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Traduction des sociolectes : enjeux et défis

Le document présente une analyse des défis et enjeux liés à la traduction des sociolectes littéraires, en définissant le concept de sociolecte et en le distinguant d'autres termes comme dialecte et vernaculaire. Les articles abordent les implications sociales, culturelles et politiques de l'utilisation des sociolectes dans la littérature, ainsi que les difficultés rencontrées lors de leur traduction. Les auteurs examinent comment ces éléments peuvent influencer la réception et l'interprétation des textes traduits.

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Traduction des sociolectes : enjeux et défis

Le document présente une analyse des défis et enjeux liés à la traduction des sociolectes littéraires, en définissant le concept de sociolecte et en le distinguant d'autres termes comme dialecte et vernaculaire. Les articles abordent les implications sociales, culturelles et politiques de l'utilisation des sociolectes dans la littérature, ainsi que les difficultés rencontrées lors de leur traduction. Les auteurs examinent comment ces éléments peuvent influencer la réception et l'interprétation des textes traduits.

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2025 05:59

TTR
Traduction, terminologie, re?daction

Présentation
Traduire les sociolectes : définitions, problématiques, enjeux
Annick Chapdelaine et Gillian Lane-Mercier

Volume 7, numéro 2, 2e semestre 1994

Traduire les sociolectes

URI : [Link]
DOI : [Link]

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Éditeur(s)
Association canadienne de traductologie

ISSN
0835-8443 (imprimé)
1708-2188 (numérique)

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Citer ce document
Chapdelaine, A. & Lane-Mercier, G. (1994). Présentation : traduire les
sociolectes : définitions, problématiques, enjeux. TTR, 7(2), 7–10.
[Link]

Tous droits réservés © TTR: traduction, terminologie, rédaction — Les auteurs, Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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Présentation

Traduire les sociolectes:


définitions, problématiques, enjeux

Consacrés aux difficultés et aux enjeux liés à la traduction des


sociolectes littéraires, les articles réunis ici soulèvent le problème de la
définition du concept même de sociolecte. En effet, face au
foisonnement de termes tels vernaculaire, dialecte, patois, pidgin ainsi
que créole, et, aux références à des pratiques langagières dont la
spécificité est a priori tributaire de facteurs aussi disparates que la race,
la région, la classe sociale, le sexe, le niveau d'instruction, la
profession ou le milieu intellectuel, on pourrait se demander jusqu'à
quel point ces termes et ces pratiques sont susceptibles d'être pris en
charge par la notion de sociolecte et, par là, de s'inscrire dans le thème
du présent numéro.

De facture relativement récente, le terme de sociolecte désigne


en sociolinguistique tout langage propre à un (sous-)groupe social
déterminé. Se distinguant simultanément des concepts de dialecte, qui
se- fonde sur des critères plus spécifiquement géographiques,
d'idiolecte, qui signifie une manière idiosyncratique, individuelle de
parler, et de technolecte, qui renvoie aux divers champs de discours
d'un état de société, les sociolectes sont définissables à partir de
critères proprement sociaux, culturels, économiques et institutionnels.

Ainsi conçus, les sociolectes sont susceptibles d'être étudiés


sur le double plan de la forme et du contenu. Dans le premier cas, il
s'agit de tenir compte des prononciations, des constructions phrastiques,
des lexemes et des expressions qui non seulement distinguent les
sociolectes les uns des autres au sein d'une société donnée, mais les
situent par rapport à un ensemble préétabli de normes linguistiques
qu'ils enfreignent. Dans le deuxième cas, il s'agit de rendre compte des
valeurs, des croyances, des constructions identitaires, des compétences
et des pratiques qui, connotes par l'emploi de telle unité linguistique
non standard, signalent l'appartenance à un (sous-)groupe précis. Se

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dessine de la sorte une dichotomie entre la langue officielle, correcte,
non marquée et des langages «illégitimes», incorrects, marqués —
dichotomie à la base de la mise en place et du maintien de hiérarchies
et de divisions langagières socialement pertinentes. Il s'ensuit que, tout
en témoignant de l'inscription du sujet parlant/écrivant au sein des
stratifications socio-idéologiques de sa communauté linguistique — c'est
leur dimension sociale —, les sociolectes témoignent en même temps
de l'inscription du sujet parlant/écrivant dans son époque — c'est leur
dimension historique —, de leur proximité plus ou moins grande par
rapport à la langue officielle et, partant, aux instances de pouvoir —
c'est leur dimension institutionnelle —, desfluctuationsaxiologiques,
éthiques, identitaires que sont aptes à subir les unités linguistiques
d'une langue donnée selon qu'elles sont employées par un locuteur de
tel ou tel (sous-)groupe — c'est leur dimension fonctionnelle — et,
enfin, des revendications politiques que ce dernier peut, en
l'occurrence, promouvoir.

On peut dès lors considérer le terme de sociolecte comme un


terme générique qui recouvre ceux, plus spécifiques car fondés sur un
ensemble plus restreint de paramètres, de vernaculaire, qui désigne le
parler d'un groupe ethnique en marge de la langue officielle comme des
instances de pouvoir, de patois, qui renvoie au seul parler paysan, de
pidgin et de créole, basés surtout sur des critères de formation
linguistique et d'appartenance ethno-géographique, de dialecte, enfin,
où les déterminations géographiques impliquent en règle générale des
déterminations socio-culturelles. Autrement dit, il nous a semblé
possible de regrouper sous un même thème des articles traitant du
vernaculaire noir américain (Vidal, Lavoie), du vernaculaire rural
québécois (Chapdelaine), du patois anglo-irlandais et du breton
(Morvan), des pidgins français et anglais de l'Afrique de l'Ouest
(Bandia), du Yiddish (Bruce), ainsi que du discours féministe (Arrojo).
Parasynonymes de sociolecte, ces termes désignent des parlers qui se
donnent pour «autres», que ce soit sur le plan des particularités
linguistiques qu'ils manifestent ou sur celui des connotations et des
présupposés socio-idéologiques sous-jacents qu'ils affichent.

Tous les auteurs du présent numéro ont fait allusion aux


problèmes et aux enjeux soulevés par l'inscription textuelle d'unités
sociolectales tant au sein du texte source que du texte cible. Annick

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Chapdelaine insiste sur la nature à la fois limitée et stéréotypée des
marqueurs phonétiques et morphosyntaxiques retenus par Faulkner dans
The Hamlet pour signaler le monde rural américain; vernacularisation
de surface qui, si elle engendre certains effets de réel, alimente surtout
la dimension comique de l'œuvre, cette dernière ayant été gommée
dans la première traduction, et que son groupe de recherche s'évertue
à prendre en compte dans son projet de re-traduction «transparente».
Françoise Morvan souligne que l'anglo-irlandais des personnages de
Désir sous les ormes de O'Neill relève d'un travail tout poétique de
réinvention, de sorte que les effets de réel sociolectal de sa traduction
se trouvent pour ainsi dire résorbés par la sémiosis du texte. Bernard
Vidal fait ressortir les enjeux idéologiques et politiques engagés par
l'emploi du vernaculaire noir américain dans les œuvres de Zora Neale
Hurston et d'Alice Walker. Geste fortement politisé, reflet tant d'une
manière de parler que d'une identité ethnique et socio-culturelle
marginalisée et de rapports de groupe conflictuels, le recours au VNA
permet avant tout de donner une voix sur le plan de la fiction à ceux
qui n'en possèdent pas sur celui du monde. Il en résulte que traduire
le VNA en français exigera une réactualisation qui mette à jour les
revendications et les dénonciations du texte source. Judith Lavoie
montre jusqu'à quel point le projet réaliste de Twain dans Huckleberry
Finn, qui consiste à reproduire aussi fidèlement que possible de
multiples sociolectes, dont le VNA, se trouve sans cesse décentré à la
fois par un ensemble de conventions d'ordre esthétique et par le projet
idéologique de l'auteur. En effet, si Twain a mis un soin remarquable
à imiter le VNA, toujours est-il que le réalisme linguistique de ses
transcriptions subit de nombreuses clôtures dues aux exigences de
lisibilité et à la tradition littéraire propre au Sud américain selon
laquelle le recours au vernaculaire vise des effets comiques. Lavoie
déplore le gommage de ce projet d'écriture de Twain dans deux
traductions de son texte contestataire. Paul Bandia rappelle à propos de
la représentation littéraire de pidgins dans les romans de l'Afrique de
l'Ouest que, s'il s'agit de connoter une solidarité de groupe, un statut
socio-économique, des pratiques discursives («code-switching») et,
parfois, un niveau d'instruction précis, les auteurs s'en servent
également à des fins de couleur locale et de caractérisation. La mimésis
sociolectale se trouve alors doublée de stratégies autorielles d'ordre
esthétique qui, pour réalistes qu'elles soient, engendrent des effets de
sens proprement littéraires. Il tente de proposer des solutions de

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traduction tout en étant conscient que le transfert linguistique des
pidgins en est encore à ses débuts traductionnels. Iris Bruce suggère
que Der Proceß de Kafka intègre de manière indirecte des références
à l'héritage juif de l'auteur, lequel n'est «lisible» qu'à partir des strates
textuelles implicites. L'appartenance socio-culturelle et ethnique de ce
dernier se trouve en conséquence effacée tant par des procédés autoriels
intentionnels (absence d'allusions explicites) que par les présupposés
culturels inhérents à la langue littéraire allemande. On a là un bel
exemple de la façon dont le recours à un sociolecte dominant («High
German») permet de reléguer au plan du non-dit les particularités d'un
groupe dominé, dont son humour, lesquelles continuent néanmoins à
informer le texte et peuvent être «récupérées» grâce à un travail
herméneutique de reconstruction et de mise à nu, dans sa traduction en
yiddish par exemple. Enfin, Rosemary Arrojo démontre que tout
comme une certaine stratégie traductionnelle féministe s'est efforcée de
démasquer en les subvertissant les unités discursives propres à une
idéologie sexiste et, partant, à un (sous-)groupe social déterminé, il est
possible de démasquer les contradictions qui structurent en le sapant de
l'intérieur un discours critique — celui des féministes — et une théorie
traductionnelle — celle de la «traduction féministe» — fondés sur le
même «double standard» que le discours qu'ils dénoncent.

Les considérations qui précèdent donnent du relief aux


difficultés constamment soulevées par l'inscription d'éléments
sociolectaux dans le texte cible. Car non seulement il faut tenir compte
des stratégies et des enjeux proprement traductionnels qui la
sous-tendent, mais encore il faut se pencher sur les problèmes
linguistiques, esthétiques, idéologiques et politiques mis en évidence par
le choix, parmi les stratifications sociolinguistiques de la culture
d'arrivée, d'un sociolecte donné. Ce sont ces problématiques et ces
enjeux que chaque article du présent numéro tente soit d'aborder soit
de résoudre. Aux lecteurs et aux lectrices d'évaluer si les solutions et
les propositions offertes abordent de façon originale le problème
d'actualité qu'est la reconstruction en traduction des dimensions
sémiotique et rhétorique des sociolectes littéraires en révélant l'action
des stratégies de renforcement, de contestation, de résistance ou de
subversion déployées par les divers auteurs étudiés.

Annick Chapdelaine et Gillian Lane-Mercier

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