Noyer commun
Juglans regia
Le noyer commun ou noyer (Juglans regia L.) est
une espèce de plantes à fleurs de la famille des Juglans regia
Juglandaceae. C'est un arbre assez commun,
originaire d'Eurasie, cultivé pour son bois recherché
en ébénisterie et ses fruits, les noix, riches en huile.
C'est le seul représentant en France de la famille des
Juglandacées. Il est parfois appelé calottier,
1
écalonnier, gojeutier ou noyer royal .
Étymologie
Mattioli dans ses Commentaires de la matière
2
médicale de Dioscoride (1544) nomme le noyer
commun en latin Nux Juglans, le décrit, l’illustre et
donne une traduction de Dioscoride. Le terme sera
conservé jusqu’à Carl Linné qui le baptise Juglans
3
regia dans Species plantarum en 1753.
1
L’étymologie traditionnellement retenue depuis
4
Pline (HN , XV, 91) est : de Jovis « Jupiter », glans
« gland » on construit Juglans « gland de Jupiter »
car en comparaison au gland du chêne, consommé
par les paysans, la noix est d’une richesse nutritive Noyer commun
incomparable.
Classification
L'épithète spécifique regia « royal » vient du latin
regius, -a < rex, regis « le roi ». Règne Plantae
Division Magnoliophyta
Description Classe Magnoliopsida
Les noyers sont des arbres pouvant atteindre la taille Ordre Juglandales
de 20 à 25 m, s’ils poussent en solitaire alors qu’ils
5 Famille Juglandaceae
peuvent atteindre 30 m en peuplement . La
croissance en hauteur se termine au bout de 60 à Genre Juglans
80 ans. Ce sont des arbres caducifoliés, de pleine
lumière, pouvant atteindre 150 à 160 ans en Europe Espèce
n1
occidentale et centrale . Juglans regia
L., 1753
Leur écorce est gris-clair, mince et lisse pour les Classification phylogénétique
jeunes, parcourue de profondes fissures avec les
Ordre Fagales
années. Leurs feuilles, caduques, alternes, assez
grandes, sont composées, imparipennées (à 5-9 Famille Juglandaceae
folioles ovales aigües, la terminale la plus grande) et
Statut de conservation UICN
penninerves. Elles dégagent une odeur aromatique
lorsqu’on les frotte.
Les fleurs mâles (à 10 à 36 étamines) de cette espèce
monoïque sont regroupées en chatons pendants, LC : Préoccupation mineure
verdâtres, au sommet de rameaux de l’année
précédente. Les chatons éclosent peu avant ou en
même temps que le débourrement des feuilles entre avril et mai (ou juin suivant la région). Les fleurs
femelles (comportant deux carpelles soudés entre eux avec 1 style court et 2 stigmates) qui apparaissent plus
tard sont généralement disposées par paires à l'extrémité des rameaux de l’année. Les fleurs ne comportent
pas de pétale. La pollinisation se fait par le vent. Comme le décalage entre les périodes de floraison mâle et
5
femelle diminue avec l’âge de l’arbre, la probabilité d’autopollinisation augmente avec le temps . La
période de l’émission du pollen et la période de floraison femelle ne se chevauchent que très peu de temps
6
et il suffit de conditions climatiques défavorables pour que l’autopollinisation ne soit pas suffisante .
Les fruits sont des drupes vertes, formées d’un brou charnu, contenant une coquille (noyau) à deux valves
ligneuses, à l'intérieur de laquelle se trouve une amande réticulée, formée de deux cotylédons oléagineux.
Dans la langue commune, le terme noix peut, suivant le contexte, désigner :
1. le fruit entier tel que porté par l'arbre,
2. le fruit débarrassé de son écale verte,
3. les cerneaux comestibles.
Les fruits sont mûrs à l'automne, en septembre-octobre. C'est le risque de gelée printanière qui fixe la limite
nord de leur aire d'extension. Les noix sont souvent disséminées par les corneilles, écureuils et geais. Les
5
noyers poussant en forêt ne fructifient pratiquement pas .
Distribution
Actuellement, l’aire naturelle du noyer commun s’étend de la
Chine (Shandong, monts Qinling et Baishan, Sichuan,
Yunnan, Xinjiang) à l’Europe occidentale, en passant à
travers l’Asie centrale (Kirghizstan, Ouzbékistan,
Turkménistan), le Népal, le nord du Pakistan et de l’Iran, le
Caucase, la Turquie orientale et les Balkans.
Distribution de Juglans regia.
Il est cultivé sur une zone plus large, englobant son aire
naturelle en Europe, en Chine, en Asie centrale, dans le nord
du Moyen-Orient, etc, et plus récemment en Afrique du Nord, Californie, Chili et Nouvelle-Zélande.
7 n 2
En France, il est cultivé sur presque tout le territoire et est parfois subspontané sur les sols profonds,
n 3
limoneux-argileux, meubles et bien drainés mais n’a pas de biotope primaire. Il est toutefois plus rare
dans les zones soumises au climat océanique et en Corse. Il est essentiellement présent à l’étage collinéen,
8
8
jusqu’à 700-800 m d’altitude . La culture du noyer a été promue en Europe par les Romains et plus tard par
Charlemagne.
Histoire démographique des populations de noyers
La confusion a longtemps persisté sur la localisation précise de l'origine du noyer commun en raison de
découvertes archéologiques de vestiges de noix s’étendant sur une zone traversant toute l’Eurasie,de
9
l’Himalaya jusqu’à l’Italie et la Suisse, en passant par la Perse et la Turquie .
Cependant de nouvelles sources de données, issues du développement de marqueurs moléculaires de
l’ADN par microsatellites (SSR) des Juglans spp., l’accès à des populations de noyers en Asie dans des
zones reculées et non cultivées ainsi que les récoltes abondantes de pollen fossile en Europe, fournissent de
nouveaux moyens d’élucider la riche interaction entre l’homme et la nature qui a façonné l’évolution des
10
noyers en Eurasie durant les 10 000 dernières années (de l’Holocène) .
En Asie
En Asie, le noyer commun survécut au Dernier maximum glaciaire dans des refuges isolés, situés entre la
Chine et l’Asie centrale et le Caucase (regroupés en 3 clusters, voir fig. 2). Toutefois des études génétiques
combinées avec des données historiques et linguistiques ont montré que ce qui apparaissait comme des
populations indigènes de noyers étaient en fait en partie le résultat de l’action de l’homme. Les grandes
forêts « naturelles » de noyers dans les portions reculées du Ferghana ou la « plus grande forêt de noyers du
11
monde » des monts Chatkal du Kirghizstan se sont révélées à l’analyse ne pas avoir plus de 2 000 ans et
12
même pour la plupart de 1 000 ans d’âge . Le commerce des noix le long de « corridors verts » comme la
Route de la soie et la Route royale perse, ont permis de surmonter les barrières géographiques et explique
bien l’origine de certaines forêts.
13
En Chine même, Feng Xiaojia et al (2018) ont étudié la
structure génétique de 31 populations de noyers sur le
territoire chinois, en utilisant 22 marqueurs microsatellites.
Durant le dernier interglaciaire, la distribution du noyer
commun se rétrécit considérablement à une barre oblique
n4
coupant le territoire chinois actuel en deux, allant de Pékin
au Nord-Est au Yunnan au Sud-Ouest, correspondant aux
trois centres de diversité actuelle :
1. des parties du Yunnan (Chine du Sud-Ouest),
fig. 1, Carte de distribution du noyer
2. les monts Qinling et Bashan (Chine du Centre), commun en Chine durant le Dernier max
13
3. Shandong, Pékin, Massif du Changbai (Chine du glaciaire (d’après Feng , 2018)
Nord-Est).
Le noyer commun se serait ensuite répandu à partir de ces
habitats isolés ayant servi de refuge pour résister aux rigueurs climatiques. Ces données contredisent les
n5
textes historiques qui indiquent « Zhang Qian ramena d’Occident des graines de noix hutao (« pêcher
barbare ») » (Bowu zhi 博物志 de Zhang Hua 张华 , dynastie Jin de l'Ouest). Une analyse
historiographique des sources textuelles primaires a montré que le transport le long de la Route de la soie
14
par Zhang Qian (vers -139 à -126) ne peut être établi (Shao Wenli , 2016). Même s’il ne fait aucun doute
que les noix communes ont été transportées par la Route de la soie, leur introduction récente dans le
territoire « chinois » (au sens ancien de la dynastie Han et encore plus au sens actuel) n’est pas cohérent
13
avec les analyses génétiques qui attestent la présence de refuges glaciaires de noyers communs dans les
monts Qinling (près de la capitale Chang'an (Xi’an), au Sud), dans le Shandong et la région de Pékin,
n6
parties intégrantes du territoire de la dynastie Han .
En Europe
En Europe, l’étude des dépôts de pollen fossile de Juglans regia ont montré que des populations de noyers
poussaient dans le Sud de l’Espagne, en Italie, France, Suisse, Bulgarie, Grèce, Albanie et Turquie durant le
Pléistocène supérieur (période précédant l’Holocène, commençant il y a 126 000 ans et allant jusqu’à il y a
12 000 ans). Puis au début de l’Holocène (il y a 11 600 ans), beaucoup d’auteurs ont pensé que le noyer
commun avait complètement disparu d’Europe avant d’être réintroduit à partir de la Turquie du viiie siècle
au ve siècle avant l’ère commune puis par une seconde vague au quatrième millénaire [pas clair].
Cette analyse est maintenant contestée par des analyses palynologiques qui indiquent que le noyer commun
aurait survécu durant les périodes interglaciaires froides et sèches dans des refuges situés en Europe du Sud
10
et dans les Balkans . Des fossiles de coquilles de noix ont été trouvés dans le nord-est de l’Italie
(7 550 AP), en Suisse (6 000 AP-4 350 AP) et en Slovénie (5 600 AP-5 500 AP). En supposant que les
noix ont été récoltées (voire cultivées) du Néolithique à l’âge du bronze, on ne peut exclure que des
populations locales de noyers n’aient été protégées par des humains, durant les oscillations climatiques
mondiales.
En intégrant l’analyse des pollens fossiles, les données culturelles et historiques avec la génétique des
10
populations et l’analyse bayésienne approximative, Pollegioni et al. ont détecté une forte diversité
génétique dans les Balkans (Grèce, Roumanie et Moldavie) semblable à celle trouvée dans d’autres centres
d’origine comme le Caucase (Géorgie, Turquie orientale), le nord Pamir (Tadjikistan) et les crêtes de
Zaamin (en), du nord Gissar et une partie des Tian Shan (Ouzbékistan oriental, Xinjiang en Chine). Ils ont
aussi montré que l’empreinte longitudinale de la diversité génétique des noix pourrait résulter d’une dérive
génétique due à une dispersion sur une longue distance. Ils ont trouvé une perte de la richesse allélique et de
l’hétérozygotie en allant de l’Est de l’Europe vers l’Ouest.
Comme c’est le cas pour beaucoup de
plantes de l’hémisphère nord, les
refuges glaciaires sont des réservoirs de
haute diversité génétique qui ont servi
de source pour une recolonisation
postglaciaire des zones libérées des
glaces. Le noyer commun a persisté
au-delà du Dernier maximum glaciaire
(DMG) dans des poches favorables sur
le Plateau anatolien, les Balkans et le
fig. 2, Structure des populations de 91 populations de noyers
sud-ouest de l’Europe. Toutefois la 10
communs (Pollegioni , 2017). L’analyse de la structure génétique
détection de quelques grains de pollen des populations corrobore la théorie d’une évolution séparée du
de noyer après le DMG au début de noyer en quatre groupes principaux : trois centrés sur l’Asie (cluster
l’Holocène suggère une diffusion du 1 bleu, 2 noir, 3 vert), un localisé en Europe (cluster 4, en rouge).
noyer à des latitudes assez hautes (>46 CN=Chine, UZ=Ouzbékistan, KG=Kirghizstan, TR=Turquie
° N) comme observé dans la Tchéquie
du nord (10 546 AP, Dolskym), dans l’Autriche occidentale (11 645 AP Seefelder See; 11 267 AP,
Fuchsschwanzmoos), dans l’Allemagne du Sud (10 005 AP, Feuenried), la Suisse méridionale (10 399 AP,
Lac du Mont d'Orge Sion), la France du Centre (10 581 AP, Tourbières des Granges des Chavants;
9 097 AP, Marais du Grand Chaumet; 9 466 AP Tourbière de Roussy; 9 334 AP, Tourbière de Parcay-sur-
Vienne).
Les noyers des Balkans (Grèce, Roumanie, Moldavie), génétiquement distincts des autres lignées
européennes, manifestent un mélange des groupes 1 (Trans-Caucase, Iran) et 4 (Italie, France, Espagne),
qui pourrait refléter un contact possible entre l’Europe et l’Asie, remontant au début de la période
Pléniglaciaire, il y a 63 690 ans à 46 320 ans, antérieure au DMG. La séparation génétique de l’Europe
occidentale des Balkans, aurait eu lieu entre il y a 12 900 ans et 9 440 ans (Dryas - début de l’Holocène).
Utilisations
Les noyers sont largement cultivés en Europe pour leurs fruits et leur bois.
15
Le bois
Le noyer produit un bois franc à mi-lourd : 550 à 700 kg/m3 à 12 % d'humidité ou de type feuillu mais
16
relativement mou (son résultat au test de dureté Janka est de 1 220 lbf ). Le retrait volumique est assez
faible : 12% à 14%. Le rapport entre les rétractabilités radiales et tangentielles est inférieur à 1,4, plus réduit
que la plupart des autres essences, ce qui explique sa faible tendance à la fente en grume et sa bonne
stabilité en service. Sa durabilité naturelle est moyenne, il est sujet aux attaques cryptogamiques, de lyctus et
de vrillette. Le bois présente un beau poli et se cintre facilement (rayon de courbure minimal égal à 10-11
fois l'épaisseur du bois)
Il est veiné et coloré, de couleur rouge qui attire les fourmis [réf. nécessaire]. Très réputé en ameublement et
placage, il est également recherché en sculpture pour le contraste entre son aubier gris clair et son cœur brun
foncé, ce dernier a néanmoins une teinte assez variable allant d'un blanc-grisâtre à un brun-gris à nuance
beige ou violacée, suivant la provenance. Le bois présente chez les arbres âgés ou près du cœur des veines
sombres dont le dessin est indépendant du fil dû aux cernes, elles résulteraient d'une modification
physiologique entraînant une concentration localisée en tanins.
Le bois est assez homogène, les vaisseaux sont néanmoins plus gros dans le bois initial que dans le bois
final, la décroissance en diamètre des vaisseaux est régulière si bien qu'on ne peut tracer de limite entre le
bois initial et le bois final. Dans le duramen les vaisseaux sont obstrués par des thylles. Les rayons ligneux
ne sont pas distincts sans loupe en coupe transversale, ils dessinent une fine maillure sur quartier.
La souche et les racines donnant au tranchage des plaquages dits de "ronce de noyer."
Le bois de noyer est sans conteste le premier des bois indigènes d'ébénisterie, par la beauté de son veinage,
sa stabilité et sa facilité d'usinage et polissage. Il est aussi utilisé en tournerie, coutellerie et sculpture sur
bois, par exemple pour les crosses de fusils. Les sabots et galoches de bonne qualité étaient également
fabriqués à partir de grosses branches de noyer taillées vertes.
Les fruits
Le jeune noyer met environ dix ans avant de fructifier.
Dans les noix, ce sont principalement les amandes, appelées
cerneaux, qui sont consommées fraîches ou en tant que fruit sec.
Elles sont aussi triturées pour obtenir une huile alimentaire, l'huile
de noix.
Coque et cerneaux de noix.
En Europe occidentale, on trouve depuis l’Antiquité, des recettes de
17
vin de noix pour conserver les noix vertes : « en les mangeant
fraîches, après qu’elles aient mariné dans du bon vin, en petite
quantité, et avec un peu d’ail, cela empêche toute nuisance »
(Pisanelli, xvie siècle)
Au xxe siècle, on retrouve l’écho de cette longue tradition chez
Maria Treben. Les noix sont ramassées très jeunes (avant le 21
18
juin), quand il est encore aisé de percer la chair . Elle en donne la
recette médicinale, et recommande cette eau-de-vie de noix pour Noyer émergeant de la noix
18
purifier estomac, foie et sang .
Le brou
La chair qui entoure le noyau est utilisée en décoction pour obtenir une teinture en menuiserie appelée brou
de noix. C'est lui-même qui teinte les doigts du ramasseur de noix.
Feuilles
Composition phénolique
Le principal constituant phénolique de la feuille est la juglone (5-hydroxy-1,4-naphtoquinone) qui existe
dans la plante fraîche (feuille et brou) sous forme de glucoside (2 % dans le brou et 0,6 % dans les feuilles)
19
mais aussi sous forme libre, notamment dans la cire épicuticulaire . La juglone est accompagnée d’autres
naphtoquinone et de dérivés réduits. La teneur en juglone est d’abord forte dans les jeunes feuilles puis
devient très faible dans les feuilles âgées ou sèches.
Les autres composés phénoliques susceptibles d’avoir des propriétés médicinales sont les tanins
19
ellagiques (pédunculagine, tellimagrandines et glansrines de la noix).
Les feuilles renferment également une faible quantité d’huile essentielle, de l’acide ascorbique, des acides-
phénols comme les acides caféyl- et p-coumaroylquiniques et des flavonoïdes (hétérosides de quercétol).
La juglone est antibactérienne et les ellagitanins sont antioxydants.
Emplois pharmacologiques
En France, la Note explicative de l’Agence du médicament (1998) admet qu’il est possible de revendiquer,
19
pour la feuille de noyer, les indications thérapeutiques suivantes : traditionnellement utilisée dans les
manifestations subjectives de l’insuffisance veineuse telles que les jambes lourdes, dans la symptomatologie
hémorroïdaire ; dans le traitement symptomatique des diarrhées légères.
Emplois médicinaux traditionnels
Par ses feuilles et son brou, le noyer est un remède majeur de la pharmacopée populaire européenne, note
20
Pierre Lieutaghi dans son enquête ethnobotanique en haute Provence. Les infusions de feuilles sont
utilisées en cas de saignement de nez. En dépuratif dans la furonculose, on boit la décoction des feuilles à
raison d’un bol par jour, à jeun. Pour la circulation et la tension, on boit l’infusion ou la décoction des
feuilles.
Maria Treben recommande des lavages ou bains de décoctions de feuilles en usage externe pour les
maladies rachitiques et scrofuleuses, caries et gonflements des os, et ongles suppurants des doigts et orteils,
exanthèmes purulents, stomatites nécrosante, acné, pertes blanches, transpiration des pieds, et engelures
(décoction forte). Des rinçages de bouche avec cette décoction aideraient contre les pharyngites et
gingivites. Elle recommande également cette décoction en lavages contre les teignes du cuir chevelu, gales,
18
et croûtes de lait ; une décoction forte lutterait contre les poux .
En usage interne les feuilles sont employées sous forme de tisane pour les troubles de l'appareil digestif, la
18
constipation, l'anorexie, la dépuration, le diabète et la jaunisse .
Culture
Le noyer est une espèce thermophile, préférant les climats doux
voire chauds durant la saison de végétation, avec un air sec de type
7
continental . Il est cultivé pour sa ressource oléagineuse (noix
récoltées en octobre-novembre) et son bois dur, en particulier pour
l'ameublement.
Le noyer commun peut pousser jusqu'à 800-1 000 m d'altitude en
n7
zone tempérée , mais il lui faut un emplacement à l'abri des vents
forts. Il est rustique jusqu'à −30 °C, à condition que le froid
7 Noyer centenaire;
s’installe progressivement . Il tolère les sols légèrement acides à
calcaires (pH entre 6 et 7,5) alors que le noyer noir nécessite des
terrains frais et légèrement acides. C’est un arbre de pleine lumière supportant mal les conditions forestières.
Après une certaine tolérance à l’ombrage dans son jeune âge, il développe une forte exigence en lumière à
5
l’âge adulte : le houppier doit être dégagé .
Il donne de bons résultats sur les sols argilo-calcaires, sous réserve qu’ils soient suffisamment profonds et
bien alimentés en eau.
Le noyer est un arbre facile
d'entretien, mais il a besoin
d'un sol riche. Il faut surtout
veiller à ce qu'il ait assez
d'eau au mois de juin, car
s'il en manque, les noix
seront petites. C'est aussi le
moment où se prépare
Noyer en automne. Une noyeraie dans le Périgord.
l'induction florale (les
futures fleurs de l'année
suivante). Une sécheresse à ce moment précis compromet donc
aussi la récolte de l'année suivante. Très sensible à l’asphyxie
racinaire, il ne supporte pas l’engorgement aqueux, même
temporaire, sur au moins 80 cm.
Il existe des variétés protandre (Franquette, Parisienne) et d'autres
protogynes (Ronde de Montignac, Meylanaise). Certaines variétés
peuvent être autofertiles mais la pollinisation se fera bien mieux
avec deux ou trois arbres de catégories d'hermaphrodisme successif
différentes et plantées proches l'une de l'autre.
Le noyer n'apprécie pas la taille. On se contentera donc de tailler les
bois morts à la fin de l'automne si on veut éviter les écoulements de
sève.
Les feuilles de noyer produisent du juglon qui après lessivage par Sculpture en bois de noyer.
les pluies, par un phénomène d'allélopathie, empêche les autres
plantes de pousser autour du noyer. Toutes les plantes ne sont pas
affectées négativement par la juglone. Myosotis, Pachysandra terminalis, Barbe de bouc (Aruncus
sylvester), alchémille, hosta, heuchère, bugle rampante (Ajuga reptans) et la majorité des bulbes peuvent
constituer un joli décor au pied de cet arbre.
21
Une étude américaine indique que les vergers de noyers où sont aussi plantés des Elaeagnus umbellata
ou des aulnes glutineux (Alnus glutinosa) ont une production de noix augmentée de 20 %. Cela est dû à
l'azote apporté dans le sol par ces espèces.
Multiplication
Le noyer se multiplie par semis de noix fraîches qu'on peut semer en place à 5 cm de profondeur dès la
récolte après les avoir débarrassées de leur brou. Pour les protéger des prédateurs (rongeurs, écureuils, etc.),
on peut aussi les placer dans un sac de congélation avec du sable humide à 10 % et conserver ce sac au
réfrigérateur à 4 °C pendant 4 mois puis semer au tout début du printemps.
Les arbres cultivés sont des arbres greffés qui commencent à produire vers 5 à 6 ans. Ils sont en pleine
production au bout de 25 ans et peuvent produire jusqu'à 70 ans. Le noyer noir est parfois utilisé comme
porte-greffe pour les variétés de noyers communs, car il résiste au pourridié en particulier dans les terrains
humides.
Maladies et ravageurs
L’anthracnose du noyer (Gnomonia leptostyla) est le pathogène
foliaire le plus commun. On le reconnait par des taches brunes sur
les feuilles. Il se développe lors des printemps frais et humides.
Le Phytopte du Noyer, Aceria erinea, est un Acarien qui provoque
une galle sur les feuilles du Noyer.
Variétés
Voir Principales variétés de noix communes.
Pour les noyers dont la noix est destinée à la consommation
alimentaire, il existe en France deux appellations contrôlées AOC :
Noix de Grenoble et Noix du Périgord. On y cultive essentiellement
deux variétés : la Franquette et la Parisienne. Il y a de nombreuses
Anthracnose du noyer
autres variétés plus connues localement comme en Périgord : la
Ronde de Montignac, la Corne du Périgord. En Isère, la Mayette ou
la Meylanaise.
Certaines variétés sont des variétés à bois pour lesquelles une croissance plus rapide est recherchée. Il existe
également des variétés recherchées seulement pour l'ornement.
Appellation, histoire et folklore
Le gauguier est le nom en moyen-français du noyer au xiiie siècle. Cette appellation vernaculaire provient
de la gauge ou grosse noix. L'étymon latin est ici gallica, la noix.
L'alliance de la vigne et du noyer est une constante culturelle en Alsace, depuis la civilisation gallo-romaine
implantant la vigne. L'arboriculture traditionnelle pouvait associer au noyer le châtaignier calcifuge, mais
aussi et surtout les autres arbres fruitiers thermophiles : la pêche de vigne, le néflier, le cormier (sorbier
domestique), l'amandier. C'est l'association du vin et de la noix qui a fondé la fête du vin.
On disait au xve siècle : « Se une femme veult que son mari ou amy l’aime fort, elle doit mettre une fueille
de gauguier, cueillie la nuit saint Jehan tandis qu’on sonne nonne, en son soulier du pied senestre, et sans
22
faulte il l’amera moult merveilleusement » (Folklore de France ).
Une croyance alsacienne maintient qu'une « femme qui veut garder son mari se doit de garder en son
soulier senestre feuille de gauguier cueillie la nuit de la Saint-Jean ». Les noms alsaciens du noyer sont
Nussbaum ou Wallnuss. Le noyer magique de la Saint-Jean aurait, en plusieurs provinces françaises, la
particularité d'émettre ses feuilles et quasiment ses fruits tous d'un coup le jour de la Saint-Jean (le 24 juin),
d'où son nom.
Le noyer a hérité d’une mauvaise réputation venant de l’Antiquité gréco-romaine. Ainsi « Les paysans du
Maine disent que si ses racines pénètrent dans l’écurie ou les toits à porcs les animaux périssent ; elles sont
aussi dangereuses pour les maisons… En Haute-Bretagne, les cochons dont les étables sont trop voisines de
22
cet arbre crèvent ou ne profitent pas » (Folklore de France ).
Par contre, il est bénéfique dans d’autres régions. « En Saintonge, Auvergne et Languedoc, un petit rameau
de noyer, cueilli et placé avant le jour à toutes les portes et fenêtres des habitations et étables, porte bonheur
22
à la maison, fait prospérer le bétail, ou préserve les moutons de la folie » (Folklore de France ).
Classification
Autres espèces du genre Juglans :
Juglans ailantifolia Carr. - noyer du Juglans major Heller - noyer noir
Japon d'Arizona
Juglans boliviana Dode - noyer de Juglans mandshurica Maxim. - noyer de
Bolivie Mandchourie
Juglans californica S. Wats. - noyer de Juglans microcarpa Berl. noyer à petits
Californie fruits
Juglans cathayensis Dode - noyer de Juglans neotropica Diels - noyer des
Chine Andes
Juglans cinerea L. - noyer de beurre ou Juglans nigra L. - noyer noir
noyer cendré Juglans stenocarpa Maxim. - noyer à
Juglans hindsii Jepson - noyer de Hind fruits durs
Juglans jamaicensis C. DC. - noyer des
Antilles
Galerie
Fleurs femelles. Chaton de fleurs Fruits immatures. Fruits immatures.
mâles.
Fruits mûrs. Noix et cerneau. Jeune pied de noyer.
Notes
1. on parle parfois d’une longévité de 300 à 500 ans (en Ouzbékistan, Mapelli et al, 2014), mais
cela ne vaut guère en Europe occidentale et centrale
2. plante qui après avoir été introduite dans une région, s’y développe comme une plante
spontanée
3. par exemple, dans le bocage Brionnais (Saône-et-Loire, Bourgogne) ou en bordure des
champs en Limagne (Auvergne)
4. le terme de zhongguo 中国 « Chine » qui actuellement, est universellement utilisé pour
référer rétrospectivement à l'entité politique, géographique et culturelle qui perdure depuis
3 000 ans dans la région du Fleuve jaune n'est que d'un usage récent. Car l'empire chinois
n'a pas toujours été unifié, et quand il l'était, il occupait des territoires différents avec des
dénominations différentes
5. 张骞使西域还,乃得胡桃种, le terme de hutao 胡桃 étym. « pêcher barbare » désignant la noix
commune, indique clairement une origine d’ethnie non Han. À partir de ce texte, écrit quatre
siècles après le voyage de Zhang Qian (de -139 à -126), toutes les sources historiques
répéteront toujours la citation du Bowuzhi : « Zhang Qian ramena de l’ouest des noix
(hutao) ». Mais aucune source textuelle de l’époque des Han occidentaux ne rapporte ce fait,
史记
ni le Shiji (-109, -91) de Sima Qian, ni les Hanshu 汉书 , ni le Shennong bencao jing la
plus ancienne pharmacopée chinoise, répertoriant les plantes médicinales, ne le
mentionnent
6. peut-être pour comprendre cette énigme, faut-il se souvenir de la remarque de Le Moulec « la
présence de nombreux arbres anciens aux noix petites et hétérogènes ont longtemps réfréné
l’intérêt des Chinois pour sa culture » (compte-rendu du 7e Symposium International de la
Noix en Chine ([Link]
[Link]))
7. jusqu'à 3 300 m au Tibet, 1000-2000 m au Kirghizstan et 1200 m dans les Alpes
Références
1. Pascale Servais et Pierre Seba, 2018 Tilo Botanica, « Juglans regia L. ([Link]
[Link]/espece-i-m/[Link]) » (consulté le 18 janvier 2019)
2. Pietro-Andrea Mattioli, Les commentaires de M.P. Mattiole, medecin sienois, sur les six livres
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Pinet), chez Jean-Baptiste de Ville, Lyon, 1653 (lire en ligne ([Link]
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Sur les autres projets Wikimedia :
Noyer commun ([Link]
[Link]/wiki/Juglans_regia?uselang=fr), sur
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Liens externes
(en) Référence UICN : espèce Juglans regia L., 1753 ([Link]
onredirect/63495) (consulté le 27 mai 2015)
(fr) Référence Tela Botanica (France métro ([Link] :
Juglans regia L. ([Link]
(fr) Référence INPN : Juglans regia ([Link]
(TAXREF ([Link]
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