Évaluation de l'exposition à l'ammoniac
Évaluation de l'exposition à l'ammoniac
Notes techniques
ÉVALUATION DE L’EXPOSITION
À L’AMMONIAC : APPORT DE
LA DÉTECTION EN TEMPS RÉEL
L’exposition à l’ammoniac peut être évaluée par prélèvements actifs suivis d’analyses
différées en laboratoire. Sans se substituer à ces prélèvements, les appareils
de détection en temps réel offrent une mise en œuvre et un traitement des données
rapides et directs, tout en fournissant des informations complémentaires par la mise
en évidence de pics d’exposition en fonction de l’activité. Les deux techniques
ont été employées simultanément sur plusieurs unités de méthanisation et les données
ont été comparées. Cet article en présente les résultats.
L
a méthanisation1 est un processus qui L’exposition aigüe à ce gaz conduit à des lésions
PATRICIA présente l’avantage d’une double valo- caustiques de la peau, des muqueuses oculaires et
DIRRENBERGER, risation des déchets organiques, par la des voies respiratoires [3]. Chez l’homme, dès une
THÉRÈSE production de biogaz comme source concentration dans l’air de 5 ppmv (parties par million
NICOT, d’énergie directe ou indirecte et par la volumiques), quelques symptômes subjectifs tels
JULIETTE valorisation du digestat en compostage. qu’un inconfort oculaire, des maux de tête, des ver-
KUNZ-IFFLI, Les opérateurs travaillant dans des unités de métha- tiges et une sensation d'intoxication ont été ressentis.
NATHALIE nisation sont confrontés à plusieurs risques : biolo- Dès 25-50 ppmv, un plus grand nombre de symp-
MONTA, gique, asphyxie, incendie / explosion et chimique [1]. tômes subjectifs ont été observés dans des situations
JÉRÔME Ce dernier risque est notamment imputable au déga- d’exposition au repos ou avec une alternance de
GROSJEAN, gement et/ou à la présence de gaz toxiques comme périodes de repos et d’exercice physique : sensations
BRUNO l’ammoniac, le sulfure d’hydrogène et le dioxyde de d’irritations oculaire, nasale, au niveau de la gorge
GALLAND, carbone. L’ammoniac provient des digestats, du fait et de la poitrine, envie de tousser, odeur pénétrante,
INRS, de l’ammonification1 de la matière organique, et est sécheresse nasale, difficulté à respirer, mal de tête,
département libéré dans l’atmosphère lors de leur traitement par fatigue, nausée, vertige et sensation d’intoxication
Ingénierie déshydratation et/ou compostage. Il est donc sou- [4]. Les premiers effets irréversibles sont obtenus dès
des procédés vent retrouvé en très petite quantité avant métha- quelques centaines de ppmv pour une exposition d’une
nisation en cas de préfermentation des déchets, et heure, comme décrit dans le tableau 2. L’exposition
en plus grande quantité après méthanisation. Les chronique conduit, elle, à une irritation oculaire et une
sites étudiés sont très vastes, ce qui rend complexe irritation respiratoire chronique de type bronchite et
l’équipement des différentes zones et le suivi des ce, dès une exposition à 100 ppmv.
opérateurs, des agents souvent polyvalents amenés Les valeurs de concentrations relevées lors des cam-
à opérer sur l’ensemble des sites. pagnes ont été obtenues via deux types de méthodes.
Les premiers résultats des campagnes réalisées La première, indirecte, consiste à prélever l’atmos-
mettent en évidence et confirment la présence phère à l’aide d’une pompe d’échantillonnage et d’un
d’ammoniac, parfois à des teneurs importantes, support (piège) adapté, puis à analyser cet échantil-
supérieures aux valeurs limites d’exposition profes- lon en laboratoire de façon différée (mode actif). La
sionnelle (VLEP) (Cf. Tableau 1). seconde méthode, directe, consiste à déployer des
JTABLEAU 1
VLEP de détecteurs de gaz en temps réel, qui vont indiquer
l’ammoniac [2].
VLCT : valeur limite
la concentration à tout instant en ppmv (en modes
court terme. actif et passif).
Les deux méthodes ont été mises en œuvre simul-
COMPOSÉ VLEP-8H VLEP-8H VLCT VLCT tanément et comparées, à la fois pour des mesures
mg.m-3 ppmV mg.m-3 ppmV
en ambiance (environ 30 mesures pour chaque
Ammoniac (NH3) 7 10 14 20
méthode), pour des mesures à l’intérieur des cabines
PARAMÈTRES UNITÉ 1 min 10 min 20 min 30 min 40 min 120 min 260 min 480 min
SEI mg/m3 1050 606 428 350 248 ND ND ND
SEI ppm 1500 866 612 500 354 ND ND ND
SELS ( SELS 5 %) mg/m3 19 623 6 183 4 387 3 593 2 543 ND ND ND
SELS ( SELS 5 %) ppm 28 033 8 833 6 267 5 133 3 633 ND ND ND
SER ppm 280 150 120 110 80 ND ND ND
SER mg/m3 196 105 84 77 56 ND ND ND GTABLEAU 2
Valeurs seuils
SPEL ( SEL 1 %) ppm 25 300 8 200 5 833 4 767 3 400 ND ND ND de toxicité aigüe
françaises (VSTAF)
SPEL ( SEL 1 %) mg/m3 17 710 5 740 4 083 3 337 2 380 ND ND ND par inhalation
de l’ammoniac
SEI : seuil des effets iréversibles - SER : seuil des effets réversibles - SELS : seuil des effets létaux significatifs - SER : Seuil des premiers effets létaux (Source : Ineris [5]). q
© Serge Morillon/INRS
filtre) ou passif (badge).
Méthode directe
Les détecteurs de gaz utilisés au cours de ces cam-
pagnes de terrain ont des caractéristiques différentes
FIGURE 1. Prélèvements actifs d’ammoniac effectués en ambiance. (gamme de mesure, masse de l’appareil, portabilité…)
qui ont conduit à affecter chaque modèle à une tâche
spécifique. Ainsi :
- l es détecteurs multigaz MultiRAE® et BW
GasAlertMicro5® ont été majoritairement associés
aux mesures d’ambiance ;
- les détecteurs multigaz QRAE3® et les détecteurs
Cub® aux mesures individuelles ;
-les détecteurs Cairsens®, aux mesures en cabine
des engins.
Tous ces appareils sont pourvus d’une horloge interne
qui peut être synchronisée à une même source,
comme l’horloge d’un ordinateur portable, et d’un
enregistreur interne paramétrable en fréquence.
© Serge Morillon/INRS
Les résultats
La comparaison entre les deux techniques de mesure
comprend deux étapes :
1. prélèvement sur cassette de la méthode indirecte
(mode actif) : la concentration moyenne en ammo-
niac est déterminée à la suite de l’analyse des
filtres imprégnés par chromatographie ionique.
Elle est exprimée en mg.m-3 puis convertie par le
calcul en ppmV en faisant intervenir le ratio volume
molaire / masse molaire ;
2. mesure par la méthode directe (mode actif pour
MultiRAE®, QRAE3®, BW GasAlertMicro5® ; mode
passif pour Cairsens®) : la valeur moyenne arith-
métique du détecteur concerné est calculée et est dFIGURE 4
exprimée en ppmV. Relation entre les moyennes calculées des détecteurs MultiRAE® et les moyennes issues des
prélèvements sur filtre correspondants. Mesures effectuées en ambiance (n = 27).
La comparaison des deux données est validée s’il
y a concordance spatiale et temporelle des deux
mesures : le prélèvement sur cassette et le détecteur
doivent avoir été placés au même endroit (tolérance
de 20-30 cm) et sur la même période (tolérance de
2 minutes maximum).
Les résultats de la centaine de points de comparai-
son entre la méthode de mesure directe et indirecte
sont regroupés par type de site de mesure, à savoir
les points d’ambiance, les points d’exposition indi-
viduelle et enfin, les points à l’intérieur des cabines
d’engins de manutention.
Mesures en ambiance
Rappelons que les mesures en ambiance ont été
réalisées avec les détecteurs de type MultiRAE®. La
Figure 4 représente les couples de résultats. Il est
dFIGURE 5
possible d’extraire une tendance de ces données Relation entre les moyennes calculées des détecteurs Cairsens® et les moyennes issues
et de définir une relation linéaire entre la réponse des prélèvements sur filtre correspondants.
Trois points supplémentaires, de concentrations moyennes supérieures à 15 ppmV,
moyenne fournie par les détecteurs en temps réel représentés par des triangles, correspondent à des échantillonnages en ambiance
dans les divers sites. À l’exception de ces trois points, mesures effectuées
et les mesures issues des prélèvements sur filtres
dans les cabines d’engins (n = 20).
imprégnés. Cette courbe de tendance met en évi-
dence, sur l’ensemble des mesures, une majoration
d’environ 30 % en moyenne de la concentration en réalisées par la méthode directe ou indirecte pro-
ammoniac donnée par les détecteurs, par rapport à duisent des résultats comparables. Précisons que
celle déterminée par la méthode indirecte décrite ce modèle de capteur a une gamme de mesure plus
dans la fiche MétroPol M-13 [6]. faible (0-25 ppmV) et qu’il est passif, un petit venti-
lateur assurant un simple brassage d’air.
Mesures en cabine
Dans les cabines des chargeuses, les détecteurs pla- Mesures individuelles
cés sont des Cairsens®. La comparaison des couples Pour cette catégorie de mesures, les couples de don-
de mesures met en évidence une relation linéaire nées sont corrélés (Cf. Figure 6) et une relation linéaire
(Cf. Figure 5) entre la réponse moyenne fournie par peut être définie. Cette courbe de tendance met en
les détecteurs en temps réel et les mesures issues évidence, sur l’ensemble des mesures, une majoration
des prélèvements sur filtres imprégnés. Les mesures d’environ 30 % en moyenne de la concentration en q
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11 DÉCEMBRE 2018