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Évaluation de l'exposition à l'ammoniac

Cet article évalue l'exposition à l'ammoniac dans les unités de méthanisation en utilisant à la fois des méthodes de détection en temps réel et des prélèvements actifs pour des analyses en laboratoire. Les résultats montrent une bonne corrélation entre les deux méthodes, validant l'utilisation des détecteurs en temps réel pour estimer l'exposition à l'ammoniac. Les données recueillies sur plusieurs sites révèlent des concentrations d'ammoniac parfois supérieures aux valeurs limites d'exposition professionnelle.

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Évaluation de l'exposition à l'ammoniac

Cet article évalue l'exposition à l'ammoniac dans les unités de méthanisation en utilisant à la fois des méthodes de détection en temps réel et des prélèvements actifs pour des analyses en laboratoire. Les résultats montrent une bonne corrélation entre les deux méthodes, validant l'utilisation des détecteurs en temps réel pour estimer l'exposition à l'ammoniac. Les données recueillies sur plusieurs sites révèlent des concentrations d'ammoniac parfois supérieures aux valeurs limites d'exposition professionnelle.

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ÉTUDES & SOLUTIONS

Notes techniques

ÉVALUATION DE L’EXPOSITION
À L’AMMONIAC : APPORT DE
LA DÉTECTION EN TEMPS RÉEL
L’exposition à l’ammoniac peut être évaluée par prélèvements actifs suivis d’analyses
différées en laboratoire. Sans se substituer à ces prélèvements, les appareils
de détection en temps réel offrent une mise en œuvre et un traitement des données
rapides et directs, tout en fournissant des informations complémentaires par la mise
en évidence de pics d’exposition en fonction de l’activité. Les deux techniques
ont été employées simultanément sur plusieurs unités de méthanisation et les données
ont été comparées. Cet article en présente les résultats.

L
a méthanisation1 est un processus qui L’exposition aigüe à ce gaz conduit à des lésions
PATRICIA présente l’avantage d’une double valo- caustiques de la peau, des muqueuses oculaires et
DIRRENBERGER, risation des déchets organiques, par la des voies respiratoires [3]. Chez l’homme, dès une
THÉRÈSE production de biogaz comme source concentration dans l’air de 5 ppmv (parties par million
NICOT, d’énergie directe ou indirecte et par la volumiques), quelques symptômes subjectifs tels
JULIETTE valorisation du digestat en compostage. qu’un inconfort oculaire, des maux de tête, des ver-
KUNZ-IFFLI, Les opérateurs travaillant dans des unités de métha- tiges et une sensation d'intoxication ont été ressentis.
NATHALIE nisation sont confrontés à plusieurs risques : biolo- Dès 25-50 ppmv, un plus grand nombre de symp-
MONTA, gique, asphyxie, incendie / explosion et chimique [1]. tômes subjectifs ont été observés dans des situations
JÉRÔME Ce dernier risque est notamment imputable au déga- d’exposition au repos ou avec une alternance de
GROSJEAN, gement et/ou à la présence de gaz toxiques comme périodes de repos et d’exercice physique : sensations
BRUNO l’ammoniac, le sulfure d’hydrogène et le dioxyde de d’irritations oculaire, nasale, au niveau de la gorge
GALLAND, carbone. L’ammoniac provient des digestats, du fait et de la poitrine, envie de tousser, odeur pénétrante,
INRS, de l’ammonification1 de la matière organique, et est sécheresse nasale, difficulté à respirer, mal de tête,
département libéré dans l’atmosphère lors de leur traitement par fatigue, nausée, vertige et sensation d’intoxication
Ingénierie déshydratation et/ou compostage. Il est donc sou- [4]. Les premiers effets irréversibles sont obtenus dès
des procédés vent retrouvé en très petite quantité avant métha- quelques centaines de ppmv pour une exposition d’une
nisation en cas de préfermentation des déchets, et heure, comme décrit dans le tableau 2. L’exposition
en plus grande quantité après méthanisation. Les chronique conduit, elle, à une irritation oculaire et une
sites étudiés sont très vastes, ce qui rend complexe irritation respiratoire chronique de type bronchite et
l’équipement des différentes zones et le suivi des ce, dès une exposition à 100 ppmv.
opérateurs, des agents souvent polyvalents amenés Les valeurs de concentrations relevées lors des cam-
à opérer sur l’ensemble des sites. pagnes ont été obtenues via deux types de méthodes.
Les premiers résultats des campagnes réalisées La première, indirecte, consiste à prélever l’atmos-
mettent en évidence et confirment la présence phère à l’aide d’une pompe d’échantillonnage et d’un
d’ammoniac, parfois à des teneurs importantes, support (piège) adapté, puis à analyser cet échantil-
supérieures aux valeurs limites d’exposition profes- lon en laboratoire de façon différée (mode actif). La
sionnelle (VLEP) (Cf. Tableau 1). seconde méthode, directe, consiste à déployer des
JTABLEAU 1
VLEP de détecteurs de gaz en temps réel, qui vont indiquer
l’ammoniac [2].
VLCT : valeur limite
la concentration à tout instant en ppmv (en modes
court terme. actif et passif).
Les deux méthodes ont été mises en œuvre simul-
COMPOSÉ VLEP-8H VLEP-8H VLCT VLCT tanément et comparées, à la fois pour des mesures
mg.m-3 ppmV mg.m-3 ppmV
en ambiance (environ 30 mesures pour chaque
Ammoniac (NH3) 7 10 14 20
méthode), pour des mesures à l’intérieur des cabines

66 Hygiène et sécurité du travail – n° 252 – septembre 2018


RÉSUMÉ
La méthanisation, procédé pour la santé des opérateurs. en ambiance comme pour
biologique anaérobie, Plusieurs sites de les mesures individuelles
a pour but, à partir de méthanisation ont été sur opérateur, une bonne
déchets organiques, de investigués et de nombreux corrélation entre les méthodes
produire du digestat et mesurages d’ammoniac ont directe et indirecte est
du biogaz valorisables. La été réalisés parallèlement, observée. Les résultats
production de ce biogaz, par méthode directe via obtenus permettent de valider
composé essentiellement de des détecteurs temps réel, l’utilisation de détecteurs
méthane (CH4) et de dioxyde et par méthode indirecte en temps réel pour une
de carbone (CO2), génère via des prélèvements sur estimation de l’exposition à
potentiellement d’autres supports puis analyses l’ammoniac dans les unités de
composés gazeux comme différées en laboratoire. méthanisation, en complément
l’ammoniac (NH3), dangereux Pour les mesures réalisées des mesures indirectes.

Exposure assessment to ammonia: contribution of gas detection in real time


The anaerobic digestion Several anaerobic digestion out in ambience as for the
aims to produce valuable sites have been investigated individual measurements,
digestate and biogas from and numerous ammonia a good correlation between the
organic waste. The production measurements have been direct and indirect methods is
of this biogas, mainly carried out simultaneously, observed. The results obtained
composed of methane (CH4) by direct method using real- make it possible to validate the
and carbon dioxide (CO2), time detectors, and indirectly use of detectors in real time
potentially generates other by means of samples taken for an estimation of exposure
gaseous compounds such as from media and then delayed to ammonia in anaerobic
ammonia (NH3), dangerous for analyzes in the laboratory. digestion units, in addition to
the health of operators. For the measurements carried the indirect measurements.

des engins de chantier (environ 20 mesures pour Les méthodologies employées


chaque méthode) et pour des mesures d’exposition Méthode indirecte
individuelle des opérateurs (environ 60 mesures pour L’ammoniac est prélevé sur un filtre à quartz impré-
chaque méthode). gné d’acide sulfurique (H2SO4) monté dans une
Au total, ce sont plus de 200 points de mesure, cassette fermée à double étage de 37 mm de dia-
recueillis par les deux méthodes sur quatre sites mètre, comme préconisé dans la fiche INRS MétroPol
différents sur une période d’environ 9 mois, qui M-13 [6]. Les pompes d’échantillonnage utilisées,
permettent de comparer les concentrations obte- de modèle Gilian 5000® prélèvent à des débits de
nues par la méthode directe à celles obtenues par 1 [Link]-1 pour une durée de prélèvement de l’ordre
la méthode indirecte sur une centaine de mesures. de 8 heures et de 2 [Link]-1 pour une durée de prélè-
Après une description rapide des outils analytiques vement inférieure à 4 heures.
mis en œuvre au cours de ces campagnes, les prin- Le dosage des sels d’ammonium issus de la réaction
cipaux résultats sont présentés et les avantages de l’ammoniac avec l’acide sulfurique est effectué en
/ inconvénients du recours à la méthode directe laboratoire par chromatographie ionique. Les concen-
sont discutés. trations sont exprimées en mg.m-3.

PARAMÈTRES UNITÉ 1 min 10 min 20 min 30 min 40 min 120 min 260 min 480 min
SEI mg/m3 1050 606 428 350 248 ND ND ND
SEI ppm 1500 866 612 500 354 ND ND ND
SELS ( SELS 5 %) mg/m3 19 623 6 183 4 387 3 593 2 543 ND ND ND
SELS ( SELS 5 %) ppm 28 033 8 833 6 267 5 133 3 633 ND ND ND
SER ppm 280 150 120 110 80 ND ND ND
SER mg/m3 196 105 84 77 56 ND ND ND GTABLEAU 2
Valeurs seuils
SPEL ( SEL 1 %) ppm 25 300 8 200 5 833 4 767 3 400 ND ND ND de toxicité aigüe
françaises (VSTAF)
SPEL ( SEL 1 %) mg/m3 17 710 5 740 4 083 3 337 2 380 ND ND ND par inhalation
de l’ammoniac
SEI : seuil des effets iréversibles - SER : seuil des effets réversibles - SELS : seuil des effets létaux significatifs - SER : Seuil des premiers effets létaux (Source : Ineris [5]). q

Hygiène et sécurité du travail – n° 252 – septembre 2018 67


ÉTUDES & SOLUTIONS

La figure 1 illustre un prélèvement en ambiance.


Les dispositifs sont généralement placés sur des
trépieds, à une hauteur d’environ 170 cm du sol.
L’équipement des cabines est réalisé au cas par cas,
en fonction des engins disponibles : les systèmes de
mesure sont disposés ou fixés au plus proche du
poste de conduite (Cf. Figure 2).
L’équipement des opérateurs est conséquent (Cf.
Figure 3). Chaque opérateur suivi porte plusieurs
détecteurs de gaz temps réel, ainsi que des dispo-
sitifs de mesure indirecte de type actif (pompe +

© Serge Morillon/INRS
filtre) ou passif (badge).

Méthode directe
Les détecteurs de gaz utilisés au cours de ces cam-
pagnes de terrain ont des caractéristiques différentes
FIGURE 1. Prélèvements actifs d’ammoniac effectués en ambiance. (gamme de mesure, masse de l’appareil, portabilité…)
qui ont conduit à affecter chaque modèle à une tâche
spécifique. Ainsi :
- l es détecteurs multigaz MultiRAE® et BW
GasAlertMicro5® ont été majoritairement associés
aux mesures d’ambiance ;
- les détecteurs multigaz QRAE3® et les détecteurs
Cub® aux mesures individuelles ;
-les détecteurs Cairsens®, aux mesures en cabine
des engins.
Tous ces appareils sont pourvus d’une horloge interne
qui peut être synchronisée à une même source,
comme l’horloge d’un ordinateur portable, et d’un
enregistreur interne paramétrable en fréquence.
© Serge Morillon/INRS

Pour la détection d’ammoniac, le capteur le plus cou-


rant est de nature électrochimique, ce qui est le cas
de l’ensemble des cellules ammoniac utilisées lors
de cette étude. Dans ce type de capteur, l’ammo-
FIGURE 2. Exemple de disposition de systèmes de mesure (pompe + filtre) niac est à l’origine d’une réaction d’oxydo-réduction,
placés dans les cabines d’engins. qui produit un courant électrique proportionnel à la
quantité de molécules d’ammoniac ayant pénétré
dans la cellule [7]. Les principales spécifications des
différents détecteurs sont précisées dans le tableau 3.

Préalablement à chaque campagne, les détecteurs


sont vérifiés et calibrés, si nécessaire, en deux points :
• point « zéro » effectué en air propre (calibrage), en
air extérieur sur le terrain (vérification) ;
• point « référence » effectué à l’aide d’une bouteille
de gaz étalon - NH3, 50 ppmV, balance air — équipée
d’un détendeur.
Lors de chaque campagne, cette procédure est répé-
tée à la fin de chaque poste en fin de journée. Cette
étape s’avère chronophage, dans la mesure où chaque
vérification nécessite plusieurs minutes puisque le
temps de réponse d’un capteur électrochimique NH3
est de l’ordre de la minute. De plus, avant toute vérifi-
© Serge Morillon/INRS

cation, le détecteur doit être en fonctionnement en air


FIGURE 3. propre depuis au moins 5 à 10 minutes. Si la seconde
Équipement type
vérification est conforme (écart inférieur à 10 %), les
d'un opérateur
pour le prélèvement mesures enregistrées sont validées et exploitées.
individuel. Dans le cas contraire, les mesures sont rejetées.

68 Hygiène et sécurité du travail – n° 252 – septembre 2018


Notes techniques

MODÈLE GAMME DE RÉSOLUTION MASSE AUTONOMIE MODE GTABLEAU 3


MESURE (ppmV) (ppmV) (g) (heures) Principales
spécifications
MultiRAE® 100 1 880 12 Actif des détecteurs de
gaz en temps réel
QRAE3® 100 1 410 11 Actif employés
lors des
BW GasAlertMicro5® 100 1 370 15 Actif campagnes
pour la mesure
Cairsens® 25 0,5 55 > 24 Passif d’ammoniac.

Les résultats
La comparaison entre les deux techniques de mesure
comprend deux étapes :
1. prélèvement sur cassette de la méthode indirecte
(mode actif) : la concentration moyenne en ammo-
niac est déterminée à la suite de l’analyse des
filtres imprégnés par chromatographie ionique.
Elle est exprimée en mg.m-3 puis convertie par le
calcul en ppmV en faisant intervenir le ratio volume
molaire / masse molaire ;
2. mesure par la méthode directe (mode actif pour
MultiRAE®, QRAE3®, BW GasAlertMicro5® ; mode
passif pour Cairsens®) : la valeur moyenne arith-
métique du détecteur concerné est calculée et est dFIGURE 4
exprimée en ppmV. Relation entre les moyennes calculées des détecteurs MultiRAE® et les moyennes issues des
prélèvements sur filtre correspondants. Mesures effectuées en ambiance (n = 27).
La comparaison des deux données est validée s’il
y a concordance spatiale et temporelle des deux
mesures : le prélèvement sur cassette et le détecteur
doivent avoir été placés au même endroit (tolérance
de 20-30 cm) et sur la même période (tolérance de
2 minutes maximum).
Les résultats de la centaine de points de comparai-
son entre la méthode de mesure directe et indirecte
sont regroupés par type de site de mesure, à savoir
les points d’ambiance, les points d’exposition indi-
viduelle et enfin, les points à l’intérieur des cabines
d’engins de manutention.

Mesures en ambiance
Rappelons que les mesures en ambiance ont été
réalisées avec les détecteurs de type MultiRAE®. La
Figure 4 représente les couples de résultats. Il est
dFIGURE 5
possible d’extraire une tendance de ces données Relation entre les moyennes calculées des détecteurs Cairsens® et les moyennes issues
et de définir une relation linéaire entre la réponse des prélèvements sur filtre correspondants.
Trois points supplémentaires, de concentrations moyennes supérieures à 15 ppmV,
moyenne fournie par les détecteurs en temps réel représentés par des triangles, correspondent à des échantillonnages en ambiance
dans les divers sites. À l’exception de ces trois points, mesures effectuées
et les mesures issues des prélèvements sur filtres
dans les cabines d’engins (n = 20).
imprégnés. Cette courbe de tendance met en évi-
dence, sur l’ensemble des mesures, une majoration
d’environ 30 % en moyenne de la concentration en réalisées par la méthode directe ou indirecte pro-
ammoniac donnée par les détecteurs, par rapport à duisent des résultats comparables. Précisons que
celle déterminée par la méthode indirecte décrite ce modèle de capteur a une gamme de mesure plus
dans la fiche MétroPol M-13 [6]. faible (0-25 ppmV) et qu’il est passif, un petit venti-
lateur assurant un simple brassage d’air.
Mesures en cabine
Dans les cabines des chargeuses, les détecteurs pla- Mesures individuelles
cés sont des Cairsens®. La comparaison des couples Pour cette catégorie de mesures, les couples de don-
de mesures met en évidence une relation linéaire nées sont corrélés (Cf. Figure 6) et une relation linéaire
(Cf. Figure 5) entre la réponse moyenne fournie par peut être définie. Cette courbe de tendance met en
les détecteurs en temps réel et les mesures issues évidence, sur l’ensemble des mesures, une majoration
des prélèvements sur filtres imprégnés. Les mesures d’environ 30 % en moyenne de la concentration en q

Hygiène et sécurité du travail – n° 252 – septembre 2018 69


ÉTUDES & SOLUTIONS

tendance observée est une majoration de la concen-


tration en ammoniac par les détecteurs en temps réel,
par comparaison à la méthode directe : cela conforte
l’utilisation de ce type d’instrument pour évaluer rapi-
dement, et avec une marge de sécurité, la présence
d’ammoniac à des concentrations problématiques
pour la santé des opérateurs.
Les principaux avantages de ces appareils sont :
• une mesure de la concentration en ammoniac quasi
instantanée. Le temps de réponse type des capteurs
à cellule électrochimique est de l’ordre de la minute.
Ils sont donc bien adaptés pour assurer une fonction
de détecteurs de sécurité vis-à-vis des opérateurs.
Pour ce faire, il suffit de paramétrer le seuil de
dFIGURE 6 l’alarme à une valeur de référence. Ainsi, un seuil
Relation entre les moyennes calculées des détecteurs QRAE3® (losanges bleus)
et BW GasAlertMicro5® (losanges violets) et les moyennes issues des prélèvements sur filtre de 20 ppmV garantit de ne pas dépasser la VLCT, à
correspondants. Mesures effectuées en individuel (n = 60).
condition d’associer une consigne stricte à observer
lors du déclenchement de l’alarme, comme l’évacua-
tion de la zone ou la mise en place d’un appareil de
protection respiratoire ;
• la détermination du profil d’exposition d’un opé-
rateur ou de pollution d’un local ou d’une zone
spécifique. Comme illustré (Cf. Figure 8), le profil
obtenu par un détecteur en temps réel permet de
mieux appréhender l’exposition d’un opérateur :
la concentration en ammoniac est horodatée. Il est
alors possible d’associer un pic d’exposition à un
geste, une activité ou une localisation spécifique
de l’opérateur. Le recours à des outils vidéo ou de
positionnement spatio-temporel de l’opérateur
peut permettre d’automatiser l’analyse des pics.
Sur l’exemple de la figure 8, la concentration d’ex-
position de l’opérateur à l’ammoniac sur 5 heures
consécutives est de 10 ppmV selon la méthode
dFIGURE 7 indirecte et de 12 ppmV selon la méthode directe
Relation entre les moyennes calculées de tous les détecteurs de gaz en temps réel
et les moyennes issues des prélèvements sur filtre correspondants.
(détecteur de type QRAE3®) ;
Les données présentées correspondent à l’ensemble des mesures effectuées au cours • l’obtention rapide de résultats. Tous les détecteurs
de la campagne (en ambiance, en individuel et dans la cabine des engins ; n = 107).
déployés lors de ces campagnes sont paramé-
trables via une interface logicielle propre. La récu-
ammoniac indiquée par les détecteurs, par rapport à pération et le traitement des données enregistrées
celle déterminée par la méthode indirecte. prend quelques minutes, tout au plus, par appareil.
Le recours à des détecteurs en temps réel présente
Ensemble des mesures aussi quelques inconvénients qui, s’ils ne sont pas
Si toutes les données sont regroupées en un seul gra- pris en considération, peuvent rendre les résultats
phique (Cf. Figure 7), il apparaît clairement une rela- inexploitables :
tion linéaire entre les moyennes en ammoniac issues • présence d’interférents. La connaissance de tous
des détecteurs de gaz et celles issues des analyses les composés gazeux présents dans l’atmosphère
en laboratoire des filtres imprégnés. Globalement, les investiguée est indispensable. En effet, un capteur
données fournies par les détecteurs sont supérieures totalement sélectif n’existe pas : certains composés
d’environ 30 % en moyenne à celles fournies par la peuvent influer positivement ou négativement sur
méthode indirecte. une mesure. La liste des principaux interférents
n’est pas toujours facilement accessible à l’utili-
Discussion sateur, mais les fournisseurs d’appareils doivent
La comparaison des moyennes des concentrations être en mesure de répondre favorablement à toute
en ammoniac fournies par les appareils à lecture demande. Ainsi, par exemple, selon la documen-
directe aux résultats des prélèvements de la méthode tation du fabricant, le capteur utilisé dans les
indirecte montre, pour toutes les mesures réalisées, détecteurs de modèle QRAE3® est sensible à la
une bonne corrélation entre les deux techniques. La présence de quelques ppmV de sulfure d’hydrogène

70 Hygiène et sécurité du travail – n° 252 – septembre 2018


Notes techniques

et de dioxyde de carbone à forte concentration


(> 5 % V). Il n’est pas influencé par des gaz comme
le monoxyde de carbone ou le dihydrogène. Ces
éléments s’appliquent à des capteurs neufs en
bon état ;
• nécessité de vérifier et calibrer les détecteurs selon
les règles de l’art. Ces opérations requièrent du
personnel qualifié et du matériel spécifique : gaz
étalon, détendeur et tubulures adaptés, masque de
calibrage ou encore, station de tests automatisée.
Il est impératif de vérifier régulièrement les appa-
reils et de fixer une tolérance sur la réponse du
détecteur lors de l’étape de vérification : si le résul-
tat de la vérification est en dehors des tolérances
dFIGURE 8
documentées, l’exploitation des mesures en termes Exemple de profil d'exposition d'un salarié. La moyenne de l’exposition en ammoniac relevée
d’exposition est impossible. Par exemple, dans le par un détecteur de type QRAE3® est de 12 ppmV. Un prélèvement sur cassette a été opéré en
simultané et donne une valeur d’exposition de 10 ppmV.
cas de l’étude, les détecteurs sont vérifiés en deux
points : un point « zéro » ou atmosphère ne conte-
nant pas d’ammoniac et un point « référence »,
réalisé à partir d’une bouteille étalon d’ammoniac
à 50 ppmV dans l’air. La vérification est considérée
comme valide si la réponse d’un détecteur donné
est comprise entre 45 et 55 ppmV.

Si toutes les précautions sont prises, le recours à des


détecteurs en temps réel, associé à quelques pré-
lèvements de référence selon la méthode MétroPol
M-13 [6], permet de limiter le nombre d’analyses
en laboratoire et de disposer rapidement d’infor-
mations spatio-temporelles.
En parallèle, des détecteurs de type détecteur dFIGURE 9
à photo-ionisation (PID) ont été mis en œuvre Exemple d’un graphe d'exposition d’un opérateur issu d'un détecteur de type BW
GasALertMicro5® équipé d'un capteur NH3 et d'un capteur PID.
pour évaluer la présence de vapeurs organiques En bleu : réponse du capteur PID ; en vert : réponse du capteur NH3.
[8]. Les deux modèles de PID qui ont été utilisés
sont les BW GasAlertMicro5® et les Cub® (lampe
10,6 eV, calibrage avec l’isobutylène 100 ppmv,
gamme de mesure de 0-1000 ppmv pour les BW
GasAlertMicro5® et 0-5000 ppmv pour les Cub®). Or,
il s’avère que les capteurs PID sont également sen-
sibles à certains gaz inorganiques comme l’ammo-
niac (énergie d’ionisation de l’ammoniac : 10,070
± 0,020 eV [9]). L’exploitation des résultats issus
des PID est compliquée dans le cas présent, dans la
mesure où il n’est pas possible de différencier quel
gaz, entre l’ammoniac et les vapeurs organiques,
fait réagir le capteur PID.
dFIGURE 10
Deux solutions permettent de pallier cette difficulté. Réponses d’un détecteur PID, modèle Cub®, et du capteur NH3 d’un détecteur QRAE3®.
L’une d’elles est de recourir à des détecteurs, équipés En bleu : réponse du capteur PID ; en vert : réponse du capteur NH3

à la fois d’un capteur électrochimique, pour la quan-


tification de l’ammoniac et d’un capteur PID, pour proportionnalité de l’ordre de 7. Rappelons que la
l’estimation des vapeurs organiques. C’est la confi- réponse des PID est donnée en équivalent isobutène
guration des détecteurs BW GasAlertMicro5® qui ont (C4H8), gaz utilisé pour la vérification et le calibrage
été utilisés dans le cadre de cette étude. L’avantage de ce type de capteur. Dans ce cas, la réponse du
est que les deux capteurs sont bien synchrones. La capteur PID est imputable à la présence d’ammoniac
figure 9 illustre le type de résultats obtenus. uniquement.
L’autre possibilité est d’associer deux détecteurs
La courbe du capteur NH3 et celle du capteur PID distincts, mais synchronisés avec la même référence
présentent le même profil, avec un facteur de temporelle. La figure 10 est un exemple des résultats q

Hygiène et sécurité du travail – n° 252 – septembre 2018 71


ÉTUDES & SOLUTIONS

moyens techniques et de personnels formés. Ces


Matière organique Résidus d’élevages, déchets verts, appareils ne sauraient se substituer complètement
résidus de cultures, déchets d’IAA*.
aux méthodes indirectes, à cause notamment des
effets sur les capteurs d’interférents non identifiés
et présents dans l’atmosphère du poste de travail.
Digesteur
Dégradation en l’absence d’oxygène
anaérobie en conditions contrôlées Conclusion
Les résultats présentés illustrent bien qu’il est pos-
sible de recourir à des détecteurs de gaz en temps
Électricité,
Biogaz réel équipés d’un capteur électrochimique NH3 pour
chaleur
évaluer une potentielle exposition d’un opérateur
ou une potentielle pollution d’un lieu de travail à
Épandage, l’ammoniac, dans la mesure où ces appareils ont été
Digestat
compostage
préalablement vérifiés et calibrés.
Il ressort de toutes les mesures une tendance à la
*voir ED 6053 (INRS). majoration de la concentration réelle en ammoniac
par les détecteurs utilisés au cours de ces campagnes
dans des unités de méthanisation. Cette majoration
qui ont été obtenus. Le tracé en bleu est la réponse est favorable en termes de prévention des risques
du capteur PID du détecteur Cub® et le tracé en professionnels.
rouge celle du capteur NH3 du détecteur QRAE3®. Les détecteurs de gaz en temps réel sont donc de
Sur ce graphe, il apparaît clairement que la majorité bons outils d’investigation pour des préventeurs
des deux tracés est superposable avec un ratio de qui voudraient confirmer ou infirmer rapidement
proportionnalité de l’ordre de huit. Seuls deux pics, la présence ou non d’ammoniac dans l’atmosphère
vers 6h40 et 7h55, peuvent être éventuellement des lieux de travail. Ils s’avèrent également être de
attribués à la présence de vapeurs organiques et bons outils pour l’étude et l’optimisation d’un poste
non pas à une contribution de l’ammoniac. de travail.
Cette sensibilité des capteurs PID à l’ammoniac est L’association des méthodes directes et indirectes
intéressante pour les préventeurs : en absence de permet d’analyser un poste ou espace de travail,
détecteur NH3 de type électrochimique, le recours à d’une part, en vue d’améliorer l’efficacité des dis-
un PID équipé d’une lampe à 10,6 eV peut permettre positifs de prévention et d’autre part, en vue de
d’estimer la concentration en ammoniac (par mul- fournir une quantification précise de l’exposition
tiplication d’un facteur 8 à 10), à condition d’être des opérateurs pour la vérification du respect des
assuré de l’absence de vapeurs organiques.
En résumé, les avantages et les possibilités offertes
valeurs limites d’exposition professionnelle. •
par les détecteurs en temps réel en font des outils 1. La méthanisation est le processus naturel biologique
indispensables aux préventeurs dans leur mission de dégradation de la matière organique par des
d’évaluation de l’exposition des opérateurs à des micro-organismes, en absence d'oxygène (anaérobie).
L’ammonification correspond à une libération d’ammoniac
composés gazeux. Cependant, leur usage et l’ex- par de la matière organique azotée, notamment sous
ploitation des résultats requièrent de disposer de l’action de micro-organismes.

BIBLIOGRAPHIE
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n° FT 16, 2007, Disponible sur : [Link]
l'agriculture et de l'agroalimentaire. [8] ED 6053 — Les détecteurs
[Link]
INRS, 2013, ED 6153, 40 p. [6] BASE DE DONNÉES MÉTROPOL. portables à photo-ionisation pour
Disponible sur : [Link] [4] AVIS DE L’ANSES relatif à Métrologie des polluants. INRS,
la sécurité et l’hygiène des lieux de
l’élaboration de VTR aiguë, Fiche M-13 (Ammoniac et sels
[2] ED 984 — Valeurs limites travail. INRS, 2009, 16 p. Disponible
subchronique et chronique par voie d’ammonium). Disponible sur : sur : [Link]
d'exposition professionnelle aux [Link]
respiratoire pour l’ammoniac (CAS
agents chimiques en France. INRS, n°7664-41-7). [7] ED 6088 — Détecteurs portables [9] HANDBOOK OF CHEMISTRY AND
2016, ED 984, 32 p. Disponible sur : Disponible sur : [Link]/fr/ de gaz et de vapeurs. Guide de PHYSICS — CRC, 2008, 89E ÉD, N° 10-
[Link] system/files/[Link] bonnes pratiques pour le choix, 205, P. 2736.

72 Hygiène et sécurité du travail – n° 252 – septembre 2018


© photo : Gael Kerbaol – INRS

11 DÉCEMBRE 2018

LE RISQUE INCENDIE EN ENTREPRISE


Quels enjeux ? Quelles démarches
pour la prévention ?
Cité des Sciences et de l’Industrie – 30 avenue Corentin Cariou – 75019 Paris
Un incendie met toujours en péril l’entreprise et Après un rappel de cette démarche et de ses enjeux,
ses salariés et la prise de conscience associée le programme de la journée est construit autour de
à ce risque arrive souvent trop tard. Sa prise en trois thèmes principaux, illustrés par des bonnes
compte précoce est essentielle et son intégration pratiques et des retours d’expérience : la prise
dès la conception aura une incidence positive sur en compte du risque incendie dès la conception,
la maîtrise de l’ensemble des risques ou situa- les mesures organisationnelles essentielles à sa
tions dangereuses dans l’entreprise. De plus, un prévention et à sa maîtrise et enfin, les moyens
ensemble de textes de référence existe et permet d’extinction ainsi que les dispositions pour faciliter
de mettre en place une démarche de prévention. l’intervention des secours extérieurs.

Concerné par la prévention du risque incendie en entreprise ?


Cette journée s’adresse à vous, plus particulièrement si vous êtes non-spécialiste.

inscription : [Link] JOURNÉE TECHNIQUE ORGANISÉE PAR L’INRS


contact : incendie2018@[Link] EN PARTENARIAT AVEC LA FFMI

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