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805793

FABLES .
‫ول‬

Moncrif

V I LL
TS DE LA
IOTH
BIBL .
VRIOU(1G8N5A5R) DNO
DIESS

JEAN BONTON
L

XA
LONDRES.
LA

M. DCC. LLLOENDE
:

1
ULISSE ET CIRCÉ .
FABLE ..
L'un
'Un de l'autre charmés dans leur Iſſe
enchantée ,
La fille du Soleil & fon Amant , un jour ,
De leur félicité rendoient grace à l'Amour ,
Lorſque par deux oiſeaux leur vie eſt ar-
rêtée.

Uliffe les obſerve : Objets intéreſſans !


Un trouble ſe répand dans ſon ame atten-
drie ;
Il regarde Circé; la même rêverie
:
Tenoit enchantés tous ſes ſens.
Eh quoi ! dit-il , leur flamme ainſi favo
rifée

N'excite point en eux d'inutiles defirs !


Ils n'éprouvent jamais dans de ſi douxplai-
firs
La triſte economie aux Mortels impoſée.
Il est vrai , les moineaux s'aiment bien ten-
.
ς
drement .
4 ULISSE
Reprit la jeune Enchantereſſe :
Ne peut-on s'élever juſques à leur tendreſſe?
Mon art ne fut jamais employé vainement.
Que tardons-nous ? L'Amour ſera d'intelli-
gence :
Oui , c'eſt toi , Dieu charmant , qui nous
ouvres les yeux ,
Nous n'allons acquérir ces dons délicieux
Que pour mieux ſentir ta puiſſance.
A ces mots ces Amans par l'eſpoir animés ,
En moineaux tout-à coup ſe trouvent trans-
formés.
Des Aquilons alors l'influence bannie ,
Cédoit aux doux Zéphirs la Terre rajeunie ;
Bientôt il n'eſt Palmiers , Myrthes , Cé-
dres , Roſeaux ,
Il n'eſt triſte Cyprès , il n'eſt ſi belle Roſe
Où cent fois ces heureux oiſeaux
Ne ſe ſoient aſſurés de leur métamorphofe .
Mais ce Printemps ſi cher paſſa rapidement ;
Et dans ces mêmes lieux témoins de leur
yvreſſe ,
On les voit , ces oiſeaux , ſéparés ſans trit
teffe ,
Ou rejoints ſans empreſſement ,
Tous deux ſe retraçant leur commune avan-
ture.

En formant les moineaux ,diſoicnt-ils,


a la nature ,
ET CIRCÉ . 5
‫ دد‬De leurbonheur , s'occupoit foiblement.
>> Il n'est qu'un ſeul plaiſir , un ſeul nous
>> rend ſenſibles
>> Le Printemps nous l'inſpire ( ô deſtins in-
>> flexibles. )
>> Il s'envole avec le Printemps ;
>> Et dans cette abfence fatale ,
>> Nous n'avons point un cœur pour rem-
>> plir l'intervale
>> Par ces troubles ſecrets , par ces raviſſe-
mens

>> Qui font le bonheur des Amans.


» Quel don nous échappoit avec la forme
>> humaine !

>> Reprenons , reprenons ce cœur ,


>> Source des biens parfaits , favorable en-
১১ chanteur >

>> Qui mêle un certain charme à ſa plus triſte


ɔɔ peine ,
>> Qui ménageant notre eſpoir , nos defirs ,
>> Au comble du bonheur par degrés nous
‫ ככ‬amene ;

>> Et ces degrés ſont autant de plaiſirs.


Le Héros & l'Enchantereſſe
Reprennent à l'inſtant leur forme & leur ten-
dreffe ,
Détrompés des faux biens qu'ils avoient
éprouvés.
a iij
6 ULISSE ET CIRCÉ.
Pour tranfmettre aux Amans un ſi puiſſant
exemple ,
Au véritable Amour ils élevent un Temple :
Et fur l'Autel ces mots furent gravés :
Au deſtin des moineaux ne portés point envie ,
Mortels , un cœur ſenſible est le ſuprême bien ;
Aimés , vous le pouvés tout le temps de la vie ,
Aimés bien tendrement tout le reste n'est rien.
LE

RAJEUNISSEMENT

INUTILE ,
OU

LES AMOURS

DE TITHON
ET

DE L'AURORE .
FABLE.

L'Aimable
Aimable Déité que l'Orient adore ,
Qui préſide au matin , que ſuivent les Zé-
phirs ,
Le croiroit-on ? La jeune Aurore ,
Du tendre Amour long-temps ignora les
plaiſirs.
Mais ſur la terre enfin , du milieude la nue ,
ParunMortel charmant ſes regards attirés ,
a iiij
8 TITHON
Allument dans ſon cœur une flamme in
connue. ।

Momens perdus , combien vous fûtes ré-


parés !
Toute entiere à l'Amour , quelle douleur
profonde ,
Lorſqu'au matin il falloit un moment
Remonter dans ſon char , pour annoncer au
monde

Des beaux jours qui n'étoient offerts qu'à


fon Amant ?

O jours délicieux ! plaiſirs inexprimables ,


Ne pouviés-vous toujours être durables ?
Tithon étoit mortel , hélas ! & ſes beaux
ans

N'étoient point affranchis des outrages du


temps ;
Il fallut y ceder. La peſante vieilleſſe
Dans les bras de l'Aurore oſe enfin le ſaiſir :
Injustice du fort ! D'où vient que le plaifir
N'éterniſe pas la jeuneſſe ?
Hé quoi ! l'âge a glacé ce que j'aime le
mieux ,
Diſoit l'Aurore aux pleurs abandonnée.
Quel reméde à ſes maux ? Elle s'envole aux
Cieux.
O Jupiter ! fléchi la deſtinée ,
Pourmon Amantje t'implore aujourd'hui.
ET L'AURORE . ‫و‬

Eh quel Amant ? Je poſſedois en lui


Tout ce qui flatte un cœur : de la Parque
cruelle

Fais qu'il foit toujours reſpecté


Dans une jeuneſſe éternelle.
Eh ! qui doit mieux conduire à l'immorta-
lité ,
Que d'être charmant & fidelle ?
Ma fille , je ſens vos douleurs , 1

Dit le Maître des Dieux ; les beaux yeux de


l'Aurore

Ne doivent verſer que ces pleurs ,


Enfans du doux plaifir & l'ornement de
Flore ;

Rendés le calme à vos eſprits ,


Le printemps de Tithon va revenir encore ,
Je le fais immortel ; mais fachés à quel
prix :
Le Deſtin a parlé ; telle eſt ſa loi ſévere.
Déeſſe , chaque fois que Tithon obtiendra
De votre amour la preuve la plus chere ,
D'an luſtre tout-à-coup cet Amant vieillira ;
Ainfi de luftre en luftre abrégeant ſa car-
riere ,
Sa jeuneſſe s'éclipſera.
Tithon eſt immortel ? Grands Dieux ! je vous
rens grace ,
S'écria-t-elle embraſſant ſes genoux ,
TITHON
Ceque j'aime vivra , mon fort eſtaſſfés doux.
Elle dit : & des airs ſon char franchit l'ef-
pace ;
Son cœur cede au Deſtin , non ſans quel-
ques regrets.
Quoi ! d'éternels refus vont être déſormais
De l'amour que je ſens le plus fidéle gage ?
Tu dois , mon cher Tithon , m'en aimer da-
vantage ,
Tes beaux jours feront mes bienfaits ;
Je ſaurai , malgré toi , conſerver mon ou-
vrage.
Elle le croit ainſi ; je ne fai quel préſage
Me fait trembler pour le ſuccès.
O vous , dont les crayons voluptueux &
fages ,
Des myſteres ſecrets , des plus tendres
amours ,
Tracent modeſtement les plus vives images ;
C'eſt à votre art divin , Muſe , que j'ai re-
cours.

Tithon va recouvrer l'éclat de ſes beaux


jours ;
Il aime , il eſt aimé ; quels tranſports vont
renaître !

OMuſe , hélas ! dans un inſtant peut-être


J'aurai beſoin de tout votre ſecours .
Déja le char ,porté d'une viteſſe extrême ,

1
:
ET L'AURORE. II

Aramené l'Aurore auprès de ce qu'elle aime.


A fes premiers regards , changement for-
tuné ,
Des ans qui l'accabloient il n'a plus la foi-
bleffe.

Que dis-je ? Cet Amant à quinze ans ra-


mené ,
Brûle de nouveaux feux ; tranſporté d'alle-
greffe ,
Reprend ces agrémens que l'âge avoit ternis.
Quel retour ! Quels momens pour deux
cœurs bien unis !
Il tombe à ſes genoux. Vainement la Déeſſe
Sur le fort qui l'attend voudroit le prévenir.
Un Oracle ... Ecoutés . Elle ne peut finir .
Par cent baifers il l'interrompt fans ceſſe.
Eh! comment réſiſter long-temps ,
Quand le cœur eſt d'intelligence ?
L'Amour , le tendre Amour emporte la ba-
lance ;
Tithon obtient un luſtre , & ſe trouve à
vingtans.
Peut-être qu'à préſent vous daignerés m'en-
tendre ,
Dit enfin la Déeſſe. Empreſſement trop ten-
dre,
N'y fongeons plus. Alors du ſévere Deſtin
Elle lui déclara l'oracle trop certain.
12 TITHON
O Dieux ! s'écria-t-il , quelle loirigoureuſe !
Quoi ! vainement je me verrois aimé
De l'objet le plus beau que l'Amour ait
formé ?

Non , je conſens plutôt qu'une vieilleſſe


affreuſe ....
Tithon , que dites-vous ? Vous me faites
trembler .
Quoi ! d'un ſi triſte hiver la langueur dou-
loureuſe
Affoibliroit encor cette flamme amoureuſe ,
Dont votre cœur recommence à brûler ?
Quand les fombres chagrins viendroient vous
accabler ,
Je pourrois m'imputer .... Non , j'y suis
réfolue ,
L'Amour nous laiſſe encor ſes plus ſenſibles
biens ;
Nous paſſerons les jours dans ces doux en-
tretiens ,
Où l'ame avec tranſport ſe montre toute nue ;
Nous aurons ces ſoupirs , ces aveux , ces
fermens
Tant de fois répétés , & toujours plus char-
mans ;

Aſſes heureux de plaire , exempts d'inquié-


tude ,
Nous nous verrons toujours , nous ne ferons
qu'aimer.
ET L'AURORE. 13
Et quel bien vaut la certitude
D'inſpirer tout l'amour dont on ſe ſent
it
charmer ?

Ainſi , mais vainement , parla la jeune Au-


Te rore :

Le dangereux Amour , avec malignité ,


es Aux yeux de ſon Amant la rend plus belle
encore ;

-
Et déja dans ſon cœur Tithon a concerté
L'ingénieux ſecret de fléchir la Déeffe.
1
Vous m'aimerés toujours , dit-il , votre ten-
drefle

Remplira ma félicité :
Mais quand vous ne craignés pour moi que
la vieilleſſe
Mon cœur plus delicat prévoit de plus grands
maux ;

Car enfin , ſi le fort qui me rend la jeuneſſe


M'en avoit donné les défauts ,
S'il me forçoit d'être volage ,
Votre beauté vous répond de mon cœur ;
Mais je n'ai que vingt ans ; à ce dangereux
âge ,
De la conſtance , hélas ! connoît-on le bon-
heur?
Affurons croyés-moi , le fort de notre
flamme.

Je le ſens bien; un lustre àmon âge ajouté ,


14 TITHON
Suffira pour bannir à jamais de mon ame
Ces goûts capricieux , cette legereté
Que la jeuneſſe embraſſe avec tant d'impru-
dence.

Hé quoi ! voudriés-vous , charmanteDéité ,


Faute d'un peu de prévoyance ,
Expoſer ma fidelité ?
O divine raiſon , que ta voix eſt puiſſante !
La Déeſſe ſe rend ; & comment réſiſter ?
Déja ſon ame impatiente ,
Detes ſages conſeils brûle de profiter :
Que leur pouvoir eſt deux ! L'amoureuſe
Déeffe
Ne cherche , ne reſſent que cette tendre
yvreſſe
Qui la rend toute à fon Amant.
Quel bonheur de combler les vœux de ce
qu'on aime ,
Quand on croit par ce bonheur même
Se l'attacher plus tendrement !
Que j'aime à voir Tithon ! Avec combien de
zéle

Il ſe livre au plaiſir qui le rendra fidéle


D'un Amant délicat dignes emportemens !
Dans l'eſpoir d'acquerir une foi plus conf-
tante ,
Il profite ſi bien de ces heureux momens
Que devingt ans il paſſejuſqu'à trente
ET L'AURORE. IS
Hébien , tendres Amans , vous voilà raſſurés ,
Vos cœurs ſont pour jamais l'un à l'autre
livrés :
Vos vœux font-ils remplis ? Hélas ! peuvent-
ils l'être ?

D'unbonheur qu'on n'a point goûté


On ſe prive aifément : mais en eſt-on le
maître ,
Lorſqu'on en a fenti toute la volupté ?
Bientôt les craintes difparoiſent ,
Les deſirs plus ardens renaiſffent ;
Après mille combats , à ceder quelquefois
La ſeule pitié l'autoriſe.
C'eſt par excès d'amour qu'à l'ombre de ces
bois

La Déeſſe ſe rend ; ici c'eſt par ſurpriſe;


L'Amour couvrant leurs yeux de voiles ſé-
duiſans ,
Semble éloigner leur deſtinée.
Tithon ainſi dans la même journée
Se retrouve à quatre-vingt ans.
La Déeſſe eſt en pleurs, Sechés , dit-il , vos
larmes ;
J'ai vû de mon printemps s'évanouir les
charmes ,
J'en regrete la perte , & ne m'en repens pas :
Ce que j'eus de beaux jours , du moins ,
charmante Aurore ,
16 TITHON ET L'AURORE,
Je les ai paſſés dans vos bras ;
Rendés- les-moi , grands Dieux , pour les re-
perdre encore.
Ainſi vieillit Tithon. Quelle injustice , hé-
las !
D'avancer ainſi ſa vieilleſſe !
Eh comment , quand on plaît , contraindre
ſes deſirs ?
Otés-en de ſi doux plaiſirs ,
Je donne pour rien la jeuneſſe.

TRADUZIONE
DELLA FAVOLA DI TITHONE.

QUella cui tutto l'Oriente adora ,


Del mattin dé Zefiri amabil dea ,
Chi il crederia ? La giovinetta Aurora
I piaceri d'Amor non conoſcea ,
Pur volge alfin dalle fue nubi un giorno
Sovra la terra le pupille intente ,
Edi un mortale il vago viſo adorno
Le deſta in ſeno ignota fiamma ardente.
Oh perduti momenti
Ben vi ripara Amore :
Amor che tutto le riempie il core ,
Qual
DI TITHONE. 17

Qual pena ria tu ſenti.


Aurora all'orchè ful mattin tu dei
Salire il carro aurato un ſolo iſtante ,
E nunzia al mondo ſei
Dé giorni che deſtini al caro Amante !
Oh be giorni ſereni ,
Di delizie ripieni ,
Oh piaceri ineftabili
Non potevate ſempre eſſer durabili ?
Titone era mortale e i ſuoi belli anni
Del tempo avaro eſpoſti erano a i danni ,
Ceder convenne. Alla ſua bella in feno
Il forpreſe vecchiezza :
Crudo deſtin ! Perchè il piacere almeno
Non rende eterna in noi la giovinezza ?
Gela dunque l'età quel che amo tanto ?
Dicea l'Aurora abbandonata al pianto.
Qual rimedio a ſue doglie ?
Sen' vola al Cielo , e in queſti preghi ſcio-
glie :
Giove fa che il deſtino in mio favore
Cangi i Decreti ſui ,
Pe'l mio Amante t'imploro , avevo in lui
Tutte le doti ond' è contento un core.
Fà che il riſpetti ogn'or la Parca ria ,
E in gioventude eternamente ei fia.
All' immortalità qual altra dote
Può un mortale condar più di Beltade
18 TRADUZIONE
Unita a fedeltade ?
Riſponde il Nume , fulle belle gote
Aſciuga il pianto al vivo tuo tormento.
Pietade o Figlia io ſento.
Altro pianto verſar non dee l'Aurora
Che figlio del piacere e onor di Flora.
Alla verde ſtagione
Ritornerà Titone.
Immortale io lo rendo : il prezzo or ſenti
Che preſcrive il deſtino a tuoi contenti.
Tal è del ſuo voler la legge amara :
Quando otterrà il tuo Amante
Dell' Amor tuo la prova la più cara
Invecchierà d'un lustro in un iſtante ;
Così in Titon di lustro in luſtro in poco
Si eſtinguerà di gioventude il foco.
Immortale è Titon , grazie ti rendo ,
Grida Ella , e le ginocchia abbraccia al Dio.
Vivrà l'Amante mio !
Lieta , o Signore , i tuoi Decreti intendo.
Dice, e il carro lucente
Per l'aereo camino
Spinge la Dea: ced' Ella al ſuo deſtino,
Ma Qualche pena ancor nell' Alma ſente.
Dunque un crudel rifiuto eterno ormai
Qual maggior prova del mio affetto avrai ?
Si , Titone , e maggiore
Per queſto ſolo eſſer dovrà il tuo Amore ,
DI TITHONE. 19
Saranno i tuoi bé giorni un dono mio
Che tuo malgrado confervar vogl' io.
Lo crede Ella così : non ſo , ma in petto
Provo il timore di un contrario effetto .
O Muſa , tu che con natj colori
I miſteri ſegreti e i dolci Amori
Modeſta pingi , e render ſai con vago
Velo più grata ancor la viva immago ,
Il tuo poter divino , o Muſa , imploro.
Titone Amante amato

Ei gioventù racquiſta il bel teſoro ,


Oh quai traſporti in ſi felice ſtato ,
Muſa , forſe fra poco
Biſogno avrò del tuo celeſte foco.
Già ſul carro , onde il corſo aguaglia it
vento ,
Giunge l'Aurora ove il ſuo ben ſi trova.
Agli ſguardi di lei qual cangiamento
S'offre che il ſuo fedele orna e rinova.
Più non vacilla ſotto il grave peſo
Della canuta età , ma giovinezza
Di quindici anni ha nelle vene , acceſo
Di nuove fiamme , amabile allegrezza
Spira nel volto , e delle grazie è ornato
Onde la cruda età lo avea ſpogliato.
O qual ritorno , o quai beati iſtanti
Per due fedeli Amanti !
di lei pie ſi jetta : in van la Dea
bij
20. TRADUZIONE
Eſporgli il fiero fuo deſtin volea ,
Un Oracolo ... Aſcolta ... , ed egli ogn'ora
Con cento baci interrompea l'Aurora.
Breve è la reſiſtenza ,
Quando d'intelligenza
Con noi ſi trova un core ,
Triomfa ſempre Amore , il dolce Amore.
Un lutro ottien Titone ,
E a venti anni ſi trova. Alfin la Bella
Pur così gli favella :
Sarai capace forſe or di ragione ?
Più non s'afcolti un troppo imperioſo
Dolce impeto amoroso ,
E del deſtin ſevero

Gli ſpiega l'immutabile penfiero.


Grida Titone , o Dei , qual inumano
Decreto mai ! Mi vedrò dunque amato
Dall' oggetto più bel che abbi formato
L'induſtre man d'Amore , e queſto in vano !
Ah , che piuttoſto un 'orrida vecchiezza...
Qual folle idea , Titon , mi fai tremare.
Dunque l'affanno ancora e la triſtezza
D'un verno ſi crudel potria ſcemare
Quell' amoroſa fiamma
Che nuovamente nel tuo cor s'infiamma ?
Quando i mali e le noie
T'opprimeranno ; ed io potrei imputarmi...
Son rifoluta. In van penfi cangiarmi.
DI TITHON E. 21

Le più care ſue gioie


Ancor ci laſcia Amore ,
I giorni paſſeremo in qué momenti
Ne' quai fi moſtra ſenza velo il core ;
Le parole , i ſoſpiri , i giuramenti
Che il repplicar rende più grati ancora
Repplicheremo ogn 'ora ;
D'inquiete cure eſenti ,
E di piacer contenti ,
Lieti ogn'or ci vedremo ,
Ne altro penſiero che di amarci avremo.
Qual altro ben prevale
Alla certezza d'inſpirare altrui
Un vivo Amore eguale
A quello che arde in nui ?
Coſi parla , ma in van , la vaga Aurora
Maligno e crudo Amor più bella ancora
Agli occhi del ſuo Amante la rendea ,
E già Titone l'amoroſa Dea
D'indurre al ſuo volere
L'ingegnoſo ſegreto ha nel penfiere.
Tu m'amerai , queſto bel foco , ei dice ,
Appien mi renderà pago e felice ,
Ma ſe tu temi dell' erade i danni ,
Ben prevede altri affanni
Il fido cor d'un delicato Amante ;
Se il mio deſtin di gioventù i teſori
Mi rendeſſe e gli errori ?
22 TRADUZIONE
Se mi forzaſſe ad eſſere incoſtante ?
La tua beltà del mio cor t'aſſicura ,
Ma in queſta , in cui mi trovo , età imma-
tura
Nell ' età di venti anni , Qimè , che ancora
Della dolce coſtanza il ben s'ignora ,
La forte noſtra ſtabilir tu dei ,
Un luſtro ſolo aggiungi agli anni miei ,
E i moti paſſaggieri ,
I capricj leggieri ,
Che l'imprudente gioventù defia ,
Per ſempre in bando andran dall' Alma mia .
Dunque per un momento
Di giuſta providenza , a un tal cimento
La mia fede eſporrai ?
Oh divina Ragione , oh come mai
La tua voce è poſſente.
Già fi rende la Dea ;
Reſiſter non potea ;
Già l'Alma impaziente
I tuoi conſigli ſeguitar ſoſpira.
Dolce poter ! Non cerca , non reſpira
Che il tenero deliro in cui ſi done
Tutta di nuovo al caro fuo Titone.
Qual bene è il compiacere
I voti ardenti d'un amato Amante ,
Se l'iſteſſo piacere
De far che ei ſia coſtante.
DI TITHONE. 23
Con qual zelo Titon , con quale ardore
Quella prova intraprende
Che fedele lo rende ,
Che degno ardor d'un delicato core !
E tanto la ſperanza
Di aſſicurarſi una maggior coſtanza
Abene uſar di qué momenti ilpunge
Che daventi anni in fino a trenta ei giunge.
E ben teneri Amanti ? Eccovi in calma ,
E i voſtri cuori eternamente uniti.
Saran dunque compiti
I voti voſtri ? E come ? Aimé , che l'Alma
D'an bene non provato
Facilmente s'aſtien , ma ſe guſtato
Ha il dolce del piacere
Di privarſene in lei non è il potere.
Bentoſto ſi dileguano i timori
E più forte il deſire infiamma i cuorí.
Dopo mille contraſti alcuna volta
La pietade s'aſcolta ,
Per ecceſſo d'ardore
All'ombra di quel boſco ella ſi rende ,
Quivi egli la forprende ,
L'accorto Dio di Amore
Coprendo gli occhi lor d'oppaco velo
Par che allontani gli ordini del Cielo.
Così nel giorno iſteſſo
Da ottant 'anni Titon sè vede oppreffo.
24 TRADUZIONE , &c.
Piange la Diva , ed egli aſciuga il pianto :
Della mia primavera
Ho veduto ſvanir tutto l'incanto ,
Ma perdita fi fiera
Riſveglia in me dolor , non pentimento.
Amatiffima Aurora , io ſon contento ,
Poichè i bé giorni almeno
Tutti potei paſſar nel tuo bel ſeno.
Me li rendan gli Dei
Per riperder li ancora.
Così invecchio l'Amante dell' Aurora.
Oh forte ingiuſta ſei
Se in tal modo acquiſtar fi dee vecchiezza ?
Ecome mai piacendo , il luſinghiere
Deſio frenar ? Ah ſenza un tal piacere
Rinunzio a Giovinezza .

ENVΟΙ
A MADAME ***.

Voi che dell' Aurora i pregj avete ,


I talenti , le grazie , e la beltate,

Che i piaceri d'Amor non conoſcete ,


Queſti carmi , o gentil Nimfa , accettate :
Già della ſenna in ſu la ziva amena
Feconda
ENVOI A MADAME ***. 2
Feconda li produſſe amabil vena.
Col nome voſtro , io non lo ſpero in darno ;
Per me riſuoneranno un dì ſull' arno.
Se di vna Dea l'eſempio e il Dio d'Amore
Aveſſer forza di ammollirvi il core ;
Se agli occhi voſtri un amoroſo incanto
Tutto mi daſſe di Titone il vanto ,
Con qual giubilo , o Dei ,
Per voi , mia bella Aurora , invecchierei.
Amor , deh , rendi il ſervo tuo contento ,
Nel boſco ombroſo ò ſulla verde ſponda
Un luftro aggiungi a un luſtro ogni mo-
mento ,
Come rapida l'onda incalza l'onda.
Ah , un mifero fon io che dorme e ſogna
Ricco teſoro cui vegliando agogna.
No , non fiete l'Aurora :
Era di voi più tenera e men bella
Amor la vinſe un giorno , e voi rubella
Alla ſua legge reſiſtete ogn' ora.
Ma ſe la foſte ancora ,
Per voi ſarebbe un gioco
Ogni amoroſo foco ;
Ogni arte , ogni ragione
Vana ſaria per invecchiar Titone.
La pietà , la forpreſa ,
Il deſio di coſtanza ,
Il boſco ancor vi lafcerebbe illeſa.
C

1
FABLE
O inutile ſperanza ,
Se Titone in un giorno
Di tanti luſtri andò contento e adorno
Cent' anni deſiando io paſſerei ,
Ne un luſtro ſolo in cento anni otterei.

TRADUCTION
LIBRE

DE L'ENVOI DE LA FABLE

DE TITHON.

Vous qui raſſemblés ,qui ſurpaſſés en-


core

Les graces , les beautés , les défauts de


l'Aurore ,
Carvous charmés comme elle, & vous fuyés
l'Amour ;
Aimés ces tendres vers qu'une féconde veine
Soupire en vous nommant ſur les bords de
laSeine
Et qu'aux rives de l'Arne un jour
Les Nymphes & l'Echo rediront à leurtour.
Si l'exemple d'une Déeſſe
DE TITHON. 27
Senſible à de conftans ſoupirs ,
Si l'Amour qui vous fit exprès pour ſes plai-
firs ,
Verſoit dans votre cœur un peu de ma ten-
dreffe ,

Si d'un enchantement les merveilleux efforts,


De l'aimable Tithan ( j'en ai tous les tranf.
ports )
M'accordoit à vos yeux l'heureuſe reſſem-
blance ,

Charmé de me voir embellir ,


Avec combien de zéle, avec quelle conſtance
Je paſſerois les jours à me vieillir !
1
Hélas ! quelle eſt l'erreur où mon eſprit ſe
plonge !
Tel qu'un infortuné qu'abuſe un doux men-
fonge ,
Saiſit dans le ſommeil le bonheur qu'il
pourſuit ,
Bientôt ce bien ſi cher s'envole avec le
fonge ,
Le deſir dure encore , & l'eſpoir eſt détruit.
Non , non , vous n'ètes point l'Aurore ,
Vous n'en avés que labeauté ;
L'Amour , le tendre Amour ſut vaincre ſa
fierté ,
Et vous lui réſiſtés encore.
Quand vous ſeriés l'Aurore , hélas !
28 FABLE DE TITHON.
Tout cequ'Amour reffent ,tout cequ'Amour
faitdire
ur , pour toucher ,
De tendre , d'enchanteeur
pour ſéduire
Vous paroîtroit unjeu , vous ne céderiéspas.
ſſe
Tithon , qui par délicate
Exigeoit des faveurs afin d'aimer toujours ,
L'Amour ou la pitié qu'il imploroit ſans
- ceffe ,

Ces bois même formés pour les heureux


Amours ;
Enfin l'art , la raiſon , l'exemple de l'yvreſſe ,
Tout pour vous attendrir ſeroit un vain ſe-
cours..
Je parle de Tithon. Ah ! quelle eſt ma foi-
bleffe !
Mon fort eſt déplorable , & le fien
, fut char-
mant ;
Tithon en unſeul jour parvint à la vicilleſſe ,
Et je verrai qu'un fiécle de tendreſſe
Ne pourra m'obtenir un luſtre ſeulement !
Que je maudirai majeuneſſe ! 1

FIN.

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