Histoire des idées, de littérature
et de l’art au 20 ème siècle.
Semestre 4 avec Pr. Mouad ADHAM
Cours 4 : Entre les deux guerres
Contexte politique, économique et social
La première guerre mondiale (1914/1918)
la Grande Guerre (G.G), la « der des ders »
. Déclenchée par l’assassinat du prince François-Ferdinand d'Autriche et son épouse la
duchesse de Hohenberg à Sarajevo par un serbe nationaliste (Juin 1914)
. Une guerre entre la Triple-Entente (France, Royaume-Uni et Russie) et la Triple-Alliance
(Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie)
. L’entrée des Etats Unis en guerre du côté de l’Entente en 1917 et la sortie de la Russie à
cause de la chute du Tsar (deux révolutions et la montée du parti bolchevique avec Lénine -
le communisme qui influencera la France après guerre- qui créera le premier système
totalitaire, le communisme)
. Raymond Poincaré (président, toujours la Troisième République) appelle G. Clemenceau (un
dreyfusard) à la tête du gouvernement en novembre 1917
. L’Entente gagne la guerre en 1918, la France gagnante et l’Allemagne signe le traité de
Versailles (vaincue et seule responsable de la guerre qui a provoque 10 millions de morts dont
1,5 français et 6 millions de blessés), ce qui implantera un esprit de revanche chez les
allemands (ce qui favorisera la naissance du deuxième régime totalitaire, le nazisme, avec
Adolphe Hitler)
. La création de la SDN, Société des Nations, en 1919 pour établir la paix entre les nations et
maintenir cette guerre comme « la der des ders » (la dernière guerre)
. La guerre et ses conséquences (la crise économique, les systèmes totalitaires, …)
provoquent un changement de la politique interne de la France et détruit la volonté du
pacifisme tellement chanté et espérer après des années de guerre.
Conséquences de la G.G : Les systèmes totalitaires
. Le communisme est une idéologie basée sur une interprétation des idées de Marx et veut
créer une société sans classes sociales et sans propriétés privées (terres notamment avec la
dékoulakisation) ; ce système est installé petit à petit après la chute du tzar Nicolas II en 1917 et
l’ascension de Lénine (par la suite Staline) qui veut instaurer le communisme dans le monde
entier (en France et en Europe d’abord) en créant la 3ème Internationale (une association
regroupant tous les partis communistes du monde) ; ce système est totalitaire parce qu’il prend
le contrôle de la vie politique, économique et culturelle du pays, un processus qui va à
l’encontre de la démocratie et de la séparation des pouvoirs (Montesquieu)
. Le nazisme en Allemagne (qui devient République après la guerre, de Weimar) qui diffère du
communisme est aussi totalitaire ; c’est l’idéologie du parti nazi (NSDAP), guidé par Hitler
(devient chancelier en 1933), qui accuse la communauté juive d’être responsable de la perte
de la première guerre mondiale face à l’Entente, et que le peuple allemand de sang pur, la
race aryenne, est supérieur aux autres races et c’est elle qui doit dominer le monde (en se
basant sur une interprétation décalée de la notion du Surhomme de Nietzsche) ; c’est une
idéologie nourrie par la frustration des allemands devant la perte de la première guerre et
l’ambition d’une revanche ; elle aussi basée sur le contrôle de la vie politique (avec
l’élimination de tous les autres partis pour limiter la propagation du communisme), économique
et culturelle du pays.
. Le fascisme en Italie se développe avec la montée au pouvoir de Benito
Mussolini et son parti politique, parti national fasciste qui devient le parti unique
du pas en 1925. un système totalitaire aussi puisqu’il est antidémocratique par le
refus d’un parlement et la concentration de tous dans les mains de l’Etat.
. Le développement de ces systèmes totalitaires (non démocratiques)
influencera la paix souhaitée dans toute l’Europe à travers la SDN, et aura des
répercussions directes sur le climat politique (la 3èmeRépublique est un système
démocratique), économique et culturel de la France.
Conséquences : La France après la G.G
. La Triple-Entente est victorieuse, alors la France est victorieuse ; mais c’est un victoire qui
ne cache pas une faiblesse économique et un besoin immédiat d’instaurer une paix
durable (notamment politique) pour le développement économique ; une situation
difficile après la dislocation de l’Union Sacrée (l’union de tous les partis politiques français
durant la guerre pour combattre l’Allemagne) après 1919, et Clémenceau qui est anti-
communiste et anti-allemand perd les élections en 1926 (abandonné d’abord par la
droite à cause de son anticléricalisme –contre la religion- en 1920); une situation où la
crise politique est assez flagrante et montre la difficulté de réunir des partis croyant aux
idéologies communistes (Parti Communiste, PC, voulant suivre le modèle de Lénine) et
autres croyant aux idéologies socialistes (Parti Socialiste, PS, dirigé par Léon Blum) →
l’influence extérieure sur la politique française et les divisions provoquées : la droite anti-
communiste (opte pour un renfermement nationaliste et tend vers un système
totalitaire), les communistes et les socialistes.
. Le danger du totalitarisme guidé par la droite française posse les communistes et les
socialistes à s’unir pour faire face au fascisme naissant dans une union appelée le
Front Populaire qui a comme devise le pain, la paix, la liberté (affiche dans la
diapositive suivante) et comme dirigeant Léon Blum (devient chef de conseil sous la
présidence de Albert Lebrun en 1936); cette union a réalisé d’énormes gains pour les
travailleurs (semaine de 40h, congés payés,
. Le Front Populaire connait un échec (malgré la nationalisation des industries, le
chômage continue d’augmenter et la crise économique devient plus
catastrophique) ; l’échec est dû à l’incapacité du gouvernement d’investir dans le
social face à la nécessité d’investir dans les armes pour préparer la guerre inévitable
avec l’Allemagne qui n’a pas respecté le traité de Versailles (de la première guerre
mondiale) ; l’échec est dû aussi à la dislocation du Front Populaire en 1936 à cause
de la guerre d’Espagne : les communistes français veulent aider les républicains
espagnols contre Franco -appuyé par Hitler et adepte d’un système totalitaire en
Espagne-, et les socialistes français qui optent pour une position neutre et n’aiment
pas intervenir dans ce conflit extérieur. Le Front Populaire disparait en 1938.
Les intellectuels français durant la guerre ?
. L’engagement des intellectuels (nationalistes) dans la guerre est clair (Alain-Fournier perd
la vie comme soldat, et d’autres…) ; un élan suivi par une forte production écrite (journal,
revue, …) qui relate les actes héroïques et patriotiques,
. Et une production censurée dans d’autres cas (décrire la monstruosité de la guerre et le
militarisme, et la nécessité de la paix ne peut être accueillie que dans les revues pacifistes,
Vie des martyrs en 1917, et Civilisation en 1918 deux romans de Georges Duhamel
(pacifiste) qui relatent la monstruosité de la guerre, publiés dans la revue pacifiste Mercure
de France)
→ La majorité des intellectuels sont patriotiques (Durkheim, Bergson, …), opter pour le
patriotisme et la guerre permet à plusieurs intellectuels délaissés de se rattraper et
d’intégrer une couche qui les a abandonnés durant la Belle Epoque.
. Le front des pacifistes et internationalistes est très marginal (à titre d’exemple Romain
Rolland)
Les intellectuels et le contexte d’après guerre ?
. Ils se sont divisés en deux camps bien distincts : ceux qui veulent la paix après la « der des
ders », la pacifistes, et ceux qui se mobilisent pour la révolution de Lénine, bolchevique. Ce
qui donne deux parties : les pacifistes et les nationalistes. Une dichotomie qui rappelle celle
de la Belle Epoque, dreyfusards et antidreyfusards.
. L’admiration vouée au communisme est une croyance dans la possibilité de remplacer le
système libéral, démocratique par un autre système plus équitable en faveur des peuples : la
révolution russe représente une alternative. Ainsi, la révolution comme action et mouvement
séduit l’intellectuel qui croit désormais à l’acte, à l’engagement plus que l’écriture ; cette
dernière doit être au service du premier (l’engagement), l’homme de l’action fascine
l’intellectuel, « j’aime mieux mon sans que mon encre » proclame Drieu La Rochelle (Fond de
cantine, 1920)
→ L’engagement dans une action, un mouvement, un parti politique, être de droite ou de
gauche (qui remplacent être nationaliste ou pacifiste), …. est la nouvelle tendance attirant
l’intellectuel
Être de gauche : si au début représente la pensée d’un pacifiste et internationaliste
(dreyfusard), il représente par la suite (après le révolution de Lénine) le fait d’être socialiste
(opter pour le modèle de Lénine –comme modèle international- sans révolution, un modèle
social et politique qui amène l’égalité sociale) ou communiste (opter pour la révolution)
Être de droite : se positionner contre les idées bolcheviques et contre l’internationalisme qui
détruit l’unité du pays et de la nation.
→ une pensée gouvernée par les tensions idéologiques. Est-ce qu’il y a une autre couche
d’intellectuels?
En plus des tendances crées par la guerre et sont climat postérieur (l’engagement),
des intellectuels trouvent ce conflit planétaire un moment de repenser le monde et ses
valeurs
+ La terreur de la guerre montre les capacités horribles de l’homme : il tue et massacre
sans raison l’autrui. Un constat mettant en cause l’héritage culturel de toute la
civilisation européenne et souligne sa décadence et sa profonde crise
« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que
nous sommes mortelles. »
Paul VALÉRY, La Crise de l’esprit (1919)
Dans cette citation (première phrase de la première lettre dans cet ouvrage –à lire-
disponible en PDF sur Google), Valéry ne cache pas son inquiétude vis-à-vis du futur
sombre de ce qui était considéré comme l’espace de la raison et de la pensée
mature, l’Europe. Repenser le monde permet de comprendre que l’homme est une
espèce, et une espèce vouée à la disparition comme n’importe quelle autre espèce!
« L’Europe deviendra-t-elle ce qu’elle est en réalité, c’est-à-dire : un petit cap du continent
asiatique, ou bien l’Europe restera-t-elle ce qu’elle paraît, c’est-à-dire : la partie précieuse
de l’univers terrestre, la perle de la sphère, le cerveau d’un vaste corps ? »
Paul VALÉRY, La Crise de l’esprit (1919)
+ Pour les intellectuels de la lignée de Valéry, la « der des ders » est un point de non retour
pour la civilisation européenne, une guerre qui marque un avant et un après. La Grande
Guerre était un moment pour opter pour la paix, pour la reconstructions de la société et
des institutions nationales et internationales, et leur possibilité de garantir la paix entre les
nations (la SDN comme exemple), pour repenser l’économie et ses conséquences, pour
redéfinir l‘Etat et son rôle, repenser un « homme nouveau ».
Conséquences de l’après guerre sur l’art et la littérature ?
. Paris (lieu de la modernité) est une capitale qui attire les artistes du monde entier (surtout
européens) ; une capitale accueillant la folie américaine et apte à l’américanisation (la
fièvre americanomania) avec une « touche » française : le Jazz (joué par les blancs et les
noirs), les danses des danseuses noires (dénudées et plumées) sont des spectacles à la
mode pour les parisiens,
. Des formes artistiques et littéraires modernes : (cours prochains)
+ la modernité dans les arts est surtout perceptible dans les mouvement du Dadaïsme et du
Surréalisme (peinture et poésie)
+ André Gide, Marcel Proust, Céline, Duhamel, Malraux, Mauriac, Bernanos, Colette, Giono,
Saint-Exupéry, … (roman)
+ Giraudoux, Anouilh, … (Théâtre)
Travaux à faire :
. Chercher le modernisme dans le cubisme
. Chercher le modernisme dans l’art surréaliste (lire le Manifeste du surréalisme (1924) et le
Second Manifeste du surréalisme (1930) d’André Breton, disponible en PDF sur Google)
. Chercher le modernisme dans Les Faux-Monnayeurs d’André Gide, A la recherche du
temps perdu de Marcel Proust, Voyage au bout de la nuit de Céline