenant elle se trouvait tout à coup plongée dans
un malheur atroce. Elle n’avait aucune idée de telles souffrances, elles troublèrent
sa raison. Elle eut un instant la pensée d’avouer à son mari qu’elle craignait
d’aimer Julien…
Elle était entraînée au hasard par des images contradictoires et douloureuses.
Tantôt elle craignait de n’être pas aimée, tantôt l’affreuse idée du crime la torturait
comme si le lendemain elle eût dû être exposée au pilori, sur la place publique de
Verrières, avec un écriteau expliquant son adultère à la populace ».16
15
Ibid. p. 90.
16
Ibid., pp. 91-92.
9
Le motif religieux prend finalement le dessus et se dresse comme un rempart face à la tentation
d’adultère chez Madame de Rênal. Les notions de « crime » et de « péché » qui se substituent
très rapidement aux termes d’amour et de passion deviennent une source de remords chez
Madame de Rênal après la maladie de son fils Stanislas- Xavier. Cet évènement a accentué le
sentiment de faute chez elle.
Madame de Rênal voit en effet la maladie de son fils comme une punition infligée par Dieu
pour réprimer sa conduite et punir son immoralité. Sa passion pour Julien devient par
conséquent une passion coupable et infâme à laquelle il faut très rapidement mettre une fin et
une barrière.
La maladie du petit Stanislas- Xavier a été interprétée par Madame de Rênal comme un signe
ou une sonnette d’alarme à laquelle elle doit obéir immédiatement pour sauver à la fois son fils
et sa propre âme. Cet évènement constitue un éveil de conscience chez Madame de Rênal qui
retombe dans les dogmes dans son éducation et son enseignement purement religieux pour
tenter de se racheter aux yeux de Dieu. Selon elle, si son fils est malade, c’est parce que Dieu a
décidé de la punir doublement : non seulement pour sa conduite, mais aussi pour son
détournement de Dieu et de l’éducation religieuse qu’elle a reçue :
« Peu après le retour de Vergy, Stanislas- Xavier, le plus jeune des enfants,
prit la fièvre ; tout à coup Mme de Rênal tomba dans des remords affreux. Pour
la première fois elle se reprocha son amour d’une façon suivie ; elle sembla
comprendre, comme par miracle, dans quelle faute énorme elle s’était laissée
entraîner. Quoique d’un caractère profondément religieux, jusqu’à ce moment,
elle n’avait pas songé à la grondeur de son crime aux yeux de Dieu. Jadis au
Sacré-Cœur, elle avait aimé Dieu avec Passion ; elle le craignit de même en
cette circonstance. Les combats qui déchiraient son âme étaient d’autant plus
affreux qu’il n’y avait rien de raisonnable dans sa peur. Julien éprouva que le
moindre raisonnement l’irritait, loin de la calmer ; elle y avait la langage de
l’enfer. Cependant, comme Julien aimait beaucoup lui-même le petit Stanislas,
il était mieux venu à lui parler de sa maladie : elle prit bientôt un caractère
grave. Alors le remords continu ôta à Mme de Rênal jusqu’à la faculté de
dormir ; elle ne sortait point d’un silence farouche : si elle eût ouvert la bouche,
c’eût été pour avouer son crime à Dieu et aux hommes…
- Fuyez-moi, dit-elle un jour à Julien ; au nom de Dieu, quittez cette maison :
c’est votre présence ici qui tue mon fils.
Dieu me punit, ajouta-t-elle à voix basse, il est juste ; j’adore son équité ; mon
crime est affreux, et je vivais sans remords ! C’était le premier signe de
l’abandon de Dieu : je dois être punie doublement ».17
17
Ibid., pp. 138-139.
10
La réaction de Madame de Rénal et son discours paraissent en effet en adéquation avec
l’éducation religieuse qu’elle a reçue, et qui a été pervertie en quelque sorte par l’arrivée de
Julien.
Julien Sorel devient l’incarnation de ce genre d’hommes qui nuisent par leurs démarches et par
leurs agissements à la véritable définition de l’amour telle qu’elle a été présentée à Madame de
Rênal par son confesseur le curé Chélan. L’amour de Julien pour Madame de Rênal relève
désormais du libertinage, puisque cette passion va tomber si bas qu’elle se retrouve au même
niveau que celui des poursuites de M. Valenod :
« Mme de Rênal, riche héritière d’une tante dévote, mariée à seize ans à un
gentilhomme, n’avait de sa vie éprouvé rien qui ressemblât le moins du monde à
l’amour. Ce n’était guère que son confesseur, le bon curé Chélan, qui lui avait
parlé de l’amour, à propos des poursuites de M. Valenod, et il lui en avait fait une
image si dégoûtante, que ce mot ne lui représentait que l’idée du libertinage le plus
abject ».18
Madame de Rénal a par conséquent désobéi aux recommandations de son confesseur, en se
détournant de sa véritable passion, qui est celle de Dieu, et en se laissant tenter et séduire par
l’interdit.
Les remords de Madame de Rénal ainsi que sa référence à la notion de la faute et à la notion de
péché font écho au discours que fait André Le Chapelain à son disciple Gautier dans Traité de
l’amour courtois où il dénonce l’amour de la chair ainsi que le péché qu’il présente comme un
mépris clair ou comme une offense à la loi divine :
« Oh ! Il est méprisable celui qui, pour les plaisirs éphémères de la chair, délaisse
les joies perdurables et travaille à se livrer aux flammes de la Géhenne éternelle !
Vois donc, Gautier, toi qui as l’esprit délié, quel honneur mérite un homme qui,
méprisant le Roi des Cieux et dédaignant ses préceptes, ne craint pas de
s’enchaîner à notre vieil Ennemi pour l’amour de quelque Donzelle. Car si Dieu
avait voulu que les relations charnelles ne soient pas entachées de péché, il n’aurait
eu aucune raison de prescrire la célébration du mariage, puisque son peuple
pouvait proliférer davantage en dehors même des liens nuptiaux. Il faut donc
s’étonner de la stupidité des hommes qui, en choisissant le misérable amour
terrestre, perdent l’héritage éternel dont tous les hommes étaient privés, jusqu’à
que le Roi des Cieux le rachète de son propre sang. Nous considérons au contraire
que, pour un homme, c’est commettre la dernière des infamies et une offense grave
envers le Dieu vivant et tout-puissant que de céder aux séductions de la chair et
18
Ibid., pp. 66-67.
11
aux délices de la luxure pour retourner se lier aux lacs de l’Enfer, lacs dont le Père
céleste lui-même délivra l’humanité en versant le sang de son fils unique ».19
De point de vue religieux et au vu du contenu de l’extrait d’André le Chapelain, Madame
de Rênal devient l’incarnation du mal et de cet être dont il dresse le portrait. Son détournement
de la volonté divine et ses agissements la qualifient en effet pour endosser le rôle puisque son
comportement, selon les règles d’André le Chapelain, ne constitue pas non seulement une
offense à l’institution du mariage, mais aussi à la volonté de Dieu qui l’a instauré.
Malgré les alertes et malgré le poids de l’éducation religieuse, Madame de Rênal succombe
finalement à la tentation de l’adultère, contrairement à Madame de Mortsauf dans Le Lys dans
la vallée où l’adultère ne dépasse pas le cadre de l’imagination et se contente de la simple
tentation imaginative.
La scène de l’échelle dans Le Rouge et le noir est très révélatrice dans la mesure où elle traduit
un véritable effondrement de valeurs chez Madame de Rênal qui cède à la tentation et donne sa
bénédiction à l’intrusion de Julien dans sa chambre, et symboliquement, dans le cadre le plus
intime de sa vie conjugale :
« Ainsi, après trois heures de dialogue, Julien obtint ce qu’il avait désiré avec tant
de passion pendant les deux heures premières. Un peu plus tôt arrivés, le retour
aux sentiments tendres, l’éclipse des remords chez Mme de Rênal eussent été un
bonheur divin ; ainsi obtenus avec art, ce ne fut plus qu’un plaisir. Julien voulut
absolument, contre les instances de son amie, allumer la veilleuse. »20
L’adultère dans Le Rouge et le noir tire sa signification et sa légitimité essentiellement de
l’implication de Madame de Rénal dans son aboutissement.
En effet, Madame de Rênal participe de manière active à l’aboutissement de l’adultère, que ce
soit par l’acte ou par les paroles, en affichant une parfaite complicité avec Julien et en faisant
attention au moindre détail pour s’assurer de la réussite de la scène. L’échange verbal qui a
marqué leur entrevue nocturne fait état en tout cas d’une parfaite harmonie et d’une grande
maîtrise de soi chez Mme de Rênal qui n’a pas manqué d’étonner Julien :
« - Cette méchante Elisa va entrer dans la chambre, que faire de cette énorme
échelle ? Dit-elle à son ami ; où la cacher ? Je vais la porter au grenier, s’écria-
t-elle tout à coup, avec une sorte d’enjouement.
- Mais il faut passer dans la chambre du domestique, dit Julien étonné.
19
Le Chapelain, André, Traité de l’amour courtois, Poitiers, Klincksieck, 1974, pp. 185-186.
20
Stendhal, Le Rouge et le noir, Paris, Garnier Flammarion, 1964, p. 253.
12
- Je laisserai l’échelle dans le corridor, j’appellerai le domestique et lui donnerai
une commission.
- Songe à préparer un mot pour le cas où le domestique passant devant l’échelle,
dans le corridor, la remarquera.
- Oui, mon ange, dit Mme de Rênal en lui donnant un baiser. Toi songe à te cacher
bien vite sous le lit, si pendant mon absence, Elisa entre ici.
Julien fut étonné de cette gaîté soudaine. Ainsi, pensa-t-il, l’approche d’un danger
matériel, loin de la troubler, lui rend sa gaîté parce qu’elle oublie ses remords !
Femme vraiment supérieure ! Ah ! Voilà un cœur dans lequel il est glorieux de
régner ! Julien était ravi. » 21
Madame de Rênal se démène en outre pour déplacer l’échelle malgré son poids pesant,
pour aller la déposer dans le corridor du troisième étage.
Le fait de demander à Julien de sa cacher sous le lit est un acte révélateur aussi, puisqu’il nous
renvoie à une pratique classique en dressant une image traditionnelle de l’adultère où l’amant
indélicat prend souvent position dans le placard ou sous le lit pour échapper au regard du mari
berné qui débarque par surprise.
Ce tableau se présente à nous un peu plus tard effectivement avec l’arrivée de Monsieur de
Rênal, censé occupé à vendre sa récolte de pommes de terre :
« Pendant que Julien soupait de grand appétit, et que son amie le plaisantait sur
la simplicité de ce repas, car elle avait horreur de parler sérieusement, la porte de
la chambre fut tout à coup secouée avec force. C’était M. de Rênal.
- Pourquoi t’es-tu enfermée ? lui criait-il.
Julien n’eut que le temps de se glisser sous le canapé.
- Quoi ! Vous êtes tout habillée, dit. M de Rênal en entrant ; vous soupez, et vous
avez fermé votre porte à clef.
Les jours ordinaires, cette question, faite avec toute sa sècheresse conjugale, eût
troublé Mme de Rênal, mais elle sentait que son mari n’avait qu’à se baisser un
peu pour apercevoir Julien ; car M. de Rênal s’était jeté sur la chaise que Julien
occupait un moment auparavant vis-à-vis le canapé. »22
Dans Le lys dans la vallée, l’adultère reste, comme nous l’avons brièvement souligné,
dans le cadre de l’imagination, sans atteindre pour autant le stade du concret.
L’adultère reste par exemple dépendant de la nature et de ses éléments, qui se dressent comme
un tableau érotique devant Félix de Vandenesse qui découvre pour la première fois les beaux
paysages de Tours devant lesquels il fut saisi « d’un étonnement voluptueux »23. En présence
21
Ibid., p 254.
22
Ibid., pp. 257-258.
23
Balzac, Honoré de, Le Lys dans la vallée, Paris, Le Livre de poche, p. 65.
13
d’Henriette, il voit la nature et ses éléments qui se mélangent en harmonie pour lui présenter la
vallée comme un lit qui convie les éléments à l’amour :
« Un soir je la trouvai religieusement pensive devant un coucher de soleil qui
rougissait si voluptueusement les cîmes en laissant voir la vallée comme un lit, qu’il
était impossible de ne pas écouter la voix de cet éternel Cantiques des Cantiques
par lequel la nature convie ses créatures à l’amour. »24
L’unique contact charnel qui s’est effectué entre Félix et Henriette s’est produit lors de leur
première rencontre, c'est-à-dire à l’occasion de la scène du baiser volé. Lors de cette rencontre,
le désir physique de Félix était essentiellement nourri par l’imagination et le fantasme,
puisqu’on assiste presque à un viol oculaire et à une sexualisation voire une érotisation du corps
féminin jusqu’au moindre détail et jusqu’à la jouissance :
« Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi
des jouissances infinies… »25
Ces moments d’excitation de Félix n’ont jamais été accompagnés ou bercés par la complicité
d’Henriette, contrairement à Madame de Rênal dans Le Rouge et le noir par exemple. Henriette
n’a fait que freiner Félix dans ses envies tout en ignorant les siennes, poussée dans son
comportement par les exigences de la fidélité et de la chasteté qu’elle a toujours affichées dans
le roman, prônant ainsi l’exemplarité aux dépens de ses envies et des ses sentiments.
24
Ibid., p. 111.
25
Ibid., p. 61.
14
Bibliographie
-Balzac, Honoré de, Le Lys dans la vallée, Paris, Le Livre de poche, 1997.
-Le Chapelain, André, Lettre de la comtesse de Champagne in Traité de l’amour courtois, Paris,
Klincksieck, 2002.
-Le Chapelain, André, Traité de l’amour courtois, Poitiers, Klincksieck, 1974.
-Stendhal, Le Rouge et le noir, Paris, Garnier Flammarion, 1964.
-Tourillon, Denise, L’Amour courtois amour adultère, Paris, Collection des amis de la langue
d’Oc, 1 Mars 1995.
15